Le devoir, 15 août 2019, Cahier A
[" VOL.CX NO 183 / LE JEUDI 15 AOÛT 2019 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM INDEX Avis légaux.B4 Culture.B2 Décès .A4 Économie.B4 Éditorial.A6 Grille TV.B2 Idées.A7 Météo .B6 Monde .B7 Mots croisés.B6 Sports.B6 Sudoku .B6 CULTURE Six quotidiens risquent de fermer par manque de liquidités | B 1 ÉCONOMIE Québec veut légiférer pour encadrer les agences de crédit B 5 ACTUALITÉS Bauhaus, une école, un style, un mouvement, mais surtout l\u2019art de révolutionnner la création | A 8 Pour suivre l'actualité en continu et lire nos critiques de spectacles, consultez nos plateformes numériques.ANNABELLE CAILLOU LE DEVOIR a m i s e à n u e d\u2019un corps « hors norme » fait polémique, encore au- jourd\u2019hui.Tantôt salué, tantôt critiqué, le dernier vidéoclip de Safia Nolin a suscité de vives réactions : certains y voient un geste inspirant d\u2019acceptation du corps, d\u2019autres estiment qu\u2019elle est allée trop loin.La chanteuse québécoise a dévoilé mardi son nouveau vidéoclip, Lesbian Break-up Song, tirée de l\u2019album Dans le noir.« Eh oui, je suis toute nue dans mon clip.On voit mes seins, mes fesses, mon pubis, mon poil.On voit les seins, les fesses, le pubis et le poil d\u2019autres femmes.On voit des corps humains.Ce ne sont pas d e s c o r p s CULTURE Manifeste ou provocation ?Le clip de Safia Nolin, s\u2019il ne fait pas l\u2019unanimité, n\u2019a pas fini de faire parler qui sont là pour être jugés, ou pour être désirables.Ce sont des corps qui sont là pour exister, c\u2019est tout », a expliqué l\u2019artiste dans la foulée.Pendant près de quatre minutes, Sa- fia Nolin apparaît donc aux côtés d\u2019autres femmes, de personnes trans et non binaires, de différents gabarits\u2026 toutes entièrement nues.Un choix difficile mais assumé par l\u2019artiste qui souhaitait promouvoir la diversité corporelle, en montrant simplement des « corps qui sont là pour exister », et non pour être « jugés ou pour être désirables ».Le pari était audacieux mais réussi selon Julie Ar- tacho, photographe et militante féministe, qui se considère elle-même comme une personne avec des formes.« Ça permet à bien des filles de s\u2019identifier à ces corps différents de ce qu\u2019on a l\u2019habitude de voir, dit-elle.De voir Safia Nolin et ces autres personnes être belles et à l\u2019aise dans leur corps, ça aide beaucoup ».Mariane Gilbert, vice-présidente de l\u2019organisme Les 3 sex qui lutte pour l\u2019éducation sexuelle, salue également l\u2019initiative.« Ça m\u2019a vraiment émue.C\u2019était d\u2019une beauté de voir toute cette vulnérabilité et cette authenticité.C\u2019était intéressant de voir cette réalité qu\u2019on voit peu ».À ses yeux, il est important de montrer des corps plus en chair, HÉLÈNE BUZZETTI CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À OTTAWA LE DEVOIR Et de deux.Le premier ministre Justin Trudeau a été à nouveau condamné par le commissaire à l\u2019éthique pour avoir enfreint la Loi sur les conflits d\u2019intérêts, cette fois en raison de ses actions dans le dossier SNC-Lavalin.Ce qui fait dire au Parti conservateur et au NPD, à moins d\u2019un mois du déclenchement de la campagne électorale, que les libéraux ne méritent pas d\u2019être réélus.M.Trudeau est le seul premier ministre de l\u2019histoire à avoir été trouvé coupable d\u2019enfreindre la loi.Sa première infraction découlait de son séjour sur l\u2019île privée de l\u2019Aga Khan, un philanthrope ayant des liens avec le gouvernement canadien.Cette fois, le commissaire aux conflits d\u2019intérêts et à l\u2019éthique, Mario Dion, conclut que « M.Trudeau s\u2019est prévalu de sa position d\u2019autorité sur [l\u2019ex-ministre de la Justice Jody] Wilson- Raybould pour tenter d\u2019influence sa décision concernant l\u2019infirmation de la décision de la directrice des poursuites pénales, laquelle avait conclu qu\u2019elle n\u2019inviterait pas SNC-Lavalin à entamer des négociations en vue de conclure un accord de réparation».Le chef conservateur, Andrew Scheer, a été prompt à inviter les électeurs à punir les libéraux aux urnes le 21 octobre prochain.«La bonne façon de répondre à ceci est que les Canadiens montrent la porte à ce gouvernement libéral corrompu dirigé par un premier ministre qui n\u2019assume toujours pas la responsabilité de ses gestes.» M.Scheer invite à nouveau la GRC à ouvrir une enquête.De son côté, le chef du NPD, Jagmeet Singh, conclut que le chef libéral préfère protéger l\u2019intérêt des grands et des puissants et qu\u2019il ne pourra donc pas être cru en campagne électorale.Ses promesses pour resserrer les règles environnementales ou instaurer un régime d\u2019assurance médicaments pourraient être compromises, à son avis, par son envie de plier devant les industries pharmaceutique et pétrolière.«Nous savons qu\u2019il a plié aux demandes de SNC-Lavalin, une puissante société, pour changer la loi et la sortir du pétrin, alors comment savons-nous qu\u2019il ne le fera pas à nouveau?» Accusée de gestes de corruption en Libye, SNC-Lavalin espérait se prévaloir d\u2019une nouvelle loi fédérale autorisant les procureurs de l\u2019État à négocier un accord de réparation plutôt que de déposer des accusations criminelles ayant le potentiel de nuire à ses activités.Or, la directrice des poursuites pénales avait refusé d\u2019utiliser ce nouveau mécanisme, et la ministre Wilson-Ray- bould avait refusé d\u2019intervenir pour la faire changer d\u2019avis.L\u2019entourage de SNC-LAVALIN Trudeau a enfreint les règles d\u2019éthique C\u2019est la deuxième fois que le premier ministre essuie un blâme pour s\u2019être placé en situation de conflit d\u2019intérêts Justin Trudeau était en tournée à Toronto et à Niagara, mercredi, quand le commissaire à l\u2019éthique a rendu son jugement.PETER POWER LA PRESSE CANADIENNE JÉRÔME DELGADO LE DEVOIR PATRIMOINE L\u2019enseigne d\u2019Archambault retrouvera sa place originale VOIR PAGE A 4 : CLIP VOIR PAGE A 6 : « DANS QUEL INTÉRÊT ?», L\u2019ÉDITORIAL DE MANON CORNELLIER VOIR PAGE A 2 : ÉTHIQUE Moins d\u2019un an après avoir été retirée de l\u2019espace public, l\u2019enseigne lumineuse Ar- chambault Musique retrouvera son emplacement.Exactement le même, à l\u2019angle des rues Sainte-Catherine et Berri.Son retrait en novembre 2018 avait suscité de vives inquiétudes quant à son avenir.La Ville de Montréal, par la voix de la mairesse, Valérie Plante, avait voulu se faire rassurante.Il n\u2019était pas question de l\u2019envoyer au dépotoir.Depuis, le mystère planait sur le sort de cet exemple de l\u2019affichage urbain de la première moitié du XXe siècle.VOIR PAGE A 4 : ARCHAMBAULT L ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE JEUDI 15 AOÛT 2019 ISABELLE PORTER À QUÉBEC LE DEVOIR Le gouvernement crée un nouveau programme de bourses pour attirer des préposés aux bénéficiaires dans le réseau de la santé.Au total, 2000 bourses de 7500 $ seront octroyées cette année dans tout le Québec.Trois ministres s\u2019étaient déplacés pour en faire l\u2019annonce dans un établissement de Québec : Danielle McCann (Santé), Marguerite Blais (Aînés) et Jean Boulet (Travail).« On a besoin de ces gens-là [\u2026] on a besoin de les valoriser le plus possible », a déclaré la ministre responsable des Aînés en désignant trois préposés aux bénéficiaires qui avaient été invités à participer à l\u2019annonce.Rencontrés après l\u2019annonce, ces derniers y voyaient un « pas dans la bonne direction ».« Il y a plus de monde qui va travailler avec nous.Ça va alléger les horaires », a dit l\u2019une.Pour obtenir ces bourses, les candidats devront suivre une formation de 870 heures en établissement et à domicile, obtenir leur diplôme d\u2019études professionnelles (DEP) et conclure un contrat de deux ans avec l\u2019établissement où se fera la formation.Il ne s\u2019agit toutefois pas de bourses d\u2019études, certains établissements ne vont les octroyer qu\u2019une fois le diplôme obtenu.Cette formation leur donnera accès au métier de préposé aux bénéficiaires, mais également à celui d\u2019auxiliaire en services sociaux, a souligné la ministre McCann.Or selon le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), le gouvernement est « incohérent » dans ce dossier, car sur le front syndical il « refuse avec acharnement de reconnaître la formation des préposés aux bénéficiaires dans le calcul du rangement, lequel est déterminant pour le salaire », a fait valoir Frédéric Bisson, président du Conseil provincial des affaires sociales (CPAS) du syndicat.Le gouvernement devrait en outre améliorer les conditions de travail des préposés déjà en poste, estime-t-il.Le gouvernement québécois, qui investit 15 millions dans ce programme, fait face à une pénurie criante de personnel dans le système de santé.Le réseau compte 41 500 préposés aux bénéficiaires, mais le ministère de la Santé estime qu\u2019il faudra en embaucher 32 500 autres d\u2019ici cinq ans pour répondre aux besoins des Québécois.La création de ces bourses est « une mesure parmi d\u2019autres » pour régler le problème, a signalé la ministre McCann.Certains établissements offrent aussi aux préposés de travailler Québec offre une prime pour les futurs préposés aux bénéficiaires « Je ne vais pas m\u2019excuser de m\u2019être tenu debout » ÉTHIQUE SUITE DE LA PAGE A 1 M.Trudeau a tenté \u2014 en vain \u2014 de convaincre Mme Wilson-Raybould de se raviser.Le commissaire Mario Dion rappelle que la loi qu\u2019il fait appliquer stipule qu\u2019un titulaire de charge publique ne peut utiliser ses fonctions pour tenter d\u2019influencer la décision d\u2019une autre personne (ici, la ministre de la Justice) afin de favoriser son intérêt personnel, celui d\u2019un parent ou ami, ou « de favoriser de façon irrégulière celui de toute autre personne ».Le commissaire conclut que la tentative d\u2019influence a bel et bien eu lieu et que « ces manœuvres » étaient « troublantes ».« L\u2019autorité du premier ministre et de son bureau a servi à contourner, à miner et, en fin de compte, à tenter de discréditer la décision de la directrice des poursuites pénales ainsi que l\u2019autorité de Mme Wil- son-Raybould en tant que première conseillère juridique de la Couronne.» Quant à savoir à qui cette influence a profité, le commissaire opte pour la troisième possibilité (« favoriser de façon irrégulière celui de toute autre personne »).Le commissaire estime que les interventions du premier ministre étaient « irrégulières » parce qu\u2019elles « étaient contraires aux principes constitutionnels de l\u2019indépendance du poursuivant et de la primauté du droit ».Et parce que la démarche de M.Trudeau aurait servi l\u2019intérêt privé de SNC-Lavalin, elle ne pouvait pas en même temps servir l\u2019intérêt public.En désaccord En coulisses, on s\u2019étonne de ce raisonnement.« Est-ce à dire que l\u2019intérêt public, selon lui, ne compterait que lorsqu\u2019on va à l\u2019encontre de l\u2019intérêt privé de l\u2019accusé ?» demande une source libérale.Le premier ministre Justin Trudeau a d\u2019ailleurs indiqué qu\u2019il était en désaccord avec le commissaire sur ce point.