L'écho des deux-mondes, 1 mai 1904, dimanche 1 mai 1904
[" PREMIÈRE ANNÉE LE NUMÉRO, 15 CENTS 185 MAI 1904 Administration Fine Arts Building d e S Fine Arts Building Suite 734 Suite 734 Journal littéraire et artistique, Dévoué aux intérêts de la langue Française en Amérique SOMMAIRE LA QUINZAINE.aa see aan aan dan an Auguste Babise AMÉRIQUE El FRANCE.000.Edntund J.James, President of Northwestern University JEANNE D'ARC (POSME) ovvviveiit ieee a Lan Clovis Hugues LA LANGUE ET LA PATRIE.Jules Claretie, de l\u2019Académie Française.UNE FÊTE EN (00) :4 0 DR -.- Henri Vuagneux PREMIER MAI.Poésies,.\u2026.\u2026.Victor Hugo PRINTEMPS NOUVEAU.\u201cOISEAUX DE PASSAGE\u201d.Lea aa a aan Joseph Galtier REVUE DRAMATIQUE.2 LL aa iii Jules Jasmin NOTRE-DAME-DES-ARDENTS (Suite) 1121000000 Gabrielle Réval CHOSES ET AUTRES.cena an Le Ruseille FEU ET FUMÉE (Suite et Fin).00 00e F.Lafargue LE PETIT CAMELOT LL Lee anna aan ana Mme du Taillis POUR LA JEUNESSE.Lorley Ada Ashléman E.J].DUBEDOUT ; o AUGUSTE CHARLES BABIZE Rédacteur en chef C h Ica > O Administrateur-gérant Entered as second-class mail matter, March :, 1904, at the Post-office at Chicago, ML, under the Act of Congress of March 3, 1879.AA +» gi SEEN EP EN Il n\u2019y a qu\u2019un seul Niagara Il n\u2019y a qu\u2019une seule Ligne qui passe directement en pleine vue des chutes et de la cataracte 1: C\u2019est le MICHIGAN CENTRAL.D.C.HEATH & CO.Libraires-Editeurs, 378 Wabash Ave., Chicago A Editeurs de Livres d\u2019Ecoles, en Francais, Allemand, Espagnol et Italien.BOARD OF TRADE, CHICAGO Z.P.BROSSEAU.BE.A BEAUVAIS BROSSEAU & CE MARCHANDS A COMMISSION GRAINS ET PROVISIONS Suite 67, Board of Trade, CHICAGO.TELEPHONE : HARRISON 1710.ZCHO DES DEUX MONDES est la seule Revue illustrée, artistique et littéraire, de langue française aux Etats- ABONNEMENTS: un an, 2.50; six mois I.50.AP BOSTON, LONDON, Envoyez trois timbres de deux sous et vous rece- NEW YORK, ATLANTA, vrez un livre descriptif du Niagara; et pour la CHICAGO.SAN FRANCISCO.même somme on vous enverra un livre intitulé \u201cVoyages Circulaires d'Eté\u201d (qui sera prêt le 15 Mai).Adressez O.W.RUGGLES, G.P.@ T.À.Chicago TELEPHONE RESIDENCE HARRISON 2750 ne TELEPHONE AUTOMATIC 2750 SEELEY 4745 Dr.TFHomas L.LARSENEUR GRADUATE OF PHILADELPHIA DENTAL COLLEGE MEMBER OF FACULTY AMERICAN POST GRADUATE SCHOOL OF DENTAL SURGERY | DENTISTE | 17 YAN BUREN STREET Steinway Hall CHICAGO Suite 810 On parle Français.spi fe ofl sf sie fe ofl ofp feof Je 06e GALBRAITH PRESS IMPRIMEURS \u20ac Travaux en tous genres et 1° dans toutes les langues 1 Tel, Monroe 344 183-185-187 North Peoria'Street, CHICAGO mage ee EF Un an, $2.50; six mois, $1.50 Rédaction et Administration Abonnements Fine Arts Building Suite 734 9 Un an, $2.50 ; six mois, $1.50 d Es Annonces et Abonnements DEUX MONDES Paraissant le l°' et le 15 de chaque mois Fine Arts Building Suite 734 First Year\u2014No.8, Issued Semi-Monthly.1\" MAI 1904 ONE YEAR 2.50 SIX MONTE 1.50 A.C.BABIZE X ( 0, PUBLISHERS UEILLLE est au juste l'opinion américaine sur O la guerre russo-japonaise ?Des semaines ont passé depuis l\u2019ouverture des hostilités ; cette opinion a eu le temps de se manifester ; nous pouvons la saisir, sans plus craindre des impressions trop hâtives.Il est certain qu\u2019à l\u2019origine du conflit les sympathies populaires ont été pour le Japon; il est encore certain que la plupart des journaux les ont favorisés,Les premiers faits d\u2019armes japonais ont été accueillis par un concert d\u2019applaudisements.Y a- t-il donc chez le peuple américain un sentiment d\u2019aversion profonde pour la Russie?Non, si l\u2019on en excepte ceux qui pour raisons de race ressentent amèrement la persécution des Juifs, l'oppression des Finlandais ou des Polonais.Le peuple, ici, a cédé à une sorte de sentimentalité.respectable, quoique erronée dans les conjonctures actuelles, qui pousse à prendre parti pour le faible contre le fort.Puis interviennent des motifs d'ordre économique ét politique.\\ux Etats-Unis, on est persuadé que les Russes ont accaparé la Mandchourie au détriment des intérêts américains.La Russie avait promis d'évacuer cette province à partir du premier octobre 1903.Ele a éludé ses promesses.D'autre part, les Japonais s'engagent à pratiquer en Extrème- Orient la politique de la porte ouverte.En faut-il davantage pour que l'Amérique leur donne raison ?Aux raisons d'intérêt ajoutez des raisons de sentiment et de politique.Le Japon est et a toujours été populaire aux Etats-Unis.Depuis 1854, quand le commodore Perry ouvrit ce pays au commerce occidental, l'influence américaine s\u2019y est toujours fait sentir.Les ingénieurs, les professeurs, les commerçants américains ont été de grands favoris au Japon.La littérature américaine est très riche en livres sur le Japon.Les Américains, grands voyageurs, ne vont pas tous en Europe.Quand La Quinzaine.ils sont tas des hôtelleries du continent, ils font une croisière au pays de Mme Chrysanthème.Et les Japonais de leur côté viennent très nombreux aux Ltats-Unis où ils peuplent les Universités et occupent dans le commerce une place considérable.La masse des Américains n\u2019a pas de préjugés contre les Japonais.Elle en a au contraire contre les Russes.Les livres sur la Sibérie, le récit des masacres de Kit- chenev, les romans mélodramatiques, les événements de Finlande ont contribué à créer une opinion publique défiante et mal disposée, Sans compter que la Russie a un gouvernement autoritaire, une religion d\u2019Etat, une presse muselée, toutes choses antipathiques au peuple américain.Voilà pourquoi l'appel aux traditioris de vieille amitié entre la Russie et les Etats-Unis, les souvenirs de la guerre de Sécession n\u2019éveillent pas d'écho puissant parmi les esprits simplistes de la nation.Non certes que ces souvenirs soient répudiés.On rappelle même avec gratitude que la Russie a été l\u2019amie des Etats-Unis à un moment où un ami est chose rare et précieuse.Mais ces manifestations sont restreintes, presque individuelles.De même, il y a un grand nombre d\u2019Américains à esprit large qui veulent bien aimer la Russie pour elle-même, pour ses artistes, pour ses écrivains, pour son génie mystique et doux, pour ses vertus et ses malheurs.Ce sont des Américains qui ont vécu en Russie, qui ont assimilé un peu de l\u2019âme Russe, et se sont fait des amitiés qu'ils ne veulent ni ne peuvent répudier.Enfin, parmi les politiques, un certain nombre reconnaît et admire l'œuvre splendide de la Russie dans l\u2019Asie centrale et dans la Sibérie.Il reconnaît aussi la légitimité de ses efforts pour atteindre le Pacifique.Toutefois cette opinion bienveillante ne contre balance pas encore les sentiments populaires.Quant au gouvernement de Washington, il a pe h Er a 2 L\u2019ECHO DES DEUX MONDES toujours gardé une attitude irréprochable, On peut même dire qu'il a rendu un grand service à la Russie, en assurant une adhésion générale à la doctrine de la neutralité et de l\u2019intégrité chinoise, qui limite le conflit à la Corée et à la Mandchourie.De plus, quelques fonctionnaires s\u2019étant cru le droit d\u2019exprimer des sympathies pour les Japonais, M.Roosevelt fit, le 10 mars, une proclamation remarquable, pour recommander aux fonctionnaires de tout ordre d\u2019éviter tout acte et toute parole, susceptibles d\u2019offenser l\u2019un ou l\u2019autre des belligérants.Courtoisie internationale qui n'a pas peu contribué à adoucir les rancœurs russes.Ainsi, les relations officielles restent ce qu\u2019elles étaient avant la guerre.à x * Mais si, en Amérique, le sentiment populaire n\u2019a pas changé, il en va tout autrement en Angleterre.Au début de la guerre, il était nettement hostile aux Russes.Aujourd\u2019hui, le changement est considérable.Le traité Anglo-Français a beaucoup aidé à cete transformation, Favorablement accueilli par la nation, il semble ouvrir la voie à d\u2019autres espérances.Pourquoi l'accord entre la France et l\u2019Angleterre ne s\u2019étendrait-il pas à la Russie?Et voilà que des rumeurs s'élèvent insensiblement.On dit que le roi Edouard VII s\u2019est donné la tâche d\u2019améliorer les relations entre la Grande-Bretagne et l\u2019Empire moscovite.Que ces rumeurs aient quelque fondement, on pourrait le croire à certains signes favorables.Ainsi, dans la presse, la Russie ne sert plus de tête de Turc.La courtoisie remplace la violence; plus de critique malveillante.Dans la rue, le peuple était naguère anti-russe.Les café-concerts ou music- halls s\u2019en donnaient à cœur-joie.Or, ils ont mis une sourdine au jingoisme de leurs chansons, et les habitués n\u2019y trouvent plus d\u2019aliment a leurs démonstrations enflammées.Voilà pourquoi on n\u2019applaudit plus aussi bruvamment aux succès du Japon, qui est pourtant un allié.Il y a plus; on parle à mots couverts de médiation; on dit que le roi Edouard, à Copenhague, a eu des conférences avec le ministre Russe en Danemark, et, quelque temps après, à Londres, avec l\u2019ambassadeur comte Benckendorff.C\u2019est aller un peu vite en besogne.1] est vraisemblable qu\u2019aucune médiation ne serait encore acceptée des belligérants.Leur amour-propre est en jeu.Chacun, de son côté, attend une victoire qui établisse ou rétablisse son En attendant, cons- prestige.Après, l\u2019on verra.tatons qu\u2019une détente sérieuse s'est produite dans la presse anglaise.Elle reconnaît volontiers à la Russie le droit d\u2019avoir en Extrême-Orient une place au soleil.Le Sfatist va un peu plus loin: \u201cCe serait, dit-il, un bonheur à tous points de vue, que la bonne entente pût s'établir.I! n'y a aucune cause d'antagonisme entre les deux empires ; il y a place pour tous deux en Asie.Sans doute, des germes d'hostilité subsistent dans l\u2019âme des deux peuples.Ils existaient aussi avec la France; cependant, nous avons conclu avec elle un traité d'amitié.De plus, la France est l\u2019alliée de la Russie.Cette circonstance favorisera certainement l\u2019amélioration de nos relations.\u201d Ces impressions semblent encore fortifiées par celles de la presse allemande.L\u2019Allemagne a rèvé de jouer le rôle principal dans le dénouement de la guerre.Elle a cru que la France et l'Angleterre, liées par leurs traités, étaient mal désignées pour une médiation.Seule, l\u2019Allemagne a les mains libres; et volontiers elle ferait l\u2019office d\u2019un honnête courtier.C\u2019est donc avec un scepticisme mélé d\u2019inquiétude qu\u2019elle relate toutes ces rumeurs pacifiques, les bruits de communications directes entre le roi Edouard et Nicolas IT.Elle insinue même que la Russie manquerait à sa dignité, si elle acceptait trop tôt, avant une victoire décisive, les bons offices d'amis qui ne seraient pas allemands.Il y a donc eu anguille sous roche.Mais, pour l'instant, toute espérance est prématurée.L'orgueil du peuple russe a été profondément blessé par les premières défaites.Il lui faut une revanche.Jusque-là, point de médiation possible.- Le voyage de M.Loubet en Italie, prend les allures d\u2019äin triomphe.Jamais un souverain n\u2019a été reçu, à Rome, avec des démonstrations aussi significatives.Il est trop tôt pour en souligner la portée.Citons seulement un article de la Revue d\u2019Italie, écrit à la veille de ce voyage.Cet article qui est une réponse à deux livres : l\u2019un, de philosophie, Esquisse psychologique des peuples Européens, de M, Alfred Fouillée, l\u2019autre, de politique : l'Empire de la Méditerranée de M.René Pinon.préconise la formation d\u2019une \u201cpolitique latine,\u201d d\u2019une \u201cgrande politique de race\u201d dont la France pourrait être le pivot.L'auteur estime que Français et Italiens auraient gagné à pratiquer plus tôt cette politique.AUGUSTE BABIZE. AM ÉRIQUE ET FRANCE Amérique Dans le numéro du 1 avril, j'ai publié un article intitulé \u2018\u2019Décadence Française.\u201d Cet article a eu l'honneur d'etre remarqué par M.Edmund J.James, président de la Northwestern University: et, comme aimable protestation au nom de l\u2019opinion américaine, \u2014 de celle qui compte \u2014 il a bien voulu m'envoyer um extrait du discours qu'il prononça, le 16 mai 1901, devant M.Jules Cambon, alors ambassadeur de France, a l\u2019occasion de sa visite à l'Université de Chicago, où M.James était encore professeur.Je n'ai pas besoin d\u2019expliquer ici que mon article s'adressait à l'opinion vulgaire et mal informée, à celle-ci seulement, Du point de vue où se place le très distingué Président de la Northwestern University, sa parole est bien plus autorisée que la miennne.Vraie, il y a trois ans, elle reste toujours actuelle.Je suis particulièrement Hheu- reux de la faire entendre à nos lecteurs et abonnés; heureux aussi que cet humble article ait fourni à M, James l'occasion de montrer sa haute bienveillance au modeste Echo des Deux Mondes.EJ D.U nom des Trustees, de la l\u2018aculté, des Etu- diants de l'Université de Chicago, je vous souhaite, Monsieur, une cordiale bienvenue dans ses murs.Je tiens à grand honneur d'être l'interprête d'un corps comme celui-ci auprès du représentant d'un peuple comme le vôtre.Cette occasion, Monsieur.rappelle avec une singulière vivacité à tous ceux qui étudient l'histoire humaine, les éminents services que rend la nation française à cette commune civilisation, notre plus précieux héritage.Pendant cing cents ans, la France a été le centre de I'Furope, comme Jamais ne le fut aucun autre pays.Elle a été l'éducatrice du monde en tout ce qui touche la culture raffinée.Le monde moderne a contracté vis à vis de la l\u2019rance une dette dans tous les domaines de la vie moderne\u2014 pensée, goût et action, .Sa domination s'est exercée tour à tour sur chaque branche du perfectionnement humain, et quelquefois sur toutes les branches ensemble.Aucune autre nation n'a tenu la tete en des circonstances aussi variées, en des voies aussi différentes, Elle «st entrée daus tous les chemins qui ménent aux sommiets de l'effort humain, elle v est entrée la première et seulement pour conduire les autres peuples.Dans les armes, en politique, art, littérature, dans la science, dans l'industrie, partout elle a été également prééminente, partout elle a été un guide pour l'humanité.Ce nous est, Monsieur, un grand plaisir de reconnaître ainsi notre dette envers ce peuple merveilleux, et de vous féliciter, vous, le représentant de cette nation, pour la longue lignée de généraux, d'hommes d'État.de penseurs, d\u2019artistes, de littérateurs qui ont mené à bonne fin ces magnifiques résultats.Ils appartiennent, Monsieur.non-seulement à la France ou a l'Europe, mais au monde entier: leurs œuvres constituent un héritage commun dont nous sommes tous fiers, dont nous sommes les héritiers et les cohéritiers avec vous.Mais, ce n'est pas seulement comme citovens du monde.comme vos cohéritiers dans ce commun héritage.