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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Décembre 2013, Vol. 52, No. 4
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Québec science, 2013, Collections de BAnQ.

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[" 40065387 6 , 4 5 $ EN KIOSQUE JUSQU\u2019AU 2 JANVIER 2014 MONTRÉAL Mars: la mission continue Afrique: la bataille du désert CES CADEAUX QUI N\u2019EMBALLENT PERSONNE MINUIT, CHRÉTIENS: UNE NOTE SI DIFFICILE PÈRE NOËL: FAUT-IL MENTIR AUX ENFANTS?UN SAPIN MUTANT DANS VOTRE SALON QUE FAIRE DE VOS BOUTEILLES VIDES?DES DINDES DODUES DOPÉES Spécial temps des fêtes DÉCEMBRE 2013 QUEBECSCIENCE.QC.CA Bientôt la greffe de tête?SANS GLUTEN cE quE cachE la modE PÉTROLE CONTRE DÉMOCRATIE quEbEc Sci nc LA SORTIE SCOLAIRE LA PLUS «COOL» AU CANAD A PARTIC IPEZ POUR GAGNER ! Fier partenaire national Connaître le passé.Pro?ter du présent.Protéger l\u2019avenir.* L a v a l e u r t o t a l e a u d é t a i l d u p r i x e s t é v a l u é e à 5 0 0 0 0 $ Laissez-vous inspirer par les histoires les plus captivantes # ! ! ! ##%#$% $% #! #! $%#% #& &$% Choisissez un lieu de Parcs Canada et créez une vidéo qui témoigne de l\u2019importance de son histoire pour les Canadiens.$#\"#& $ ! &#&& %# \"! %\"$ \"! $ ! ! ## #%#%#% #%%&! #%#! #& & %#! %%! &$%# Participez au concours et offrez à votre classe la chance de remporter un voyage toutes dépenses payées aux sites historiques de la Réserve de parc national du Canada des Îles-Gulf, du Fort Rodd Hill et du Phare de Fisgard en Colombie-Britannique.Les inscriptions au concours Du 16 octobre au 24 février Les votes du public Du 3 au 24 mars quebec Science DÉCEMBRE 2013 20 Père Noël: faut-il mentir aux enfants?Le père Noël, le pôle Nord, les jouets, le petit renne au nez rouge.Tout cela fait naître des étoiles dans les yeux des enfants.23 L\u2019imagination au pouvoir «Le réel et l\u2019imaginaire ne sont pas deux mondes hermétiques.» 24 L\u2019arbre de Noël nouveau Plus touffu, plus résistant, plus élégant, trônant au salon dans toute sa splendeur illuminée, le sapin cultivé aura eu raison de son cousin sauvage.Éloge d\u2019un mutant.26 Minuit, chrétiens et l\u2019aigu fatidique Le Minuit, chrétiens chanté à la messe de Noël nous écorche parfois les oreilles.Certains interprètes, pourtant fort bien intentionnés, n\u2019arrivent pas à le chanter juste.Pourquoi?28 La neige, ce mystère Oubliez les images de flocons en forme de cristal! Une première; on a photographié des flocons de neige avec une caméra haute résolution automatique.29 Et si on triait par couleur?Champagne, vin, apéro, digestif\u2026 Les fêtes riment avec des repas bien arrosés.Mais que deviennent les bouteilles vides mises au recyclage?32 C\u2019est pas des cadeaux! L\u2019échange de cadeaux?Contrairement à ce que vous croyez, ce n\u2019est pas l\u2019intention qui compte.34 Dinde dodue (mais dopée?) Sortie toute dorée du four, la grosse volaille est bien appétissante.Mais.elle est peut-être farcie d\u2019antibiotiques! SociÉtÉ 15 Le vrai pouvoir du pétrole Alors que les réserves pétrolières mondiales se tarissent et que notre système économique, générateur d\u2019iniquités sociales effarantes, est de plus en plus dysfonctionnel, une question cruciale mérite d\u2019être posée : les énergies post-pétrole pourront-elles donner naissance à des régimes réellement démocratiques?Propos recueillis par Elias Levy MÉdecine 37 À corps perdu Après avoir réussi à changer nos cœurs, nos foies et nos mains, les chirurgiens rivalisent de prouesse pour transgresser les «Impossible!» On tente maintenant de faire des greffes de têtes.Par Binh An Vu Van SPÉCIAL TEMPS DES FÊTES Un dossier de Marine Corniou, Dominique Forget et Nicolas Mesly L A P R E S S E C A N A D I E N N E 4 Québec Science | Décembre 2013 \u2019est parfois in - supportable, le por ta - ble.Vous êtes dans un lieu public.Un appareil \u2013 le mien?le sien?le vôtre?\u2013 fait retentir du fond d\u2019un sac une mélodie agaçante et usée à la corde comme Over the Horizon, Midnight Picnic, Drawing the Night.Ça répond.(Ce n\u2019est pas moi).«Je suis au café et toi, t\u2019es où?Je pourrais apporter du navet pour le souper.» Puis ça se met à débiter des banalités bien privées comme si plus rien n\u2019existait autour.Envahissant.Qu\u2019il était sympathique, en comparaison, le vieux téléphone balourd, noir et muni d\u2019un fil! Il fallait tourner un cadran du bout du doigt en composant un nu mé ro comme LA3-6000.Les deux premières lettres indi quaient le nom du quartier, défini par la com- pagnie-monopole Bell (dans cet exemple, c\u2019était Lafontaine, à Montréal).Elles correspondaient à deux chiffres au cadran, ce qui faisait ici 523-6000.Si on savait où on appelait, on ne savait pas vraiment qui allait répondre (la belle-mère, le beau-père, le fiston, la gardienne).C\u2019est l\u2019inverse maintenant: on sait qui on appelle, mais on ne sait pas où on le \u2013 ou la \u2013 joint.Le téléphone portable nous a rendus nomades.«L\u2019homme est naturellement mobile», avait affirmé l\u2019inventeur du portable, Martin Cooper.Il lui faudra près de 15 ans pour concrétiser son idée de téléphone sans fil.Le prototype qu\u2019il met au point est alors gros comme une brique et pèse près de un kilo.Sa batterie?Une autonomie de moins d\u2019une heure.Pas assez pour le commérage! Une version améliorée sera commercialisée 10 ans plus tard.Coût (en dollars de l\u2019époque): 3 995 $.L\u2019appareil se transformera rapidement et fera l\u2019objet d\u2019une avalanche d\u2019innovations.L\u2019autre bond technologique majeur, signé par la firme ontarienne BlackBerry, aura été d\u2019incorporer, en 2001, un clavier.Cela allait donner accès à notre boîte de courriels.Résultat, on utilise maintenant le portable davantage pour écrire et transférer des données que pour parler.Marshall McLuhan, ce grand sociologue des communications qui anticipait la fin de l\u2019écriture en serait retourné! Aujourd\u2019hui, on compte 6 milliards d\u2019abonnements à des fournisseurs de téléphones portables dans le monde.Et plus de la moitié de ces appareils sont des smartphones ou des iPhones.Mais il faut se rendre à l\u2019évidence, ce téléphone n\u2019est pas un téléphone (merci Magritte!).Il a tellement évolué qu\u2019il est devenu un fieffé ordinateur.Dans un entretien accordé à la revue française Philosophie (octobre 2013), Maurizio Ferraris1, un des rares penseurs du nu mérique, disait : «C\u2019est la machine qui met fin à toutes les autres parce qu\u2019elle les résume toutes.La partie qui se joue avec le mobile n\u2019est pas une simple question de technique.Elle touche à notre façon de regarder le monde et elle le fait philosophiquement.Plus tôt nous en prendrons la me sure, mieux cela vaudra.» En prendre la mesure?Pas certain qu\u2019on y arrive vraiment.À y re gar der de près, on constaterait qu\u2019il commande au - jourd\u2019hui une ré gle mentation bien plus serrée afin que les informations propres à nos vies privées puissent rester privées.Car la puce que cache le téléphone-qui-n\u2019est-pas-un-téléphone accumule bien des renseignements sur nous.C\u2019est par cette puce que transitent toutes nos conversations, nos messages texte, nos données.Des in for mations auxquelles notre fournisseur de service, ou une quelconque société de surveillance, peut éventuellement avoir accès.Déjà, certains appareils facilitent la géolocalisation.Les adresses de sites web de magasins où vous choisirez vos cadeaux de Noël seront sans aucun doute mémorisées par les moteurs de recherche auxquels vous avez eu recours.Vous cherchez un bijou?Quelle coïncidence, une publicité apparaît sur votre écran portable pour vous suggérer des adresses de bijoutiers près de chez vous.«Les nouvelles vont vite ! » pensez-vous.Mais cet ordinateur peut aussi être un mouchard.Que risque-t-il de se passer lorsque vous recueillez des informations sur un problème de santé que vous pensez avoir?Votre compagnie d\u2019assurances sera-t-elle mise au courant aussitôt?Et qu\u2019en sera-t-il lorsque la puce enregistrera vos données bancaires?Prémonitoire : mort récemment, l\u2019acteur Tony Curtis (un poète esclave dans le célèbre film Spartacus), s\u2019est fait enterrer avec son iPhone.Joue-t-il toujours l\u2019esclave, numérique cette fois, au-delà de la mort?Heureusement que les piles ne durent pas éternellement.Quoi?Ce serait une légende ur baine?Je peux toujours vérifier sur Wiki- pédia, avec mon téléphone portable.QS 1 Il est l\u2019auteur d\u2019un étrange ouvrage sur le portable : T\u2019es où?, Éditions Albin Michel, 2005.Par Raymond Lemieux Billet C Ceci n\u2019est pas un téléphone L\u2019anniversaire est passé étrangement inaperçu.C\u2019est en 1973, il y a 40 ans, qu\u2019un ingénieur de Motorola inventait un appareil qui allait conquérir nos ondes, nos oreilles et notre quotidien : le téléphone portable.Il a fait de nous des nomades branchés sur un monde à jamais bouleversé.Le meilleur des mondes? aStrophySiquE 8 Les 500 jours de Curiosity Le 19 décembre 2013, l\u2019astromobile- laboratoire Curiosity aura déjà roulé 500 jours sur Mars sans cesser de transmettre quantité de données aux scientifiques.Quel bilan en tirer?Par Joël Leblanc EntrEvuE 12 Le voile n\u2019est pas religieux Par Dominique Forget 4 BILLET Ceci n\u2019est pas un téléphone Par Raymond Lemieux 6 AU PIED DE LA LETTRE 11 AUJOURD\u2019HUI LE FUTUR Par Joël Leblanc SUIVEZ LE GUIDE 48 La neige et les patenteux Par Catherine Girard Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Dominique Forget Collaborateurs Serge Bouchard, Catherine Girard, Joël Leblanc, Elias Levy, Hélène Matteau, Nicolas Mesly, Jean-Pierre Rogel, Boureima Sanga, Binh An Vu Van Editing Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Frefon, Félix Renaud, Bruce Roberts, Boureima Sanga, Benjamin Turquet Éditeur Pierre Sormany Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chef, communications marketing Sandra Larochelle Attachée de Presse Stéphanie Couillard PUBLICITÉ Jean-François Litalien Tél.: 514 217-3005 jflitalien@velo.qc.ca Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Parution : novembre 2013 (510e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb Distribution Les Messageries de Presse Benjamin Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2013 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère de l\u2019Enseignement supérieur, Recherche, Science et Technonologie.Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada par l\u2019entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) pour nos activités d\u2019édition.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca Actualités et rubriques EnvironnEmEnt 40 Un pari Dakar-Djibouti On l\u2019appelle la Grande muraille verte.Elle va traverser l\u2019Afrique de part en part, tout en faisant barrière à la désertification.Un projet écologique gigantesque qui mobilise 11 pays, des centaines de chercheurs et des milliers de paysans.Au Tchad, on est déjà à l\u2019œuvre pour l\u2019ériger.Par Boureima Sanga alimEntation 44 Du pain sur la planche C\u2019est le gluten qui donne l\u2019élasticité à la pâte à pain, le moelleux à la bûche de Noël.À part ça, il ne sert à rien.Pourquoi ne pas le supprimer, alors?Par Hélène Matteau 13 Jean-Pierre Rogel Programmés pour la guerre?50 Serge Bouchard J\u2019ai laissé mon cœur à Coquitlam Nos chroniqueurs C M C A A U D I T E D quEbEc SciEncE DÉCEMBRE 2013 VOLUME 52, NUMÉRO 4 Pour Florence Piron, c\u2019est le «virage \u201cmalsain\u201d pris par le milieu professionnel scientifique, où la figure idéale est devenue celle de l\u2019entrepreneur-cher- cheur en perpétuelle compétition», qui serait une des causes des fraudes.«Mais dénoncer ce tournant et les dérives qu\u2019il entraîne n\u2019explique rien.D\u2019où vient cette nouvelle figure idéale?Selon moi, elle se rattache très clairement au paradigme dominant des politiques scientifiques actuelles, soit l\u2019économie du savoir, elle- même un produit dérivé du modèle économique néolibéral qui domine actuellement les modes de pensée des pays occidentaux.La fraude scientifique est, tout comme la fraude financière, une pratique qui est bien sûr officiellement dénoncée, notamment par les universités, lesquelles, pourtant, la combattent mollement; elle est aussi secrètement tolérée parce qu\u2019elle témoigne de l\u2019ingéniosité de ceux qui la pratiquent, de leur audace, de leur désir de vaincre et donc de leur parfaite obéissance aux règles non écrites du \u201cmarché\u201d des produits scientifiques.«Lutter contre la fraude scientifique relève du même combat que la lutte contre la fraude financière : l\u2019ennemi commun est le culte de l\u2019argent et de la réussite définie comme la victoire sur les autres pour obtenir une plus grande part de marché.Réhabiliter un idéal plus ouvert, plus généreux, plus collaboratif de la recherche scientifique, dans lequel la notion même de fraude n\u2019aurait plus de sens, s\u2019inscrit dans le mouvement général de contestation du néolibéralisme.» De son coté, Marc Pelletier a été troublé par les travaux du docteur Ioannidis, selon qui une majorité des études publiées, surtout dans les domaines de la santé physique et mentale ainsi que des neurosciences, sont fausses.«Il faut comprendre que les cas de fraude et d\u2019influence indue n\u2019expliquent qu\u2019une partie infime de cet état de fait.Certainement, le premier coupable, c\u2019est la mauvaise pratique de la méthode scientifique.L\u2019application d\u2019un devis expérimental et l\u2019analyse des données générées exigent une multitude de décisions; la plupart de celles-ci ont le potentiel de biaiser les résul - tats dans le sens voulu par le chercheur.Le risque de biais est considérablement réduit quand les chercheurs font connaître le protocole d\u2019analyse AVANT la publication des résultats, mais cette méthodologie est très rarement utilisée sauf pour les études pharmacologiques.» Piégés, les chercheurs?À une époque où les théories du complot foisonnent, «les fraudes font malheureusement très mal à la crédibilité du monde scientifique», souligne notre lectrice Kathleen Couillard.«Elles contribuent à l\u2019image (erronée, j\u2019en conviens) du scientifique à l\u2019intégrité discutable, soumis au diktat de l\u2019économie.Cela est dommage puisqu\u2019il s\u2019agit bien sûr d\u2019une minorité de chercheurs qui trafiquent leurs résultats.Pour cette raison, les universités et le milieu scientifique devraient dénoncer haut et fort les cas de fraude.» Selon elle, c\u2019est le fameux publish or perish qui est en grande partie responsable de cette situation.«Pour l\u2019étudiant, la publication est souvent la seule façon de graduer.Pour le directeur de laboratoire, c\u2019est la seule façon d\u2019aller chercher des subventions.Dans ce contexte, il peut être tentant de trafiquer un résultat.Est-ce qu\u2019il faudrait revoir la façon de financer la recherche?» Première génération Dans notre dossier sur l\u2019éducation paru dans le numéro de novembre («La recherche dans le réseau de l\u2019Université du Québec»), il est mentionné dans l\u2019entrevue «Un choc culturel» que 27% des universitaires seraient des étudiants de première génération (EPG), «moins qu\u2019il y a 10 ans quand on en comptait 32%».Thérèse Bouffard, professeure au département de psychologie de l\u2019Université du Québec à Montréal, nous a fait parvenir un rectificatif : «L\u2019ampleur du phénomène est importante, mais relativement stable depuis les cinq ou six dernières années.À l\u2019UQAM, par exemple, le pourcentage est un peu supérieur à 50%.Dans notre recherche, ces étudiants se retrouvaient davantage dans certains program - mes, comme en sciences de l\u2019é du ca tion, sciences administratives et sciences de la santé.Chez les moins de 25 ans, ce sont principalement les femmes qui constituent la cohorte des étudiants de première génération.» Robert Demers, de Saint-Bruno, nous écrit au sujet de l\u2019article «La fin des crayons», du dossier sur l\u2019éducation du numéro de novembre.Il signale : «Des équipes de neu roscientifiques (aux États-Unis, en France et en Allemagne) publient depuis au moins cinq ans les résultats de leurs recherches sur ce thème.Entre autres, leurs travaux soulignent que, dans certains contextes d\u2019apprentissage, l\u2019utilisation du crayon, par rapport au clavier, comporte un avantage au niveau de la mémoire.» Il cite l\u2019article intitulé «Écrire à la main : un avantage cérébral», publié dans le numéro de septembre-octobre 2013 de la revue Cerveau & Psycho, où il est écrit que, en écrivant à la main, « l\u2019implication des aires motrices du cerveau produit des connexions mnésiques plus complexes et plus stables».QS 6 Québec Science | Décembre 2013 courrier@quebecscience.qc.ca Au pied de la lettre Notre dossier «La chasse aux tricheurs» (novembre 2013) a suscité beaucoup de réactions, notamment sur le site internet escarmouches.ca.En voici quelques-unes. La science démysti?ée magazinesdescience.com 4 0 0 6 5 3 8 7 6,45$ E N K I O S Q U E J U S Q U \u2019 A U 2 4 O C T O B R E 2 0 1 3 DÉFICIT D\u2019ATTENTION MONTRÉAL APRÈS L\u2019ENFER CLIMAT: TROP CHAUD POUR LE VIN?LES ANCÊTRES OUBLIÉS DE VOTRE ORDINATEUR Que transportaient les wagons noirs?Une opération de décontamination sans précédent Pourra-t-on sauver la rivière Chaudière?OCTOBRE 2013 QUEBECSCIENCE.QC.CA Lac-Mégantic UNE BANDE D\u2019EMPLUMÉS! DINOSAURES Été 2013 2 o Vol.16 n Jeunes Naturalistes Cercles des La revue des LE TOUR DE LA SCIENCE EN DEUX TEMPS, TROIS MOUVEMENTS actualites Le 19 décembre 2013, l\u2019astromobile-laboratoire Curiosity aura déjà roulé 500 jours sur Mars sans cesser de transmettre quantité de données aux scientifiques.Quel bilan en tirer?Par Joël Leblanc 8 Québec Science | Décembre 2013 ur le sol, le silence est revenu et la poussière est retombée.La sonde Mars Science Laboratory (MSL) \u2013 le Laboratoire scientifique pour Mars \u2013 vient de larguer sur la planète rouge un bijou de technologie appelé Curiosity.C\u2019était le 6 août 2012.«Une fois qu\u2019il s\u2019est posé, il a fallu deux semaines pour faire toutes les vérifications, raconte Richard Léveillé, scientifique planétaire pour l\u2019Agence spatiale canadienne et membre de l\u2019équipe de la mission.Curiosity est resté sur place pendant qu\u2019on envoyait des commandes et recevait les confirmations que tout était en ordre après l\u2019agitation de l\u2019atterrissage.» Hormis un pépin mineur (un mât météorologique endommagé), tout fonctionnait; cela a permis depuis à l\u2019astromobile-laboratoire de prendre 100 000 photos et de transmettre 240 Go de données.Son site d\u2019atterrissage, nommé «Bradbury» en hommage au maître de la science-fiction états-unien Ray Bradbury (dont l\u2019un des ouvrages s\u2019intitule Chroniques martiennes), se trouve dans le cratère Gale, une grande zone d\u2019impact météoritique large de 150 km qu\u2019on soupçonne d\u2019avoir déjà contenu un lac.«Le cratère Gale a été choisi entre autres parce qu\u2019une étrange montagne, le mont Sharp (officiellement rebaptisé, en mai 2012, Æolis Mons, qui culmine à 5 500 m au-dessus de la plaine, NDLR) se trouve en son centre.Une telle montagne, remarque M.Léveillé, à un endroit où s\u2019est écrasée une météorite, est intrigante.Les relevés satellitaires ont révélé qu\u2019elle présente des couches sédimentaires et que des minéraux particuliers recouvrent sa base.» Une première analyse scientifique du sol est menée le 19 août 2012.Curiosity dirige alors le rayon laser de sa ChemCam (Chemistry Camera) sur une roche à 3 m sur sa droite.Des millions de watts d\u2019énergie lumineuse frappent le caillou en une trentaine de petites impulsions.Chaque fois, une étincelle est produite, dont les caméras de l\u2019engin analysent l\u2019intensité et la couleur pour identifier les minéraux présents.Le verdict tombe au bout de 10 secondes : du basalte, une roche volcanique.Rien d\u2019intéressant en ce qui concerne la possibilité de vie, mais une information géologique d\u2019importance; la première d\u2019une longue série.Depuis, le rover a dégainé son rayon laser plus de 85 000 fois sur plus de 2 000 cibles différentes.Quinze jours après son arrivée, le 21 août, les roues sont activées et, le lendemain, Curiosity réalise son premier déplacement; à l\u2019odomètre : 7 m.