«Il dit que tout contact avec la procu- reure générale était inapproprié.Ma job en tant que premier ministre est de défendre les intérêts des Canadiens.Oui, il est essentiel qu\u2019on le fasse d\u2019une manière qui respecte nos institutions et l\u2019indépendance des procureurs, mais nous devons être capables de discuter de l\u2019impact sur les Canadiens d\u2019une décision [d\u2019intenter ou pas une poursuite].» Le premier ministre dit accepter le blâme.« Mais en même temps, je ne vais pas m\u2019excuser de m\u2019être tenu debout pour préserver des emplois canadiens.» Il a rappelé que la plupart des SANDRINE VIEIRA ISABELLE PARÉ LE DEVOIR Des plans de travail ont été déposés en février dernier pour s\u2019attaquer au piètre état des services éducatifs offerts aux jeunes Inuits, mais la protectrice du citoyen livrera en septembre son verdict sur l\u2019état réel des actions entreprises par le gouvernement du Québec pour corriger la situation au Nunavik.En entrevue au Devoir, la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, qui avait signé en 2018 un rapport accablant sur l\u2019état de l\u2019enseignement prodigué aux jeunes du Nunavik, s\u2019est gardée de poser un jugement sur les gestes concrets posés depuis par les ministères et organisations gouvernementales interpellés dans son rapport.« Je réserve cette information aux parlementaires à qui je suis d\u2019abord tenue de rendre compte en septembre prochain dans un rapport annuel », a-t- elle insisté mercredi.Toutefois, cette dernière constate que la pénurie d\u2019enseignants semble s\u2019être aggravée puisqu\u2019en 2018, lors de son enquête, 64 postes d\u2019enseignants étaient vacants.Aujourd\u2019hui, ce sont 84 professeurs qui manquent à l\u2019appel à la Commission scolaire Kativik.Communications zéro Dans son rapport spécial livré sur la santé des services éducatifs dans le Grand Nord, la protectrice brossait un portrait peu glorieux de l\u2019enseignement offert aux jeunes Nunavimmiuts.Absentéisme galopant chez les élèves, pénurie criante de professeurs, cours annulés, maîtres non qualifiés: les défis à relever pour la commission scolaire étaient immenses.Ils le sont toujours, comme l\u2019a rapporté Le Devoir en début de semaine.«Un de nos constats, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y avait pas de communication entre le ministère de l\u2019Éducation et la Commission scolaire Kativik.Mais après notre enquête, les intervenants se sont mis à bouger.Notre intervention a eu un impact», affirme-t- elle par ailleurs.Les ministères et organismes gouvernementaux concernés ont déposé des plans d\u2019action en février dernier, mais il est difficile de dire où en sont leurs actions.La Société d\u2019habitation du Québec, notamment , prévoit y construire 134 unités de logements en 2019, 64 logements par année en 2021 et 2022, et livrer en avril prochain un rapport complet sur l\u2019état du logement dans le Grand Nord.La ministre des Affaires municipales et de l\u2019Habitation, Andrée Laforest, était d\u2019ailleurs en tournée au Nunavik en juillet dernier pour discuter de solutions destinées à améliorer les conditions de logement des ménages du Grand Nord.« Pour moi, c\u2019est la recommandation phare [de notre rapport], la situation du logement au Nunavik est accablante.Il y a une urgence d\u2019agir dans le respect des cultures locales », explique Mme Rinfret, qui estime que les dures conditions de vie nuisent au cheminement scolaire des élèves.Adapter l\u2019enseignement Autre grande lacune observée par la protectrice : l\u2019absence totale de données au ministère de l\u2019Éducation sur la situation qui prévaut dans les écoles au-delà du 55e parallèle.« Pour connaître les causes d\u2019un problème, il faut avoir des données et, à ce titre, les parties se sont mises en mode action.» Selon Marie Rinfret, les problèmes qui minent les écoles du Nunavik ne se régleront pas à court terme et passeront ultimement par la formation d\u2019un plus grand nombre d\u2019enseignants inuits et un changement des programmes.« Il y a une responsabilité de notre part de tenir compte de leur culture.On impose aux élèves d\u2019apprendre à partir de la 4e année dans une langue qui n\u2019est pas la leur (anglais ou français).Je crois qu\u2019il faut rendre les programmes culturellement pertinents.C\u2019est clair que c\u2019est exigeant pour ces élèves.Il y a des ajustements à faire », insiste-t-elle.NUNAVIK Les pistes de solution de la protectrice du citoyen autres pays occidentaux autorisent le recours aux ententes de réparation.Une étude de l\u2019OCDE publiée en mars a révélé que les accords de réparation sont devenus la façon la plus courante de traiter les cas de corruption internationale.Sur les 890 cas sanctionnés depuis 1999, 695 (78 %) l\u2019ont été par un mécanisme non judiciaire.Aux États-Unis, le taux a été de 96 %.Un accord de réparation suspend les accusations judiciaires en échange d\u2019une reconnaissance de tort de la part de l\u2019entreprise, avec une amende généralement salée et des changements de pratiques à l\u2019interne.Un juge veille à son respect.Mme Wilson-Raybould, qui a quitté le cabinet à cause de cette histoire, puis a été expulsée du caucus libéral, a remercié le commissaire de lui avoir « donné raison » et de ne pas s\u2019être « laissé distraire par des informations inexactes à propos d\u2019événements ou de [s]a personne ».D\u2019autres révélations Le rapport du commissaire nous apprend par ailleurs ce que plusieurs soupçonnaient, à savoir que la ministre Wilson-Raybould n\u2019était pas à l\u2019aise avec le nouveau régime d\u2019accords de réparation.Elle a dit au commissaire pendant son enquête qu\u2019elle croyait que le régime avait été mis en place trop rapidement et particulièrement pour satisfaire SNC-Lavalin.C\u2019est pour cette raison que, bien que ministre responsable du changement législatif, elle n\u2019a pas parrainé le mémoire au Cabinet contenant la modification et a refusé de se présenter en comité parlementaire pour expliquer le changement, ce qui est rarissime.L\u2019enquête du commissaire a inversement permis à Mme Wilson-Raybould de faire aussi une découverte.On sait que l\u2019entourage du premier ministre tentait de la convaincre de commander un avis légal externe pour la rassurer qu\u2019elle avait effectivement le droit d\u2019intervenir pour exiger la négociation avec SNC.L\u2019ex-ministre a appris du commissaire que l\u2019entourage de M.Trudeau avait déjà discuté de cette possibilité avec l\u2019ex-juge en chef de la Cour suprême du Canada, Beverley McLachlin.Le commissaire Dion se plaint par ailleurs que le Conseil privé lui ait refusé l\u2019accès aux documents confidentiels du cabinet.« Si l\u2019on veut que le Commissariat demeure réellement indépendant et qu\u2019il remplisse son mandat, je dois avoir un accès sans entrave à tous les renseignements pouvant m\u2019être utiles dans l\u2019exécution de mon mandat.» Deux fonctions conciliables Les postes de ministre de la Justice et de procureur général du Canada devraient continuer à être assumés par une seule et même personne.C\u2019est la conclusion à laquelle arrive le rapport qu\u2019avait commandé le gouvernement à l\u2019ancienne ministre libérale Anne McLellan.« Je ne crois pas qu\u2019il faille apporter de nouvelles modifications à la structure au Canada pour protéger l\u2019indépendance du poursuivant et favoriser la confiance du public dans le systeme de justice pénale », écrit-elle.Ces deux postes sont en apparence contradictoires.En tant que membre du cabinet, le ministre de la Justice endosse un rôle politique.Mais en tant que procureur général, il assume une fonction nécessitant la plus grande indépendance.Le cœur de l\u2019affaire SNC-Lavalin consistait à déterminer si, en faisant valoir à Jody Wilson-Raybould l\u2019intérêt politique à protéger le géant québécois de l\u2019ingénierie, l\u2019équipe de M.Trudeau compromettait son indépendance de procureure.Anne McLellan conclut qu\u2019aucun modèle ne sera jamais à l\u2019abri d\u2019interférences.Celle qui a été elle- même ministre de la Justice voit un avantage à porter les deux chapeaux.« Le fait d\u2019exclure le procureur général du cabinet aurait aussi une incidence sur la crédibilité et la qualité des conseils juridiques qu\u2019il formule.Selon moi, les membres du cabinet sont plus susceptibles de porter attention aux conseils juridiques d\u2019un procureur general qui est aussi membre du cabinet, puisqu\u2019ils savent que celui-ci comprend le contexte politique dans lequel ils travaillent.» Elle recommande toutefois de changer les règles pour que, désormais, lorsque le cabinet s\u2019interroge sur l\u2019intérêt public d\u2019aller de l\u2019avant avec une poursuite, les contacts avec le ministre de la Justice aient lieu seulement par écrit, et seulement entre élus.Dans l\u2019affaire SNC-Lavalin, les adjoints ministériels avaient discuté entre eux.Mme McLellan recommande aussi que le ministre de la Justice s\u2019explique par écrit s\u2019il décide de ne pas intervenir.M.Trudeau a indiqué qu\u2019il avait l\u2019intention de mettre ces changements en place.Le chef conservateur, Andrew Scheer, n\u2019a pas tardé à réagir au blâme adressé à Justin Trudeau qui, a-t-il dit, ne mérite plus la confiance des Canadiens.MICHAEL BELL LA PRESSE CANADIENNE 15 millions C\u2019est le montant que Québec compte investir en bourses pour améliorer le recrutement de préposés aux bénéficiaires.comme aides de service pendant leur formation ou encore proposent systématiquement des postes permanents à temps plein aux nouvelles recrues.Étant donné que le programme de bourses concerne seulement le réseau public, un journaliste a demandé aux ministres s\u2019il ne risquait pas d\u2019accroître la rareté de personnel qui touche aussi les résidences privées.Le ministre Boulet a rétorqué à cet égard que ces résidences reçoivent du soutien sous d\u2019autres formes.« On assume des frais de formation et dans le cadre de la Grande corvée, on a communiqué avec 1200 propriétaires de résidences privées.» Ces derniers, a-t-il dit, reçoivent de l\u2019aide de conseillers en entreprises du ministère.Quant à savoir si le gouvernement ne gagnerait pas plutôt à hausser les salaires des préposés pour en attirer davantage, la ministre McCann n\u2019a pas voulu s\u2019avancer.La question est « prioritaire », dit-elle, mais sera traitée dans le cadre du renouvellement des conventions collectives de l\u2019ensemble des employés du secteur public qui débute cet automne.En janvier, sa collègue Marguerite Blais avait dénoncé à la télévision le fait qu\u2019un employé de la Société des alcools (SAQ) est payé 28 $ l\u2019heure alors qu\u2019un préposé aux bénéficiaires du public ne reçoit que 21 $ l\u2019heure. ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE JEUDI 15 AOÛT 2019 MYLÈNE CRÊTE CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À QUÉBEC LE DEVOIR Le représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) au Canada invite le gouvernement de François Legault à changer de discours et à considérer les réfugiés comme une solution à la pénurie de main-d\u2019œuvre qui sévit au Québec.« Il faut arrêter cette dichotomie entre les réfugiés sont un fardeau et les autres nouveaux arrivants basés sur des critères économiques sont des bénéfices, a souligné Jean-Nicolas Beuze en entrevue au Devoir.Les réfugiés apportent des bénéfices aussi.» C\u2019est le message qu\u2019il compte livrer jeudi dans le cadre de l\u2019étude en commission parlementaire des nouveaux seuils d\u2019immigration.« Les réfugiés sont aussi prêts à travailler dans le domaine de l\u2019hôtellerie et des services à la clientèle, a-t-il ajouté.On a besoin de beaucoup de gens pour aider les personnes âgées, les personnes avec des handicaps, pour s\u2019occuper des enfants en bas âge et on retrouve parmi les réfugiés plein de gens qui ont ces qualifications et ces expériences.» La stratégie caquiste Une douzaine d\u2019élus étudient depuis lundi les nouveaux seuils d\u2019immigration du gouvernement pour les trois prochaines années.Après les avoir réduits à 40 000 en 2019, le gouvernement caquiste prévoit de les augmenter progressivement à compter de 2020 pour accueillir entre 49 500 et 52 500 nouveaux arrivants en 2022.Il mise sur l\u2019immigration de travailleurs qualifiés et de gens d\u2019affaires.« Tous les premiers ministres de toutes les provinces ont accepté ma proposition d\u2019augmenter le pourcentage de l\u2019immigration qui est économique, a rappelé le premier ministre, François Legault, mercredi en faisant référence à la dernière rencontre du Conseil de la fédération.Actuellement, c\u2019est seulement 60 % au Québec.Donc, on voudrait augmenter ça au moins à 65 %, peut-être éventuellement à 70 %.» En contrepartie, son gouvernement a diminué le nombre de réfugiés qui seront accueillis au Québec en 2019, le faisant passer de près de 9000 en 2018 à un maximum de 7500.Il prévoit de maintenir le nombre de nouveaux arrivants issus de cette catégorie \u2014 la plus précaire \u2014 entre 6800 et 7500 annuellement jusqu\u2019en 2022.Invité à faire marche arrière « Il y a une longue tradition de solidarité au Canada et au Québec en particulier envers les réfugiés et ce n\u2019est pas le moment de baisser les bras », a réagi M.Beuze.« On n\u2019a jamais eu autant de réfugiés à travers le monde, a-t-il poursuivi.On a passé le cap des 26 millions.On voit de plus en plus de conflits émerger et les conflits durent de plus en plus longtemps.Donc, on a de plus en plus de gens qui sont obligés de fuir leur pays.» Il invite le gouvernement Legault à faire marche arrière et à plutôt permettre à un plus grand nombre de réfugiés de s\u2019installer au Québec.Le gouvernement pourrait profiter d\u2019un projet-pi- lote mis sur pied par le gouvernement fédéral pour en sélectionner certains qui maîtrisent le français selon des critères économiques.Le représentant du UNHCR a donné l\u2019exemple de l\u2019Ontario qui a récemment recruté un chef cuisinier et un employé formé en technologie de l\u2019information.« On se rend compte qu\u2019ils répondaient entièrement aux mêmes critères que n\u2019importe quel autre migrant à part le fait qu\u2019ils venaient d\u2019un pays qui n\u2019était pas le leur, mais qui était un pays où ils avaient trouvé l\u2019asile », a-t-il affirmé.IMMIGRATION Les réfugiés peuvent pallier la pénurie de travailleurs, dit l\u2019ONU Le gouvernement de François Legault est invité à changer de discours Le projet sur la voie d\u2019accès à la mobilité économique a été lancé en avril 2018 pour recruter des réfugiés qualifiés au Kenya et au Moyen-Orient.Il leur permet de soumettre leur candidature par l\u2019entremise des programmes d\u2019immigration économique des provinces participantes ou du gouvernement fédéral.Cela demande quelques ajustements de la part des gouvernements et des employeurs puisque les réfugiés qui doivent quitter leur pays en catastrophe ne peuvent pas apporter curriculum vitae et autres documents pertinents.« Mais au fond, si la personne a travaillé pendant dix ans auprès des personnes âgées et qu\u2019il y a eu un laps de temps de deux ans à cause de l\u2019exil où la personne n\u2019a pas eu cette chance, pourquoi pas, a demandé M.Beuze.Ce ne sont pas les deux dernières années qui font que la personne est devenue incompétente.» Il espère que son témoignage de jeudi permettra de déboulonner certains mythes sur cette catégorie d\u2019immigrants qui n\u2019ont souvent plus rien et qui, remarque-t-il, font les frais de discours populistes un peu partout en Occident.CAROLINE PLANTE À QUÉBEC LA PRESSE CANADIENNE Le premier ministre François Legault reste sourd aux arguments de plusieurs groupes d\u2019employeurs qui militent pour une hausse importante des seuils d\u2019immigration.Qui plus est, il a renvoyé la balle aux entreprises, mercredi, en leur disant qu\u2019elles pouvaient contribuer à régler le problème du manque de personnel en rendant les postes vacants plus attrayants pour les Québécois.M.Legault fait face à une pression énorme du Québec inc., qui souhaite que l\u2019on augmente ces seuils à au moins 60 000 personnes par année, afin de combler la pénurie de main-d\u2019œuvre.Le Conseil du patronat, la Fédération des chambres de commerce du Québec et l\u2019Association Restauration Québec ont notamment défilé devant les députés cette semaine.Mercredi, à son arrivée à la première réunion du Conseil des ministres après Legault reste sourd aux arguments pour une hausse des seuils Le représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) au Canada, Jean-François Beuze, témoignera en commission parlementaire des nouveaux seuils d\u2019immigration, jeudi, à Québec.SEAN KILPATRICK LA PRESSE CANADIENNE ISABELLE PORTER À QUÉBEC La consigne ne passera pas par les succursales de la Société des alcools (SAQ), a indiqué mercredi le ministre de l\u2019Environnement, Benoit Charette.Les consommateurs devront rapporter leurs bouteilles de vin vides ailleurs.« On ne veut pas forcer le commerçant, la succursale de la SAQ ou le dépanneur du coin à récupérer toutes les matières qu\u2019ils mettent sur le marché.Parce que physiquement, ils n\u2019ont pas les locaux, l\u2019espace pour le faire.[\u2026] Ce n\u2019est pas de la mauvaise volonté de leur part », a déclaré M.Charette à la sortie du Conseil des ministres.Lundi, la SAQ s\u2019était dite ouverte à la consigne des bouteilles de vin, mais avait indiqué qu\u2019il n\u2019était pas question qu\u2019elle se charge de récupérer les bouteilles.Or, plusieurs experts et groupes environnementaux estiment que ce serait la meilleure façon d\u2019éviter notamment que les consommateurs fassent des déplacements indus pour faire consigner leurs bouteilles vides, ce qui ferait augmenter les gaz à effet de serre.Où donc seraient récupérées les bouteilles?Le ministre de l\u2019Environnement n\u2019a pas voulu le dire, mais promet des réponses d\u2019ici « quelques semaines » avec la sortie de la nouvelle Politique québécoise de gestion des matières résiduelles.« Ça va toucher le verre, ça va toucher le plastique, les différents produits à recycler », a-t-il dit en mentionnant aussi les déchets de construction et le recyclage en provenance des industries, commerces et institutions (ICI), dont la sous-performance en matière de recyclage est notoire.Une commission inutile ?Curieusement, l\u2019élaboration de cette politique par M.Charette se fait au même moment que les travaux de la commission parlementaire sur le recyclage, à laquelle le ministre ne participe justement pas.L\u2019exercice serait-il inutile ?Non, dit- il.« Je regarde tous les jours le résumé de ces travaux-là.Il y a de très, très belles idées qui sont soumises.On discute encore (de notre politique).On l\u2019a fait au Conseil des ministres.» M.Charette indique toutefois que « la plupart des intervenants » qui participent à la consultation ont déjà « été rencontrés » par son équipe « au cours des dernières semaines ».À l\u2019heure actuelle, plus de la moitié du verre que les Québécois mettent à la boîte de recyclage aboutit dans les centres d\u2019enfouissement, une « situation qui ne peut plus durer », avance le ministre, qui en a profité pour écorcher les gouvernements précédents.Selon lui, la crise actuelle n\u2019incombe pas seulement à la fermeture des marchés asiatiques, qui achetaient autrefois nos produits recyclés.Elle découlerait aussi de la décision du gouvernement libéral « en 2013 de permettre de nouveau l\u2019enfouissement du verre ».« Mes prédécesseurs ont manqué de leadership sur ce plan-là», a-t-il affirmé.Il reproche en outre aux libéraux de ne pas avoir créé des incitatifs financiers pour encourager les municipalités à cesser d\u2019enfouir les matières organiques avant 2020.La SAQ ne s\u2019occupera pas de la consigne, promet le ministre Il faut arrêter cette dichotomie entre les réfugiés sont un fardeau et les autres nouveaux arrivants basés sur des critères économiques sont des bénéfices JEAN-NICOLAS BEUZE » Où donc seraient récupérées les bouteilles ?Le ministre de l\u2019Environnement n\u2019a pas voulu le dire, mais promet des réponses d\u2019ici « quelques semaines » avec la sortie de la nouvelle Politique québécoise de gestion des matières résiduelles.la relâche estivale, M.Legault a encouragé les entreprises à améliorer leurs conditions de travail afin de rendre plusieurs postes plus attrayants pour les Québécois.Le gouvernement, a-t-il assuré, est prêt à fournir sa part d\u2019efforts.« On va aider ces entreprises-là à améliorer leur productivité, être capables d\u2019avoir plus de valeur ajoutée dans leurs emplois et être capables d\u2019offrir de meilleurs salaires pour attirer les Québécois », a-t-il déclaré en mêlée de presse.Selon l\u2019analyse du premier ministre, dans tous les pays industrialisés, il est de plus en plus difficile de pourvoir aux emplois « où il y a moins de valeur ajoutée, qui sont moins bien payés, qui sont à temps partiel, par exemple, seulement pour la portion de l\u2019été ».«Il faut comprendre que si on demande à un Québécois: \u201cEst-ce que vous préférez un emploi à 15 $ l\u2019heure ou à 30 $ l\u2019heure ?\u201d c\u2019est certain qu\u2019il aime mieux un emploi à 30$ l\u2019heure.Donc, ceux qui offrent des emplois à 15 ou même à 12$ l\u2019heure, ils vont avoir de la difficulté.» Le Conseil du patronat fait une tout autre lecture de la situation.Son président, Yves-Thomas Dorval, affirme que les entreprises québécoises font face à un problème qui est démographique.Ce n\u2019est pas en améliorant les conditions de travail « que ça va créer tout à coup de la population », a-t-il ironisé lors d\u2019une entrevue , mercredi.