à la formation duquel votre peuple a tant contribué, que nous sommes heureux de vous sou- et France.haiter la bienvenue, ici, aujoudd'hui.Fils et cito- sens de Républiques sœurs, dévouées au même idéal élevé de bonheur humain, nous saluons en vous le représentant des ouvriers \u2014 nos co-ouvriers\u2014d'une cause commune, la cause de la démocratie toujours progressive, toujours plus étendue \u2014 fidèles au méme principe de liberté ct d'égalité humaine, principe soumis à bien des vicissitudes, mais qui, Dieu aidant, rachètera le monde Ce fut notre glorieux privilège de proclamer, les premiers, dans l'immortelle Déclaration de 1'Indépendance, ce principe que tous les hommes naissent égaux, dotés par le Créateur de certains droits inaliénables, au nombre desquels la vie, la liberté et la poursuite du bonheur.Et ce fut le votre d'accepter, pour la première \u2018fois dans l\u2019histoire humaine, comme une règle de conduite politique, la doctrine de la liberté, de l'égalité et de la fraternité universelles.Æn acceptant cette doctrine, à l'aurore de votre révolution, ce qui aurait pu n'être qu'un incident dans la politique intérieure de la France, devint un événement qui a fait époque dans le développement du monde.Ce fut un tournant de l'histoire, un passage des ténèbres à la lumière, vers lequel semble converger tout le développement du passé, duquel sembleront issus tous les progrès futurs.Pendant cette nuit fameuse du 4 août, vous avez fait une brèche irréparable dans les murs de privilège et de caste, vous avez ouvert la voie au torrent de la liberté et du progrès.Depuis ce temps jusqu\u2019au nôtre, Monsieur, au milieu des tempêtes et des luttes.dans l'apathie et l'indifférence, contre l\u2019égoïsme «t la réaction, à travers les conflits aigus et les attentes fastidieuses de décade en décade, avec une persévérance infatigable, nos deux nations ont tenu haut et toujours en avant cet auguste et saint drapeau, appclant tous les hommes sous ses couleurs, pour les ranger à nos côtés dans ce combat pour l'égalité humaine.Les _\\méricains et les Trançais, où qu\u2019ils se rencontrent.sous n'importe quels cieux, en n\u2019importe quelles occasions, doivent se consacrer à une cause pour laquelle sont morts leurs pèrés et leurs frères.Nous devons, avec une énergie nouvelle, tous charger de cette lutte pour la réalisation du gouvernement pour le peuple, du peuple par le peuple, la plus sûre garantie du règne de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.du règne de la paix et de l'amour.Mais, aucun Américain ne pourrait saluer un représentant du peuple français, sans rappeler ce qui peut-être.après tout.n'a pas besoin d'être rappelé.puisqu'il est gravé dans notre cœur.puisqu'il se trouve toujours sur nos lèvres, quand le nom de la France est prononcé.Non.pas un Américain ne peut oublier que ce fut la France qui assura de bonne heure l'heureuse issue de cette longue lutte si dramatique pour la liberté humaine, qui com- menca sur les hauteurs du Bunker Hill et finit dans 4 LECHO DES DEUX MONDES les plaines de Yorktown.Jamais nous n\u2019oublierons cette généreuse poignée de Français qui déposèrent leurs épées, leurs services, et quelques-uns, hélas! leur vie sur l\u2019autel de notre patrie, achevant ainsi notre liberté, garantissant notre indépendance.Combien profondément ce sentiment de nos obligations est imprimé dans le cœur de la nation, combien il a enflammé nos imaginations, attendri notre gratitude, rien ne le montre mieux que la vénération pour celui qui personnifie les services de sa patrie, l'immortel Laïayette! Quand un Américain prononce le nom de Washington avec admiration et amour, aussitôt le nom de Lafayette tremble sur ses lèvres.Ces deux noms \u2014 indivisiblement unis, jamais prononcés séparément, \u2014 symbolisent dans leur union le profond sentiment d\u2019amour et de sympathie de notre peuple pour le vôtre, et porteront aux nations futures la sublime et sainte tradition de ce temps, où la main dans la main, nous avons commencé la lutte pour la liberté humaine.\u2026 En terminant, Monsieur, je demande la permission d'exprimer encore un souhait bien des fois déjà exprimé : à savoir, que les Universités de France et des Etats-Unis puissent coopérer dans une mesure toujours plus large à notre mutuelle connaissance et intelligence, puisque aussi bien c'est la base, c\u2019est la plus sûre garantie de la sympathie et de la paix entre nations.Ce rôle leur appartient.Les établissements de haute éducation dans un pays réunissent les jeunes gens à l\u2019âge des plus généreuses émotions, quand les amitiés se nouent avec le plus de facilité, quand ils sont le plus capables de comprendre et d\u2019apprécier le caractère et\u2019 les services d\u2019autres nations et d\u2019autres races.La France a été d\u2019une manière particulière l\u2019éducatrice de notre pays en ce qui touche l\u2019art et la beauté.C\u2019est ce dont nous avions le plus besoin, c\u2019est ce que la France nous a donné le plus généreusement.Les trésors accumulés par le travail et l\u2019effort d\u2019innombrables générations sont devenus nôtres, sans dépense d\u2019argent; car, vous n\u2019avez ambitionné d\u2019autre récompense que la sincère gratitude des milliers de nos étudiatns.Naguère encore, vos uni versités ont ouvert plus larges leurs portes, nous offrant ainsi plus de facilités pour moissonner ce que nous n'avions pas semé.Est-ce trop d\u2019espérer, Monsieur, que cette nouvelle générosité fera naître une nouvelle gratitude, source de meilleure intelligence et de mutuelle confiance ?Mais, Monsieur, c\u2019est en contribuant au progrès de la science humaine que l\u2019Université peut surtout remplir ce glorieux rôle de promouvoir la paix et l\u2019unité internationales.Nous sommes en face des plus grands problèmes qui aient jamais sollicité la race.'Âvec le nouveau siècle, a commencé, dans un sens plus vrai que jamais, l'histoire du monde, distincte de l\u2019histoire d'un pays, d'un continent ou d\u2019une civilisation.Soit que pendant l'ère nouvelie le progrès doive être stable, paisible et ininterrompu; soit que, parmi les conflits d\u2019armées en bataille, la race doive recommencer la tâche fastidieuse de Sisyphe, roulant au sommet le rocher de la civilisation, pour le voir glisser à nouveau à travers les rangs des hommes fatigués et irrités; soit que la paix et la bienveillance mutuelle deviennent la devise pratique de la race ; dans cette tâche, une grande part revient aux Universités.L'Université se consacre à la science; la science est universelle, elle étend ses bienfaits sur tous les hommes également.L'Université se consacre à la philosophie ; la philosophie est universelle et relie les hommes ensemble.Dans l\u2019atmosphère de ces institutions, dans cette grande république des lettres et des sciences, qui s'étend à travers tous les pays et tous les climats, doivent s\u2019éteindre les jalousies internationales, les soupçons, les rivalités, les haines enflanimées.Notre seule ambition doit être d'aider la race ; notre seule rivalité, la rivalité des généreux services.Est-ce trop d\u2019espérer, Monsieur, que nous pourrons ainsi contribuer largement à nous mieux faire connaître et apprécier, pour le bénéfice de la paix et de la bienveillance réciproque Et enfin, permettez-moi d'exprimer, au nom de cette institution, notre gratitude envers le gouvernement français.Il vient d\u2019approuver la convention qui fait entrer l\u2019Université de Chicago en relations plus intimes avec l'œuvre considérable entreprise par l\u2019Alliance Française, en vue d\u2019étendre la connaissance de la langue, de l'histoire, de la littérature et des intitutions Françaises.Nous qui aimons et admirons le génie français, nous qui croyons à la mission de la France à travers le monde moderne, nous sommes convaincus que d'autres partageront notre connaissance.Connaître la France, c\u2019est l\u2019admirer.Nous sommes heureux d\u2019être les agents qui seconderont cet effort, pour étendre et développer profondément cette connaissance, qui doit augmenter l\u2019influence que la France a exercée, depuis des siècles, sur tous les pays et toutes les races; une connaissance qui doit accroitre notre respect pour tout ce qui est grand et bon chez le peuple francais: une connaissance qui doit profiter à fa paix.à l'harmonie et à la liberté ; une connaissance qui doit balayer tous les malentendus et tous les pre- jugés, amener une appréciation mutuelle toujours meilleure, resserrer enfin les liens qui nous unis- sert à jamais.F.J.JAMES, ; dent Northwestern University.Presi J v n (1 Rants a A ee ll 7 OU CON I ee Be 5 FANS Z CN SSSR Ÿ 6 > 3) BST D 5 is = ; J HORS S >» JEANNE D\u2019ARC Jeanne d\u2019Arc.Le ciel est bleu, tout est joie et lumière.Les yeux braqués de loin sur la guerrière.Les blonds Anglais, venus de toutes parts, Ont envahi tourelles et remparts, Vu qu'ils ent là très forte citadelle.\u2014 Je n'entrerai dans Orléans, dit-elle.Qu'après avoir, füt-ce avec mes varlets.Délogé tous ces voleurs d'agnelets, Rien qu'à les voir, tout le cœur me sauglote.Sire Dunois est déjà sur la flotte : \u2014 Allons, venez, nous serons tous contents : Car il est temps, Jehanne, il est grand temps De vous montrer au pauvre peuple en larmes.\u2014 Nenni, je reste avec mes hommes d'armes, - A ; rt Avant besoin d\u2019être là.tout près d\u2019eux, En ces chemins peut-être hasardeux ; Et tout au moins, si l\u2019heure est mal venue De tomber comme orage de la nue Sur ces pillards qui sont guerriers hardis, Nous tächerons de gagner paradis En oraison, sainte messe ou cantique.Les dards n\u2019ont point sifflé; pas une pique N\u2019a remué du côté des Anglais.À peine si de relais en relais, Dans les lointains piaffements des montures, On a perçu quelque vain bruit d\u2019armures, Vite perdu dans la chanson du vent.Dunois s\u2019en va sur le grand flot mouvant Où le soleil papillonne et miroite ; Nicole de Giresme est à sa droite, Saluant, comme eussent fait damoiseaux La gente fille au bord des vastes eaux.Mais quels sont donc par là-bas, dans la plaine, Ces cavaliers poudreux et hors d\u2019haleine, Qui chevauchent deux puissants destriers, Mènent tel bruit d\u2019armes et d\u2019étriers?C\u2019est Pierre Darc et c\u2019est Jehan son frère ! Chacun ayant noble désir de faire Chanter l\u2019acier sur les casques ouverts, Ils ont quitté les riants coteaux verts, L'humble chaumine et les calmes vallées, Comme emportés sur montures ailées.Une clameur les précède et les suit ; Jehan brandit une hache qui luit, Tôt aiguisée aux rocs de la ravine.Pierre s\u2019est fait de la houlette fine Un joliet drapelet d\u2019enfançon, Pendant que tout dormait à la maison : L'étoffe claque, éparse au vent sonore, Et la hampe est tout odorante encore, Ayant jadis fleuri comme un rosier.Or, voici que, descendant du coursier, Jehan et Pierre ont poussé cris de fête, Déjà pendus au cou de Jehannette, Laquelle rit et sanglote à la fois.\u2014 Que venez-vous faire ici?\u2014Tu le vois : Donner un coup de main à la besogne, T\u2019accompagner en cognant si l\u2019on cogne, Grimper aux murs en beau mépris des coups, Comme écureuils aux hêtres de chez nous, Forcer le duc de Bourgogne à se taire Et tomber sur ces grands blonds d\u2019Angleterre Comme grélons sur un rameau feuillu.En vérité, tu n'aurais pas voulu Que nous eussions, mués en pastourelles, Filé ta laine et gardé tes agnelles, Quand tout là-bas, sous le trait envolé, Ton noble sang eût peut-être coulé! Jeanne songe, elle a douleur amère À cause du petit loin de la mère : Mais, étouffant un supreme sanglot : \u2014 Fais flotter ton drapelet, Pierrelot! Crovis Hucues. \"DA 0 18210 / T Soe que je flânais, l\u2019autre jour, le long du Boulevard, je regardais les \u201censeignes\u201d dont il est bariolé.Les enseignes sont comme les affiches d'une comédie de mœurs spéciale.