Québec science, 1 janvier 2014, Octobre 2014, Vol. 53, No. 2
[" quEbEc SciEncE Octobre 2014 QUEBECSCIENCE.QC.CA 40065387 6 , 4 5 $ EN KIOSQUE JUSQU\u2019AU 23 OCTOBRE 2014 IMMUNOTHÉRAPIE, NOUVEL ESPOIR?CANCER ÉCOLOGIE ACHETER, C\u2019EST SAUVER DE JEUNES ENTREPRENEURS EN NOUVELLES TECHNOLOGIES FONT TREMBLER LES DICTATURES ET LES «ENNEMIS D\u2019INTERNET».UNE GUERRE À COUP D\u2019ALGORITHMES QUI S\u2019ÉTEND AU MONDE.CINQ ANNÉES QUI ONT CHANGÉ LE MONDE TOURISME L\u2019ÉMERGENCE DU VIDE SELON SERGE BOUCHARD LA GRANDE GUERRE CYBER-RÉSISTANCE! LA SAISON DES SUPER- POUX 1418 L'INGÉNIEUR ÉLECTRIQUE CONÇOIT DES SYSTÈMES ÉLECTRONIQUES ET ÉLECTRIQUES INTÉGRANT Baccalauré at LE MATÉRIEL ET LE LOGICIEL : CODECS POUR LE SON, TÉLÉPHONES cn gen 1\u20ac INTELLIGENTS, RADIOS SATELLITAIRES, APPAREILS DE GÉOLOCALISATION, RÉSEAUX DE DISTRIBUTION 6 e ctr] 1QUE D'ÉLECTRICITÉ INTELLIGENTS, SYSTÈMES DE GESTION DE BATTERIES DE VOITURES ÉLECTRIQUES, ETC.~~ e Interdisciplinarité e 9 stages rémunérés e Apprentissage par problèmes e Résoudre des problèmes d'ingénierie et par projets en ingénierie ayant un impact sur la société e Formation axée sur la pratique e Construire et s'affirmer e Innovation, rigueur et autonomie e Réussir sa formation et inventer le futur UNIVERSITÉ DE Bl SHERBROOKE | Voir au futur 15 Jean-Pierre Rogel La chauve-souris cantatrice 50 Serge Bouchard Manitou Ewitchi Saga ou l\u2019émergence du rien 4 BILLET Un travail inachevé Par Raymond Lemieux 47 SUR LA TOILE Par Marine Corniou 47 LIVRES 49 AUJOURD\u2019HUI LE FUTUR Par Joël Leblanc quEbEc SciEncE OCTOBRE 2014 C O U V E R T U R E : F R A N C O I S E S C A L M E L INTERNET 16 Cyber-résistance! Ils font trembler les «ennemis d\u2019Internet».Depuis leurs studios de Montréal et de Toronto, de jeunes entrepreneurs en nouvelles technologies, activistes et justi ciers du numérique, défient la cybercensure imposée par les régimes autoritaires.Une guerre à coup d\u2019algorithmes qui s\u2019étend au monde entier.Par Simon Coutu ÉCOLOGIE 20 Acheter, c\u2019est sauver Las d\u2019attendre que le gouvernement crée des aires protégées pour sauvegarder les paysages et les espèces en péril, des amoureux de la nature achètent quelques-uns des plus beaux coins du Québec pour les mettre à l\u2019abri des promoteurs immobiliers.Par Dominique Forget MÉDECINE 26 Immunothérapie: le nouvel espoir Chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie\u2026 L\u2019arsenal anticancéreux ne suffit pas toujours.Alors l\u2019espoir se tourne vers l\u2019immunothérapie.Encore expérimentale, maladroite, faillible, elle offre cependant beaucoup de promesses.Aux États-Unis, d\u2019éminents chercheurs y croient de toutes leurs forces.Par Marie-Pier Elie ALIMENTATION 36 Du safran au pays des lutins Qu\u2019ont en commun Les mille et une nuits et le légendaire Saint-Élie-de-Caxton?Le safran! Voilà qu\u2019on cultive maintenant au pays de Fred Pellerin cette épice exotique, plus convoitée que l\u2019or.Par Simon Coutu LA GRANDE GUERRE 40 Le fer et le feu L\u2019Europe est en guerre.La faucheuse est zélée et sans pitié; en quelques mois seulement, les combats font des centaines de milliers de victimes.Comme si ça ne suffisait pas, on fait aussi l\u2019essai de nouvelles armes.Et les soldats canadiens seront en première ligne.Par Raymond Lemieux ENTREVUE 6 BIENTÔT LA GUERRE DES ROBOTS?Des machines pourraient-elles faire la guerre à la place des soldats?Le recours de plus en plus fréquent aux drônes l\u2019indique.Propos recueillis par Mélissa Guillemette SANTÉ PUBLIQUE 9 VENIR À BOUT DU POU Il est là depuis la nuit des temps.Et il semble bien que, malgré les efforts des humains, la longue histoire qui lie Pediculus humanus capitis et Homo sapiens ne soit pas près de se terminer.Par Marion Spée ÉDUCATION 12 DES LEÇONS DE PROGRAMMATION À 6 ANS?Logique, autonomie, structuration de la pensée\u2026 La programmation informatique aurait d\u2019importantes vertus éducatives; au même titre que la géométrie, par exemple.Et elle devrait être enseignée aux jeunes à partir de six ans croient les experts.Par Simon Coutu ACTUALITÉS RUBRIQUES 26 4 Québec Science | Octobre 2014 Un travail inachevé Les Canadiens auraient-ils un penchant plus prononcé pour la science que quiconque d\u2019autre?es êtres humains, tels que nous les connaissons aujourd\u2019hui, sont le résultat d\u2019espèces animales ayant existé dans le pas - sé.» Vrai?Faux?Les trois quarts des Canadiens s\u2019accordent à cocher Vrai, contre 47% des États-Uniens et 44 % des Russes.Pas mal pour un pays qui avait encore, il n\u2019y a pas si longtemps, un ministre des Sciences réfractaire à la théorie de l\u2019évolution.C\u2019est avec ce genre de questions \u2013 et de réponses \u2013 que le Conseil des académies du Canada a établi le degré de «littéra- tie scientifique» des Canadiens.Résultat, constate-t-il dans un imposant rapport déposé il y a quelques semaines, nos concitoyens, coast to coast, seraient plus ouverts à la science que les habitants de quantité d\u2019autres pays.Le Conseil s\u2019appuie sur un sondage mené en avril 2013 auprès de 2 004 personnes, dans lequel près de 93% des répondants se disent intéressés par les nouvelles découvertes scientifiques et les avancées technologiques (médaille d\u2019or!, c\u2019est le meilleur score parmi les 33 pays où on conduit de telles enquêtes).De plus, les Canadiens sont ceux qui auraient le moins de réserves à l\u2019égard de la science (deuxième médaille d\u2019or!).On applaudit! Mais un doute \u2013 tout scientifique \u2013 ne manque pas de surgir à la lecture de si beaux résultats.Pouvons- nous vraiment nous considérer comme plus branchés, côté science, que les Japonais, les Allemands ou les Suédois?Le Conseil semble lui-même manifester une certaine réserve, puisqu\u2019il a introduit dans son analyse le concept inédit d\u2019«auto-rabat-jovialisme».«Malgré le bon classement obtenu par le Canada à l\u2019échelle internationale, écrit-il, plus de la moitié des Canadiens ne possèdent pas le niveau de compréhension des notions élémentaires requis pour saisir le sens des grands débats publics sur les questions scientifiques.Le comité d\u2019experts a constaté que 54% des Canadiens sont incapables d\u2019expliquer ce que cela signifie que d\u2019étudier quelque chose de manière scientifique.» Un bémol plutôt discordant dans l\u2019hymne à la fierté nationale.Le Conseil prétend que cette lacune reflète un travail inachevé de communication et d\u2019éducation.Pis, que, en matière de culture scientifique, dans un Canada premier de classe se cacherait un Québec cancre.C\u2019est le sondage qui le dit, puis - que son échantillonnage est suffisant, affirme le Conseil, «pour permettre un examen désagrégé des résultats à l\u2019échelon régional».Or, le Québec, réduit à un échelon régional, se retrouve bon dernier.C\u2019est le Manitoba et la Saskatchewan qui obtiennent les meilleurs scores.Explication du Conseil?Pas d\u2019explication! Ce n\u2019est évidemment pas un sondage qui nous indiquerait des solutions pour améliorer la culture scientifique.Malheureusement, avec des tirades semblables, ce rapport éclipse quelques analyses pertinentes.«Il serait déraisonnable de s\u2019attendre à ce que tous les membres d\u2019une société avertie du point de vue scientifique deviennent des \u201cmicroscientifiques\u201d», y lit-on par exemple.De ce fait, le Conseil considère que l\u2019on ne peut pas miser exclusivement sur le système éducatif.«[Ce dernier] ne peut apporter à l\u2019individu tout le savoir scientifique dont il aura besoin au cours de sa vie en tant que citoyen d\u2019une société moderne et technologiquement avancée1.Cela fait ressortir le besoin d\u2019offrir aux adultes des possibilités complémentaires de recherche d\u2019information sur des enjeux et sujets scientifiques pendant toute leur vie.» Le Conseil insiste pour que la science constitue une démarche inclusive et adaptée à toutes les caractéristiques sociales et culturelles (les jeunes, les aînés, les Autochtones, etc.).Alors, on commence par quoi?Par les Québécois?Vous pouvez consulter le document sur le site du Conseil des académies canadiennes : sciencepourlepublic.ca.?QS 1 Le Conseil note tout de même que «l\u2019intérêt pour la science est plus vif chez les jeunes non-caucasiens» (page 206), soulignant que «la moitié des Canadiens qui obtiennent une formation en science et en génie sont des immigrants».Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Dominique Forget Collaborateurs Serge Bouchard, Simon Coutu, Marie-Pier Elie, Mélissa Guillemette, Joël Leblanc, Jean-Pierre Rogel, Marion Spée Éditing Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs François Escalmel, Frefon, Simon Coutu, Alain Décarie Éditeur Pierre Sormany Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chef, communications marketing Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard PUBLICITÉ Nellie Létourneau Tél.: 514 571-5884 nletourneau@velo.qc.ca Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Parution : septembre 2014 (516e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb DistributionMessageries Dynamiques Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2014 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca quEBEc SciEncE OCTOBRE VOLUME 53, NUMÉRO 2 C M C A A U D I T E D «L Par Raymond Lemieux Billet À bas les taxes, vive le vapotage! Notre article sur la cigarette électronique (avril-mai 2014) a fait réagir Michel Grenier.«J\u2019ai 57 ans et, pendant 40 ans, j\u2019ai fumé environ un paquet par jour.J\u2019ai essayé d\u2019arrêter à plusieurs reprises et de différentes façons: à «froid», avec des gommes ou des timbres nicotinés, etc.Je n\u2019ai jamais tenu plus de 30 jours.[.] J\u2019ai tenté l\u2019expérience de la cigarette électronique, pas pour arrêter de fumer, simplement pour voir si je pourrais à l\u2019occasion vapoter au lieu de fumer.J\u2019ai choisi un liquide avec un dosage de 12 mg de nicotine (illégal, bien sûr, puisque Santé Canada permet la vente libre de cigarettes, de gommes et de timbres, mais pas de liquide contenant de la nicotine).Depuis, je n\u2019ai même plus envie d\u2019une cigarette ordinaire.» Alors, selon lui, les gouvernements n\u2019ont aucun intérêt à faire des études sérieuses sur la nocivité ou l\u2019innocuité de la cigarette électronique, car : «Si les recherches en montraient l\u2019innocuité, les gouvernements n\u2019auraient plus raison de le taxer davantage que n\u2019importe quel autre produit de con - som mation.» Et toc! Notons que, depuis la fin août, l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié un document recommandant d\u2019interdire la vente de cigarettes électroniques aux mineurs et de prohiber leur utilisation dans les lieux publics et mettant en garde les «enfants, adolescents, femmes enceintes et femmes en âge de procréer contre l\u2019utilisation d\u2019inhalateurs électroniques de nicotine», en raison des «conséquences à long terme sur le développement du cerveau».Au Canada, pour l\u2019instant, seules les cigarettes électroniques sans nicotine sont permises.Sortir du brouillard Jean-Pierre Filion a lu «avec grand intérêt» notre reportage sur l\u2019Empress of Ireland (avril-mai 2014).Ancien directeur du Musée de la mer de Rimouski [au- jourd\u2019hui connu sous le nom de Site historique maritime de la Pointe-au-Père], il reste à l\u2019affût de toutes les nouvelles révélations concernant cette tragédie.Il nous signale toutefois quelques erreurs dans notre récit.Nous mentionnions qu\u2019il y avait des feux de route rouges.Or, il n\u2019y en aurait eu qu\u2019un seul.«Il peut arriver que chacun des feux soit composé en fait de deux feux très étroitement superposés (au cas où un des deux s\u2019éteindrait), mais je crois qu\u2019il faille parler d\u2019un seul feu rouge.» Il note aussi que les coups de sifflet ont retenti après que les navires sont entrés dans le brouillard (et non avant).«Je conviens que ce n\u2019est pas facile de s\u2019y retrouver! De toute façon, quant à cette histoire, je doute qu\u2019il y ait une seule personne qui possède toute la vérité!» Il nous invite aussi à consulter son site web (jpfil.com/pointe-au-pere_1914/index.php).«Pour le 100e, je me suis contenté de réaliser des modélisations 3D.On y trouve une page web qui soulève bien des questions sur la commission d\u2019enquête [tenue à la suite de cette tragédie], une autre sur le classement de l\u2019épave en tant que patrimoine québécois et enfin une sur la station maritime de Pointe- au-Père au début du XXe siècle.Les illustrations sont toutes mes modélisations.» Nos lecteurs apprécieront! Précision Dans notre dernier numéro (août-septembre 2014), un lecteur nous fait remarquer que nous mentionnons les noms de Kenneth Cukier et Viktor Mayer-Schönberger, les deux auteurs du best-seller international Big Data, en introduction de l\u2019entrevue.Les propos recueillis sont toutefois ceux de Kenneth Cukier.?QS courrier@quebecscience.qc.ca Au pied de la lettre APPEL AUX CHERCHEURS ET CHERCHEUSES Faites-nous part de vos découvertes de l'année! Vous avez publié un article dans une revue savante concernant une de vos découvertes, cette année (entre le 1er octobre 2013 et le 31 octobre 2014)?Vous travaillez avec une institution établie au Québec?Soumettez votre candidature pour notre sélection des Découvertes de l'année 2014.Faites vite! Date limite : 30 septembre 2014.Envoyez-nous un exemplaire de votre article ainsi qu'une brève lettre (maximum une page) vulgarisant votre découverte et indiquant pourquoi elle est intéressante.À l\u2019adresse : 1251, rue Rachel Est, Montréal, Qc H2J 2J9, à l\u2019attention de Joël Leblanc ou par courriel : jleblanc@quebecscience.qc.ca Le jury se réunira en octobre et ses choix seront communiqués dans notre numéro de janvier-février 2015.Bar des sciences Surveillez notre site web ou notre page Facebook pour connaître le jour et l'heure de la tenue de ce prochain bar des sciences, qui rassemblera des experts sur les questions stratégiques et militaires.L\u2019entrée est gratuite.Armes techno = guerres propres ?Le recours aux drones, aux robots et à des outils informatiques nous permettrait-il de faire la guerre sans soldats?Ces nouvelles armes favoriseraient-elles les puissances technologiques? 6 Québec Science | Octobre 2014 ACTUALITES LE TOUR DE LA SCIENCE EN DEUX TEMPS TROIS MOUVEMENTS Octobre 2014 | Québec Science 7 La guerre sans soldats, c\u2019est pour quand?La guerre en l\u2019absence de soldats existe depuis longtemps.C\u2019est une simple question de dé?nition.Par exemple, en 2011, l\u2019OTAN n\u2019a pas déployé de troupes au sol en Libye; elle a plutôt mené des frappes aériennes.Et ce n\u2019était pas la première fois : elle avait déjà bombardé l\u2019armée serbe au Kosovo, en 1999.Elle avait d\u2019ailleurs été très critiquée, car elle ne s\u2019exposait pas aux risques.Et c\u2019est ce même argument qu\u2019on sert aujourd\u2019hui aux armées qui utilisent des drones pour faire la guerre à distance : le soldat s\u2019éloigne de plus en plus du champ de bataille.Vous parlez des drones.Y a-t-il aussi d\u2019autres outils de pointe dans ces guerres technologiques?Les drones font partie d\u2019une catégorie d\u2019armes dites «contrôlées à distance».Une équipe se trouve devant un ordinateur et pilote un avion.L\u2019humain demeure toujours présent dans le cycle d\u2019identi?cation et de surveillance de la cible et, dans le cas des drones armés, c\u2019est lui qui choisit d\u2019attaquer; pas la machine.On trouve ensuite des systèmes ?xes, autonomes, qui agissent en général contre des objets.En Israël, l\u2019Iron Dome \u2013 le Dôme de fer \u2013 en est l\u2019exemple parfait.Un radar détecte les roquettes venant de la bande de Gaza et envoie les données à un ordinateur qui calcule la trajectoire de chaque roquette pour prévoir où elle va tomber.Si elle risque d\u2019aboutir dans une zone habitée, un missile intercepteur est immédiatement envoyé pour la détruire.Des navires de guerre sont aussi équipés de tels systèmes.Les données sont toujours envoyées à un centre de contrôle où un militaire les soumet à un monitorage.Mais en réalité, la vitesse de réaction du système est si grande que le soldat est super?u.À ce jour, existe-t-il des armes capables de faire feu de façon autonome ?Il existe en effet des sentinelles automatiques qui peuvent tirer sur des êtres humains.Il semblerait \u2013 mais nous avons peu d\u2019information à ce sujet \u2013 qu\u2019elles soient utilisées dans la zone démilitarisée entre les deux Corées.Ces sentinelles sont ?xes, dotées de mitrailleuses et peuvent viser un individu qui entre dans leur zone.Des capteurs visuels et auditifs leur permettent de faire certaines distinctions, mais de manière extrêmement rudimentaire.En principe, un soldat surveille le système et valide l\u2019attaque avant que la machine puisse entrer en action.On peut imaginer dans l\u2019avenir des systèmes beaucoup plus complexes, mobiles, qui opéreront dans des environnements dynamiques.La caricature, c\u2019est Terminator; le robot tueur programmé pour être déployé là où des combattants côtoient la population.Il serait capable de distinguer sa cible des civils innocents.Mais on est encore très loin de ça.Une attaque informatique est-elle un acte de guerre?Le protocole additionnel aux Conventions de Genève dé?nit une attaque comme un acte de violence offensif ou défensif contre un adversaire.La question devient alors : qu\u2019est-ce qu\u2019un acte de violence ?