Paris-Canada : organe international des intérêts canadiens et français, 1 février 1908, lundi 10 février 1908
[" 27\u201c ANNÉE Paris, 10 Février 1908 Le Numéro 25 Centimes \u2014 N° 2 PARIS-CANADA\t\t Organe Bi-|VIensael des Intérêts Ganadiens ei\t\tfrançais FRANOJR Abonnements : Un an\t ÎO fr\tDirecteur : HECTOR FABRE\tCANADA Abonnements : Un an\t $ S Les Annonces et Réclames sont reçues au Bureau du Journal.Annonces,\tla ligne\t Réclames,\t\u2014 Faits-Divers, \u2014\t\t\tBUREAUX : 10, Rue de Rome, 10 \u2014 PARIS (8\u2018)\tCODES : Atlantic Cable Directory A B.C.et WESTERN UNION TELEGRAPHIC Adresse Télégraphique : STADACONA-PARIS Téléphone : 218-03 SOMMAIRE Au Jour le Jour.Hector Fabre.Rapport de M.Siegfried.Le vote du Traité.Les Canadiens à Paris.Colonisation.AU JOUR LE JOUR Nous lisons dans le Times : Un passage du discours d\u2019homme d\u2019Etat, prononcé par M.Lemieux devant le P ment canadien en rendant compte de sa mission au Japon, doit soulever un tressaillement d\u2019aise par tout l\u2019Empire.Après avoir envisagé l\u2019affaire à un point de vue canadien et avoir fait ressortir de quelle façon, complète et franche, les difficultés particulières qu\u2019elle présentait ont été résolues par le baron Hayashi, il en a embrassé un instant tous les aspects, ce qui a bien montré qu\u2019il avait le juste sentiment de la solidarité qui lie toute la nation britannique dans ses relations avec les autres Etats.« L\u2019exclusion des immigrants japonais, a-t-il dit, serait une violation du traité d\u2019alliance contracté entre la Métropole et le Japon.Nous ne saurions honnêtement demander à la puissance naissante de l\u2019Est, l\u2019ami et l\u2019allié de la Grande-Bretagne, de flétrir ses nationaux somme race inférieure, ce qu\u2019elle n\u2019est pas.» Certes, les négociations touchaient à une matière importante et délicate, mais la chose même tombait en second plan lorsqu\u2019on la comparait au principe énoncé par M.Lemieux dans ce passage de son discours.Car, si ce serait ingratitude à nous d\u2019oublier le concours que nos colonies nous ont souvent prêté, d\u2019autre part dans des problèmes du genre de celui de l\u2019immigration, qui les touchent de si près, on ne saurait nier qu\u2019elles ont montré parfois une tendance à les considérer comme étant leur propre affaire et sans s\u2019arrêter aux considérations d\u2019ordre général.De fait, il est fort naturel qu\u2019une colonie, avant de se faire bien sa place dans le mondé et encore incertaine de sa destinée, ne s\u2019arrête point à une vue générale des choses.Mais le Canada est maintenant une nation faite, qui peut s\u2019adresser aux autres nations du monde d\u2019une voix assurée et sur un pied d\u2019égalité.Il faut donc noter,comme un symptôme heureux de son sentiment de dignité et de son sens de la réalité des choses, qu\u2019elle commence ainsi sa carrière de facteur distinct dans le monde en reconnaissant que sa force et son honneur sont liés à l\u2019honneur et à la force de la Métropole.Ce langage du grand journal londonien est suggestif.Il s\u2019y montre très touché de l\u2019attitude prise par le gouvernement Canadien à l\u2019égard du Japon.S\u2019attendait-il donc à ' autre chose ?On ne saurait le croire ; mais tout de même la correction de notre conduite et de notre langage l\u2019impressionne vivement.Ce qu\u2019il faut admirer avant tout, pour rendre au Times sa politesse, c\u2019est la confiance de l\u2019Angleterre en ses colonies.L\u2019exemple qui nous vient à cette heure du fait de la parfaite conformité de nos pensées sera toujours suivi, espérons-le.L\u2019affaire japonaise n\u2019est qu\u2019un début ; nous entrons dans le courant mondial, et de plus en plus la Métropole trouvera l\u2019occasion de nous