Le soleil, 20 juin 2020, C2
[" @cyblesoleil facebook/ lesoleildequebec 24H DANS LA VIE DE QUÉBEC ET DE LÉVIS P H O T O L E S O L E I L , C A R O L I N E G R É G O I R E leSoleil SAMEDI 20 JUIN 2020 CAHIER SPÉCIAL A R R Ê T S U R I M A G E . SAMEDI 20 JUIN 2020 leSoleil 2 PROJET 24H ARRÊT SUR IMAGE O n va avoir un été.De quoi aura-t-il l\u2019air?Après un printemps ralenti, voire quasi- annulé par la pandémie, voilà que Québec et Lévis s\u2019animent de plus en plus chaque jour.Et quelle meilleure façon de le mesurer qu\u2019en allant en prendre le pouls pendant 24 heures à la rencontre de citoyens et citoyennes, d\u2019organismes, de familles, de travailleuses et travailleurs.Le Soleil l\u2019a fait du 12 juin 6h du matin au 13 juin 6h du matin.Un beau gros «polaroid» d\u2019une journée dans la vie de ces deux villes.U n a r r ê t s u r i m a g e construit par 17 journalistes et cinq photographes qui ont sillonné les rues, les commerces, les parcs à la recherche de la vie qui bat.Vrai qu\u2019elle bat parfois un peu moins vite.La pandémie a laissé des traces, des inquiétudes.Mais des nouvelles habitudes aussi.Un nouveau regard sur nos propres villes qui devien- d ro nt , pa r la fo rc e d e s choses, une place où se déroulera cet été pratiquement sans voyage.Voilà d\u2019ailleurs notre proposition aujourd\u2019hui : un voyage au cœur de Québec et de Lévis.Une grande accolade (à deux mètres!) avec le terrain pour nos journalistes et photographes, pour qui l\u2019aventure a été individuelle, mais le résultat, collectif.Certains de nos lecteurs assidus se souviendront que Le Soleil avait fait le même exercice en 2003.Plus, la nuit seulement, en 2013.Mais jamais un 24h en temps de pandémie.Une journée en textes et e n p h o to s q u e n ou s vous présentons avec fierté aujourd\u2019hui.Merci à la formidable équipe du Soleil et à toutes les personnes rencontrées qui ont partagé un bout de leur journée avec nous.Bon voyage et bon été.Un été malgré tout! Valérie Gaudreau Rédactrice en chef 6:15 ÉPICERIE PROVISIONS Dès l\u2019aube, l\u2019épicerie-boucherie Provisions est l\u2019un des premiers commerces à s\u2019animer sur l\u2019avenue Cartier.Chaque été, depuis plus de 30 ans, Vincent Drouin, «saint Vincent» plaisante-t-il, installe les étals extérieurs où se côtoient fleurs, fruits et légumes frais.Une opération qui peut durer jusqu\u2019à deux heures au plus fort de la saison.Le copropriétaire du commerce est tout aussi coloré que sa marchandise.Il fait partie du paysage à l\u2019image de l\u2019épicerie fondée par son grand-père en 1949.Au rythme des livraisons règne une ambiance enjouée et de complicité dans les échanges.«Je suis heureux de livrer du lait ici», lance Gilles, faussement exaspéré par un commentaire sur sa monture de lunettes qui ressemble à celle du Dr Horacio Arruda.Tout juste avant, le proprio badinait avec un autre livreur sur les qualités de gardien de\u2026.Carey Price.De quoi faire oublier la COVID-19.La clientèle n\u2019échappe pas à son sens de l\u2019humour et sa bonhomie.«Un client est venu acheter du filet mignon à 6h10.Il m\u2019a dit qu\u2019il les trouvait petits.Je lui ai répondu qu\u2019ils seraient plus gros s\u2019il revenait à 11h», relate- t-il, sourire taquin, voulant lui signifier qu\u2019il était un peu tôt pour ce type de demande.Il raconte aussi l\u2019histoire de cet autre client endormi dans son véhicule en attendant qu\u2019il ouvre boutique.Vraiment, l\u2019endroit est populaire à toute heure.Une ambiance familiale y règne toujours.Son cousin Bruno est copropriétaire, sa 24H À QUÉBEC ET À LÉVIS 7:45 P H O T O L E S O L E I L , Y A N D O U B L E T leSoleil SAMEDI 20 JUIN 2020 3 PROJET 24H fille travaille à la caisse et son frère fait des livraisons le samedi.Comme à l\u2019époque, l\u2019épicier prend les commandes au téléphone et fait «crédit».Faute de relève, ça sera la dernière génération à la tête de l\u2019épicerie.Mais la retraite n\u2019a pas encore sonné pour M.Drouin.À 53 ans, il lui reste encore bien des matins de bonheur à partager.JEAN-FRANÇOIS NÉRON 7:18 PARC DE LA PLAGE- JACQUES- CARTIER La barrière de l\u2019entrée qui mène à la plage ouvre seulement à 8h.On laisse donc l\u2019auto près des lignes à haute tension pour se taper une petite marche de santé, le long de la voie ferrée où sont immobilisés des wagons du Canadien National.Au bout de la randonnée, il est où le bonheur?Il est là, devant nous.Une demi-lune qui monte dans un ciel d\u2019azur, une vue imprenable sur le fleuve et les rives boisées de Saint-Nicolas, des goélands qui sommeillent à marée basse, des arbres majestueux, le chant du merle d\u2019Amérique qui célèbre les premières heures du jour, le parfum des lilas.Seul le bruit sourd des automobiles sur les ponts et les autoroutes, plus à l\u2019est, vient rappeler que la ville n\u2019est pas loin.Les marcheurs et joggeurs du matin ont compris depuis longtemps que rien ne battait ce site enchanteur, si cher à la défunte mairesse Boucher.À vue de nez, les femmes forment la très grande majorité des promeneurs.Casquette noire vissée sur la tête, Sophie Bélan- ger est l\u2019une de ces amoureuses de la nature qui aiment venir respirer l\u2019air du Saint-Laurent au petit matin.Actuellement en télétravail au gouvernement, elle vient régulièrement marcher d\u2019un bon pas, parfois des ponts jusqu\u2019à la marina de Cap-Rouge.Originaire de Kamouraska, elle retrouve ici ce fleuve qui a bercé sa jeunesse.«C\u2019est tellement beau.Le matin c\u2019est tranquille, mais l\u2019après-midi, il y a pas mal plus de monde.» NORMAND PROVENCHER 7:45 ESCALIER DU CAP-BLANC En haut de l\u2019escalier du Cap- Blanc, Joseph Gagné reprend son souffle.Derrière lui, le feuillage luxuriant des arbres cache presque totalement le fleuve Saint-Laurent.C\u2019est pourquoi Joseph préfère cet escalier en hiver : «La vue est encore plus belle», partage-t-il.Quand il reçoit de la visite de l\u2019extérieur de la ville, il aime lui faire emprunter cet escalier.Plus souvent qu\u2019autrement, la visite est impressionnée de cet exploit physique qui fait partie de la grande marche que Joseph fait régulièrement.Comme pour donner raison à Joseph, deux coureuses se dirigent vers l\u2019escalier.«On est plus proche de la nature qu\u2019à Montréal.Il y a combien de marches?» demande la première jeune femme.«400», lui répond l\u2019autre.«Tabar\u2026!» s\u2019exclame la première alors qu\u2019elles entament leur descente.Les 398 marches de cet escalier n\u2019impressionnent plus Joane Allard.«Passé 65 ans, il faut être active pour rester en forme», lance la dame qui a participé deux fois au Défi escaliers de Québec alors qu\u2019elle était déjà dans la soixantaine.Joane profite d\u2019ailleurs de ses entraînements dans la nature et dans la ville pour s\u2019adonner à la photographie.Sur son téléphone, elle montre son dernier sujet : la Vénus de Dali.Joane a organisé son trajet pour aller photographier cette nouvelle sculpture installée devant le Château Frontenac pendant le confinement.