À lire les enseignes, on devrait connaître une ville, ses goûts, son caractère propre.Il en fut longtemps ainsi, et le moraliste prétendait même qu\u2019il était plus facile à Paris de changer un gouvernement que les enseignes.Le Caritidès des Fâcheux, qui propose a Eraste de corriger les enseignes pernicieuses et sans orthographe accrochées sur les boutiques au grand scandale de la République des lettres, y perdrait aujour- d\u2019hui son latin.L'enseigne, jadis bien française, pittoresque et traditionnelle, est livrée à quelques professeurs de volapuk, aux amateurs du fameux \u201clangage neutral\u201d qu\u2019on veut imposer à l'univers, aux prophètes de \u201cl\u2019esperanto.\u201d Je me rappelle l\u2019étonnement d'Edmundo de Amicis racontant que ce qui le frappa tout d'abord dans son premier coup d'œil au Boulevard, ce fut le luxe des enseignes.Il se sentait tout de suite à Paris.En aurait-il aujour- d\u2019hui la même sensation et la joie?Je me suis attaché à noter dans une promenade de moins d'un quart d'heure tout ce qui peut tenir de mots inattendus sur les façades de nos logis, tout ce que peut contenir de vocables exotiques ou de barbarismes un coin particulier de Paris, \u2014 le plus parisien, le boulevard et parmi les boulevards, le plus central et le plus vivant.De la place de l'Opéra au théâtre du Gynmase, il m'a semblé curieux de noter les termes de ce nouveau Lexique des enseignes, et cette besogne d\u2019académicien en promenade n'a pas laissé que de m\u2019étonner un peu.M.de Sacv en eût été navré, Théophile Gautier.l\u2019amoureux des mots, ne s'en fût pas diverti.Nous sommes décidément submergés par on ne sait quel langage international, et nos successeurs auront fort à faire pour les prochaines éditions du Dictionnaire.En quelques centaines de pas, j'ai rencontré sur les murailles non seulement les mots courants, dont la banalité ne surprend plus personne, comme les Bars.le Grill room, Express Bar.Mutual Life, Fashionable House, etc.mais des inscriptions dont la variété et l'étrangeté font ressembler Paris à quelque Chicago ou à quelque coin d\u2019une exhibition universelle : Electric Store.Diamond Palace, Pia- notist.Piano Plaser, Duplicateur N'éostyle, Paris- Phono.Phonolas! En moins de cinq minutes on a déchiffré ces étiquettes, épelé ces bizarreries.Et il v a les vocables de création nouvelle : la sur-bi- VIEUX MONDE |à il \u2014 IEITREdePANIS \u2014 ; La Langue et la Patrie.cyclette pour lesur-honume de Nietzsche sans coute, le Mutoscope, leKaléoscope, le Multocopiste, l'Au- tocopiste, le Gramophone! Tous ces mots se pressent, se heurtent, se font concurrence et les titres en anglais Fancy and photo store se rencontrent en une étonnante promiscuité avec des mots composés The Rendez-vous of Fashion \u2014 mélange de français et d'anglais qui semble fait pour souligner l\u2019entente cordiale, comme cette autre enseigne £v press franco-russe pour cimenter où élargir l'alliance.Et voilà qu\u2019à la porte d\u2019un cabaret apparait complétant le mot français par l\u2019s possessif anglais, un titre tout à fait inattendu : Les Amaurs's, Ainsi s'altère, se défait, se desquamme la langue d'un peuple.Et à dire vrai, nous avons décidément la langue trop chargée.Un Renan, qui disait avec si peu de mots tant de choses, en eût été stupéfait.Je ne parle pas des malt, des five o'clock.des confetti.Leurs enseignes, leurs annonces semblent encore d'un style acceptable, tant elles sont d'usage commun.Et le flot monte, et le Litiré de l'avenir ne pourra guère que composer une variété du Dictionnaire d'argot international.La vicille rue Saint- Denis et les rues des quartiers populaires, demeurent, en ce débordement d'exotisme, fidèles encore aux vicilles enseignes à la Balzac, et c'est plaisir de retrouver là les étiquettes qui nous furent familières comme des drapeaux.Mais le Boulevard, emporté par le progrès, fou de nouveauté et de snobisme, arbore des écriteaux et étale des lettres colossales, illuminées le soir et flamboyantes, qui donnent la sensation d'une autre Fair of the World, comme s\u2019appelle \"Exposition de Saint-Louis.Et la flanerie seule et la badauderie permettent de se rendre compte de ces modifications des enseignes.En automobile, on aurait le temps d\u2019 \u201carriver.\u201d on n'aurait le temps de rien déchiffrer.de rien voir.L'\u2019enseigne, qu\u2019a voulu sauver, rajeunir, revivifier, un administrateur artiste et éclairé, mé- tite pourtant qu\u2019on s'en préoccupe.Elle fait partie intégrante d'une cité.Elle peut être ou le grain de beauté ou la verrue d\u2019une ville.La mouche de Ja marquise a du charme, le furoncle est moins attirant.Et à propos de toutes ces enseignes farcies le vocables stupéfiants, je pense à ce joli mot de Théodore de Danville répondant à M.Legouvé qui lui vantait.avec sa générosité ordinaire.l'œuvre patriotique d'un romancier alors applaudi : \u2014 Eh! oui.mon cher maitre, oui !.langue francaise est aussi une patrie! C'est bien pourquoi il faut la défendre jusqu\u2019en ses étiquettes et ses enseignes.JULES CLARETIE.Mais la UNE FETE IN COREE \u201cI Une Fête en Corée.Souvenir d\u2019un Voyageur.US Je voyageur, je ne puis citer son nom, pour des C raisons cliverses ; et d\u2019ailleurs les lettres qu'il écrivit de Corée il y a cinq ans n'étaient pas faites pour être publiées.Mais j'y trouve aujourd\u2019hui tant d'observations, et si singulières, sur ce pays peu connut, que je ne saurais résister au désir d'en citer quelques extraits : Séoul parut, à ce voyageur, une ville \u201cpresque aussi sale que l\u2019ékin,\u201d mais fort hospitalière.Voici comment il fut accueilli à l\u2019hôtel : A peine y étais-je entré, que mes chaussures me furent enlevées et confisquées.La pièce assez spacieuse dans laquelle on m'\u2019installa très rapidement, n'avait, comme ameublement, que des nattes, quelques clous entourés de papier de soie, fixés aux cloisons pour servir de portemanteaux ct\u2026 mes malles.Tout semblait marcher la.avec la mème vélocité; sans même me laisser le temps de déboucler une valise, la fille du propriétaire de l\u2019hôtei vint me chercher pour me conduire au bain; c\u2019était, dans une salle assez curieuse, une cuve carrée, haute de 60 centimètres, à compartiments pour l'eau chaude et l\u2019eau froide, percée d'une ouverture ronde à la partie supérieure et donnant l'idée, si ce n'avait été sa forme, de la baignoire de Marat.Sitôt mon immersion faite, les allées et venues des mousmés vinrent ajouter à ma stupéfaction ; l\u2019une emportait mes vetements pour les battre; une autre, s\u2019approchait et m\u2019empéchait, très courtoisement de me servir moi-même du savon que j'avais en mains, pour que les éclaboussures ne pussent salir les cloisons.J'avais sous les yeux le plus vivant de ces dessins japonais que nous avions si souvent admirés.Pendant que se prolongeait mon étonnement, une troisième mousmé, chargée d\u2019une serviette de la dimension d'un mouchoir de dame, et d'une robe qu\u2019elle devait me passer, attendait ma sortie de la cuve.Je vous assure qu\u2019on ne saurait trouver mieux en un réve de \u201cMille et une Nuits\u201d Après un diner sommaire, arriva l'heure du coucher, qui fut précédée de nouvelles séries de petits soins, soit pour le deploiement des couvertures, soit pour l\u2019arrangement du matelas ouaté qui s'étend sur les nattes\u2014Inu- tile de vous dire qu'après huit ou neuf heures de cheval, un bain, un repas, et de tels étonnements, j'ai très bien sa dormi.Je le crois très volontiers.J'admire aussi la résolution des habitants de Séoul et leur initiative.11 ¥ a un tramway électrique à Séoul, comme à Paris et à Chicago, et, comme là, ce tramway semble se plaire à écraser les gens.\u2018La veille de mon arrivée, dit l'écrivain anonvme, un de ces véhicules mécaniques avait brové un petit enfant.Alors la populace en à renversé deux et en a fait un feu de joie.\u201d Notre voyageur eut aussi le plaisir d'être accueilli en audience solennelle par l'empereur de Corée, veuf de son impératrice que les Japonais, on s\u2019en souvient.ont supprimée par une opération de police un peu rude.Aujourd'hui à trois heures, nous avons été reçus par S.M.Li.Etaient présents : le chargé d'affaires de France le commandant d'artillerie attaché militaire de France à Pékin, récemment arrivé, et le chancelier de la légation.Les ministres de la maison impériale, de l'instruction publique et des affaires étrangères, avec les sous-ministres et le directeur général des mines, Yi Yonk Ik, grand favori du jour, sont venus nous recevoir à l'arrivée, pour nous conduire à une petite maison située dans l'enceinte du palais.Tasse de thé et cigarettes.Quelques minutes plus tard, le chef des eunuques nous priait de le suivre et nous introduisait auprès de son maitre.Celui-ci nous a reçus dans un salon n\u2019ayant d\u2019autre ameublement qu\u2019un tapis de pieds et une petite table carrée recouverte d\u2019une véritable descente de lit européenne.Derrière la table, une estrade de la hauteur d\u2019une marche et, sur cette estrade, Li.A droite de la table, le prince héritier; à gauche, le chef des eunuques et, à l\u2019uu des coins, l\u2019interprète de la cour.Devant la table et en face de l\u2019empereur, sur un seul rang, notre chargé d\u2019affaires, le commandant, le chancelier et moi.Derrière nous étaient les ministres.Pas de sièges, tout le monde debout, y compris Sa Majesté.Après les salutations d'usage et les présentations, notre chargé d\u2019affaires remet à l\u2019empereur deux lettres; l\u2019une, lui annon- cant la mort de Félix Faure et l\u2019autre, l\u2019informant de l'élévation de M.Loubet à la présidence de la République.Li.éprouvant quelque difficulté à ouvrir ces lettres et le chef des eunuques relevant sa robe pour chercher.un canif absent, j\u2019offre le mien à Sa Majesté qui, l\u2019opération faite.daigne me le rendre.Ici, petit discours de notre chargé d\u2019affaires.\u2014 Réponse de l\u2019empereur qui espère que le gouvernement coréen continuera à avoir avec M.Lou- bet, les bons rapports uiq n'ont cessé d\u2019exister avec Félix Faure.Je ne sais si l\u2019empereur a compris grand\u2019chose de ce qui s\u2019est dit ensuite pendant une heure, l'interprète m\u2019ayant souvent paru lui-même, fort embarrassé dans ses traductions.\u2014 Li avait un merveilleux costume de soie jaune, avec broderies de même couleur sur la poitrine et les épaules, et portait la grande ceinture impériale en jade.\u2014Il est très aimable et parait très intelligent.\u2014 Malheureusement, son fils, revêtu, lui aussi, d\u2019un somptueux costume, est loin de lui ressembler sous ce rapport; il nous a répété quelques formules de politesse que lui soufflait l'empereur et, quoique très rapproché de nous, n\u2019a pas manqué une seule fois de se tromper, s\u2019adressant à moi, quand c\u2019était pour notre chargé d\u2019affaires et, vice-versa, quand c\u2019était pour moi.\u2014 Apres l\u2019audience, nous sommes retournés dans la première maison où nous avions tout d\u2019abord été reçus et où nous vidâmes une coupe de champagne à la santé du souverain.Voici maintenant les danseuses, les célèbres danseuses de la cour de Séoul.Avant et après le déjeuner servi dans l\u2019une des dépendances du vieux palais, maison fort bien aménagée et admirablement située, j'ai assisté, en compagnie de nombreux invités, à une audition de la musique impériale et à une représentation donnée par une partie du corps des danseuses de la cour.Elles étaient là au nombre de quinze, choisies dans la première catégorie, pour ne pas dire, du premier quadrille ; elles ne sont pas de première catégorie comme beauté, mais il parait que les autres sont encore plus laides.Vêtues de costumes excessivement riches et originaux, tenue et coiffure de cour, elles portaient une volumineuse perruque en forme de natte, fixée sur le front à la naissance des cheveux et retombant jusqu'aux épaules ; sur la partie supérieure de la coiffure, un peigne doré garni d'énormes verroteries, donne l'illusion d\u2019un diadème : plusieurs rangs de fausses perles descendent en pendentifs sur le front ; derrière la tête, une épingle simulant une pipe japonaise, retient et retrousse la natte: les cheveux sont brillants et lissés à l'huile de lin parfumée.Le visage ne parait pas maquillé, les sourcils sont légèrement rasés, de façon à ne laisser qu\u2019une ligne amincie et régulière; de meme les tempes sont rasées.Ces danseuses ont les attaches très fines, de petites mains et surtout des pieds extraordinairement plus petits encore, emprisonnés dans des chaussettes blanches, courtes et rembourrées, qu\u2019elles remplacent à la ville par de petits souliers chinois.Le cor- Bi 8 LECHO DES DEUX MONDES sage, pris dans la ceinture et dont on n\u2019aperçoit que quelques centimètres, est également jaune, portant les mêmes broderies formant un peu épaulettes sur le haut du bras.La jupe, pareille comme nuances et ornements, part des aiselles et tombe jusqu\u2019à terre; dessous, sont des jupons de tonalités différentes, dissimulant un pantalon de soie blanche, Les mains sont recouvertes d\u2019une manchette rappelant, par sa forme, les dentelles que l\u2019on portait naguère dans nos pays, mais longue de 40 centimètres, Ces mau- chettes sont faites de bandes de soie de toutes couleurs, commençant généralement sur la largeur, par nos couleurs nationales.Dans la ceinture, se trouve passé un éventail en plumes de paon.Ce costume bizarre, qui n\u2019est point disgracieux et donne un peu l\u2019impression de celui que portait hier l\u2019empereur, servit à l\u2019exécution de mouvements d\u2019ensemble, lents et rythmés, tels que ceux que nécessite la Danse du tambour, pendant laquelle toutes évoluent devant un gros tambour sur lequel elles viennent frapper à tour de rôle ou en groupes, et, formant au moyen de leurs longues manchettes placées bout à bout, un dôme de toutes couleurs au-dessus de l'instrument.A ce moment, elles esquissent un léger déhanchement rappelant mais de façon très discrète, la danse du ventre.Ces premiers exercices durèrent jusqu\u2019à une heure de l\u2019après-midi, moment où nous fut servi, à l\u2019européenne, le déjeuner dont je parle plus haut, excellent repas arrosé de grands crus et particulièrement de champagne.Tandis qu\u2019en nous levant de table, nous nous insta!