«Au début, il avançait à la vitesse d\u2019un escargot, relate Luther Beegle, scientifique au Jet Propulsion Laboratory et membre de l\u2019équipe affectée à l\u2019analyse des échantillons de surface.Un robot de ce prix, personne ne voulait l\u2019endommager en précipitant les manœuvres.Alors on y est allé lentement, en calculant chaque petit geste en fonction du paysage visible sur les photos!» Le plus gros rover jamais envoyé sur Mars (près de 3 m de long et pesant presque une tonne, incluant 80 kg d\u2019instruments scientifiques) se met véritable - ment en marche la semaine suivante pour atteindre un site appelé «Glenelg», où il réalisera les premiers échantillonnages géologiques.C\u2019est fin septembre 2012 que Curiosity fait les manchettes avec une première découverte.L\u2019astro- mobile a repéré des conglomérats, roches sédimentaires formées d\u2019une agglutination de cailloux grossiers.C\u2019est l\u2019évidence : ces cailloux sont trop gros pour avoir été transportés par le vent.Ils se trouvaient donc dans le lit d\u2019une ancienne rivière, selon les géologues de la NASA.Le courant devait être assez rapide, environ un mètre à la seconde, S N A S A / J P L - C A L T E C H Décembre 2013 | Québec Science 9 Autoportrait de Curiosity sur le sol de Mars.À gauche, on peut voir les traces laissées dans la dune de sable par les petits coups de pelle donnés par le robot.En arrière-plan, les contreforts du mont Sharp. pour une profondeur d\u2019eau de 25 cm à 1 m, estiment-ils.«L\u2019eau semble avoir coulé des bords surélevés du cratère vers l\u2019intérieur, explique Luther Beegle.Les sédi - ments accumulés ont laissé une plaine alluviale dans le fond.L\u2019époque où ce ruisseau a coulé est pour le moment impossible à déterminer.» Curiosity ne s\u2019arrête pas en si bon chemin.Le rover atteint ensuite un secteur appelé «Rocknest» où une grosse partie de son travail d\u2019investigation va se dérouler pendant une quarantaine de jours.Quelques échantillons de sable et de poussières fines sont prélevés dans une dune, puis chauffés à 835 ºC par l\u2019instrument SAM (Sample Analysis at Mars) qui analyse ensuite la composition des gaz obtenus.Les résultats, envoyés sur Terre, ont fait l\u2019objet de publications dans la revue Science à la fin de septembre 2013.Fait saillant: le sol de ce coin de la planète rouge est constitué d\u2019environ 2% d\u2019eau.Autrement dit, plus de 35 litres d\u2019eau se cacheraient dans chaque mètre cube de sable.D\u2019éventuelles missions habitées auraient donc accès à de l\u2019eau sur Mars! Mais ce n\u2019est pas tout.L\u2019échantillon chauffé a aussi confirmé la présence d\u2019éléments de base, nécessaires à l\u2019apparition d\u2019une vie telle qu\u2019on la connaît sur Terre.Ces éléments avaient déjà été détectés lors du forage effectué au début de février 2013 dans les vestiges d\u2019un ancien lac ou d\u2019un ancien delta nommé «Yellowknife Bay».Grâce à sa petite perceuse, Curiosity avait alors fait dans la roche un trou gros comme une pièce de 10 ¢ et profond de 6 cm.Dans la poudre grise produite par ce forage, les instruments SAM et CheMin (Chemistry and Mineralogy) ont pu détecter du dioxyde de carbone, de l\u2019oxygène, du dioxyde de soufre et des composés hydrogénés.«Il y a aussi beaucoup de minerais d\u2019argile appelés phyllosilicates et pas beaucoup de sel, précise Richard Léveillé, ce qui révèle que l\u2019eau sur Mars était douce, peut-être potable!» Il y a donc sur Mars tout ce qu\u2019il faut pour la vie, mais encore pas d\u2019indice de sa présence.Les analyses atmosphériques, par exemple, n\u2019ont décelé aucune trace de méthane, gaz typique lié aux activités biologiques terrestres.Quant à SAM, il a bien détecté quelques composés organiques dans le sol, mais il s\u2019agit probablement de contaminants d\u2019origine terrestre apportés par le rover.Curiosity a repris sa route le 4 juillet dernier, pour se diriger vers Æolis Mons; un périple de 9 km.On estime qu\u2019il faudra environ un an au robot pour y arriver.«Tout dépendra des découvertes qu\u2019on fera en chemin, nuance Luther Beegle.On voudra sûrement s\u2019arrêter de temps à autre pour mener quelques analyses sur des roches intéressantes.» Richard Léveillé continue : «Le mont, avec ses couches sédimentaires, devrait nous en apprendre beaucoup quant à l\u2019évolution des con di - tions sur Mars.Les couches à sa base sont logiquement les plus anciennes, alors que celles en altitude sont plus récentes.En évoluant du bas vers le haut, le robot nous permettra de découvrir les changements qui ont marqué la planète rouge.Peut-être même de comprendre pourquoi l\u2019eau autrefois présente est maintenant disparue.» La mission de Curiosity a encore neuf mois devant elle.On peut donc croire que le meilleur est à venir! QS 10 Québec Science | Décembre 2013 ACTUALITÉS > Le bras du robot en plein travail de forage dans le sol de Mars Voici le premier forage jamais effectué sur une autre planète que la Terre, il remonte au 8 février 2013.Au 274e jour de mission, une photo des roues du rover montre déjà de petites traces d\u2019usure.Il faut dire que le revêtement d\u2019aluminium ne fait que 0,75 mm d\u2019épaisseur.N A S A / J P L - C A L T E C H Décembre 2013 | Québec Science 11 L\u2019OREILLE BIONIQUE Un peu d\u2019hydrogel, quelques cellules de veau, des nanoparticules d\u2019argent et une imprimante 3D.C\u2019est tout ce qu\u2019il faut pour faire une oreille de cyborg, ce robot presque humain.Des chercheurs de l\u2019université de Princeton au New Jersey ont réussi le tour de force consistant à fabriquer une oreille en biomatériaux, dotée d\u2019une antenne intégrée capable d\u2019«entendre» les ondes radio.Selon les chercheurs, les cellules de veau qui ont proliféré dans la matrice de biogel ont formé l\u2019amalgame parfait de cartilage et d\u2019électronique.Ouvertement destinée au futur marché des pièces de cyborgs (!), l\u2019oreille pourrait théoriquement, toujours selon ses créateurs, être greffée à un humain et reliée électroniquement à son cerveau pour capter la radio.On n\u2019arrête pas le progrès! www.wired.com/design/2013/ 05/3-d-printed-ear-hears/ POUR LE JIMMY HENDRIX EN VOUS L\u2019achat d\u2019une belle guitare n\u2019est pas un incitatif suffisant afin d\u2019en jouer : 80% des aspirants abandonneraient leur rêve devant la difficulté de l\u2019apprentissage.C\u2019est ce qu\u2019avance Rusty Shaffer, l\u2019inventeur de la Fretlight, une guitare pour débutant dont le manche est garni de petites DEL qui s\u2019allument au bon moment pour indiquer où placer les doigts.Fini les nombreux allers-retours oculaires entre la partition et le manche avant de produire le moindre accord.La guitare se branche dans un ordinateur par câble USB et le logiciel permet de jouer n\u2019importe quelle pièce musicale dont le fichier MIDI est disponible, depuis la simple Poupée qui fait non jusqu\u2019aux plus difficiles solos d\u2019Eric Clapton.De 300 $ à 900 $ selon les modèles.http ://fretlight.com SOUDER À L\u2019EAU Une torche à souder fonctionnant à l\u2019eau et alimentée à l\u2019électricité?Le projet SafeFlame, développé par un groupe de chercheurs européens, vise à éliminer les bouteilles de gaz inflammable, comme le propane ou l\u2019acétylène, afin de réduire les risques d\u2019accident.Plus besoin de transporter ces dangereuses bonbonnes de gaz pressurisé par camion, puisque l\u2019eau courante est partout disponible.L\u2019astuce : une cellule d\u2019électrolyse utilise l\u2019électricité pour séparer l\u2019hydrogène de l\u2019oxygène, les deux éléments de l\u2019eau.L\u2019hydrogène, hautement inflammable, et son compère l\u2019oxygène se rejoignent à l\u2019embouchure de la torche, où s\u2019opère la combustion.Fini les vapeurs d\u2019acétylène.Le seul sous-produit de l\u2019opération est la vapeur d\u2019eau.www.safeflameproject.eu Futur > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > Va-t-elle illuminer le ciel ou disparaître sans crier gare?La comète ISON est l\u2019événement astronomique de cette fin d\u2019année.Mi-octobre, les chercheurs en astrophysique de l\u2019Université de Montréal photographiaient la belle pour la première fois à l\u2019observatoire du Mont-Mégantic.Le cliché (ci-dessus) montre que la queue de poussières est bien au centre de la queue de gaz, ce qui illustre que la comète se dirige presque directement vers le Soleil.Elle atteindra son périhélie, c\u2019est-à-dire le point de son orbite le plus proche de notre étoile, le 28 novembre.À l\u2019heure où nous écrivons ces lignes, elle ne s\u2019est toujours pas désintégrée\u2026 C\u2019est l\u2019occasion de rappeler que cette comète vient du nuage d\u2019Oort, situé aux confins du Système solaire, et effectue probablement son premier passage près du Soleil.Contrairement à ce qu\u2019indiquait notre article de novembre, elle n\u2019a pas mis 10 000 ans pour venir jusqu\u2019à nous.«C\u2019est un chiffre donné par la NASA, mais c\u2019est trop court! Cela signifierait qu\u2019elle a toujours voyagé à 20 km/s.Or, elle vient tout juste d\u2019atteindre cette vitesse en s\u2019approchant du Soleil.C\u2019est impossible de donner une valeur exacte, car l\u2019existence du nuage d\u2019Oort n\u2019est de toute façon qu\u2019hypothétique.La durée de son voyage avoisinerait plutôt le million d\u2019années», dit Karl Battams, astrophysicien au Naval Research Laboratory à Washington.Voilà qui est rectifié! Où est la comète?Denis Bergeron, astronome amateur interrogé par Québec Science sur l\u2019observation de la comète ISON dans le numéro de novembre, nous informe qu\u2019il continuera à alimenter son site internet avec de nouvelles images d\u2019ISON et des informations pour faciliter son observation en décembre.À consulter sur www.astrosurf.com/d_bergeron. 12 Québec Science | Décembre 2013 ACTUALITÉS > Dans le débat sur la laïcité, au Québec comme en France, on a tendance à faire du voile l\u2019apanage de la religion musulmane.Qu\u2019en dites-vous?Le port du voile est bien antérieur à l\u2019islam! En Syrie, au XIe siècle avant notre ère, c\u2019était un symbole de condition sociale.Les femmes de rang élevé le portaient pour se protéger du soleil.Plus tard, il s\u2019est répandu à Rome à l\u2019époque de l\u2019Empire.Les femmes mariées s\u2019en paraient pour signifier qu\u2019elles appartenaient à leur époux.Les mœurs se sont relâchées en Europe et le voile est devenu de plus en plus rare.Sauf au Moyen Âge, où il a ressurgi, du XIIe au XVIe siècle, sous l\u2019influence des croisades.Les femmes le mettaient par pure coquetterie.Le Coran lui a-t-il fait perdre sa dimension sociale pour en faire un symbole religieux?Absolument pas.Il est question du voile dans le Coran, mais il y a une large place à l\u2019interprétation.Comme dans la Bible d\u2019ailleurs.Dieu pare Ève d\u2019un vêtement pour qu\u2019elle reste humble, mais les chrétiens interprètent cela au sens figuré.Le respect de Dieu constitue un voile symbolique.Dans l\u2019Islam, l\u2019obligation de porter un voile physique est née d\u2019une lecture radicale du Coran, imposée par des islamistes à partir des années 1970.À votre avis, les gouvernements qui souhaitent interdire le port du voile font-ils fausse route?Absolument.En faisant du voile un symbole religieux, ils reprennent le discours des islamistes radicaux.Ils gomment complètement la dimension sociale et coutumière du voile et ils exacerbent le problème.Les musulmanes pratiquantes vont se dire que, à bien y penser, elles devraient porter le voile.Surtout que, lorsqu\u2019on interdit une chose, les personnes brimées sont encore plus tentées de passer outre.Certains voient dans le voile un symbole de domination masculine.La domination masculine se manifeste, malheureusement, de tellement de façons, dans nos sociétés! Arrêtons de mettre l\u2019accent sur le voile et d\u2019y accorder une importance qu\u2019il n\u2019a pas.Demander aux femmes de retirer leur voile peut-il être perçu comme une atteinte à leur pudeur?C\u2019est même violent, à mon avis.Si vous avez porté des gants toute votre vie et qu\u2019on vous demande du jour au lendemain de les retirer, vous allez vous sentir nue.Les religieuses forcées d\u2019enlever leur voile durant la Révolution française se sont d\u2019ailleurs senties dénudées.Nos grands-mères, elles, ne sortaient jamais sans un chapeau sur la tête.C\u2019est une question de mœurs, et ces mœurs évoluent lentement.Plutôt que de passer par la coercition, il faut ouvrir le dialogue avec les nouveaux arrivants et parler d\u2019égalité.Et l\u2019égalité passe par l\u2019éducation.Propos recueillis par Dominique Forget LE voiLE n\u2019Est pas rELigiEux E n t r e v u e L\u2019essayiste et historien belge Jean-Claude Bologne a examiné sous toutes ses coutures le rapport des femmes à leurs vêtements.D\u2019abord dans son vaste ouvrage Histoire de la pudeur (Olivier Orban, 1986) et, plus récemment, dans Pudeurs féminines.Voilées, dévoilées, révélées (Seuil, 2010).Pour lui, le voile n\u2019est pas un symbole religieux et les politiciens qui cherchent à l\u2019interdire font le jeu des islamistes radicaux.441 : c\u2019est le nombre de nouvelles espèces découvertes au cours des 4 dernières années dans la forêt amazonienne, encore largement inexplorée.Parmi ces «inédites», recensées depuis 2010 par le Fonds mondial pour la nature (WWF), on trouve 558 plantes, 84 poissons, 58 amphibiens, 22 reptiles et 18 oiseaux, sans même parler des insectes et des invertébrés, trop nombreux pour être listés.Ah oui! Il y a aussi un mammifère, et pas des moindres : il s\u2019agit du singe Caquetá titi (Callicebus caquetensis) qui appartient à l\u2019une des quelque 20 espèces de singes titi, et dont les bébés, quand ils sont contents, ronronnent comme des chats.Pas étonnant que les chercheurs fassent encore des trouvailles en Amazonie, où se trouvent près de la moitié des forêts tropicales de la planète et au moins 10% des espèces connues.Hélas, malgré les efforts de protection, chaque année, notamment à cause de l\u2019exploitation minière et de la reconversion des terres, 27000 km2 de forêt sont rayés de la carte.C\u2019est 56 fois la superficie de l\u2019île de Montréal.TOUT COMPTE FAIT > > T H O M A S D E F L E R / A R K I V E .O R G R I A N O V O S T I / S P L Décembre 2013 | Québec Science 13 l y a 10 ans, j\u2019ai eu le privilège d\u2019interviewer Jane Goodall.C\u2019était à l\u2019université de Guelph, en Ontario.La grande dame de la primatologie était arrivée avant l\u2019heure convenue.Tailleur gris élégant et joli foulard coloré, elle était prête au jeu des questions auquel l\u2019exposait son statut de célébrité médiatique.Juste à côté, le grand amphithéâtre avait commencé à se remplir; plus de 3 000 jeunes du secondaire étaient attendus pour sa conférence, mais la dame avait tout son temps.Elle me dit : «J\u2019aime tellement la curiosité des jeunes et leurs questions!» Et celles des journalistes?Petit sourire : « Ça dépend.Quand on parle de science, cela se passe généralement bien.» C\u2019était de bon augure et l\u2019interview s\u2019était en effet bien déroulée.Nous avons ensuite prolongé la conversation tout en faisant quelques pas sur le campus.Impossible de ne pas être impressionné par cette femme qui a passé plus de 40 ans dans la forêt tropicale africaine à observer les chimpanzés.En démontrant qu\u2019ils fabriquaient des outils et qu\u2019ils exprimaient des émotions, elle a changé notre vision envers ces cousins biologiques.Malgré le fait qu\u2019elle ait été une femme dans un univers d\u2019hommes et doublement isolée \u2013 physiquement dans sa forêt et intellectuellement dans une communauté scientifique qui la boudait \u2013, Jane Goodall nous a poussés à repenser la distinction entre l\u2019homme et les autres animaux.Ce qui lui a le plus coûté, c\u2019est sa découverte que la violence pouvait être un système organisé chez les chimpanzés.«Lorsque j\u2019ai vu pour la première fois ces primates s\u2019attaquer en groupe à d\u2019autres chimpanzés de communautés voisines, m\u2019a-t-elle raconté, cela a été un choc.Et lorsque tout cela s\u2019est transformé en une guerre de quatre ans, au cours de laquelle les mâles du groupe le plus important ont systématiquement chassé et attaqué des individus des communautés voisines, incluant des femelles qu\u2019ils ont laissées mourir de leurs blessures, j\u2019étais secouée et triste.C\u2019était effrayant.» Faut-il en déduire pour autant que les humains auraient une propension naturelle aux comportements guerriers?Que la guerre serait «dans nos gènes»?Cette thèse a été avancée à plusieurs reprises, mais les preuves sont minces.Certes, quelques sites préhistoriques témoignent d\u2019affrontements violents entre groupes d\u2019hominidés, mais on ne sait rien des circonstances et on ne peut pas parler de massacre planifié et systématique.Par ailleurs, on a souvent cité les travaux de l\u2019anthropologue états-unien Napoleon Chagnon sur les Yanomami en Amazonie.Selon ses observations, les membres de ce peuple isolé sont en état de guerre permanent.Ils complotent sans cesse pour organiser des raids et tuer en masse des ennemis.La guerre semble aussi la grande affaire de certaines peuplades de Pa- pouasie\u2013Nouvelle-Guinée.Mais d\u2019autres études sur des populations primitives ont révélé l\u2019inverse, soit la propension à coopérer ou à négocier lors de conflits.De toute manière, il est difficile de généraliser à partir de cas particuliers, surtout quand on parle d\u2019un phénomène aussi complexe que la guerre.On se demande d\u2019ailleurs comment l\u2019observateur, tout scientifique qu\u2019il soit, peut être à l\u2019abri d\u2019un biais dans ce type d\u2019étude.Derrière tout cela, il me semble toutefois qu\u2019on fait de plus en plus appel à un argument touchant la biologie de l\u2019évolution.L\u2019idée est que la violence aurait servi de pression sélective dans l\u2019histoire de l\u2019humanité.Les survivants sont ceux qui se seraient le mieux adaptés aux conflits, en mettant en œuvre la violence organisée envers les groupes rivaux, donc en faisant la guerre.Encore là, les éléments de preuve sont faibles.Et l\u2019on peut renverser l\u2019argument: pourquoi la sélection naturelle n\u2019aurait-elle pas favorisé, parmi nos ancêtres, ceux qui étaient particulièrement doués pour l\u2019apaisement et la coopération?Une étude récente, publiée dans Science (19 juillet 2013) a relancé ce débat.Loin de nous trouver une propension innée à Par Jean-Pierre Rogel I Programmés pour la guerre?La science pourrait-elle prouver que la violence entre groupes humains est innée?Ce n\u2019est pas certain.Et c\u2019est peut-être mieux comme ça.Les carnets du vivant L A P R E S S E C A N A D I E N N E La primatologue Jane Goodall dans la jungle africaine.Elle nous a poussés à repenser la distinction entre l\u2019homme et les autres animaux. F R E F O N I S T O C K P H O T O faire la guerre, Douglas Fry et Patrick So- derberg, de l\u2019université Vaasa en Finlande, concluent au contraire que la guerre n\u2019est pas «dans notre sang» et serait plutôt un comportement adopté récemment.En analysant 148 évé- nements d\u2019agressions mortelles survenus dans 21 sociétés de chasseurs-cueilleurs, les chercheurs constatent que les 2 tiers de tous les meurtres peuvent être attribués à des disputes familiales, à des rivalités amoureuses ou à de la violence individuelle spontanée.Ils ne relèvent pas de comportements guerriers parmi ces sociétés.Et c\u2019est ce qui me ramène à Jane Goodall.Lorsque nous avons marché ensemble sur le campus, avant sa conférence, je lui ai demandé si la violence qu\u2019elle avait découverte chez les chimpanzés était aussi en nous.«Il y a un côté sombre à notre nature, avait-elle répondu.Nous avons de fortes prédispositions à être agressifs et violents dans certains contextes.Mais je crois que la violence humaine est unique.Nous, et seulement nous, en tant qu\u2019espèce, faisons subir délibérément aux autres des douleurs physiques et mentales, malgré le fait que nous soyons parfaitement conscients de la douleur infligée.Nous seuls sommes capables de cruauté.» Mais cela signifie-t-il que nous sommes à jamais esclaves de ce côté sombre de notre nature?«Absolument pas, avait-elle affirmé.Plus que toute autre espèce, nous pouvons maîtriser notre nature biologique.Et nous souvenir que la coopération et les attitudes altruistes font aussi partie de notre héritage de primates.» Alors, sommes-nous programmés pour la guerre?Je me range du côté de Jane Goodall.La «biologisation» de la guerre est une idée tordue.Non seulement estelle faible sur le plan scientifique, voire indémontrable, mais elle est moralement indéfendable.Elle sape notre capacité à coopérer et à faire la paix, un aspect tout aussi important de notre nature.QS 14 Québec Science | Décembre 2013 ACTUALITÉS > LE RHUME TOPOGRAPHIÉ C\u2019est presque une lapalissade : aucun médicament ne guérit le rhume.Ce n\u2019est pourtant pas faute d\u2019avoir cherché.Les divers essais cliniques menés contre les rhinovirus, qui causent plus de 80% des rhumes, ont tous invariablement échoué.Une équipe de l\u2019université Wisconsin-Madison, aux États-Unis, vient de comprendre pourquoi, en modélisant la coque extérieure d\u2019un type de rhinovirus très mal connu, le rhinovirus C.Découvert seulement en 2006, ce sournois microbe, qui ne se laisse pas cultiver en laboratoire, avait échappé aux scientifiques.Et pourtant, il serait en cause dans la moitié des rhumes chez les enfants! À partir de 500 génomes de rhinovirus C, l\u2019équipe a obtenu un modèle détaillé, en 3 dimensions, des protéines présentes à sa surface.Surprise, elles sont très différentes de celles de l\u2019enveloppe des rhinovirus A et B, bien mieux connus, et contre lesquels étaient dirigés les médicaments testés.