«Il faut vraiment être photographe pour ne pas aimer se faire prendre en photo», dit-elle avant d\u2019accepter d\u2019être photographiée de dos alors qu\u2019elle redescend l\u2019escalier du Cap-Blanc.VALÉRIE MARCOUX 8:12 ÉDIFICE G C\u2019est l\u2019heure où les files d\u2019attente devraient s\u2019étirer sur plusieurs dizaines de mètres de vant le Tim Hor tons de l\u2019édifice G sur la colline Parlementaire.S\u2019y mêleraient employés de l\u2019État, touristes en route vers l\u2019Observatoire du 31e étage, employés venus de La Capitale ou clients du gym d\u2019en face.Avant même l\u2019ouverture à 7h, il y aurait eu «deux Métro- bus» dans le large corridor qui traverse le «G» d\u2019est en ouest.Mais ce matin, Nadine et Manon tuent le temps derrière le comptoir de café où les clients se distillent au compte- goutte.Elles sont de retour depuis la réouverture, il y a quelques jours, mais il faudra des mois avant de retrouver le rythme d\u2019avant.On est ici au royaume du télétravail.Des 3000 à 3500 employés habituels, à peine 150 ou 200 ont continué à venir depuis le début de la crise.Des corridors déserts, le grand stationnement en dessous aussi, parfois un ou deux employés sur un étage entier.Les trois ministres qui y ont leur bureau et leur garde rapprochée sont les seuls à porter le masque dans les passages publics.Plus pour le message et l\u2019image que pour la sécurité.La distanciation ne pose pas de problème dans un désert.Les tables viennent d\u2019être remises en place au pied de la grande façade vitrée donnant sur la rue Jacques-Parizeau.Encore interdites aux (rares) clients ce vendredi là, mais on se prépare pour la grande libération des restos du lundi suivant.FRANÇOIS BOURQUE P H O T O L E S O L E I L , V A L É R I E M A R C O U X 6:15 P H O T O L E S O L E I L , Y A N D O U B L E T 7:18 SAMEDI 20 JUIN 2020 leSoleil 4 PROJET 24H 8:17 CHANTIER AVENUE MAGUIRE Depuis une heure et quart, 2 4 o u v r i e r s s o n t à p i e d - d\u2019oeuvre sur le chantier de l\u2019avenue commerciale de Sillery, qui accueillera en juin 2021 une quarantaine de condos locatifs et des commerces au rez-de-chaussée.Une grue se détache dans le ciel.Au fond d\u2019un immense trou, les travailleurs s\u2019attaquent à installer coffrages et armatures en vue de la construction de deux niveaux de stationnements intérieurs de 120 cases.Mario Leclerc, agent de prévention à la CNESST, est ici tous les jours pour voir à la sécurité des ouvriers et s\u2019assurer que toutes les mesures sanitaires sont prises pour empêcher la transmission d\u2019un certain virus.La COVID a mis le chantier en arrêt pendant plusieurs semaines, mais tout roule à fond depuis.«La seule chose qui peut faire fermer le chantier, c\u2019est les orages électriques», explique M. Leclerc.La firme Ogisco a installé ses bureaux dans l\u2019ancien local du Subway.Partout, sur les murs, des affiches rappellent les consignes sanitaires.Mario Leclerc veille au grain.Après une promenade autour du chantier, le journaliste et le photographe doivent aller inscrire leur nom et leur numéro de téléphone sur un relevé.«Comme ça, s\u2019il y a une éclosion sur le chantier, on est capable de rejoindre tout le monde», explique M.Leclerc.NORMAND PROVENCHER 8:44 AÉROPORT JEAN-LESAGE L\u2019activité reprend lentement à l\u2019aéroport Jean-Lesage \u2014 YQB pour les intimes \u2014, avec les vols d\u2019entraînement des hélicoptères ou des petits avions monomoteurs des écoles de pilotage.Martin, Pierre et Daniel, fiers P H O T O L E S O L E I L , Y A N D O U B L E T P H O T O L E S O L E I L , P A T R I C E L A R O C H E 8:44 9:36 leSoleil SAMEDI 20 JUIN 2020 5 PROJET 24H m e m b r e s d u g r o u p e YQ B Aviation, sont sur place pour prendre en photo les quelques oiseaux de fer qui décollent et qui atterrissent.Les planespotters de YQB Aviation (et d\u2019autres passionnés) aiment bien se retrouver pour photographier les avions, armés de leur appareil photo et de leur scanneur d\u2019ondes radiophoniques.Le confinement a grandement ralenti les sorties des trois planespotters interrogés.Martin ne se rappelle plus de la dernière fois qu\u2019il est venu.Daniel raconte que lorsque le Boeing 737-800 de WestJet aux couleurs de Mickey Mouse est venu, des files de voitures étaient stationnées le long de la route de l\u2019Aéroport.Le passage des Snowbirds au début mai avait suscité beaucoup d\u2019intérêt, selon Pierre.Mis à part les hélicoptères et les petits avions qui font des posés-décollés, un Dash-8 de la compagnie Air Inuit est passé juste au-dessus du groupe.Au loin, on voit les avions du Service aérien gouvernemental.Et ceux d\u2019Air Transat qui reprendront du service à Québec le 31 octobre prochain.En avril, YQB a connu une baisse de 82 % de ses mouvements d\u2019aéronefs par rapport à 2019, selon NAV Canada.Le terminal de l\u2019aéroport est toujours aussi désert que lorsque le collègue Normand Provencher y est allé, il y a quelques semaines.Une poignée de voyageurs \u2014 qu\u2019on peut compter sur une seule main \u2014 s\u2019enregistraient aux comptoirs des transporteurs aériens.PAUL-ROBERT RAYMOND 9:26 ASSEMBLÉE NATIONALE E n c o m p l e t , b i e n c o i f f é , l\u2019homme est assis et promène ses mains sur le long bureau en bois d\u2019acajou.Le caresse presque.«On a du temps à rattraper ensemble!» sourit-il.Pascal Bérubé occupe le siège d\u2019où le premier ministre François Legault s\u2019est adressé aux millions de Québécois presque chaque jour depuis le 12 mars.Il aura fallu attendre au 93e jour de la crise et dernière journée d\u2019une session bien spéciale à l\u2019Assemblée nationale pour voir les partis d\u2019opposition revenir dans cette pièce.La modeste salle d\u2019une trentaine de places a acquis un statut de cathédrale avec la grand-messe télévisée de 13h.Quand le chef intérimaire du Parti québécois parle de «temps à rattraper», il s\u2019adresse aux journalistes devant lui.Flanqué de ses collègues péquistes Martin Ouellet et Véronique Hivon, le député de Matane-Matapédia discute des bons et mauvais coups des derniers mois.Comme la majorité des élus de tous les partis, on les soupçonne d\u2019envier l\u2019attention qu\u2019a reçue ce bureau depuis 14 semaines, et surtout ceux qui s\u2019y sont assis.«On aime ça, être ici!» glisse Mme Hivon, entre deux questions.«On va-tu pouvoir revenir?» blague son acolyte Bérubé.Les porte-parole de Québec solidaire venaient de se prêter au même jeu, Manon Massé confiant aux représentants des médias : «Ça fait drôle de vous voir de cet angle-là».Longtemps mal-aimée des politiciens, la salle 1.30, rebaptisée en l\u2019honneur d\u2019Evelyn Dumas, a regagné ses lettres de noblesse.Sa rénovation devrait enfin se réaliser.L\u2019endroit a une deuxième vie grâce à la pandémie.OLIVIER BOSSÉ 9:36 LIBRAIRIE DU QUARTIER Derrière son comptoir protégé par une paroi de plexiglas, Maud Lemieux accueille ses premiers clients de la journée.La jeune libraire, détentrice d\u2019une maîtrise en littérature, est heureuse de partager ses coups de cœur.La longue fermeture de l\u2019établissement lui a permis de se plonger dans une foule de bouquins.Ce qui n\u2019a pas été nécessairement le cas de tout le monde.Beaucoup de clients lui ont confié avoir été incapables de lire pendant le confinement, par manque de concentration.«Maintenant, je sens que les gens ont plus de temps pour se déposer.Ils ont davantage l\u2019esprit à la lecture.Ils se sentent moins stressés.Je sens une certaine lenteur.Les gens courent moins à gauche et à droite.» Parmi les titres qui ont la cote, notre libraire pointe le dernier Joël Dicker, L\u2019énigme de la chambre 622, Le pays des autres de Leïla Slimani, et Jenny Sauro, de Marc Séguin.En littérature jeunesse 0-3 ans, C\u2019est moi qui décide!, d\u2019Élise Gravel, est un gros vendeur.Yan, le photographe papa du Soleil, opine du bonnet.L\u2019engouement pour le jardinage et le retour à la terre a aussi son effet dans les ventes.À l\u2019inverse, avec la fermeture des frontières et les avions cloués au sol, le rayon des livres voyages est déserté.Après un printemps plutôt chagrin, Maud entrevoit l\u2019été avec optimisme.Elle salue la transformation de l\u2019avenue Cartier en rue piétonne, les fins de semaine.«Les gens ont le goût d\u2019acheter local et d\u2019encourager les commerces de proximité.» NORMAND PROVENCHER 10:05 MARCHÉ DE SAINTE-FOY Le ciel s\u2019obscurcit au-dessus des tentes de fortune du marché public de Sainte-Foy.Un vent se lève et sème le doute.La veille, la pluie a fait fuir les clients.Ça n\u2019arrivera plus.Le marché déménage dans quelques semaines à la porte d\u2019à côté, dans un joli bâtiment de verre et de bois.Les fraises de l\u2019Île et de Saint-Nicolas sont là depuis quelques jours.«Quand les fraises arrivent, ce n\u2019est plus la chose même chose», décrit Roger Allen, propriétaire du Charcutier du marché, dont la voie forte et les éclats de rire résonnent au marché depuis 1997.Produits locaux et saucisses maison fabriquées à l\u2019usine de Beauport.Un petit vendredi matin.Au marché, c\u2019est surtout les samedis que ça se passe.Ou le midi quand des travailleurs se donnent le mot ou en fin de journée.Petit vendredi matin, mais grand printemps.La pandémie a bien servi les affaires.Les gens ont eu plus de temps, plus d\u2019argent, ont jardiné davantage et fait du BBQ.Une recette gagnante pour un marché public.On entend derrière le grincement métallique des machineries et le bruit des compresseurs.Le plateau de Sainte-Foy est en effervescence.Nouvelles tours à condos, réfection de la route de l\u2019Église, centre de glace couvert.Sans parler du tramway qui passera à porte.La promesse de nouveaux clients.