- Hons dans les ombrages du jardin bordant les appartements en terrasse, les bayadères sont rentrées en scène, après avoir changé de costume ; celui qu\u2019elles ont revêtu, est moins brillant que le premier, mais fort joli; la coupe en est presque identique, quoique les longues manchettes soient supprimées; les soieries jaunes ont disparu aussi et sont remplacées par des étoffes multicolores.C\u2019est ici qu\u2019apparait le fameux chapeau décrit par les voyageurs et rappelant le couvre-chef d\u2019Auvergne.Il est agrémenté d\u2019un large galon de passementerie et d\u2019une touffe de plumes flexibles, fixée à l\u2019arrière et longeant le rebord jusqu\u2019au- dessus des yeux.Voici la Postany, danse consistant en des ensembles suivis d\u2019essais, pour deux des exécutants à tour de rôle, de jeter à quelques pas une balle dans une fleur de lotus creuse.Celle qui a réussi se voit piquer une fleur dans les cheveux, tandis que la maladroite est marquée d\u2019un trait à l\u2019encre de Chine, sur la partie inférieure de la joue.\u2014 La Danse du Dragon, qui se rapproche de la précédente, mais ici, la balle doit être lancée dans une ouverture pratiquée sur un portique décoré d\u2019un dragon.La Danse des Pivoines, jeu de mème genre, où la balle est remplacée par des fleurs.Mais la plus gracieuse de toute la série, est certainement la Danse du sabre, et c\u2019est avec beaucoup d\u2019adresse qu\u2019elles manient leur arme, dans des moulinets ou des chocs.Parfois, au cours des exercices, on entend un chant doux et plaintif sortant de la gorge des exécutantes, sans contractions visibles de la bouche ni du visage.Un temps d\u2019arrèt, pendant lequel disparaissent de nouveau les danseuses et la musique impériale fait son entrée, vêtus également de longues robes jaunes serrées par une ceinture verte, coiffés du même large chapeau à galons, mais sans plumes, ils sont là une cinquantaine, soufflant dans de petites flûtes recourbées, genre galoubet, dans des clarinettes a large pavillon, fort curieuses, ou dans de longues trompettes et des conques; quelques violons arabes et des tambours, les uns très bas aux armes de Corée, les autres semblables à ceux des gueishas du Japon, ayant la forme du sablier classique, complètent la série des instruments.La fin de cette petite fête fut charmante : ces demoiselles vinrent s'asseoir sans façon sur les genoux de MM.les ministres de Sa Majesté.Cependant, pleines d\u2019une chaste réserve, elles s\u2019éloignèrent des Européens.Mais le voyageur eut sa revanche le lendemain chez le photographe.L\u2019une des danseuses, pleine d'enthousiasme et de reconnaissance, à l'idée de voir ses traits reproduits par l'artiste, se décida enfin à traiter un simple Fran- cais comme un ministre, Mais la conversation fut interrompue par le mari, qui venait me remercier chaudement de mes procédés vis-a-vis de sa femme, et me déclarer que, si j'avais l'intention de l'emmener en France, je devais lui verser un à compte sur son gain futur.Ces gens-là sont, en vérité, très civilisés ! HENRI VUAGNEUX.Premier Mai.Ce Voici les roses : Je ne suis pas en train de parler d'autres \u2018choses.Premier Mai.L\u2019amour gai, triste, brûlant, jaloux, Fait soupirer les bois, les nids, les fleurs, les loups ; L'arbre où j'ai, l\u2019autre automne, écrit une devise, La redit pour son compte et croit qu\u2019il l\u2019improvise ; Les vieux antres pensifs, dont rit le geai moqueur, Clignent leurs gros sourcils et font la bouche en cœur ; L\u2019atmosphère, embaumée et tendre, semble pleine Des déclarations qu\u2019au printemps fait la plaine, Et que l\u2019herbe amoureuse adresse au ciel charmant.A chaque pas du jour dans le bleu firmament, La campagne éperdue et toujours plus éprise, Prodigue les senteurs, et dans la tiède brise Envoie au renouveau ses baisers odorants ; Tous ses bouquets, azurs, carmins, pourpres, safrans, Dont l\u2019haleine s\u2019envole en murmurant: Je t'aime! Sur le ravin, l\u2019étang, le pré, le sillon même, Font des taches partout de toutes les couleurs ; Et, donnant les parfums, elle a gardé les fleurs.Les oiseaux dans les bois, molles voix étouffées, Chantent des triolets et des rondeaux aux fées; Tout semble confier à l\u2019ombre un doux secret; Tout aime, et tout l'avoue à voix basse: on dirait Qu'au nord, au sud brûlant.au couchant, à l\u2019aurore, La haie en fleur, le lierre et la source sonore, Les monts, les champs, les lacs et les chènes mouvants Répètent un quatrain fait par les quatre vents.Printemps Nouveau.Comme le matin rit sur les roses en pleurs! Oh! les charmants petits amoureux qu'ont les fleurs ! Ce n\u2019est dans les jasmins, ce n\u2019est dans les pervenches, Qu'un éblouissement de folles ailes blanches Qui vont, viennent, s\u2019en vont, reviennent, se fermant, Se rouvrant, dans un vaste et doux frémissement.O printemps! Quand on songe à toutes les missives Qui, des amants rêveurs, vont aux belles pensives, À ces cœurs confiés au papier, à ce tas De lettres que le feutre écrit au taffetas, Aux messages d\u2019amour, d'ivresse et de délire, Qu\u2019on reçoit en avril et qu\u2019en mai on déchire, On croit voir s'envoler, au gré du vent joyeux, Dans les prés, dans les bois, sur les eaux, dans les cieux Et rôder en tous lieux, cherchant partout une âme, Et courir à la fleur en sortant de la femme, Les petits morceaux blancs, chassés en tourbillons, De tous les billets doux, devenus papillons.Victor Huco. er eager OISEAUX DE PASSAGE > \u201cOiseaux de Passage\u201d d\u2019Hier et d\u2019Aujourd\u2019hui.de s'abattre sur la scène du Théâtre-Antoine, semblent arriver de loin\u2014 à travers le temps.Vingt années, et même bien davantage, se sont écoulées depuis les jours retentissants du nihilisme exaspéré, Sans doute, de nombreux attentats n'ont point laissé de doute sur son existence.Il dure encore, malgré ses effets intermittents.Mais la période du grand mouvement terroriste a cessé, du moins en apparence.Aussi pensé-je que la pièce de MM.Maurice Donnay et Lucien Descaves, que nous ana- Iysons plus bas, présente surtout un intéret historique.Le nihilisme n'a pas pu échapper à la loi d'évolution.C'est T'ourguenef qui a mis le nom et la chose à la mode.Dans son fameux roman, Les Pères et les fils, Bazarof, son héros, professe un pessimisme aigu et se pose en contempteur de tous les préjugés.Science, littérature, raisonnement, sentiments, tout est vanité.\u2014 Nous n'agissons, dit Bazarof, qu\u2019en vue de ce que nous constatons d'utile, de positivement utile.Aujour- d'hui nous constatons qu'il est utile de nier, et nous nions.| ES oiseaux de passage\u201d dont le vol pittoresque vient \u2014 Tout?\u2014 Absolument tout! \u2014 Alors l'art, la poésie, ct jusqu'à.j'hésite à le dire?\u2014 Tout! répéta Bazarof avec une parfaite tranquil- Hid, \u201cPaul le regarda avee stupeur.Arkad avait rougi de plaisir en présence de ce qu\u2019il appelait mentalement la crânerie de son ami, Kirsanof intervint : \u2014 C'est superbe de nier tout, mais, au fond, cela équivaut à déclarer que l'on veut détruire tout.lt avec quoi, s\"il vous plait, rebâätira-t-on?\u2014Ce n'est pas notre affaire.Nous n'avons à nous pré- occuner que de deblayer la place.- Soyez tranquilles, nous agirons \u2014 Toujours a coups d'injures?\u2014 Chaque fois qu\u2019il v aura lieu.\u2014 Et c'est ça le nihilisme?\u2014 C'est ça\u201d Ainsi à l'origine le nihilisme n'est qu'une opinion philosophique, la théorie négative d'un réveur qui n'a que des cauchemars.Insensihle ct superbe, Bazarof parle de ses parents avec une indépendance par trop irrévérente.Les attentions de sa vieille mère lui font hausser les épaules: il déteste son foyer où il ne peut se poser que quelques heures, Ainsi sa mère dira-t-elle en s'adressant à son père: \u201cUn fils.vois-tü, c'est comme un lambeau qui se détache de nous.Ou plutôt c'est comme l'oiseau: il lui plait de venir et le voilà: il lui plait de repartir, et 11 s'envole.Et nous deux, nous sommes comme deux pauvres petits champignons dans le creux d'un arbre.tout près l'un de l'autre et pour toujours.Moi seule, je ne changerai pas, pour toi, pas plus que toi tu ne changeras pour ta vieille.\u201d Bazarof est dé\u2018à Toiseau de passage dans sa famille.It quitte sen nid \u2014 foyer de plein vent \u2014 de même que la couvée, issue de lui, abandonnera la fori t qui fut la patrie.Les oiseaux chantent sur toutes les branches.Je ne sais si MM.Donnay et Descaves pensaient au livre de Tourguenef quand ils ont choisi le titre de leur pièce.Ce titre pourrait done se glorifier d'un illustre parrainage.Tel fut.au début, l'oiseau de passage.\u201d Quel est-il maintenant?Avons-nous encore à Paris des types qui ressemblent à ceux que l'on applaudit chez Antoine?S'il s'en trouve ont-ils les mèmes idées.les mèmes méthodes?Bref.le nihilisme se reconnait-il.à cette heure.dans la peinture que nous en ont faite nos auteurs \u2014 ou, pour me servir d'expressions plus modernes et moins \u201crigoureuses,\u201d le monde des réfugiés russes actuel répond-il à l\u2019image qu'en ont esquissée MM, Donnay et Descaves?J'ai vu une des personnalités les plus marquantes de la colonie politique russe.Savant distingué, il n\u2019ignore rien de tout ce qui touche au mouvement social de son pays d'origine.Il habite la France depuis nombre d'années.Les réfugiés, les exilés trouvent toujours sa porte ouverte, c\u2019est vous dire qu\u2019il reçoit des confidences et entend des confessions.Ainsi que la plupart de ses compatriotes, il a élu domicile en pleiu quartier latin.ll occupe un appartement modeste mais fort avenant, tout égayé par les cris et les rires de deux beaux enfants qui parlent tantôt le russe, tantôt le français.Tandis que leur mère me reçoit, ils viennent se Dlottir contre elle, câlins, se suspendent à son cou et me regardent avec des yeux étonnés.Leur ressemblance me frappe.Ce sont des jumeaux, m\u2019apprend la mère.Bientôt elle me laisse seul au salon, car elle doit déjeuner rapidement pour aller au cours.Elle fait sa médecine.Elle n'a commencé ses études que cette année-ci afin de donner jusque-là son temps et ses soins à sa petite famille.Maintenant que les enfants ont grandi, elle peut préparer tranquillement ses examens.Voilà des mœurs qui ne sont malheureusement pas les nôtres.Dans ce milieu russe on est acquis aux idées nouvelles.Mis au courant de ma visite, le maître du logis, qui vient de rentrer, se prête de bonne grâce à mon projet.\u201cJ'ai vu la pièce jouée au théâtre Antoine.Elle contient des parties excellentes, qui témoignent que les deux écrivains connaissent, pour l\u2019avoir observé, le monde dont ils parlent, mais elle n'est pas exempte d'inexactitudes et d'invraisemblances.Votre impression que les nihilistes des Oiseaux de passage sont un peu démodés me parait juste.D'ailleurs, nous pouvons passer en revue les personnages.Le vieil agitateur Gregorief n'a rien de factice.Les traits de sa physionomie ont un air de vérité remarquable.C'est le Grand Russien raisonneur, légèrement railleur, qui n'aime pas à s'attarder dans les billevesées.Riche de ce sens commun, clair et robuste, qui procède par boutades: ennemi de la rhétorique, on le sent, avec raison, capable, par raisonnement, d\u2019un acte héroïque et décisif.Mais par exemple, il n\u2019irait pas perdre son temps à distribuer chez des bourgeois comme dans la pièce \u2014 des opuscules de propagande, surtout une brochure sur la Régénération du monde par l'anarchie.Cette brochure, il aurait été incapable de l'écrire par la simple raison que les idées qu'elle semble devoir défendre ne saurait être les siennes.Il y a loin du nihilisme à l'anarchie.Je vous dirai pourquoi.Le type de Vera n'est pas russe.Elle manque de la simplicité et de l'humilité qui conviennent à des propagandistes.Elle a trop de solennité: elle est enfin trop théâtrale afin de mieux mettre en relief ce titre de princesse que les auteurs lui ont donné.\u2014 J'imagine que ce titre.plus peut-être que ses idées, lui ouvre le milieu de bourgeois assez médiocres rencontrés en Suisse.Une princesse! Le jeune étudiant qui s'éprend d'elle subit à son insu le prestige du titre.Comme dit Stendhal, pour un bourgeois une duchesse a toujours trente ans.Une révolutionnaire qui possède plusieurs quartiers de noblesse, même par alliance, reste d'excellente compagnie.Les bombes marquées d'un blason paraissent surtout décoratives.