À la lumière de ces résultats, des antiviraux plus efficaces, ciblant également l\u2019enveloppe du type C, pourront peut-être voir le jour.Rhinovirus A Rhinovirus C LA GUERRE N\u2019EST PAS «DANS NOTRE SANG» ET SERAIT PLUTÔT UN COMPORTEMENT ADOPTÉ RÉCEMMENT.DES RATS AU CASINO?Atténuer la dépendance aux machines à sous grâce à un médicament?C\u2019est ce que croient possible des chercheurs de l\u2019université de Colombie- Britannique après avoir obtenu des résultats probants chez des rats joueurs! Pendant 16 mois, l\u2019équipe de Paul Cocker, du département de psychologie, a observé des rats jouant sur une machine composée de 3 ampoules et de 2 leviers.Toutes les ampoules s\u2019allument?Bingo, les rongeurs peuvent actionner le levier «encaisser» et déguster des pastilles de sucre.Dans tous les autres cas (aucune, une ou deux ampoules allumées), ce levier ne donne rien, mais le rat peut actionner le bouton «rejouer» autant de fois qu\u2019il le souhaite.Très vite, les animaux ont développé un problème de dépendance.Avec seulement deux ampoules allumées, ils avaient tendance à essayer d\u2019encaisser tout de même, visiblement sensibles, comme les humains, au sentiment d\u2019avoir «presque» gagné.Ce rat accro au jeu, le premier du genre, a permis aux chercheurs de tester un médicament qui bloque certains récepteurs de la dopamine, l\u2019hormone du plaisir libérée dans le cerveau des joueurs compulsifs quand ils s\u2019adonnent à leur passion.Résultat, les rats traités ont vu leur dépendance diminuer. D\u2019où vient votre idée de «démocratie carbone»?En étudiant l\u2019histoire pétrolière au Moyen- Orient et en découvrant comment on avait exploré les premiers gisements, construit des oléoducs et des terminaux, transformé le pétrole brut en énergie calorifère et motrice, j\u2019ai compris que l\u2019énergie carbonée et la politique démocratique moderne étaient très étroitement liées.Pour mettre au jour cette corrélation entre politique et industrie pétrolière, je rappelle dans mon livre les phases les plus marquantes de l\u2019histoire du charbon et la manière dont cette énergie a façonné le monde moderne, en produisant la démocratie dans certaines régions et la domination coloniale dans d\u2019autres.Vous démontrez, exemples éloquents à l\u2019appui, que les formes de démocratie apparues dans les principaux pays industrialisés sont la résultante de l\u2019exploitation des premiers gisements d\u2019hydrocarbures.À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, le charbon a permis l\u2019essor d\u2019une démocratie, du fait que son utilisation très répandue a conféré aux travailleurs un pouvoir nouveau.Le déplacement de quantités sans précédent de ce combustible depuis la mine jusqu\u2019aux usines et aux centrales électriques, en empruntant des voies ferrées et des canaux, a créé des points de vulnérabilité.En effet, une grève des travailleurs pouvait paralyser tout un système énergétique.Ainsi, Décembre 2013 | Québec Science 15 Le fond du baril À une époque charnière où les réserves pétrolières mondiales se tarissent et où notre système économique, générateur d\u2019iniquités sociales effarantes, est de plus en plus dysfonctionnel, Timothy Mitchell pose avec acuité une question cruciale : les énergies post-pétrole pourront-elles donner naissance à des régimes réellement démocratiques?Son livre très éclairant sonne le glas d\u2019une «civilisation inconsciente et hédoniste» où la croissance illimitée a été érigée en «religion».Propos recueillis par Elias Levy LE VRAI POUVOIR DU PÉTROLE Timothy Mitchell est titulaire de la Chaire d\u2019études du Moyen-Orient à la Columbia University, de New York.Il est l\u2019auteur de Carbon Democracy (Le pouvoir politique à l\u2019ère du pétrole, Éditions La Découverte, 2013), un essai brillant et passionnant, et de deux autres livres très remarqués devenus des ouvrages de référence dans les milieux universitaires : Colonising Egypt et Rule of Experts.P A U L R A P S O N / S P L la dépendance à une seule source d\u2019énergie a donné aux travailleurs le pouvoir de bloquer une économie entière.Les gouvernements occidentaux ont alors été contraints de céder aux demandes très explicites formulées par des millions d\u2019ouvriers.Ils ont consenti à accorder le droit de vote, à reconnaître le droit de grève, à taxer davantage les plus nantis, à instaurer des plans de sécurité sociale, à fournir à la classe ouvrière des assurances contre les accidents de travail et le chômage, des régimes de retraite, etc.Les revendications démocratiques pour une société plus égalitaire ont progressé grâce au flux et à l\u2019interruption de l\u2019approvisionnement en charbon.Mais l\u2019utilisation du pétrole comme substitut au charbon a amoindri considérablement le pouvoir des travailleurs dans les pays occidentaux.Durant la seconde moitié du XXe siècle, en effet, les gouvernements occidentaux se sont escrimés à affaiblir le pouvoir important et inédit conquis par les travailleurs en mettant en œuvre un nouveau projet d\u2019ingénierie simple mais très astucieux : abandonner le charbon pour le pétrole et le gaz.Dès les années 1940, les concepteurs du Plan Marshall \u2013 élaboré, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, par les États-Unis pour aider l\u2019Europe à se redresser économiquement \u2013 ont plaidé pour l\u2019instauration d\u2019un système de subventions des importations de pétrole du Moyen- Orient.Objectif : affaiblir à la fois la gauche et les mineurs européens.L\u2019Europe est alors passée du charbon au pétrole.Il faut remarquer que le pétrole étant un combustible liquide et assez léger, il peut être acheminé via des réseaux de distribution plus souples, oléoduc plutôt que rail, sur une distance plus importante entre les sites de production et les pompes à essence.Dans les pays du Moyen-Orient, les travailleurs du pétrole n\u2019avaient donc pas le même pouvoir de blocage et de coercition que leurs homologues euro - péens, notamment anglais, pour formuler des revendications sociales et politiques.Lesquelles ne se sont donc pas traduites par des gains sociaux et démocratiques, mais plutôt par la mise en œuvre de grands programmes de nationalisation.Cela n\u2019a pas amélioré pour autant les conditions de vie de centaines de millions de travailleurs dans ces contrées.Tout au long du XXe siècle, les cartels de production, entièrement contrôlés par des compagnies pétrolières occidentales, ont donc sciemment limité l\u2019offre pour que cette source d\u2019énergie surabondante devienne une «ressource stratégique» vulnérable, nécessitant la protection des armées impériales et des États vassaux du Moyen-Orient.Ces caractéristiques de l\u2019industrie pétrolière expliquent, parmi bien d\u2019autres, pourquoi il a été de plus en plus difficile de mettre en place là-bas, à partir de la production de pétrole, des mécanismes politiques plus démocratiques.Les prix de plus en plus élevés du pétrole pour- raient-ils générer des formes de contestation politique violentes en Occident?Ce scénario est très plausible.Depuis la fin des années 1990, le prix du pétrole a augmenté de 400%.Une hausse effarante! Les prix très élevés de l\u2019essence et les pénuries anticipées de pétrole pourraient certainement produire un nouveau type d\u2019action politique prônant la grève dans les raffineries, le blocage des routes et des dépôts d\u2019essence ou le sabotage d\u2019oléoducs.Dans plusieurs pays occidentaux, durement touchés par la crise économique, ce militantisme débridé contre la hausse des prix du pétrole pourrait aussi alimenter un nationalisme xénophobe.Aujourd\u2019hui, les délocalisations industrielles en Occident ne suivent-elles pas la même logique que celle qui a régi, au début du XXe siècle, la délocalisation de l\u2019exploitation des sources énergétiques de l\u2019Europe vers le Moyen-Orient?Absolument.Comme le dit très justement le grand écrivain tchèque Milan Kundera, « l\u2019histoire est un éternel recommencement».L\u2019énergie a été le premier objet de délocalisation industrielle.Pour la première fois, une source d\u2019énergie était importée sans qu\u2019on ait à la payer d\u2019une contestation politique.Aujourd\u2019hui, l\u2019industrie du pétrole a fait de nombreux émules.La délocalisation massive des emplois industriels des pays occidentaux vers le Tiers-Monde et les économies émer- gentes, où la main-d\u2019œuvre est très bon marché et où les droits des travailleurs ne sont pas protégés, est l\u2019un des principaux credo de la politique économique et industrielle mondialisée.Des milliers de compagnies nord-américaines et européennes ont établi leurs centres de production manufacturiers et industriels en Chine, en Inde ou au Mexique.Selon vous, y a-t-il un lien de causalité entre la présence des réserves de pétrole du Moyen- Orient et la vague de révoltes populaires dans plusieurs pays arabes?Il suffit de jeter un coup d\u2019œil à une carte pétrolière du Moyen-Orient pour constater qu\u2019elle est composée de trois catégories de pays : les gros producteurs de pétrole (Iran, Irak, Arabie Saoudite et les autres monarchies du Golfe persique), les pays qui en produisent moins et dont les réserves ne cessent de diminuer (Égypte, Syrie, Tunisie, Yémen, Bahreïn, Libye) et les pays qui n\u2019en produisent presque pas (Israël, Palestine, Jordanie, Liban, Maroc).La récente vague de révoltes dans le monde arabe démontre 16 Québec Science | Décembre 2013 Le fond du baril L\u2019exploitation des sables bitumineux à Fort McMurray en Alberta D A N _ P R A T / I S T O C K P H O T O RETROUVEZ LES MAGAZINES D\u2019ICI Insta @MagsDici DÉCOUVREZ une multitude de magazines d\u2019ici ACHETEZ VISITEZ BoutiqueMagazinesDici.ca P A T R U O T bien l\u2019importance des revenus pétroliers et la difficulté à instaurer un régime politique démocratique.Plus la production pétrolière d\u2019un pays périclite vite, plus les luttes contestataires en faveur d\u2019un régime politique démocratique et d\u2019une avancée des droits sociaux se multiplient.C\u2019est certainement le cas de la Tunisie et de l\u2019Égypte, ainsi que du Yémen, du Bahreïn et de la Syrie, où le Printemps arabe s\u2019est rapidement propagé.Chez les principaux producteurs de pétrole, un seul a été touché par cette vague de protestations populaires : la Libye où la produc - tion de pétrole a subi une baisse significative ces dernières années.Aujourd\u2019hui encore, une large partie de l\u2019humanité est toujours convaincue que les ressources pétrolières mondiales sont inépuisables.Nous entrons actuellement dans les dernières décennies de l\u2019ère des carburants fossiles, où les mineurs du charbon et les travailleurs du pétrole ont amené à la surface de la terre des quantités massives d\u2019énergie qui ont rendu possible la vie industrielle, la mégalopole et la banlieue, l\u2019agriculture industrialisée, le monde chimiquement transformé des matériaux synthétiques, les communications, l\u2019électricité, le commerce mondial, l\u2019émergence de formes politiques plus démocratiques, etc.Pourtant, alors même que la fin de ce bref épisode de l\u2019histoire humaine se profile, nous semblons incapables d\u2019abandonner la pratique malsaine à laquelle nous nous sommes habitués : des modes de vie et de pensée qui considèrent la nature comme une ressource infinie.Donc, le scénario d\u2019un épuisement des carburants fossiles est plausible?Notre planète consomme ses stocks de pétrole plus vite qu\u2019elle ne découvre de nouvelles réserves.Sur les 70 000 champs pétrolifères du globe, 110 produisent la moitié du pétrole brut mondial.Une majorité de ces gigantesques gisements ont été découverts il y a plus d\u2019un demi-siècle, entre les années 1930 et le début des années 1960.Au moins 16 des 20 plus grands gisements de pétrole sont sur le déclin, produisant chaque année moins de brut.Depuis 2008, la quantité de pétrole produite par les gisements déjà en exploitation a diminué de plus de 4% par an.D\u2019après les données fournies par l\u2019Energy Information Administration (EIA) des États- Unis, la production mondiale de brut, estimée à 73 millions de barils en 2005, n\u2019augmente plus.En 2010, elle en était encore à 73 millions.La production de pétrole issue de sources conventionnelles semble avoir atteint un plateau.Est-ce pour cela que des compagnies pétrolières financent le développement de nouvelles sources d\u2019énergie renouvelables?Ces compagnies n\u2019ont pas le choix.Trouver des substituts au pétrole est leur gage de survie.La recherche de nouvelles sources d\u2019énergie \u2013 éolienne, hydrogène, hydroélectrique, etc.\u2013 est essentielle à leur valorisation boursière.N\u2019oubliez pas que Wall Street détermine la valeur de ces compagnies uniquement en fonction de leur capacité à renouveler leurs réserves d\u2019énergie.Au début des années 1960, des multinationales pétrolières ont acquis, aux États-Unis, plusieurs grandes entreprises actives dans le secteur du nucléaire.À cette époque, on pensait que le nucléaire serait une source d\u2019énergie intarissable et peu coûteuse.Leur stratégie était très astucieuse : maintenir suffisamment élevé le coût d\u2019utilisation de l\u2019énergie nucléaire pour qu\u2019elle ne déstabilise pas le marché du pétrole.Le même scénario se reproduit aujourd\u2019hui avec les énergies renouvelables, susceptibles de se substituer au pétrole.Les techniques d\u2019extraction du pétrole et d\u2019autres hydrocarbures ne sont-elles pas de plus en plus polluantes?Ces techniques de plus en plus complexes (sables bitumineux, huiles de schiste), causent de graves dégâts environne mentaux.C\u2019est pourquoi, en Occident, les questions écologiques inhérentes à l\u2019extraction du pétrole sont beaucoup plus importantes qu\u2019il y a 30 ou 20 ans.Les catastrophes naturelles connexes se sont multipliées ces 10 dernières années.Par exemple, la marée noire provoquée par la plateforme de forage de BP, Deepwater Horizon, dans le golfe du Mexique en 2010.Aujourd\u2019hui, l\u2019extraction du pétrole est devenue un processus destructeur.Vous en savez quelque chose, au Canada : l\u2019exploitation des sables bitumineux en Alberta a des conséquences très délétères au plan environnemental.De plus, si dans le passé les forages étaient réalisés dans de grands territoires isolés, ils se font aujourd\u2019hui à proximité de zones habitées.Cette exploitation coûte plus cher.On extrait de moins en moins de pétrole à l\u2019état brut.Ce dernier doit passer à travers une longue chaîne de transformation.Cela implique que l\u2019extraction de l\u2019or noir comporte beaucoup plus de risques écologiques.Et qu\u2019elle est aussi beaucoup plus coûteuse que dans le passé, de sorte qu\u2019elle requiert de grands investissements financiers.Pour attirer de nouveaux capitaux et garantir un profit alléchant, les compagnies pétrolières ont été obligées de réduire leurs coûts d\u2019opération, c\u2019est-à-dire de restreindre le nombre d\u2019employés affectés aux opérations de forage.Conséquemment, le risque d\u2019acci - dents augmente.Vous rappelez dans votre livre que l\u2019épineux problème du réchauffement climatique et celui du tarissement des réserves pétrolières sont concomitants.Ces deux problèmes sont en effet liés, car ils émanent tous deux des modes de vie créés par l\u2019utilisation des carburants fossiles.Notons que, à partir de 2000, pendant la décennie qui a connu une forte augmentation des prix du pétrole, la question des limites de l\u2019offre des carburants fossiles n\u2019a mobilisé ni de grands groupes économiques internationaux ni de grandes organisations écologistes militantes.Aux États-Unis, le thème de l\u2019approvision - nement en pétrole a été exploité sans vergogne par la droite républicaine qui prône un assouplissement des contrôles environnementaux pour pouvoir accroître la production nationale.Ces ultraconservateurs ont mené une campagne soutenue, bâtie sur l\u2019idée populiste qu\u2019une augmentation substantielle de cette production nationale permettrait de réduire la dépendance des États-Unis envers le «pétrole arabe».Or, cette notion, non seulement xénophobe mais pas du tout fondée, n\u2019est pas une issue réaliste pour affronter une réalité qui sera de plus en plus ardue : l\u2019épuisement des réserves pétrolières mondiales.QS 18 Québec Science | Décembre 2013 Le fond du baril Paradoxalement, trouver des substituts au pétrole est le seul gage de survie des compagnies pétrolières.La recherche de nouvelles sources d\u2019énergie \u2013 éolienne, hydrogène, hydroélectrique, etc.\u2013 est en effet essentielle à leur valorisation boursière. SOMMAIRE 20 Père Noël: faut-il mentir aux enfants?23 L\u2019imagination au pouvoir 24 L\u2019arbre de Noël nouveau 26Minuit, chrétiens et l\u2019aigu fatidique 28 La neige, ce mystère 29 Et si on triait par couleur?32C\u2019est pas des cadeaux! 34Dinde dodue (mais dopée?) Décembre 2013 | Québec Science 19 A N N E V I L L E N E U V E PÈRE NOËL FAUT-ILMENTIR Spécial temps des fêtes Le père Noël, le pôle Nord, les jouets, le petit renne au nez rouge.Tout cela fait naître des étoiles dans les yeux des enfants.À quoi sert cette symbolique?Par Marine Corniou her père Noël! À quoi ressemblerait le temps des fêtes sans sa barbe blanche, ses yeux rieurs, son traîneau, ses rennes et sa poche pleine de cadeaux?«Pourtant, vous n\u2019avez pas idée du nombre de parents qui se disputent pour savoir s\u2019il faut ou non laisser les enfants croire au père Noël, dit Serge Larrivée, professeur à l\u2019École de psychoéducation de l\u2019Univer - sité de Montréal et auteur d\u2019articles sur la question.Certains adultes considèrent que promouvoir la croyance au père Noël, c\u2019est valoriser le mensonge.» Les détracteurs du bonhomme bedonnant ont en tout cas du pain sur la planche.Les rares études scientifiques menées sur le sujet démontrent que, en Occident, jusqu\u2019à 90% des enfants de moins de 7 ans croient au père Noël! «Ils n\u2019ont aucun mal à accepter qu\u2019un seul homme, âgé de surcroît, puisse distribuer en quelques heures des cadeaux à tous les enfants de la Terre», résume Serge Larrivée.Et c\u2019est normal! Chez les très jeunes, la frontière entre l\u2019imaginaire et la réalité est floue.Leur raisonnement logique n\u2019est pas encore structuré.Entre deux et six ans, ils ont du mal à jongler avec les concepts, et ils recourent volontiers à la magie pour expliquer le monde qui les entoure.«Les études prouvent que c\u2019est à partir de l\u2019âge de quatre ou cinq ans que les enfants commencent à distinguer les événe- ments imaginaires de ceux de la réalité.Ils comprennent petit à petit que ce qui se passe dans une histoire inventée n\u2019est pas forcément possible dans le monde réel.C C O R B I S R AUX ENFANTS?Mais ceux de trois ans, pour leur part, n\u2019y parviennent pas encore», explique Louise Bunce, psychologue à la London Metropolitan University et spécialiste de la notion de réalité chez l\u2019enfant.Cette crédulité n\u2019a rien d\u2019étonnant.C\u2019est même une question de survie pour les tout-petits.«D\u2019un point de vue évolutionniste, leur cerveau est programmé pour faire confiance aux adultes.précise Serge Larrivée.Ils n\u2019ont pas d\u2019autre choix au début de leur vie.» Il faut dire qu\u2019en matière de père Noël, les parents travaillent fort pour que leurs rejetons avalent le morceau.Ils font la file au centre commercial pour voir le «vrai» bonhomme, lui laissent des biscuits et du lait sur la table, aident leurs petits à lui écrire des lettres\u2026 et à déballer les cadeaux! «Toute la société participe à l\u2019illusion, commente Louise Bunce.Il s\u2019agit d\u2019un rituel culturel, au même titre que faire un vœu en soufflant les chandelles d\u2019anniversaire, garder une veilleuse allumée pour faire peur aux monstres la nuit ou laisser une pièce sous l\u2019oreiller quand la Fée des dents est passée.» Ils ont beau être naïfs, les enfants se fient donc surtout à ce qu\u2019ils voient pour faire le tri entre le vrai et le faux.C\u2019est ce qu\u2019a confirmé une étude menée par des chercheurs de Harvard en 2006, auprès d\u2019enfants de quatre à huit ans.Quand les adultes décrivent avec force détails les faits et gestes de personnages qui laissent par ailleurs des traces tangibles, comme des cadeaux, des pièces de monnaie ou des miettes de biscuit, les enfants n\u2019ont aucune raison de douter de leur venue. Spécial temps des fêtes 22 Québec Science | Décembre 2013 En revanche, ils sont beaucoup plus sceptiques quand il s\u2019agit de croire à l\u2019existence d\u2019êtres improbables comme des cochons volants, des sirènes, des monstres ou des sorcières, que les discours parentaux tendent à présenter comme farfelus.Mais peu importe qu\u2019ils soient dupes ou non, les petits sont naturellement fascinés par le merveilleux.Ils aiment croire à la magie.