«On est chanceux d\u2019avoir notre place d\u2019affaires ici», croit M.Allen.De l\u2019autre côté de la rue, des ouvriers déroulent de la peinture bleue au fond du bassin du Parc Roland Beaudin.La promesse d\u2019un été.FRANÇOIS BOURQUE P H O T O L E S O L E I L , P A S C A L R A T T H É PHOTO FOURNIE PAR LE PARTI QUÉBÉCOIS PHOTO LE SOLEIL, PASCAL RATTHÉ 10:05 9:26 8:17 SAMEDI 20 JUIN 2020 leSoleil 6 PROJET 24H 11:00 FABRIQUE DE MASQUE DANS LIMOILOU Le grand-papa a demandé à Nathalie Dionne, couturière, si elle avait des masques avec de petites fenêtres devant la bouche, pour son petit-fils qui est sourd et pour ses intervenantes, pour qu\u2019ils puissent communiquer en lisant sur les lèvres.Le masque normal, pour beaucoup de sourds, c\u2019est l\u2019isolement.Un double silence.Quand je suis passée à l\u2019atelier Culottées, sur la 1re avenue, Nathalie m\u2019a montré son «prototype», son «masque sourire», il était au travers des dizaines de rouleaux de tissu de coton qu\u2019elle utilise pour fabriquer des masques, elle en a faits plus de 500 depuis mars, pour amortir le choc d\u2019une année sans robe de bal à ajuster.Juin, c\u2019était son gros mois.Elle a commencé à faire des masques pour les amis et la famille, le mot s\u2019est passé, elle a eu des commandes à gauche et à droite, tellement qu\u2019elle ne fait à peu près plus que ça, tellement que ça lui permettra de passer au travers.Elle a installé des «stations de masque» dans son atelier, dont cette table de bois où elle s\u2019assoit pour passer, patiemment, les élastiques.Elle faisait ça quand je suis passée.À la radio antique juchée en haut d\u2019un mur, Justin Trudeau annonçait que l\u2019armée allait rester dans les CHLSD jusqu\u2019à la mi-juin.Nathalie, elle, fabriquera des masques tant qu\u2019il faudra, comme dans l\u2019annonce du gouvernement à la télévision, elle pense bien pouvoir produire son nouveau masque bientôt pour ceux qui n\u2019entendent pas.Et pour se voir sourire.MYLÈNE MOISAN 11:05 COLLÈGE DE LÉVIS Le ciel se fait acier dans le Vieux- Lévis.Les feuilles des grands arbres des terrains du Collège de Lévis bruissent furieusement.Mais il en faudrait beaucoup plus pour effrayer la Légion bleue.Après des mois à s\u2019entraîner en solo ou avec leur coach via une plateforme de visio- conférence, 225 jeunes athlètes viennent tout juste de se réap- proprier les terrains gazonnés.Antoine Dubois, hockeyeur qui finit son deuxième secondaire, cache un sourire derrière son masque aux couleurs du CDL.«C\u2019est tellement le fun de revoir tout le monde et ça me fait bouger», commente l\u2019adolescent, le souffle court.Il retourne vite courir avec ses coéquipiers.Le responsable des sports Frédéric Bernier arpente les terrains, un vaporisateur de désinfectant accroché à son sac à dos.Sur les lignes de côté, les jeunes ont laissé leurs gourdes d\u2019eau au sol à bonne distance les unes des autres.Parfait.«Let\u2019s go, on lâche pas, on est à la moitié, vous êtes capables!» s\u2019époumone l\u2019entraîneur Olivier Légaré, lui aussi le bas du visage couvert par un masque en tissu.La Légion bleue n\u2019était pas obligée par la santé publique d\u2019imposer des masques à ses sportifs; c\u2019est une norme de sécurité interne qu\u2019on a voulu se donner, explique Frédéric Bernier.À visage découvert ou pas, les jeunes ont une seule idée en tête; être au sommet de leur forme quand les compétitions reprendront.«On était en première place, insiste Antoine.Et pas mal toutes les équipes des Commandeurs du Collège étaient dans les cinq premières positions!» ISABELLE MATHIEU 11:45 BIBLIOTHÈQUE DE CHARLES - BOURG Sous un ciel incertain, une petite file se forme à l\u2019entrée principale de la bibliothèque Paul-Aimé-Paiement dans Charlesbourg.Les abonnés viennent chercher les livres préalablement réservés en ligne ou par téléphone tout en retournant leurs dernières lectures qui seront mises en confinement 72 heures avant de passer aux mains du prochain lecteur.Patrick Deschênes est habitué à ce système de prêt.Il réserve souvent des livres avant leur sortie et attend que la bibliothèque le contacte pour venir les chercher.Maintenant, tous les prêts fonctionnent de cette manière à cause de la COVID, remarque le professeur qui est venu chercher le dernier livre de Guillaume Musso, La vie est un roman.Ce matin, il a d\u2019ailleurs corrigé une critique littéraire d\u2019un de ses élèves qui avait aussi choisi un livre de Musso, Sauve-moi.Patrick doit d\u2019ailleurs retourner au Centre Odi- lon-Gauthier, ayant utilisé la pause du midi pour traverser la rue et passer à la bibliothèque.En télétravail, Karine Salvail profite également de sa pause du dîner pour retourner les livres qu\u2019elle a empruntés pour sa fille qui aura quatre ans la semaine prochaine.Pour l\u2019instant, c\u2019est maman qui lit alors que la petite apprend par cœur l\u2019histoire qu\u2019elle récite ensuite en parcourant le livre.Cette semaine, sa fille a particulièrement aimé Deux amis pour la vie de Tommy Doyle et Lucie Papineau.PHOTO LE SOLEIL, PASCAL RATTHÉ PHOTO LE SOLEIL, YAN DOUBLET 11:00 11:05 13:20 12:00 PHOTO LE SOLEIL, PASCAL RATTHÉ leSoleil SAMEDI 20 JUIN 2020 7 PROJET 24H Quand midi sonne, les regards sont attirés vers les deux clochers de l\u2019église Saint-Charles- Borromée.Là-haut, le ciel s\u2019est finalement dégagé et ne menace plus ceux qui attendent encore à l\u2019extérieur.VALÉRIE MARCOUX 12:00 CLINIQUE DE DÉPISTAGE DE LA COVID, PLACE FLEUR DE LYS « R e g a r d e m a b a g u e t t e magique\u2026» La dame habillée avec sa j a q u e t t e j a u n e, v i s i è re e t masques au visage, s\u2019est avancée devant la jeune fille qui la fixait du regard, assise sur les genoux de papa.Au volant de sa camionnette rouge, il est venu faire tester sa petite pour la COVID, où il faut enfoncer une tige dans le nez.La dame a enfilé sa baguette magique, la fillette a figé.Une larme a coulé.La clinique de dépistage de la COVID installée dans l\u2019ancien garage près de l\u2019ancien Sears de place Fleur-de-Lys est d\u2019un calme inhabituel en ce vendredi midi.L\u2019équipe mobile se prépare à aller tester dans une résidence en après-midi, elle va où en on a besoin, pratique dans les CHSLD.Je me suis vêtue de l\u2019attirail pour pouvoir circuler dans ce que les gens appellent toujours le «garage», un grand espace où peuvent entrer cinq voitures à la fois, chacune par une grande porte.D\u2019abord quelques minutes où un employé doit remplir un formulaire, puis le conducteur avance son véhicule où attend la «testeuse».Deux véhicules sont passés quand j\u2019y étais.Les filles jasaient en attendant, c\u2019était le dernier jour de Nathalie, elle est arrivée par jecontribue, était en sans solde au cégep.Il y a aussi Danielle qui est concierge, et cette autre femme qui était guide pour des voyages organisés.«La crise m\u2019a fait perdre un emploi et m\u2019en a donné un autre.» Et de nouvelles amies, assurément.MYLÈNE MOISAN 13:20 RESSOURCE ESPACE FAMILLES, SAINTE-FOY La journée est un peu folle à la distribution d\u2019aide alimentaire de l\u2019organisme Ressource Espace Familles, à Sainte-Foy.Il faut déballer des montagnes de caisses.Trier les aliments.Remplir des dizaines de boîtes individuelles.Pas grave.Gilles Laflamme et ses collègues bénévoles ont l\u2019habitude.Depuis le début de la crise du coronavi- rus, les besoins ont explosé.Le nombre d\u2019utilisateurs a été multiplié par cinq ou six.