prêter sa signature pour les traités arrêtés en principe par nous.C\u2019est à nous à observer les règles auxquelles M.Lemieux n\u2019a pas failli et qui lui méritent de si justes éloges.Il y aurait, on le sent bien, quelques hasards à trop nous prévaloir des droits qu\u2019on nous concède si libéralement, à marcher sans dire gare dans la voie qu\u2019on nous ouvre.Il faut savoir mesurer notre pas sur celui de l\u2019Angleterre ; et comme M.Lemieux l\u2019a fait au Japon, prendre conseil de sa vieille expérience ; tout d\u2019abord parce que nous ne saurions oublier que nous engageons sa responsabilité avec la nôtre et que le poids des événements retomberait sur elle.Il ne serait ni de notre dignité, ni de notre intérêt, d\u2019encourir des risques que nous lui ferions ainsi partager.A nous former sur un pareil modèle, la prudence nous invite et le succès nous attend.C'est à ce point de vue que le langage du Times est instructif autant que flatteur, et que les négociations avec le Japon dépassent la portée de l\u2019incident qui en a été la cause.Hector FABRE Rapport de M.Siegfried La Commission des douanes chargée d\u2019examiner le traité franco-canadien se compose de : MM.L.-L.Klotz, président ; Siegfried, Jean Morel (Loire), Thierry, Bourrât, Georges Gé-rald, vice-présidents ; Rajon, Cadenat, Bou-rély, Fleurent, Camuzet, secrétaires ; Albert Sarraut, Bouctot, Chanal, le comte du Périer de Larsan, Peureux, Roch, Haguenin, Capé-ran, Jules Roche, Réville, Henri Boucher, Armez, Fernand David, Plichon, Razimbaud, Rose, Magniaudé, Jules Mercier, Pozzi, Périer (Saône et-Loire), Pradet-Balade, Pasqual.La Commission a choisi comme rapporteur M.Jules Siegfried, ancien ministre, député du Havre.Nous détachons du très important rapport qu\u2019il a préparé et qui a été distribué aux députés, les deux chapitres qui concernent la situation générale du Canada et les relations commerciales franco-canadiennes.On lira avec grand intérêt, au Canada comme en France, ces considérations de haute portée où l\u2019on reconnaît la compétence de l\u2019ancien ministre du commerce, sa connaissance parfaite des choses canadiennes.Tous seront sensibles au soin qu\u2019a mis M.Siegfried de mettre en pleine valeur la situation économique du Canada, que personne n\u2019était plus à même que lui de faire connaître à ses collègues, avec autant d\u2019exactitude et de bienveillance.Situation générale du Canada Messieurs, Le Canada, longtemps et injustement méconnu parmi nous, se révèle depuis quelques années comme un pays de richesse admirable et d\u2019imposant avenir.Si l\u2019imprévoyance de ceux qui parlaient au xvnie siècle de « quelques arpents de neige » pouvait contempler ce qu\u2019est aujourd\u2019hui devenue notre ancienne colonie, elle reconnaîtrait que le Canada ne le cède en rien aux plus belles possessions de l\u2019Angle- 2 PARIS-CANADA terre, qu\u2019il est devenu une nation se gouvernant elle-même, vivant et s\u2019enrichissant non seulement de l\u2019activité de ses habitants, mais de l\u2019abondance incomparable de sesi produits naturels.La superficie du Canada est de 6.242.623 kilomètres carrés.Mais on aurait tort de croire que l\u2019ensemble de ces territoires soit composé de terres hyperboréennes à peine cultivables et accessibles seulement à la hardiesse des pionniers et des chasseurs.Tout le long de la frontière américaine une bande admirable de sol peut être comparée, sans aucun désavantage, aux Etats voisins des Etats-Unis.Le Manitoba, les anciens territoires du Nord-Ouest (aujourd\u2019hui divisés en provinces), la Colombie britannique ne le cèdent en rien au Wisconsin, au Minnesota, au Montana, au Dakota, au Washington.Soit comme richesses minières, soit comme capacité de production de blé, soit connue