«On sait que les enfants peuvent naviguer entre l\u2019imaginaire et le réel sans les confondre.Une petite fille qui joue à la dînette en cuisinant des cailloux sait pertinemment qu\u2019il ne s\u2019agit pas de vrais aliments.Mais elle entretient précieusement son monde imaginaire», poursuit Serge Larrivée.ette imagination fertile a longtemps été discréditée, alors qu\u2019elle est sans conteste un moteur du développement.«Beaucoup d\u2019études concluent que le fait de laisser aller son imagination est positif pour le développement cognitif et social des enfants.On sait par exemple que les petits de quatre ans parviennent mieux à raisonner et à résoudre les problèmes présentés dans un contexte imaginaire.Des tests ont démontré que le fait de s\u2019immerger dans le fantastique, par exemple en regardant les films de Harry Potter, améliore la créativité des enfants entre quatre et six ans.Ceux qui s\u2019inventent un ami imaginaire ont aussi une meilleure compréhension de la frontière entre les mondes réel et fantastique», souligne la chercheuse Louise Bunce.Nul besoin de nous inquiéter, donc, si notre enfant croit dur comme fer au père Noël, même s\u2019il a passé sept ans, l\u2019âge de raison à partir duquel le nombre de partisans du roi du pôle Nord diminue radicalement.«Il n\u2019y a pas de risque à trop favoriser l\u2019imaginaire, soutient Nathalie Parent, psychologue clinicienne et chargée de cours à l\u2019Université Laval.Au contraire, une bonne imagination présage d\u2019une bonne santé mentale; cela aide à trouver des solutions dans la vie.J\u2019ai connu un petit garçon de 10 ans qui croyait encore au père Noël; il n\u2019avait pas de père et cette figure masculine lui faisait du bien, tout simplement.» Quant au risque de passer pour un traître le jour où sa progéniture découvre le pot aux roses, il est minime.Souvent, les enfants cessent de croire au père Noël à mesure que leur esprit logique entre en contradiction avec les pouvoirs surnaturels du vieux papi.Cette phase de transition dure parfois plusieurs années.«Lorsqu\u2019ils sont petits, ils ont réponse à tout : si le père Noël va si vite, c\u2019est que ses rennes sont magiques ou que les lutins l\u2019aident.Mon petit-fils m\u2019expliquait que le père Noël avait une cheminée portative pour entrer dans les maisons où il n\u2019y a pas de cheminée.L\u2019année d\u2019après, il était déjà moins convaincu et manquait d\u2019arguments, raconte Serge Larrivée.Lors de cette phase de transition, les parents ne cherchent généralement pas à nier l\u2019évidence.C\u2019est bien, car il faut laisser se développer l\u2019esprit critique des enfants.» D\u2019ailleurs, dans une étude menée en 2002 auprès de 45 enfants, Claude Cyr, pédiatre au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, affirmait que les deux tiers d\u2019entre eux se sentaient fiers d\u2019avoir découvert la vérité sur le père Noël.«Vers huit ou neuf ans, ils se rangent du côté des parents pour perpétuer le mythe et convaincre leurs frères et sœurs plus jeunes de son existence.C\u2019est un vrai rite de passage», affirme Serge Larrivée.Et le psychoéducateur d\u2019ajouter que, loin de faire l\u2019apologie du mensonge, la croyance au père Noël apporte une saine bouffée de magie et de joie aux enfants\u2026 et aux parents.«Je soupçonne certains petits de continuer à croire pour faire plaisir à leurs parents», s\u2019amuse-t-il.Ce que ne démentiront pas les chercheurs de la City University of New York, qui ont analysé l\u2019expression faciale de 1 050 enfants juste après leur visite de Noël au centre commercial.Bilan?Quatre-vingts pour cent des enfants paraissaient indifférents à leur rencontre avec le faux barbu, alors que 87% des adultes accompagnateurs affichaient une mine ravie.QS SI L\u2019IMAGINATION A LONGTEMPS ÉTÉ DISCRÉDITÉE EN ÉDUCATION, ELLE EST CONSIDÉRÉE MAINTENANT COMME ESSENTIELLE AU DÉVELOPPEMENT COGNITIF DES ENFANTS.C H U L T O N A R C H I V E Décembre 2013 | Québec Science 23 L\u2019imagination est-elle toujours bénéfique?Traditionnellement, les philosophes ont vu l\u2019imagination comme quelque chose de négatif.Nicolas Malebranche, au XVIIe siècle, la considérait comme la «folle du logis», l\u2019ennemie de la raison.Les philosophes de l\u2019Antiquité et ceux des Lumières en avaient tous peur.Pour eux, elle s\u2019opposait au développement de la pensée rationnelle.L\u2019épistémologue suisse Jean Piaget, un des pionniers de la psychologie de l\u2019enfant au XXe siècle, s\u2019est un peu inscrit dans cette lignée.Il a étudié l\u2019imagination à travers les jeux symboliques, au cours desquels l\u2019enfant fait semblant; en prenant un bâton pour une épée, par exemple.Selon Piaget, la période «préopératoire» de l\u2019enfant, avant l\u2019âge de sept ans, est caractérisée par l\u2019incohérence de la pensée.L\u2019imaginaire doit être dépassé pour permettre à l\u2019enfant d\u2019entrer dans une pensée rationnelle, logique.Cela semble en contradiction avec ce que disent les psychologues d\u2019aujourd\u2019hui\u2026 En fait, il y avait deux courants de pensée.À la même époque que Piaget, les psychanalystes comme Donald Winicott considéraient l\u2019imagination comme indispensable à la santé mentale.Le russe Lev Vygotski, lui, affirmait que, en jouant au «grand», l\u2019enfant s\u2019approprie ce que les adultes font autour de lui.Il voyait donc déjà l\u2019imaginaire comme un moteur du développement.Les cliniciens aussi savent depuis longtemps que l\u2019imagination est très utile en thérapie.Même chez les adultes, elle est utilisée avec beaucoup d\u2019efficacité, en hypnose, comme levier pour créer des situations sécurisantes chez les personnes anxieuses.Y a-t-il un risque que l\u2019imaginaire prenne le pas sur la réalité?Seuls certains enfants souffrant de psychose perdent parfois le contact avec le sens commun.Mais en règle générale, au contraire, valoriser l\u2019imaginaire aide l\u2019enfant à développer des espaces de pensée utiles pour raisonner dans la réalité.Cela lui permet de rester en lien avec l\u2019adulte, en convoquant des éléments de son univers fictionnel personnel pour donner du sens à une situation.Le réel et l\u2019imaginaire ne sont pas deux mondes hermétiques.Et je n\u2019ai jamais entendu quelqu\u2019un dire que c\u2019était néfaste de raconter des histoires aux enfants\u2026 En outre, le père Noël n\u2019est pas un mensonge; c\u2019est un mythe.Il permet d\u2019entrer dans la culture.L\u2019IMAGINATION AU POUVOIR Spécialiste du développement sociocognitif des enfants, Frédéric Cerchia, aujourd'hui délégué à l\u2019enfance pour le gouvernement suisse, a exploré la compréhension des métaphores chez les petits de 4 à 10 ans au cours de ses recherches à l\u2019Université de Lausanne.«Le réel et l\u2019imaginaire ne sont pas deux mondes hermétiques.» P I E R R E D U R A N D Spécial temps des fêtes \u2019arbre de Noël est au centre du temps des fêtes.Il faut qu\u2019il reste beau pendant plus de un mois, explique Christian Morin, président de l\u2019Association des producteurs d\u2019arbres de Noël du Québec (APANQ).Et comme, depuis les années 1960, l\u2019amélioration génétique des sapins a fait un bond de géant, l\u2019époque où on allait choisir son arbre de Noël en forêt est bel et bien révolue.» Selon M.Morin, le sauvageon, \u2013 l\u2019arbre que l\u2019on allait choisir dans la forêt \u2013 perd ses aiguilles plus rapidement: «Parce qu\u2019il croît sur une terre plus pauvre que celle des pépinières, il est moins robuste et moins touffu que sa version améliorée.Ses branches espacées ressemblent à des perchoirs à poules.Elles ne supportent pas bien le poids des décorations.» À l\u2019origine, les sapins cultivés pro venaient des meilleures lignées sauvages.Mais au fil du temps, ils ont été sélec tionnés en fonction de la rapidité de leur croissance, de leur tolérance aux maladies et aux insectes \u2013 tels les pucerons ou la terrible tordeuse des bourgeons de l\u2019épinette \u2013 de leur densité, de leur forme conique naturelle, de leur couleur et de la rétention de leurs aiguilles.24 Québec Science | Décembre 2013 «L L\u2019arbre de Noë Plus touffu, plus résistant, plus élégant, trônant au salon dans toute sa splendeur illuminée, le sapin cultivé aura eu raison de son cousin sauvage.Éloge d\u2019un mutant.Par Nicolas Mesly «J\u2019ai voyagé aux États-Unis, en Europe et dans l\u2019Ouest canadien pour sélectionner mes arbres, raconte Larry Downey, pépi - niériste et producteur d\u2019arbres de Noël à North Hatley, en Estrie.Il existe une quarantaine d\u2019espèces de sapins dans le monde, poussant sous toutes sortes de climats, depuis les Amériques jusqu\u2019en Chine, en passant par la Turquie.Quant au Québec, c\u2019est une terre de prédilection pour le sapin baumier qui, comme son nom l\u2019indique, embaume; mais il tend à perdre ses aiguilles.Heureusement, le Québec fournit aussi le sapin Fraser, moins odorant, mais qui conserve longtemps les siennes.Le truc consiste donc à croiser ces deux espèces pour produire le sapin idéal.» Il a fallu une patience d\u2019ange pour mettre au point l\u2019arbre de Noël comme on l\u2019aime.Par exemple, le sapin baumier ne produit ses cônes qu\u2019à 25 ou 30 ans d\u2019âge.Pour reproduire ce genre de «Starbuck résineux», il faut greffer ses branches à une douzaine de souches.Mais pas question de compter sur un seul Starbuck.On crée plusieurs bons reproducteurs à chaque greffage pour diversifier le pool génétique.Cette stratégie permet de produire des lignées d\u2019arbres plus vigoureux, aptes à mieux résister aux maladies ou aux aléas des changements climatiques.Les branches greffées vont à leur tour produire des milliers de cocottes.Pour ce faire, on utilise du pollen de sapin baumier, de sapin Fraser ou d\u2019une autre espèce pour créer un hybride.Il faut ensuite récolter toutes ces cocottes à la main pour en extraire les graines fécondées.Entre le moment où l\u2019on plante une graine d\u2019arbre de Noël en terre et celui où il se dresse dans le salon, il va s\u2019écouler 12 hivers! «Sur 25 espèces, 10 réussissent bien, mais seulement 4 ont passé le test final après 20 ans de sélection», explique Larry Downey, au cours de la visite guidée de sa pépinière.Dans un de ses champs, des centaines de petits arbres, résultat d\u2019un croisement entre le sapin baumier et un sapin japonais, poussent en ran - gées, bien droits.Non loin, d\u2019autres arbrisseaux, résultat cette fois d\u2019un croisement entre un sapin coréen et un sapin de l\u2019Arizona, grandissent de façon tout aussi ordonnée.Le producteur soulève une branche de l\u2019un des petits arbres, découvrant des aiguilles d\u2019un magnifique bleu acier.Dans un autre champ, des rangées de sapins coréens d\u2019une forme conique parfaite se développent à hauteur d\u2019homme.Leur couleur vert pâle et le goût citronné des aiguilles les diffé - rencient immédiatement des sapins baumiers et Fraser voisins.Ceux-là sont moins faciles à distinguer, sauf pour les cerfs de Virginie (ou les rennes du père Noël?).«Ils adorent le sapin baumier mais ne touchent pas au Fraser», dit le pépiniériste qui a dû investir plus de 50 000 $ en clôtures pour protéger les arbres contre ces ruminants.L\u2019an dernier, à North Hatley, près de 400 familles sont venues choisir leur sapin.«Nous poursuivons l\u2019une de nos plus fières traditions familiales : dénicher un bel arbre.En plus, nous servons le chocolat chaud!» Cadeau : son épouse Marlene enseigne aux visiteurs à fabriquer des couronnes de Noël.QS +Pour en savoir plus : Où faire l\u2019autocueillette, comment conserver longtemps son sapin de Noël : apanq.qc.ca/consommateurs Décembre 2013 | Québec Science 25 oël nouveau LE SAPIN ET LA LUCIOLE Un sapin de Noël qui s\u2019illuminerait tout seul jour et nuit dans votre salon, ça vous dit?Des chercheurs de l\u2019université Hertfordshire, au Royaume- Uni, planchent sur un arbre de Noël dont on a modifié l\u2019ADN pour y introduire des gènes de méduses et de lucioles.L\u2019arrivée de ce sapin dans nos foyers n\u2019est cependant pas pour demain, car son coût reste prohibitif (environ 350 $).DES CHIFFRES ET DES AIGUILLES Le Québec est le plus gros exportateur d\u2019arbres de Noël au pays, souligne le ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation du Québec (MAPAQ).Il exporte annuellement plus de 820 000 arbres, principalement aux États-Unis, mais aussi au Mexique et au Venezuela.Les producteurs vendent également quelque 400 000 arbres au Québec et dans le reste du Canada.N I C O L A S M E S L Y 26 Québec Science | Décembre 2013 Spécial temps des fêtes minuit, chré l\u2019aigu fatidiq Décembre 2013 | Québec Science 27 ous les 24 décembre, elle revient, cette «heure solen nelle».Plutôt que d\u2019inspirer le respect, elle provoque parfois le rire.Les fidèles réunis à l\u2019église du village \u2013 les moins fidèles aussi qui ont sorti leurs beaux atours pour l\u2019occasion \u2013 semblent écouter le Minuit, chrétiens avec un pieux recueillement.En réalité, tous sont crispés en attendant le moment fatidique.Celui où le ténor du coin entamera la fin du morceau, poussant le dernier «Noëëëëëëëël» en s\u2019égosillant pour atteindre la note la plus aiguë.Sera-t-elle fausse?«Votre paroisse n\u2019héberge probablement pas Placido Domingo! Alors, vous avez certainement entendu cet air chanté par des amateurs», rigole Robin Wheeler, professeur à la faculté de musique de l\u2019Université de Montréal et directeur de l\u2019Atelier d\u2019opéra de cette institution.«Le Minuit, chrétiens n\u2019est pas facile si on le compare à d\u2019autres chants de Noël, comme Les anges dans nos campagnes, dit-il.L\u2019étendue du registre exige d\u2019aller chercher des notes basses au début, puis de lancer des aiguës en finale.Ça prend un bon entraînement pour y arriver.» Cependant, s\u2019entraîner ne suffit pas toujours.Pour certains, ce serait même peine perdue, révèlent les travaux de Sean Hut- chins, chercheur postdoctoral au Rotman Research Institute de l\u2019hôpital Baycrest, à Toronto.Cet expert en neurosciences étudie depuis des années la façon dont notre cerveau traite les informations musicales.Il s\u2019intéresse tout particulièrement à la voix, et aux raisons pour lesquelles elle sonne si rarement juste.«Le chant, c\u2019est comme le tir à l\u2019arc, illustre le scientifique.Il faut maîtriser trois étapes pour l\u2019exécuter correctement.À l\u2019arc, on doit d\u2019abord repérer la cible à atteindre.Ensuite, orienter son arme dans la bonne direction.Finalement, exécuter le mouvement.Pour chanter juste, il faut premièrement être capable d\u2019entendre la hauteur de la note qu\u2019on veut reproduire.Notre cerveau doit ensuite la traduire, c\u2019est-à-dire la convertir en note chantée.Enfin, il faut savoir contrôler les muscles du larynx et ceux de la respiration pour émettre correctement le son.» Dans le cadre d\u2019une étude qu\u2019il a réalisée au centre de recherche BRAMS, à l\u2019Université de Montréal, Sean Hutchins a recruté des individus sans formation musicale pour tester leur capacité à entendre et à reproduire exactement des notes.Selon ses résultats, seulement 3% de la population éprouverait un problème de perception \u2013 la première des trois étapes.«Avec ceux-là, il n\u2019y a pas grand-chose à faire, estime le chercheur.Ils ne distinguent pas le ré d\u2019un si.Ils n\u2019entendent même pas qu\u2019ils chantent faux.» Chez 35% des personnes étudiées, c\u2019est la deuxième étape qui cloche.Lorsqu\u2019elles entendent un ré chanté, elles arrivent à le reproduire sans trop de mal.Mais si la même note est jouée au piano ou au saxophone, leur cerveau n\u2019arrive pas à la convertir pour la reproduire vocalement.Enfin, près de 20% des personnes testées entendent la note, arrivent à la traduire, mais sont incapables d\u2019utiliser correc - tement leurs muscles et de fournir le souffle nécessaire pour émettre le son adéquat.«Ce sont elles qu\u2019on peut entraîner le plus aisément», affirme le neuroscientifique.Rosemarie Landry, une soprano d\u2019ori - gi ne acadienne qui dirige aujourd\u2019hui le programme de chant à la faculté de musique de l\u2019Université de Montréal, a poussé le Minuit, chrétiens à quelques reprises dans la petite église de sa ville natale, Caraquet.«Eh oui, il y a des femmes qui le chantent !» dit-elle de sa voix envoûtante.«Si l\u2019interprète force trop la voix dans les premières minutes, pour donner du volume et épater la galerie, il ne pourra pas tenir jusqu\u2019au bout de manière à atteindre les aigus de la fin, explique la cantatrice.Sa voix va casser.En plus, la note la plus haute survient sur le \u201cëëëëëëëë\u201d de Noël.Il faut ouvrir la bouche largement et le son s\u2019échappe sur les côtés.Ce n\u2019est pas comme le O, qui est poussé en avant.» Selon Robin Wheeler, la peau de banane est particulièrement glissante quand il s\u2019agit du Minuit, chrétiens.«Tout lemonde connaît ce cantique par cœur et attend l\u2019aigu fatidique.Alors, si la voix casse, ça ne passe jamais inaperçu!» QS Le Minuit, chrétiens chanté à la messe de Noël nous écorche parfois les oreilles.Certains interprètes, pourtant fort bien intentionnés, n\u2019arrivent pas à le chanter juste.Mais pourquoi?Par Dominique Forget étiens et ique T F R E F O N En quoi la neige intéresse-t-elle encore les chercheurs?On sait peu de choses sur la neige.Par exemple, on ne connaît pas la vitesse de chute des flocons.On comprend très mal le lien entre les différentes conditions météorologiques et les divers types de neige qui en résultent.De plus, parce que leurs formes géométriques sont tellement complexes, on ne sait pas comment les flocons interagissent avec les ondes utilisées dans les communications (radars, téléphones, Internet, etc.).Or, les télécommunications qui reposent sur les micro-ondes sont perturbées par les chutes de neige, tout comme les prévisions qui, à l\u2019aide de radars, tentent d\u2019évaluer le degré de puissance d\u2019une tempête annoncée.Cette ignorance explique-t-elle pourquoi il est si difficile de prévoir les tempêtes de neige?Tout à fait.La prévision des tempêtes de neige est souvent inexacte, car les modèles actuels se fondent sur des mesures effectuées au début des années 1970 sur quelques centaines de flocons seulement.Ils ne permettent pas de déterminer avec précision la relation entre la vitesse de chute et le type des flocons.Certains, en effet, tombent plus vite que d\u2019autres, et cela joue un rôle sur la distance que parcourt la neige dans l\u2019air avant d\u2019atteindre le sol.La prochaine fois qu\u2019il y aura une prévision de neige erronée au Québec, vous saurez qu\u2019il faut blâmer ces modèles de base! Et comment comptez-vous améliorer ces modèles?Nous avons mis au point, avec le soutien de la NASA, de la National Science Foundation et de l\u2019armée des États-Unis, des caméras appelées Multi-Angle Snowflake Camera (MASC) qui prennent automatiquement des millions de photos de flocons en pleine chute, sous trois angles différents.Depuis 2011, nous en avons installé 2, respectivement à 3000 m et 2600 m d\u2019altitude, à la station de ski Alta en Utah.Nous espérons que nos données, qui comprennent des millions de photos et d\u2019informations sur la vitesse de chute, permettront de prévoir avec plus d\u2019exactitude la quantité et le type de neige qui s\u2019apprête à tomber.Plusieurs équipes de recherche ont acheté nos caméras, commercialisées par la compagnie Fallgatter Technologies.Certaines étudient les interactions entre les radars et les chutes de neige, et d\u2019autres s\u2019intéressent à la formation des tempêtes.Ces études sont cruciales pour améliorer notre capacité à prédire les perturbations neigeuses et les changements climatiques.L\u2019armée s\u2019inté - resse par ailleurs à notre système pour l\u2019étude des avalanches.Ce n\u2019est pourtant pas la première fois que des chercheurs photographient des flocons de neige.Ces caméras sont les premiers instruments qui permettent d\u2019étudier les flocons à l\u2019état «vierge», avant qu\u2019ils aient tou ché quoi que ce soit, avec une très haute résolution \u2013 allant de 9 micromè tres (0,009 mm) jusqu\u2019à 37 µm et un temps d\u2019exposition de 1/40000s.Le système peut photographier des flocons mesurant de 100 µm jusqu\u2019à 3 cm et permet de calculer simultanément leur vitesse de chute.Avec la photographie automatisée, on voit tout et on a eu des surprises ! On s\u2019attendait à une grande variété de flocons, mais pas de l\u2019ampleur de ce qu\u2019on a photographié.On dirait que la nature s\u2019efforce de produire absolument tout ce qui est imaginable! Ainsi, les flocons «typiques», avec une forme de cristal simple comme ceux que les enfants découpent dans le papier, sont très rares.Il faut parfois compulser des milliers d\u2019images avant d\u2019en trouver un seul.Les flocons sont presque toujours des amas de cristaux et de gouttelettes d\u2019eau gelées.Chaque fois qu\u2019un flocon entre en collision avec d\u2019autres flocons ou avec des gouttelettes d\u2019eau dans les nuages, sa structure se complexifie.Propos recueillis par Marine Corniou 28 Québec Science | Décembre 2013 Oubliez les flocons en forme de cristal! Le nivologue Tim Garrett, professeur au département des sciences atmosphériques de l\u2019université de l\u2019Utah a photographié des flocons de neige avec une caméra haute résolution pour révéler leur vrai visage.Une première! LA NEIGE, CE MYSTÈRE T I M G A R R E T T i Noël fait le bonheur des enfants, il fait aussi celui de la Société des alcools du Québec (SAQ) qui effectue environ 18% de ses ventes annuelles en décembre.Une consommation festive qui gratifiera les bacs à recyclage de plusieurs millions de bouteilles de vin et de spiritueux.Mais cette année, les centres de tri voient venir le temps des fêtes avec appréhension.Cela fait des mois qu\u2019ils croulent sous des milliers de tonnes de verre qu\u2019ils ne parviennent plus à écouler.Après des années de problèmes financiers, Kla- reco, la principale usine de conditionnement de verre du Québec, a finalement fermé ses portes à Longueuil en avril dernier.Cette usine recevait de 70% à 80% du verre collecté par les municipalités, le nettoyait et le préparait pour le recyclage, notamment en laine de verre.