À notre avis, si l\u2019objet ciblé n\u2019est plus fonctionnel après l\u2019attaque, cela ne fera pas de différence Kathleen Lawand est chef de l\u2019unité Armes au Comité international de la Croix-Rouge (CICR), à Genève.Cette Montréalaise d\u2019origine, avocate de formation, surveille de près les changements technologiques des forces armées.Si elle appelle les États à la prudence, elle apporte tout de même quelques nuances au discours qui diabolise les outils de guerre du XXIe siècle.Propos recueillis par Mélissa Guillemette Des machines pourraient-elles faire la guerre à la place des soldats?Le recours de plus en plus fréquent aux drones l\u2019indique.Bientôt la guerre des robots?I L L U S T R A T I O N : F R A N Ç O I S E S C A L M E L 8 Québec Science | Octobre 2014 qu\u2019il se soit agi d\u2019une cyberattaque plutôt que d\u2019une opération armée.Dans le cas des attaques informatiques, le problème est que les réseaux sont au- jourd\u2019hui très intégrés.Quand des virus sont lancés contre une cible militaire, les risques qu\u2019ils se propagent également dans des réseaux civils sont très élevés.Le droit international encadre-t-il la guerre des robots?Le droit humanitaire est encadré par les Conventions de Genève, par les protocoles additionnels et par le droit international coutumier.Mais rien dans les règles existantes n\u2019interdit explicitement l\u2019usage d\u2019une arme autonome.Lorsque ces textes ont été écrits, on ne pouvait pas imaginer que des robots pourraient un jour devenir indépendants ! Ces règles ne sont pas désuètes pour autant.C\u2019est un de nos messages principaux au CICR: le même cadre juridique s\u2019applique à toutes les nouvelles technologies de guerre.Les États qui veulent développer ces armes doivent encore et toujours s\u2019assurer que leur utilisation sera compatible avec le droit international humanitaire.Un robot tueur qui saurait respecter les lois de la guerre serait donc légal?Exactement.On peut penser que, dans 50 ou 100 ans, on aura créé une machine capable de discernement.Elle déterminerait alors si une attaque est proportionnée ou non, à partir des calculs de risques de pertes civiles par rapport à l\u2019avantage militaire concret attendu.Mais la vraie question que l\u2019humanité doit se poser est la suivante : sommes-nous à l\u2019aise avec ce concept visant à déléguer à une machine la décision de vie ou de mort dans les combats ?Est-ce le cas, selon vous ?Il s\u2019agit en fait d\u2019un débat culturel.Au Japon, par exemple, le rapport entre l\u2019homme et la machine est beaucoup plus facile qu\u2019ailleurs.Aujourd\u2019hui, des robots dotés de visages presque humains sont utilisés dans les maisons d\u2019accueil pour les vieillards.Cela choquerait en Europe ou en Amérique du Nord.On peut imaginer que l\u2019acceptation des robots de guerre diffère d\u2019une culture à l\u2019autre.La guerre de demain fera-t-elle moins de morts?A priori, les nouvelles technologies peuvent présenter certains avantages.Le fait de garder une distance entre les opérateurs des systèmes et le théâtre des opérations militaires préservera des vies chez qui les utilise.Et si un système arrive à distinguer de manière très précise les cibles légitimes des cibles civiles et des lieux protégés, ce sera une amélioration qui pourrait théoriquement mener à des guerres moins meurtrières.Car il ne faut pas se leurrer : les êtres humains eux-mêmes ont parfois de la dif?culté à faire ces distinctions quand tout se passe très vite, quand ils sont dans le brouillard ou sous l\u2019emprise du stress.La machine, elle, ne subit pas de stress.La situation s\u2019annonce plus inquiétante dans les con?its asymétriques où un groupe de combattants n\u2019arrive pas à riposter contre une attaque parce que, technolo- giquement, il en est resté au XXe siècle alors que l\u2019adversaire utilise les armes du XXIe siècle.Faute de pouvoir se mesurer à l\u2019armée adverse, la partie la plus faible pourrait décider de s\u2019en prendre à la population civile de l\u2019ennemi.Le Canada compte se procurer une ?otte de drones armés d\u2019ici 2021, qui s\u2019ajoutera à ses drones de surveillance.Est-ce un bon investissement?Le Canada suit certainement la tendance.On verra de plus en plus ce type d\u2019annonce.Les avions de combat habités par un être humain vont devenir l\u2019exception.Les drones sont moins coûteux, en plus d\u2019offrir l\u2019avantage de protéger les troupes.La Croix-Rouge pourrait-elle suivre la tendance et se procurer des drones, elle aussi?Dans les médias, on parle des drones avec une connotation très négative, car on les voit seulement comme des armes d\u2019attaque.Mais les organisations humanitaires, dont le CICR, s\u2019intéressent de plus en plus à ces technologies dans le but d\u2019accéder à certaines zones.Par exemple, après un tremblement de terre ayant endommagé les routes, un drone pourrait rapidement livrer des vivres et des tentes.Mais nous continuerons toujours à donner la priorité au contact humain.nQS ENTREVUE > «Sommes-nous à l\u2019aise avec ce concept visant à déléguer à une machine la décision de vie ou de mort dans les combats ?» C O R B I S Au mois de juillet dernier, le Hamas a causé la surprise en ayant recours à une petite ?otte de drones.Pendant ce temps, Israël interceptait les roquettes en provenance de l\u2019enclave palestinienne grâce à un système défensif sophistiqué qui devine la trajectoire des missiles ennemis.À l\u2019évidence, la guerre fait de plus en plus de place aux robots. Octobre 2014 | Québec Science 9 I ls ont la taille d\u2019une graine de sésame et élisent domicile dans la chaleur et l\u2019humidité de nos cuirs chevelus, provoquant le plus souvent des démangeaisons insupportables.Mais les ruses utilisées par les humains pour s\u2019en débarrasser n\u2019ont rien changé.Les poux sont toujours là, plus forts que jamais.Plus coriaces aussi.C\u2019est ce que révèle une étude, dirigée par John Marshall Clark, professeur de chimie et toxicologie environnementale à l\u2019université du Massachusetts, qui rassemble les statistiques les plus récentes sur le sujet en Amérique du Nord.La situation est sans équivoque: 97,1% des poux prélevés sur 121 têtes canadiennes et 99,6% de ceux recueillis sur 115 têtes états-uniennes portaient un marqueur de résistance à deux insecticides en vente libre couramment utilisés contre la pédiculose du cuir chevelu (infestation par les poux) depuis les années 1980.Le développement de la résistance.Voilà qui expli querait pourquoi ces traitements (la perméthrine et la pyréthrine) sont devenus moins ef?caces.Au Québec, les premiers résultats d\u2019une étude encore non publiée et dirigée par Julio Soto, microbiologiste et médecin conseil de l\u2019Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), con?rment ceux de John Clark sur un échantillon local (15 têtes, à Montréal).Le phénomène de résistance des poux était déjà connu.La nouveauté, c\u2019est qu\u2019il prend des proportions alarmantes depuis 1999.À l\u2019époque, selon les travaux de John Clark, aux États-Unis, 84,4% des poux étaient porteurs d\u2019un marqueur de résistance; sur 15 ans, on parle donc d\u2019une augmentation de 15,4%! Et le chercheur d\u2019incriminer l\u2019utilisation massive et presque exclusive de produits à base de perméthrine ou de pyréthrine: «C\u2019est probablement ce qui a donné une chance à la résistance de s\u2019installer dans les populations de ravageurs comme les poux.» Chez les poux répertoriés, on trouve une mutation appelée T917I sur un gène (le kdr pour knock-down resistance) qui intervient dans la fabrication de canaux sodiques dans le système nerveux des insectes.En contrôlant le passage de l\u2019ion sodium dans la cellule, ces canaux constituent un élément fondamental de la transmission du message nerveux.Or, ils sont justement la cible des produits anti-poux à base de perméthrine et de pyréthrine.« Ces deux insecticides maintiennent ouverts les canaux sodiques, provoquant ainsi une instabilité nerveuse», détaille John Clark.Résultat, l\u2019insecte est paralysé et meurt littéralement assommé \u2013 c\u2019est l\u2019effet knock-down.En présence de la mutation, le site d\u2019union de l\u2019insecticide \u2013 son point d\u2019ancrage \u2013 est altéré, désensibilisé, et les traitements perdent de leur ef?cacité.Toutefois, selon Julio Soto: «L\u2019insensibilité des poux aux produits utilisés pour les éliminer n\u2019est pas la seule cause de l\u2019échec d\u2019un traitement.» Le spécialiste mentionne aussi l\u2019usage inadéquat des produits, ainsi que la négligence ou l\u2019ignorance des utilisateurs.Il n\u2019est pas rare, en effet, que le mode d\u2019emploi ne soit pas correctement suivi : temps d\u2019application trop long, nombre insuf?sant de traitements, mauvaise dilution du produit, etc.Même s\u2019ils ne sont pas vecteurs de ACTUALITÉS > Il est là depuis la nuit des temps.Et il semble bien que, malgré les efforts des humains, la longue histoire qui lie Pediculus humanus capitis et Homo sapiens ne soit pas près de se terminer.Par Marion Spée Venir à bout du pou I L L U S T R A T I O N S : F R E F O N 10 Québec Science | Octobre 2014 maladie, les poux restent un problème de santé publique, car leur présence entraîne l\u2019absentéisme des écoliers, mobilise des in?rmières et génère un coût social élevé.Évidemment, le nombre croissant de poux mutants ne fait qu\u2019empirer le problème.Ce constat a servi de déclic pour la publication, en 2012, d\u2019un document intitulé Guide d\u2019intervention \u2013 Lignes directrices pour le contrôle de la pédiculose du cuir chevelu dans les écoles et les services de garde éducatifs à l\u2019enfance.«Notre objectif est de maintenir à moins de 10% la prévalence de la pédiculose dans les milieux scolaires et de garde », explique Julio Soto qui en a dirigé la rédaction.Écoles et garderies sont ciblées en priorité, puisque ce sont les enfants de 3 à 11 ans qui sont les plus susceptibles d\u2019être infestés.«En général, souligne Rinda Hartner, in?rmière scolaire ayant contribué à l\u2019élaboration du guide, ils attrapent des poux pendant les vacances, alors que la vigilance des adultes est en baisse.À la rentrée, la promiscuité est l\u2019élément clé qui permet aux poux de passer de tête en tête, de sorte que l\u2019infestation peut se généraliser.» Précisons que les poux ne sautent pas et ne volent pas.Ils rampent tout simplement d\u2019une chevelure à l\u2019autre.Pour atteindre leur objectif anti-poux, les auteurs du guide ont mis l\u2019accent sur l\u2019information auprès des parents, mais aussi sur la prévention et la formation des professionnels de la santé.«Nous avons dé jà formé environ 400 infirmiers et in?rmières et voulons maintenant sensibiliser les pharmaciens aux nouvelles recom- mandations», résume Ju l i o So to .Parmi les directives, et pour limiter le développement de la résistance, le guide propose d\u2019adopter une stratégie dite de mosaïque.L\u2019idée consiste à proposer plusieurs traitements; on en conseille cinq plutôt qu\u2019un seul.Autre nouveauté dans les recommandations du guide, on invite les parents à utiliser plus fréquemment le peigne ?n pendant le traitement.« Avant, on se débarrassait des poux mécaniquement \u2013 en se peignant ou en les écrasant, explique Julio Soto.Puis on a voulu que tout aille plus vite et les produits chimiques se sont succédé.Aujourd\u2019hui, on revient à une utilisation plus raisonnée des anti-poux, en mêlant traitement chimique et mécanique ».En aval, bonne nouvelle : « Nous pouvons désormais délivrer des ordonnances collectives pour les personnes infestées par les poux», dit Louise-Andrée Marceau, pharmacienne.Notons que ces ordonnances permettent aux personnes atteintes de pédiculose du cuir chevelu d\u2019accéder rapidement aux traitements remboursés par leur régime individuel d\u2019assurance médicaments.Les auteurs du guide souhaitent également lutter contre la discrimination sociale en insistant sur l\u2019information.«On oublie trop souvent que les poux s\u2019attaquent aux riches comme aux pauvres, aux cheveux sales comme aux cheveux propres», insiste Julio Soto.nQS +Pour en savoir plus http://publications.msss.gouv.qc.ca/acrobat/f/ documentation/2012/12-271-05W.pdf ACTUALITÉS > LE SECRET DES PETITS HOMMES Depuis sa découverte en 2003, sur une île indonésienne, l\u2019homme de Florès alimente des débats houleux chez les paléontologues.Il faut dire que, avec sa petite taille (environ 1 m) et son poids \u2013 entre 16 kg et 28 kg \u2013, Homo ?oresiensis intrigue.Appartient-il à une espèce inédite descendant d\u2019Homo erectus ou bien s\u2019agit-il d\u2019un homme moderne atteint de nanisme?Les fouilles ont permis de mettre au jour des os ayant appartenu à 9 de ces individus vieux de 18 000 ans.Ce qu\u2019on sait d\u2019eux ?Ils se tenaient debout, taillaient des outils, vivaient dans des grottes et chassaient.Mais le seul crâne exhumé, appartenant à un spécimen connu sous le sobriquet de LB1, n\u2019est pas plus gros qu\u2019un pamplemousse ! Par rapport au reste du corps, il est même anormalement petit.C\u2019est ce qui fait dire à une équipe de chercheurs de la Penn State University, aux États-Unis, que LB1 souffrait en fait du syndrome de Down, ou trisomie 21, souvent associé à une microcéphalie.Dans deux articles publiés en août dans la revue PNAS, les chercheurs passent en revue les traits typiques de la maladie.Ainsi, LB1 possède un crâne asymétrique et de faible volume; l\u2019arrière de sa tête est aplati, ses pieds sont plats et ses fémurs sont trop courts.Mesurant environ 1,26 m (et non pas 1,06 m, comme précédemment estimé), LB1 serait donc, tout comme ses congénères, un « simple » Homo sapiens.Selon les chercheurs, les hommes de Florès étaient petits, certes, mais pas beaucoup plus que les populations autochtones de la région, notamment celles des îles Andaman ou des Palaos, en Micronésie.Dossier clos ?M.C.Le crâne de l\u2019homme de Florès (à gauche) est anormalement petit, estiment aujourd\u2019hui des paléontologues.À droite, un crâne d\u2019Homo sapiens.E Q U I N O X / S P L Octobre 2014 | Québec Science 11 > 99 000 000.C\u2019est le nombre de paires de bases qui composent le génome de la mouche de l\u2019Antarctique.Séquencé il y a peu par des chercheurs des universités de l\u2019Ohio et de Washington, aux États-Unis, il est le plus petit génome d\u2019insecte jamais découvert.Ce qui surprend les scienti?ques, c\u2019est que le bagage génétique de Belgica antarctica ne contient rien de super?u.Alors que la plupart des animaux possèdent de nombreuses séquences d\u2019ADN « non codantes », c\u2019est-à-dire ne servant pas à fabriquer des protéines, cette petite mouche sans ailes n\u2019en a presque aucune, précise l\u2019article paru dans Nature Communications.Autrement dit, tout son ADN est constitué de gènes, ou presque.Une épuration qui a pu aider l\u2019insecte à s\u2019adapter aux conditions extrêmes.« L\u2019ADN non codant joue tout de même un rôle dans la régulation des gènes.On ne sait pas encore quel est l\u2019impact de son absence chez cette mouche, note toutefois un des auteurs de l\u2019étude, David Denlinger.Il reste à voir si les autres organismes qui se développent dans des conditions extrêmes ont eux aussi un génome minimaliste.» Une chose est sûre, la bestiole rentabilise son ADN.Ses gènes de réponse au stress, nombreux, restent activés en permanence.De quoi la rendre coriace ! La larve de Belgica antarctica, seul insecte endémique du continent glacé, se développe pendant deux longues années, résistant au gel, à la salinité, aux rayons ultraviolets, aux vents de 140 km/h et à la déshydratation.Elle peut perdre jusqu\u2019à 70% de son eau, alors que la plupart des autres insectes meurent si leur perte hydrique excède 20%.Tous ces efforts pour une vie au stade adulte qui ne dure pas plus de 10 jours.Rude destinée ! > > TOUT COMPTE FAIT DU PROPRE! On le retrouve dans plus de 2000 produits hygiéniques \u2013 savons, gels douche, déodorants, dentifrices, détergents \u2013 et aussi dans des plastiques et des vêtements.Il faut dire que le triclosan, qui a aussi des propriétés antifongiques, antivirales et anti-tartre, est un ef?cace agent antimicrobien.Mais il inquiète depuis longtemps les toxicologues, puisqu\u2019il ?gure sur la liste des perturbateurs endocriniens.Une récente étude, menée sur 181 femmes enceintes de New York vient renforcer les craintes à son endroit.Le produit a en effet été détecté dans l\u2019urine de 100 % de ces femmes, et dans 51 % des échantillons de sang de cordon ombilical testés \u2013 la preuve qu\u2019il se retrouve aussi chez les fœtus.En plus de ses effets hormonaux, le triclosan est soupçonné d\u2019augmenter la résistance des bactéries aux antibiotiques.Aux États-Unis, en décembre 2013, la Food and Drug Administration (FDA) a demandé aux fabricants de savons antibactériens, qui contiennent beaucoup de triclosan, de démontrer leur innocuité et leur ef?cacité.Elle devrait trancher en 2016.L\u2019État du Minnesota a pris les devants et interdira l\u2019usage des antimicrobiens dans certains produits dès 2017.Les compagnies Johnson & Johnson et Procter & Gamble ont elles aussi annoncé qu\u2019elles retireront cette substance de certains cosmétiques.Quant au gouvernement canadien, il a évalué le triclosan en 2012 et a conclu qu\u2019il n\u2019était « pas nocif pour la santé humaine, mais que, en quantités importantes, il pouvait être nocif pour l\u2019environnement».ROSINETTE C\u2019est le nom d\u2019une nouvelle variété de pommes, développée au Québec et lancée of?ciellement, mi-septembre, à Oka.Elle est issue d\u2019un processus d\u2019hybridation par croisement qui s\u2019est échelonné sur plus de 20 ans.Ses qualités ?Sucrée, fruitée, croquante et juteuse, elle se conserve longtemps.Bonne pour les tartes ?On attend le verdict des chefs.Pour savoir où la trouver, consulter notre site Internet.www.quebecscience.qc.ca.F R E F O N 12 Québec Science | Octobre 2014 S I M O N C O U T U Devant une classe d\u2019élèves de troisième année de l\u2019école primaire Au pied de la montagne, à Montréal, Maude Lemaire, 21 ans, étudiante en informatique à l\u2019Université McGill, explique tranquillement comment changer la couleur d\u2019un mot sur une page web: «style=\u201ccolor:blue\u201d».Assis à son pupitre, le jeune Esteban, neuf ans, qui a créé un site Internet en l\u2019honneur de Minecraft, son jeu vidéo favori, a bien appris la leçon.Il applique le code de Maude et, comme par magie, le titre se modi?e.«C\u2019est quand même vraiment compliqué, dit-il en se grattant la tête.Mais j\u2019aimerais un jour pouvoir coder un jeu vidéo!» Sans le savoir, Esteban s\u2019initie à ce que certains considèrent aujourd\u2019hui comme un nouveau langage universel qui pourrait bien lui être aussi utile que sa table de multiplication.Le développeur en herbe participe au projet pilote de Kids Code Jeunesse, une initiative montréalaise bilingue lancée en septembre 2013.Le but avoué étant que chaque enfant canadien ait la possibilité d\u2019apprendre la programmation informatique.« J\u2019ai toujours travaillé en communication, dit la fondatrice, Kate Arthur qui observe les enfants de la classe tandis qu\u2019ils tapent sur leur clavier des codes incompréhensibles pour le profane.Pourtant, quand je dois communiquer avec les développeurs de sites web, il me manque encore tellement d\u2019outils !» Mère de trois ?lles au primaire, il n\u2019était pas question pour elle qu\u2019elles vivent les mêmes frustrations.