«Il y a une mathématique incontournable, dit-il.On a moins de personnes qui entrent sur le marché du travail que de gens qui le quittent.Il y a 1,4 million de postes à pourvoir pour les dix prochaines années.Ce ne sont pas les chiffres du Conseil du patronat, ce sont les chiffres du gouvernement du Québec, des fonctionnaires, des spécialistes, des experts.» M.Dorval affirme que le Québec a besoin d\u2019un minimum de 60 000 immigrants par année pour combler les besoins du marché du travail.« Vous savez, il y a 250 000 entreprises au Québec, et il y en a 90% qui disent qu\u2019il y a des problèmes de main-d\u2019œuvre.Il doit y en avoir quelques-uns là-dedans qui ne doivent pas être à côté de la track.» Le Conseil du patronat affirme que le Québec a besoin d\u2019un minimum de 60 000 immigrants par année pour combler les besoins du marché du travail LEDEVOIR // LE JEUDI 15 AOÛT 2019 ACTUALITÉS A 4 AVIS DE DÉCÈS Au printemps 1930, alors que la crise économique commence à montrer les dents, l\u2019enseigne Archambault est installée par un grutier sur l\u2019arête du tout nouvel édifice de cette entreprise familiale.Le fabricant, Denis Advertising Signs Limited, a façonné l\u2019enseigne selon des directives précises afin qu\u2019il s\u2019harmonise avec la structure effilée de cet édifice plutôt étroit qui jouxte des habitations anciennes aujourd\u2019hui disparues.Denis Advertising est installé rue Benoit, une rue disparue elle aussi, située à peu près là où l\u2019on trouve désormais le Complexe Desjardins, en plein cœur de Montréal.Pionnière dans le monde des grandes enseignes lumineuses qui éclairent le Montréal très festif de l\u2019entre-deux- guerres, cette entreprise compte l\u2019enseigne Archambault au nombre de ses principales réalisations.Elle n\u2019hésite pas à se faire valoir en pointant du doigt cette enseigne qui trône au cœur du Quartier latin jusqu\u2019à son retrait impromptu à l\u2019automne 2018.Localisé au coin des rues Berri et Saint-Catherine, l\u2019immeuble Archam- bault est inspiré par le style Art déco.Dans son édition du 19 avril 1930, Le Devoir souligne, sur deux pages complètes, l\u2019inauguration de ce commerce situé en plein cœur du bouillant Quartier latin.L\u2019immeuble présente un coin arrondi « typique du Streamline Movement, une variante de l\u2019Art déco », précise le journal, sur lequel son enseigne est soutenue par des ancrages de métal.À ses pieds, les fenêtres sont habillées d\u2019élégants auvents.On donne la liste complète de tout le personnel\u2026 Avant la popularisation de la radio et de la télévision, la musique occupe une place de grande importance dans les familles.La ville de Sainte-Thérèse, en périphérie de Montréal, ne compte pas pour rien 19 fabricants.Au cœur du commerce de la musique, l\u2019enseigne d\u2019Archambault va briller sur la rue la plus animée de la métropole.Elle témoigne à cet égard d\u2019un moment particulier de l\u2019histoire d\u2019une société.Au début des années 1930, un foyer montréalais sur cinq possède un piano.Forte de sa propre marque de pianos et de sa maison d\u2019édition de partitions, la maison Archambault compte de surcroît sur les commandes d\u2019une importante clientèle répartie dans 1800 collèges du Canada.Cette enseigne ne devient pas une des plus connues de la ville pour rien.Au point d\u2019apparaître, près d\u2019un siècle plus tard, comme un symbole de Montréal, au même titre que la bouteille de lait géante de l\u2019ancienne usine de Guaranteed Pure Milk ou encore que la grande enseigne lumineuse de Farine Five Roses.Plus qu\u2019une enseigne, un symbole Restaurée pour 20 000 $ ARCHAMBAULT SUITE DE LA PAGE A 1 C\u2019est à Châteauguay que ladite enseigne s\u2019est retrouvée, sur le terrain et aux bons soins de la firme Enseignes Plus.Joint par téléphone, Denis Barbeau, président et propriétaire de l\u2019entreprise, affirme être prêt «depuis longtemps» à venir remettre en place le précieux objet.Il n\u2019attend que la confirmation d\u2019une date.«On m\u2019avait dit le 26 août.Puis la date a été repoussée.Ce ne sera pas avant septembre», confie-t-il.Le fabricant d\u2019enseignes a restauré cet élément du patrimoine visuel montréa- lais, bien que selon lui, elle ne fût pas en si mauvais état.La structure verticale peut encore brûler de tous ses néons.Il en aura coûté 20000$ pour la remettre à neuf.Une facture pour réparer des enseignes de cet âge et de ce type peut monter jusqu\u2019à 100000$, estime l\u2019entrepreneur de Châteauguay.Il prétend que, dans le cas présent, Québecor et Renaud-Bray, les deux propriétaires successifs d\u2019Archambault, se sont partagé les frais.Il a été impossible de confirmer cette information auprès des principaux intéressés.«Nous avons déjà mentionné publiquement que nous collaborons avec la Diversité de corps.et d\u2019opinions CLIP SUITE DE LA PAGE A 1 qui sortent des stéréotypes de la femme mince, sans bourrelet et sans la moindre once de cellulite.« Ces corps- là existent, il faut les montrer sans gêne, sans honte.Ça contribue à les normaliser et à faire tomber les tabous », poursuit Mme Gilbert.Pourtant, l\u2019acceptation de son corps ne devrait pas nécessairement passer « par le déshabillage et la nudité », estime de son côté l\u2019auteure et journaliste Geneviève St-Germain.« Je ne pense pas qu\u2019exposer à tout le monde ses bourrelets ou au contraire sa maigreur excessive ait à voir avec autre chose qu\u2019un certain exhibitionnisme puéril », explique-t-elle, critiquant cette obsession de l\u2019image qui entraîne « un besoin d\u2019approbation » par l\u2019ensemble de la société.« Ce que tout un chacun pense de nous, on devrait s\u2019en câlis- ser », insiste Mme St-Germain.Elle voit dans la démarche de Safia Nolin un geste avant tout provocateur qui s\u2019inscrit dans un « effet de mode » qui risque peu de faire changer les mentalités, au contraire.« C\u2019est une forme de masochisme que de s\u2019exposer à l\u2019inévitable jugement des gens \u2014 positif ou négatif \u2014, la société est ce qu\u2019elle est ».Critiques Et les commentaires publiés sur les réseaux sociaux lui donnent en partie raison.Si de nombreuses personnes ont salué le courage de Safia Nolin et complimenté la beauté de son vidéoclip, certains ont plutôt accusé l\u2019artiste de faire « un coup de marketing » pour mousser ses ventes, tout en critiquant son physique « hors normes ».« C\u2019est fou qu\u2019en 2019 la valeur d\u2019une femme soit encore en corrélation di- 1930 C\u2019est l\u2019année où la compagnie Denis Advertising a conçu et installé l\u2019enseigne ornant l\u2019immeuble.Ville de Montréal pour assurer la conservation de l\u2019enseigne Archambault.Nous ne pouvons malheureusement pas donner plus de détails pour le moment», écrit Marie-Josée Duhamel, directrice principale, Communications et Affaires publiques chez Québecor Media.Propriétaire depuis 2015 des magasins Archambault, Renaud-Bray n\u2019a pas voulu commenter le cas de la célèbre enseigne, ni même dire si l\u2019entreprise a assumé une partie des coûts de restauration.« Ça ne nous concerne pas », dit Émilie Laguerre, directrice des communications chez Renaud- Bray et Archambault.Selon le service d\u2019expérience citoyenne et des communications de la Ville de Montréal, c\u2019est Renaud-Bray qui est propriétaire de l\u2019enseigne lumineuse, alors que Québecor est propriétaire de l\u2019immeuble.« La Ville de Montréal souhaite que l\u2019enseigne soit remise en valeur et qu\u2019 [elle] ait des échanges actuellement avec Québecor et Renaud-Bray en vue de réaliser cet objectif », précise par courriel la porte- parole Linda Boutin.Issue des années 1930, l\u2019enseigne art déco a été retirée après l\u2019acquisition de la marque Archambault par Renaud-Bray.Or, l\u2019édifice situé à l\u2019angle précis des deux artères est demeuré propriété de Québecor, qui y a installé sa radio numérique et d\u2019autres branches de l\u2019entreprise.Les véritables intentions du retrait de l\u2019objet sont inconnues.La fonction d\u2019identification du bâtiment semble néanmoins avoir primé sur une éventuelle valeur patrimoniale.«Il y avait trop d\u2019enseignes [Archam- bault Musique à cet endroit], il fallait la retirer.La Ville a refusé qu\u2019elle reste sur place », se souvient Denis Barbeau.Comme le magasin Archambault a conservé des espaces dans les édifices voisins, ses enseignes, plus petites de moitié si on se fie au nombre de dalles pour les soutenir, demeurent visibles.«L\u2019arrondissement de Ville-Marie n\u2019a aucun règlement qui empêche l\u2019installation de l\u2019enseigne Archambault sur le bâtiment, qui hébergeait autrefois Archam- bault, corrige Linda Boutin, de la Ville de Montréal.Le propriétaire actuel pourrait réinstaller l\u2019enseigne à sa place d\u2019origine sans faire de demande de dérogation à l\u2019arrondissement.» Lors du retrait en novembre, plusieurs avaient manifesté leur appui au retour du panneau commercial.Président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau avait publié sur son compte Twitter une photo de l\u2019immeuble concerné avec un message favorable à la présence de l\u2019enseigne historique.La mairesse, Valérie Plante, avait émis ses inquiétudes sur le sort de l\u2019objet et rencontré Philippe Archambault, le fils du dernier propriétaire de la famille, «afin de discuter de la préservation de nos symboles patrimoniaux».JACQUES NADEAU LE DEVOIR Les protagonistes de la saga de l\u2019enseigne restent discrets sur la suite des choses.recte avec son corps, son image.Pourquoi ce malaise profond et surtout\u2026 pourquoi cette haine gratuite ?Qu\u2019est- ce qui vient autant les déranger au point de faire sortir le pire en eux et de déshumaniser autant une artiste comme Safia ?», s\u2019est emportée Sara Hini, cofondatrice du Womanhood Project avec Cassandra Cacheiro.Elles ont toutes deux participé à la création du vidéoclip.Mariane Gilbert s\u2019étonne aussi de la vague de commentaires négatifs publiés après le lancement du vidéoclip.« Si une femme veut se dénuder pour mieux s\u2019accepter, c\u2019est son choix.Personne ne devrait avoir le contrôle sur ce qu\u2019elle peut faire ou non avec son corps.On critique vite le choix des femmes dans notre société, il y a toujours quelque chose à redire.» Pour sa part, l\u2019historien à l\u2019Université Laval Alexandre Klein ne s\u2019étonne pas outre mesure de l\u2019ampleur de la polémique : « la nudité, ça attire l\u2019œil, ça déstabilise, ça fait parler ».D\u2019après l\u2019historien, les gens ont un rapport ambigu avec la nudité : bien qu\u2019on la voie partout \u2014 dans les films et les publicités notamment \u2014 elle reste quelque chose d\u2019intime, un tabou.Se gardant de qualifier la démarche artistique de Safia Nolin de provocatrice, il y voit plutôt un geste politique comme un autre.« Le corps est devenu notre dernier recours pour dire quelque chose.Avant on manifestait, on votait, pour faire valoir notre point de vue, nos idéaux.Maintenant on utilise notre corps, en le tatouant, le perçant, en l\u2019habillant de vêtements particuliers ou en le dénudant ».Il donne l\u2019exemple des Femens, ce mouvement féministe qui défend ses convictions seins nus.