\u2014\"*Par contre.Tatiana est admirable.Tout en elle a un accent de vérité qui fait ma surprise.L'actrice a ren- di son personnage avec une puissance et un art des nuances infinis.La droiture, la franchise, l'indomptable énergie ct même la méfiance toujours en éveil forment.très justement.le fond de son caractère.C'est la nihiliste des temps d'épreuve.11 me faut cependant exprimer une réserve.Je ne pense pas qu'une jeune fille comme elle se fasse l'instrument d'une vengeance personnelle et qu'elle assassine.en chemin de fer, un de ses camarades soupgouné et convaincu de trahison.Oui, elle assassinera, mais par ordre.Elle assassinera si les révélation du traître peuvent compromettre et ruiner la so- TO LECHO DES DEUX MONDES ciété secrète à laquelle elle appartient, et qui arme son bras.\u201cLe type de Zakharine existe.Il arrive assez souvent que des condamnés retour de Sibérie, où ils ont passé de longues années, deviennent des traitres.J'ai connu à Paris un réfugié qui avait fait vingt ans de Sibérie, Il s\u2019appelait P.Il a été expulsé voici deux ans.Nous avons pris sa défense,- mais M, Waldeck-Rousseau nous a prévenu que notre zèle s\u2019égarait.P.était un traitre.Aujourd\u2019hui, rentré en Russie, il est fonctionnaire du gouvernement et je vous jure que personne ne pense à aller le tuer.\u201cUne scène m\u2019a plu particulièrement dans la pièce de MM.Donnay et Descaves, c'est ce que nous nommerons, si vous voulez, la scène des portraits.Les nihilistes ont le culte des souvenirs, des reliques.Les photographies des leurs ne.les quittent jamais.Rien de plus russe que l'évocation attendrie, devant ces photographies, des camarades morts pour la cause, exécutés ou décédés en exil.uniformes.Tourguenef avait exposé ces idées nouvelles.Pissaref a, dans l\u2019espace de trois ou quatre ans, publié de nombreux ouvrages pour en développer la théorie.Vainement vous chercheriez, à ce moment, une intention, un but politique dans ce mouvement.Tout change avec Tchernichewsky.C\u2019est le premier écrivain socialiste de la Russie.11 se place d'abord sur le terrain économique.Il démontre que l'abolition du servage n\u2019est qu'un leurre s'il n'a pas comme corollaire ou conséquence immédiate la cession de terres.Des sociétés secrètes s'organisent dont le mot d\u2019ordre est: Terre et liberté.\u201cCes théories se propagent avec rapidité.ll se produit alors une scission parmi les adeptes de la religion nouvelle.Les uns n\u2019envisagent que la perfection de l\u2019individu, s\u2019efforcent d'étendre les limites de la science et de la culture générale.On citerait parmi eux Setchenof, Mendeleief, savants de réputation universelle.Les autres s'avancent résolument sur le terrain socialiste.lls créent des coopératives et s'intéressent à toutes les formes d\u2019as- Restaurants des Etudiants Russes à Paris.Ce sont des dieux lares d'album, les génies réconfortants du foyer révolutionnaire.\u201c\u2014Oui, le nihilisme a évolué.Dans le principe il fut, comme vous le savez, tune espèce de dandysme philosophique, Lorsque en 1864, Tourguenef, étudiant les deux grands courants de l\u2019opinion russe, mettait en opposition le passé et le présent, les anciens et les modernes, il créa, dans les Pères ct les Fils, ce type de Bazarof, qui n\u2019appartenait pas plus aux uns qu\u2019aux autres.Bazarof ne reconnait ateune contrainte, n'accepte aucun jugement établi et soumet tout à sa critique, Il fit école.On vit alors des jeunes gens renoncer aux grâces d\u2019état de leur âge pour atteindre à la perfection d'insensibilité, et des jeunes filles se liguer, dirait-on, pour leur permettre d\u2019atteindre, sans trouble, leur idéal.Les beaux yeux disparurent derrières des lunettes de couleur; les chevelures luxuriantes tombèrent sous les ciseaux, et les charmes féminins furent condamnés au carcere duro de vêtements sistance et de mutualité sociales.Ils s'adressent aux paysans.Accusé d'avoir écrit une proclamation aux paysans, Tchernichewsky est enfermé dans la forteresse de Pierre et Paul où 11 prépara son ouvrage Que faire?en attendant sa condamnation aux travaux forcés.\u201cDésormais la conquête des paysans et du sol devient le but des révolutionnnaires.On organise des croisades, on va prêcher la bonne parole.Ce qu\u2019on veut obtenir, c'est le soulèvement des classes rurales.De 1872 à 1874 Bakounine qui vit à l'étranger, entouré d'une espèce d\u2019auréole (il s'y mêle même à la vie politique, et a joué un rôle prépondérant à Dresde) se fait le théoricien de ces idées.\u201cCe mouvement prend de telles proportions qu'il provoque de la part du gouvernement, des mesures générales de rigueur et de répression.On arrête des milliers de révolutionnaires.Lavrof continue le bon combat socialiste et lutte contre le tsarisme.\u201cEn 1879, le terrorisme, \u2014 le nilnlisme, au sens con- \u2014 REVUE DRAMATIQUE Ik sacré par l'usage, -\u2014 fait son apparition.1! n'est pas anarchiste, mais \u201cétatiste\u201d.Ce qu'il veut, c'est s'emparer, par la terreur, du pouvoir central et donner, par décret, la terre aux paysans.11 fera des lois; 11 gouvernera.D'ailleurs, M.Anatole Leroy-Beaulieu, dans l'Empire des tsars, n'a-t-il pas dit que la Russie est le seul pays où F'abolition de la propriété foncière est possible par dé cret?\u201cUne grande effervescence règne alors en Russie.Les conspirations se ramifient; elles gagnent la flotte, l'armée, l'administration.Les pelotons d'exécution et les prisons ne chôment pas.Puis vient, après cette tem- pète, l'accalmie\u2014en apparence\u2014du règne d'Alexandre 111.\u201cLa série des famines périodiques a développé singulièrement les idées socialistes.La démocratie russe \u2014 si cette expression n'est pas encore trop hardie \u2014 s\u2019éveille lentement et prend conscience d'elle-même, Les théories de Karl Marx jouissent chaque jour d\u2019une faveur plus efficace.Les prolétaires des villes s'unissent, et l\u2019on voit se dessiner les formations de combat pour la lutte des classes.Phénomène nouveau là-bas, des grèves éclatent et réussissent, En 1896, à Pétersbourg une grève de quarante mille tisserands a obtenu gain de cause.Le gouvernement a composé avec elle.\u201cAujourd\u2019hui nous n'assistons plus à des manifestations isolées comme au temps du nihilisme agissant sauf quelques cas dont les plus récents sont dans toutes les mémoires.Ce qui progresse et triomphe c'est la propagande par l'idée: ce sont les mouvements de masses disciplinées, c'est la marche lente mais ferme vers la conquête des droits qui conviennent à des hommes, à des peuples libres.Oui la liberté politique, voilà le programme à la fois des étudiants et des ouvriers.Les paysans demandent de posséder le coïm de terre sur lequel ils vivent et qui les fait vivre.\u201cVous le voyez, nos \u201coiseaux de passage\u201d actuels n\u2019ont rien de romanesque.Ils ont le sens des réalités ct un esprit pratique qui ne s\u2018embarrasse pas des chimères.ÀI- lez visiter notre colonie du quartier latin.Vous verrez qu'on y travaille dans l'espérance d\u2019un avenir meilleur.Nos compatriotes se groupent avec beaucoup de solidarité.Ils possèdent deux bibliothèques: la bibliothèque Tour- guenef.Ils ont souvent des réunions publiques, où l\u2019on s'oceupe de la politique.Enfin ils se soutiennent, car la plupart sont fort pauvres.\u201d Tout en haut de la rue Saint-Jacques, passé le Val- de-Grâce, je me suis rendu à l'une de ces bibliothèques.Au fond d'une cour vaste, un escalier étroit donne accès à la bibliothèque.Sur le palier des affiches manuscrites en russe garnissent les murs et les portes.Un cordon nu et sans poignée pend le long d'une porte sur laquelle se trouve la clef.Que faire?faut-il sonner, faut-il ouvrir> J'entre délibérément.La salle est d'une simplicité un peu fruste.\u2018Trois tables accotées, recouvertes de toiles cirées jaunes tailladées et trouées, disparaissent en rartie sous des journaux.De pauvres chaises de paille entourent les tables: un poèle éteint dans un coin; sur les murs les portraits, coupés dans des journaux, de Tourguenef, de Lavrof.de Tolstoi, de Tchernichewsky, de Bakounine: un bas-relief sur la cheminée sans feu représente Benoit Malon et Carl Marx.C'est la salle de lecture des journaux: deux autres pièces renferment des livres.La bibliothèque est ouverte de neuf heures du matin à neuf heures du soir.Un étudiant, au visage rond, grèlé, avec des pommettes saillantes de Kalmouk, me donne, dans un français assez pénible, des explications.Il n'est arrivé à Paris qe devuis quatre mois, des bords de \u2018notre petite mère la Volga.\u201d ll me dit son enthousiasme pour Karl Marx et combien on l'étudie Cans les villes universitaires de Russie.\u201cNous s°mmes constitutionistes.\u201d J'entends par là qu'ils ne veulent nas, du jour au lendemain, expérimenter tn régime auquel la masse du peuple n'est pas préparée.Mais l'étudiant préconise l'organisation des classes ouvrières.la puissance des syndicats, les œuvres de mutualité.\u201cCes idées, ajoute-t-il, sont celles de presqué tous les jeunes hommes de ma génération.\u201d Commie il était l'heure du déjeuner, il m'a offert de me montrer un restaurant fréquenté exclusivement par des Russes, réfugiés ou étudiants.Ce restaurant, situé rue Berthollet, est une façon de coopérative.Il appartient aux étudiants qui l'administrent, le dirigent et payent la gérante, cuisinière à ses heures, c\u2019est-à-dire presque toute la journée, Aussi simple que la bibliothèque, c'est une salle nue, avec de petites tables de bois, recouvertes de toiles cirées blanches.Les portions se payent avec des jetons qu'on achète en entrant, à une petite table qu'occupe un étudiant ou un réfugié de service.On dirait des correspondances d'omnibus ou des numéros de vestiaire.lls portent des chiffres.On peut se procurer plusieurs de ces jetons à l'avance.Cette manière de payer permet aux consommateurs pauvres de venir manger gratuitement.Ils ont reçu ces cartons-monnaie.Au restaurant, on ignore ainsi celui qui vit de charité.La carte est assez variée ct les prix modiques.Une côtelette hâchée se paye 40 centimes; un \u201cbitki,\u201d 45; un Lœuf nature, 25.J'ai remarqué cependant des jetons de 1 franc.Le restaurant ne sert pas moins de trois cents repas par jour.En sommes, c'est plutôt une cantine qu'un restaurant.Les hommes qui y fréquentent n'ont qu'un pauvre équipage.Beaucoup de lunettes d\u2019or et des épaules voûtées avant l'âge d'où tombent des mac-farlanes trop amples et trop longs.JosErH GALTIER.Revue Dramatique.Théâtre Antoine.\u2014 Les Oiseaux de passage, pièce de MM.Maurice Donnav et Lucien Descaves.N politique, les pensées de l'heure présente vont à la Russie et au Japon.L'intérêt qui.chez nous, s'attache aux choses de Russie ne date pas d'hier.Longtemps avant l'alliance, 1l avait commencé à se manifester avec notre initiation aux œuvres des grands écrivains russes, au- jourd'hui vulgarisées.Depuis, notre propre littérature s'est inspirée de ces œuvres, s'en est en quelque sorte imprégnée, cherchant des sujets d'étude, des éléments psychologiques ou dramatiques, des personnages typiques, dans le nouveau champ d'observation ouvert à ses explorations.C'est ainsi que MM.Maurice Donnav et Lucien Descaves viennent de donner au Théâtre Antoine, sous le titre Oiseaux de passage, une pièce remarquable, conçue avant les événements actuels, mais leur empruntant, par l'opportunité de la coïncidence, un intérêt tout particulier.C'est dans une pension de famille, sur les bords du lac de Genève, que se fait la rencontre des personnages.Ja famille Lafargue \u2014 des gens enrichis dans le commerce \u2014 se repose longuement pendant un long été.L'air pur, les eaux bleues des lacs, les pics neigeux qui rosissent au coucher du soleil ont été créés, combinés et rassemblés par une sage Providence \u2014 chacun sait ça \u2014 pour délasser les millionnaires de leurs fatigues, et des fatigues de leurs employés.Dans le même chalet.à l'étage au- dessus des Lafarge.vivent des réfugiés Russes.Gregoriev d'abord.Imaginez un vieil étudiant, un pilier de brasserie, un bohème, mais à la russe\u2019 I 12 LECHO DES DEUX MONDES a fréquenté les casemates sibériennes et non point les galeries de l'Odéon.Il a les cheveux et la barbe en broussaille, une redingote un peu fatiguée; sa bonne humeur est inaltérable et sa philosophie sereine.Destructeur, anarchiste, terroriste; tout ce que vous voudrez! Mais bon comme du pain : gai compagnon.Puis Vera Lewanof, une grande jeune fille, d\u2019aspect mélancolique et froid, avec un air mystérieux et distingué.Elle sort d\u2019une famille bourgeoise, Elle a été gagnée par la propagande révolutionnaire et s\u2019est soustraite à son milieu familial par un mariage \u2014 théorique \u2014 avec un prince, nihiliste comme elle.Le prince a respecté la liberté de Véra.À la suite d\u2019un complot, il a été mis en prison, envoyé en Sibérie, où il est mort, dit-on.De sorte que Véra reste tout à la fois veuve et jeune fille.Auprès de Véra, une autre jeune Russe, son amie très chère, plus qu\u2019une sœur: Tatiana.Celle-ci farouche, exaltée, fanatique.Les Lafarge ont un fils de vingt-cinq ans, Julien.ll a remarqué la beauté de Véra.Ayant eu l\u2019occasion de rendre un service d'argent aux nihilistes, ses voisins, en complétant la sornme nécessaire au rapatriement d\u2019un compagnon, Zakharine, Julien pénètre dans l\u2019intimité des Russes.Et le rideau tombe sur ce premier acte d'exposition.Nous voici maintenant à Paris chez Lafarge.La famille est au complet, avec une cousine de Julien, Louise, qui aime son cousin.Mais on ne la remarque pas.Tout est pour Véra qui a su se faire aimer de chacun, en particulier de la mère de Julien.Ce foyer bourgeois est envahi peu à peu par les nihilistes.Bref, il est décidé que Julien épousera Véra.Celle-ci d\u2019ailleurs aime le jeune homme, à sa facon, satis gestes, sans expansion et presque en silence.Elle continuera ses études, exercera la médecine, etc.Julien consent a tout : il est amoureux.