«Elles passent trop de temps devant un écran à se faire dicter quoi regarder ou à quoi jouer, dit Kate Arthur également propriétaire de l\u2019entreprise de services informatiques DMCS.Je veux qu\u2019elles puissent créer une image à l\u2019ordinateur tout aussi facilement qu\u2019avec du papier et un crayon.» Un jour, en lisant un article dans le Daily Telegraph, l\u2019entrepreneure d\u2019origine anglaise apprend que, en Estonie, pays qui a vu naître Skype, les bases de la programmation sont enseignées aux enfants dès l\u2019âge de six ans.Et que, en 2015, le Royaume-Uni fera de même.ACTUALITÉS > Des leçons de programmation dès six ans?Logique, autonomie, structuration de la pensée\u2026 La programmation informatique aurait d\u2019importantes vertus éducatives; au même titre que la géométrie, par exemple.Et elle devrait être enseignée aux jeunes à partir de six ans croient les experts.Par Simon Coutu Kate Arthur, informaticienne: « La programmation est une langue universelle qui sera utile aux enfants partout dans le monde.» L\u2019espéranto de demain? Octobre 2014 | Québec Science 13 S\u2019inspirant de ces initiatives européennes, Mme Arthur décide alors de rassembler une équipe d\u2019une cinquantaine de développeurs prêts à transmettre leurs connaissances aux enfants.Tous bénévoles, les formateurs sont étudiants, professeurs à l\u2019université ou employés d\u2019entreprises dans le domaine des nouvelles technologies.Kids Code Jeunesse offre des formations de 8 à 16 heures aux élèves de la troisième à la sixième année du primaire.Depuis la fondation, plus de 500 enfants ont participé aux ateliers de l\u2019organisme.«La programmation informatique est une langue universelle, dit Kate Arthur, qui leur sera utile partout dans le monde.» Tous les outils employés en classe sont gratuits et accessibles en ligne.Les élèves apprennent notamment en jouant avec Scratch, un langage de programmation destiné aux enfants de 8 à 16 ans, développé en 2006 par le Massachusetts Institute of Technology.La plateforme, offerte en 40 langues, dont le français, est utilisée pour créer des histoires interactives, des jeux et des animations.Son inventeur, Mitch Resnick, estime que la capacité à programmer est aujourd\u2019hui aussi essentielle que la lecture ou l\u2019écriture, puisqu\u2019elle permet d\u2019exprimer ses idées sur le Web.A u Québec, les cours d\u2019informatique ont été mis de côté depuis la réforme scolaire de 2005.Kate Arthur rêve qu\u2019un jour prochain, les gouvernements des différentes provinces canadiennes prennent éventuellement le relais de ses bénévoles.« Avant l\u2019âge de 11 ans, les enfants, surtout les ?lles, sont beaucoup plus ouverts à apprendre la programmation qu\u2019ils perçoivent comme un jeu, explique l\u2019entrepreneure.Plus tard, ils ont beaucoup moins d\u2019intérêt et ils décrochent rapidement parce qu\u2019ils trouvent que les lignes de code sont monotones.» Un autre dé?à relever est de sensibiliser les enseignants à l\u2019importance de la programmation en leur apprenant certaines bases utiles.Ils peuvent ainsi continuer le travail après le passage des bénévoles dans les classes.«On leur montre par exemple que, au lieu de faire une recherche sur papier, il est possible pour les élèves de créer un site web, dit Maude Lemaire, dont les travaux à l\u2019université s\u2019orientent justement vers la capacité des enfants à apprendre la programmation.Ainsi, pour souligner le Jour de la Terre, un groupe a réalisé un projet Internet en utilisant Scratch.De la sorte, les enseignants font d\u2019une pierre, deux coups!» L\u2019enseignement de la programmation informatique a des vertus psycho-cogni- tives, estime le responsable des enjeux numériques pour la France auprès de la Commission européenne, Gilles Babinet: «Comme avec les mathématiques, le code de programmation aide les gens à structurer leur pensée.Il exige des raisonnements complexes où l\u2019enfant doit générer une action tout en la structurant.De plus, son enseignement permet de naviguer dans le monde moderne.» HTML, Python, JavaScript, Ruby.Dans cette tour de Babel numérique, il existe des centaines de langages, qui changent rapidement avec le temps.Toutefois, selon Derek Ruth, chercheur en informatique à l\u2019Université McGill, le code de programmation est une façon de penser qui ne change pas, et qu\u2019il compare à l\u2019apprentissage de la géométrie.« Est-ce si utile dans le cadre du travail de la majorité des Québécois de savoir ce qu\u2019est un triangle isocèle?La géométrie développe néanmoins deux choses très importantes: la pensée spatiale et la logique.La programmation est à l\u2019ère moderne ce qu\u2019était la géométrie à l\u2019Antiquité.» Apprendre le code aux jeunes est aussi une manière de s\u2019assurer une relève dans le domaine des technologies, alors qu\u2019une partie de plus en plus importante de l\u2019économie utilise le Web.« En l\u2019enseignant à tous, on crée un large bassin de talents pour l\u2019avenir», estime Kate Arthur.Aujourd\u2019hui, les trois enfants de la fondatrice de Kid Code Jeunesse s\u2019amusent quotidiennement avec le code.Alexandra, cinq ans, joue avec Scratch, alors que Helen, neuf ans, a créé son propre site Internet sur les chiens.À 10 ans, Sophia, l\u2019aînée, suit des cours de Python.Qui sait, l\u2019une d\u2019entre elles imaginera peut-être un jour le prochain Facebook?nQS > LE SPECTACLE DE L\u2019ÉTÉ Ça a été le succès de l\u2019été.Au terme de 10 ans de voyage, la sonde européenne Rosetta a réussi à atteindre la comète 67P/Tchouriumov- Guerassimenko.À partir d\u2019octobre, elle orbitera autour de « Tchouri » à une altitude de 30 km.Pour autant, sa mission n\u2019est pas terminée.Le mois prochain, Rosetta devra larguer son atterrisseur, appelé Philaé, à la surface du noyau cométaire.Le site d\u2019atterrissage a été choisi avec soin pour limiter les risques de rebond, de renversement et de geysers gazeux (lire notre reportage paru en juin-juillet 2014).Une fois arrimé, Philaé effectuera un forage dans le sol cométaire pour analyser sa composition ainsi que sa structure interne.Le module mourra d\u2019insolation d\u2019ici quelques mois, à mesure que la comète s\u2019approchera du Soleil.Rosetta, elle, devrait continuer à transmettre des données jusqu\u2019en décembre 2015.On croise les doigts ! À suivre sur notre site Internet et notre page Facebook.LA FRAUDE, LOURDE À PORTER En novembre dernier, Québec Science publiait un dossier sur la fraude scienti?que.Du plagiat jusqu\u2019à la falsi?cation de données, ce ?éau mine la recherche et bouleverse de plus en plus de labos (à relire en ligne : « Science et fraude : un phénomène inquiétant »).Il y a quelques semaines, le suicide d\u2019un éminent biologiste japonais, Yoshiki Sasai, a ramené ce problème sur le devant de la scène.Sasai était au cœur du scandale des « cellules STAP », un type de cellules souches mis au point par une jeune chercheuse, Haruko Obokata, avec qui le professeur avait cosigné deux articles dans Nature en janvier 2014.Très vite, il est apparu qu\u2019Obokata avait tra?qué des images.Yoshiki Sasai, lui, a été rendu responsable par son institut de recherche, le prestigieux Riken, de ne pas avoir détecté les contrefaçons dans les données de sa collègue.Une honte qu\u2019il n\u2019a pu surmonter. 14 Québec Science | Octobre 2014 ACTUALITÉS > BAIN DE SCIENCE En utilisant une cuve à eau, un piston et une balle de ping-pong, Horst Punzmann, physicien à l\u2019Australian National University, à Canberra, a trouvé le moyen de faire avancer une balle dans le sens contraire de l\u2019onde.Autrement dit, lui faire remonter le courant, sans la toucher.« En faisant varier la hauteur et la fréquence des vagues, on a réalisé qu\u2019on pouvait produire des courants parasites sur la surface de l\u2019eau, dans n\u2019importe quelle direction », explique le chercheur qui a publié son étonnant résultat dans Nature Physics en août.Aucun calcul mathématique ne permet pour l\u2019instant de comprendre le phénomène.L\u2019équipe de Horst Punzmann estime avoir créé un « rayon tracteur » aquatique, faisant référence au rayon de force que les personnages de Star Trek ou Star Wars utilisent pour attraper les vaisseaux ennemis, les remorquer ou les amener vers eux.Plus concrètement, les applications envisagées d\u2019un tel « rayon tracteur » sont nombreuses, notamment pour le transport des marchandises sur l\u2019eau ou le ramassage de pétrole en cas de marée noire.POUR LE TEXTE ET LE CONTEXTE ENCOURAGER LA ISCUSSION S T U A R T H A Y Horst Punzmann et son collègue Michael Shats avec leur «rayon tracteur». Octobre 2014 | Québec Science 15 Nous sommes tellement habitués à penser aux ultrasons \u2013 inaudibles à notre oreille \u2013 qu\u2019émettent les chauves-souris pour se diriger, que l\u2019idée qu\u2019elles puissent chanter nous surprend.Et pourtant, elles chantent; très bien même, si on en croit de récentes recherches en acoustique.Les biologistes qui étudient le comportement animal utilisent le mot « chant » pour désigner, selon leur dé?nition, « les productions sonores composées de multiples syllabes combinées d\u2019une manière précise, possédant une structure et un rythme répétitif».Selon ces critères, de nombreuses espèces d\u2019insectes, de batraciens et d\u2019oiseaux chantent, ainsi que plusieurs espèces de cétacés; et nous les humains, nous chantons aussi.Au-delà de cette réalité, nous communiquons entre nous par le langage, et nous disposons de l\u2019appareil physiologique nécessaire pour parler.Ces habiletés extraordinaires passent par la capacité à entendre des sons et à vocaliser en syllabes.Certains de nos cousins dans l\u2019évolution ont ainsi développé une capacité de vocalisation en plusieurs syllabes.Des chants qui expriment des besoins vitaux : s\u2019annoncer, revendiquer un territoire ou trouver un partenaire sexuel.Nulle surprise alors d\u2019apprendre que la vingtaine d\u2019espèces de chauves-souris dont les chercheurs ont enregistré la voix chantent dans ce type de circonstances.Prenons par exemple la chauve-souris Tadarida brasiliensis, autrement appelée molosse ou tadaride du Brésil.Présente dans toute l\u2019Amérique du Sud et jusqu\u2019au Texas ainsi qu\u2019au Nouveau-Mexique, elle émet des trilles et des gazouillis distinctifs lors de la saison de reproduction.Un chant qui, selon la biologiste Kirsten Bohn et son collègue neurophysiologiste Michael Smotherman, de l\u2019université A & M du Texas, n\u2019a rien à envier en fait de complexité à ceux des oiseaux chanteurs.Les chauves-souris émettent des sons de plusieurs syllabes, organisés en ce que les chercheurs quali?ent de «phrases».Comme les mésanges, elles changent le nombre et l\u2019ordre de ces phrases (la «syntaxe») en réponse à un contexte social; par exemple, lorsque arrive une autre chauve-souris dans les parages.Reconnaissons-le cependant, la science de la communication acoustique des chiroptères n\u2019en est qu\u2019à ses premiers balbutiements.Ce n\u2019est d\u2019ailleurs qu\u2019en 1974 qu\u2019un ornithologue de l\u2019université Cornell, Jack Bradbury, a effectué les premiers enregistrements dans la nature, ceux de la chauve-souris Saccopteryx bilineata à Trinidad.Glissant dans des cavernes un microphone monté sur une longue perche, il se servait d\u2019un lourd magnétophone à rubans.Désormais, les progrès et la miniaturisation du matériel technique permettent d\u2019obtenir des enregistrements de qualité, à peu près n\u2019importe où.L\u2019analyse s\u2019appuie aussi sur des logiciels sophistiqués de traitement du son.À tel point que Bohn et Smotherman, notamment, pensent qu\u2019on pourrait utiliser les chauves-souris comme modèles d\u2019étude de l\u2019évolution du langage chez l\u2019humain.Après tout, ce sont des mammifères, et leur physiologie est plus proche de la nôtre que celle des oiseaux.Certes, il y a de nombreux parallèles sur le plan comportemental, neuronal et génétique entre la manière dont les pinsons, en particulier, apprennent en bas âge à chanter et la manière dont les bébés humains apprennent à parler.Mais le pinson n\u2019a pas l\u2019appareil neuronal d\u2019un mammifère.Comprendre comment le cerveau d\u2019une chauve-souris produit ce chant et à quoi ce dernier sert pourrait ouvrir une fenêtre sur notre propre évolution.En attendant, comme pour les baleines et pour les oiseaux, on peut écouter ces enregistrements et apprécier cette merveille de l\u2019évolution, en ligne sur certains sites comme http:// scim.ag/6190_media.Ou alors s\u2019approcher d\u2019une colonie de chiroptères et tendre un téléphone cellulaire pour entendre ce que cela donne.nQS +Pour en savoir plus Kirsten M.Bohn, Grace C.Smarsh, Michael Smotherman : «Social Context Evokes Rapid Changes in Bat Song Syntax», Animal Behaviour, 85-6 (2013), p.1485-1491.Les carnets du vivant Par Jean-Pierre Rogel La chauve-souris cantatrice Les chants de ce petit mammifère peuvent-ils nous renseigner sur l\u2019origine du langage chez l\u2019homme ? hackers inc.CYBER-RÉ S ans unbureaudu chic quartier The Annex de Toronto, entre une boutique de robes de mariage et une firme d\u2019avocats, une dizaine de programmeurs jouent au chat et à la souris avec le gouvernement iranien.Leur adver saire : le Conseil suprême du cyberespace de Téhéran, une organisation créée en 2012 par l\u2019ayatollah Ali Khamenei.Et depuis février dernier, les «gardiens iraniens du numérique» ne cessent d\u2019attaquer la petite start-up canadienne.Bienvenue chez Psiphon inc., une entreprise informatique qui développe une technologie pour déjouer la censure.«Plus de un demi-million de personnes utilisaient nos services en Iran lorsque Téhéran a bloqué la messagerie instantanée WeChat, relate Karl Kathuria, le vice-président de l\u2019entreprise.Mais aujourd\u2019hui, le gouverne - ment s\u2019en prend directement à nos serveurs.Nous avons donc mis le dé ve lop pe ment technologique en veilleuse pour gérer ces attaques.L\u2019article 19 de la Déclaration des Nations unies stipule que les gens devraient être libres de communiquer, poursuit M.Kathuria.Alors nous travaillons à rendre Internet accessible là où ce droit fonda - mental n\u2019est pas reconnu! La première version de Psiphon a été créée en 2004 par des chercheurs du Citizen Lab, un centre de recherche affilié à l\u2019université de Toronto, qui s\u2019intéresse à la cybersécurité.En 2006, Psiphon inc.prenait le relais.En téléchargeant le logiciel, qui res - semble à un fureteur comme Internet Explorer, l\u2019internaute peut naviguer libre - ment, peu importe où il se trouve.À l\u2019aide de milliers de serveurs situés partout dans le monde, Psiphon offre gratuitement une connexion pour accéder à des sites bloqués par certains régimes.Mais les adversaires des droits de la personne ne se contentent pas de bloquer certains sites Internet sur leur territoire.Ils font de la surveillance, ils attaquent, créent de faux outils et des pages web bidons.En mars 2014, une version malveillante de Psiphon a même fait son apparition.Une fois téléchargé, le logiciel communiquait avec un serveur situé en Syrie! La recherche de l\u2019anonymat et le contournement de la censure sur Internet entraînent les informaticiens dans une course contre des régimes disposant de moyens technologiques de plus en plus sophistiqués.Dans des pays comme la Chine, l\u2019Iran ou la Turquie, l\u2019accès au contenu de YouTube, Twitter ou Face - book est le plus souvent bloqué par les autorités.Robert Guerra, chercheur au Citizen Lab, remarque qu\u2019une réelle culture des start-ups engagées à promouvoir la liberté d\u2019expression sur le Web existe maintenant à Toronto et à Montréal, notamment en raison des nombreuses diasporas.«Il y a tellement de gens qui viennent étudier au Canada, dit-il.Ils sont jeunes et débrouillards.Les Iraniens et les Tibétains, par exemple, sont très habiles à contourner la censure.Ils ont vite appris à reconnaître les risques sur Internet, puisque les techniques de ces gouvernements sont de plus en plus sophistiquées.» Octobre 2014 | Québec Science 17 ILS FONT TREMBLER LES «ENNEMIS D\u2019INTERNET».DEPUIS LEURS STUDIOS DE MONTRÉAL ET DE TORONTO, DE JEUNES ENTREPRENEURS EN NOUVELLES TECHNOLOGIES, ACTIVISTES ET JUSTI CIERS DU NUMÉRIQUE, DÉFIENT LA CYBERCENSURE IMPOSÉE PAR LES RÉGIMES AUTORITAIRES.UNE GUERRE À COUP D\u2019ALGORITHMES QUI S\u2019ÉTEND AU MONDE ENTIER.Par Simon Coutu D Karl Kathuria, de Psiphon, à Toronto.Plus de un demi-million d\u2019Iraniens utilisent ses services.S I M O N C O U T U I L L U S T R A T I O N : F R A N Ç O I S E S C A L M E L É SISTANCE! our certains groupes d\u2019activistes, il s\u2019agit simplement de développer des portails et des blogues, et de publier la marche à suivre pour déjouer la mise à l\u2019index numérique.D\u2019autres créent des outils qui permettent de contourner la censure, comme le logiciel Psiphon ou le pro - gramme états-unien Tor qui a vu le jour grâce à des subventions gouvernementales.Certaines initiatives visent aussi à assurer la sécurité et l\u2019anonymat en ligne de l\u2019usager, comme les réseaux privés virtuels (VPN, en anglais) de TunnelBear et la cryptographie de Cryptocat.La plupart de ces technologies sont ouvertes.Le partage de ce type d\u2019application est libre, et le code source est transparent.Il est donc accessible à qui veut bien vérifier sa provenance et sa bienveillance.On peut ainsi éviter de se faire hameçonner par de faux programmes.D\u2019ailleurs, ces outils sont utilisés quotidiennement pour camoufler certaines activités dissidentes.«L\u2019impact de ces tech- hackers inc.L\u2019ANONYMAT ET LE CRIME Des criminels du Web utilisent aujourd\u2019hui un camouflage numérique pour leurs activités illicites en ligne.Grâce à des logiciels qui masquent l\u2019identité, Internet devient un marché de la drogue, de fausses cartes de crédit et de pornographie extrême.Mais, sur la Toile comme ailleurs, les escrocs et les malfrats laissent toujours des traces.En octobre 2013, le grand public a fait la connaissance du programme Tor, The Onion Router, lorsque le fondateur du site web Silk Road a été arrêté par le FBI.Ross Ulbricht, alias Dread Pirate Roberts, avait créé ce marché, inspiré de eBay et de TripAdvisor, où l\u2019on trouvait des centaines de substances illicites.Les produits et les vendeurs étaient évalués par les consommateurs.Depuis, d\u2019autres foires virtuelles illégales ont vu le jour, telles que Sheep Marketplace, ainsi qu\u2019une version 2.0 de Silk Road.Mais de nombreux cas de fraude ont été dénoncés, minant le succès de ces initiatives.Pour accéder à ces sites, il s\u2019agit de télécharger le programme Tor.Lorsque l\u2019internaute navigue avec ce fureteur, l\u2019information passe par plusieurs autres ordinateurs, comme à travers les couches d\u2019un oignon.Le serveur qui reçoit la demande croit alors qu\u2019elle provient du dernier ordinateur de la chaîne.Il est donc presque impossible de remonter à la requête initiale.Le Web accessible avec Tor est parfois décrit comme étant le Darknet, ou «les abysses de la Toile».«En utilisant Tor, on veut que le Web soit protégé des regards un peu trop inquisiteurs de la surveillance en ligne, explique Benoît Dupont, chercheur et directeur du Centre international de criminologie comparée de l\u2019Université de Montréal.Tout est pensé pour rendre les choses plus opaques sur Internet.» À l\u2019instar de logiciels comme Psiphon ou Cryptocat, Tor n\u2019a pas été inventé à des fins illicites.Financé en grande partie par le gouvernement des États-Unis, son développement vise notamment à faciliter les communications de dissidents chinois ou iraniens.Les fondateurs du Tor Project le considèrent comme un outil «neutre».L\u2019organisme Reporters sans frontières le recommande d\u2019ailleurs dans son «kit de survie».Mais ce logiciel a été détourné pour échanger du contenu beaucoup plus douteux, comme de la pornographie juvénile.