«La situation est problématique, surtout que les capacités d\u2019entreposage des centres de tri sont limitées.Nous avons créé un comité pour réfléchir à la situation», commente Louis Gagné, porte-parole de Recyc- Québec, la société gouvernementale qui gère la récupération et le recyclage.Pour désengorger les centres, une partie du verre est envoyée aux sites d\u2019enfouissement où il servira à «paver» les chemins d\u2019accès ou à recouvrir les déchets dans le but de limiter le dégagement d\u2019odeurs, la propagation d\u2019incendies ou la prolifération d\u2019insectes.«C\u2019est sûr que ce n\u2019est pas la manière optimale de réutiliser le verre, mais pour l\u2019instant on n\u2019a rien de concret sur la table», admet Louis Gagné.La situation est pour le moins aberrante, quand on sait que l\u2019usine montréalaise du plus grand fabricant de verre au monde, Owens-Illinois (O-I), à Pointe-Saint- Charles, ne parvient pas à récolter suffisamment de verre usagé pour fabriquer ses contenants.«Nous fabriquons chaque jour 400 tonnes de contenants, dont 185 tonnes à partir de verre recyclé.Nous sommes obligés d\u2019acheter du verre au Nouveau- Brunswick et en Ontario, car nous ne trouvons pas assez de verre usagé de bonne qualité au Québec», déplore François Carrier, directeur de l\u2019usine.Et c\u2019est bien là le problème.Les bouteilles Décembre 2013 | Québec Science 29 Spécialtempsdesfêtes ET SI ON TRIAIT PAR COULEUR?Spécial temps des fêtes Champagne, vin, apéro, digestif\u2026 Les fêtes riment avec des repas bien arrosés.Mais que deviennent les bouteilles vides mises au recyclage?Par Marine Corniou S G A R R Y 5 1 8 / I S T O C K P H O T O de vin jetées en vrac dans les bacs de récupération sont difficiles à valoriser.«En plus de contaminer les autres matières recyclables, le verre se brise, il est souillé par les autres déchets et il devient presque impossible de le recycler», estime Karel Ménard, directeur du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, qui dénonce depuis des années le manque de valorisation des résidus en verre.Selon lui, il serait plus judicieux de consigner, comme pour la bière, les 200 millions de bouteilles de vin consommées annuellement au Québec.C\u2019est ce que font d\u2019ailleurs les autres provinces canadiennes, à l\u2019exception du Manitoba.«On obtiendrait du verre de bonne qualité, trié à la source, par couleur», argue-t-il.Le débat ne date pas d\u2019hier, et il ressurgit chaque fois que le prix du verre dégringole, mettant en péril la rentabilité du recyclage.Les différentes études effectuées au fil des ans, inaptes à trancher, se sont toutes butées à la SAQ, qui s\u2019oppose farouchement à la consigne, au motif que cela lui coûterait trop cher.Selon la société d\u2019État, la collecte sélective reste le moyen le plus efficace et le moins coûteux de récupérer le verre usagé.Ainsi, au Québec, 94% des bou - teilles de vin bues en secteur résidentiel seraient récupérées.«Récupérer le verre pour l\u2019entasser dans les centres de tri n\u2019a pas d\u2019intérêt, souligne Karel Ménard.L\u2019admettre reviendrait à dire que ce qu\u2019on a prôné pendant des années en matière de tri des déchets n\u2019était pas la bonne solution.» Du côté de l\u2019usine O-I, on ne veut pas prendre parti.«C\u2019est sûr que le verre provenant d\u2019Ontario, où les bouteilles sont consignées, n\u2019est pas mélangé au métal ni souillé par les ordures.Cela dit, avant la fermeture de Klareco, on parvenait à trouver du verre correct au Québec», affirme M.Carrier.Selon lui, d\u2019autres usines de conditionnement, comme 2M Ressources, à Saint-Jean-sur-Richelieu, pourrait lui fournir plus de verre, à condition de régler ses déboires avec la Ville qui l\u2019accuse de ne pas se conformer à la réglementation.Dans de nombreux pays, notamment européens, la collecte du verre usagé s\u2019effectue séparément des autres déchets, soit par apport volontaire dans des conteneurs collectifs, soit dans un compartiment distinct du bac à recyclage.En 2012, un rapport européen de l\u2019Association des Cités et Régions pour le Recyclage et la gestion durable des Ressources (ACR+), rédigé pour la Fédération européenne du verre, concluait que «seule la collecte séparée des bouteilles et récipients en verre peut mener à la fois à une plus grande quantité et une meilleure qualité du verre post-consommation, nécessaire pour économiser les ressources dans la production de nouveaux emballages».En effet, le verre est l\u2019un des matériaux qui se recycle le mieux, et à l\u2019infini.Il est moins coûteux, financièrement et énergétiquement, d\u2019en produire en refon - dant du verre usagé qu\u2019en partant de la matière première.« On pourrait mettre en place un système hybride, combinant la collecte sélective et l\u2019apport volontaire des contenants dans les épiceries, par exemple, pour avoir au moins un apport de verre propre, destiné au recyclage ou au réemploi », avance Marc Olivier, chercheur au Centre de transfert technologique en écologie industrielle à Sorel-Tracy, en précisant qu\u2019il faut aussi trouver de nouveaux débouchés pour la matière usagée.Afin de tenter de sortir de l\u2019impasse et d\u2019éviter d\u2019envoyer trop de verre à l\u2019enfouissement, Recyc-Québec mise justement sur les initiatives permettant de le valoriser «sans tomber dans la comparaison des modes de collecte».Parmi ces projets, l\u2019usine de microni- sation de Tricentris, qui devrait être inaugurée à la fin de l\u2019année à Lachute, suscite bien des espoirs.Issue d\u2019un transfert technologique de la Chaire SAQ sur la valorisation du verre dans les matériaux de l\u2019Université de Sherbrooke, financée par la société d\u2019État depuis 2005, l\u2019usine a pour vocation de broyer finement le verre usagé pour l\u2019incorporer au béton.«Habituellement, le ciment qui entre dans la composition du béton est constitué de silicate de calcium hydraté.Au cours de sa fabrication, ce ciment dégage beaucoup de CO2 et l\u2019industrie est intéressée à réduire ses émissions, explique Arezki Tagnit-Hamou, titulaire de la Chaire et professeur au Centre de recherche sur les infrastructures en béton à l\u2019Université de Sherbrooke.En remplaçant une partie du ciment par de la poudre de verre, on obtient un béton de qualité comparable, mais encore moins perméable, tout en réduisant les émissions de CO2.» Au cours de la première année, l\u2019usine ne traitera toutefois que 6 000 tonnes de verre, soit environ 6% de ce qui est récupéré dans les bacs.Si les débouchés industriels sont au rendez-vous, l\u2019usine pourrait microniser jusqu\u2019à 30 000 tonnes de verre.«Cela ne réglera pas tous les problèmes, mais ce qui est sûr, c\u2019est qu\u2019il faut développer des solutions de valorisation locales comme celle-ci, estime Arezki Tagnit-Hamou.Ça n\u2019a pas de sens d\u2019envoyer nos ballots de déchets en Chine, comme ça se fait encore pour certaines matières résiduelles.» À Noël, pour consommer et recycler «local», la bouteille brune de bière est donc une valeur sûre : elle est lavée et remplie entre 12 et 15 fois avant d\u2019être recyclée à l\u2019usine O-I.À la bonne vôtre! QS 30 Québec Science | Décembre 2013 Spécial temps des fêtes T A R E K E L S O M B A T I LE VERRE EST L\u2019UN DES MATÉRIAUX QUI SE RECYCLE LE MIEUX, ET À L\u2019INFINI.IL EST MOINS COÛTEUX, FINANCIÈREMENT ET ÉNERGÉTIQUEMENT, D\u2019EN PRODUIRE EN REFONDANT DU VERRE USAGÉ QU\u2019EN PARTANT DE LA MATIÈRE PREMIÈRE. velo.qc.ca/noel Pour offrir les abonnements à des personnes différentes, veuillez contacter le service à la clientèle avant le 20 décembre 2013 au 514 521-8356 ou 1 800 567-8356 poste 504 *Cette offre d\u2019abonnement d\u2019un an se termine en ligne le 31 décembre 2013.Taxes en sus.1 abonnement 25$* 2 abonnements 40$* 3 abonnements 50$* Vélo Mag 6 numéros par année Géo Plein Air 6 numéros par année À Noël, abonnez un être cher 62 % Québec Science 8 numéros par année d\u2019actualité.Sachez regard scienti?que sur les grands sujets à la science et à la technologie, et pose un estions relative ! examine les qu s .plaisir de rouler our prolonger votre nutrition.P compétitions, entraînement et matériel, guides d\u2019achat, tendances, rencontres de passionnés, tests de : destinations, ou de montagne parle vélo, de route hyperactifs.la nature ou les adeptes des loisirs d\u2019équipements.P nutrition, guides d\u2019achat et tests tendances et enjeux du plein air destinations hors frontières, votre nature.Escapades au Québec, our les amants de , e à explorer vous invit .i - 32 Québec Science | Décembre 2013 Spécial temps des fêtes \u2019il n\u2019en tenait qu\u2019à JoelWaldfogel, le père Noël et ses lutins se - raient au chômage.Depuis plus de 10 ans, cet économiste, professeur à l\u2019université du Minnesota, mène des recherches très sérieuses sur les cadeaux au pied du sapin.Selon son analyse, cette tradition serait responsable d\u2019un gaspillage annuel de 25 milliards de dollars à l\u2019échelle planétaire.Une fortune, dilapidée en vestes aux manches trop longues que papa ne portera jamais, en pantoufles à pompons choisies par grand- maman ou en disques compacts que fiston n\u2019écoutera surtout pas.«Quand les Romains se sont mis à organiser des orgies, mangeant quand ils n\u2019avaient plus faim, se faisant vomir pour mieux recommencer, on pouvait se douter que Rome allait tomber.Quand je me promène dans les centres commerciaux pendant la période des fêtes, j\u2019ai le même sentiment», confie Joel Waldfogel.Il était jeune professeur à l\u2019université Yale lorsqu\u2019il a commencé, après les vacances de Noël, à distribuer des questionnaires à ses étudiants, les invitant à dresser la liste des cadeaux qu\u2019ils avaient reçus.Pour chaque cadeau, il demandait de préciser le lien qui unissait l\u2019étudiant à la personne qui l\u2019avait offert.Les sondés devaient ensuite estimer la valeur marchande du cadeau et, enfin, inscrire le montant d\u2019argent en échange duquel ils auraient été prêts à y renoncer.Par exemple : «Entre le dernier CD de Lady Gaga, évalué à 18 $, et 10 $ en argent, j\u2019aurais préféré recevoir les 10 $.» Au fil des années, Joel Waldfogel a mené plusieurs enquêtes du genre, qui ont étoffé ses constats.Les grands-parents enregis - trent les pires performances au chapitre des achats de cadeaux.Pour chaque dollar dépensé, ils ne génèrent que 75 ¢ de satisfaction chez leurs petits-enfants, soit un rendement de 75%.Les oncles et les tantes C\u2019EST PAS DES CADEAUX! L\u2019économiste Joel Waldfogel mène une croisade contre les cadeaux, car contrairement à ce que vous croyez, ce n\u2019est pas l\u2019intention qui compte.Par Dominique Forget S B R U C E R O B E R T S font légèrementmieux, avec un rendement de 80%.Les amis obtiennent 91%.Ils sont devancés par les parents (97%) ainsi que par les frères et sœurs (99%).Et les partenaires amoureux?Ce sont les seuls qui arrivent à créer de la valeur en jouant les pères Noël.Pour chaque dollar déboursé, ils procurent 1,02 $ de bonheur à leur douce moitié.«Ils arrivent à trouver ce disque vinyle rare qui manquait à la collection de leur chum ou ils offrent à leur blonde la montre qu\u2019elle désirait depuis des mois sans oser se la payer», résume l\u2019économiste, qui a signé un livre sur le sujet : Scroogenomics : Why You Shouldn\u2019t Buy Presents for the Holidays (Princeton University Press).Globalement, si on considère l\u2019ensemble des cadeaux reçus par les individus sondés, on obtient un rendement sous le sapin de 82%.Autrement dit, 18% de la valeur du cadeau moyen part en fumée.«Imaginez un programme gouvernemental qui ne rapporterait, pour chaque tranche de 100 millions de dollars investis, qu\u2019un bénéfice de 82 millions à la société, s\u2019exclame l\u2019économiste.Ne seriez-vous pas en colère?C\u2019est exactement ce qui se passe à Noël.» En 2011, les Canadiens auraient dépensé collectivement 5,4 milliards de dollars en cadeaux de Noël.«C\u2019est comme s\u2019ils avaient jeté 972 millions de dollars à la poubelle», calcule Joel Waldfogel.Dans l\u2019ensemble des pays de l\u2019OCDE, les adeptes du temps des fêtes dépenseraient 145 milliards pour acheter des cadeaux; une perte nette de 25 milliards.«Je ne compte même pas la valeur du temps perdu à magasiner», poursuit l\u2019économiste.Aux États-Unis, au mois de décembre, les femmes passeraient chaque jour, en moyenne, 29 minutes de plus à courir les magasins que pendant le reste de l\u2019année.Les hommes, sept minutes de plus.En tenant compte de la population états-unienne et de la proportion hommes- femmes, Joel Waldfogel estime que 2,8 mil - liards d\u2019heures sont passées à chercher une place de stationnement dans les cen- tres-villes bondés, à affronter les foules et à attendre à la caisse, carte de crédit en main.«C\u2019est difficile d\u2019estimer combien vaut ce temps, concède-t-il.Si les gens aiment magasiner, il n\u2019y a pas de perte.Mais pour ceux qui détestent ça, il y a un coût.» agasiner?C\u2019est bon pour l\u2019économie, non?Ne fait-on pas vivre une horde de travailleurs d\u2019usine, de capitai - nes de porte-conteneurs et de gérants de boutiques en achetant des cadeaux, même s\u2019ils ne sont pas désirés?«Selon cette logique, on pourrait dire qu\u2019une tornade est excellente pour l\u2019économie, rétorque Joel Waldfogel.Elle détruit des routes, des maisons et des hôpitaux, puis on embauche des gens pour la reconstruction.Évidemment, il aurait été préférable d\u2019investir cet argent pour équiper l\u2019hôpital d\u2019appareils de pointe.C\u2019est la même chose pour le temps des fêtes.Tout l\u2019argent dépensé inutilement aurait pu servir à nous procurer des biens que nous désirons vraiment.Noël, c\u2019est une tornade rouge.» Le professeur se défend d\u2019être grincheux.«Je ne suis pas contre les cadeaux offerts aux tout-petits, argumente-t-il.C\u2019est seulement à partir de l\u2019âge de 10 ans environ qu\u2019on commence à développer ses goûts et qu\u2019on vit des déceptions en déballant des cadeaux.Et pour ajouter à la torture, il faut feindre d\u2019être content!» Le pire, estime-t-il, sont ces cadeaux destinés aux connaissances ou aux parents éloignés auxquels on se sent obligé d\u2019offrir quelque chose, sans connaître leurs goûts.Toute une industrie est née pour combler ce vide : des tees de golf en bronze aux chandelles parfumées dans des verres à martini.L\u2019économiste admet pourtant que, dans notre société, offrir des cadeaux est un rite incontournable : «Il faut simplement trouver une façon de le faire sans perdre autant de valeur.» Grand-maman devrait- elle se contenter de glisser quelques billets de banque dans une enveloppe?«Il y a des conventions sociales à respecter, nuance le professeur.Un parent peut offrir de l\u2019argent à son enfant, mais l\u2019inverse ne se fait pas.On ne peut pas non plus faire un chèque à sa petite amie.» Et puis, même lorsqu\u2019il est socialement acceptable, le cadeau en argent engendre une perte! «Vous éprouvez probablement autant de plaisir à trouver 4 billets de 20 $ dans la rue qu\u2019à recevoir 100 $ de votre tante, fait valoir M.Wald- fogel.Le malaise créé par le cadeau en espèces sonnantes lui fait perdre de la valeur.» Heureusement, il y a les cartes-cadeaux.Cela revient bien sûr à offrir de l\u2019argent mais, pour une raison qui demeure mystérieuse, même aux yeux de Joel Waldfogel, elles ne créent pas le malaise associé aux billets.«Elles ne sont pas une panacée pour autant», prévient-il.Environ 10% de la valeur des cartes-cadeaux ne serait jamais réclamée.Aux États-Unis seule - ment, 8 milliards de dollars sont ainsi perdus annuellement.Les récipiendaires égarent leurs cartes, les oublient ou laissent un solde après s\u2019est procuré un article.Pour l\u2019économiste, le don à un organisme de bienfaisance au nom d\u2019un ami «qui a tout» reste souvent le meilleur cadeau.Un exemple?«Un dollar investi dans l\u2019achat d\u2019un filet moustiquaire en Afrique, qui permettra d\u2019économiser 5 $ en soins de santé, procure un rendement de 500%!» Le sociologue Jacques T.Godbout, professeur émérite au Centre Urbanisation Culture Société de l\u2019INRS, spécialiste du don et auteur de plusieurs livres sur le sujet, comme entre autres Ce qui circule entre nous.Donner, recevoir, rendre (Éditions du Seuil), n\u2019est pas aussi sévère quand il analyse les rituels autour du sapin.«On ne peut pas considérer les échanges de cadeaux dans une simple perspective marchande, croit-il.Il faut tenir compte de la valeur du lien que le cadeau permet de tisser.Ce qui fait plaisir avant tout, c\u2019est de savoir que notre belle-mère a pensé à nous.» Joel Waldfogel préfère encore que sa belle- mère s\u2019abstienne de lui offrir quoi que ce soit à Noël.«Je suis certainement, avoue- t-il, le pire gendre de l\u2019humanité.» QS Décembre 2013 | Québec Science 33 X! «TOUT L\u2019ARGENT DÉPENSÉ INUTILEMENT AURAIT PU SERVIR À NOUS PROCURER DES BIENS QUE NOUS DÉSIRONS VRAIMENT.NOËL, C\u2019EST UNE TORNADE ROUGE.» M a porte du hangar glisse et 500 têtes déplumées se tournent du même coup vers nous.«J\u2019aime les dindes, car elles sont curieuses», dit l\u2019éleveur en repoussant doucement du pied quelques a ven tu reu ses tentées par une escapade.Les volailles ne sont toutefois pas à plaindre : à l\u2019autre extrémité du bâtiment, une large porte s\u2019ouvre sur une parcelle d\u2019herbe verte.«Elles sortent chaque jour, mais au- jourd\u2019hui c\u2019est pluvieux, elles sont moins enthousiastes», commente Jean Martin en couvant ses protégées du regard.À la ferme familiale Aux volailles d\u2019Angèle de Saint-Esprit, dans la région de La- naudière, poulets de grain, canards et dindes sont traités aux petits oignons.«Les dindes sont élevées pendant 17 semaines», précise l\u2019éleveur.Celles qui ca- quètent à nos pieds seront abattues début décembre, puis vendues entières pour Noël dans la boutique où Angèle Grégoire, copropriétaire des lieux, transforme aussi la viande en tourtières, brochettes et autres mets gourmands.«À terme, les dindes pèseront entre 6 kg et 8,5 kg.Elles sont nourries d\u2019une moulée à base de céréales qui leur fournit peu d\u2019énergie.Leur viande sera donc beaucoup moins grasse que celle des élevages industriels», poursuit notre guide.Cette ferme privilégiée est en effet bien loin des usines qui engraissent le plus vite possible des milliers de bêtes.«Les dindes y sont tellement entassées qu\u2019on ne voit pas le sol.Elles courent plus de risques d\u2019attraper des maladies», déplore Jean Martin, dont les dindes, qui courent sans gêne dans tous 34 Québec Science | Décembre 2013 L Spécial temps des fêtes Sortie toute dorée du four, la grosse volaille est bien appétissante.Mais.elle est peut-être farcie d\u2019antibiotiques! Par Marine Corniou DINDE DODUE B E N J A M I N T U R Q U E T les sens, ne sont «jamais malades».Nul besoin, donc, de les gaver d\u2019antibiotiques.Car, chez nous comme partout dans le monde, la plupart des animaux d\u2019élevage reçoivent des antibiotiques pour traiter les infections, mais aussi pour les prévenir.