«On fournit de la nourriture à plus de 300 personnes chaque semaine, explique Gilles Laflamme.Avant, on voyait beaucoup d\u2019assistés sociaux.Maintenant, on croise des étudiants, des immigrants, des personnes âgées, des gens qui travaillaient au noir et qui n\u2019ont pas droit à la PCU (prestation canadienne d\u2019urgence).» Le nombre de livraisons pour les gens âgés ou malades a aussi grimpé en flèche.Il a fallu recourir à l\u2019aide de plusieurs entreprises de la construction, qui ont fourni des véhicules.» Juste à côté, Christian Osario et Ivonne Sandoval attendent leur tour pour la distribution.Arrivé de la Colombie le 17 février, le couple avait choisi la ville de Québec pour s\u2019intégrer plus facilement à la société francophone.La crise a un peu chamboulé leurs projets.Les cours de francisation ont été remis à plus tard.En attendant, ils rattrapent le temps perdu en suivant des méthodes d\u2019apprentissage sur internet.«Nous avons été conquis par la gentillesse des Québécois, explique Ivonne Sandoval.Le coronavirus, c\u2019est un moment difficile.Mais la crise renforce les liens de solidarité.En traversant l\u2019épreuve avec les gens d\u2019ici, nous avons déjà l\u2019impression d\u2019être Québécois.» JEAN-SIMON GAGNÉ 13:33 CHÂTEAU FRONTENAC Dans les corridors du Château Frontenac, que nous arpentons pour aller voir quelques-uns des plus beaux points de vue sur la ville et le fleuve, une preuve de présence humaine : un cabaret laissé à la porte d\u2019une chambre avec des assiettes vides.Au cours de la visite de plus d\u2019une heure, c\u2019est le seul signe d\u2019occupation que nous ayons vu.Il y avait bien ces deux pers o n n e s a p e r ç u e s d a n s l e majestueux hall d\u2019entrée qui rencontraient la responsable des événements pour un projet éventuel, et quelques membres du personnel, mais très peu de traces de clients à l\u2019intérieur des murs de l\u2019hôtel-château plus que centenaire.Pourtant, l\u2019établissement n\u2019a jamais fermé durant la crise, nous signale Maxime Aubin, directeur adjoint au marketing et communication, qui nous accompagne.En l\u2019absence de touristes internationaux, l\u2019hôtel Fairmont met les bouchées doubles pour proposer des offres alléchantes aux résidents du Québec.Dans l\u2019aile Pratte, inaugurée en 1993 pour les 100 ans du Château, la piscine de style Art déco est vide.La salle d\u2019entraînement est fermée, tout comme le spa \u2014 qui doit rouvrir bientôt pour proposer certains soins.Dans le salon rose, pièce circulaire avec vue sur la terrasse Duf- ferin, des fleurs fanées trônent au-dessus du foyer, comme si le temps y était suspendu.Alors que les restaurants étaient fermés lors de notre passage, le service de repas aux chambres était néanmoins offert.Le bistro Le Sam allait rouvrir quelques jours plus tard \u2014 le mercredi 17 juin.À la porte d\u2019entrée principale, on rappelait aimablement que seuls les clients du Château peuvent y pénétrer \u2014 fort contraste avec un hall d\u2019ordinaire bondé de curieux.RAPHAËLLE PLANTE PHOTO LE SOLEIL, PATRICE LAROCHE P H O T O L E S O L E I L , Y A N D O U B L E T 13:33 PHOTO LE SOLEIL, PASCAL RATTHÉ SAMEDI 20 JUIN 2020 leSoleil 8 PROJET 24H 13:42 GARE DE SAINTE-FOY Pas un chat dans la salle d\u2019attente.Le seul train de la journée, pour Montréal et Ottawa, part à 15h25.À la télé, RDI donne l\u2019antenne aux députés qui débattent du projet de loi 61, à la suite de l\u2019ajournement des travaux à l\u2019Assemblée nationale.Seule l\u2019agente de gare Maryse Dumas tient le fort.«Ça bouge plus à la gare du Palais», lance la dame.Par la fenêtre, on constate que le lourd trafic de fin de journée a repris sur le pont Pierre-Laporte.La suspension des déplacements en autocar a amené une nouvelle clientèle pour les compagnies ferroviaires.«Je vois beaucoup de monde qui prend le train pour la première fois.Ça commence à reprendre pas mal.» Une trentaine de voyageurs ont acheté des billets pour le seul départ de la journée.Depuis Québec, le convoi s\u2019arrêtera à Charny, Drummondville, Saint- Hyacinthe, Saint-Lambert, Montréal, Dorval, en route pour la capitale fédérale.La «run de lait» quoi.En ces temps de pandémie, certains sont prêts à mettre le prix quand ils ne peuvent se déplacer en autobus.«J\u2019ai vu un monsieur, un travailleur saisonnier, débarquer ici pour prendre le train jusqu\u2019à Montréal.Il arrivait de Rivière-du-Loup en taxi.» Coût du trajet : 400 $.NORMAND PROVENCHER 14:00 MNBAQ Pendant que nous étions confinés dans la capitale, une star planétaire l\u2019était également.Comme nous, Frida Kahlo s\u2019est tenue tranquille, derrière les portes closes du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ).Flamboyante et emblématique, elle se prépare à recevoir de nouveau ses admirateurs.Nous voilà au pavillon Pierre Lassonde, la seule aile qui rouvrira pour l\u2019instant au grand public, le 29 juin.Pendant une heure et des poussières, nous l\u2019aurons (presque!) à nous tout seuls.Un tête-à-tête avec Frida.Oui, le privilège est immense\u2026 À quelques degrés près, c\u2019est aussi l\u2019expérience que l\u2019équipe du MNBAQ souhaite offrir à ses visiteurs : du calme, de l\u2019espace, une intimité avec les œuvres.Ici, les directives de distanciation physique ont leurs avantages.Il y a quelque chose de touchant à voir l\u2019agent de sécurité Olivier Lacombe nous convier dans l\u2019exposition vedette, qui aurait dû nous quitter en mai.À cause du confinement, Frida restera avec nous jusqu\u2019en septembre.Une indéniable chance pour nous.Frida Kahlo n\u2019a pas été vraiment seule pendant que la COVID-19 nous plaçait tous en isolement.Son amour, Diego Rivera, et les autres artistes mexicains réunis dans l\u2019exposition étaient à ses côtés, tout comme le personnel du MNBAQ, qui a veillé au grain pour assurer la sécurité des œuvres.Mais la figure de proue, c\u2019est elle.C\u2019est elle qu\u2019on voit partout dans la boutique-souvenir, dont les employées s\u2019affairent à réinventer l\u2019espace et les façons de faire.C\u2019est pour elle que le téléphone sonne très souvent à la billetterie, récemment rouverte.La visite sera certes différente, avec ce parcours à suivre et les nouvelles normes sanitaires.Ils sont nombreux au MNBAQ à préparer la réouverture, astiquant les immenses fenêtres du pavillon Lassonde ou s\u2019efforçant de rendre ludique la nouvelle signalisation.P H O T O L E S O L E I L , E R I C K L A B B É P H O T O L E S O L E I L , P A S C A L R A T T H É P H O T O L E S O L E I L , F R A N Ç O I S B O U R Q U E 15:02 14:00 14:20 leSoleil SAMEDI 20 JUIN 2020 9 PROJET 24H Affairé à apposer une flèche sur le sol d\u2019une salle d\u2019exposition, le technicien en muséologie Pierre-Luc Brouillette i n v i t e à s a i s i r l \u2019a v a n t a g e qu\u2019offre la distanciation au musée et à faire contre mauvaise fortune bon cœur.Et lui- même donnerait gros pour visiter le Louvre sous la règle des deux mètres! GENEVIÈVE BOUCHARD 14:20 HLM SAINT-PIE X Le vent soulève de la poussière sous un soleil du sud.Des papiers volent à travers des cours bric-à-brac où s\u2019entassent vélos, jouets d\u2019enfants et mobiliers de parterre fatigués.Un téléphone portable posé sur un banc du parc souffle une musique chaude.Une douzaine de garçons et jeunes adultes tournent en désordre autour du panier de basket, en espadrilles, en gougounes ou à vélo.Pas de règle, de structure de jeu ou de but autre que le plaisir d\u2019être ensemble et de faire valser le ballon.À ma question, cette réponse : «Pas eu besoin d\u2019écouter The Last Dance sur Netflix pour aimer le basket».(série sur Michael Jordan).Les Appartements Saint-Pie X, à Limoilou, ont été le premier HLM construit à Québec à la fin des années 60.Des ados flânent à côté du basket, des enfants sont à la glissoire, une dame pousse sa marchette dans l\u2019allée près de l\u2019aire de jeu.On parle.On rit.On joue.Jordan, 26 ans, inscrit au cours aux adultes; William, 17 ans, secondaire IV en pause de l\u2019école; Pacifique, 16 ans, en formation à un métier spécialisé, Gabriel, 15 ans, assidu à ses cours en ligne et qui voudrait faire médecine pour «être riche, aider les gens et donner à des œuvres caritatives».«Une grande famille multicolore», décrit-il.«Une grosse maison avec plein de chambres», suggère un autre.«Tout le monde s\u2019aime.» Une société distincte avec ses 20 pays d\u2019origine et 40 % de résidents de moins de 18 ans dans une ville blanche et vieillissante.FRANÇOIS BOURQUE 15:00 PETIT CHAMPLAIN Sur le banc qui longe le théâtre Petit Champlain, une dame s\u2019assoit pour déguster sa crème glacée.Dans le quartier presque désert, le souffle du vent fait virevolter la poussière.