«Cette année, nous avons eu 34 signalements liés à l\u2019utilisation de Tor, dit René Morin, du Centre canadien de protection de l\u2019enfance.C\u2019est près de 50% de plus que l\u2019an dernier, mais ça ne représente que 1% des plaintes en lien avec la pornographie en ligne.» Malgré les promesses d\u2019anonymat de cette technologie, les criminels ne sont pas à l\u2019abri d\u2019éventuelles arrestations, note M.Dupont.«L\u2019anonymat n\u2019est jamais total.Contrairement à ce que l\u2019on croit, Internet n\u2019est pas un univers virtuel.Tout passe par des tuyaux et par des serveurs physiques et tout laisse des traces.» Eric Eoin Marques, considéré comme l\u2019un des plus grands distributeurs de pornographie juvénile du monde, utilisait Tor pour ses transactions.Il a été arrêté au mois d\u2019août 2013, en Irlande.Le FBI aurait diffusé un maliciel, un logiciel malveillant, dans l\u2019une des versions de Tor téléchargée par les clients de Marques.Au lieu d\u2019assurer l\u2019anonymat de l\u2019utilisateur, elle envoyait ses coordonnées à un serveur basé en Virginie.«La technologie évolue dans les deux sens, dit René Morin.Les techniques des cyberprédateurs sont de plus en plus complexes, mais les outils dont disposent les enquêteurs sont aussi drôlement sophistiqués.» Malgré les utilisations illicites de ces technologies, Nadim Kobeissi, activiste et développeur du logiciel de communication cryptée Cryptocat, refuse de les condamner en bloc.«Le Darknet, c\u2019est de la foutaise, dit-il.Ça donne l\u2019impression qu\u2019Internet est quelque chose de mystérieux, alors que la technologie est plutôt simple et typique.Ce sont des sites qui sont cachés derrière une barrière de cryptographie, tout simplement.C\u2019est comme les voitures, tout le monde sait qu\u2019elles peuvent servir aux terroristes pour faire des bombes.» P 18 Québec Science | Octobre 2014 «QUAND ON REND LA CRYPTOGRAPHIE À TOUS, ON AIDE LES DROITS DE LA Nadim Kobeissi.C\u2019est lui, de son appartement de Montréal, qui a créé Cryptocat, cette application qu\u2019Edward Snowden a utilisée pour parler aux médias.L\u2019outil a aussi servi à organiser les manifestations du Printemps érable au Québec. nologies peut être tout à fait positif, note Benoît Dupont, chercheur et directeur du Centre international de criminologie comparée de l\u2019Université de Montréal.Ça permet des chan ge ments politiques et des prises de parole.» Avant d\u2019immigrer au Cana da, Ali K.Bangui ne se serait jamais attendu à devenir activiste du numérique.Mais il en avait assez de la censure de son pays.Ce jeune ingénieur, concepteur de logiciels et diplômé de l\u2019université de Téhéran, a décidé d\u2019agir.Il a fondé ASL19, une ONG qui rassemble un groupe de ses compatriotes technolo- giquement habiles.«Ici, rappelle-t-il, aller sur Facebook ou YouTube, c\u2019est simple et normal.Mais, en Iran, c\u2019est illégal; et impossible sans les bons outils.» ASL19 répertorie sur son site en langue farsi un trousseau de programmes testés par son équipe technique.«Il y avait un besoin en Iran pour une source fiable où les gens peuvent télécharger des outils qui empêchent le filtrage de l\u2019information sur Internet, dit M.Bangui.Nous n\u2019attaquons personne, nous ne faisons que proposer des solutions.» Nadim Kobeissi est lui aussi un digne cyberrésistant.Il a grandi à Beyrouth.Enfant, c\u2019est sur le Web qu\u2019il a appris la programmation, la cryptographie et l\u2019anglais.Il s\u2019est installé au Canada pour étudier l\u2019informatique à l\u2019Université Concordia.En 2011, depuis son appartement de Montréal, il a lancé Cryptocat, un programme de messagerie instantanée qui permet de discuter en ligne d\u2019une façon tout à fait anonyme.D\u2019ailleurs, c\u2019est cette application qu\u2019a utilisée Edward Snowden, ancien employé de la NSA et de la CIA, pour fixer rendez-vous au journaliste Glenn Greenwald à Hong Kong.Cette rencontre a mené aux révélations sur les systèmes états-uniens de surveillance de masse dans Internet.Aujourd\u2019hui, ce logiciel ouvert est accessible en 40 langues et compte des centaines de milliers d\u2019usagers.Aussi simple à utiliser que Facebook, le service transforme les mots d\u2019une conversation en une succession de chiffres qui la rendent inintelligible à quiconque l\u2019intercepterait.Sur son site web personnel, le jeune hacker de 24 ans se décrit comme un homme cynique, nerd et socialement introverti.Il considère Cryptocat comme un projet politique et technologique.«Quand on rend la cryptographie facile et accessible à tous, on aide les droits de la personne», croit-il.Des activistes de la société civile, depuis l\u2019Iran jusqu\u2019au Venezuela, communiquent grâce au programme.Le Centre de lutte contre l\u2019oppression des genres, associé à l\u2019Université Concordia, qui dénonce la violence sexuelle et raciale, utilise notamment Cryptocat pour correspondre avec ses clients.L\u2019outil a servi à organiser les manifestations de la grève étudiante québécoise de 2012.«Il peut aussi servir à communiquer avec votre petite amie ou votre psychologue sans risque que quelqu\u2019un tombe un jour sur cette conversation», dit Nadim Kobeissi.Mais si les technologies développées par les start-ups sont des plus innovantes, les gouvernements sont aussi de plus en plus efficaces à museler Internet.Aujourd\u2019hui, avec l\u2019ordinateur, la tablette, le téléphone ou le système d\u2019alarme, même le frigo et le chauffage peuvent être branchés au Web.Et la cyberguerre pourrait bien se transporter jusque dans nos cuisines et nos salons.«Pour l\u2019instant, au Canada, on n\u2019a pas à utiliser tous ces outils pour protéger sa vie numérique, dit Robert Guerra.Nous sommes chanceux jusqu\u2019à maintenant.Mais on ne sait jamais.» ?QS Octobre 2014 | Québec Science 19 DES OURSONS AU PAYS DES SULTANS Dans un grand loft aux murs de brique du quartier chinois de Toronto, deux jeunes programmeurs informatiques se tirent dessus avec un fusil-jouet qui lance des fléchettes en mousse.En ce vendredi soir de juin 2013, l\u2019équipe de l\u2019entreprise informatique TunnelBear traîne plus tard qu\u2019à l\u2019habitude dans ses bureaux.Les projectiles sifflent au-dessus de la tête du directeur, Ryan Dochuk, assis à son poste de travail.Soudainement, il reçoit une alerte par courriel lui mentionnant que les serveurs de TunnelBear sont anormalement mobilisés par des utilisateurs turcs.Un coup d\u2019œil sur son fil d\u2019actualités Twitter lui apprend qu\u2019une manifestation monstre a lieu à Istanbul contre les politiques du premier ministre Recep Tayyip Erdogan.Elle est violemment réprimée.La police repousse les manifestants à coups de matraque et de canons à eau.Pour empêcher les contestataires de s\u2019organiser, le gouvernement bloque l\u2019accès à Facebook et à Twitter.«Les réseaux sociaux sont la pire menace pour la société», dit le dirigeant turc sur le site de microblogage.En réponse, des activistes turcs appellent TunnelBear à l\u2019aide.«On a commencé à recevoir des courriels d\u2019activistes qui nous disaient que plus de 100 000 manifestants avaient besoin de nous pour communiquer, dit le cofondateur de TunnelBear.On a décidé de les aider en leur donnant gratuitement accès à nos services.» Tel un groupe de justiciers, la petite équipe torontoise réussit à contourner cet appareil de censure en offrant un réseau privé virtuel (VPN) pour accéder à du contenu géolocalisé sur Internet, n\u2019importe où sur la planète.Cette technologie offre une connexion sécuritaire entre un ordinateur ou un téléphone intelligent et un serveur.TunnelBear permet de naviguer en toute sécurité, comme si l\u2019internaute était au Royaume-Uni ou en Amérique du Nord.Ainsi, des centaines de milliers d\u2019utilisateurs naviguent anonymement sur la toile, dans des pays où Internet est censuré.«C\u2019est une forme d\u2019activisme, mais on demeure une entreprise qui se veut rentable, précise Ryan Dochuk.On croit qu\u2019Internet se porte mieux lorsque les communications sont privées et anonymes.» S I M O N C O U T U Ryan Dochuk, de TunnelBear.Un activiste à la tête d\u2019une petite entreprise qui se veut rentable.E FACILE ET ACCESSIBLE A PERSONNE.» 20 Québec Science | Octobre 2014 le pouvoir de l\u2019argent LAS D\u2019ATTENDRE QUE LE GOUVERNEMENT CRÉE DES AIRES PROTÉGÉES POUR SAUVEGARDER LES PAYSAGES ET LES ESPÈCES EN PÉRIL, DES AMOUREUX DE LA NATURE ACHÈTENT QUELQUES-UNS DES PLUS BEAUX COINS DU QUÉBEC POUR LES METTRE À L\u2019ABRI DES PROMOTEURS IMMOBILIERS.Par Dominique Forget ÉCOLOGIE ACHETER, C\u2019ES T S T SAUVER La biologiste Caroline Gagné à l\u2019embouchure de la rivière Coulonge, sur la rivière des Outaouais.C O N S E R V A T I O N D E L A N A T U R E C A N A D A ous avez quelques millions à dépenser?Si vous êtes de ces nouveaux écolos philanthro - pes, vous rêvez sans doute de les utiliser pour protéger l\u2019habitat d\u2019espèces en dan - ger, comme la salaman dre à quatre orteils, la grive de Bick- nell ou la paruline azurée.Vous créerez peut-être alors votre propre fiducie foncière ou ferez des dons à des organismes comme Conservation de la nature Canada ou Canards illimités Canada, avec l\u2019intention ferme de mettre à l\u2019abri des promoteurs immobiliers quel - ques-uns de nos plus beaux territoires et les espèces fragiles qui les fréquentent.Au Québec, Conservation de la nature Canada (CNC) a réussi à mettre à l\u2019abri de la spéculation et du développement outrancier 386 km2 de terres privées depuis sa fondation, en 1962, par une poignée de naturalistes ontariens.D\u2019accord, cela représente une tache à peine visible sur les 152 000 km2 d\u2019aires protégées créées par le gouvernement du Québec à ce jour.Mais les règles du jeu ne sont pas les mêmes.«Le gouvernement québécois crée des aires protégées dans le Nord.C\u2019est facile, là-haut: il n\u2019y a aucune pression urbaine! tonne Jean Paré, journaliste à la retraite, ancien président de CNC pour la région du Québec, et qui siège toujours au conseil d\u2019administration de l\u2019organisme.Mais au sud, même s\u2019il a déjà institué quelques parcs nationaux, le gouvernement peut encore déplacer les limites d\u2019une aire protégée si un projet minier ou forestier se manifeste.Ça s\u2019est vu dans le passé!» C\u2019est au sud, justement, que les territoires achetés par CNC se trouvent; là où la bio- diversité est la plus grande.Par exemple, au sein du massif des monts Sutton, dans les Basses-Laurentides ou autour des plus belles rivières à saumon de la Gaspésie.Des régions particulièrement prisées par les amateurs de ski alpin, de motoneige et de développement immobilier! À son bureau montréalais de l\u2019avenue du Mont-Royal, où il profite d\u2019une jolie vue sur le centre-ville et la montagne, Joël Bonin, directeur de la conservation pour CNC au Québec, est penché sur des cartes géographiques.Pantalon bien pressé, chemise blanche impeccable et cravate, il ne projette pas l\u2019image qu\u2019on se fait habituellement d\u2019un biologiste.«Regardez ces zones, dit-il en pointant une carte du sud du Québec sur laquelle certaines portions sont délimitées par des lignes de couleur.Nous avons identifié 18 aires naturelles à protéger en priorité, en nous fondant sur les recensions d\u2019espèces réalisées jusqu\u2019à maintenant au Québec.» Certaines zones sont immenses, comme celle occupant l\u2019estuaire du Saint-Laurent.D\u2019autres sont toutes petites, comme celle qui entoure Covey Hill, une montagne s\u2019élevant près de la frontière de l\u2019État de New York, où se trouve le dernier refuge de la salamandre pourpre au Canada.Sur des cartes de plus haute résolution, on voit apparaître çà et là de petits points gris.Ils représentent des maisons ou des bâtiments de ferme.«Notre équipe fait des recherches dans le registre foncier pour savoir qui en sont les propriétaires, explique Joël Bonin.Évidemment, il n\u2019est pas question de tout acheter! On cible des terrains précis, contigus, avec l\u2019idée de créer des corridors à l\u2019intérieur desquels les animaux pourraient continuer à se déplacer.» Les employés de CNC vont reconnaître les terrains que l\u2019organisation a dans sa mire.Ils approchent les gens du coin et ne se gênent pas pour frapper aux portes.«On dit simplement aux propriétaires que leur terre nous intéresse, explique la biologiste Caroline Gagné.Parfois, on se fait rabrouer.Mais la plupart du temps, on trouve des alliés.Certains nous rappellent 20 ans plus tard pour nous dire qu\u2019ils sont prêts, soit à nous vendre leur terrain, soit même à nous le donner.» 22 Québec Science | Octobre 2014 le pouvoir de l\u2019argent À MONTRÉAL AUSSI! Pour protéger la tortue géographique, dite Graptemys geographica, Conservation de la nature Canada (CNC) est sur le point de conclure une entente pour acheter six hectares (0,06 km2) adjacents au lac des Deux Montagnes, près de Montréal.C\u2019est un tout petit territoire, mais CNC espère qu\u2019il sera maintenant suffisant pour protéger les zones propices à la ponte des œufs.La carapace de cette espèce vulnérable est dotée de lignes jaunes sinueuses qui tracent des motifs ressemblant aux courbes de niveau qu\u2019on voit sur les cartes.D\u2019où son nom .V D\u2019autres choisissent de rester propriétaires, mais acceptent d\u2019instituer une servitude de conservation sur leur terrain.Ils s\u2019engagent alors à restreindre certaines activités, comme la coupe de bois, ou à ne jamais agrandir leur maison.La servitude étant inscrite sur l\u2019acte de propriété dûment notarié, tout acheteur futur sera tenu de la respecter.\u2019est sur le territoire de Caroline Gagné, en Ou- taouais, que CNC a fait sa dernière acquisition, à ce jour la plus ambitieuse au Québec.Plus précisément à Montebello, dans les Basses-Laurentides.Le territoire Kenauk \u2013 le nom signifie «tortue», en algonquin \u2013 s\u2019étend sur 260 km2, soit plus de la moitié de l\u2019île de Montréal.Il recèle 70 lacs, dont plusieurs sont vierges et n\u2019ont jamais vu l\u2019ombre d\u2019un chalet.«Et on y trouve plusieurs espèces en danger», ajoute Caroline Gagné en empruntant les petits chemins de terre qui sillonnent Kenauk.Il s\u2019y trouve en effet la plus grande forêt d\u2019érables noirs au Québec, une essence rare qu\u2019on voit surtout dans le Midwest, aux États-Unis.Kenauk abrite aussi des meutes de loups, des ours noirs et des orignaux, ainsi que de plus petites bêtes, dont des oiseaux et des amphibiens inscrits sur la liste des espaces menacées.C\u2019est presque un miracle qu\u2019un territoire aussi majestueux n\u2019ait encore jamais été la proie de promoteurs immobiliers.«On aurait facilement pu y construire plus de 1 000 chalets!» estime Caroline Gagné en admirant les noires eaux étales du lac Poisson Blanc, à quelques kilomètres de la barrière qui bloque l\u2019entrée.C\u2019est nul autre que Louis XIV, en 1674, qui lègue ce territoire \u2013 à l\u2019époque la seigneurie de la Petite-Nation \u2013, à monseigneur François de Montmorency-Laval.Les Messieurs du séminaire de Québec n\u2019ont que faire de cette terre éloignée.En 1801, la seigneurie passe donc aux mains de la famille du futur Patriote Louis-Joseph Papineau.En 1929, des hommes d\u2019affaires en font un club privé, le Seignory Club, où viennent pêcher, chasser et se prélasser quelques-uns des plus riches États-Uniens de l\u2019époque.En guise de pavillon à la disposition des membres du Club, ils érigent le toujours fameux château Montebello, sur les bords de la rivière Outaouais.En 1970, le Canadien Pacifique achète le domaine et l\u2019ouvre au public.Le Château devient un hôtel et le territoire Kenauk, une pourvoirie équipée de 13 petits chalets.Jusqu\u2019à l\u2019an dernier, le complexe arborait la bannière de la chaîne Fairmont Hotels and Resorts et appartenait à Oxford Properties, la branche immobilière du fonds de retraite des employés municipaux de l\u2019Ontario.Les bien nantis amoureux de la nature pouvaient venir y taquiner le poisson, chasser l\u2019orignal ou pratiquer le tir au pigeon d\u2019argile.Mais en 2013, Oxford Properties a mis la forêt en vente, pour la coquette somme de 81 millions de dollars (la vente excluait le Château, que la société continue de gérer).Le site Internet élaboré à cet effet (toujours en ligne au mois d\u2019août 2014) faisait miroiter aux acheteurs potentiels une «occasion d\u2019investissement unique : l\u2019une des plus grandes parcelles sauvages de terres privées au Canada et en Amérique du Nord».Conservation de la nature Canada ne disposant pas du magot nécessaire pour l\u2019acheter, l\u2019organisme s\u2019est allié avec certains héritiers des membres de l\u2019ancien Seignory Club, quelques riches donateurs et des partenaires dont Kenauk Nature, qui continuera à exploiter la pourvoirie.Oxford Properties a aussi accepté de revoir son prix à la baisse \u2013 autour de 50 millions de dollars.«Ce qui est bien avec Kenauk, c\u2019est que, juste au nord du territoire, se trouvent des terres publiques qui ne risquent pas d\u2019être exploitées de sitôt», explique Caroline Gagné en plongeant ses mains dans un marais boueux, à la recherche de spécimens de salamandres à quatre orteils.«L\u2019autre jour, j\u2019ai vu un pékan en me promenant ici.C\u2019est une espèce qui a besoin d\u2019un très grand territoire.En protégeant quelques terrains privés, on pourrait se connecter aux forêts publiques, plus haut, et créer une superficie intéressante.» CNC projette même d\u2019assurer la protection d\u2019un corridor qui irait jusqu\u2019au parc du Mont- Tremblant, 90 km au nord-est.«Les espèces comme l\u2019ours, l\u2019orignal ou le loup ont besoin d\u2019immenses espaces vitaux, fait valoir Louise Gratton, biologiste qui a cofondé l\u2019organisme de conservation Corridor appalachien, en 2002, et qui a aussi travaillé pour Conservation de la nature Canada pendant 12 ans.Dans le sud du Québec, il n\u2019est pas encore trop tard pour protéger de grandes aires, mais il faut agir maintenant.» Elle a compris l\u2019urgence des choses lorsqu\u2019elle s\u2019est installée, pour des raisons personnelles, dans la région de Sutton, en Octobre 2014 | Québec Science 23 LA CONSERVATION À LA SAUCE CONSERVATRICE Le Plan national de conservation annoncé par le gouvernement de Stephen Harper au mois de mai dernier a accordé une somme de 100 millions de dollars, sur cinq ans, à Conservation de la nature Canada (CNC) pour aider à protéger des terres «sensibles sur le plan écologique».Ce flou a suscité l\u2019opposition néo-démocrate qui a aussitôt dénoncé le Plan, le jugeant «avare de détails et de vision».Le territoire Kenauk, au nord de la rivière Outaouais.On y compte près de 70 lacs.C D K C O O P E R C N C 1997.