«Quand beaucoup d\u2019animaux sont confinés dans de petits espaces, les maladies se propagent vite, et les antibiotiques donnés en prévention permettent de garder l\u2019ensemble du troupeau en santé», souligne Sébastien Buczinski, professeur à la faculté de médecine vétérinaire de l\u2019Université de Montréal.Si bien que les animaux sont de gros consommateurs de médicaments.Au Canada, 88% des antibiotiques sont destinés à l\u2019usage vétérinaire (soit plus de 1600 tonnes, contre 195 tonnes pour les humains, selon le rapport 2007 du Programme intégré canadien de surveillance de la résistance aux antimicro- biens).Qu\u2019on se rassure, le risque que la viande soit bourrée de médicaments est faible car, avant d\u2019abattre les animaux, les éleveurs doivent observer un «temps de retrait» qui permet aux molécules en question de disparaître de l\u2019organisme.Et, nul ne le conteste, les antibiotiques sont indispensables pour maintenir les animaux en santé et nourrir la planète.e problème, en Amérique du Nord, c\u2019est que la plupart des volailles, porcs et bœufs de bou - cherie reçoivent aussi des an ti bi oti ques sous forme d\u2019additifs alimentaires, pour accélérer leur croissance.«Dans ces élevages, la moulée, c\u2019est de la pure dynamite!» commente Jean Martin qui nourrit ses oiseaux de moulée maison, composée de maïs, de soya et d\u2019orge.«À des doses dites sous-thérapeutiques, les antibiotiques améliorent le métabolisme des animaux, en favorisant de bonnes bactéries dans le système digestif», explique Sébastien Buczinski.Les animaux «convertissent» ainsi la nourriture en muscle avec une plus grande efficacité.De quoi augmenter la croissance de 3% à 10%.Mais cette pratique n\u2019est pas sans risque.Elle est interdite depuis 2006 par l\u2019Union Européenne, qui refuse aussi d\u2019importer de la viande (même à Noël!) dopée aux «antibios», parce que ces substances, administrées à faible dose, donnent aux microbes la possibilité de développer des mécanismes de résistance.«L\u2019utilisation excessive d\u2019antibiotiques joue un rôle dans l\u2019émergence des bactéries résistantes, résume Michel Major, vétéri - naire en chef du ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation du Québec (MAPAQ).Dans ce contexte, utiliser les antibiotiques comme promoteurs de croissance, ce n\u2019est pas vraiment judicieux.» Car une fois présents dans la viande ou dans l\u2019environnement, les gènes qui confèrent une résistance aux antibiotiques se répandent comme une traînée de poudre.Ils peuvent renforcer tous les microbes, y compris ceux qui infectent les humains.Selon l\u2019Organisation mondiale de la santé, l\u2019usage abusif des antibiotiques nous mène droit vers la catastrophe.«Ne pas agir aujourd\u2019hui, c\u2019est peut-être ne plus pou - voir soigner demain», déclarait l\u2019organisation en 2011.Pour John Prescott, vétérinaire bactériologiste à l\u2019université de Guelph, en Ontario, c\u2019est évident : «Les antibiotiques importants en médecine humaine ne devraient pas servir comme promoteurs de croissance dans les élevages.» Et il est temps de prendre les choses en main, af- firme-t-il, après avoir lancé en 2012 une pétition sommant le gouvernement fédéral de modifier les lois sur l\u2019utilisation des antibiotiques auprès des animaux.Santé Canada affirme qu\u2019une réévaluation des antibiotiques est en cours, en vue de supprimer progressivement les termes «promoteurs de croissance» figurant sur certains produits.L\u2019organisme souhaite de plus que tous les antibiotiques importants en santé humaine utilisés aussi chez les animaux soient disponibles uniquement sur ordonnance vétérinaire, ce qui est le cas au Québec mais toujours pas dans les autres provinces canadiennes ni aux États-Unis.Cette recommandation avait déjà été émise il y a deux ans par l\u2019Association médicale canadienne, qui demandait une action «urgen - te» à Santé Canada.Décembre 2013 | Québec Science 35 L CHAMPIONNES DE LA GÉNÉTIQUE Les Espagnols qui ont ramené les premières dindes du Mexique au XVIe siècle auraient bien du mal à reconnaître le monstre dodu qui trône sur nos tables de Noël.Et pour cause, le poids d\u2019une dinde peut atteindre jusqu\u2019à 30 kg, contre 7 kg environ pour son aïeule.Au cours des 30 dernières années, la vitesse de croissance de la dinde d\u2019élevage a doublé, à tel point que certains oiseaux sont mis en marché au bout de 16 semaines, après avoir multiplié leur poids à la naissance par 100 ou 200! Comment ces championnes de l\u2019engraissement se sont-elles développées si vite?Grâce à une meilleure alimentation, mais surtout grâce à la sélection génétique, les gènes étant responsables de 85% à 90% du gain de poids des dindes modernes.En 2007, des chercheurs de l\u2019université de Caroline du Nord l\u2019ont d\u2019ailleurs vérifié en donnant la même alimentation à des dindes dont la lignée n\u2019a pas évolué depuis 1966 et à des dindes modernes.Bilan?La dinde «rétro» a atteint 9,5 kg, contre 17,7 kg pour la moderne.Mais si les poitrines charnues d\u2019aujourd\u2019hui font le bonheur des consommateurs, elles sont un vrai fardeau pour les oiseaux.Elles rendent impossible la reproduction naturelle, sous peine d\u2019écraser la femelle.La quasi totalité des œufs sont donc obtenus par insémination artificielle.Enfin, la croissance rapide associée à un manque d\u2019espace et d\u2019exercice fait que les oiseaux ont parfois du mal à supporter leur propre poids et souffrent de problèmes cardiaques et respiratoires.E (MAIS DOPÉE?) 1929 : 13.2 livres 1967 : +41% 2007 : +121% La situation inquiète d\u2019autant plus qu\u2019il n\u2019y a aucune donnée officielle sur le phénomène.Pour Santé Canada, ce sont «les autorités provinciales qui ont le mandat de déterminer de quelle façon les antimicrobiens sont utilisés en production animale dans leur région».Mais au MAPAQ, Michel Major ne le cache pas : «Nous n\u2019avons pas cette connaissance», même si le Ministère souhaite mettre en place un monitorage d\u2019ici trois à cinq ans.Pour l\u2019instant, personne ne sait exactement ce que reçoivent les animaux ni dans quel but.Une enquête réalisée en 2006 par la firme Épi- démio-Qualité au Québec a tout de même noté que le quart des prescriptions d\u2019antibiotiques seraient destinées à accélérer la croissance.Et que plus de la moitié des porcs recevraient des antibiotiques pour grossir plus vite.La pratique est bien établie.La Food and Drug Administration des États-Unis a beau avoir interdit en 2012 l\u2019utilisation abusive pour le bétail d\u2019une classe d\u2019antibiotiques, les céphalosporines, d\u2019une importance vitale en médecine humaine, ces derniers sont toujours utilisés «hors éti - quette», c\u2019est-à-dire non conformément aux directives médicales, dans certains élevages au Canada.«Pour répondre à ces préoccupations, Santé Canada conseille de ne pas utiliser le cef- tiofur (voir l\u2019encadré ci-contre) hors étiquette.Ça ne suffit pas!» s\u2019insurge John Prescott.« Ça ne présenterait pas de difficulté de supprimer du jour au lendemain les antibiotiques pour la promotion de la croissance.Mais une province ne peut pas prendre cette décision unilatéralement.Ça la défavoriserait au plan économique, souligne de son côté Michel Major, au MAPAQ.Il faudrait que les consommateurs acceptent de payer leur viande plus cher.» «Le public exerce de plus en plus de pressions contre l\u2019usage des antibiotiques», avance cependant Martine Boulianne, professeure en médecine vétérinaire à l\u2019Université de Montréal et titulaire de la Chaire en recherche avicole.Elle mène justement un projet avec les Éleveurs de volailles du Québec pour voir si on peut élever des poulets à grande échelle sans ajouter d\u2019antibiotiques à leur alimentation.Actuellement, environ 1% seulement des poulets québécois sont élevés sans ces médicaments.Selon elle, les éleveurs reconnaissent les dangers d\u2019un excès de médicaments et ne seraient pas réticents à réduire les doses.D\u2019ailleurs, les producteurs de poulets ont convenu de cesser les céphalosporines en 2014.Ils savent que les pays qui ont franchi le pas depuis longtemps, comme la Suède et le Danemark, ont réussi à réduire l\u2019usage des antibiotiques sans pertes animales.Mieux, la production de volailles danoises a augmenté, malgré une réduction de 90% des antimicrobiens.Quant aux porcs, dont le Danemark est le premier exportateur mondial, leur production a bondi de 47% entre 1992 et 2008, pendant que l\u2019administration d\u2019antibiotiques diminuait de moitié! Pour le vétérinaire John Prescott, il est urgent que le Canada aille dans le même sens : «Qui que nous soyons, éleveurs, vétérinaires, médecins ou patients, c\u2019est notre responsabilité de faire un usage judicieux des antibiotiques, car ce sont des médicaments à manipuler avec précaution.» QS 36 Québec Science | Décembre 2013 Spécial temps des fêtes «ET LES HORMONES?» Lire le texte à propos des hormones dans la viande sur quebecscience.qc.ca > Jean Martin à la ferme familiale Aux volailles d\u2019Angèle de Saint-Esprit: «Mes dindes ne sont jamais malades.» GARE AUX SUPER-BACTÉRIES ISSUES DE L\u2019ÉLEVAGE C\u2019est de plus en plus clair : l\u2019abus d\u2019antibiotiques chez les animaux est un danger pour la santé humaine.En 2003, la majorité des couvoirs du Québec produisant des poulets à griller effectuaient des injections de ceftiofur dans les œufs avant leur éclosion pour prévenir les infections à l\u2019E.coli (par ailleurs interdites aux États-Unis).Le ceftiofur n\u2019est pas utilisé chez l\u2019homme, mais il s\u2019apparente à la ceftriaxone, un antibiotique très important en médecine.En réaction aux préoccupations de santé publique, les propriétaires de couvoirs du Québec ont volontairement cessé l\u2019utilisation de ceftiofur en 2006.Les résultats ont été immédiats : la proportion d\u2019E.coli résistant au ceftiofur a baissé de 65% à 7% chez les volailles et le taux d\u2019E.coli résistant au ceftriaxone chez l\u2019humain a parallèlement diminué de 31% à 8%! De quoi confirmer la corrélation entre les résistances observées chez les animaux et celles qui donnent du fil à retordre aux médecins.Malheureusement, le ceftiofur a été partiellement réintroduit, en 2007, pour des raisons économiques, et le nombre de souches d\u2019E.coli et de salmonelles résistantes ne cesse d\u2019augmenter depuis.Plus récemment, en Caroline du Nord, l\u2019équipe de Christopher Heaney, chercheur à la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, a étudié les staphylocoques dorés présents dans les fosses nasales d\u2019environ 200 éleveurs.Les scien - tifiques ont démontré que, chez les travailleurs des élevages bovins industriels, les staphylocoques étaient 2 fois plus susceptibles de résister à la méticilline et 19 fois plus à la tétracycline que ceux prélevés chez les employés des élevages «sans antibiotiques».Notons que ces bactéries sont la bête noire des hôpitaux, car elles résistent à de plus en plus de molécules, notamment la méticilline et la tétracycline.B E N J A M I N T U R Q U E T ous sommes désormais techniquement prêts à transplanter des têtes», martèle à la caméra le neurochirurgien Sergio Canavero, en visioconférence avec Québec Science.Assis dans son bureau, chez lui à Turin, en Italie, il répète avec la même détermination ce qu\u2019il a annoncé sur toutes les tribunes au mois de mars dernier.Il publiait alors son plan détaillé d\u2019une procédure chirurgicale menant à la toute première transplantation de tête humaine \u2013 ou, du point de vue du receveur, transplantation de corps.Il est toujours à la recherche d\u2019un hôpital qui le laissera tenter l\u2019expérience, qu\u2019il a baptisée HEAVEN: «J\u2019ai émis un avis de recherche mondial, car l\u2019opération ne pourra sans doute pas avoir lieu en Italie», ex- plique-t-il.Le chirurgien pense ainsi offrir une seconde vie à un patient atteint, par exemple, d\u2019un cancer en phase terminale dont les métastases n\u2019auraient pas touché le cerveau.L\u2019annonce a évidemment fasciné les médias.Chez ses pairs, elle a cependant été reçue avec scepticisme.Une dizaine de neurochirurgiens et spécialistes de la moelle épinière contactés par QuébecScienceont refusé de se prononcer sur le projet controversé et d\u2019alimenter la folie médiatique.Les plus catégoriques répondent: «C\u2019est de la foutaise!» Ou: «Personne ne perdra son temps à commenter ce projet.» Malgré les vives réactions de ses collègues, Sergio Canavero persiste et se dit prêt à accepter tout débat public.«N F É L I X R E N A U D À CORPS PERDU Après avoir réussi à changer nos cœurs, nos foies et nos mains, les chirurgiens rivalisent de prouesse pour transgresser les «Impossible!» On tente maintenant de faire des greffes de tête.Par Binh An Vu Van Ça va, la tête? Le médecin italien est confiant : la dernière décennie a vu des réussites chirurgicales spectaculaires brisant, parfois avec fracas, d\u2019importantes barrières éthiques et psychologiques.En 2005, une équipe française effectuait la première greffe de visage.En décembre 2012, une opération de 13 heures, impliquant 16 chirurgiens de diverses disciplines, a permis la première greffe des deux bras en haut du coude sur Brendan Marrocco, un jeune soldat états- unien ayant perdu ses quatre membres à la suite d\u2019une explosion en Irak.Dans un hôpital militaire en Chine, des chirurgiens ont même transplanté avec succès un pénis de 10 cm en 2006.À l\u2019hôpital Brigham and Women\u2019s Faulkner, au Massachusetts, le chirurgien plasticien Matthew J.Carty, directeur du programme de transplantation des extrémités inférieures, prépare une des opéra - tions les plus attendues pour les prochaines années, une transplantation des deux jambes.«Depuis quelques années, nous vivons en chirurgie une époque d\u2019exploration excitante.Nous sommes en train de découvrir ce qui est cliniquement possible», affirme avec enthousiasme le spécialiste, aussi professeur adjoint à l\u2019école médicale de Harvard.En vue de l\u2019intervention, qui devrait durer entre 10 et 15 heu res, son équipe d\u2019une vingtaine de chirurgiens s\u2019est exercée sur deux cadavres.Ce ne sera pas la première greffe du genre au monde, mais les deux premières tentatives n\u2019ont pas obtenu les résultats escomptés.En Espagne, le jeune homme qui a bénéficié de la première a dû faire retirer ses jambes à la suite d\u2019un cancer du cerveau qui l\u2019a forcé à cesser de prendre ses médicaments antirejet.«Nous ne savons pas si son cancer est lié à la greffe», admet le docteur Carty.L\u2019autre patient, opéré en Turquie, est décédé d\u2019une défaillance métabolique d\u2019origine inconnue.Malgré ces deux échecs, Matthew J.Carty croit qu\u2019il vaut la peine de réessayer, et il espère que son équipe, plus expérimentée, saura mieux faire.En ce moment, il épluche les candidatures à la recherche d\u2019un sujet idéal : «Il est crucial pour la réussite du projet de sélectionner le patient parfait : en santé, intelligent et doté d\u2019une volonté de fer.» Car si, contre la chance de rester en vie, des greffés du cœur ou du rein sont prêts à accepter, pour le reste de leur existence, de prendre quotidiennement les médicaments antirejet qui inhibent leur système immunitaire, les exposant à des infections et des complications, la chose est moins évidente pour des amputés en santé.elui qui a bouleversé ce paradigme, c\u2019est le Français Jean-Michel Du- bernard qui a réalisé la première greffe non vitale \u2013 une greffe de main \u2013 en septembre 1998 à Lyon.«Tout le monde en rêvait depuis très longtemps», rappelle le chirurgien.Pourquoi alors, personne n\u2019avait-il osé greffer un membre avant lui?«Tout simplement parce que personne ne pensait que c\u2019était possible! La peau est la cible des rejets immunolo- giques les plus graves, et nous avons été très heureux de voir que, malgré la présence de peau étrangère, la greffe était réalisable.» Le défi n\u2019était pas technique : les chirurgiens savaient depuis longtemps comment rattacher une main.C\u2019est la crainte de rejet qui les empêchait de procéder.«Ils croyaient que c\u2019était de la folie que de risquer des années en espérance de vie pour un membre manquant», explique de son côté le docteur Michel Alain Danino, directeur médical du Programme provincial de réimplantation, chirurgie plastique, à l\u2019Hôpital Notre-Dame du CHUM.Contre toute attente, cette première chirurgie a fonctionné et le corps du receveur a accepté la greffe.Mais pas son esprit.Trois ans plus tard, ayant l\u2019impression de transporter « la main d\u2019un homme mort», le patient a demandé de se faire amputer.De même, le Chinois qui a reçu un nouveau pénis n\u2019a pas pu le supporter.On le lui a retiré.Outre les obstacles immunologiques, donc, «il y avait d\u2019importants défis d\u2019ordre psychologique», admet le docteur Duber- nard.Depuis, plusieurs dizaines de greffes de main ont pleinement réussi : «Nous avons intensivement travaillé avec des psychologues et des psychanalystes.Et l\u2019expérience nous a enseigné qu\u2019il était plus facile pour un patient de vivre avec deux mains greffées semblables plutôt qu\u2019avec une seule.» Le chirurgien a aussi participé à la toute première transplantation du visage : «Nous avons été surpris de découvrir que les patients acceptent mieux un nou- 38 Québec Science | Décembre 2013 Ça va, la tête?UNE GREFFE DE TÊTE?C\u2019 E FOUTAISE, DISENT LA PL U DES NEUROCHIRURGIENS.C Denis Chatelier a été le premier à subir une greffe bilatérale des mains et des avant-bras.Mais il lui a fallu plusieurs mois de rééducation pour s\u2019y habituer.À gauche : Brendan Marrocco a perdu ses bras et ses jambes à la guerre; on lui a greffé deux bras.Une réussite due à une meilleure compréhension des médicaments immunosuppresseurs.A P P H O T O / G A I L B U R T O N veau visage qu\u2019un nouveau membre.Car avant la chirurgie, le patient n\u2019osait pas sortir en public et se voyait tous les jours défiguré dans son miroir», fait-il observer.Michel Alain Danino faisait partie de l\u2019équipe française concurrente qui espérait devancer le docteur Dubernard, et qui a réussi la seconde et la troisième greffes de visage.Il concède volontiers à son collègue son esprit de pionnier : «Le grand génie du docteur Dubernard \u2013 qui était avant tout urologue \u2013 a aussi été de réunir, pour la première fois, une équipe multidisciplinaire issue d\u2019horizons différents en associant des chirurgiens transplanteurs du rein, des chirurgiens réparateurs et des micro-chirurgiens.Aucune technique n\u2019était nouvelle; mais l\u2019union des compétences l\u2019était.» Ce mariage d\u2019expertises, à présent devenu commun, a permis les greffes dites composites qui ont mené aux transplantations de visage, lesquelles impliquent la réparation à la fois des mul - tiples tissus, des artères, des cartilages, de la peau et des nerfs.Depuis la première transplantation de main, il y a 15 ans, des dizaines de ces interventions composites ont été menées à bien.Alors, pourquoi ne pas greffer une tête à présent?«C\u2019est un projet \u201csexy\u201d, mais scientifiquement insoutenable», résume Pierre Guertin, chercheur spécialiste de la moelle épinière à la faculté de médecine de l\u2019Université Laval.n visioconférence, les présentations à peine faites, avant même notre première question, Sergio Canavero défend son projet avec une vigueur toute italienne.Depuis 29 ans, il collectionne les études sur la faisabilité du projet et sur les techniques qui pourraient l\u2019aider à le réaliser.Il se sent prêt.Dans le plan de travail qu\u2019il propose, les têtes du receveur et du donneur sont d\u2019abord prélevées avec précision, au scalpel, par deux équipes de chirurgiens qui opèrent en parallèle.Ils refroidissent d\u2019abord la tête du receveur de corps à 10 ºC pour ralentir son métabolisme.Ils ont ensuite une heure pour la rebrancher au circuit sanguin du donneur.Le grand défi, que beaucoup croient impossible à relever, est de recoller les deux sections de moelle épinière.Pour y parvenir, le docteur Canavero suggère de recouvrir les extrémités de la moelle d\u2019un mélange de polyéthylène glycol (PEG) et de chi- tosan.Cette espèce de colle a, par le passé, permis de reconnecter les nerfs périphériques avec succès et sans perte de fonction.Il s\u2019agirait alors d\u2019aligner le plus précisément possible les segments.Selon diverses études menées sur le cochon d\u2019Inde et le chien, la réparation des fibres nerveuses de la moelle surviendrait dès les premières minutes après la recon - nexion.