À côté d\u2019elle, une porte rouge accumule les toiles d\u2019araignées.On ne l\u2019a pas ouverte depuis un moment.Les quelques passants qui défilent n\u2019ont aucune idée qu\u2019en réalité, cette porte a des propriétés magiques.C\u2019est par ce portail mystique que Kim Shin passe de son bureau à la ville de Québec dans la série coréenne Goblin : The Lonely and Great God. Méconnue au Québec, cette série amène normalement des centaines de touristes chaque année dans le Vieux-Québec pour se prendre en photo devant la porte rouge.«En deux mois, j\u2019ai vu six personnes se prendre en photo devant, alors qu\u2019à l\u2019habitude c\u2019est six à la seconde», dit Jean- François Renaud, propriétaire de la boutique Oclan juste en face.Depuis le début de la pandémie, la porte rouge a perdu sa popularité.À moins que\u2026 «Cette porte est dans une émission coréenne», explique Étienne qui fait visiter le quartier à sa mère et sa sœur, de passage en ville.S\u2019il ne regarde pas Goblin , c\u2019est une anecdote qu\u2019il aime raconter à ceux qui viennent le visiter dans la capitale.Peut-être que la porte rouge ne restera pas anonyme si longtemps que ça au final. LÉA MARTIN 15:02 L\u2019ANSE BENSON À SAINT- ROMUALD Les bras pleins de bois de grève, les pieds chaussés de bottillons noirs, Moïra, 6 ans, travaille fort pour bâtir une p eti te cabane, juste assez grande pour elle, à l\u2019anse Benson, un joli bout de bord de fleuve à Saint-Romuald.L\u2019endroit est vert, apaisant.Le sable rouge crisse sous les pieds.Devant nous, le pont de Québec s\u2019offre, comme un cadeau monumental.Un couple de canards placides se laisse ballotter par les vagues fortes.«Il doit tellement y avoir des beaux couchers de soleil ici», soumet le photographe du Soleil, Pascal Ratthé, le regard vers l\u2019ouest.La mère de Moïra, Karine L e q u y \u2014 « c \u2019e s t d \u2019o r i g i n e belge» \u2014 a grandi près d\u2019ici et habite toujours le quartier.Ses enfants n\u2019ont presque jamais utilisé l\u2019aire de jeux colorée, installée plus près du chemin du Fleuve.Ils ont tout ce qu\u2019il faut pour jouer près de l\u2019eau, avec les cailloux, les verres polis et les plumes de goéland.Le gouvernement du Québec et la Ville de Lévis ont de grands projets pour la Pointe- Benson, juste à côté de l\u2019anse, qui sera transformée en parc-promenade d\u2019ici deux ans, au coût de 9 millions $.Vrai que pour l\u2019instant, le quai asphalté, voisin d\u2019une usine de filtration d\u2019eau, a un air tristounet.Lors de notre passage, le vent déchaîné et le fleuve agité, d\u2019une couleur vert- de-gris, avaient chassé les habituels pêcheurs.Quelques rares automobilistes sont stationnés et restent à l\u2019abri du vent pour obser ver le spectacle de la houle.ISABELLE MATHIEU 15:33 MAGASIN LATULIPPE Aucune file à l\u2019extérieur.Heureusement, parce que des rafales de 60 km/h laissent présager des averses subites.Contraste avec le ciel bleu à l\u2019aéroport Jean- Lesage en début de journée.Après la giclée de gel hydroal- coolique, recommandée par l\u2019agent de sécurité à l\u2019entrée, on ne peut pas manquer l\u2019orignal \u2014 qui n\u2019a pas de nom! \u2014 masqué, avec le panneau rappelant de garder la longueur d\u2019un semblable entre les clients et les employés.Ce qui a frappé, c\u2019est le nombre de clients venant rapporter des articles achetés en ligne.«Pendant le confinement, on ne prenait pas les retours en magasin.Uniquement par la poste», explique Martin Tardif, directeur du magasin.«Beaucoup de clients ont attendu la réouverture avant de venir retourner leurs achats.» Ceux qui viennent magasiner recherchent surtout des articles pour la pêche, le plein air, le camping.«Tout ce qui touche le tourisme local, parce qu\u2019on ne peut pas sortir du Québec», ajoute M. Tardif.Tout ce qui est retourné ou essayé est mis en quarantaine dans la salle de formation des employés recyclée en salle de quarantaine.Quant à l\u2019achalandage, il est plus tranquille le vendredi en milieu d\u2019après-midi, mais plus intense après l\u2019heure du souper.Latulippe a connu une explosion de ses ventes en ligne dès le début du confinement.«La plupart des employés ont été rappelés pour aider à l\u2019expédition des commandes», a affirmé François Latulippe, pdg de Latulippe, avant la visite du Soleil.«Depuis le 4 mai, on voit bien que les gens avaient besoin de magasiner.» PAUL-ROBERT RAYMOND P H O T O L E S O L E I L , P A T R I C E L A R O C H E 15:00 SAMEDI 20 JUIN 2020 leSoleil 10 PROJET 24H 16:00 TRAVERSE QUÉBEC- LÉVIS C\u2019est mon traversier.Mon temps d\u2019arrêt entre deux rives, dans mes pensées ou avec le balado du moment.J\u2019arpente ses ponts métalliques matin et soir en semaine.Je l\u2019ai déserté depuis la mi-mars.Et je ne suis pas la seule.Au début de l\u2019heure de pointe du vendredi soir, le Alphonse-Des- jardins est presque désert, au départ de Lévis.Une demi-douzaine de voitures sont sagement alignées sur le pont inférieur.Leurs occupants restent à bord, comme les consignes de sécurité sanitaires l\u2019exigent.Une poignée de cyclistes regardent le paysage, debout près de leur monture.Solange Bouchard et Alain Martel arriveront bientôt à la maison, dans Limoilou, après avoir fait la grande boucle par le pont de Québec et la Rive-Sud.Un 45 kilomètres bien sonné, à affronter le grand vent.La Société des traversiers du Québec confirme que l\u2019achalandage est coupé de moitié par rapport à ce qu\u2019il est habituellement en juin.Pas d\u2019étudiant du secondaire, très peu de fonctionnaires, encore massivement en télétravail.Et les touristes?Il y a en a quelques-uns, mais ils viennent de beaucoup moins loin, constatent les matelots chargés de les accueillir.Une pause à la place des Canotiers, tout près, encore aride et presque déserte malgré le soleil éclatant.La remise en fonction des jeux d\u2019eau devrait ramener des familles.Au retour, à 16h40, les piétons sont plus nombreux sur le Lomer-Gouin, tentant de se tenir à distance les uns des autres.Ils jettent un regard un peu distrait sur le paysage familier, toujours magnifique.ISABELLE MATHIEU 16:10 DANS UN TAXI La lumière plongeante donne aux façades des immeubles de place d\u2019Youville une couleur orangée.Mais derrière le volant de son taxi, Samir n\u2019a pas envie de faire de la poésie.Depuis qu\u2019il a repris le boulot, après deux mois de confinement, le chauffeur ne reconnaît plus toujours sa ville.«Sur les grandes artères, la circulation se situe à 60 % de son niveau habituel, évalue-t- il.Pour l\u2019activité, c\u2019est pire.Le taxi repose sur trois piliers : les hôtels, les restaurants et les bars.Pour l\u2019instant, le trio est réduit à zéro ou presque.Les touristes ont disparu.Et beaucoup de fonctionnaires travaillent à distance.» Le taxi roule en direction ouest.Devant l\u2019Assemblée nationale, le chauffeur regarde avec étonnement une petite manifestation du groupe «Appel de la liberté», opposé aux mesures de confinement.Comme tout le monde, il a perdu l\u2019habitude des attroupements.Au plus fort de l\u2019épidémie, le monde du taxi s\u2019était placé en hibernation.Sur les 300 voitures de Taxis Coop, il en restait une cinquantaine sur la route.Encore aujourd\u2019hui, tous les taxis ne sont pas de retour.Samir a pourtant jugé qu\u2019il fallait redémarrer.«Le risque d\u2019attraper le virus existe toujours, sauf que la vie doit continuer, continue- t-il.Les choses vont s\u2019améliorer.La plupart des clients sont compréhensifs.Par exemple, l\u2019argent comptant est presque disparu, ce qui limite les manipulations.Je mentirais si je disais que tous les chauffeurs désinfectent leur voiture au complet après chaque client.Par contre, s\u2019ils embarquent une personne malade ou qu\u2019ils ont un doute, je suis sûr qu\u2019ils le font tous.» E s t- c e q u e c e l a s u f f i r a ?Nous allons bientôt le savoir.JEAN-SIMON GAGNÉ 16:15 AU CŒUR DES TRAVAUX PUBLICS Raymond Cyr reçoit un premier appel peu de temps après avoir installé son écouteur sans fil et s\u2019être assis devant l\u2019ordinateur.Il manque de la signalisation sur la rue Saint-Paul dans le Vieux-Port où un mur de briques est partiellement effondré.Quelques minutes plus tard, on l\u2019avise que des matériaux de construction s\u2019échappent d\u2019un conteneur à cause des forts vents.M.Cyr est sentinelle au service des travaux publics.Il veille sur la ville le soir, la nuit et le week-end.