«J\u2019ai réalisé que les monts Sutton étaient au cœur de l\u2019un des rares massifs forestiers non encore fragmentés du sud- ouest du Québec», raconte celle qui travaille aujourd\u2019hui comme consultante en conservation.À l\u2019époque, quelques petites fiducies foncières privées \u2013 dont la Fiducie foncière de la vallée Ruiter, la Fondation des terres du lac Brome ou la Fiducie foncière du marais Alderbrooke \u2013 avaient été mises sur pied pour protéger des parcelles de terres çà et là.vec ses partenaires Francine Hone et Terri Monahan, Louise Grat - ton a lancé Corridor appalachien pour élargir le territoire protégé.Grâce au soutien financier de grandes fondations \u2013 dont une des États-Unis! \u2013 et à l\u2019appui technique, juridique et logistique de Conservation de la nature Canada, ce sont aujourd\u2019hui 75 km2 de terres privées qui ont été mises à l\u2019abri des promoteurs immobiliers dans le massif des monts Sutton (dont 70 km2 ont été acquis par Conservation de la nature) et 112 km2 sur l\u2019ensemble du territoire visé par Corridor appalachien.«L\u2019organisme n\u2019achète pas de terrains, précise Louise Gratton.Mais il aide les petites fi- ducies foncières et CNC à agrandir leur territoire.» L\u2019organisme collabore aussi avec des groupes aux États-Unis pour relier le massif des monts Sutton aux montagnes Vertes du Vermont.Les amants de la nature devraient applaudir.Pourtant, tous ne sont pas em - ballés.Certains invoquent que la protection perpétuelle de terres privées contribue à la hausse de la valeur foncière des terrains situés à proximité.D\u2019autres estiment que la nature est un bien commun et qu\u2019elle ne devrait pas être privatisée.«On ne privatise pas, s\u2019objecte Louise Gratton.Les terrains étaient déjà privés avant que l\u2019on effectue les transactions!» John McDonnell, directeur du bureau de l\u2019Outaouais de la Société pour la nature et les parcs (SNAP), dont le mandat consiste notamment à faire pression sur les gouvernements pour favoriser la création d\u2019aires protégées, ne cache pas qu\u2019il aurait voulu que Kenauk soit converti en parc provincial.«Présentement, on ne sait pas à quelles conditions le territoire sera ouvert au public», fait-il valoir.Il concède du même souffle que la vente à CNC est une bien meilleure nouvelle que ne l\u2019aurait été la construction de chalets, de routes et de supermarchés.«Et il y a des maires dans le coin qui rêvaient de ça», soupire-t-il.Kenauk sera-t-il accessible au public?«On va déterminer les modalités conjointement avec notre partenaire qui exploite la pourvoirie», explique Joël Bonin.Il ajoute que la grande majorité des territoires dont CNC est propriétaire sont accessibles pour la marche, le ski de fond, la raquette, etc.«On a même des ententes avec des clubs de chasse.Il n\u2019y a pas mieux que les chasseurs pour faire obstacle au braconnage.» Mais les nouvelles règles qui accompagnent un statut de protection peuvent ne pas faire le bonheur de tous, reconnaît Louise Gratton.Surtout si le propriétaire précédent tolérait des activités comme le camping sauvage, la motoneige ou le passage de VTT.C\u2019est exactement le type de conflit qui sévit à Mansonville, dans les Cantons-de- l\u2019Est, ces jours-ci.Le nouveau conseil municipal a décidé de «redonner la montagne aux gens du coin», c\u2019est-à-dire d\u2019autoriser la motoneige et les VTT sur la réserve naturelle, aujourd\u2019hui propriété de CNC.«Ce territoire appartenait autrefois à la société Domtar qui fermait les yeux quand les motoneigistes faisaient vrombir leurs bolides», explique Marie-Claire Planet, l\u2019informaticienne qui préside la Fiducie foncière de la vallée Ruiter.Déjà, le maire de Mansonville prévoit dézoner un petit terrain, presque enclavé dans la réserve naturelle, mais dont la propriété échappe aux conservationnistes, pour y organiser des événements de sports motorisés.Plusieurs organisations, dont la Fiducie foncière de la vallée Ruiter, et des particuliers ont formé le groupe Les amis des montagnes Vertes pour contrer le projet de règlement municipal.«L\u2019idée, ce n\u2019est pas de mettre des territoires sous des cloches de verre, assure Louise Gratton.Il y a de la place sur les grands territoires pour la chasse, pour l\u2019exploitation forestière et pour l\u2019agriculture.Nous devons apprendre à travailler avec les municipalités et tous les partenaires des milieux, estime-t-elle.Il faut concilier tous les usages, et en même temps sauver les parcelles de terres essentielles à la survie des espèces.Sans quoi, nous allons tous y perdre!» ?QS 24 Québec Science | Octobre 2014 le pouvoir de l\u2019argent ALes VTT ont-ils leur place dans la nature fragile?LE RÉSEAU D\u2019AIRES PROTÉGÉES EN MILIEU PRIVÉ AU QUÉBEC Conservation de la nature Canada (CNC) a protégé 386 km2 en milieu privé au Québec.Ces territoires seront, en principe, sauvegardés à perpétuité.En effet, les contrats prévoient que si CNC venait à disparaître, les terrains seraient donnés à un autre organisme de conservation.Canards illimités Canada a protégé ou restauré 233 sites au Québec, touchant 33 000 hectares (330 km2) de milieux humides.Quelques dizaines de fiducies foncières ou organismes privés de conservation protègent de petits territoires.C\u2019est le cas de 800 hectares (8 km2) dans le cas de la Fiducie foncière de la vallée Ruiter, dans les Cantons-de-l\u2019Est; 1 300 hectares (13 km2) dans le cas de Du- vetnor, dans les îles du Bas-Saint-Laurent, etc.P I E R D E L U N E / I S T O C K P H O T O Pendant deux ans et demi, 23 étudiants en génie de l\u2019Université de Sherbrooke ont trimé dur et mis à l\u2019épreuve leur capacité d\u2019innover.Leur mission : créer de toutes pièces la voiture 100 % électrique la plus efficiente qui soit, en vue de la finale des Amériques du Shell Eco- marathon.Le 27 avril, dans les rues de Houston au Texas, l\u2019équipe E-Volve remporte son pari.La délégation sherbrookoise éclipse la compétition et remporte le volet Concept urbain/batterie électrique, avec une efficacité énergétique de 325,1 km/kWh.Ce résultat est pratiquement le triple de celui de son plus proche rival.E-Volve est sacré champion du monde 2014 dans sa catégorie, devançant aussi l\u2019ensemble des véhicules inscrits aux autres tranches de cette compétition en Europe et en Asie.SUCCÈS INTERDISCIPLINAIRE Le projet E-Volve est né de la collaboration interdisciplinaire entre des étudiants de génie électrique, de génie informatique et de génie mécanique de l\u2019Université de Sherbrooke.«Le mandat des étudiants était de créer la voiture ayant la consommation d\u2019énergie la plus faible possible.Au final, ils ont conçu un véhicule monoplace capable de franchir une distance de 20 km avec une batterie d\u2019à peine un kilogramme», résume Maxime Dubois, professeur de génie électrique.Son collègue Jean-Sébastien Plante, professeur de génie mécanique, précise que les étudiants ont innové à chaque étape de réalisation.«Ce n\u2019est pas un projet où on a collectionné des pièces existantes pour en faire un prototype.Toutes les pièces des roulements à billes jusqu\u2019aux bras de suspension \u2013 ont été revues et optimisées spécialement pour la compétition.À l\u2019Université de Sherbrooke, les projets de fin de baccalauréat sont vus comme une expérience professionnelle.Le travail s\u2019échelonne sur deux ans, ce qui donne vraiment le temps de réaliser un prototype comme dans l\u2019industrie», ajoute-t-il.OPTIMISER ET INNOVER Le bolide monoplace a une masse de 90 kilogrammes et il est muni de panneaux solaires.Son moteur est entièrement conçu par des étudiants de baccalauréat, ce qui constitue une première.Le véhicule profite aussi du mariage de matériaux qui lui confèrent une grande légèreté tout en assurant sa rigidité et sa résistance.«Plusieurs concepts développés dans notre voiture sont très différents de ceux des autres véhicules en compétition.Nous utilisons des structures inspirées des avions ultralégers et employons des matériaux composites pour la carrosserie», mentionne David Tremblay, membre du groupe et pilote du E-volve.«Dans chaque détail de conception, l\u2019innovation influence grandement la performance», ajoute-t-il.COLLABORER JUSQU\u2019EN PISTE En plus de leur performance en piste, les étudiants de l\u2019Université de Sherbrooke n\u2019ont pas hésité à donner un coup de pouce aux membres des autres équipes, ce qui leur a valu le prix du meilleur esprit sportif.«Nous ne sommes pas en compétition contre les autres.Tout ce que nous désirons, c\u2019est battre notre propre record, le but final étant de pousser l\u2019efficacité de notre véhicule à la limite», explique Gabriel Lajoie, diplômé en génie électrique.Forts du succès de cette première participation, d\u2019autres étudiants de génie de l\u2019Université de Sherbrooke prennent le relais et présenteront un nouveau bolide pour la compétition 2016.Projet E-Volve: innover, collaborer, et gagner L\u2019Université de Sherbrooke 1re au monde du Shell Eco-marathon grâce à une voiture 100 % électrique créée par des étudiants en génie PublirePortage Trois membres du projet E-Volve, Pascal-André Fortin, Gabriel Lajoie et Marc-Antoine Vincent, ainsi que le professeur Maxime Dubois, de la Faculté de génie de l\u2019Université de Sherbrooke.P H O T O M I C H E L C A R O N \u2013 U N I V E R S I T É D E S H E R B R O O K E uelques jours avant de mourir, Clément avait une obsession : le Maryland.Son foie ne fonctionnait plus.Son cerveau, juste assez pour lui permettre de dire à son amoureuse, dans ses rares et brefs moments de lucidité : «On s\u2019en va au Maryland.Fais nos valises, on sort d\u2019ici ! » « Ici», c\u2019était l\u2019étage des soins palliatifs de l\u2019Hôpital Maison- neuve-Rosemont, à Montréal.Là où vont mourir ceux qui, comme lui, ont reçu l\u2019ultime diagnostic : « Il n\u2019y a plus rien à faire.» Dans son cas, plus rien à faire pour freiner les métastases qui envahissaient ses poumons, ses os, son pancréas, son foie.Sauf peut-être aux États-Unis, dans l\u2019État du Maryland.Parce que, à 33 ans, on ne veut pas que la vie s\u2019arrête.On a trop d\u2019attaches, trop de projets, on n\u2019a pas assez vécu.On veut se battre jusqu\u2019à la fin, même si c\u2019est peut-être en vain.Lorsqu\u2019il a appris que le mélanome qu\u2019il croyait disparu ne lui laissait même pas quelques mois 26 Québec Science | Octobre 2014 cobayes et super-hÉros Q Lymphocyte T.Un globule blanc qui saurait s\u2019attaquer efficacement aux tumeurs.D A V I D S C H A R F / C O R B I S IMMUNOTHÉRAPIE Chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie\u2026 L\u2019arsenal anticancéreux ne suffit pas toujours.Alors l\u2019espoir se tourne vers l\u2019immunothérapie.Encore expérimentale, maladroite, faillible, elle offre cependant beaucoup de promesses.Aux États-Unis, d\u2019éminents chercheurs y croient de toutes leurs forces.Par Marie-Pier Elie Octobre 2014 | Québec Science 27 à vivre, Clément a écrit une lettre à Steven Rosenberg, celui qui lui dirait peut-être qu\u2019il y avait quelque chose à faire : «I am not asking for a miracle, I am not asking for someone to tell me he\u2019ll save my life with 100% certainty, but I desperately need someone to tell me he\u2019s willing to try something1.» Je connaissais Clément Sauvé.Comme amie et comme journaliste, j\u2019ai voulu savoir ce qui aurait pu se passer.Je suis allée au Maryland, à sa place en quelque sorte, voir comment on aurait pu le garder en vie s\u2019il avait eu un peu plus de temps devant lui.«Quel était son nom?» Le docteur Rosenberg a ce regard à la fois impassible et bienveillant de ceux qui combattent la mort du matin au soir.Il ne se souvient pas précisément de la lettre de Clément; des appels comme celui-là, il en reçoit tant\u2026 De désespérés prêts à se soumettre aux traitements expérimentaux d\u2019immunothérapie \u2013 toujours pas reconnus, parfois même jamais encore tentés \u2013 qu\u2019il a mis au point au département de chirurgie du National Cancer Institute, à Bethesda, au Maryland.Mais comme ils n\u2019ont plus rien à perdre, ces mourants sont prêts à s\u2019offrir comme cobayes, contribuant peut-être ainsi à faire avancer la recherche.«Une infime minorité rencontrent les critères d\u2019inclusion de l\u2019un ou l\u2019autre de nos essais cliniques et se retrouvent hospitalisés ici», dit le chirurgien qui, à 74 ans, fait encore quotidiennement la tournée de ses patients de la dernière chance.Si son foie ne l\u2019avait pas laissé tomber si vite, Clément se serait peut-être retrouvé parmi ceux que nous visitons, ce lundi matin-là, avec tous les membres de l\u2019équipe du docteur Rosenberg.Le traitement qu\u2019il aurait reçu n\u2019a rien à voir avec la chimiothérapie, où l\u2019on injecte littéralement un poison dans les veines pour freiner la prolifération du cancer.«Avec les traitements conventionnels comme la chirurgie, la chimio ou la radiothérapie, on applique une force externe, explique Steven Rosenberg, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un scalpel, de médicaments ou de radiations.Tandis qu\u2019avec l\u2019immunothérapie, on met à profit les défenses naturelles du corps humain.» L\u2019idée n\u2019est pas nouvelle.Dès la fin du XIXe siècle, un chirurgien du nom deWil- liam Coley, aux États-Unis, a pressenti le potentiel anticancéreux du système immunitaire \u2013 encore bien mal compris à l\u2019époque \u2013, lorsqu\u2019il s\u2019est intéressé au cas de Fred Stein, condamné par un sarcome de la joue qui résistait à toute forme d\u2019intervention.L\u2019immigrant allemand s\u2019était mis à aller de mieux en mieux peu de temps après avoir contracté une infection cutanée postopératoire.Se pouvait-il que son système de défense, en déployant la grande artillerie pour combattre les microbes responsables de l\u2019infection, se soit mis du même coup à combattre son cancer?Une quarantaine de cas semblables ont fini par convaincre Coley que oui.Pour en avoir le cœur net, il a volontairement contaminé ses patients à l\u2019aide de cultures bactériennes, provoquant des fièvres carabinées qui en ont mené plusieurs à la mort, mais quelques-uns à la rémission totale.La mixture de toxines inactivées qu\u2019il a ensuite mise au point a même été commercialisée à partir de 1923.ujourd\u2019hui, dans les laboratoires du monde entier, à défaut d\u2019infecter délibérément les patients, on déploie toutes sortes de tactiques pour apprivoiser l\u2019armée immunitaire.Enrhumé, Steven Rosenberg aimerait bien neutraliser momentanément la sienne.«Ce n\u2019est pas le virus qui provoque les symptômes de mon rhume, mais bien la réaction immunitaire, et c\u2019est ce qui protège mon corps.De la même façon, on peut exploiter le système immunitaire pour diriger sa puissance contre les cellules cancéreuses», souligne en réprimant une légère toux celui qui recevait justement en 2011 le William B.Coley Award, nommé d\u2019après son illustre prédécesseur.Et c\u2019est ce qu\u2019il a fait; avec, à ce jour, un succès inespéré chez plusieurs patients atteints d\u2019un mélanome métastatique, une forme de cancer qui, normalement, ne pardonne pas.Celle qui a tué Clément.28 Québec Science | Octobre 2014 cobayes et super-hÉros 1 «Je ne demande pas un miracle, je ne demande pas qu\u2019on me garantisse à 100% qu\u2019on va me sauver la vie, mais j\u2019ai désespérément besoin de quelqu\u2019un qui me dira qu\u2019il est prêt à essayer quelque chose.» R H O D A B A E R / N A T I O N A L C A N C E R I N S T I T U T E Steven Rosenberg : «On peut exploiter le système immunitaire pour diriger sa puissance contre les cellules cancéreuses.» A Tout a commencé en 1968, lorsque le jeune chirurgien qu\u2019était alors Steven Rosenberg a été témoin, un peu comme William Coley, d\u2019une guérison inexpliquée chez un vétéran de 63 ans qui se plaignait de douleurs abdominales.Selon son dossier médical, cet homme aurait dû être mort depuis longtemps.Douze ans auparavant, on lui avait diagnostiqué une tumeur à l\u2019estomac des plus virulentes, qui avait étendu son emprise jusqu\u2019aux ganglions lymphatiques et au foie.On l\u2019avait alors tout bonnement renvoyé mourir chez lui.Et voilà qu\u2019en opérant ce rescapé pour lui retirer la vésicule biliaire responsable de ses douleurs, le futur pionnier de l\u2019immunothérapie ne trouvait aucune trace de ce vieux cancer pourtant mortel.«L\u2019estomac, le foie.tout était en parfait état», se souvient-il.À la même époque, on commençait justement à percer les mystères de ce qui devien drait l\u2019arme de prédilection de Ro - sen berg : le lymphocyte T, un type de globule blanc qui circule dans le sang en se chargeant d\u2019éliminer les intrus.Quand un virus, par exemple, s\u2019infiltre dans l\u2019organisme, des antigènes présents à sa surface envoient des signaux qui déclenchent instantanément l\u2019assaut des lymphocytes.Mais tout le paradoxe du cancer est là: l\u2019intrus n\u2019en est pas vraiment un.Car contrairement aux virus et aux bactéries, les cellules cancéreuses sont une partie intrinsèque de l\u2019individu qu\u2019elles attaquent, et elles réussissent parfois à déjouer les lymphocytes et leurs acolytes, qui deviennent alors incapables de bien remplir leur rôle devant cet ennemi atypique.Sauf peut- être dans quelques cas rarissimes de rémis - sion spontanée, comme celui du vé té ran.Sauf peut-être aussi si on leur donne un coup de main, s\u2019est dit Steven Rosenberg, il y a plus de 40 ans.Ce coup de main est venu sous la forme d\u2019une protéine appelée interleukine-2 (IL- 2).Steven Rosenberg a été le premier à démontrer, en 1985, qu\u2019elle pouvait faire régresser les cancers les plus invasifs.C\u2019est que l\u2019IL-2, naturellement présente dans le corps, favorise la croissance des lymphocytes.En administrant des doses élevées d\u2019IL-2 à des patients atteints de cancer, le chercheur a d\u2019abord obtenu des résultats catastrophiques.Gonflée à bloc, l\u2019armée immunitaire peut faire des ravages considérables : fièvre, douleurs articulaires, nausées, rétention d\u2019eau, insuffisance hépatique et problèmes rénaux.Les patients mouraient les uns après les autres.Il a perfectionné la technique au fil des années, jusqu\u2019à obtenir des résultats.mitigés.C\u2019est Octobre 2014 | Québec Science 29 Mystères iMMunitaires Le cancer est en nous tous.Des cellules cancéreuses apparaissent en effet spontanément tous les jours dans nos tissus sains.Heureusement, elles sont rapidement identifiées et éliminées par le système immunitaire, bien avant de pouvoir s\u2019emballer et proliférer au point de devenir ce qu\u2019on appelle un cancer.Plusieurs tumeurs sont d\u2019ailleurs de véritables «partouzes» immunologiques.En plus des cellules cancéreuses, on y trouve des lymphocytes (les fameux LITs) et toutes sortes d\u2019autres cellules immunitaires.Pourquoi donc ces dernières ne font-elles pas leur travail?Pourquoi sont-elles anéanties par l\u2019adversaire?