«Ce plan a le mérite de ramener à notre attention l\u2019utilisation du PEG, qui est peut-être trop peu étudié», concède Pierre Guertin.Sergio Canavero imagine que son premier receveur sera une personne condamnée par une maladie mortelle à qui il offrirait une chance de survie : «Par la suite, ces chirur - gies pourraient servir, par exemple, à des personnes qui souffrent de dystrophie musculaire et qui en sont à souhaiter être eu- thanasiées.Enfin, on ne peut s\u2019empêcher de penser aux millionnaires qui rêvent d\u2019immortalité.» Il montre à la caméra le courriel d\u2019un transsexuel qui souhaite voir sa vie changer par une opération de ce genre.Le coût de la procédure est évalué à 13 millions de dollars, comprenant un suivi psychologique intensif.Quand Sergio Canavero a publié son plan pour la transplantation de tête, everybody went banana; tout le monde est devenu dingue, soutient-il.Serait-il prêt à procéder sans l\u2019aval de la majorité de ses pairs?Le chirurgien ne répond pas à la question.Son silence traduit sa conviction, le même genre de conviction qu\u2019a démontrée Jean Michel Dubernard chaque fois qu\u2019il a dû se frotter à l\u2019avis de ses pairs avant de mener une greffe : «On ne décide pas de faire cela du jour au lendemain, explique-t-il.Moi, je rêvais déjà de greffe de visage en 1962.Ensuite, on étudie ce qui se fait en recherche animale et fondamentale, jusqu\u2019à ce qu\u2019on constate qu\u2019on ne peut plus avancer; on sait alors qu\u2019il faut passer à l\u2019acte.Il y a une part d\u2019intuition qui nous permet d\u2019anticiper ce qui se produira.» De son côté, W.P.Andrew Lee a longuement travaillé sur des animaux avant de comprendre qu\u2019il pouvait réduire la quantité d\u2019immunosuppresseurs nécessaires.Ce n\u2019est que lorsqu\u2019il a enfin trouvé la bonne façon de diminuer le nombre et les doses des médicaments antirejet qu\u2019il s\u2019est senti prêt à tenter cette greffe novatrice des deux bras sur le soldat.Car plus la surface de peau transplantée est étendue, plus la réaction de rejet risque d\u2019être violente : «Nous injectons des cellules provenant de la moelle osseuse du donneur dans le sang du receveur, ce qui module son système immunitaire et lui permet de mieux accepter le greffon, explique-t-il.Notre patient se porte bien et se rétablit plus rapidement que prévu.Il peut déjà lancer une balle.» Le médecin a transplanté jusqu\u2019à présent 10 bras et mains sur 6 patients, qui vont bien pour la plupart.Même si ses travaux ont convaincu beaucoup de sceptiques, le docteur Lee doute cependant de la pertinence de nouvelles transplantations de jambes : «C\u2019est qu\u2019il existe aujourd\u2019hui d\u2019excel lentes prothèses permettant aux patients de vivre assez bien», note-t-il.Oscar Pistorius, le coureur sud-africain amputé des deux jambes, l\u2019a prouvé en participant aux Jeux olympiques d\u2019été l\u2019année dernière.L\u2019argument n\u2019ébranle pas Matthew J.Carty : «Notre équipe croit que les patients retireront beaucoup de ces transplantations de jambes.Nous avons appris de l\u2019expérience mondiale que les greffés recouvrent le toucher et plusieurs autres avantages.» Malgré la frénésie qui règne chez les chirurgiens, le docteur Danino reste prudent: «Moi-même, j\u2019étais très partisan.» Mais après avoir réussi deux greffes de visage, le chirurgien, qui revient régulièrement en France assurer le suivi de ses patients, est dubitatif.L\u2019un des greffés vit «toutes les complications possibles», diabète, rejet et autres.L\u2019autre est encore fragile psychologiquement.«Sur la vingtaine de greffes de visages effectuées, il y a eu trois morts, dont des jeunes en santé.C\u2019est énorme», dit-il.Toutes ces procédures thérapeutiques se répandront-elles?Rien n\u2019est certain : «Nous explorons en ce moment les frontières de notre discipline.Il y a des réussites, mais aussi des échecs.Dans quelques décennies, en rétrospective, nous pourrons déterminer quelles procédures seront intégrées à la trousse médicale et lesquelles ne valent pas le risque, conclut le docteur Carty.Nous sommes en train de découvrir tout ça.» Pour le moment, peut-on envisager que d\u2019autres chirurgiens tentent une greffe de tête?«Personne n\u2019est assez fou pour ça», admet Sergio Canavero.Mais le docteur Lee rappelle : «En science, il ne faut jamais dire jamais.» QS Décembre 2013 | Québec Science 39 C\u2019 EST DE LA PL UPART S.E B I B L I O T H È Q U E M U N I C I P A L E D E L Y O N 40 Québec Science | Décembre 2013 nouvelles racines On l\u2019appelle la Grande muraille verte.Elle va traverser tout en faisant barrière à la désertification.Un projet qui mobilise 11 pays, des centaines de chercheurs Au Tchad, on est déjà à l\u2019œuvre pour l\u2019ériger.Par Boureima Sanga Un pari Dakar-D Décembre 2013 | Québec Science 41 r l\u2019Afrique de part en part, t écologique gigantesque s et des milliers de paysans.r-DjiboUti ssis sous un dattier, l\u2019un des rares arbres de son village, Ke- dela Mohamat Nour Idriss fixe l\u2019horizon où s\u2019élèvent des dunes de sable.Le chef du village de Badianga, dans le Sahel tcha- dien, à 350 km au nord de la capitale N\u2019Djamena, est inquiet pour l\u2019avenir.Autrefois, son père cultivait du maïs et du mil.Aujourd\u2019hui, les terres de Badianga sont devenues arides et la population ne doit sa subsistance qu\u2019à une petite section du village qui se trouve à l\u2019abri du vent.Mais là aussi, l\u2019ensablement menace les cultures.Stopper la désertification est devenu un enjeu de survie, à Badianga comme dans de nombreux villages d\u2019Afrique sahélienne, où environ 2 millions d\u2019hectares de forêt sont perdus chaque année, surtout à cause du surpâturage et de la surexploitation du bois.Sans barrière naturelle pour freiner sa course, le désert, poussé par le vent, ne cesse de gagner du terrain.En 2005, à l\u2019instigation de l\u2019ancien président du Nigeria, Olusegun Obasanjo, l\u2019Afrique a convenu de lancer une initiative écologique d\u2019une ampleur inégalée : dresser un mur vert de 15 km de largeur en plantant des arbres depuis Dakar jusqu\u2019à Djibouti, à travers la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Nigeria, le Tchad, le Soudan, l\u2019Erythrée et l\u2019Ethiopie.Ce mur vert devrait s\u2019étirer sur 7 000 km.Objectif : bloquer l\u2019avancée du désert.À lui seul, le Tchad s\u2019est engagé à boiser une surface de 3 millions d\u2019hectares, longue de 2 000 km.Le chef Kedela a mobilisé les habitants de Badianga pour mettre l\u2019épaule à la roue et réhabiliter un terrain de 10 ha.En septembre dernier, des hommes et des femmes étaient au travail, tandis qu\u2019un vent de mousson soufflait sur le village du Sahel.Les uns creusaient des trous pour y enfoncer des pieux, d\u2019autres ramenaient des branches de dattier en vue d\u2019ériger les palissades qui protégeront les A B O U R E I M A S A N G A jeunes arbres des assauts du sable.Une fois cette étape complétée, toute la communauté de Badianga se met à la plantation.Mais quelles essences choisir?Pour savoir lesquelles sont les plus appropriées aux rigueurs sahéliennes, on a mené des recherches agronomiques.La première manche dans la bataille contre la désertification s\u2019est jouée dans les pépinières.L\u2019une d\u2019elles se trouve à Fouo, non loin de Badianga.L\u2019ingénieure Nassar Zou- goulou Yena, 38 ans, y surveille l\u2019arrosage de plants étalés sur de multiples rangées.Il y a neuf mois, elle a laissé sa famille en ville et déménagé ses pénates en plein Sahel pour aller combattre la désertification.C\u2019est elle qui coordonne les activités de boisement de la région.«Je m\u2019occupe aussi d\u2019une seconde pépinière, située à Barrah, non loin d\u2019ici», explique l\u2019ingénieure.Sur les deux sites, quelque 150 ouvriers sous sa supervision bichonnent patiemment de jeunes végétaux pour les mener jusqu\u2019à l\u2019étape de la transplantation.L\u2019objectif commun des deux pépinières est de produire cette année 1 million de plants.Cela permettra de couvrir environ 200 ha.Modeste ambition?On en est encore à l\u2019expérimentation.Jusqu\u2019ici, quatre espèces ont été considérées comme les mieux adaptées au climat et aux sols de cette région du Tchad : le Balanites ægyptiaca (dattier du désert), l\u2019Acacia senegal (aussi appelé gommier blanc), l\u2019Acacia raddiana et le Prosopice juliflora.Ces arbres peuvent pousser dans le sable et n\u2019ont besoin que de très peu d\u2019eau.Mieux, certaines espèces peuvent servir à l\u2019alimentation des gens ou du bétail, aux soins de santé ou au commerce.Le Balanites produit des fruits; l\u2019Accacia senegal, de la gomme arabique.L\u2019espèce Acacia raddiana exige une approche particulière pour se reproduire.Ses graines sont bouillies à une température de 100 ºC, puis semées après refroidissement.«Son tégument est très dur, il faut donc ramollir les graines en les trempant dans l\u2019eau chaude», explique Abdoulaye Mahamat Oumar, un ingénieur en foresterie qui agit comme directeur technique et scientifique de l\u2019Agence nationale de la Grande muraille verte (ANGMV), l\u2019organisation créée pour coordonner le projet au Tchad.«Nous avons commencé à semer dans les pots en avril; trois mois après, les plants atteignaient entre 40 cm et 80 cm de hauteur; ils étaient alors prêts à être mis en terre», se réjouit l\u2019ingénieur.Les premiers essais sur le terrain sont encourageants.Pour stabiliser le sable, Abdoulaye Mahamat Oumar a décidé de planter d\u2019abord le Prosopice juliflora, car il se fixe plus facilement dans le sol que les autres essences.En outre, il croît plus vite.À Fouo et à Barrah, l\u2019Agence a déjà clôturé plus de 100 ha boisés.Elle a aussi attribué des terres aux villageois.En effet, sur chaque site, dans le but de lutter contre la pauvreté, un hectare est réservé à la culture maraîchère.L\u2019activité est confiée à des groupes de femmes.Là aussi, on doit construire des palissades afin de contrer le vent et d\u2019empêcher l\u2019ensablement, explique Abdoulaye Mahamat Oumar.Les palissades protègent aussi les plants contre les animaux d\u2019élevage qui, pendant la saison sèche, dévorent tout ce qui est vert.Bien sûr, cette végétation a besoin d\u2019eau.D\u2019où l\u2019urgence d\u2019effectuer des forages pour atteindre la nappe phréatique, située à une profondeur variant entre 45 m et 75 m.Un forage coûte au minimum 17 000 $.Une dépense énorme dans ce coin du monde.Et chaque site a besoin d\u2019au moins deux forages, plus des cuves et des bassins de rétention.C\u2019est justement le manque d\u2019eau qui inquiète Kedela, le chef du village de Ba- dianga.Chez lui, les travaux de plantation sont moins avancés qu\u2019à Fouo ou à Barrah mais, déjà, il craint que les puits traditionnels du wadi, que se partagent les hommes et les bêtes, ne suffisent pas à arroser les plantes.Il plaide auprès de l\u2019ANGMV pour que l\u2019on fasse de nouveaux forages.L\u2019initiative de la Grande muraille verte nécessite des ressources colossales.On estime que 600 millions de dollars seraient nécessaires sur 10 ans pour réaliser le projet, d\u2019un bout à l\u2019autre du continent.Les États africains concernés par le projet n\u2019arrivent pas à faire face seuls à ces coûts.Le Fonds pour l\u2019environnement mondial 42 Québec Science | Décembre 2013 nouvelle racines Des femmes recrutées sur place ont été formées pour la semence dans les pots.Avec ce qu\u2019elles reçoivent comme rémunération, elles améliorent leurs conditions de vie.Nassar Zougoulou Yena, ingénieure des eaux et forêts.Elle habite au premier site de la Grande muraille verte du Tchad.Elle est arrivée à faire passer le message dans un milieu masculin où on pense toujours que la femme doit occuper les seconds rangs.Petite, trapue et énergique, elle coordonne les activités du site de Fouo.P H O T O S : B O U R E I M A S A N G A (FEM) a promis une aide de 119 millions de dollars aux pays de la Grande muraille.Une allocation de 6,6 millions de dollars à 23 millions de dollars sera attribuée à chacun des 11 pays.«Avec le budget actuel du Tchad, il est encore difficile de réaliser tout le programme, c\u2019est-à-dire produire les semen - ces, former les gens, planter les arbres, creuser les puits, cultiver la terre et offrir de l\u2019eau potable à la population, déplore Ramadji Ngangtar Alexis, chef de service administratif et financier à l\u2019ANGMV.C\u2019est pourquoi, au Tchad, nous avons choisi de commencer en priorisant deux régions.» Le Sénégal, l\u2019un des premiers pays à se lancer dans l\u2019aventure de la Grande muraille verte, a mis en terre 9,4 millions de plants produits en pépinière, couvrant 22 372 ha, entre 2008 et 2011.Le taux moyen de réussite est de 70%.Des jardins polyvalents s\u2019organisent dans les villages situés en bordure de la Grande muraille.Ils couvrent 32 ha et 692 femmes y travaillent à la production maraîchère et fruitière.L\u2019Observatoire hommes-milieux international (OHM-I), créé par l\u2019Institut écologie et environnement du CNRS français, accueille maintenant au Sénégal des botanistes, des spécialistes en écologie végétale, des médecins, des pathologistes, des anthropologues, des politologues et des géographes pour documenter les retombées de la Grande muraille.C\u2019est ainsi qu\u2019au village de Widou-Thien- goli, au nord du Sénégal, des équipes françaises et sénégalaises étudient sur le terrain l\u2019adaptation des espèces végétales et l\u2019écologie microbienne, en plus d\u2019observer la dynamique des systèmes sociaux.Comment le boisement va-t-il influencer le niveau de vie des populations, leur alimen tation, leurs pathologies?«Nous sommes aussi là pour anticiper des effets qui n\u2019ont pas forcément été envisagés», explique l\u2019anthropo - biologiste français Gilles Boëtsch, directeur de l\u2019OMH-I au Sénégal.Durables, les efforts déployés pour réaliser la Grande muraille verte?Le chef Kedela Mohamat Nour Idriss le souhaite pour ses petits-enfants.Il a de bonnes raisons d\u2019espérer.Les chercheurs constatent déjà un taux de survie des pousses d\u2019environ 75% dans sa région.Le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que la Grande muraille est en train de prendre racine.QS Décembre 2013 | Québec Science 43 Dans le Sahel, des palissades sont nécessaires pour freiner le mouvement du sable, afin que les plants mis en terre ne soient pas ensevelis.Ce mur vert devrait s\u2019étirer sur 7 000 km.Objectif : stopper la désertification du Sahel.Les plants de Balanites ægyptiaca dans le site de Fouo prêts à être mis en terre.Niger Mali Mauritanie Sénégal Nigéria Soudan Burkina Faso Tchad l a beau faire parler de lui dans les salons, le gluten n\u2019apporte rien à l\u2019organisme.En théorie, on peut donc s\u2019en passer.Sauf que le supprimer, c\u2019est laborieux, très restrictif et ça chamboule les habitudes alimen - taires.Ceux qui doivent le faire parce qu\u2019il les rend malades \u2013 les personnes atteintes de maladie cœliaque \u2013 en savent quelque chose.Alors pourquoi se mettrait- on délibérément au régime sans gluten?Parce qu\u2019il fait fureur! Et la mode, lancée aux États-Unis, se propage allègrement dans les émissions et les publications grand public.Soulignons que la tendance est largement nourrie (c\u2019est le cas de le dire) par l\u2019industrie.Les aliments sans gluten sont en effet vendus jusqu\u2019à trois fois plus cher.Agriculture et agroalimentaire Canada fait état d\u2019une «croissance fulgurante» des ventes dans le monde entier; en cinq ans, le marché nord- américain a plus que doublé.Mais il n\u2019y a pas que l\u2019intérêt mercantile.Selon Stéphanie Pernice, nutritionniste à la Clinique universitaire de nutrition de l\u2019Université de Montréal : «C\u2019est vrai que de plus en plus de gens se trouvent aux prises avec des inconforts digestifs.Comme ils ne trouvent pas toujours réponse à leurs questions auprès de la médecine officielle, qu\u2019ils ne reçoivent pas de diagnostic précis, ils sont prêts à essayer différents régimes.Dont le sans-gluten.» Le gluten est constitué de deux types de protéines, les gliadines et les gluténines, qui se trouvent dans les grains des céréales que les nutritionnistes regroupent sous l\u2019acronyme SABOT \u2013 seigle, avoine, blé (dont il constitue environ 80% des protéines), orge et triticale (un hybride de seigle et de blé) \u2013, auxquelles s\u2019ajoutent épeautre et kamut.Avec l\u2019amidon, ces protéines constituent la réserve énergétique de la graine.Elles fusionnent pour former du gluten, une sorte de «colle», lors du pétrissage et de l\u2019hydratation des grains moulus.Maïs, riz, sarrasin, quinoa et millet en sont exempts.44 Québec Science | Décembre 2013 nouveau régime?Gluten C\u2019est lui qui donne l\u2019élasticité à la pâte à pain, le moelleux à la bûche de Noël.À part ça, il ne sert à rien.Pourquoi ne pas le supprimer, alors?Par Hélène Matteau Du pain sur l A N D Y D / I S T O C K P H O T O I Si de plus en plus de gens estiment qu'ils digèrent mal le gluten, c\u2019est peut-être, selon Stéphanie Pernice, que sa quantité augmente dans notre alimentation.Le docteur Idriss Djilali-Saiah est immuno- logiste au centre de recherche du CHU Sainte-Justine et président du comité de recherche scientifique de la Fondation québécoise de la maladie cœliaque (FQMC).En entrevue, il nie en tout cas que les cultivars de céréales d\u2019aujourd\u2019hui y soient pour quelque chose.Il déplore une certaine ignorance chez les médecins généralistes, ce qui pourrait expliquer en partie pourquoi il faut en moyenne 12 ans avant qu\u2019un malade cœliaque soit diagnos - tiqué comme tel.Il faut dire que l\u2019intolérance et la sensibilité au gluten sont encore assez mal connues.En outre, «inconforts digestifs», c\u2019est vague.L\u2019éventail des symptômes va des maux de ventre avec ou sans brûlures d\u2019estomac, ballonnements, nausées, diarrhée ou constipation, jusqu\u2019aux migraines, en passant par la fatigue, la dépression, les douleurs articulaires, l\u2019engourdissement des membres, l\u2019acné, l\u2019eczéma, les aphtes et l\u2019anémie.Le problème, explique Idriss Djilali- Saiah, c\u2019est que ces symptômes chevauchent ceux de plusieurs maladies : l\u2019allergie au blé, la dermatite herpétiforme, l\u2019ataxie au gluten et, plus connues, le syndrome du côlon irritable, la maladie cœliaque et la fameuse sensibilité au gluten, prétextée par bon nombre des adeptes du régime «sans».Se priver de gluten, rapporte le docteur Djilali-Saiah, soulagerait 30% des personnes non cœliaques atteintes du syn - drome du côlon irritable dont, inci dem - ment, on ignore encore la cause.Chez les cœliaques, c\u2019est 100%, bien sûr; leur maladie, auto-immune, est causée par une réaction du système immunitaire contre le gluten, qui endommage l\u2019intestin grêle.Un régime sans gluten à vie est d\u2019ailleurs le seul traitement existant à ce jour.Normalement, la membrane de l\u2019intestin présente à sa surface des villosités, replis en forme de bosses dont le rôle est d\u2019absorber les nutriments.Chez les cœliaques, les anticorps formés contre le gluten provoquent une destruction de ces villosités, avec pour résultat la malabsorption de nombreux nutriments.Il s\u2019ensuit une grande fatigue, de l\u2019anémie et divers troubles digestifs.Avec, à long terme, des risques accrus d\u2019ostéoporose, d\u2019infertilité et de cancers de l\u2019intestin.Ajoutons \u2013 et ce n\u2019est pas un détail \u2013 que la maladie cœ- liaque pourrait toucher une personne sur 100 et qu\u2019elle est associée à d\u2019autres problèmes immunitaires dans 25% des cas.En comparaison, la sensibilité au gluten semble bénigne.Au point qu\u2019on doutait jusqu\u2019à tout récemment de l\u2019existence de cette «zone grise» qui ne génère pas d\u2019anticorps, comme c\u2019est le cas pour la maladie cœliaque.«La sensibilité au gluten non cœliaque ne partage aucun critère biologique avec cette affection», précise le docteur Djilali-Saiah.Mais elle existe bel et bien, preuves cliniques à l\u2019appui.«La prévalence de la sensibilité au gluten sans présence de cœliaquie est estimée à 6%, Décembre 2013 | Québec Science 45 r la planche c\u2019est-à-dire qu\u2019elle toucherait 2 millions de Canadiens», affirme le chercheur qui soupçonne que ce pourcentage est sous- estimé, eu égard au nombre grandissant de gens qui adoptent le RSG sans ordonnance médicale.Le site Extenso, du Centre de référence sur la nutrition de l\u2019Université de Montréal, fait état d\u2019études démontrant que l\u2019exclusion du gluten serait aussi bénéfique à «d\u2019autres maladies tombant dans le spectre de la sensibilité ou de l\u2019intolérance au gluten».Mais il faut dire que le bien-être digestif ressenti par des gens s\u2019étant mis d\u2019eux-mêmes au régime peut tenir plus au fait qu\u2019ils ont amélioré et diversifié leur alimentation.l y a du flou autour de la réaction au gluten.Une part psychologique, par exemple, comme on le voit avec l\u2019effet nocebo, lors de tests cliniques.Des patients réagissent mal, même en l\u2019absence de gluten, s\u2019ils croient que ce qu\u2019ils mangent en contient.Les chercheurs regar dent aussi du côté des autres protéines du blé, qui sont parfois en cause, et des FOD- MAPS, acronyme anglais qui désigne des sucres responsables de troubles intestinaux (oligosaccharides, lactose, fructose ou sorbitol) présents dans certains fruits, légumes, légumineuses, produits laitiers et céréales.