« Si elles étaient entièrement habillées, on ne les remarquerait pas assez ».Des corps désexualisés De fait, l\u2019idée de déshabiller ces femmes le temps d\u2019une chanson est aussi un moyen de « réappropriation du corps des femmes, longtemps représenté par des hommes », expliquent Cassandra Cacheiro et Sara Hini du Womanhood Project, qui sont respectivement photographe et directrice artistique.Rappelons que le vidéoclip est né du travail d\u2019une équipe entièrement féminine.« C\u2019est comme combattre le feu par le feu.Ce corps qui a été sexualisé et objectifier constamment peut aussi être un outil de changement si on le fait de manière consciente, critique et respectueuse », note Cassandra Cacheiro.Au-delà de promouvoir une diversité corporelle, le but était donc aussi de montrer des corps dénués de toute forme d\u2019érotisme.« C\u2019est comme un \u201cFuck You\u201d à la société hétéronormative, dans laquelle une femme doit être belle, mais pas trop, montrer son corps mais pas trop de peau non plus.On peut-tu exister sans devoir plaire et être désirable », renchérit la photographe Julie Artacho, ravie de voir les femmes se réappro- prier leur corps et prendre la place qui leur est due.Ce que tout un chacun pense de nous, on devrait s\u2019en câlisser GENEVIÈVE ST-GERMAIN » C\u2019est comme un \u201cFuck You\u201d à la société hétéro- normative JULIE ARTACHO » On voit des corps humains.Ce ne sont pas des corps qui sont là pour être jugés, ou pour être désirables.Ce sont des corps qui sont là pour exister, c\u2019est tout SAFIA NOLIN » LEDEVOIR // LE JEUDI 15 AOÛT 2019 ACTUALITÉS A 5 À l\u2019approche de la rentrée scolaire, les organismes Jeunesse au Soleil et Mission Bon Accueil ont distribué gratuitement, mercredi, à Montréal, du matériel scolaire, des sacs d\u2019école et de vêtements à des milliers de familles à faibles revenus.La distribution se poursuit jusqu\u2019à vendredi chez Jeunesse au Soleil.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Cahiers et souliers neufs pour la rentrée JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR L\u2019église Saint-Jean-Baptiste de Québec échappera-t-elle à sa mise en quarantaine forcée ?Interdit au public depuis 2015, cet imposant monument à la valeur patrimoniale exceptionnelle a besoin d\u2019importants travaux de réfection et de mise à niveau.Il pourra compter cette année sur 585 000 $ de la part de l\u2019État pour la restauration de la maçonnerie, de la fenestration et du système de gicleurs pour les incendies.Dessiné au XIXe siècle par l\u2019architecte Joseph-Ferdinand Peachy, cette église est considérée comme un des bâtiments les plus importants du genre au Québec, tout en donnant, rue Saint-Jean, un repère visuel inégalé en point de mire des abords de la Vieille Capitale.Le responsable du département des fabriques du diocèse, Rémi Gagnon, explique au Devoir qu\u2019il s\u2019agit « d\u2019une bonne nouvelle ».Il y voit un pas dans la bonne direction pour une réouverture éventuelle au bénéfice des citoyens de Québec.« Le budget total pour la restauration cette année est de 1,3 million.Ce qui inclut une aide de 650 434 $ de la part de la ville de Québec et d\u2019une contribution de 65 000 $ du milieu.» Est-ce que ce sera suffisant pour une réouverture prochainement ?« Cela fait partie de nos objectifs.Il est certain que nous aimerions redonner l\u2019accès à cette église.À terme, on souhaite qu\u2019elle soit gérée par un nouvel organisme.On voudrait la vendre ou en confier la gestion à un organisme culturel ou à un groupe de citoyens qui auraient une initiative de solidarité compatible avec le bâtiment.C\u2019est la même chose avec l\u2019église Saint-Charles à Limoilou.» La députée du comté, Catherine Do- rion, a déjà plusieurs fois manifesté sa vive inquiétude au sujet de ce bâtiment, tout en tentant de susciter des projets pour sa reconversion.« C\u2019est une des églises pour lesquelles on veut mettre de l\u2019énergie.C\u2019est une église belle, majeure, importante.On veut aider les citoyens à proposer quelque chose pour son avenir qui puisse servir la communauté.» 75 églises Ce sont 15 millions qui sont accordés cette année à 75 églises du Québec qui ont besoin de travaux pour assurer leur pérennité.Ce sont des bâtiments jugés exceptionnels.Il n\u2019en demeure PATRIMOINE Espoir de réouverture de l\u2019église Saint-Jean-Baptiste à Québec FRANK JORDANS À BERLIN ASSOCIATED PRESS Des scientifiques disent avoir observé une abondance de minuscules particules de plastique dans la neige de l\u2019Arctique, ce qui révèle que les microplas- tiques parcourent de longues distances dans l\u2019atmosphère, jusqu\u2019à certaines des régions les plus reculées de la planète.Les chercheurs ont examiné des échantillons de neige prélevés dans l\u2019Arctique, dans le nord de l\u2019Allemagne, dans les Alpes bavaroises et suisses ainsi que sur l\u2019île de Heligoland, dans la mer du Nord, à l\u2019aide d\u2019un processus spécialement conçu pour l\u2019analyse en laboratoire.« Bien que nous nous attendions à y trouver des microplastiques, les énormes concentrations nous ont surpris», a indiqué Melanie Bergmann, chercheuse à l\u2019Institut Alfred-Wegener de Bremerha- ven, en Allemagne.Leurs conclusions ont été publiées mercredi dans la revue Science Advances.Des études antérieures ont signalé que les microplastiques \u2014 des particules de moins de 5 millimètres formées par la décomposition de matériaux synthétiques \u2014 se trouvent jusque dans l\u2019air à Paris, à Téhéran et à Dongguan, en Chine.Cette nouvelle recherche a permis de démontrer que les fragments peuvent se retrouver en suspension dans l\u2019air d\u2019une manière similaire à la poussière, au pollen et aux particules fines provenant des gaz d\u2019échappement des véhicules.Bien que l\u2019impact des microplastiques sur l\u2019environnement suscite de plus en plus d\u2019inquiétudes, les scientifiques n\u2019ont pas encore déterminé leur possible effet sur la santé humaine ou sur la faune.Mme Bergmann, citée comme coau- teure de cette plus récente étude, rapporte que les concentrations de micro- plastiques les plus importantes ont été observées dans les Alpes bavaroises, avec un échantillon contenant plus de 150 000 particules par litre.Particules extrêmement petites Même si les échantillons prélevés dans l\u2019Arctique n\u2019étaient pas aussi contaminés, la troisième plus importante concentration de microplastiques analysée par les chercheurs \u2014 soit de 14 000 particules par litre \u2014 provenait d\u2019une banquise dans le détroit de Fram, au large de l\u2019est du Groenland, a-t-elle souligné.Les échantillons prélevés dans cette région affichaient en moyenne une concentration de 1800 particules par litre.Selon Martin Wagner, un biologiste à l\u2019Université des sciences et technologies de Norvège qui n\u2019a pas participé à l\u2019étude, ces concentrations extrêmement élevées pourraient être en partie attribuables aux méthodes employées par les chercheurs, qui ont pu identifier des microplastiques mesurant à peine 11 micromètres (0,011 millimètre) \u2014 soit moins que la largeur d\u2019un cheveu humain.« C\u2019est notable parce que la plupart des études jusqu\u2019à présent portaient sur des microplastiques beaucoup plus gros, a-t-il fait valoir.Sur cette base, je conclurais que nous sous-estimons de beaucoup les niveaux réels de micro- plastiques dans l\u2019environnement.» « L\u2019étude démontre que le transport atmosphérique est un processus important pour déplacer les microplas- tiques, potentiellement sur de longues distances et à l\u2019échelle globale, a ajouté le biologiste.La neige peut également être un réservoir important pour emmagasiner les microplastiques et les relâcher lors de la fonte, ce qui n\u2019a pas encore été étudié.» Abondance de petites particules de plastique en Arctique pas moins que plusieurs centaines de bâtiments religieux se trouvent désormais face à un avenir incertain.La basilique Notre-Dame reçoit cette année un million de dollars de l\u2019État, par l\u2019entremise du Conseil du patrimoine religieux.Cette somme servira à réparer la maçonnerie.À Montréal, il y a de fortes chances pour qu\u2019un touriste vienne voir l\u2019église Notre-Dame, un des principaux points où convergent les regards dans le Vieux-Montréal.Ce bâtiment néogothique dont la voûte intérieure est habillée de dorures peut accueillir 10 000 personnes.Il a remplacé en 1829 une sobre église romane utilisée par les Sulpiciens.Parmi les autres bâtiments religieux que l\u2019État soutient par égard à leur importance culturelle, historique et architecturale, on trouve la Cathédrale Christ Church à Montréal, une des plus photographiées de la ville en raison des jeux de miroir produits par les fenêtres des gratte-ciel à proximité.Ce sont 800 000 $ qui sont prévus pour la restauration de son clocher.L\u2019église de La-Purification-de-la-Bien- heureuse-Vierge-Marie, située à Re- pentigny, obtient de son côté 700 000$ pour la réfection de sa toiture.Classée comme bien patrimonial, érigée à compter de 1723, cette église de pierre date du régime français.Elle est une des plus anciennes du Québec.La municipalité dont elle fut le cœur célébrera le 350e anniversaire de sa fondation en 2020.À Québec, la cathédrale Holy Trinity se voit accorder 543 559 $ pour la restauration du mur d\u2019enceinte et de renforcement de la structure de la tribune.Le gouvernement britannique avait financé la construction de cette cathédrale dans sa colonie entre 1800 et 1804.Le monastère des Récollets qui se trouvait là auparavant avait été ravagé par le feu.Une fois qu\u2019il a été rasé, les autorités décidèrent d\u2019y construire, à l\u2019intérieur des fortifications de Québec, le siège du diocèse anglican.La basilique Sainte-Anne-de-Beau- pré pourra pour sa part restaurer sa toiture en bénéficiant d\u2019un soutien du Conseil du patrimoine religieux de 655 263 $.Près d\u2019un million de visiteurs se rendent chaque année dans ce sanctuaire.En tout, ce programme visant la protection, la valorisation et la transmission du patrimoine religieux va consacrer 15 millions de dollars, au cours de l\u2019année 2019-2020, à 75 projets différents situés aux quatre coins du Québec.Le gouvernement Legault a annoncé, le 4 août, qu\u2019il portera à 20 millions de dollars l\u2019aide à la restauration du patrimoine religieux et à la reconversion de certaines églises.Dans la ventilation du budget actuel, les sommes allouées à différentes églises concernent pour l\u2019essentiel des cas de travaux de toitures, de maçonneries et de clochers.De la somme globale, un peu plus de 430 000 $ seulement seront utilisés pour restaurer du mobilier et des œu- vres d\u2019art religieuses de même que des orgues Casavant.Dessiné par l\u2019architecte Joseph-Ferdi- nand Peachy, l\u2019église Saint- Jean-Baptiste est considérée comme un des bâtiments les plus importants du genre au Québec.GOUVERNEMENT DU QUÉBEC LEDEVOIR // LE JEUDI 15 AOÛT 