élevage, les provinces qui sont au nord de la frontière ne sont nullement inférieures aux provinces du Sud.Il faut toujours, lorsqu\u2019on parle du Canada et de son avenir, mentionner cet immense arrière-pays de l\u2019Ouest, du Nord-Ouest et du Pacifique, qui réserve au développement canadien d\u2019admirables possibilités.Parlons maintenant (car il.s\u2019agit ici non plus < seulement de l\u2019avenir mais du présent) des provinces canadiennes de l\u2019Est.Québec, Ontario, les provinces de la côte atlantique sont mises en valeur depuis des siècles.La riche vallée du Saint-Laurent contient une population déjà ancienne, où la race française est représentée par près de 1.800.000 habitants, parlant notre langue, ayant nos mœurs et conservant, après 150 ans de séparation, le respect de la France et l\u2019amour de nos traditions communes.C\u2019est donc un vieux pays que le Canada de l\u2019Est.Ses richesses naturelles et minières commencent à être exploitées, mais contiennent des réserves qui ne sont pas près d\u2019être épuisées et qui ne sont même pas entièrement connues.Une race importante de paysans cultive la terre, exploite les forêts, tandis que l\u2019industrie, à l\u2019imitation des Etats-Unis, se développe chaque jour davantage.Il ne faut j amais oublier, en effet, que le voisinage de la grande République américaine est pour le Canada un stimulant .merveillèux.L\u2019exemple d\u2019une activité prodigieuse, le contact perpétuel avec des hommes hardis et puissants, l\u2019appui de ca]Ditaux importants et sans cesse prêts à s\u2019exposer pour créer de la richesse, voilà pour le Canada une cause d\u2019entrain, d\u2019initiative, de force qui ne saurait être exagérée.Si l\u2019Angleterre reste politiquement la mère-patrie, loyalement aimée et fidèlement respectée, le peuple américain est comme un fràre aîné dont la vie débordante est contagieuse.Depuis un quart de siècle cette influence s\u2019est sans cesse accrue et le Canada a marché à pas de géants.Quelques chiffres en seront la preuve.La population du Dominion s\u2019élève en 1906 à 6.440.000 habitants.Mais ce chiffre, relativement faible encore, s\u2019accroît chaque année, en outre des naissances, par l\u2019afflux régulier d\u2019environ 150.000 immigrants, tandis qu\u2019une perte, cruelle pour le Canada, l\u2019émigration des Français Canadiens en Nouvelle-Angleterre, lui a déjà enlevé près d\u2019un million d\u2019habitants, aujourd\u2019hui établis dans le Maine, Te Massachusetts, le New-Hampshire, etc.Cette question de la population est la première préoccupation du Gouvernement canadien, qui, sachant qu\u2019on ne colonise pas sans hommes, fait tous ses efforts pour attirer d\u2019Europe et pour installer dans l\u2019immense Nord-Ouest des immigrants, de l\u2019espèce qu\u2019on appelle dans les colonies anglaises des « immigrants désirables ».Mentionnons encore une autre source d\u2019immigration qui donne au Canada depuis quelques années des éléments excellents : l\u2019immigration de cultivateurs américains de l\u2019Ouest, qui après avoir revendu avec bénéfices leurs terres du Dakota, du Kansas ou du Missouri, rachètent \u2014 par une sorte d\u2019arbitrage \u2014 des terres canadiennes à meilleur marché, pour les mettre en valeur avec l\u2019expérience et la confiance acquises sur un autrei terrain.Si le cultivateur, est attiré au Canada par l\u2019appât des terres à mettre en valeur, le capitaliste y trouve tout ce qui peut tenter son esprit d\u2019entreprises.Les mines, les chemins de fer à établir,les industries à créer,ont déjà attiré au Canada de nombreux capitaux et l\u2019œuvre accomplie mérite d\u2019être résumée par quelque chiffres.Les lignes de chemins de fer en exploitation au Canada ont une longueur totale de 33.145 