«Pour le moment, les mécanismes et les biomarqueurs de la sensibilité au gluten demeurent encore inconnus», souligne Idriss Djilali-Saiah.Bref, les chercheurs ont du pain sur la planche\u2026 En attendant, les spécialistes font en chœur une mise en garde : pas de régime sans gluten à moins d\u2019avoir reçu un diagnos tic de maladie cœliaque! Et sans suivi nutritionnel.Le problème, c\u2019est que, si on souffre d\u2019une maladie cœliaque non diagnostiquée et qu\u2019on a cessé le gluten, les tests seront négatifs, faussant le diagnostic.Le docteur Joseph Murray, gastroentérologue à la clinique Mayo, cité par le site Extenso, donne par ailleurs l\u2019exemple «d\u2019une personne qui se sent mieux après avoir cessé le gluten, mais qui, en réalité, souffre sans le savoir de la maladie de Crohn, d\u2019un ulcère gastrique ou, pire encore, d\u2019un cancer du côlon».L\u2019Ordre professionnel des diété - tistes du Québec (OPDQ) parle aussi d\u2019un risque de choc à la gliadine, la protéine du gluten la moins bien tolérée, au moment d\u2019une reprise, volontaire ou non, du gluten.Quant au docteur Djilali-Saiah, il résume : «Sans diagnostic, on vit avec une maladie cœliaque silencieuse, donc sans suivi médical! Les conséquences peuvent être très graves.Surtout si on relâche un peu le régime.» Et ça peut facilement arriver.Personne mieux qu\u2019un cœliaque pour en témoigner.C\u2019est le cas de Laurence Prévost.Diagnos - tiquée il y a 8 ans, la violoncelliste de 59 ans parle d\u2019un régime extrêmement restrictif.«J\u2019entends des gens dire : \u201cJe me sens mieux sans blé\u201d, mais ils oublient que le gluten est dans certaines vinaigrettes et mélanges d\u2019épices (on ajoute du gluten pour les empêcher de coller), dans tout ce qui comporte un liant, dans la bière et même certains médicaments.Ce n\u2019est pas la quantité de gluten qui est en cause; c\u2019est sa nature.Il faut lire les étiquettes très soigneusement.Il faut aussi se méfier de la contamination croisée : gare au couteau, au grille-pain, à l\u2019huile des frites, à tout ce qui a touché un aliment contenant du gluten.Il faut se méfier des mets transformés et des restos offrant des repas sans gluten.» Quiconque adopte un régime de son propre chef, spécifie Stéphanie Pernice, s\u2019expose à des carences nutritionnelles \u2013 fibres, acide folique, fer, calcium, vitamines du complexe B, etc.\u2013, d\u2019autant plus qu\u2019au- jourd\u2019hui, beaucoup de céréales et de féculents avec gluten sont enrichis.Elle insiste : «Il vaut mieux se prêter à une évaluation professionnelle individuelle avant de s\u2019y mettre.On procède normalement par essais (petits repas plus fréquents, suppression d\u2019aliments gazogènes, gras ou irritants, etc.) et on a recours à des bilans nutritionnels.Après, si rien ne fonctionne, on peut essayer le sans-gluten.Mais des recommandations valables pour tous, ça n\u2019existe pas! Il ne s\u2019agit pas de diaboliser le régime sans gluten, mais de l\u2019adopter pour les bonnes raisons et de la bonne façon.Ce n\u2019est pas simple : c\u2019est pour ça qu\u2019il vaut mieux être guidé.» Le diagnostic se passe en trois étapes : une prise de sang pour vérifier la présence d\u2019anticorps spécifiques, puis deux biopsies de l\u2019intestin grêle.La première, effectuée alors que le patient suit une diète normale, établira si la membrane est endommagée.La seconde, une fois adopté le régime sans gluten, permettra de voir si les lésions se sont résorbées.Le dépistage est pris très au sérieux par les instances de santé publique.Pour sa part, Santé Canada estime que 90% des personnes atteintes de maladie cœliaque l\u2019ignorent.Ainsi, pour la toute première fois à l\u2019été 2013, l\u2019Ordre professionnel des diététistes du Québec (OPDQ) et le Collège des médecins se sont associés pour publier une mise en garde commune concernant le régime sans gluten.Retenons ces mots : «Tout type de régime ou de mode d\u2019alimentation présenté comme une panacée, n\u2019étant pas soutenu par des données probantes de la science et ne faisant pas consensus dans la communauté scientifique, risque d\u2019induire le public en erreur quant à son efficacité.» La balle est dans le camp des chercheurs, dirait-on.QS +Pour en savoir plus : Extenso, du Centre de référence sur la nutrition de l\u2019Université de Montréal : www.extenso.org La Fondation québécoise de la maladie cœliaque (FQMC): www.fqmc.org L\u2019Ordre professionnel des diététistes du Québec (OPDQ) : http ://opdq.org 46 Québec Science | Décembre 2013 nouveau régime?Des recommandations va l a b l e s p o u r t o u s , ç a n \u2019 e x i s t e p a s ! I l n e s\u2019agi t pas d e diaboliser le régime sans g l u t e n , m a i s d e l \u2019 a d o p t e r p o u r l e s b o n nes r aisons .I Décembre 2013 | Québec Science 47 D A V I D D O R H O U T 21e ÉDITION ! LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE À LIRE DANS LE PROCHAIN NUMÉRO 48 Québec Science | Décembre 2013 L\u2019ÉCOLE INVERSÉE «J\u2019écris ce livre, car je crois que notre façon d\u2019enseigner et d\u2019apprendre doit changer.» Salman Khan a le mérite de mettre ses belles paroles en pratique.Précurseur de l\u2019éducation en ligne, il a fondé en 2006 la Khan Academy (KhanAcademy.org), dont le but est de fournir gratuitement un enseignement de qualité à tous.Dans cet ouvrage, il détaille sa vision de la pédagogie «inversée», où la technologie permet, selon lui, d\u2019humaniser les classes.Le principe?L\u2019élève apprend à son rythme, en visionnant au préalable des vidéos en ligne, si bien que les séances en classe ne sont réservées qu\u2019aux questions et à l\u2019interaction.De quoi donner matière à réflexion.L\u2019éducation réinventée, Salman Khan, Éditions JC Lattès, septembre 2013.MARCHER POUR LA PERSÉVÉRANCE Le destin de Stanley Vollant est digne d\u2019un roman, et c\u2019est ainsi que se lit l\u2019ouvrage biographique du journaliste Mathieu-Robert Sauvé.Placé à l\u2019orphelinat et «sauvé» par son grand-père innu, le jeune Stanley est un élève brillant, doté d\u2019une mémoire prodigieuse et d\u2019une volonté à toute épreuve.Devenu en 1994 le premier chirurgien autochtone du Québec, il a entrepris en 2010 un périple de 5 ans, au cours duquel il parcourra 6 000 km à pied pour sensibiliser l\u2019opinion publique à la cause des Premières Nations et inspirer les jeunes.Une leçon de persévérance, quand on sait que le médecin est un rescapé du suicide, accroché pour de bon à la vie.xception faite des skieurs invétérés, la plupart d\u2019entre nous considèrent la neige comme une nuisance.Mais grâce à la nouvelle exposition temporaire du Musée canadien des civilisations (MCC), nous modifierons peut-être notre perception.«Malgré la relation amour-haine que nous entretenons avec elle, la neige a fortement contribué à forger notre identité.Son influence s\u2019exprime notamment à travers les trésors d\u2019ingéniosité que nous avons sans cesse déployés pour tenter de la maîtriser», affirme Bianca Gendreau, conservatrice au MCC.Dans un décor évoquant les plaines de l\u2019Arctique, Neige raconte, par exemple, com ment les Amérindiens se sont adaptés à l\u2019hiver, malgré leurs ressources limitées.Parmi les quelque 300 objets présentés, on trouve bien sûr des raquettes en ba- biche, mais aussi des lunettes de neige.Sculpté dans de l\u2019ivoire de morse par des chasseurs inuits, il y a plus de 800 ans, cet accessoire protégeait les yeux des reflets de la lumière sur la neige.Il constitue le plus vieil artefact \u2013 et l\u2019un des plus beaux \u2013 de l\u2019exposition.Grâce à un partenariat avec le Musée J.Armand Bombardier, de Valcourt, en Estrie, Bianca Gendreau a pu emprunter le prototype d\u2019un véhicule à neige des années 1950 et un Ski-Doo des années 1970.«Il s\u2019agit d\u2019un modèle quelque peu mythique, puisque c\u2019est à cette époque que la motoneige a cessé d\u2019être uniquement un moyen de transport pour devenir un véhicule de loisir», explique la commissaire.Selon elle, toutefois, ce sont plutôt le chasse-neige des années 1950 et le traîneau couvert qui ont le plus de chance de piquer la curiosité des amateurs.«Les traîneaux comme celui-ci permettaient de se déplacer à l\u2019abri du vent et des précipitations.Le modèle que nous présentons est même équipé d\u2019un petit poêle qui tenait ses occupants au chaud», s\u2019amuse Bianca Gendreau qui s\u2019affaire depuis plusieurs mois à monter l\u2019exposition.Outre ces objets ingénieux, Neige présente des vidéos, des photographies et même des caricatures.Car notre climat nordique n\u2019a pas inspiré que les «patenteux»; il a aussi influencé de nombreux artistes.«Et puis les visiteurs pourront eux-mêmes prendre gratuitement la pose devant la caméra, déguisés en raquetteurs du XIXe siècle», indique Bianca Gendreau, en précisant que ce genre de portrait était très populaire autrefois.L\u2019exposition consacre d\u2019ailleurs tout un volet à la raquette et aux autres loisirs d\u2019hiver.Bien que l\u2019événement mette avant tout l\u2019accent sur la dimension culturelle de la neige, Bianca Gendreau a tenu à profiter de cette tribune pour rappeler l\u2019importance de l\u2019or blanc.«En plus de générer des revenus touristiques considérables, la neige profite à l\u2019agriculture, en empêchant le sol de geler trop profondément, souligne-t-elle.Quant à l\u2019eau de fonte, elle joue un rôle essentiel dans la production d\u2019hydroélectricité.» Alors, prêts pour la première bordée?Neige, au Musée canadien des civilisations, 100, rue Laurier à Gatineau, du 6 décembre 2013 au 28 septembre 2014.www.civilisations.ca La neige et les patenteux La nouvelle exposition du Musée canadien des civilisations rend hommage à notre remarquable ingéniosité face à l\u2019hiver.E Par Catherine Girard Suivez le guide Matières à lire S T E V E N D A R B Y © M U S É E C A N A D I E N D E S C I V I L I S A T I O N S / V O I T U R E D \u2019 H I V E R D E L A F A M I L L E R E G I E R , V E R S 1 9 5 0 AU SECOURS DE DELPHINAPTERUS LEUCAS Figurant déjà sur la liste des animaux menacés, les bélugas du fleuve Saint-Laurent ont vu leur population décroître de plus de 20% au cours des 10 dernières années.Depuis le début des années 2000, le nombre d\u2019individus est en effet passé de 1 100 à 900.Quelles sont les raisons de ce déclin?Et surtout, comment éviter que Delphinapterus leucas, le cétacé au teint de lait, ne disparaisse complètement?Robert Michaud, président du Groupe de recherche et d\u2019éducation sur les mammifères marins du Québec (GREMM), offrira quelques pistes de solutions lors d\u2019une conférence au Cœur des sciences de l\u2019UQAM.Le déclin des bélugas, Amphithéâtre du pavillon Sherbrooke de l\u2019UQAM, 12 décembre, 19 h, entrée payante.www.coeurdessciences.uqam.ca MON AMI PERRO Chaque année au mois de décembre, le Club des Débrouillards invite les enfants des quatre coins du Québec à découvrir l\u2019univers de la science lors d\u2019une journée ponctuée de jeux, d\u2019animations et de défis.Pour l\u2019édition 2013, les apprentis scientifiques auront comme mission de reproduire trois expériences tirées d\u2019une bande dessinée spécialement écrite par Bryan Perro, un auteur qui a fait sa marque auprès du jeune public grâce à sa série de romans fantastiques Amos Daragon.Journée nationale des Débrouillards, 7 décembre 2013, dans tous les Conseils régionaux du loisir scientifique.www.lesdebrouillards.com Décembre 2013 | Québec Science 49 > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > DÉCRYPTER LE GÉNOME À SES HEURES PERDUES Jouer pour se distraire, c\u2019est bien.Jouer pour faire avancer la recherche, c\u2019est mieux! Lâchez donc vos Angry Birds et autres jeux idiots pour Phylo, mis au point par des chercheurs de l\u2019Université McGill afin de comparer les génomes de plusieurs espèces.«La comparaison de génomes est l\u2019une des techniques les plus puissantes en biologie moléculaire.Cela nous permet de déchiffrer notre ADN et d\u2019identifier de nouveaux gènes», est-il mentionné sur le site du jeu.En faisant glisser des blocs pour les aligner selon leur couleur, tout en laissant le moins possible d\u2019espace entre eux, le joueur manipule en fait des séquences d\u2019ADN de plusieurs espèces (dont les pictogrammes s\u2019affichent à l\u2019écran), et tente de mettre en évidence les similarités.Pourquoi ne pas confier la tâche aux ordinateurs?Tout simplement parce que le cerveau humain est plus puissant que les algorithmes informatiques, surtout lorsque ces derniers doivent manipuler des génomes qui contiennent plus de 3 milliards de «lettres».Mettre des humains à contribution, même s\u2019ils ne connaissent rien à la biologie, permet de faire progresser plus vite et avec plus de précision les analyses génétiques qui permettront, à terme, de déceler les anomalies impliquées dans des maladies métaboliques, neurologiques ou cancéreuses.Plus de 300 000 personnes ont déjà apporté leur «aide» à ce casse-tête, mis au point il y a 3 ans par l\u2019équipe de Jérôme Waldispühl du département de science informatique à l\u2019Université McGill.Mais depuis deux mois, la plateforme est ouverte aux chercheurs du monde entier, qui peuvent mettre en ligne leurs séquences d\u2019ADN s\u2019ils ont besoin d\u2019aide pour le décryptage.Phylo s\u2019inscrit dans la lignée des jeux scientifiques, qui ont un succès grandissant sur la Toile, à l\u2019instar de Foldit qui permet à n\u2019importe quel quidam d\u2019assembler des protéines en 3D.http ://phylo.cs.mcgill.ca/ NOURRIR LA PLANÈTE EN FAMILLE Le 22 novembre dernier était officiellement lancée, à New York, l\u2019Année internationale de l\u2019agriculture familiale 2014, déclarée par l\u2019Assemblée générale de l\u2019ONU en 2011, et soutenue dans le monde par plus de 360 organisations d\u2019agriculteurs et de la société civile.C\u2019était là l\u2019occasion de rappeler que les individus engagés dans l\u2019agriculture familiale produisent 70% de l\u2019alimentation mondiale.Pour sensibiliser le public à l\u2019importance de l\u2019agriculture familiale, un site a été lancé.À la clé, des vidéos, des photos et une foule d\u2019informations, accessibles en français.www.familyfarmingcampaign.net RECYC-101 Papier cadeau, bouteilles, emballages de jouets, etc.Pendant le temps des fêtes, nos poubelles débordent.Pour simplifier la tâche de la récupération, Éco Entreprises Québec (ÉEQ) et RECYC-QUÉBEC ont mis au point un nouvel outil pour téléphone intelligent qui récapitule ce qu\u2019on peut déposer dans le bac à recyclage et ce qu\u2019on ne doit pas y mettre.Il s\u2019agit d\u2019une version mobile de la Charte des matières recyclables de la collecte sélective du Québec.Sur cellulaire à l\u2019adresse : m.recreer.ca.Dr Stanley Vollant: Mon chemin innu, Mathieu-Robert Sauvé, Éditions MultiMondes, octobre 2013.LA RÉVOLUTION ÉTOILÉE Jean-René Roy a passé plus d\u2019un millier de nuits à observer les étoiles.Dans ses carnets, l\u2019astronome québécois de renommée mondiale décrit son parcours, lui qui, enfant déjà, voulait être «savant» et qui s\u2019est laissé inspirer comme tant de ses contemporains par Fernand Seguin, vulgarisateur avant l\u2019heure.Touchant et passionnant, ce récit autobiographique nous en apprend autant sur le personnage que sur l\u2019avancée des connaissances en astronomie au cours des 60 dernières années.Les carnets d\u2019un astrophysicien : à l\u2019écoute des étoiles, Jean-René Roy, Éditions MultiMondes, octobre 2013.Par Marine Corniou Sur la toile \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 Vol AC183, Vancouver- Montréal.Au décollage, nous traversons les brouillards et les brumes de la côte ouest, puis nous survolons les neiges éternelles des Rocheuses, les damiers monotones des champs dans les Prairies, le couvert ténébreux des forêts de l\u2019Ontario et du Québec, parfois surpris par les reflets des Grands Lacs.Cinq heures de vol avant que le commandant réduise le régime des moteurs, au-dessus du mont Tremblant.Mais je suis bien le seul à avoir suivi le vol, de la première à la dernière secousse.Attachés à leur fauteuil, les passagers s\u2019adonnent à des jeux électroniques, regardent des films, examinent l\u2019écran de leur ordinateur; puis ils dorment.Que faire d\u2019autre?Très peu conversent, personne ne regarde par le hublot; d\u2019ailleurs les volets sont tous abaissés.Le Cana da, finalement, est une aile d\u2019avion.Le Canada, c\u2019est un bruit de moteur à réaction, entendu à l\u2019intérieur d\u2019une cabine fuselée.Le Canada sent le kérosène.Il goûte le wrap au poulet, le mauvais café.Le Canada, c\u2019est cinq heures de sommeil ou bien deux films catastrophe.«À quoi penses-tu quand tu survoles le Canada?» Je ne pense à rien de particulier.J\u2019imagine Hank Williams en train de composer Jambalya on the Bayou en 1952.Je pense à Lucille Marie Raymonde Savoie qui fut la première chanteuse canadienne à vendre plus de un million de disques.Elle appartient au panthéon canadien de la musique country.Lucille Marie Raymonde est née à Saint-Boniface au Manitoba, mais elle a passé son enfance à Coquitlam, en banlieue de Vancouver.Pour son public, Raymonde est devenue Lucille Starr.Excellente guitariste, très bonne dans le yodel, elle a enregistré en anglais, en français et en espagnol.Sa chanson The French Song l\u2019a rendue célèbre partout dans le monde au début des années 1960.Une rue de Port Coquitlam porte son nom, le Lucille Starr Boulevard.Coquitlam est un mot salish qui signifie « là où il y a des poissons rouges en haut de la rivière» .L\u2019endroit est si beau que les humains l\u2019occupent depuis au moins 9 000 ans.Un des quartiers de Coquitlam s\u2019appelle Maillardville, qui signifie « là où il y a des Canadiens français depuis un siècle» .Le French Song de Raymonde Savoie, c\u2019est en réalité le fameux Quand le soleil dit bonjour aux montagnes.Mais Raymonde chantait aussi Jambalya on the Bayou.La triangulation francophone ouest-sud-est se dessine : Hank Williams a écrit Jambalya à partir de la tradition des Cajuns de la Louisiane.On y parle de la cuisine d\u2019Yvonne, des Thibodeau et des Fontenot, et de filets gumbo.J\u2019ai laissé mon cœur à Coquitlam, là où a vécu Raymonde Savoie, la chan - teuse du groupe Les Hirondelles de Maillardville, devenue Lucille Starr, la voix des Canadian Sweethearts.Les Savoie originaux de l\u2019Acadie ancienne se sont retrouvés aux trois coins de cette Amérique-là.Ils ont gratté la guitare, chanté des mots simples sur fond de musique country, écrit la saga de leur dispersion dans l\u2019espace américain.Je crois que, à Coquitlam, le soleil a raison de dire bonjour aux montagnes.Car depuis Maillardville, en Colombie-Britannique, jusqu\u2019à Al- lardville, en Acadie, en passant par Bâton Rouge en Louisiane, nous embrassons l\u2019Amérique au complet.Nous sommes au pays de «mes chers amis», de ceux qui crient «Maman!» quand ils ont peur, de ceux qui appellent le lynx un «pichou», de ceux qui mangent de la fricassée, des patates et de la morue, des tartes au sucre ou de la jambalya.L\u2019Amérique, un vieux mot italien qui veut dire « terre des Savoie» .Vol AC183, Vancouver-Montréal.Je pense aux Savoie d\u2019Amérique, à Coquitlam, à Maillardville, à cette femme prénommée Raymonde qui fut l\u2019idole des Hollandais et des Australiens, qui chantait son French Song en français, devant de grandes foules ravies, massées dans les jardins de tulipes des Pays-Bas, chapeaux de cow-boy sur la tête.Quand le soleil dit bonjour aux montagnes, je suis seul, je ne veux penser qu\u2019à toi.QS 50 Québec Science | Décembre 2013 J\u2019AI LAISSÉ MON CŒUR À COQUITLAM Par Serge Bouchard L\u2019esprit du lieu Note : un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des courtages, des commissions de suivi, des frais de gestion et d\u2019autres frais.Les ratios de frais de gestion varient d\u2019une année à l\u2019autre.Veuillez lire le prospectus avant d\u2019effectuer un placement.Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur fluctue souvent et leur rendement passé n\u2019est pas indicatif de leur rendement futur.Les Fonds FÉRIQUE sont distribués par Services d\u2019investissement FÉRIQUE, à titre de Placeur principal.www.ferique.com Les Fonds FÉRIQUE : il y a un peu de génie là-dedans.DES RENDEMENTS CONCURRENTIELS.UN SUIVI RIGOUREUX.VOUS PENSEZ QUE « SANS BUT LUCRATIF » NE RIME PAS AVEC « PROFITS » ?NOUS AVONS DES NOUVELLES POUR VOUS.Depuis près de 40 ans, les Fonds FÉRIQUE offrent des résultats on ne peut plus concurrentiels à leurs investisseurs.Et parce qu\u2019ils sont offerts par une société sans but lucratif, ils ont fait profiter ceux-ci de frais de gestion parmi les plus bas de l\u2019industrie.À vous les rendements.À vous les profits.Offerts aux ingénieurs et diplômés en génie, à leurs familles et à leurs entreprises. 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