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin Gilles Janson Historien du sport Le 3 août décédait le pionnier de l\u2019histoire du sport du Québec.Je l\u2019ai connu au début des années 1990.Je travaillais alors sur les Canadiens français et le sport à Montréal au XIXe siècle.Très tôt, je découvris un homme chaleureux et généreux de son temps et de ses documents, accumulés pendant une période de plus de 30 ans.Lorsque je me rendais chez lui, à Lévis, j\u2019en ressortais souvent avec des dossiers et parfois même avec une ou plusieurs boîtes de documents.De plus, des discussions passionnées avec cet historien enrichissaient ma problématique et m\u2019obligeaient à définir mes concepts.Donald Guay naît à Lévis en 1933.Le cheminement qui le conduit à s\u2019intéresser à l\u2019histoire du sport emprunte quelques détours.Fonctionnaire, il travaillera entre autres pour René Lévesque.Il a la responsabilité de vérifier les droits de propriété.Ce travail l\u2019oblige à consulter les archives seigneuriales, le Code civil et une multitude d\u2019autres documents.Il développe un goût prononcé pour Comment demeurer optimiste pour la planète ?J\u2019ai le cœur de travers.L\u2019actualité est plus déprimante que jamais.La Sibérie est en feu sur une étendue grande comme la Belgique.Le Groenland fond à une vitesse accélérée, la banquise de l\u2019Alaska est complètement disparue.Fondue à jamais.On pense à autre chose.On fait sa vie.On regarde attendri l\u2019innocence des enfants.Ces enfants à qui nous laissons une planète en fin de vie.Livrée entièrement aux forces de la destruction.Trump, Bolsonaro.Monsanto.Exxon.Total, Schell, Coca-Cola, Nestlé.La liste est longue, très longue, de toutes ces administrations plus soucieuses d\u2019accroître leurs profits que de protéger la vie.Tout brûle ou fond et disparaît à jamais pendant que Bolsonaro s\u2019empresse de massacrer l\u2019Amazonie et sa biodiversité trois fois plus vite que l\u2019an dernier.Une décision politique des Brésiliens a donné le pouvoir à cet homme de bousiller les meilleures chances de l\u2019humanité de survivre aux cataclysmes climatiques.Pour manger de la viande, nous occupons la plus grande partie des surfaces cultivables à produire la nourriture des animaux que nous allons manger.Nous rasons les forêts.Nous détruisons ces indispensables forêts qui assurent bio- diversité, fraîcheur et puits de carbone.Notre seule chance d\u2019éviter un réchauffement mortel de 3 degrés ou plus.Bref, c\u2019est un peu comme si en plus d\u2019être toxicomanes et d\u2019avoir besoin, toujours Donald Guay, pionnier de l\u2019histoire du sport du Québec LIBRE OPINION LETTRES AFFAIRE SNC-LAVALIN Dans quel intérêt ?ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu e verdict du commissaire aux conflits d\u2019intérêts et à l\u2019éthique est impitoyable.Dans son rapport rendu public mercredi sur l\u2019affaire SNC-Lavalin, Mario Dion conclut que le premier ministre, Justin Trudeau, a enfreint la Loi sur les conflits d\u2019intérêts en tentant, avec son entourage, d\u2019infléchir sa procureure générale et ministre de la Justice d\u2019alors, Jody Wilson-Raybould, en faveur de l\u2019entreprise.M.Trudeau croyait défendre l\u2019intérêt public, M.Dion y a plutôt vu une « façon irrégulière » de tenter de favoriser les intérêts d\u2019un tiers, ce qui est interdit.Cette affaire, qui a coûté deux ministres vedettes à M.Trudeau, a plombé son parti dans les sondages tout le printemps.Le vent avait commencé à tourner, au grand soulagement des libéraux, mais à deux mois à peine des élections, ce fantôme revient les hanter.Et ce n\u2019est pas un second rapport sur de possibles réformes procédurales qui y changera grand-chose.Mario Dion frappe très fort.« L\u2019autorité du premier ministre et de son bureau a servi à contourner, à miner et, au bout du compte, à tenter de discréditer la décision de la directrice des poursuites pénales ainsi que l\u2019autorité de Mme Wilson-Raybould en tant que première conseillère juridique de la Couronne », écrit-il.Le premier ministre dit assumer la responsabilité de ses erreurs, mais répète qu\u2019il a agi avec la meilleure des intentions, celle de protéger \u2014 en vain, faut-il souligner \u2014 les milliers d\u2019employés, de petits retraités, de fournisseurs de SNC-Lavalin.Bref, avoir agi dans l\u2019intérêt public.Ses adversaires n\u2019achètent évidemment pas cette ligne de défense, le chef conservateur Andrew Scheer demandant même l\u2019intervention de la GRC.La lecture du rapport ne laisse aucun doute sur ce que le commissaire juge « irrégulier ».Il y a ces pressions sur la procureure générale pour qu\u2019elle intervienne auprès de la directrice des poursuites pénales afin qu\u2019elle envisage de négocier un accord de poursuite suspendue (APS) avec SNC-Lavalin et ainsi lui éviter un procès pour fraude et corruption.M.Dion fait toutefois plus que confirmer les faits présentés l\u2019hiver dernier, il les étoffe.On apprend, par exemple, que même après que SNC- Lavalin eut entrepris de contester devant les tribunaux le refus de la directrice des poursuites pénales de négocier un APS, les contacts entre l\u2019entreprise et des membres du personnel de M.Trudeau et du ministre des Finances, Bill Morneau, se sont intensifiés au lieu de tomber au point mort.Le commissaire en a su davantage, car il a pu interroger plusieurs des acteurs que les libéraux ont refusé d\u2019inviter en comité, dont le premier ministre Trudeau lui-même, Bill Morneau et des membres de leur personnel.M.Dion a dû se priver cependant de documents offerts par neuf témoins, mais que le secret du cabinet leur interdisait de partager et que le Conseil privé a honteusement refusé de lever.M.Trudeau et son équipe sont allés trop loin dans leurs interventions auprès de la procureure générale.Mais peut-on vraiment parler de conflit d\u2019intérêts ?Le commissaire a vu un intérêt partisan parce que la tenue d\u2019élections provinciales au Québec et le fait que M.Trudeau soit député de Montréal ont été soulevés lors d\u2019échanges avec la ministre ou son personnel.Il parle aussi d\u2019une « façon irrégulière » de tenter de favoriser l\u2019intérêt « personnel » d\u2019un tiers, ici SNC-Lavalin.Et voilà où il y a matière à débat.La loi dit qu\u2019il n\u2019est pas question d\u2019intérêt personnel quand on est face à une affaire « de portée générale ».Où finit alors l\u2019intérêt public et commence l\u2019intérêt personnel quand on est un politicien soucieux de défendre, par exemple, une grande entreprise en difficulté de sa région dont le gagne-pain de milliers d\u2019électeurs dépend ?Il n\u2019est pas question de mettre en doute ici le caractère inapproprié des pressions exercées sur la ministre, mais les reproches sont d\u2019un autre ordre.Les questions aussi.Peut-on conclure à l\u2019ingérence politique dans le processus judiciaire, par exemple ?Ce rapport, le deuxième blâmant M.Trudeau pour un écart éthique, donne des munitions à ses opposants qui mettent en doute son intégrité.Et comme le commissaire ne peut le sanctionner, ce seront les électeurs qui s\u2019en chargeront bientôt en donnant ou non du poids à ce nouveau boulet au pied de M.Trudeau.L MANON CORNELLIER présente le sport comme un monde clos, autonome, qui évoluerait en marge de la société et de ses problèmes.Les données historiques démontrent que l\u2019évolution du sport est intimement liée à celle de la société globale.» En 1985, paraît aux éditions VLB, Histoire des courses de chevaux au Québec.Deux ans plus tard, chez le même éditeur, paraît un ouvrage important : Introduction à l\u2019histoire des sports au Québec, où il précise son concept de sport.En 1990, Donald Guay donne avec L\u2019histoire du hockey au Québec un ouvrage essentiel à ceux qui veulent comprendre les origines et le développement de ce phénomène culturel omniprésent au Québec.En 1993, les Presses universitaires de France publient la somme de ses réflexions intitulée La culture sportive.L\u2019éditeur nous dit que la théorie présentée dans ce bouquin « propose une rupture avec le discours courant qui est tenu sur le sport et tente d\u2019en cerner le sens, les fonctions et les significations qui l\u2019animent.» la recherche et nourrit rapidement une passion pour l\u2019histoire.Il devient un boulimique de lecture.Au début des années 1960, son chemin croise celui de l\u2019historien Denis Vaugeois, qui lui demande s\u2019il y avait du sport en Nouvelle- France.Aussitôt la question posée, il se lance à la recherche d\u2019une réponse.Pour s\u2019apercevoir très vite que l\u2019histoire du sport du Québec n\u2019existe pas.C\u2019est un territoire vierge, inexploré.Pour trouver les matériaux nécessaires à la construction de cette histoire, il entreprend un véritable travail de moine, le dépouillement systématique de vieux journaux : La Gazette de Québec, Le Canadien, La Minerve, La Patrie et plusieurs autres périodiques.Il fait l\u2019inventaire des incorporations des clubs sportifs publiées dans la Gazette officielle du Québec.Sa carrière d\u2019historien du sport débute vraiment avec la publication de son livre Le sport et la société canadienne au XIXe siècle, paru en 1977.Dès la première page, il s\u2019en prend « à l\u2019idéologie sportive qui Donald Guay naît à Lévis en 1933.Le cheminement qui le conduit à s\u2019intéresser à l\u2019histoire du sport emprunte quelques détours.Fonctionnaire, il travaillera entre autres pour René Lévesque.davantage, de notre ration quotidienne de pétrole à n\u2019importe quel prix, même le plus élevé en termes de destruction, nous nous entaillions la peau à petits coups de lame de rasoir.Comme pour s\u2019achever plus rapidement encore.On fait comme si de rien n\u2019était.On s\u2019achète une voiture plus grosse, une maison plus grosse.On change régulièrement nos biens pour demeurer dans le goût du jour.On fait rouler l\u2019économie.On voyage en avion au bout du monde de plus en plus souvent, de plus en plus nombreux.Pour un peu plus de commerce et de croissance, d\u2019emplois bien payés pour satisfaire et fermer la gueule des citoyens, nos politiciens à cravates aux généreux comptes bancaires dissimulés dans les paradis fiscaux s\u2019assurent que très peu de tracasseries entravent les projets de développements miniers ou autres saccageant l\u2019environnement.Ceux-ci s\u2019ajouteront au massacre ?Extermineront les derniers bélugas ?Feront exploser les GES de la province ?Tant pis.Nos ministres économiques salivent.Nos chroniqueurs populistes obsédés par la question identitaire blâment Greta Thunberg de vouloir réveiller l\u2019humanité avant qu\u2019il ne soit trop tard.Le danger de voir le Québec s\u2019islamiser est apparemment beaucoup plus urgent que la sauvegarde de la vie sur Terre.Comment rester optimiste ?Comment ne pas pleurer ?Assurément, le désespoir n\u2019est pas une solution.Pour le moins, je participerai à la Grande Marche mondiale pour le climat du 27 septembre prochain.Richard Leclerc, administrateur de la page Facebook