«Des fois, c\u2019est tranquille et d\u2019autres fois, tout arrive en même temps», explique le travailleur basé dans les bâtiments municipaux de la rue P H O T O L E S O L E I L , P A T R I C E L A R O C H E P H O T O L E S O L E I L , P A S C A L R A T T H É 16:57 16:00 leSoleil SAMEDI 20 JUIN 2020 11 PROJET 24H Marie-de-l\u2019Incarnation.Il reçoit les demandes d\u2019intervention du 911 et du 311.Quand survient un bris ou tout autre problème, il doit trouver les solutions, notamment en dénichant les bonnes ressources matérielles et humaines.En plus de répartir les appels, il se rend souvent sur place pour valider les informations.«J\u2019ai reçu un appel en février de l\u2019an passé pour un bris d\u2019aqueduc.Une fois sur place, je réalise qu\u2019un citoyen vidait son spa dans le puisard.Comme il était gelé, ça refoulait, raconte-t-il, d\u2019un air découragé.Il a fallu faire venir un épandeur pour le sel et une bouilloire pour dégeler le puisard.» S\u2019il traite surtout des appels en lien avec l\u2019aqueduc et l\u2019égout, la nature le confronte à toute sorte de situations, même inusitées.«Je me souviens de la fois où deux orignaux étaient en cavale dans la ville.L\u2019un deux s\u2019était empalé sur une clôture en tentant de la traverser.On a pris une excavatrice pour le dégager.» D\u2019autres fois, il doit s\u2019avouer vaincu et attendre le retour à la normale.«J\u2019étais sur Dalhousie pendant un épisode de débordement du fleuve.Un monsieur s\u2019est arrêté pour me dire de faire quelque chose.Je lui ai répondu que c\u2019était possible s\u2019il me trouvait un fleuve vide pour y pomper l\u2019eau en trop», rigole- t-il.JEAN-FRANÇOIS NÉRON 16:57 LA TERRASSE D\u2019UNE TÉLÉ- TRAVAILLEUSE En temps normal, Josée Tremblay serait sur une des nombreuses terrasses du centre-ville de Québec, entourée de ses collègues.En raison de la pandémie, c\u2019est plutôt sur son grand patio, un verre de vin rosé à la main, que je la retrouve, en plein cœur de Beau- port.Et ses amies?Devant elle, sur son écran.«Depuis la mi-mars, on module toutes notre horaire pendant la semaine pour que, le vendredi, on finisse plus tôt», m\u2019explique Josée.Les classiques 5 à 7 se sont donc transformés en 4 à tard pour le groupe d\u2019amies qui travaillent ensemble depuis dix ans.«Je m\u2019ennuie d\u2019elles.Au bureau, on se voit pendant les pauses, au dîner.Plus maintenant.Donc le zoom, le vendredi, c\u2019est devenu notre rituel».Une tradition nécessaire pour garder le moral des troupes, même si la technicienne graphiste à la TÉLUQ admet que la coupure avec le travail est moins franche.«Le plaisir du vendredi de descendre les escaliers et de quitter le bureau n\u2019est plus là.C\u2019est moins satisfaisant.» Avec son bureau au deuxième étage de sa maison de banlieue, les escaliers qui mènent vers sa cuisine sont moins excitants à descendre.Josée souligne qu\u2019elle doit aussi faire attention à ce qu\u2019elle dit lors de ses rencontres virtuelles entre amies.Avec deux adolescentes à proximité, maman doit se censurer! «On sait comment ça se passe un 5 à 7 entre filles avec un petit verre de vin!» laisse-t-elle entendre en riant.LÉA HARVEY 17:00 GRANDE ALLÉE Mi-juin, la Grande Allée aurait revêtu ses plus beaux habits pour déjà accueillir les résidents et les touristes de la Capitale-Nationale.Terrasses bondées à l\u2019heure du 5 à 7.Mais cette année, Québec a reçu une visite inattendue et désagréable, la COVID-19 qui a chamboulé les plans de tous et en ce vendredi 12 juin, la Grande Allée se sent bien seule à cause de cette foutue pandémie.Personne dans la r ue ou p re s q u e.Ma l g ré t o u t u n e bonne nouvelle est arrivée il y a quelques jours et plusieurs propriétaires de restaurants s\u2019affairent à préparer leurs terrasses et leurs salles pour accueillir à nouveau des clients à partir du lundi 15 juin.Le copropriétaire de l\u2019Atelier et d\u2019Ophélia et président d\u2019Action promotion Grande Allée, Jonathan Ollat, a le sourire jusqu\u2019aux oreilles à l\u2019arrivée du Soleil.«On a déjà 60 réservations pour lundi», nous lance- t-il.«On est prêt», poursuit-il.Mais à quoi va ressembler un souper ou un 5à7 sur la Grande Allée cet été ?À un parcours avec des flèches, des cédez le passage et des cercles où mettre vos pieds pour respecter le deux mètres.Un parcours qui rappelle un peu celui de la sécurité routière lorsqu\u2019on était enfant.Sans oublier non plus des serveurs qui porteront un masque ou une visière.Se laver les mains avant de passer à table sera obligatoire avant d\u2019entrer dans un restaurant.Pour les fêtards un peu plus tardifs, au moment d\u2019écrire ces lignes, la Santé publique du Québec n\u2019avait toujours pas donné l\u2019autorisation d\u2019ouvrir les bars et les discothèques.Mais les propriétaires des restaurants rencontrés sur Grande Allée sont unanimes.«Les gens ont hâte de venir au restaurant».Il y aura bel et bien un été sur Grande Allée.CÉLINE FABRIÈS P H O T O L E S O L E I L , J E A N - F R A N Ç O I S N É R O N P H O T O L E S O L E I L , E R I C K L A B B É 16:15 17:00 SAMEDI 20 JUIN 2020 leSoleil 12 PROJET 24H 18:30 TUTTO GELATO, RUE SAINT-JEAN Les nuages gris se mettent à recouvrir la rue Saint-Jean.Le ciel mi-figue mi-raisin n\u2019augure rien de beau pour le reste de la soirée.Zut! Ce n\u2019est peut-être pas le meilleur moment pour une crème glacée.Sauf pour les irréductibles.«Ici, c\u2019est presque aussi bon qu\u2019en Italie», déclare Boézio qui a contré le temps couvert pour aller se chercher un délice à la pistache au Tutto Gelato.«Je dirais que la clientèle est quand même là et la plupart d\u2019entre eux me disent : vous faites ma journée», affirme Pascal Dubois, propriétaire de la boutique.« Les pourboires sont exceptionnels», ajoute-t-il.Si son établissement ne fonctionne pas à plein régime, ses employés, eux, arborent un sourire plus qu\u2019invitant malgré ce vendredi d\u2019été peu achalandé.Il est difficile de ne pas se laisser tenter par les couleurs vives et l\u2019odeur sucrée de ces crèmes glacées onctueuses.Bon allez! Juste une petite coupe : café et strac- ciatella (crème fraîche, lait entier et copeaux de chocolat, en gros, la meilleure chose au monde).Pour la première crème glacée de l\u2019été, on peut dire qu\u2019elle met la barre haute! LÉA MARTIN 19:14 BRASSERIE ARTISANALE GRIENDEL À cinq jours de sa réouverture, la salle à manger du Griendel sur Saint-Vallier paraît plutôt bordélique.Tables entassées, chaises empilées, boîtes de carton qui jonchent le sol.Une station pour les commandes à emporter a été installée dans la porte d\u2019entrée.Depuis trois mois, les gens viennent commander leur tartare préféré et un cruchon de leur bière en fût de prédilection.Mais d\u2019la job avant la réouverture (et après), ce n\u2019est pas ça qui manque.Reste à repenser la configuration de la salle à manger, coller des flèches au sol, installer des stations de «Purell», etc.Dorénavant, la microbrasse- rie accueillera 45 clients au lieu de 120.Contrairement à leurs collègues du Kraken Cru et du Nina Pizza Napolitaine, les quatre copropriétaires ont décidé de rouvrir leur commerce, malgré des mesures sanitaires «strictes».Fébriles?Impatients?Oui.mais surtout inquiets! «On a peur que ce soit plus compliqué à gérer que l\u2019on pense et que les clients soient déçus.Les gens viennent ici pour bien boire, bien manger et avoir du plaisir entre amis dans un lieu chaleureux, ça va tout ensemble.Mais à partir du moment où le lieu chaleureux manque\u2026 ça, c\u2019est l\u2019inconnu et ça fait un peu peur», admet le copropriétaire Martin Parrot.À partir du nouveau modèle repensé (à peine viable) de la P H O T O L E S O L E I L , C A R O L I N E G R É G O I R E 19:14 19:20 P H O T O L E S O L E I L , E R I C K L A B B É leSoleil SAMEDI 20 JUIN 2020 13 PROJET 24H salle à manger, ce dernier calcule que ses ventes ressembleront.