\u2019 Le mariage aura lieu dans six semaines, Za- kharine (nous sommes au 3° acte, rue Berthollet), revenu de San-lrancisco raconte qu'il était dans \u2018a même prison où mourut le prince (le pseudo-mari de Véra).Celle-ci est donc libre.Il ne reste plus que quelques formalités à remplir.Ici intervient Tatiana, la farouche jeune fille, qui veut garder Véra pour la \u201ccause\u201d.Véra est-elle libre?Le prince est-il bien mort?Zakharine l\u2019affirme; mais il est suspect a Tatiana.Mieux vaudrait attendre ; et en attendant, trouver des devoirs à remplir, inspirés par la pensée du prince vivant ou mort.Véra n'est pas convaincue.Tatiana se décide à partir pour une mission mystérieuse, Au quatrième acte, nous sommes revenus au salon des Lafarge.C\u2019est la veille du mariage.Il v a loin encore.Des menaces vagues planent dans l'air.Gregorief est expulsé de France.Le vieux proscrit n'est pas étonné; \u201coiseau de passage\u201d il sait qu'il n'est jamais à demeure sur la branche où il s'est posé.On annonce qu'une femme demande à parler à Véra.C\u2019est Tatiana.Elle revient de sa mission mystérieuse.Voici les nouvelles qu'elle apporte.Zakharine était bien un mouchard; on l\u2019a trouvé mort dans le train qui le portait en Galicie.Tatiana était avec lui \u201cpar hasard,\u201d dit-elle, Elle a la preuve de la trahison de Zakharine, le prince n'est pas mort! Et ceci, c\u2019est la catastrophe.Véra peut-elle méconnaître son devoir ?Le prince est dans la misère et la prison.Sa place n'est-elle pas auprès de lui?Véra le comprend.Elle quitera la maison où elle n'a fait que passer, elle résistera à la douleur de Julien, au désespoir touchant de la mère aveugle.Avant de partir, elle remettra son anneau de fiançailles à Louise, la petite cousine, pour qu\u2019elle le porte.Et les \u201coiseaux de passage\u201d s'envolent.1lls se sont à peine posés.Ils ont effleuré le sol.Ils n'ont pas laissé de marques ni d'empreintes.Tout va reprendre un cours normal.Petit cousin épousera petite cousine.On a fait un succès et des plus mérités aux Oiseaux de passage.C\u2019est à coup sûr une des pièces les plus intéressantes de l\u2019année.L'anecdote tentera le public.Le pittoresque des personnages ai guisera sa curiosité.Les caractères des nihilistes russes sont tracés avec une fermeté et une sûreté tout à fait supérieures.Et ces rôles sont joués comme le sont toujours \u2014 et seulement les très bons rôles.Mais si les personnages sont d\u2019une observation vraie, le \u201cmilieu\u201d dans lequel ces ciseaux de passage viennent planer quelques instants, me parait bien conventionnel.Que sont ces bourgeois séduits par l'anarchie ?Je ne conteste pas Julien; il est jeune et amoureux.Mais son père et son oncle?Comment ces gens-là laissent-ils sans lutte \u2014 ou à peu près\u2014leur fils épouser une étrangère dont on ne sait rien, sinon qu\u2019elle est nihiliste ! qu'elle étudie la médecine ! qu\u2019elle est \u2014 ou fut \u2014 mariée à un prince condamné politique!! Voilà beaucoup d'invraisemblances.On a vu certes des jeunes gens épouser des étudiantes russes sans fortune; mais ils avaient une autre âme, une autre origine.un autre raffinement et un autre entrainement que le Julien des \u201cOiseaux de pasage.\u201d Parlera- t-on du \u2018\u201csnobismre\u201d révolutionnaire qui sévit en ce moment?Mais il ne sévit guère dans le milieu des Lafarge, pays du muffle.Il y avait une étude plus exacte à faire du parvenu ou du millionnaire en flirt avec l'anarchie.Cela fera peut-être le sujet d'une autre comédie.Jures JAsMmIN.2 Les petits esprits sont toujours préocupés d'eux- mêmes ; ils s\u2019imaginent que leurs mesquines combinaisons vont changer la face des choses.Le P.Dox._\u2014ee\u2014r-\u2014\u2014 Il faut toujours réserver dans son cerveau uit petit coin pour les idées des autres.H.T'AINE. NOTRE-DAME DES ARDENTS 13 Notre-Dame \u201ca ss des Ardents Par M™ GABRIELLE REVAL.V1II\u2014SuiTe, DES LARMES Jamouse n'a pas bougé, la lettre est tombée devant lui, le coup qui le frappe est si brusque, si inattendu, qu'il n\u2019a pas conscience de la réalité qu\u2019annoncent lus quelques lignes de Nanette l\u2019amproux.De grosses larmes, des larmes d'enfant, montent à ses veux, brouillent son regard, mais il les retient, il a honte de pleurer, et pourtant Lamouse crierait tant il souffre.Il répète les mots, mais les mots n'ont plus de sens; un bourdonnement aigu, comme celui du cri-eri, qui vrille le silence des nuits, frappe son oreille.11 voudrait voir, se pencher sur celle qui fut sa première et unique amie, sa mère d\u2019élection.Est-ce donc possible qu\u2019elle soit morte.A travers les lignes serrées de ce billet funèbre, comme à travers une eau profonde, il voit apparaître un visage, des veux clos, une bouche qui sourit encore, masque de nové qui disparait aussitôt, s'enfonce.malgré l'effort qu'il fait pour le ramener à lui, il sent qu'elle lui echappe, que cette sensation de l'approche est la dernière qu'il aura d'elle.il voudrait la garder dans son cerveau où tout vacille, comme un gardien vigilant pour la suprême veillée.Elle s'enfonce, déjà il ne la voit plus.Est-ce possible?Mais comment cela est-il arrivé?.L'enveloppe des coupures fut écrite par elle ; apprendre l'affreuse chose par le mème courrier ! La tête enfoncée dans ses mains jointes, il reste là, si accablé qu'il n'entend point l'ordonnance aller ct venir dans la tente.refaire le lit, affaissé par la sieste, changer l'eau, préparer les vêtements.\u2014 Mon lieutenant il va être six heures! Lamouse n'entend pas: il a perdu conscience de ce qui l'entoure.Où est-il?que lui veut-on?Sa pensée le ramène vers Arras, il rôde autour d'une demeure vide, autour de cette demeure qu'il révait de retrouver bientôt.L'ordonnance un vieux Preton, s'approche, tousse et, résolu à se faire entendre, vient devant l'officier.\u2014 Mon lieutenant !\u2026 le drapeau va descendre.[amouse, debout, détourne son visage bouleversé : il a la pudeur de son chagrin, et ne veut pas qu\u2019on sache pourquoi il souffre.T'ordonnance, philosophe, s'écarte et songe : cette lettre-là pourrait bien apprendre au lieutenant que là-bas.\u201d on le trahit.Le camp s'anime : près des murs, on entend hennir es chevaux ; un mulet s'échappe et lance un coup de pied dans les ferrailles qui traînent, et ce tintement de vieilles gamelles a quelque chose de joyeux, qui fait rire les spahis.Le soleil baisse, les ombres s'allongent, un peu de rose se mêle à la clarté qui envahit les choses ; à l'Occident, le brasier s'allume sur les montagnes.Il est six heures ; les hommes de la garde montante, en longue capote, sanglés dans leur ceinture bleue, portant en sautoir leur couverture grise, s'alignent, face au drapeau qui flotte sur la cagna du télégraphe.Les clairons sonnent aux champs ; les hommes présentent les armes.Lamouse, immobile devant sa tente, salue le drapeau qui descend tout doucement le long du mât.Dans tous les coins de la cour, des légionnaires, des spahis, de simples soldats, des of» ficiers demeurent figés dans la même pose, saluant ces trois couleurs qui vont disparaître pour huit jours.En dehors même de la redoute, les soldats en promenade s'arrêtent, au milieu de la plaine, s\u2019immobilisent dans la même fixité et le même salut que religieusement accomplissent, dans la cour des bureaux arabes, les Sud-Oranais drapés dans leur burnous.Tout à l'heure, au coucher du soleil, à l\u2019appel du muezzin qui clame du haut du minaret, ils s'inclineront du côté de la Mecque, recroquevillés, alors qu\u2019un instant avant, le salut au drapeau les soulevait et les déplovait eux-mémes, comme de vivants étendards.Le cœur gonflé, Lamouse suit la descente du petit drapeau qu\u2019une main invisible semble arracher du mât, pour le cacher jalousement; et une autre douleur s'ajoute à celle qui le déchire, c'est comme une petite France concentrée 1a, une petite I'rance vivante ct colorée qui le quitte.comme Elle.l\u2019Amie vient de le quitter.Le soir tombe ; les hommes sont à la soupe, les officiers s'acheminent vers le gourbi de la popote.Lamouse cherche à prendre un visage impassible, et à ne point trahir une souffrance qu'il veut garder pour lui seul.Mais les figures de ses camarades le surprennent, Un masque différent s\u2019est posé sur des visages toujours mornes, Le capitaine, très Jovial, raconte à ses officiers l'heureuse naissance d'un fils, d'un petit Africain d'Oran ; il offre l'apéritif.Le médecin-major, avec ses grands veux d'enfant, et son bon sourire où survit la malice parisiennne, raconte, à ce propos, la naissance d'un petit Espagnol, au ksar ; le père coiffé d'un grand sombrero, lui offrant.pour le réconforter, un verre d'absinthe.plus trouble que l'eau de Seine pendant les crues de l'Vonne!\u2026.Le commandant communique des lettres de service.encore quelques tuiles qui tombent du corps d'armée; le sous-lieutenant, tout frais rasé, frisote sa moustache et annonce l'arrivée de touristes, dont une femme.une Française! Immédiatement les dolmars se boutonnent.Et le fantôme d'une femme, qui prend pour chacun le masque d\u2019une épouse, d'une mère, d\u2019une fiancée, ou d'une mai- tresse, plane comme un parfum affolant au-dessus de cette table d'officiers, qui goûtent du bout des dents, aux viandes coriaces, aux œufs aigrelets, apportés de Figuig.\u2014Quoi de nouveau, pour vous, Lamouse?demande le petit coq, qui porte sur sa veste de tussor blanc son premier galon d\u2019or. We 14 LECHO DES DEUX MONDES \u2014 Rien, répond le lieutenant, dont les doigts impatients roulent en boulettes le pain qu\u2019il ne peut manger.A quoi bon attrister les camarades par une nouvelles ne les intéressant que par le rappel d\u2019une destinée commune?L'idée de la mort les gênerait à cette heure où tout le passé revit dans leurs cœurs rassurés.Encore si Mme Chaumine était jeune, belle, si elle avait été pour lui\u2026 Mais ce n\u2019était qu\u2019une très vieille femme, et l\u2019un d\u2019eux sans doute, aurait philosophé au nom de tous, en murmurant cette condoléance : \u201cElle avait fait son temps!\u201d \u2014 Lamouse, fit le médecin, mon congé est arrivé ce soir : je pars par le prochain courrier.Avez- vous quelques commissions pour Arras?\u2014 Merci, cher ami, je n\u2019en ai plus! Et pendant tout le reste du diner, Lamouse ne desserra les dents ; par politesse, 1! feignait d\u2019écouter la discussion survenue entre le blanc-bec à peine sorti de Saint-Cyr et le capitaine, un vieil Africain épris brutalement de cette terre de feu.Mais plusieurs fois, il n'entendit pas qu \u2018on lui parlait, et le médecin, devinant une angoisse, murmura à son voisin, au sortir de table : \u2014 Laissez donc Lamouse tranquille; il n\u2019est pas dans son assiette.Le sous-lieutenant, qui frétillait parce qu\u2019il avait glissé dans sa poche quatre billets parfumés de Quatre parfums divers, chuchota : \u2014 Pauvre garçon! Il y a quelque belle infidèle là-dessous ?.\u2026.Mais peine d'amour ne dure qu\u2019un jour.