Ensemble, accélérons la transition énergétique Montréal, le 12 août 2019 Les jeunes libéraux n\u2019ont pas tout faux L\u2019interculturalisme détermine les contacts entre différentes cultures, alors que le multicultura- lisme est la coexistence de plusieurs cultures dans une société, un pays.C\u2019est, du moins, ce qu\u2019avance le dictionnaire Larousse.Définir, comme l\u2019a fait l\u2019auteur Sam Haroun récemment dans le Devoir, ces deux concepts de façon péjorative relève d\u2019un sophisme faisant dérailler le débat sain.Les mots « assemblage », utilisé pour le multiculturalisme, et « juxtaposition » pour l\u2019inter- culturalisme sont sûrement appropriés dans les faits.Cependant, ce n\u2019est pas ce que leurs promoteurs, Trudeau et Bouchard, recherchent.Celles et ceux qui désirent ardemment voir disparaître la suprématie trumpiste blanche aux prochaines élections américaines sont des sociodémocrates et des plus à gauche qui refusent toute forme d\u2019hégémonie d\u2019une culture sur les autres.La mondialisation, le changement climatique, les conflits, la dénatalité vont obliger les sociétés occidentales à accueillir de plus en plus d\u2019immigrants.Le Québec n\u2019en sera pas exempté s\u2019il veut gagner davantage d\u2019autonomie.Plutôt que de chercher à s\u2019aliéner les minorités culturelles, comme le font les suprémacistes aux États-Unis, les Canadiens français du Québec n\u2019auraient-ils pas intérêt à se mettre à pratiquer l\u2019interculturalisme avec les autres communautés canadiennes- françaises du pays ?Marcel Lapointe Jonquière, le 12 août 2019 La loi dit qu\u2019il n\u2019est pas question d\u2019intérêt personnel quand on est face à une affaire « de portée générale ».Où finit alors l\u2019intérêt public et commence l\u2019intérêt personnel quand on est un politicien soucieux de défendre, par exemple, une grande entreprise en difficulté de sa région dont le gagne-pain de milliers d\u2019électeurs dépend ? A 7 IDÉES LEDEVOIR // LE JEUDI 15 AOÛT 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné, Jean-François Nadeau Adjoints Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directrice artistique Claire Dazat Directeur de la production Christian Goulet Gérard Bouchard Université du Québec à Chicoutimi Dans un éditorial récent sur l\u2019intercul- turalisme québécois (10 et 11 août 2019), monsieur Dutrisac évoque certaines critiques dont ce modèle a fait l\u2019objet.Je profite de l\u2019occasion pour montrer que ces critiques sont sans fondement et pour préciser la nature de l\u2019interculturalisme.Cela dit, pour éviter tout malentendu, je crois utile de préciser que, sauf exception, M.Dutrisac ne fait pas siennes ces critiques auxquelles il fait référence simplement pour conduire sa réflexion.Qu\u2019est-ce que l\u2019interculturalisme québécois ?Ce modèle, élaboré au cours des dernières décennies, a été conçu en fonction des particularités et des besoins de notre société.Il tient dans six composantes.C\u2019est, en premier lieu, la promotion du français comme langue civique.Tous les citoyens peuvent ainsi communiquer entre eux, participer à la vie publique et assurer leur avenir professionnel à chances égales.Le deuxième trait consiste dans le respect des droits de tous les Québécois, incluant les plus vulnérables à la discrimination à cause de la différence culturelle (langue, religion, coutumes) dont ils sont porteurs.C\u2019est une exigence du pluralisme.Une troisième composante prend en compte le rapport majorité-minorités qui structure la réalité ethnoculturelle au Québec.Quatrièmement, le modèle accorde une priorité à l\u2019intégration collective, comme il convient à une petite nation dont l\u2019avenir culturel suscite de constantes inquiétudes.Une telle nation craint instinctivement toutes les formes de fragmentation qui pourraient l\u2019affaiblir, elle a donc besoin d\u2019unité et de solidarité.Les deux dernières composantes découlent de la précédente, à savoir le développement d\u2019une culture commune, dans le respect de la diversité, et un accent sur les rapprochements, les échanges interculturels, notamment pour combattre les stéréotypes menant à la xénophobie et à l\u2019exclusion.Des critiques non fondées Il m\u2019est impossible de les passer toutes en revue.Je m\u2019en tiendrai à celles mentionnées dans le texte de M.Dutrisac.«L\u2019interculturalisme est un échec.» En fait, il n\u2019a jamais été adopté par un gouvernement et n\u2019a donc jamais été mis en application intégralement à l\u2019échelle du Québec.« Il divise la majorité francophone et les minorités.» L\u2019intercultura- lisme porte attention à ce rapport non pour l\u2019accentuer et créer un clivage nocif, mais tout simplement parce qu\u2019il existe.Il importe alors de l\u2019orchestrer afin d\u2019assurer une coexistence harmonieuse et équitable.C\u2019est l\u2019un des buts des rapprochements et des échanges souhaités entre majorité et minorités.«L\u2019interculturalisme condamne les minorités à l\u2019assimilation.» Une préoccupation centrale du modèle est d\u2019éviter l\u2019assimilation.Il vise plutôt l\u2019intégration, c\u2019est-à-dire une adhésion aux valeurs fondamentales de notre société, telles que définies dans notre Charte.Il demande aussi l\u2019apprentis- Des malentendus autour de l\u2019interculturalisme Danick Trottier Professeur de musicologie au Département de musique de l\u2019UQAM Alors que le festival de Woodstock s\u2019apprête à fêter son 50e anniversaire, les témoignages et reportages se multiplient.Woodstock attire l\u2019attention autant que d\u2019autres faits qui ont marqué la conscience des années 1960, comme si le festival avait autant de poids que des événements politiques comme l\u2019assassinat de Martin Luther King, Mai 68 ou la guerre du Vietnam.Or, cette attention ne saurait dissimuler la façon dont le rock et ses rassemblements phares des années 1960 sont constamment investis par la mémoire collective pour en rappeler la grandeur.Il serait temps, à cet effet, d\u2019établir une distinction entre la nature de Woodstock et la valeur qu\u2019il a prise au fil du temps à travers un travail de mémoire.L\u2019apparence de l\u2019improbable La fascination qu\u2019exerce aujourd\u2019hui le festival n\u2019a d\u2019égal que son caractère pour le moins improbable comme événement rassembleur.Car c\u2019est là que réside tout l\u2019intérêt du documentaire Woodstock (lancé en mars1970) réalisé par Michael Wadleigh : avoir montré comment cette entreprise a surmonté les embûches qui se présentaient au quotidien (mise en place d\u2019une programmation, recherche d\u2019un site, défis logistiques, etc.).Le jeune entrepreneur Michael Lang était peu expérimenté dans ce domaine et les pièces du puzzle qu\u2019il a réussi à rassembler avec ses partenaires ont fini par porter leurs fruits.Avec le recul, l\u2019événement peut avoir l\u2019apparence de l\u2019improbable.Or, de l\u2019improbable en matière de musique, les années 1960 en ont donné beaucoup, à commencer par de nombreux rassemblements collectifs.De 1967 à 1969, Woodstock représente la figure d\u2019un prisme qui déploie la musique à tous les niveaux dans la société américaine.À cet égard, si l\u2019on fête tant Woodstock aujourd\u2019hui, on devrait en faire autant pour le Monterey Pop Festival de juin 1967, qui a coïncidé avec le Summer of Love et donc la consécration du mouvement hippie.Si tant est que la musique soit au centre de la logique commémorative, c\u2019est lors de cet événement que se font connaître en Amérique les Who, Ravi Shankar, Jimi Hendrix Experience et qu\u2019est révélée au grand public Janis Joplin.Alors, pourquoi en revenir toujours à Woodstock ?Le collectif dans toute sa grandeur Parce que de tous ces événements, Woodstock reste à la fois le plus documenté et le plus fixé en objets de consommation, à commencer par le documentaire et le lancement en mai 1970 du triple album en version concert Woodstock : Music from the Original Soundtrack and More.L\u2019imaginaire qui s\u2019est mis en place dès le début des années 1970 avait de quoi alimenter l\u2019attrait po0ur l\u2019événement jusqu\u2019aux deux nouvelles moutures du festival, soit Woodstock 94 pour le 25e anniversaire et Woodstock 99 pour MUSIQUE 50e anniversaire de Woodstock, par-delà le mythe sage du français et la participation à la vie civique.Concernant la culture commune, elle se forme au gré des contacts interculturels, en toute liberté, et se nourrit de tous les apports, ceux des minorités comme de la majorité.Mais nul n\u2019est tenu de renoncer à sa culture première.Le modèle préconise un équilibre entre la référence aux héritages culturels de chacun et la contribution à une culture nationale toujours en mouvement.Cette façon de penser et de mettre en œuvre la diversité ethnoculturelle est propre à l\u2019in- terculturalisme.«La majorité francophone s\u2019octroie des avantages indus.» Cette majorité est elle-même une minorité sur le continent.Il arrive qu\u2019elle ait besoin elle aussi de protection.Nous l\u2019avons vu avec la loi 101, dont les objectifs ont été reconnus comme légitimes par la Cour suprême du Canada.Cela dit, cette majorité ne bénéficie d\u2019aucune préséance formelle, juridique ou autre.Elle entend simplement prendre toute sa place dans la société.Comme toute majorité cependant, elle est susceptible de favoriser parfois une gouvernance contraire aux intérêts et même aux droits des minorités.C\u2019est une autre raison de prendre en compte le rapport majorité-minorités, lequel demeure toujours un rapport de pouvoir inégal.Il y a ici une vigilance à exercer.Mais on ne peut y arriver si on passe ce rapport sous silence.«La notion de convergence est préférable à celle d\u2019interculturalisme.» Le modèle de la convergence est malheureusement affligé d\u2019un passé ambigu.Il est issu d\u2019une réflexion commandée il y a quarante ans par le ministre Gérald Godin.Mais il l\u2019a lui- même rejeté en raison de sa dimension assimilatrice : le modèle prévoit qu\u2019à long terme, la convergence se repliera sur la culture de la majorité.«L\u2019interculturalisme est un décalque du multiculturalisme canadien.» Ses composantes, à l\u2019exception de la deuxième, sont absentes du multicul- turalisme ou y tiennent une place secondaire.Cependant, parce que l\u2019in- terculturalisme favorise le pluralisme, c\u2019est-à-dire le rejet de l\u2019assimilation, certains concluent à l\u2019identité des deux modèles.C\u2019est une erreur.Le pluralisme est une norme internationale conçue en réaction aux horreurs de la dernière guerre mondiale.La majorité des nations démocratiques y souscrivent à leur façon et l\u2019intègrent à leur politique de gestion de la diversité.Mais les modèles qui en résultent en proposent des applications spécifiques qui les différencient.