«à un lundi de février»! La clientèle sera-t-elle au rendez-vous ?Seul le temps nous le dira\u2026 MYRIAM BOULIANNE 19:20 PARC VICTORIA Il vente à écorner les bœufs au parc Victoria.Le ciel bleu est parsemé de gros nuages noirs.Malgré la météo qui ne laisse présager rien de bon, le parc est rempli de gens qui sont venus profiter de l\u2019été (malgré tout).Pique-niques, slackline, spike- ball, soccer et rassemblements entre amis sont les activités privilégiées.Non loin du skate park, un groupe se prépare «un repas de roi».Grâce à la nouvelle réglementation de la Ville de Québec, Anthony, Félix, Charlie et leurs amis concoctent, sur leur petit barbecue artisanal, directement au sol, des brochettes d\u2019agneau, des côtes de bœuf, du homard et quelques légumes.Bien entendu, ce grand festin est accompagné de grands crus! Pendant que Félix fait (trop) cuire les côtes de bœuf, Charlie s\u2019assure que les amis aient de quoi à boire.Anthony est le seul qui reste debout, à bonne distance du groupe.«Je dois vraiment respecter les deux mètres, explique-t-i l , c \u2019est comme ça quand on est marié à une docteure!» Le jeune homme explique que sa femme travaille dans le département de gériatrie d\u2019un hôpital de Québec.Pour être certain de ne pas la contaminer, elle, et ses patients, il doit donc ne pas s\u2019exposer.Malgré la distance, il est heureux de partager ce moment entre amis.C\u2019était un pari risqué, mais les garçons ont eu raison.Le vent et les nuages sombres ont disparu.Il fait bon vivre, ce soir, au parc Victoria.LÉA HARVEY 20:00 L\u2019ANTI BAR & SPECTACLES Taktika aurait dû se produire au Saguenay le 12 mars dernier.Annulé, il va sans dire.Exactement trois mois plus tard, les deux rappeurs de la Rive-Sud sont montés sur la scène de L\u2019Anti.Pas grand monde pour les entendre live : une poignée de techniciens, de photographes\u2026 et une journaliste.Tous masqués.Mais de l\u2019autre côté de l\u2019écran, ils étaient des centaines à vibrer avec eux, de Québec jusqu\u2019au Honduras.À 2 0 h p i l e , D J K-Tu r n a z (Maxime Desroches) s\u2019installe aux platines afin de réchauffer la foule invisible, qui a payé pour assister à distance à ce concert virtuel.Pendant ce temps, on sent que T-Mo (Frédéric Auger) et B-Ice (Simon Valiquette) entrent dans leur zone.«Ça fait 25 ans qu\u2019on fait ça, mais il y a un petit stress pareil», lancera le premier.Au moment de monter sur scène, rien n\u2019y paraît.Les gars enchaînent et se démènent pour créer un contact avec leurs fans, même au loin là-bas.Semble-t-il que ça fonctionne et que les commentaires se mettent à débouler.Pour soutenir Le Rucher, un centre de traitement des dépendances que le groupe a voulu mettre de l\u2019avant.Sans doute encore davantage pour réclamer ce rappel, qui est toujours prévu de toute façon\u2026 Les rappeurs de Taktika ne sont pas nés de la dernière pluie.Leur présence porte un message positif.À L\u2019Anti, ils ont posé un genou par terre à la mémoire de George Floyd et en soutien de l\u2019égalité raciale.Ils ont allumé des bougies pour des amis qui ont voulu en finir et ont tendu la main à ceux qui vivent de la détresse.Ils ont rendu hommage à leurs proches et nous ont fait nous sentir en été.Pas de public en salle?Ce n\u2019est pas l\u2019idéal, mais ça fonctionne aussi.Nous avons partagé un beau moment.À distance, mais ensemble néanmoins.GENEVIÈVE BOUCHARD 21:30 ÉPICERIE ST-OLIVIER Il est 21h30 et Clément se prépare déjà pour son close.Entre deux clients, il sort son désinfectant derrière sa barrière de plexiglas.Avec la pandémie, ça ne vaut plus la peine de fermer à 23h.Les clients ne se ruent plus aux portes de frigidaires pour attraper leur dernier six pack avant de se transformer en citrouille.Tout de même, en ce vendredi soir plus ou moins déconfiné, l\u2019Épicerie St-Olivier roule à plein régime.Sacs de chips, lait de soya et cannettes de double IPA valsent vers la caisse au son des réfrigérateurs qui composent la trame de fond de ce dépanneur de quartier.Quelques habitués, mais aussi des nouveaux, surtout des jeunes, qui ont plus l\u2019habitude de boire leur bière dans un bar. Miss Corona oblige, ils devront encore la siroter dans le confort de leur salon.N\u2019empêche qu\u2019avec tout ça, Maxime est occupé.«On a rajouté deux- trois frigidaires de plus pour justement avoir plus de sortes pour la clientèle», explique l\u2019employé, qui s\u2019assure que les étagères restent toujours bien remplies.Connu pour sa sélection de bières de micro-brasseries et de vin, ce commerce fait beaucoup d\u2019heureux alors que les épiceries ferment tôt en temps de pandémie.Il est bientôt 22h et l\u2019air conditionné du dépanneur ronronne sur la rue Saint-Olivier.Oh, ça y est, il est temps de rentrer. LÉA MARTIN P H O T O L E S O L E I L , E R I C K L A B B É P H O T O L E S O L E I L , C A R O L I N E G R É G O I R E 20:00 21:30 SAMEDI 20 JUIN 2020 leSoleil 14 PROJET 24H 22:01 PYRAMIDE DE SAINTE-FOY Le néon «BRONZAGE» au-dessus de l\u2019entrée principale éclaire toujours d\u2019un rouge électrique.Les guirlandes surplombent la terrasse du Shaker.La terrasse de Chez Victor est complètement meublée.Les parasols de la terrasse du Frit\u2019s Burgers & Poutines attendent le soleil du jour afin d\u2019être déployés.On pourrait presque croire au retour à la normale.Mais le stationnement vide et le silence inhabituel trahissent les attentes.Les étudiants ont déserté ce lieu emblématique du quartier universitaire autrefois mouvementé.Étrangement, la pyramide a des airs de bâtiment fantôme.Dans le stationnement principal, les quatre voitures de livraison du Thaïzone comptent pour la moitié des véhicules.La porte arrière de la pyramide est débarrée.L\u2019intérieur est aussi vide que le stationnement.La seule personne entrevue : le concierge.Les restaurateurs ont eu la vie dure.Ils ont dû redoubler d\u2019efforts pour retenir leur clientèle.On le constate par la panoplie de logos de service de livraison de repas collés aux vitres et aux nombreux messages indiquant les procédures pour les commandes à emporter.Les affiches de Chez Victor nous rappellent de respecter le deux mètres de distance.#çavabienmanger, nous rassure-t-on.On n\u2019aura pas de la difficulté à croire que l\u2019immense terrasse saura respecter cette mesure entre chaque table.C\u2019est la dernière fin de semaine du soi-disant confinement.Des indices laissent présager à une réouverture prochaine : une bouteille de Windex laissée sur une table du Shaker, une commis nettoyant le comptoir du Café Starbucks, des semblants de rénovation au Café-Bar Le Plywood.L\u2019annonce de plusieurs jours de beaux temps va sans doute inciter les réguliers à retrouver leurs repères.MYRIAM BOULIANNE 22:50 PRÈS DES PLAINES Les bars sont fermés?Pas de problème.Une dizaine d\u2019amis dans la vingtaine prennent une bière au parc du Musée, coincé entre le Musée national des beaux-arts du Québec et les plaines d\u2019Abraham.Sous les lampadaires, ils jouent une partie de spikeball, un sport inspiré du volleyball avec, au milieu, un filet circulaire qui ressemble à un mini-trampoline.P H O T O C O L L A B O R A T I O N S P É C I A L E S T E V E J O L I C O E U R 22:50 P H O T O L E S O L E I L , C A R O L I N E G R É G O I R E 23:02 leSoleil SAMEDI 20 JUIN 2020 15 PROJET 24H C\u2019est moins évident de suivre la balle quand on est éméché, mais c\u2019est plus drôle.À côté d\u2019eux, ceux qui ne jouent pas en profitent pour décompresser.Ils discutent et déconnent, debout sur la pelouse, comme autour d\u2019un bar invisible.En ce vendredi soir, la bande de copains insuffle un peu de vie à une Grande Allée léthargique.Un peu plus tôt, disent-ils, des policiers sont venus leur rendre visite après avoir reçu des plaintes de voisins agacés par le bruit.Quelques décibels en moins, ils ont pu continuer à festoyer quand même, en cet été où il est permis de prendre un verre dans les parcs de Québec.Les parcs, remarque Justine Bélanger, «ça nous a sauvés».MARC ALLARD 23:02 TERMINUS BEAUPORT Au coin de la 4e Rue et du boulevard des Capucins, la nuit vit calmement sa dernière heure du vendredi 12 juin 2020.Un ronflement de moteur vient rapidement briser l\u2019air frais suspendu de la soirée.C\u2019est l\u2019autobus 800, direction le Terminus Beauport, qui vient ramasser l\u2019unique passager à l\u2019arrêt.Un «bonsoir monsieur», suivi d\u2019un bip de carte Opus vient perturber le silence absolu qui règne dans l\u2019autobus.Le véhicule est dépeuplé, avec seulement cinq occupants.L\u2019un d\u2019eux porte un masque en papier.