kilomètres.715 kilomètres sont en construction, non compris le second transcontinental qui à lui seul couvrira 6.000 kilomètres.On connaît \u2014 nombre de Français en possèdent des actions \u2014 la grande entreprise du Chemin de fer Canadien-Pacifique qui relie Halifax à Vancouver et qui a créé vraiment l\u2019unité morale pt matérielle de l\u2019immense colonie.Cette œuvre peut lutter de hardiesse, d\u2019utilité, de valeur avec les premiers transpacifiquies américains, l\u2019Union Pacific, le Northern-Pacific, le Southern-Pacific.Il y a trois ans, la coopération du Gouvernement et de l\u2019importante compagnie du Grand-Trunk, .a entrepris la création d\u2019un second transpacifique \u2014 en construction actuellement \u2014 qui, parallèlement au Canadien-Pacifique, desservira la zone qui se trouve à deux ou trois cents kilomètres au nord de la frontière américaine, allant d\u2019abord de l\u2019Atlantique à Québec, puis de Québec à Winnipeg, grand centre de l\u2019ouest, enfin à Winnipeg, au Pacifique, à environ cent cinquante kilomètres au nord de Vancouver.Cette seconde ligne, dont certaines parties traversent un pays entièrement neuf, fera œuvre de création et, selon l\u2019habitude américaine, le chemin de fer, au lieu de suivre la vie et le progrès, apportera la vie et le progrès dans des régions encore vierges et pleines de: richesses.La richesse minière est importante.En 1890, les minerais extraits atteignaient 18.072.440 fr.dont 5.743.880 d\u2019or.En 1905, les chiffres sont respectivement de 187 millions et 73 millions.La production des mines de charbon était en 1874, d\u2019un peu plus d\u2019un million et demi de tonnes.En 1905, le rendement est de 9 millions de tonnes.Les forêts ont fourni, en 1900, 125 millions de bois.Pour 1906, ce chiffre s\u2019élève à 170 millions de francs.Dès aujourd\u2019hui, dans une Amérique du Nord où la légèreté a gâché la richesse forestière, le Canada apparaît comme la réserve indispensable de l\u2019avenir.Les récoltes pour 1900 portent sur un million d\u2019hectares, produisant en diverses céréales 12 millions d\u2019hectolitres.Ce chiffre s\u2019élève en 1906 à 72 millions d\u2019hectolitres, avec une superficie de 3 millions d\u2019hectares en pleine: exploitation, soit une augmentation de 60 millions d\u2019hectolitres en une période de six années.La richesse du pays s\u2019est augmentée*- d\u2019autant.En 1900, la, dette publique s\u2019élevait par tête d\u2019habitant à 248 francs.En 1905, elle tombe à 221 francs pour descendre encore en 1906 à 207 francs.Les dépôts dans les caisses d\u2019épargne et les banques étaient en 1880 de 573 millions de francs-.En 1906, ce chiffre passe à 3.908.260.000 francs.Le commerce extérieur enfin a suivi un progrès parallèle.En 1870, les importations atteignaient le chiffre de 432.500.000 francs, et les exportations 436.500.000 francs pour passer respectivement l\u2019an dernier à 1 milliard 500 millions et 1 milliard 300 millions, soit pour 1906, un total général de 2 milliards 800 millions.Nous nous trouvons donc en jn\u2019ésenci© d\u2019un pays dont la richesse n\u2019a pas besoin d\u2019être démontrée, et dont l\u2019avenir économique est certain.A nos commerçants d\u2019y nouer, par leur initiative et par leur intelligence, des rapports d\u2019affaires.Néanmoins, c\u2019est au Gouvernement français qu\u2019incombe la tâche d\u2019obtenir du Dominion du Canada, par l\u2019entremise de l\u2019Angleterre, pays suzerain, des conditions de tarif douanier telles que notre commerce s\u2019y puisse développer dans de bonnes conditions de succès.Nous allons résumer la politique douanière du Canada depuis un quart de siècle.Nous verrons ensuite la place particulière qu
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