\u2014 Pardon ! reprit le médecin, vous confondez, et il se mit à chanter la nostalgique chanson : Plaisir d'amour ne dure qu\u2019ur moment, Peine d\u2019amour dure toute la vie.Suivant leur habitude, les officiers du poste achevaient ensemble la journée, on jouait aux cartes sur une table volante ; les ordonnances apportaient pour tout rafraichissement l\u2019eau froide des gargoulettes, ou des bidons de service recouverts d\u2019un humide drap rouge.Le capitaine mélait quelques gouttes d'absinthe à l'eau qui fardait son verre, mais presque tous \u2014 sauf les hommes qui attendaient d\u2019une incurable soûlerie l'oubli des tragiques souvenirs \u2014 ne buvaient que de l\u2019eau pure.Sous ce ciel terrible, c\u2019était pour eux tune question de vie ou de mort.Du côté des tentes-marabouts, où les hommes couchaient par groupes de 16, parfois une chanson s'élevait, douce, rude ou rauque, suivant qu\u2019elle s\u2019exhalait d\u2019un gosier francais ou allemand.Sitôt \u201cPappel\u201d fini, les hommes rentraient s'étendre sur la banquette de terre et d\u2019herbes séches; les autres, avides d'un peu d'air, s'allongeaient sur leur couverture pour dormir à la belle étoile.Lorsque le camp fut de nouveau silencieux, La- mouse sortit de sa tente, il étouffait, 11 avait besoin de respirer, de marclier, de quitter la vie indifférente de ses compagnons d'armes, pour entrer, ne serait-ce qu'un moment, dans cette éternité immuable de la nature.Lamouse fit le tour du camp.Des sentinelles vigilantes surveillaient les lointains bouquets de palmiers, les îlots herbeux, propices à l'embuscade.Il marchait, évitant de heurter les soldats étendus, les uns rigides, roulés dans leur couverture comme en un suaire, les autres, poitrail a lair, comme des voyageurs dévalisés, d\u2019autres encore collés à terre, le visage caché dans la courbe du bras, comme une bête peureuse ou un ivrogne assommé, Le soufflement pénible qui venait des tentes, semblable aux han-han de l\u2019homme qui pétrit le pain, donnait à cette vision brutale, le caractère effrayant d\u2019un sommeil plus douloureux que la vie.Lamouse allait et venait parmi ces corps, les épaules courbées, l\u2019Âme morte; il se cherchait lui- même et, à cette heure cruelle, tout en soi lui paraissait être d\u2019un inconnu.Peu à peu, une pensée familière qui flottait, se précisa, il la reconnut et se mit à songer; il écouta monter en lui-même comme la prière d\u2019un hautbois, un chant d'une douceur funèbre, un chant qui mélait à des pleurs le sourire des souvenirs d'enfance, la grâce d'une attitude, l'attirance d\u2019un geste affectueux.Le chant le berçait, réveillant dans tout son être ce qu\u2019il ne soupçonnait pas de tendresse profonde pour cette vieille femme, qu\u2019il trouvait si vieille déjà, quand il avait quinze ans.Comme elle était jolie, avec ses deux touffes blanches, près des yeux clairs, son doux sourire, ses longues mitaines de l\u2019ancien temps, et ses brillants suspendus à de longues chainettes, comme des gouttes d\u2019eau sonores! Il se souvenait de ses premières sorties avec elle, quand il était encore collégien.Le jour de la foire, on allait chercher sur la Petite-Place, les pains d\u2019épices de Lille, les cœurs\u201d d'Arras, tout poudrés de sucre, puis on allait du côté de Saint-Wast, au musée ; la première, elle lui avait expliqué les belles légendes de l\u2019Artois, depuis les troubadours jusqu'aux heures historiques de Louis XIII.Que de fois, pendant les repas, Mme Chaumine lui avait raconté sa légende favorite, celle de Notre- Dame-des-Ardents! Vers le XII° siècle, un mal terrible dévastait l'Artois.Or, une nuit, deux poètes rivaux, Normand et Istier, \u2014 il se rappelait ces deux noms aussi bien que celui d\u2019Abélard ou Robert de Sorbon, \u2014 eurent la même vision.Notre- Dame leur apparaissait, leur donnant l'ordre de s\u2019en aller vers Arras, et d'accomplir à la cathédrale leurs dévotions, \u2014 Îls partent! disait Mme Chaumine; ils entrent dans la ville désolée, les gens mouraient au seuil des portes, consumés par ce mal effroyable, cette brûlure d\u2019un feu invisible qui s\u2019abattait sur la ville, comme une punition céleste, pour tous les péchés du siècle.Ils vont à la cathédrale, racontenc au saint évêque l'apparition de la Vierge.L\u2019évé- que reste saisi d\u2019admiration, et de doute aussi.L\u2019office commence et, à l'heure fixée par la Vierge, on vit dans le chœur, Notre-Dame apparaître sur l\u2019autel, descendre doucement et remettre aux troubadours NOTRE-DAME-DES-ARDENTS 13 éblouis par cette vision, un cierge allumé : c'était la Sainte-Chandelle.\u201c\u2014 Faites tomber quelques gouttes de cette cire dans l\u2019eau bénite, dit la Vierge, ct que les malades boivent!\u201d l\u2019uis Notre-Dame disparut.Le saint évêque fit ainsi qu'avait dit la reine des anges ; les malades burent avec ferveur; à l'instant même, la ville d'Arras était guérie par l\u2019eau miraculeuse.\u2014 Et la Sainte-Chandelle?demandait l'enfant émerveillé.\u2014 la Sainte-Chandelle, enfermée dans un étui précieux, fut solennellement portée, quelque temps après, un où deux siècles, disait naïvement la vieille dame, dans une chapelle vouée, aussi belle que la Sainte-Chapelle de Paris.Mais les mécréants, ce Robespierre qui naquit en notre ville, avait juré sa perte.La Sainte-Chandelle disparut pendant la Révolution.\u2014 lEt?insistait le petit, dont le cœur battait d'angoisse.\u2014 Rassure-toi, mon mignon, elle fut retrouvée dans un puits, et déposée dans son église, notre église de Notre-Dame-des-.\\rdents.Ft chaque dimanche, elle redisait l'histoire au petit collégien, qui se nourrissait dans sa bibliothèque de tous les romans de chevalerie.Allons la voir, disait-elle, quand cinq heures carillonnaient au beffroi.Hs s'en allaient tous deux, lui très grave, déjà ; elle souriante, parce qu\u2019elle savait, qu\u2019à tant parler d'autrefois, elle éveillait la poésie dans l\u2019âme du petit garçon.Quand ils étaient à genoux tous deux près du reliquaire, Valentin demandait à sa vieille amie : \u2014- Crovez-vous qu\u2019Elle me protègera ?\u2014 Assurément.tu l'aimes, comme l'aimèrent Istier et Normand.Pourquoi, aprés des années, des années de silence et d'éloignement, ce souvenir de la Sainte- Chandelle se réveillait-il en lui?C\u2019est qu'un lien mystérieux venait de se briser.Mme Chatmine, depuis dix ans qu'il était parti pour le Tonkin d'abord, Madagascar et l'Afrique, venait demander à la Sainte-Chandelle de protéger l\u2019enfant contre le mal des ardents: elle crovait à l\u2019efficacité de l\u2019intervention tutélaire et Lamouse, lui aussi, crovait (que les prières de son amie l'avaient souvent protégé.(1 Suivre.) Choses et Autres.TL Théâtre Français de Chicago vient de clôturer sa [ en dramatique.Un instant interrompue par la catastrophe de l\u2019Iroquois, elle s\u2019est achevée heureusement par la représentation du 19 avril.Au programme, le Passant de M.Fr.Coppée.une fleur de poésie printanière, dont Mlles de Valcourt et Blais ont su rendre le charme suave; les Fiancés en herbe, fantaisie naïve, interprétée avec naturel par Mme et Mlle Cougnard von Stoesser ; enfin le Poulailler par Antoine dè Forges, qu'animait le caquetage charmant de Milles Adler, Devriès, Marsy, Hogan.Et c'est fini hélas! pour cette année.Du Molière.du Scribe, de l'Augier, du Meilhac, du Tristan Bernard, du Coppée, c'est bien à un régal littéraire que le Théâtre a convié ses fidèles chaque fois.Leur plaisir a été redoublé par le talent des acteurs.Ces succès récompensent Mme Knowles, présidente du Club Français, des peines, des efforts que nécessite une organisation de ce genre.Tous les amis de la langue française à Chicago lui paieront volontiers un tribut de reconnaissance pour cette œuvre de propagande d'ailleurs si désintéressée.Les promesses, pour l\u2019an prochain, sont particulièrement alléchantes.Le Malade imaginaire, de Molière, le Verre d'eau de Scribe, les Romanesques d'Edmond Rostand, etc, offriront aux spectateurs des comédies tour à tour joyeuses ou poétiques.À une condition pourtant.Le Théâtre Français, malgré son titre, n\u2019est pas, ou ne veut pas être un Théâtre, mais un Club permanent, composé de membres choisis qui prennent une part active, personnelle aux affaires et aux amusements du Club.C'est pourquoi nous le recommandons chaleureusement à 10s \u2018abonnés.S'ils veulent bien y entrer, ils assureront leurs plaisir, ils encourageront les Directeurs et les Acteurs du Théâtre, ils les aideront enfin d'une manière efficace et durable à continuer cette œuvre de propagande française, à laquelle l\u2019Echo des Peur Mondes est naturellement heureux de prêter sa voix et son appui.#* * x L'Alliance Française de Chicago a donné, le 15 avril, un concert au Music Hall.Fine Arts Building.Les bénéfices étaient destinés à la fondation d'une Bibliothèque française.Le succès a largement répondu au zèle des organisateurs de cette fête musicale, grâce au talent des artistes.M.Emile Sauret.un violoniste Français, a joué, avec une maitrise incomparable, des airs russes de Wie- niawski; M.d\u2019Arnalle, dans une Aria de Hérudiade (Massenet), Mrs.Grinnell dans deux morceaux de Louis Campbell Tipton, jeune compositeur plein de promesses, MIle Adams, avec \u2018Noël Païen\u201d de Massenet, \u201cle Bonheur est une chose légère\u201d de Saint-Saëns, \u201cla Chanson du Papillon\u201d de Campras, ont charmé l\u2019auditoire et recueilli des applaudissements mérités.Enfin le 22 avril, était donnée la réception ordinaire de l\u2019AlHance Française au Woman's Club.Un lever de rideau.\u2018le Pari Gagné\u201d a été gentiment enlevé par Mlle Edith Hoston (l'auteur) et par M.G.de Tarnowsky.dont les habitués du Théâtre Français connaissent le talent dramatique.Suivait une Dluette inédite \u2014 à Chicago \u2014 \u201cle Foudroyé\u201d.joveusement et finement interprétée par MIles Yvonne de Kerstrat, Lilly de Koenigsberger, Messieurs Boris Sinaï et Paul Picard.Au programme encore, des chansons par Mlle Charlotte Boyd et M.Chris Anderson, des morceaux choisis pour violon, joués par Mile Finley, complétaient la série des amusements de la soirée.x * Ainsi que nous l'avions annoncé dans notre dernier tuméro, les Clubs formés par l\u2019Echo des Deux Mondes, représenteront, le 6 mai prochain, au Music Hall, Fine Arts Building, un petit drame sur Jeanne d\u2019Arc.L\u2019idée de cette féte a été inspirée par les honneurs que I'Eglise Catholique vient de prodiguer à la vierge héroïque en la canonisant: sans compter que c'est pour la première fois sans doute que la fète de la Pucelle sera célébrée en Amérique.Des professeurs de l'Université de Chicago et de l'Alliance Française, des Etudiants déjà avancés dans l\u2019étude du Français prêteront un gracieux concours à cette représentation.C'est la première, donnée sous les auspices de l'Echo des Peux Mondes; ce ne sera pas la dernière.L.R. 16 LECHO DES DEUX MONDES Feu et Fumée.Suite et fin.SCENE XI PERSONNAGES : FRANCINE, JULIETTE, T'HÉRÈSE JULIETTE et THérèse, ensemble.\u2014 Eh bien?FRANCINE.\u2014Cette fois, madame a parlé clairement.et fermement.Elle a dit comme ceci: \u201cIl faut en finir! Si le chapeau ne va pas, on en fera faire un autre !\u201d THERESE, avec un cri, sasseyant.\u2014 Ah! FRANCINE, à part.Bon! Mlle.Thérèse, à présent! (Haut.) Ft le monsieur a répondu: \u201cC\u2019est une expérience à tenter.\u201d Je vais aux nouvelles.(Elle sort.) SCENE XII JurLiETTE, THERESE JULIETTE.\u2014 Je te l\u2019avais bien dit : ce chapeau est monstrueux.monstrueux! THERESE, ôtant son chapeau et le jetant.\u2014 Oui, Juliette, c\u2019était dans mon intérêt.Je t'ai méconnue.JULiETTE.\u2014 Maintenant, qui est la plus avancée de nous deux?Ce monsieur est bien exigeant.THérèse.\u2014 C\u2019est un observateur.Comme il a vite découvert nos ridicules! Ta manie des parfums, mon amour des immenses chapeaux! Il doit lui être bien dur de faire un choix.JULIETTE, \u2014 Il n\u2019est pourtant pas venu pour ne dire à nos parents que des choses désagréables sur notre compte.Ce ne serait pas charitable, THERESE.\u2014 Ni poli.JULIETTE.\u2014 Je lui ferai payer cher, si c\u2019est moi qu\u2019il épouse, sa remarque désobligeante.THÉRÈSE, \u2014 Et, si c'est moi, il saura ce que coûtent les jolis chapeaux.les tout petits chapeaux.en dentelle.tu sais.JuULIETTE.\u2014 Et l\u2019essense de rose.tu sais.le petit flacon.Entre subitement Francine.SCENE XIII JuULIETTE, THERESE, FRANCINE FRANCINE Mesdemoiselles! Quel drôle de monsieur! Voulez-vous que je vous dise sa dernière phrase?Cette fois, il a parlé plus haut, comme sûr de lui même.Toutes Deux.\u2014 Dis, dis.FRANCINE, imitant l\u2019ingémeur.\u2014 \u201cMon avis est qu\u2019elle a un coude trop rentrant!\u201d Je reviens.Je reviens.Elle sort.SCENE XIV THÉRÈSE, JULIETTE JULIETTE, regardant Theérèse.Mimique lente et expressive.\u2014 Un coude trop rentrant! Trérèse, de même.\u2014 Un-cou-de-trop-ren- trant ! JULIETTE.- Est-ce de toi ou de moi qu'il s'agit?THÉRÈSE, allant à la glace.\u2014 Moi, jai les coudes en dehors.JULIETTE, inutant son geste.\u2014 Moi aussi, tiens.Il m\u2019ennuie, a la fin, ton ingénieur.THÉRÈSE.\u2014 II n'est pas le mien plus que le tien.JULIETTE.\u2014 Alors, qu\u2019il s\u2019en aillel.notre ingénieur ! THERESE.\u2014 Si on peut dire! Un coude rentrant! Tout à l\u2019heure, nous serons bossues, l\u2019une ou l'autre.: JULIEITE, amèrement.\u2014 La vérité, ma pauvre Thérèse, c\u2019est que nous n\u2019avons pas chacune vingt- cinq mille francs de rente, comme Mlle.Hélène Bogousset.du second.THERESE, levant les épaules, \u2014 Oui, nous pourrions, comme elle, épouser un homme chauve! JULIETTE.\u2014 11 était très bien.Il avait une voiture à lui.Il changeait de pantalon.Tukrise.\u2014 Ne démolis pas lingénieur.S'il devenait ton mari! JULIETTE.\u2014 Alors, je te vengerais de ce qu\u2019il a dit de toi.Me fais-tu la même promesse ?THERESE.\u2014 Oui.(Elles se serrent le main.) Entre Francine, SCENE XV JULIETTE.THERESE.FRANCINE FRANCINE, à toutes deux, anxieuses.\u2014 J'ai tiré la chose au clair! THÉRÈsE.\u2014 Je m'attends à tout.FRANCINE, \u2014 Oh! mesdemoiselles, il n\u2019y a rien de terrible.Savez-vous ce que ce Monsieur est venu faire?JULIETTE, craintive.\u2014 Demander ma sceur en mariage?Francine, \u2014 Non, mademoiselle.; THERESE, à part.\u2014 Il ne sera que mon beau- frère, hélas! JULIETTE, jote contenue.\u2014 Alors.c\u2019est\u2026 moi?FRANCINE.\u2014 Non, mademoiselle.JULIETTE, vexée.\u2014 Il a bien fait.Jamais je n'aurais consenti à m'appeler Mme.Destuyaux.THÉRÈsE.\u2014 Mais alors.le chapeau qu\u2019il faut changer ?JULIETTE.\u2014 Et l\u2019odeur insupportable ?THÉRrÈsE.\u2014 Et le coude trop rentrant ?JULIETTE.\u2014 Oui.A qui toutes ces insolences s\u2019adressaient-elles ?FRANCINE, naturellement \u2014 A la cheminée, mesdemoiselles.Toutes DEUX.\u2014 À la cheminée?FRANCINE.