À Ville- juif, en banlieue de Paris, à l\u2019Institut Gustave Roussy, l\u2019oncologue Laurence Zitvogel a trouvé d\u2019importants éléments de réponse à cette troublante question.«Pour en arriver là, explique-t-elle, une cellule tumorale échappe à une multitude de checkpoints qui l\u2019empêcheraient normalement de s\u2019emballer comme elle le fait pour devenir cancéreuse.Elle est le résultat d\u2019une suite d\u2019événements qui font que ça \u201cdéconne\u201d à la fin.» Le travail de la docteure Zitvogel consiste justement à tenter de comprendre ce grand «déconnage», de décrypter les mystérieux échanges chimiques entre le système immunitaire et les cellules cancéreuses.Dans un sens, ces dernières forcent l\u2019admiration.Soumises aux mêmes lois de la sélection naturelle qui, en quelques milliards d\u2019années, ont forgé des êtres dotés de raison à partir de simples unicellulaires, elles témoignent de leur succès évolutif en semant la mort à tous vents.Mais Laurence Zitvogel aimerait bien faire de chaque type de cellule cancéreuse une espèce en voie d\u2019extinction.Et s\u2019il ne fait, selon elle, aucun doute que l\u2019immunothérapie est une solide alliée pour mener le cancer au cul-de-sac évolutif, elle n\u2019est pas prête à délaisser les approches plus conventionnelles.D\u2019autant qu\u2019elle a découvert que le succès de certaines bonnes vieilles chimiothérapies repose en partie sur leurs interactions avec le système immunitaire.«Sans le savoir, les patients qui reçoivent ces chimiothérapies voient leurs défenses immunitaires stimulées, et sont ainsi vaccinés au passage.» Par exemple, en tuant les cellules cancéreuses, des médicaments comme les très vomitives anthracyclines réussissent également à attirer dans les tumeurs des tas de lymphocytes particulièrement agressifs.C\u2019est que les anthracyclines ont leur façon bien à elles de tuer qui force la cellule tumorale, dans un dernier souffle, à émettre des signaux de détresse que le système immunitaire pourra dorénavant reconnaître chez toute cellule rebelle tentée de former une métastase.Laurence Zit- vogel et ses collaborateurs ont identifié trois de ces signaux.«Malheureusement, dit-elle, on a aussi identifié des tas de déficits génétiques qui empêchent la cellule tumorale d\u2019émettre ces trois signaux et, dans ce cas, quoi que l\u2019on fasse, ça ne fonctionnera jamais.» Triste mais vrai, les gènes dont un patient est tricoté sont les commandants en chef de l\u2019armée immunitaire et peuvent décider de la réussite ou de l\u2019échec d\u2019un traitement.Les lymphocytes T sont une composante de l\u2019attirail immunitaire du corps humain.Ici, ils s\u2019attaquent à des cellules tumorales pour les pousser à s\u2019auto-détruire.D R A N D R E J S L I E P I N S / S P L 30 Québec Science | Octobre 2014 cobayes et super-hÉros Le transfert adoptif de lymphocytes T \u2013 peu importe qu\u2019ils présentent d\u2019emblée une activité anti-tumorale (LITs) ou qu\u2019ils soient génétiquement modifiés pour le faire \u2013 est sans l\u2019ombre d\u2019un doute la forme d\u2019immunothérapie qui, à ce jour, a produit les résultats les plus spectaculaires.Mais elle demeure expérimentale, et on ne peut y avoir recours autrement que dans le cadre d\u2019un essai clinique.D\u2019autres types de traitements existent également.ImmunomoDuLatIon Contrairement au transfert adoptif, où on manipule les cellules immunitaires in vitro avant de les envoyer combattre dans l\u2019organisme, on les influence ici in vivo, à même le corps humain.Soit en les stimulant, comme avec l\u2019IL-2 qui favorise la croissance des lymphocytes, soit en bloquant des mécanismes qui entravent la réaction immunitaire, comme avec un anticorps approuvé par Santé Canada en février 2012: l\u2019ipilimumab.Ce dernier inhibe un frein que le système immunitaire utilise pour s\u2019empêcher d\u2019attaquer les tissus sains de son hôte : l\u2019antigène 4 du lymphocyte T cytotoxique (CTLA-4).«En neutra - lisant ce frein, l\u2019ipilimumab mène à une régression des tumeurs chez 10% à 15% des patients atteints d\u2019un mélanome ou d\u2019un carcinome rénal métastatiques», souligne Steven Rosenberg, praticien et chercheur au National Cancer Institute des États-Unis.On note même quelques rémissions com - plètes et durables.Un autre frein moléculaire semblable mobilise de considérables efforts de recherche, le récepteur PD-1 qui suscite les espoirs les plus fous dans la communauté scientifique.De nombreux essais cliniques testeront à cette époque, d\u2019ailleurs, au début des années 1990, que l\u2019ancien premier ministre du Québec, Robert Bourassa, était venu au Maryland participer aux essais cliniques du docteur Rosenberg, dans l\u2019espoir de vaincre le cancer de la peau qui aurait finalement raison de lui.«C\u2019était déprimant, se souvient Giao Phan, qui a complété ses études postdoctorales au NCI en 1999 dans l\u2019équipe de Rosenberg.Le taux de réponse n\u2019était que de 10% à 15%.Une infirmière de l\u2019équipe m\u2019avait alors fortement recommandé de prendre des antidépresseurs.» a réputation de l\u2019immunothérapie s\u2019est améliorée depuis, entre autres grâce au transfert adoptif de lymphocytes, technique que Steven Rosenberg a également mise au point.Le principe est étonnam ment simple : on prélève chez le patient des lymphocytes T, on les fait proliférer, puis on les lui réinjecte, après avoir préparé le terrain en éliminant temporairement ses défenses immunitaires au moyen de la chimiothérapie ou de la radiothérapie.Les combattants sont soigneusement sélectionnés.On ne recrute pas n\u2019importe quels lymphocytes, mais uniquement ceux qui ont quitté la circulation sanguine pour s\u2019infiltrer au cœur de la tumeur : les bien nommés Tumor Infiltrating Lymphocytes, ou lymphocytes infiltrant la tumeur (LIT), qu\u2019on transformera en véritables armes de destruction massive.Les robots super-héros que dessinait Clément pour gagner sa vie n\u2019auraient pas fait le poids devant les machines à tuer microscopiques qu\u2019on aurait préparées pour lui dans les laboratoires du NCI.On aurait eu l\u2019embarras du choix pour prélever ses LITs, dans l\u2019une ou l\u2019autre des nombreuses métastases qui le ravageaient de l\u2019intérieur.La tumeur aurait été amenée directement de la salle d\u2019opération au Cell Processing Lab.«Ici, explique en poussant la porte Mark Dudley, qui dirige le laboratoire, on découpe la tumeur en petits morceaux pour faciliter la culture des LITs.» Il ouvre un grand incubateur où s\u2019em - pilent des plateaux remplis de fragments de tumeurs prélevées sur différents patients : «Dans chacun de ces plateaux, les good guys et les bad guys se livrent une incessante bataille.» Les bad guys, on l\u2019aura deviné, sont les cellules cancéreuses; les good guys, les lymphocytes T.Ces derniers ont un avantage qu\u2019ils n\u2019avaient pas chez le patient qui les hébergeait: ils flottent dans une concentration élevée d\u2019IL-2.Et voilà, bien visible à l\u2019œil nu, un bad guy de la même espèce que celui qui a tué Clément.Il semble bien inoffensif quand on le regarde de haut, ce minable mélanome réduit en miettes.Le spectacle, grossi par les lentilles du microscope binoculaire, est fascinant.«Voyez, me dit Mark Dudley, ces grosses cellules de mélanome, sombres et laides, et les lymphocytes blancs, lumineux, qui s\u2019agglutinent autour?» Pour l\u2019instant, les forces du mal semblent l\u2019emporter.«C\u2019est très inhabituel à cette étape, se désole-t-il.Il faut attendre encore un peu.Mais si ça ne s\u2019améliore pas, ce patient ne sera pas candidat à l\u2019intervention; il n\u2019y a aucun intérêt à lui réinjecter ces cellules.» Autre plateau, autre portrait.Ici, on voit le mélanome pâlir presque à vue d\u2019œil.Au fil des jours, le brun foncé a cédé la place au beige, signe que les LITs devraient remporter la bataille.Ils sont maintenant 50 millions.«Dans deux jours, on va sélectionner la crème de la crème, ceux qui croissent le plus rapidement; on va leur donner encore plus d\u2019IL-2, d\u2019autres anticorps stimulants et même des lymphocytes affaiblis qui leur serviront de nourriture», explique M.Dudley.Deux semaines plus tard, ils seront 50 milliards, prêts à livrer leur ultime combat dans le corps du patient.Les résultats obtenus à ce jour pour traiter les mélanomes métastatiques sont spectaculaires.«Du jamais vu! Un patient peut être criblé de métastases au cerveau, dans les poumons, dans l\u2019abdomen ou sous la peau, ces lymphocytes sont capables de retracer les cellules cancéreuses, peu importe où elles sont, et de les détruire toutes, jusqu\u2019à la dernière», insiste Simon Turcotte, jeune chirurgien québécois maintenant chercheur au CHUM, et qui a complété un postdoctorat de chirurgie onco- logique au NCI sous la supervision de Steven Rosenberg.Dès les premières années de sa formation, à l\u2019Université de Montréal, on lui avait pourtant enseigné, comme à tous les étudiants en médecine, que, à quelques rares exceptions près, on ne guérit pas un cancer une fois que les métastases sont apparues.Mais au NCI, entre ses mains, les métastases excisées sont devenues porteuses d\u2019espoir.À ce jour, seulement pour le mélanome mé- tastatique, 93 patients ont été traités, avec des taux de réponse (régression objective des tumeurs selon des critères standardisés) variant entre 49% et 72%.Pour la plus récente cohorte, le taux de réponse complète (disparition des métastases) a grimpé à Le cancer est en nous tous.Des cellules cancéreuses apparaissent en effet spontanément tous les jours parmi nos tissus sains.L IMMUNOTHÉRAPIE : D\u2019AUTRES APPROCHES 40%.«Quand on sait que les meilleures chimiothérapies peuvent prolonger la survie de quelques mois tout au plus, il ne fait aucun doute que c\u2019est LE meilleur traitement pour le mélanome métastatique, point à la ligne», poursuit Simon Turcotte, qui rêve de pouvoir offrir bientôt ce type de traitement au Québec (voir le texte à la page 34).Pour le moment, le chercheur veut voir si des résultats aussi spectaculaires peuvent être obtenus chez les patients atteints de cancers gastro-intestinaux.Son mentor, Steven Rosenberg, malgré ces résultats plus qu\u2019encourageants, est cependant loin de crier victoire : «Quand je rentre chez moi, le soir, je ne pense pas aux patients qui ont survécu; je pense aux autres.» À partir du moment où il lui a écrit, Clément était convaincu qu\u2019il ne ferait pas partie de ces «autres»: la mort n\u2019a jamais été une option envisageable à ses yeux.Pour lui comme pour tous ces patients venus au Maryland en quête d\u2019un sursis, Steven Rosenberg se serait demandé, lors du décisif immunotherapy meeting qui suit la tournée du lundi matin, s\u2019il fallait traiter ou ne pas traiter.L\u2019éternel dilemme.Même parmi les plus grands spécialistes, il y a rarement consensus.e lundi, au National Cancer Institute, on se demande s\u2019il faut lancer un ultime assaut contre le sarcome d\u2019un homme qui a déjà participé à deux protocoles de recherche.Autour de la grande table ovale, l\u2019une des membres de l\u2019équipe soutient qu\u2019il est déjà suffisamment amoché par la bataille : «Il n\u2019a plus de diaphragme.Honnêtement, on n\u2019a plus rien à lui offrir.» Un autre croit qu\u2019il y a encore moyen de manipuler les cellules qu\u2019on lui injecterait pour limiter les dégâts.Sa collègue ravive le spectre de la neurotoxicité associée à ce genre de traitement, en évoquant le douloureux souvenir d\u2019un patient que la famille a dû se résoudre à débrancher.«Nous ne pouvons traiter de tels cas de façon éthique», renchérit son voisin.Tour de table.Les opinions varient, du Noway au I would consider it.Comme à l\u2019habitude, c\u2019est Rosenberg qui tranche : «On devrait lui offrir le traitement, mais ne lui épargner aucun détail.Je crois personnellement qu\u2019il devrait l\u2019essayer.» Et ils sont des centaines à essayer, réessayer, re-réessayer.Dans les études scientifiques, on les identifie en tant que «patient numéro 1», «patient numéro 2», et ainsi de suite.Mais ici, ils Octobre 2014 | Québec Science 31 l\u2019efficacité de molécules ciblant PD-1 dans les années à venir, et les premiers résultats publiés sont plus qu\u2019encourageants.vaCCin Contrairement à la rougeole, à la rubéole, au tétanos, etc., le vaccin anticancéreux préventif est hors de portée.On rêve ici d\u2019un vaccin curatif.Mais on risque malheureusement de rêver encore longtemps.Malgré des efforts considérables, selon Steven Rosenberg, «aucun des nombreux vaccins expérimentaux mis au point à ce jour n\u2019a mené à une régression cliniquement significative et reproductible d\u2019un cancer mé- tastatique».Un seul vaccin thérapeutique est présentement commercialisé, aux États-Unis, le sipuleucel-T (nom commercial : Provenge), pour le traitement du cancer de la prostate résistant au traitement hormonal.Selon les critères standardisés permettant d\u2019évaluer la réponse tumorale, il n\u2019a entraîné de régression que chez 1 patient sur 341, lors des essais cliniques.Néanmoins, la médiane de survie (le délai avant que la moitié des individus d\u2019un échantillon soient décédés) augmentait de 4 mois chez les volontaires ayant reçu le vaccin (25,8 mois, comparativement à 21,7), ce qui, pour des patients n\u2019ayant aucune autre option, a été jugé assez significatif par la Food and Drug Administration afin qu\u2019elle donne son approbation, en 2010.Est-ce que 4 mois de vie supplémentaire valent les quelque 100 000 $ que coûte le trai te - ment?Le débat reste ouvert.C A L A I N D É C A R I E Simon Turcotte, chercheur au CHUM : «Ces lymphocytes sont capables de retracer les cellules cancéreuses, peu importe où elles sont, et de les détruire toutes, jusqu\u2019à la dernière.» ont tous un nom, un visage, une histoire.Comme ce père de famille à l\u2019air résigné, auquel on injectera des lymphocytes génétiquement modifiés pour tenter de freiner le glioblastome qui envahit son cerveau.Un monstre contre lequel il se bat depuis trois ans : on l\u2019a excisé, irradié et empoisonné.Chaque fois, il est revenu en force.On ne peut plus rien faire pour cet homme.À part peut-être quelque chose qu\u2019on n\u2019a jamais fait pour quiconque.Alors il faut y aller prudemment, en lui injectant une très faible dose de lymphocytes.«Le procédé s\u2019appelle escalade de dose», me souffle à l\u2019oreille Simon Turcotte au moment où nous entrons dans la chambre du patient.On ne sait pas encore à partir de quelle quantité de cellules injectées la toxicité supplante les bénéfices de ce genre de traitement.Il faut donc commencer avec une dose infime, parfois aussi peu que un million de lymphocytes.«Quand on sait qu\u2019on a naturellement un million de lymphocytes par millilitre de sang, les chances que ça fonctionne sont ridiculement minces pour le patient numéro 1.Ça prend quelqu\u2019un d\u2019altruiste, qui le fait pour la science.» On augmente ensuite graduellement la dose, au moins à deux semaines d\u2019intervalle pour limiter l\u2019ampleur des dommages collatéraux.Mais on espère toujours secrètement le miracle; lequel, la grande majorité du temps, ne se produit pas.Car les résultats spectaculaires obtenus dans le traitement du mélanome métastatique sont loin d\u2019être la norme.Steven Rosenberg le dit crûment: «La plupart du temps, ça ne fonctionne pas.Et le patient meurt.» Impossible d\u2019éluder la question : du patient ou du chercheur qui publiera les résultats dans une prestigieuse revue scien - tifique, lequel profite le plus de ces traitements expérimentaux?«La seule raison d\u2019être de notre groupe de recherche est le développement de la médecine de demain, pas la pratique de la médecine d\u2019aujourd\u2019hui.Nous n\u2019offrons donc aucun traitement de routine», dit Steven Rosenberg, comme s\u2019il savait lire dans les pensées.Mais il y a ceux qui, tout en étant prêts à briser la routine, ne veulent pas être les premiers à tenter une thérapie expérimentale.Comme cet homme de 46 ans atteint d\u2019un mélanome métastatique, qui préférerait un autre protocole à celui qu\u2019on lui propose, jamais essayé sur qui que ce soit.S\u2019il avait pu se rendre là, Clément, lui, aurait dit oui à n\u2019importe quoi, pour avoir une chance, même infime, de vivre encore juste un peu.Et que, peut-être, on dise de lui, lors d\u2019un immunotherapy meeting, qu\u2019il est officially a CR \u2013 un complete response.Comme le héros du jour, un autre patient dont les métastases ont disparu.À l\u2019annonce de sa rémission, l\u2019équipe laisse éclater sa joie.Les applaudissements fusent et, pendant un trop bref instant, la gravité habituelle de la réunion laisse place à l\u2019euphorie.om et Kari Whitehead se sont eux aussi demandé s\u2019ils voulaient que leur fille soit la «première».Après deux rechutes d\u2019une leucémie particulièrement tenace, Emily, six ans, voyait ses chances de survie réduites à néant.Les mots tant redoutés ont été prononcés en mars 2012: «Nous ne pouvons plus rien pour elle.» Leur Maryland à eux se trouvait à Philadelphie, à moins de quatre heures de route de Philipsburg, en Pennsylvanie.Une paisible bourgade de 2 770 habitants où ils vivaient une existence sans histoire entre la maison, le travail, l\u2019église et le Country Club, jusqu\u2019au soir où Kari a compté 21 bleus sur le corps de sa petite, alors âgée de 5 ans.«À partir de ce moment-là, je n\u2019ai jamais cessé de m\u2019inquiéter.» Pour les saignements de nez, de gencives, le mal de genoux, de jambes, de tout le corps, la surdose de morphine, les chimios, l\u2019infection, la crainte de l\u2019amputation, les rechutes, etc.Mais l\u2019inquiétude a parfois du bon; en multipliant ses recherches sur Internet, Kari découvrait des options dont jamais ses oncologues ne lui avaient parlé.«Pour plusieurs d\u2019entre eux, se souvient son mari, notre fille n\u2019allait être qu\u2019un cobaye si nous empruntions la voie des traitements expérimentaux.On allait tout au mieux nous offrir un essai clinique de phase 1, ne servant qu\u2019à établir un dosage optimal, et non à soigner Emily.» Philadelphie, la grande ville.Un contraste saisissant avec Phil- lipsburg.Du côté est de la rivière Schuylkill, qui coupe la cité en deux, se dresse le Children\u2019s Hospital of Philadelphia et sa spectaculaire façade vitrée, au cœur d\u2019un imposant complexe médical qu\u2019un cortège de grues s\u2019affaire à rendre encore plus impressionnant.32 Québec Science | Octobre 2014 cobayes et super-hÉros « La seule raison d\u2019être de notre groupe de recherche est le développement de la médecine de demain, pas la pratique de la médecine d\u2019aujourd\u2019hui.Nous n\u2019offrons donc aucun traitement de routine », dit Steven Rosenberg.Emily Whitehead et le docteur Stephen Grupp.Après deux leucémies, les médecins ne croyaient plus pouvoir venir à bout de son cancer.P H O T O S : 1 - 2 C H I L D R E N \u2019 S H O S P I T A L O F P H I L A D E L P H I A - 3 M A R I E - P I E R E L I E T Quand il déambule dans les couloirs de l\u2019hôpital, StephenGrupp en impose lui aussi, avec son dos légèrement voûté et son air de gentil géant moustachu.Le directeur de la recherche translationnelle \u2013 qui fait le pont entre la recherche fondamentale et la pratique clinique \u2013 en cancer pédiatrique se souvient encore du jour où il a rencontré les Whitehead pour leur parler de ce traitement encore jamais administré contre la leucémie lymphoblastique aigüe dont Emily souffrait.