«Le multiculturalisme a toujours été une réalité québécoise.» Robert Bourassa l\u2019a officiellement rejeté dès 1971, convaincu que le Québec avait besoin d\u2019un modèle différent, adapté à ses priorités.Par ailleurs, l\u2019idée de définir le Québec comme un ensemble de communautés culturelles sur le modèle de la mosaïque va à l\u2019encontre de la réalité.Elle n\u2019a pas d\u2019avenir.En conclusion, trois options s\u2019offrent à nous : a) l\u2019assimilation, b) le multicul- turalisme, c) l\u2019interculturalisme, à savoir une formule équilibrée qui allie les aspirations légitimes de la majorité et des minorités, qui conjugue les impératifs du droit et de la sociologie.Mon choix est évident.Réplique de l\u2019éditorialiste Dans mon éditorial, j\u2019opposais la notion de « culture de convergence », que je remettais en question, à celle de « convergence culturelle ».Même si ce dernier terme a pu être assimilé au premier, j\u2019y vois une importante différence : ce sont les cultures, y compris celle de la majorité, qui convergent pour former une culture commune de langue française, culture qui devient celle de la majorité par la force des choses.Je conçois mal, par ailleurs, qu\u2019on puisse considérer les Québécois issus de l\u2019immigration comme faisant partie de minorités pour l\u2019éternité.Il me semble qu\u2019un jour, avec le passage des générations, en vertu même des principes de l\u2019interculturalisme, auquel je ne m\u2019oppose pas sur le fond, ils feront partie intégrante de la majorité.Robert Dutrisac La prestation de Richie Havens, en 1969, est une des plus emblématiques de Woodstock MARK GOFF PHOTOGRAPHY, LEAH DEMARCO ET ALLISON GOFF / ASSOCIATED PRESS le 30eanniversaire, sans énumérer tous les coffrets commémoratifs.De Woodstock donc, la mémoire collective en souligne l\u2019aura mythique depuis 1970.L\u2019événement ayant eu pour principal slogan « trois jours de paix et de musique », il y a de quoi faire rêver toute génération par rapport au legs le plus utopique des années1960.Car à mesure que se sont écoulées les années depuis 1969, Woodstock apparaît comme l\u2019événement improbable où se sera opérée la grandeur du collectif : les idéaux portés par la musique, la contre-culture et le mouvement hippie, à commencer par la paix, la conscienti- sation politique et l\u2019expérience sensorielle, ont été hypostasiés à travers une communion parfaite entre musiciens et festivaliers.Il suffit de s\u2019arrêter à des prestations comme celles de Richie Havens (le « freedom » répété inlassablement) et de Jimi Hendrix (l\u2019hymne américain déconstruit par la représentation sonore de la guerre) pour se convaincre de la tournure qu\u2019ont prise les idéaux collectifs lors de ce rassemblement.La singularité que revêt le festival au fil des années s\u2019explique donc par une période au cours de laquelle musique et société étaient en symbiose, autant aux États-Unis qu\u2019en Occident.Pour celles et ceux qui croient dans la possibilité pour l\u2019art et la musique de changer le cours des choses, ce qui est mon cas, cette symbiose émerveille tant elle nous fait défaut aujourd\u2019hui.Par-delà le mythe, Woodstock reste bel et bien un moment d\u2019accomplissement collectif porté par la musique ! Une préoccupation centrale du modèle est d\u2019éviter l\u2019assimilation.Il vise plutôt l\u2019intégration, c\u2019est-à-dire une adhésion aux valeurs fondamentales de notre société, telles que définies dans notre Charte. LEDEVOIR // LE JEUDI 15 AOÛT 2019 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.L'ESPRIT BAUHAUS La légendaire Bauhaus était fondée à Weimar il y a cent ans, en même temps que la république qui porte le nom de cette petite ville allemande.Premier article d\u2019une série qui va explorer l\u2019héritage de l\u2019école d\u2019art, de design et d\u2019architecture la plus importante du XXe siècle.STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR Une révolution nommée Bauhaus Une école, un style, un mouvement, mais surtout une idée pour révolutionner la création \u2019est une école et beaucoup plus.C\u2019est un courant artistique très certainement et un des plus célèbres de la modernité.On dit que c\u2019est un style, mais est-ce vraiment le cas ?Au fond, qu\u2019est-ce que Bauhaus ?« C\u2019est une idée ! » répond très franchement Francine Vanlaethem, profes- seure émérite de l\u2019École de design de l\u2019UQAM, spécialiste de l\u2019architecture moderne, fondatrice et présidente de la branche québécoise de Docomomo, organisme international qui documente et conserve l\u2019information sur les mouvements modernes en architecture.« Le Bauhaus, c\u2019est une idée fondamentale, reprend-elle.Cette idée permet de révolutionner l\u2019enseignement à la fois de l\u2019architecture, des arts décoratifs, des arts appliqués.Le Bauhaus fournit aussi un nouveau langage à l\u2019architecture, considérée comme la discipline impériale, un langage qui va permettre de s\u2019éloigner des styles historiques.Bref, le Bauhaus, c\u2019est une rupture pour correspondre à une nouvelle époque.» L\u2019Europe, le monde en a alors bien besoin.La Première Guerre mondiale vient de faire des dizaines de millions de morts, de blessés, de veuves et d\u2019orphelins.Le Reich allemand a été emporté dans la tombe de l\u2019Histoire en 1918 avec trois autres empires.Les députés allemands décident de se réunir au Théâtre national de Wei- mar, la ville de Goethe, considérée comme la capitale morale et culturelle du pays, pour proclamer la république.La nouvelle Constitution démocratique sera promulguée le 11 août 1919.Walter Gropius, nouvellement nommé à la tête de l\u2019Institut des arts décoratifs et industriels (Kunstgewerbeschule), propose de la réunir à l\u2019Académie des beaux-arts de la ville et de la rebaptiser Staatliches Bauhaus zu Weimar (Bau veut dire construction, et Haus maison).L\u2019expérimentation est négociée, puis acceptée pendant le printemps et l\u2019été 1919.Les cours commencent le 1er octobre 1919.Gropius s\u2019inspire du mouvement Arts & Crafts et des anciennes communautés de travail du Moyen Âge.Le manifeste fondateur de l\u2019école d\u2019État reprend la gravure d\u2019une cathédrale et proclame qu\u2019il faut « abattre le mur d\u2019orgueil séparant artistes et artisans ».Francine Vanlaethem cite un mot fameux du directeur du Bauhaus disant vouloir s\u2019occuper de tout, « de la cuillère à la ville ».Walter Gropius dit que toute activité créatrice est construction.Il place l\u2019architecture au centre de ce monde de création.La république de Weimar est démocratique.L\u2019école d\u2019État de construction de maisons de Weimar le sera aussi, en misant sur la collaboration et la liberté, sur le dialogue et la multiplicité pour faire germer des œuvres comme des objets aussi fonctionnels qu\u2019esthétiques.600 événements et expos « L\u2019idée était de créer des objets pour la vie quotidienne sans la contrainte de dogmes esthétiques et pour toutes les classes.Le Bauhaus de Weimar a permis d\u2019expérimenter dans une grande variété de formes et de couleurs, et cette variété n\u2019était pas vue comme une faiblesse.Quelque chose de très démocratique émerge de cette situation », résume au Devoir Franz Löbling, chargé des communications du nouveau musée Bauhaus-Museum Weimar.L\u2019établissement a été inauguré en avril pour rappeler la naissance et la fortune de cette idée généreuse et féconde \u2014 de ces idées en fait.Il trône au centre de la municipalité de quelque 60 000 habitants, au cœur de la nouvelle République d\u2019Allemagne, qui organisera plus de 600 expos et événe- ments pour célèbre l\u2019esprit Bauhaus cette année.Le site stratégique jouxte un grand parc urbain conçu à l\u2019époque de l\u2019école, mais aussi le Gauforum, complexe administratif des nazis pour le Land de Thuringe.L\u2019architecte berlinoise Heike Ha- nada, gagnante du concours international lancé en 2012, a conçu un grand cube gris pâle minimaliste à peine percé de quelques ouvertures.L\u2019immeuble de quelque 150 millions de dollars, réduit à sa pureté géométrique et à sa fonctionnalité, reproduit le principe de l\u2019atelier de création.Le cube est très éclairé la nuit pour symboliquement rependre ses lumières, urbi et orbi.Les espaces d\u2019exposition déployés sur cinq niveaux et 1400 mètres carrés permettent de prendre la mesure du tourbillon créateur qui a duré cinq bonnes années.La collection rassemble 7000 artefacts et en présente un demi-millier.Une part de ce trésor moderne exceptionnel a été cachée par Gropius et retrouvée dans un château de la ville après la Deuxième Guerre mondiale.Le parcours muséologique montre des manuels scolaires, des dessins, des sculptures, des photos, des collages, des marionnettes, des meubles, des poteries, des tissus, souvent très colorés et très variés, parfois sans aucun souci évident d\u2019une éventuelle reproduction industrielle.L\u2019école encourageait ses membres à expérimenter dans toutes les formes, et même les soirées dansantes devenaient des prétextes pour créer, pour construire.Vie et mort d\u2019une idée Les témoignages sur l\u2019audacieuse pédagogie sont particulièrement fascinants.Gropius favorisait une formation pratique et expérimentale.Les cours étaient placés sous la responsabilité d\u2019un maître artisan (Werkmeister) et d\u2019un maître de la forme (Formmeister).Les artistes Paul Klee, Laszlô Moholy- Nagy, Oskar Schlemmer et Vassily Kandinsky ont été maîtres dès les premières années de l\u2019école.Lyonnel Feyninger, le premier maître embauché par Gropius, ne donnait aucun cours théorique.Il emmenait ses élèves à bicyclette dans la campagne environnante pour dessiner des croquis.Il travaillait avec le Werkmeister Carl Zaubitzer, maître graveur.Leur atelier d\u2019impression était ouvert à tous, y compris les Weimarois.Cet esprit Bauhaus a suscité de plus en plus de critiques hostiles.Le gouvernement de droite élu en Thuringe en février 1924 a sabré le budget de l\u2019école et congédié Walter Gropius en mars de l\u2019année suivante.Le 26 décembre, les maîtres annonçaient que l\u2019établissement déménagerait à Dessau à 150 km au nord.Cette succursale sera elle aussi fermée cinq ans plus tard, et l\u2019aventure se poursuivra pour trois ans à Berlin jusqu\u2019à ce que les nazis y mettent fin définitivement.Seulement, on n\u2019enferme pas une idée.Demain, la suite de la série examinera la fortune de l\u2019esprit Bauhaus dans des milliers de constructions à Tel-Aviv.Notre journaliste était à Weimar à l\u2019invitation du Goethe-Institut.C L\u2019idée était de créer des objets pour la vie quotidienne sans la contrainte de dogmes esthétiques et pour toutes les classes FRANZ LÖBLING » 1 2 3 1 Le nouveau musée Bauhaus Museum Weimar, inauguré en avril dernier 2 Une chaise iconique du XXe siècle créée à la fin des années 1920 par Marcel Breuer 3 Un berceau d\u2019enfant dessiné par Peter Keler en 1922 4 Un ensemble de quatre tables gigognes en acier tubulaire, signé Marcel Breuer 5 Une théière conçue par Marianne Brandt.Elle fait partie de la collection exposée au nouveau musée Bauhaus Museum Weimar 4 5 "]
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