\u2014 Celle du grand salon.qui fume toujours.Tenez, voici la carte que ce monsieur a laissée sur la table.JULIETTE et THERESE, lisant ensemble, \u2014 In- génieur-fumiste.Elles tombent assises, se relevant, et se jetant dans les bras l\u2019une de l\u2019autre.Rideau FERNAND LAFARGUE. LE PETIT Le Petit Camelot.U revoir, mère, à tantôt, je rapporterai le déjeuner : Ayant appliqué deux bons baisers sur les joues ridées de la pauvre femme, vieillies avant l'âge par les privations et les souffrances, Jacques Mulot dégringole les six étages de la maison qu'il habite à Montmartre, et, d\u2019un pas pressé, se met en devoir de descendre jusqu\u2019aux quartiers riches.Jacques a dix ans.C\u2019est un de ces malheureux petits êtres pâles et chétifs, comme on en rencontre souvent a Paris.Dans une boîte suspendue à son cou par une courroie de cuir s\u2019étale son mince bagage : quelques cahiers de papier à lettres, des cra- vons, des paquets d\u2019aiguilles qu\u2019il cherche à vendre \u2014 car Jacques est un petit camelot, c\u2019est-à-dire un petit marchand de la rue.Malgré son jeune âge, il est le principal soutien de sa mère qui ne peut plus guère travailler.C\u2019est avec les quelques sous que lui rapporte son modeste commerce qu'on achète du pain, qu\u2019orf paie le loyer de l\u2019'humble chambre.Jacques marche toujours d\u2019un pas ferme et courageux.Il ne s\u2019attarde pas dans les rues étroites.l'enfant se hâte vers les grandes avenues, où il peut se glisser, inaperçu, l\u2019œil au guet, vers le client qui passe.Tout essouflé, le voilà enfin dans la rue Blanche, bordée de maisons somptueuses.Or, comme il la traverse, Mme Volney, dame élégante, a la physionomie douce et svmpathique, sort sous la porte cochère de la maison qu\u2019elle habite, attendant qu\u2019un fiacre passe pour l\u2019arrêter.\u201cAchetez-moi, madame, un cahier de papier à lettres.\u201d Mme Volney se retourne au son de cette voix plaintive et considère son interlocuteur avec bienveillance.Mais ayant consulté sa bourse, elle répond d'un ton véritablement apitoyé : \u201cJe regrette, mon pauvre enfant, je n\u2019ai pas de monnaie.\u201cMadame, insiste le petit garçon d\u2019une voix douce, nous n'avons pas encore mangé, aujour- d'hui\u201d Et ses veux, où venait de briller la lueur d\u2019une courte espérance.s'emplissent de larmes: \u201cJe n'ai pas de monnaie.je regrette vraiment beaucoup.\u201d La voix de Mme Volney est si sincère que le gamin reprend courage : \u201cJe pourrais aller en chercher.chez l\u2019épicier\u2026 au tournant de la rue.\u201d Mme Volney a une minute d\u2019hésitation.Cependant.a-t-elle le droit de douter de cet enfant?\u201cTiens, petit, voilà cinq francs.je t'attends ici.\u201cOui, madame, oui!\u201d Le petit garçon part comme une flèche, tenant dans le creux de sa main la bienheureuse pièce qui va enfin leur permettre de déjeuner.Il suit le trottoir qui longe les maisons bourgeoises du quartier et tourne dans une rue commerçante où il doit fa- CAMELOT 17 cilement trouver à échanger son écu.Comme il s\u2019élance, toujours courant, sur la chaussée, pour aller en face, un automobile le jette, évanoui et tout sanglant, sur le trottoir.Mme Volney avait perdu de vue son petit commissionnaire et elle cherchait de nouveau, des yeux, la voiture tant attendue.C\u2019était vraiment une gageure.les minutes s\u2019écoulaient.et pas un fiacre ne passait.Enfin, aprés un quart d\u2019heure d\u2019attente, un cocher parut, et quand, légèrement agacée, la jeune femme l\u2019interpella, elle se rappela soudain la monnaie qu\u2019elle attendait; mais, il y avait longtemps que le petit garçon aurait dû revenir : \u201cBah! ils sont tous les mêmes!\u201d conclut Mme Volney en montant en voiture.Et, malgré qu\u2019elle s\u2019en défendit, elle se sentait révoltée, non à cause des cinq francs perdus, mais de la confiance trompée.77 oes RIT dd i no + | Lal a Ef 2 Al Lire \u2026 Le lendemain matin, Mme Volney, confortablement installée sur sa chaise longue, parcourait le journal d\u2019un œil distrait, quand son attention fut attirée par ce titre : \u201cLe Mystère d'une pièce de cent sous.\u201d On lisait dans le journal: \u201cUn petit camelot de huit a neuf ans a été renversé hier dans la rue X.par un automobile conduit a une vitesse exagérée.le pauvre petit, qui porte une grave blessure a la téte, fut relevé par un gardien de la paix et conduit aux Enfants assistés.A l'heure où nous mettons sous presse 1l n\u2019a pas encore repris connaissance, mais quelques mots sans suite, toujours les mêmes, reviennent obstinément sur ses lèvres : \u201cLa dame.la monnaie.\u201d De plus, il tient dans sa main droite repliée une pièce de cent sous qu\u2019on a essayé vainement de lui ôter.Une force inconsciente semble raidir cette petite main qui ne veut pas laisser échapper son trésor, et l\u2019on 18 LECHO DES DEUX MONDES se demande quel drame enfantin peut bien se cacher sous les apparences bizarres de ce déplorable accident.\u201d Mime Volney avait à peine achevé sa lecture qu\u2019elle était debout, en proie à une grande agitation.Elle sonna \u201cVite une robe, et vite une voiture en bas!\u201d or- donna-t-elle à la femme de chambre qui se présentait.En quelques minutes, elle était habillée et, plus heureuse que la veille, montait, sans attendre, dans une voiture qui s'était avancée.La route parut interminablement longue à la jeune femme, et son angoisse croissait à mesure qu\u2019on approchait du but.Etais-ce bien lui, ce petit blessé?.Se pouvait-il qu'elle l\u2019eût accusé alors qu\u2019il était 4 demi mort a deux pas d\u2019elle!l.La voiture s\u2019arrêta devant l'hôpital, et ce ne fut qu\u2019à la vue du concierge que Mme Volney eut conscience des difficultés à vaincre.Ce n\u2019était ni le jour, ni.l'heure des visites réglementaires, et d\u2019ailleurs qui demander?Elle ignorait le nom de l\u2019enfant, et ses hésitations de toutes sortes ne pouvaient que rendre sa démarche incompréhensible.Mme Volney prit un grand moyen.Elle demanda et obtint d\u2019être introduite auprès du directeur de l'hôpital et, sans omettre aucun détail, elle lui fit part de incident de la veille, qui coincidait si étrangement avec le récit du journal.Le directeur, très intéressé, s\u2019offrit pour conduire lui-même Mme Volney auprès de la petite victime.lls traversèrent d'innombrables salles où s\u2019alignaient des centaines de petits lits blancs presque tous occupés, et le directeur dit tout à coup : \u201cLe voila!\u201d C\u2019était bien lui.le petit camelot affamé de la veille.Sa chétive figure, où les yeux semblaient s'être agrandis, était plus pâle encore.Sa tête, entourée de linge, reposait inerte sur l\u2019oreiller, et sur la blan- pr cheur du drap, la main repliée gardait précieusement son bien.Mais l\u2019enfant n\u2019était pas seul.Au pied du lit une femme était agenouillée et pleurait doucement.C\u2019était la mère, la mère qui, la veille, ne voyant pas revenir son enfant, était partie à sa recherche, folle de douleur.Elle était entrée dans tous les commissariats de police qui se trouvaient sur son chemin, et ce ne fut qu\u2019au matin, après une nuit d'angoisse qu\u2019un agent put la conduire au chevet de son fils.Devant tant de douleur, le cœur de Mme Volney se brisa : \u201cPauvre mère! pauvre mère!\u201d Et comme !a pauvre femme levait ses yeux rougis vers cette belle visiteuse, Mme Volney l\u2019entoura de ses bras et dit : \u201cNe pleurez plus, nous le guérirons.\u201d Or, au son de cette voix, une détente soudaine parut soulager le malade.Il balbutia quelques mots, ses yeux se fixèrent une minute sur le visage de la visiteuse, sa main crispée s'ouvrit, laissant tomber la pièce de cinq francs dans la main de Mme Volney, et, poussant un profond soupir, il s\u2019endormit.Deux mères sont venues à l'hôpital réclamer le petit camelot lorsqu'il est entré en convalescence, C\u2019est chez Mme Volney qu\u2019ils se sont rendus tous trois, car la jeune femme s\u2019est promis d'apporter quelque joie dans la vie de ces pauvres êtres qui ont connu de si mauvais jours.Elle vient d\u2019installer la mère et le fils dans une ferme qu'elle possède en Normandie, et c\u2019est au milieu des prairies verdoyantes et en buvant du bon lait que Jacques achève de se guérir.Sa mère est en train de devenir une grosse fermière, et elle répète souvent : \u201cMon garçon, aussi dur qu\u2019il soit, il ne faut pas maudire le destin, tout vient à son heure.\u201d Mme DB.pu TAILLIS.Petit Croquis.À propos de la fermeture des théatres à Chicago, Un Français à Chicago.Nouvelles Inventions.NEW AUTOMATIC PHONE NO CENTRAL ExcHaNGE] No TELEPHONE GIRL autre DE LA GUERRE GUIGNOL INTERNATIONAL POUR AMUSEMENT ET LA TRANQUILLITE DE PERSONNE & À - PROGRAMME ~ AVIS AUX AMATEURS a Tous Les 3 Ans PIECES A Succès: 1892 - A LES NATIONS Qui YOUDRONT PRENMORE PART AU SPECTACLE A SORT LES BIENVENUES 1900 - AU TRANSVAAL (404- EN EXTRÈME OREN Ça, pour une vérité, ç'en cst une! Mais pourquoi, diable, écrivent-ils le mot \u201cfort\u201d sans \u201ct\u201d ?Encore un théâtre qu'on ferait bien de condamner pour toujours.Après le télégraphe sans fils, voici le téléphone sans filles. pp POUR LA JEUNESSE Pour la Jeunesse.Chicago, le 22 avril 1904 2320 Indiana Avenue.Ma chère tante Choé:\u2014J'ai lu l'autre jour une petite anecdote française que j'ai trouvé fort amusante.C'est d'un voyageur qui cheminait pédestre: ment sur la route qui va de Bruxelles à Ostende par Gand, lorsque, après avoir traversé cette dernière ville, il aperçui un vieux cantonnier assis sur le bord du fossé et en train de casser des cailloux.\u201cCombien de temps me faut-il pour arriver à Bruges, mon brave homme?\u201d lui demanda-t-il eu s'arrétant devant lui.Silence du cantonnier.Le voyageur réitère sa question.Le cantonnier continue à ne pas desserrer les dents.\u201c11 est sourd, pense notre piéton.L\u2019administration a bien tort d'employer des gens atteints de cette infirmité! ls ne peuvent vous fournir aucun renseignement, ne peuvent vous aider en rien.\u201d Et tout en maugréant, il se remet en marche.A peine avait-il fait dix pas, que le cantonnier l\u2019appelle : \u201cMonsieur! Monsieur!\u201d \u201cComment ! Vous n\u2019êtes plus sourd?dit le vo- vageur étonné.Vous avez recouvré la parole?Eh bien que me voulez-vous?Parlez!\u201d \u201cMonsieur, it vous faut encore deux heures au moins pour arriver à Bruges.\u201d \u201cVous y avez mis le temps.à me répondre.Ne pouviez-vous me le dire tout de suite ?\u201d \u201cNon, monsieur! Comment aurais-je pu vous le dire?Je n'avais pas vu comment vous marchiez, objecta judicieusement le cantonnier.Maintenant que je connais votre pas.\u201d \u201cC'est vrai! Et voilà un homme avisé!\u201d ne put s'empêcher de conclure le voyageur.Bien cordialement à vous, ÉTHEL PRESTON. L\u2019'ECHO DES DEUX MONDES 5823 Madison Avenue, Chicago, 19 mars 1904.Ma chère tante Choé:\u2014Je veux vous écrire une lettre sur le marquis de la Fayette.La Fayette était un très bon soldat dans l\u2019armée française et dans l\u2019armée américaine aussi.Jadmire beaucoup la Fayette pour son courage.Tout le nom du marquis est Marie Jean Paul Roch Yves Gilbert Motier, Marquis de la Fayette.Il est né le 6 septembre 1751.La Fayette avait 19 ans quand il est parti pour I'Amérique pour aider la cause américaine.Il est gentilhomme français et il était très riche.Il est mort le 20 mai 1834.La Fayette était un homme très, très bon.Au revoir, HELEN SEYMOUR.(J'ai dix ans.) \u2014\u2014\u2014_\u2014 Jeux d\u2019Esprit.Solution du numéro 7.: Une pomme Foix, Cette; 3 fois 7 font 21, Enigme 1 Enigme 2 : Troyes, Rébus 3: a a a X X X X X, trois a mis près de cinq dix posés les uns contre les autres.Charade 1 : Portefeuille.Mot carré : ARC ROI CID Ont deviné: Mesdames et Messieurs : Adrienne Du I Toux.Ethel Lowenthal.Temple Williams Frédéric Croll.La dexième prime est échue a Kathryn Rogers, Saint- Louis.PETITES ANNONCES.Pour répondre à de nombreuses demandes, nous ouvrons aujours d'hui nos colonnes pour petites annonces.Le prix d\u2019insertion de- petites annonces est de 15 cents la ligne net.Dans cette colonne peuvent figurer : Les Offres et Demandes d\u2019Emploi pour Secrétaires, Précepteurs, Lectrices, Institutrices, Dames de Compagnie, Ouvrières, Serviteurs des deux sexes, ete.Les Propositions de Vente et d\u2019Echange de bijoux, objets d\u2019art, bibelots, armes, meubles, monnaies et médailles, chevaux et voitures, en général d'objets de toute sorte, etc.; les propositions d\u2019échange seulement de cartes postales illustrées; Les Offres et Demandes de travaux à faire à domicile (coutu- riêres, lingêres, écritures.etc.), les avis relatifs aux Institutions, aux Cours et Leçons, aux Pensions de famille; La Location des maisons et des appartements et la vente des 1mmeubles; La Vente des fleurs, plantes, fruits, produits de la laiterie ou de la base-cour, produits alimentaires, vins, liqueurs, produits pharmaceutiques et articles de toutes sortes.Les annonces de vente, achat de livres, journaux, musique, etc.PENSION DE FAMILLE.UNE DAME désire place de gouvernante dans famille canadienne, pendant l\u2019été.Pas d'honoraires exigés.Voudrait profiter de l\u2019occasion pour apprendre le français.Mlle McGaffey, Northwestern University, Evanston, IIL COUTURIÈRE, MADAME KECK, 1721 Cornelia Street, Chicago.et manteaux à la dernière mode de Paris.Robes MLLE FILLION, 443 E.56th street, Chicago.Excellente couturière, venue récemment de Paris et ne sachant pas l\u2019anelais, désire engagement ou journées dans familles.PENSION DE FAMILLE DANS FAMILLE HONORABLE 6 à 8 fr.par jour Quartier des Ecoles, près de la Sorbonne Mme ALLIOU, 14, rue Moansieur-le=Prince, Paris, LE SAMEDI Magazine illustré serio-comique DE 40 à 64 PAGES ET HEBDOMADAIRE Le Samedi combine l\u2019utile à l\u2019agréable; 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