«J\u2019ai été très clair, explique-t-il.Nous ne savions à peu près rien.Nous avions traité trois adultes atteints d\u2019une autre forme de leucémie, dont deux étaient en rémission.Elle allait être la première enfant que nous allions traiter, mais il faut toujours un patient numéro 1.» Le traitement, pour l\u2019instant, n\u2019était mis à l\u2019essai que pour en tester l\u2019innocuité.Le fameux essai de phase 1 dont on avait parlé aux Whitehead.Là encore, on met à profit le pouvoir destructeur des lymphocytes.Mais pour pallier leur difficulté à reconnaître les cellules cancéreuses, on les transforme en chimères, des créatures composites qui auront à la fois la puissance meurtrière d\u2019un lymphocyte et le pouvoir de reconnaissance d\u2019un anticorps \u2013 un type de protéine qui a la structure parfaite pour s\u2019accrocher à une autre protéine, dans ce cas-ci la CD19, qu\u2019on trouve très souvent à la surface des cellules responsables de la leucémie.«Bref, on force les lymphocytes T à reconnaître le cancer», résume Stephen Grupp.Pour cela, il faut les modifier génétiquement, c\u2019est-à-dire leur implanter un tout petit bout d\u2019ADN qui déclenchera la production de cet anticorps.Et quoi de mieux qu\u2019un virus pour insérer du matériel génétique étranger dans un lymphocyte, puisque c\u2019est exactement ce qu\u2019il fait lorsqu\u2019il l\u2019infecte.L\u2019un des virus les plus efficaces pour s\u2019acquitter de cette tâche est aussi l\u2019un des plus redoutables : le VIH qui provoque le sida justement à cause de la facilité avec laquelle il insère son matériel génétique dans les cellules pour mieux se reproduire.Stephen Grupp s\u2019est fait rassurant en expliquant à Tom et Kari Whitehead qu\u2019on utiliserait une forme atténuée du VIH pour transformer les lymphocytes de leur fille en ces formidables chimères qui lui sauveraient peut-être la vie.«Il nous a garanti qu\u2019il était impossible qu\u2019elle attrape le VIH, qu\u2019il utilisait le virus seulement pour entraîner les lymphocytes», raconte Tom Whitehead.«C\u2019est en effet l\u2019une des premières choses que je leur ai dites : le virus est affaibli, il ne peut se répliquer.Tout ce qu\u2019on préserve de lui, c\u2019est sa facilité à mettre un gène dans une cellule», précise Stephen Grupp.Le 6 mars 2012, dans la chambre numéro 5 de l\u2019hôpital pour enfants de Philadelphie, on a percé la veine jugulaire d\u2019Emily pour y insérer un tube et prélever les futurs super-lymphocytes à même son sang.Leur camp d\u2019entraînement a ensuite duré six semaines.Un mois et demi pendant lequel elle n\u2019a pu quitter sa chambre.Le cocktail de clofarabine, étoposide et cyclophos- phamide qu\u2019on lui avait administré en dernier recours, ultime espoir de rémission avant de passer en mode expérimental, avait complètement anéanti ses défenses immunitaires, ce qui a eu l\u2019avantage de laisser le champ libre aux chimères.«Un simple rhume aurait pu la tuer.On retenait notre souffle», se souvient sa mère.Puis, le 17 avril, un premier bataillon de lymphocytes, soit 10% de la dose totale à recevoir, s\u2019engouffrait dans ses veines.Le lendemain, 30%.Le surlendemain, les 60% restants.C\u2019est à ce moment que les choses ont mal tourné.Tom Whitehead voudrait pouvoir oublier ces images insupportables.«Douze personnes qui coupent, qui percent, qui insèrent des tubes dans l\u2019artère fémorale, dans la jugulaire, partout sur le corps de ma petite fille.» Du délire aux hallucinations, du masque à oxygène qu\u2019elle tentait d\u2019arracher au ventilateur qui forçait l\u2019air à entrer dans ses poumons pleins d\u2019eau, Emily Whitehead, maintenant dans le coma, expérimentait, aux premières loges, la puissance dévastatrice des défenses immunitaires humaines.«On ne peut être plus malade que ça», résume Stephen Grupp.«Elle était méconnaissable avec sa tête au moins 50% plus grosse que la normale, poursuit son père, les yeux humides.Dix-sept intraveineuses lui injectaient les médicaments nécessaires pour compenser sa pression Octobre 2014 | Québec Science 33 Le Children\u2019s Hospital of Philadelphia et sa spectaculaire façade vitrée.C\u2019est là que les parents d\u2019Emily, Tom et Kari, l\u2019ont fait soigner.avec succès! 34 Québec Science | Octobre 2014 out est prêt.Hottes flambant neuves, centrifugeuses, cuves cryogéniques, appareils de séparation immunomagnétique et autres rutilants bidules aux noms impossibles à retenir.Au fond du dédale de salles blanches où on respire de l\u2019air plus pur que pur \u2013 il est renouvelé 60 fois par heure pour éviter toute contamination \u2013, on a même prévu, derrière des portes rouges, un espace spécifiquement réservé à la manipulation des fameux virus inactivés qui décuplent le pouvoir destructeur des lymphocytes.Vraiment, il y a là tout ce qu\u2019il faut pour identifier les bons soldats, les isoler et les multiplier.Et le chirurgien chercheur Simon Turcotte compte bien utiliser à court terme ces installations du Centre d\u2019excellence en thérapie cellulaire de l\u2019Hôpital Maisonneuve- Rosemont pour mettre en place, ici au Québec, des traitements d\u2019immunothérapie semblables à ceux du National Cancer Institute (NCI).«Il faut que les gens comprennent que, dans la lutte contre le cancer, l\u2019approche qui donne des résultats prometteurs, c\u2019est l\u2019immunothérapie.Est- ce qu\u2019on va continuer à envoyer les patients qui pourraient en bénéficier aux États-Unis?Non! On a toute l\u2019expertise pour les traiter ici!» Mais pour l\u2019instant, la plupart des patients qui tentent l\u2019aventure le font aux États-Unis.Ce fut le cas de Katia Pitre, une jeune policière de Québec, âgée de 29 ans, atteinte d\u2019un cancer ovarien des plus agressifs qui touche généralement des femmes beaucoup plus âgées.Il ne restait que deux places dans l\u2019essai clinique qui pouvait la sauver, au Minnesota.Deux places.et trois patientes en lice.Lorsqu\u2019elle s\u2019est rendue là-bas, à ses frais, on a été très clair : elle avait deux semaines pour payer l\u2019acompte de 236 000 $ qui lui garantirait sa place.«En règle générale, la portion expérimentale des coûts de ces traitements, c\u2019est-à-dire la culture des cellules, leur injection et tous les tests associés, est couverte par les budgets de recherche, mais l\u2019hospitalisation et les soins de routine doivent être payés par le patient», explique-t-elle moins d\u2019une semaine après avoir reçu la transfusion de lymphocytes NK (Natural Killers) provenant de sa mère \u2013 impitoyables tueurs sur lesquels tous ses espoirs reposent dorénavant.Car grâce à une campagne de financement qu\u2019elle a lancée dans les médias, elle a bel et bien réussi à amasser 312 000 $.«C\u2019est la somme qui correspond à leur estimation initiale, mais je n\u2019ai pas encore reçu la facture finale.» Même dans un contexte où les frais d\u2019hospitalisation sont moins exorbitants que chez nos voisins du sud, la facture risque d\u2019être salée.« Ça va coûter peut-être autour de 200 000 $ le traitement», admet d\u2019emblée l\u2019hématologue Jean-Sébastien Delisle, quand on lui demande à combien se chiffrerait au Québec une importation du traitement qui a sauvé Emily Whitehead.Mais celui qui mène également plusieurs recherches en immunologie-oncologie à l\u2019Hôpital Maisonneuve-Rosemont et à l\u2019Institut de recherche en immunologie et cancérologie (IRIC) considère tout de même qu\u2019il pourrait s\u2019agir d\u2019une aubaine.«On prescrit régulièrement des traitements contre le cancer à 300 000 $ par année, qui prolongent la survie de seulement quelques mois.» Selon lui, si l\u2019immunothérapie fait ses preuves et amène plusieurs autres rémissions complètes à long terme, oui, le Québec a les moyens de se la payer.«Au-delà du simple gain humanitaire, c\u2019est rentable sur le plan strictement économique.Un enfant guéri va mener une vie quasi normale, contribuer à la société, payer ses impôts.À l\u2019âge adulte, chaque année de vie sauvée rapportera 50 000 $ à l\u2019État.Donc, 200 000 $, ce n\u2019est rien si on donne 20 années de vie productive à quelqu\u2019un.» Jean-Sébastien Delisle anticipe par contre déjà un casse-tête lorsque viendra le temps de délier les cordons de la bourse.D\u2019un côté, la Régie de l\u2019assurance maladie du Québec (RAMQ), qui finance les traitements éprouvés et approuvés.De l\u2019autre, les fonds de recherche qui financent les traitements expérimentaux.«Du côté expérimental, on va se faire dire qu\u2019on ne fait qu\u2019importer un traitement qui existe déjà ailleurs, donc pas assez novateur pour être financé par la recherche.Au ministère de la Santé, on nous dira par contre que ça n\u2019a pas encore fait ses preuves, que c\u2019est beaucoup trop expérimental pour être financé par le système.» Pour l\u2019instant, les machines du Centre de thérapie cellulaire servent surtout à l\u2019entreposage et à la manipulation de cellules utilisées pour l\u2019une des plus anciennes formes d\u2019immunothérapie, la greffe de moelle osseuse, où on anéantit un système immunitaire défaillant pour le remplacer par celui d\u2019un donneur.Mais comme ils l\u2019ont jadis fait pour cette dernière, Simon Turcotte espère que les décideurs feront rapidement du transfert adoptif de lymphocytes un traitement standard : «Il n\u2019y a pas eu d\u2019étude clinique de phase 3 avant que la RAMQ décide de rembourser les greffes de moelle osseuse pour les leucémiques, pourtant encore plus coûteuses que le transfert adoptif.Ils l\u2019ont fait parce que ça allait de soi, parce qu\u2019elles sauvent des vies, comme le transfert adoptif.Oui, on parle de 100 000 $ à 200 000 $, selon le contexte, mais si ça fonctionne, c\u2019est un one shot deal: tu réponds au traitement, tu es guéri!» t bientôt le Québec ?cobayes et super-hÉros Le Québec a l\u2019expertise pour traiter des patients en immunothérapie.Mais doit-on considérer cela comme un procédé expérimental?Katia Pitre et son médecin le docteur Paul Bessette.La patiente a dû amasser plus de 300000$ pour pouvoir payer ses traitements d\u2019immunothérapie.G R A C I E U S E T É sanguine presque inexistante.Ses reins ne filtraient plus rien.» Malgré les stéroïdes, les prières, la douce musique que sa mère jouait pour elle, son état a continué à se détériorer.Les médecins ont alors dit qu\u2019Emily ne passerait pas la deuxième nuit.Les membres de la famille sont venus lui faire leurs adieux.dieux paradoxe, chaque patient qui meurt après avoir participé à un essai clinique, à l\u2019hôpital pour enfants de Philadelphie, au NCI ou ailleurs, peut accéder à une forme de vie éternelle, à travers les cellules qui ont eu raison de lui.«C\u2019est une des propriétés de la cellule cancéreuse que d\u2019être immortelle, c\u2019est-à-dire de pouvoir se multiplier de façon illimitée», m\u2019avait révélé Simon Turcotte, alors qu\u2019il tenait entre ses mains un contenant rempli des descendantes d\u2019une métastase d\u2019un cancer du côlon qui avait fini par emporter une de ses patientes, en août 2011.Et ces cellules cancéreuses continuaient à proliférer, bien après être venues à bout d\u2019une Québécoise qui espérait qu\u2019à défaut de survivre, elle pourrait aider à faire avancer la science.Nous savons finalement bien peu de choses sur les interactions entre le système immunitaire et le cancer, par rapport à tout ce qu\u2019il reste à découvrir.«En établissant des lignées de cellules cancéreuses in vitro, comme celle de cette patiente, on peut faire des essais de reconnaissance très sophistiqués qui nous aideront peut-être un jour à comprendre exactement comment le système immunitaire reconnaît et attaque le cancer.ou se fait berner par lui», conclut Simon Turcotte.Les cellules cancéreuses d\u2019Emily Whitehead, précieusement préservées dans les laboratoires de l\u2019hôpital pour enfants de Philadelphie, apporteront ainsi peut-être un jour la guérison à d\u2019autres patients, en offrant des réponses aux questions de ceux qui les soignent.«Nous avons des souris dépourvues de système immunitaire, auxquelles nous pouvons donner la leucémie d\u2019Emily, ainsi que ses lymphocytes T, afin d\u2019étudier leurs interactions et mieux comprendre pourquoi le traitement fonctionne chez les uns et pas chez les autres», explique Stephen Grupp.«Le cancer d\u2019Emily est toujours vivant !» résume avec un troublant mélange de fierté et de dégoût Tom Whitehead.Emily aussi.Contre toute attente, elle a survécu à cette fameuse nuit qui devait être la dernière.Les médecins ont maîtrisé sa fulgurante réaction au traitement grâce à un médicament contre l\u2019arthrite ayant la particularité de cibler l\u2019interleukine-6, une protéine inflammatoire qui s\u2019était emballée pour déclencher la tempête immunitaire dans son corps.Elle a ouvert les yeux pour la première fois le 2 mai, jour de son septième anniversaire.Quatre semaines plus tard, le pathologiste téléphonait à Stephen Grupp, qui appelait à son tour Tom Whitehead : Emily était cancer free! Depuis, 21 autres enfants atteints de la même maladie ont reçu le même traitement, et, aux dernières nouvelles, 14 d\u2019entre eux sont toujours en rémission.Leurs photos s\u2019ajouteront peut-être un jour, sur le mur d\u2019un couloir du Children\u2019s Hospital of Philadelphia, à celles de Meghan, Stefan, Sarah et les autres petits survivants qui fixent les passants de leurs yeux victorieux.Mais pour une Meghan, un Stefan, une Sarah, combien mourront peu de temps après avoir reçu la crème de la crème des traitements?Comme Avrey, atteinte de la même forme de leucémie qu\u2019Emily.La petite a pourtant reçu le même type de cellules qu\u2019Emily, administrées par les mêmes médecins, dans le même hôpital.Et, comme Emily, elle a été déclarée cancer free.Mais elle a rechuté moins de deux mois plus tard.Nouvelles doses de super-lymphocytes, échec.Elle est morte, le 26 octobre 2013, après avoir souffert comme jamais un enfant ne devrait souffrir.Et combien, comme Clément, n\u2019auront pas le temps de se rendre au premier traitement?Combien n\u2019en entendront même jamais parler?«Pour l\u2019instant, ces thérapies émergentes ne font pas encore partie de la culture médicale», se désole Simon Turcotte.Tout comme les premiers oncologues ayant soigné Emily Whitehead n\u2019avaient jamais mentionné à ses parents que d\u2019autres options s\u2019offraient à eux, le spécialiste qui a annoncé à Clément Sauvé qu\u2019il allait mourir ne lui a jamais parlé de ces traitements expérimentaux qui auraient pu lui sauver la vie.Anéanti, Clément avait néanmoins refusé la condamnation et consulté un second oncologue qui, lui, avait bien voulu l\u2019appuyer dans ses démarches et cultiver l\u2019«espoir Maryland».C\u2019est la triste réalité : pour accéder à de tels soins expérimentaux, il faut avoir un médecin à l\u2019affût des dernières percées, ou naviguer du mieux qu\u2019on peut parmi les 173 000 essais cliniques répertoriés au www.cli- nicaltrials.gov.«Il y a, aujourd\u2019hui même, un enfant qui ne se fait pas offrir cette option pouvant le sauver», dit Susan Rheingold, la première oncologue de l\u2019hôpital pour enfants de Philadelphie, à laquelle les parents d\u2019Emily ont demandé une seconde opinion.Elle admet du même souffle avoir reçu quelques demandes de Canadiens.En ajoutant: «On aimerait que votre gouvernement rembourse ce genre de traitement car, le plus souvent, les patients sont incapables de payer, et nous ne pouvons aller de l\u2019avant.» Heureusement, les parents d\u2019Emily Whitehead avaient des assurances, et la communauté de Philipsburg a multiplié les collectes de fonds pour celle qui est maintenant la vedette locale.Au restaurant, au bed and breakfast, à la station-service, tout le monde connaît Emily, se souvient de son combat épique et se réjouit qu\u2019elle soit vivante.Vivante, il n\u2019y a pas d\u2019autre mot pour la décrire, en cette journée ensoleillée du mois d\u2019août, alors qu\u2019elle court avec son chien Lucy dans la forêt ou nourrit les truites de la rivière qui coule tout près du chalet familial.Oui, ses parents devront lui injecter des immunoglobulines dans le ventre avec une gigantesque seringue, ce soir comme tous les dimanches, pour la protéger contre les infections : ses super-lymphocytes, toujours bien présents dans son sang, ont le vilain défaut de s\u2019attaquer aussi à des globules blancs sains, porteurs, comme les cellules problématiques, du fameux récepteur CD19.Mais elle en a vu d\u2019autres! Chaque fois qu\u2019on lui pose une question liée de près ou de loin à son cancer, sa réponse se résume toutefois à ceci : «Meepmop!» «C\u2019est le code secret qu\u2019elle utilise quand elle n\u2019a pas envie de répondre», précise sa mère.Et je finis par mettre le calepin de côté pour courir avec Emily, capturer des chenilles poilues, respirer, seulement respirer, et nier l\u2019existence même de cette ignoble maladie, le temps d\u2019un après-midi.Mais en vérité, pour une Emily pleine de vie, il y a encore beaucoup trop de Clément.La fin heureuse, il y a pourtant cru.jusqu'à la fin.Jusqu'à ce triste soir de février où il a compris en silence qu'il n'irait jamais au Maryland.?QS Le reportage a été rendu possible avec le soutien de l\u2019Institut de recherche en santé du Canada.Octobre 2014 | Québec Science 35 O « Pour l\u2019instant, ces thérapies émergentes ne font pas encore partie de la culture médicale.» athalie Denault attend des fleurs.Et pas qu\u2019un peu : elle veut voir éclore ses 6 250 douzaines de Crocus sativus dans son champ de Saint-Élie-de-Caxton.Mais elle ne prendra pas trop de temps à les contempler; elle a 24 heures pour les cueillir toutes.Ces fleurs d\u2019une grande délicatesse sont aussi extrêmement précieuses, puis - qu\u2019elles cachent une épice plus chère que l\u2019or, le safran.L\u2019entreprise de Nathalie Denault, Pur safran, est la première à oser cultiver et commercialiser la plante au Québec.Produit en Iran, au Cachemire, en Espagne et en Inde, Crocus sativus peut très bien résister à l\u2019hiver québécois, pense-t-elle.