Ça et l\u2019écriteau «Merci de descendre par la porte arrière» rappellent que l\u2019on se trouve toujours en période de pandémie.La voix féminine métallisée du RTC rythme cette balade collective muette.«Prochaine station, Mailloux.» L\u2019un des passagers descend.C\u2019est un compte à rebours humain jusqu\u2019au terminus.À 23h, il y autant de passagers dans l\u2019autobus 800 qu\u2019au terminus Beauport qui l\u2019attendent.« D\u2019habitude, il y a plus de monde que ça, surtout pour un vendredi soir», explique l\u2019usager du RTC Dominique Lavoie, entre deux bouffées de cigarette.Un habitué du trajet, il rentre chez lui, à Sainte-Foy.«Il y a quelques semaines encore, le bus était gratis.Là on est moins parce qu\u2019on a recommencé à devoir payer, les gens sont grat- teux», poursuit-il en riant.Le vendredi soir, souvent synonyme de fête, n\u2019a pas l\u2019affluence escomptée.«Les bars, les centres commerciaux\u2026 où veux-tu aller?Tout est fermé ! s\u2019exclame Dominique.Résultat, j\u2019ai plein d\u2019argent, je ne sais même plus où le dépenser.Je vais me télécharger une application de poker en ligne tant qu\u2019à faire.» Sur le trajet du retour, direction centre-ville, il n\u2019y a personne.Un jeune homme finit par monter près du cégep Limoilou, avec de la musique reggaeton en haut-parleur sur son téléphone.Au moment où l\u2019auteur de ces lignes descend, l\u2019homme a toujours sa musique allumée et mime une chorégraphie pour accompagner l\u2019ensemble.L\u2019autobus 800 disparaît dans la nuit, avec sa trame sonore impromptue.GUILLAUME MAZOYER 23:32 AVEC LE COLLECTIF RAMEN Le quartier Saint-Roch est bien calme en ce vendredi soir.Au loin, on entend la voix de Lady Gaga.Il y a de la lumière sur la rue du Roi.Dans le studio de création du Collectif Ramen, les esprits bouillonnent.L\u2019entrée du studio est couverte de graffitis néon.On dirait le hall d\u2019un bar louche.Mais derrière la porte, le grand local blanc est rempli d\u2019œuvres d\u2019art : des toiles, des dessins, des recueils de poésie et même de la broderie.Parmi ce chaos artistique, il y a Jo, Avril, Sébastien, Lux et Laurence, des artistes multi disciplinaires qui créent la nuit.On m\u2019explique rapidement que ce moment de création n\u2019arrive pas comme une épiphanie.De jour, ils travaillent pour des organisations communautaires, dans le milieu littéraire ou dans les écoles.«La nuit, c\u2019est un espace où les attentes sociales s\u2019éteignent.Tu n\u2019as personne à satisfaire.Tu n\u2019as pas à performer aux yeux de qui ce soit», raconte Sébastien.Pour ces cinq esprits créatifs, la nuit est un moment de liberté pure, sans contrainte.Ce soir, dans le grand local blanc de la rue du Roi, il y a des mots qui virevoltent, des plaies ouvertes qui se pansent et des histoires d\u2019amour qui naissent dans le Grand Nord.On y repense le monde, un combat à la foi.Ce soir, dans le grand local blanc de la rue du Roi, on crée des œuvres qui ouvriront peut-être, un jour, les yeux à cette société qui dort.LÉA HARVEY 1:45 RUE CYRILLE- DUQUET «Bang!» Le VUS frappe la chaîne de trottoir au bout de la rue Cyrille-Duquet.Les deux pneus du côté droit du véhicule sont crevés, mais la conductrice de la Hyundai Tucson fait demi-tour et reprend la route dans l\u2019autre direction.Elle roule à environ 10 km/h quand les policiers du Service de police de la Ville de Québec allument leurs gyrophares derrière elle.Les patrouilleurs la connaissent : elle a déjà été arrêtée dans des circonstances similaires.Ce soir, ils la soupçonnent d\u2019être intoxiquée au GHB.La femme doit subir un test de coordination.Elle essaie de suivre des yeux la lampe de poche du policier, tente de marcher sur une ligne blanche et de se tenir en équilibre sur un pied.Elle semble hésitante.«J\u2019ai mal aux pieds, sacrement», se défend-elle, avant d\u2019échanger ses sandales pour des chaussures.Les policiers l\u2019arrêtent et l\u2019escortent jusqu\u2019à leur autopa- trouille.Elle est amenée au poste de la police, où elle devra subir un test de dépistage de drogue.MARC ALLARD P H O T O L E S O L E I L , C A R O L I N E G R É G O I R E P H O T O C O L L A B O R A T I O N S P É C I A L E S T E V E J O L I C O E U R 1:45 23:32 SAMEDI 20 JUIN 2020 leSoleil 16 PROJET 24H 4:00 BOULANGERIE CHEZ LEFEBVRE Cette nuit, les oiseaux chantent.Non, ils piaillent.Ou plutôt, ils ont une discussion très animée tant leur niveau sonore est élevé à 4h du matin.Sur la 3e Avenue, ce concert de chants se fait sur fond de grésillement de néons de boutiques fermées.De l\u2019une d\u2019elles s\u2019échappe pourtant une lumière intérieure et s\u2019y entraperçoit de l\u2019activité.C\u2019est Chez Lefebvre, une boulangerie limoiloise anciennement connue sous le nom de La Fournée Bio, où deux employés terminent la production pour le samedi à venir.Baguettes, croissants, pains au chocolat, carrés bio, mais aussi petites pizzas faites maison, tout est produit sur place pendant la nuit.Alexandre et Mohammed sont sur le plancher depuis 20h la veille et envisagent de terminer vers 6h.«Depuis le début de la pandémie, notre niveau de production a presque doublé», commente Mohammed.Chez Lefebvre est l\u2019une des seules boulangeries du quartier à être restée ouverte.«Les gens ont besoin de leur pain», indique-t-il.Alexandre, Français arrivé au Québec il y a deux ans, et Mohammed, Sénégalais qui travaille dans des boulangeries de Québec depuis 12 ans, forment un binôme nocturne dont la complicité est évidente.« O n d i s c u t e b e a u c o u p ensemble, de politique par exemple, mais on a aussi des débats sur la façon de faire le pain, car chaque culture a son approche», explique Alexandre.Ces deux employés de nuit sont des amoureux du métier de boulanger.«On fait ça surtout par passion», indique Alexandre.Ce sont aussi les seuls de la boulangerie à en posséder le savoir-faire.«Sans nous, il n\u2019y a pas de pain», dit-il en souriant.Le sol est jonché de farine et est très glissant.Ce sont vraisemblablement aussi les seuls à savoir le naviguer sans tomber.GUILLAUME MAZOYER 5:00 BAIE DE BEAUPORT Une lueur rosée s\u2019empare du ciel de la baie de Beauport.Il est 5h du matin et la ville est encore endormie.Elle ne sait pas qu\u2019elle rate un spectacle éblouissant.Les premières lumières du soleil de ce samedi 13 juin viennent chatouiller le pont de l\u2019île d\u2019Orléans et saluer la plage de la baie de Beauport.Réveillé très tôt, Christophe Roy, sombrero sur la tête et café en main, est venu en profiter, les pieds dans le sable.Lui a le droit de le faire : c\u2019est le directeur des opérations de la baie de Beauport.«Je fais parfois de l\u2019insomnie, alors, au lieu de rester à ne rien faire dans mon lit, je prends mon pick-up et je viens faire de la paperasse ici, explique-t-il.Comme ça, je peux assister au magnifique lever de soleil.» Mais le directeur des opérations n\u2019est pas là seulement pour faire de la figuration.La plage de la baie de Beau- port ouvre sa saison le matin même, le 13 juin.Juché sur un tracteur, il vient damer la plage pour qu\u2019elle soit parfaite.Avec ses mouvements circulaires, on dirait qu\u2019il conduit une zamboni des sables.Il s\u2019assure aussi que tout est en ordre pour accueillir les premiers vacanciers.Cette année, on a tout repensé pour resp e cter la distanciat ion sociale», indique M.Roy.Sens de circulation, paiement seulement par carte et bar aménagé, les changements sont visibles.Sans toutefois oublier le côté plaisir de l\u2019endroit : de tous nouveaux palapas ont été installés.GUILLAUME MAZOYER 4:00 P H O T O L E S O L E I L , C A R O L I N E G R É G O I R E P H O T O L E S O L E I L , C A R O L I N E G R É G O I R E 5:00 "]
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