« Il a besoin du froid pour fleurir.Même l\u2019hiver, sous plus de 1 m de neige, la tige, toujours verte, continue de pousser.Je ne vois pas pourquoi on l\u2019importe d\u2019Espagne ou d\u2019ailleurs, alors qu\u2019on peut très bien en produire ici.» C\u2019est en 2011 que l\u2019agricultrice plante les premiers bulbes \u2013 plus précisément les cormes \u2013 de Crocus sativus.Importés de France, ils se sont acclimatés aux hivers de Lanaudière, depuis.« Ça fonctionne très bien, poursuit l\u2019audacieuse agricultrice.La neige les protège.Sur 50 000 bulbes, je n\u2019en ai perdu que 3, l\u2019an dernier!» La plante, vivace, a un cycle de floraison inversé; elle est donc en dormance tout l\u2019été.Ses feuilles prennent alors l\u2019allure du foin jauni et desséché.Le bulbe se réveille à la fin du mois d\u2019août et le crocus fleurit à l\u2019automne.Puis le froid déclenche l\u2019éclosion.La partie du Crocus sativus que convoitent les gourmets, c\u2019est l\u2019ensemble des trois stigmates contenus dans le pistil.« Il s\u2019agit d\u2019un organe sexuel extrêmement sophistiqué, explique Anja Geitmann, cher cheuse à l\u2019Institut de recherche en biologie végétale associé à l\u2019Université de Mont - réal.Il est notamment capable de rejeter le pollen qui vient de la même fleur.» Particularité, ce crocus ne produit pas de graines et il ne pousse pas à l\u2019état sauvage.Il a donc absolument besoin de mains attentionnées pour se reproduire.Année après année, les bulbes laissent de 4 à 10 clones qui permettent à l\u2019espèce de se perpétuer.«Le bulbe est en fait un ensemble de feuilles qui poussent sous terre et servent à stocker des nutriments pour la plante, explique Mme Geitmann.36 Québec Science | Octobre 2014 le dÉlice des jardins Du safran au pays des lutins Qu\u2019ont en commun Les mille et une nuits et le légendaire Saint-Élie-de-Caxton?Le safran! Voilà qu\u2019on cultive maintenant au pays de Fred Pellerin cette épice exotique, plus convoitée que l\u2019or.Par Simon Coutu N P O W E R A N D S Y R E D / S P L ' yr Ny ~~.ng \u2014\u2014 see\u201d Lk À 5.TN al Fe \u2014\u2014 En - - ap *.Bw #, \u201c> es \u2014Ë a a LY F2 PES oF ar SEL Te, fe\u201d +¥ ~~ ; \u201c Bt CERT 4j N N >, : PN - #5 mp = Pal a {2 op.pe NaN as \u2014e = LN me =~ $.RX, rd ~ | \u2014< -\u2014\u2014 Te /A N AN oF J 3» aes AD en N, Sur le Web Suivez la récolte de safran, prévue au début de l'automne à Saint- Élie-de-Caxton.Le vidéo-reportage de Simon Coutu y sera diffusé à partir de la mi-octobre.Les bulbes de Crocus sativus P H O T O S : S I M O N C O U T U Le plaisir d\u2019explorer, le besoin de comprendre ABONNEZ-VOUS À QUÉBEC SCIENCE ! quebecscience.qc.ca/abonnez-vous PROCUREZ-VOUS ÉGALEMENT les autres magazines publiés par Vélo Québec Éditions 34% DE RÉDUCTION * * * 41% DE RÉDUCTION 1 AN : 35 $ | 2 ANS : 63 $ | 3 ANS : 86 $ * Prix avant taxes Aussi disponible en édition numérique 46% DE RÉDUCTION Le fer et le fe L\u2019EUROPE EST EN GUERRE.LA FAUCHEUSE EST ZÉLÉE ET SANS PITIÉ; LES COMBATS ONT FAIT DES CENTAINES DE MILLIERS DE VICTIMES.AUSSI L\u2019ESSAI DE NOUVELLES ARMES.ET LES SOLDATS CANADIENS Par Raymond Lemieux 40 Québec Science | Octobre 2014 2e PARTIE DE 4 1418 la grande guerre 1915: la Grande Guerre, commencée l\u2019année précédente, s\u2019est enlisée.Et pour nourrir la bête, l\u2019industrie ne cesse d\u2019accroître sa production d\u2019armes, de munitions et de matériel.Les batailles n\u2019en seront que plus sanglantes.L'artiste et soldat Daniel Sherrin a peint cette œuvre pendant qu\u2019il était hospitalisé à Londres.En septembre 1916, il a participé à la bataille de Flers-Courcelette, en France, alors que des chars d\u2019assaut ont été utilisés pour la première fois. feu ; EN QUELQUES MOIS SEULEMENT, .COMME SI ÇA NE SUFFISAIT PAS, ON FAIT S SERONT EN PREMIÈRE LIGNE.e 22 avril 1915, un étrange nuage verdâtre surgit dans le ciel au nord d\u2019Ypres, une petite ville de Belgique en pays flamand.Des cylindres, installés par les artilleurs de l\u2019armée allemande, viennent de libérer plus de 170 tonnes de dichlore (du chlore à l\u2019état gazeux), une substance toxique mortelle.Il est 17 h; la chimie vient d\u2019entrer en guerre.Les soldats français \u2013 des troupes coloniales de la Martinique et d\u2019Algérie \u2013, premiers visés, sont désemparés.Ils toussent, suffoquent, vomissent et fuient afin de pouvoir respirer.L\u2019attaque ouvre une brèche de 6 km.Énorme.Même les Allemands sont surpris de leur succès : «Ils n\u2019y étaient pas assez préparés.Ils n\u2019ont pas vraiment pu profiter de la percée qu\u2019ils venaient de réussir», note Carl Bouchard, professeur d\u2019histoire à l\u2019Université de Montréal et spécialiste de la guerre 1914-1918.Ce sont des bataillons canadiens, le 48e Highlanders et le Royal Winnipeg Rifles, campés dans des positions latérales, qui interviennent pour refermer la brèche.«Ce fut le premier grand engagement des troupes canadiennes sur la ligne de front», rappelle Michel L\u2019Italien, directeur des musées du ministère de la Défense nationale.L\u2019usage de l\u2019arme chimique donne alors une allure encore plus tragique à la guerre.C\u2019est le chimiste Fritz Haber qui a réussi à convaincre les généraux d\u2019utiliser ce moyen qu\u2019il estime\u2026 économique.Très écouté, il est une vedette en Allemagne.Ses travaux sur la fixation de l\u2019azote ont ouvert la voie aux engrais chimiques agricoles et à la production d\u2019explosifs; ils Octobre 2014 | Québec Science 41 L C O L L E C T I O N B E A V E R B R O O K D \u2019 A R T M I L I T A I R E ; M U S É E C A N A D I E N D E L A G U E R R E lui vaudront le prix Nobel en 1918.Comble de l\u2019ironie, ce savant mettra aussi au point le Zy- klon B, ce gaz mortel qui sera, plus tard, employé dans les camps de concentration nazis.Juif, Haber devra s\u2019exiler vers la Suisse en 1934.Quelques mois avant la première attaque, les armées du kaiser avaient déjà expérimenté cette chimie du diable.Rien de bien terrible, au début: des gaz sternutatoires avaient été répandus aux environs de Saint-Julien dans le nord de la France.Puis, pendant l\u2019hiver, à Bolimoff sur le front est, dans l\u2019actuelle Pologne, on avait lancé contre l\u2019armée russe du bromure de xylyle et de benzyle, toutefois rendus inefficaces par le froid intense.Mais en ce printemps 1915, près d\u2019Ypres, l\u2019initiative est un succès.«Elle déclenche alors une course aux armements chimiques, relate Carl Bouchard.Il faut encore trouver le gaz parfait : celui que l\u2019on peut bien contrôler, car un des problèmes que pose le largage des gaz, c\u2019est la diffusion qui est fonction des vents et de la météo.On cherche donc à mettre au point des composés plus lourds que l\u2019air, plus faciles à diriger vers les tranchées ennemies.Et puis, il faut aussi concevoir des mesures de protection, comme les masques.» Plus d\u2019une quarantaine d\u2019agents chimiques différents seront développés de part et d\u2019autre.Au total, on estime que 12 000 tonnes de gaz ont été employées au cours de cette guerre.C\u2019est le 12 juillet 1917 que la terreur chimique dépasse les bornes, à Ypres encore.Les artilleurs allemands tirent des obus marqués d\u2019une croix jaune contenant du sulfure de 2,2\u2019-dichlorodié- thyle, autrement nommé «gaz moutarde» à cause de son odeur.Cette substance pénètre insidieusement la peau et agit quelques heures après l\u2019exposition.C\u2019est le comble de l\u2019horreur.Elle sera utilisée à nouveau lors du conflit qui opposera l\u2019Irak et l\u2019Iran entre 1980 et 1988.Si les gaz sont l\u2019innovation militaire la plus représentative du rôle de la science lors de la Grande Guerre, c\u2019est davantage pour leur impact psychologique, estime Carl Bouchard.«Étonnamment, ces gaz n\u2019ont pas beaucoup tué pendant le conflit, dit-il.Les soldats apprenaient à s\u2019en protéger.Mais ils ont rendu la guerre plus 42 Québec Science | Octobre 2014 14-18 Le fer et le feu Le port du masque rendait la vie des militaires encore plus pénible.Comme ici, pendant la bataille de la Somme en 1916.LE MONDE S\u2019ENFLAMME Pour faire la lumière sur l\u2019assassinat de son archiduc François-Ferdinand, survenu le 28 juin 1914 à Sarajevo, l\u2019Autriche-Hongrie demande à pouvoir enquêter sur les lieux du crime.La Serbie refuse.Pas trop porté sur la diplomatie ou la négociation, l\u2019empire austro-hongrois voit dans ce geste une provocation et réplique en déclarant la guerre.Vienne bénéficie alors du soutien de l\u2019Allemagne.Nous sommes le 28 juillet.Le lendemain, Belgrade, la capitale serbe, est bombardée.La Russie, alliée de la Serbie, mobilise ses troupes.L\u2019Allemagne s\u2019en dit préoccupée, envoie un ultimatum à la France, alors alliée de la Russie.En quelques jours, les empires basculent dans une logique belliqueuse qui leur sera fatale.L\u2019Allemagne déclare la guerre à la Russie le 1er août et à la France le 3.L\u2019armée du kaiser \u2013 la plus puissante du monde \u2013 entre au Luxembourg puis attaque la Belgique.Le Royaume-Uni déclare la guerre à l\u2019Allemagne, le 4 août.Londres n\u2019a pas vraiment d\u2019armée, mais mise sur les volontaires qui viendront de tous ses dominions, incluant le Canada.Le Monténégro déclare la guerre à l\u2019Autriche-Hongrie (5 août).L\u2019Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Russie; et la Serbie à l\u2019Allemagne (toutes deux le 6 août), alors que la France proclame l\u2019état de guerre et ouvre les hostilités contre l\u2019Autriche-Hongrie (11 août).Le même jour, l\u2019Égypte s\u2019engage aussi contre les puissances centrales.Le Monténégro déclare la guerre à l\u2019Allemagne (13 août).Enfin, le Japon fait de même (23 août).Une funeste partie de Risk commence.L\u2019avancée des troupes allemandes est fulgurante.Les soldats du kaiser conquièrent la Belgique et se rendent, en France, jusqu\u2019aux rives de la Marne, une rivière qui coule à quelques dizaines de kilomètres de Paris.Les combats sont sanglants.Dans la seule journée du 22 août, 27 000 soldats sont tués.L\u2019armée allemande est néanmoins stoppée.On entreprend de creuser des tranchées sur tout le front ouest.À l\u2019est, les Russes prennent les devants et envahissent une partie de la Prusse-Orientale.Mais les Allemands les arrêtent près de Tannen- berg alors qu\u2019environ 92 000 soldats du tsar sont faits prisonniers.L\u2019offensive austro-hongroise, plus au sud, fait 450 000 morts.Le conflit a des répercussions jusqu\u2019en Afrique.La guerre touche les colonies allemandes (le Togo, le Cameroun et Zanzibar).Le Togo est 1914 1 562 jours de guerre, 10 mil I M P E R I A L W A R M U S E U M S M U S É E R O Y A L 2 2 e R É G I M E N T insoutenable encore.Ils ont terrifié tout lemonde.Déjà que les fantassins portaient tout un barda, ils ont en plus été obligés de s\u2019encombrer d\u2019un masque.Ça nuisait particulièrement aux artilleurs qui devaient viser en gardant leurs protections.» onstamment soumis aux bombardements, menacés par les gaz, terrés dans des tranchées boueuses, face à un no man\u2019s land hérissé de barbelés, les combattants vivent un cauchemar permanent.L\u2019ennemi est là, mais il est invisible.Il peut surgir à tout moment avec des armes aussi destructrices qu\u2019inconnues.Et les généraux doivent réviser cent fois leurs stratégies.Tirer?Mais où?On cherche surtout à repérer les batteries adverses.On apprend à scruter de mieux en mieux l\u2019horizon dévasté.L\u2019armée française mise sur la production de jumelles à prismes.Dans les usines parisiennes, les commandes affluent.La production passe de 1 500 jumelles par mois à 130 000! Un artisanat qui devient une industrie.On cherche surtout à repérer les batteries adverses.Les ingénieurs militaires utilisent aussi des méthodes propres à la physique acoustique.En écoutant le bruit du canon au départ du projectile et en localisant le bruit de l\u2019explosion sur Octobre 2014 | Québec Science 43 LES CHEVALIERS DU CIEL Cela faisait à peine 10 ans et des poussières qu\u2019avait eu lieu le premier vol contrôlé d\u2019un avion à moteur, le Wright Flyer! Un sport, l\u2019aéronautique?Les aéroplanes \u2013 biplans et monoplans \u2013 trouveront vite leur utilité auprès des militaires.D\u2019abord conçus pour la surveillance, ils vont être rapidement déployés pour mener des attaques.Les ingénieurs réussissent assez tôt à synchroniser les tirs de mitrailleuse en fonction du mouvement de l\u2019hélice.C\u2019est un appareil néerlandais, le Fokker, rebaptisé Eindecker et modifié par les Allemands, qui sera le premier véritable avion de chasse.En juillet 1915, il sème la terreur en volant en rase-mottes au-dessus des tranchées pour mitrailler les soldats.Quelques mois plus tard, les Britanniques mettront au point un appareil semblable qui servira aussi à abattre les ballons d\u2019observation et les zeppelins, ces dirigeables allemands qui peuvent voler jusqu\u2019à 2 000 m d\u2019altitude tout en parcourant un millier de kilomètres par jour.Les premières escadrilles seront déployées l\u2019année suivante.C\u2019est en 1914, avant même d\u2019avoir acquis un premier avion de chasse, que le Canada crée son armée de l\u2019air : le Canadian Aviation Corps qui disparaîtra cependant dès 1915.Ainsi, pendant le reste de la guerre, les aviateurs canadiens serviront au sein du Royal Flying Corps britannique.L\u2019Aviation royale du Canada ne verra officiellement le jour qu\u2019en 1924.En 1914, personne au Canada ne sait encore piloter un aéroplane.Ottawa ouvre donc une école, à Toronto, en mai 1915, la Curtiss Aviation School.Il faut croire que l\u2019enseignement y était efficace, puisque c\u2019est un Canadien, le pilote de chasse Roy Brown, qui abattra, le 21 avril 1918, le dangereux Manfred von Richthofen, alias le Baron rouge.Le repérage des batteries adverses était devenu essentiel dans la «guerre de position».Toutes sortes d\u2019engins ont été expérimentés pour y arriver, tels les ballons d\u2019observation.Celui-ci est allemand.rapidement pris par les forces françaises et anglaises (27 août).Comme si ce n\u2019était pas suffisant, on se bat dans l\u2019Atlantique Sud et dans le Pacifique, alors que l\u2019Australie attaque la Nouvelle-Guinée allemande (et obtient sa reddition).En Chine, la concession allemande de Qingdao cède devant l\u2019attaque japonaise, le 7 novembre.Les Britanni - ques investissent Chypre et dé ci dent de faire de l\u2019Égypte un protectorat.La guerre va s\u2019étendre en Arabie.En effet, le 28 octobre, après quelques mois de valse-hésitation, la Turquie entre en guerre aux côtés des puissances centrales.Le calife, dit «commandeur des croyants», lance un appel à la guerre sainte et invite les musulmans de Crimée, du Turkestan, de l\u2019Inde et de l\u2019Afghanistan à se soulever contre les pays de la Triple Entente que sont la France, le Royaume-Uni et la Russie.Devant l\u2019engrenage, la Suisse puis l\u2019Espagne proposent tour à tour que les États-Unis interviennent comme médiateur.Washington estime que cela est inopportun.Le 31 décembre, la Grande Guerre a déjà fait plus de 2 millions de morts.DE NOUVEAUX FRONTS Les troupes russes enregistrent plusieurs victoires mais, tout comme à l\u2019ouest, les soldats commencent à manquer de munitions.Les Britanniques tentent alors d\u2019ouvrir un nouveau front dans le détroit des Dardanelles.L\u2019idée est de conquérir ce passage \u2013 sous contrôle des Turcs \u2013 qui relie la mer Noire à la Méditerranée.Cela permettrait de ravitailler les usines russes qui manquent de matières premières pour fabriquer des obus et des balles.Le plan est un échec.Il se solde par 600 000 morts et blessés.Les Turcs en remettent et chassent les Arméniens de leur territoire en les accusant d\u2019être pro-russes.Forcés de s\u2019exiler, sans eau ni nourriture, la plupart ne survivront pas au voyage forcé vers la Russie.Sur le front ouest, dans le nord de la France, la guerre d\u2019usure n\u2019apporte de gains réels ni à l\u2019un ni à l\u2019autre des belligérants.On engage la bataille d\u2019Artois à laquelle participent les régiments canadiens.De nouvelles armes, tels les gaz de combat, sont déployées, tandis que les Allemands ont recours aux zeppelins pour bombarder le Royaume-Uni.Dans l\u2019Atlantique, en riposte au blocus maritime décidé par Londres 1915 illions de morts C E U R O P E A N A 44 Québec Science | Octobre 2014 LA PLUS PUISSANTE EXPLOSION CAUSÉE PAR L\u2019HOMME AVANT HIROSHIMA Parti de New York pour rejoindre un convoi qui allait traverser l\u2019Atlantique, le navire français Mont-Blanc s\u2019approche de Halifax, le 6 décembre 1917.Il est chargé de 2 400 tonnes de munitions.De son côté, un navire norvégien affrété par la Commission du secours belge, l\u2019Imo, pressé par le temps \u2013 il doit récupérer du ravitaillement à New York \u2013, se hâte de sortir du bassin.Erreur de manœuvre?Toujours est-il que ce qui ne devait pas arriver arrive.L\u2019Imo frappe le Mont-Blanc qui prend feu.L\u2019équipage ne peut éteindre l\u2019incendie et le navire dérive.Le spectacle est saisissant, les Haligoniens se massent sur la rive pour ne rien manquer.Mais le vaisseau frappe une jetée.C\u2019est la catastrophe : il explose et est pulvérisé.Une énorme boule de feu s\u2019élève alors jusqu\u2019à 6 km dans le ciel.Une grande partie de Halifax est rasée, et 1 600 personnes meurent sur le coup.C\u2019est la plus puissante explosion provoquée par l\u2019homme avant le bombardement d\u2019Hiroshima.Signe de la puissance de la détonation, on a retrouvé l\u2019ancre du Mont-Blanc à 3,2 km de là.N Y S T A T E M I L I T A R Y M U S E U M / S P L contre Berlin, les U-Boots allemands quasi impossibles à repérer \u2013 le sonar n\u2019existe pas encore \u2013 sèment la terreur.L\u2019un d\u2019eux torpille, le 7 mai, le Lusitania, un paquebot britannique en provenance de New York.On dénombre près de 1 200 victimes dont plus d\u2019une centaine d\u2019Américains.Washington parle d\u2019un crime de guerre.Mais se garde de se mêler au conflit.D\u2019autres protagonistes s\u2019ajoutent à la liste des pays en guerre.L\u2019Italie, pourtant signataire de la Triple Alliance avec les Allemands et les Austro-Hongrois, prend le parti de la Russie, du Royaume-Uni et de la France.Les Allemands ont repris leurs attaques en Pologne, avec succès.Varsovie tombe le 5 août.En Afrique, ils perdent la Tanzanie.Sur le front des Balkans, à Salonique, la France, le Royaume-Uni et la Grèce massent des milliers de leurs combattants pour s\u2019opposer aux Turcs et aux Austro-Hongrois.Tandis que, au Proche-Orient, les soldats du Royaume-Uni marchent jusqu\u2019aux puits de pétrole perses de la Mésopotamie.L\u2019APOCALYPSE Une grande offensive est annoncée par les troupes anglaises et françaises, mais les Allemands les prennent de vitesse et attaquent la ville de Verdun, en Lorraine, en février 1916.C\u2019est un bombardement dantesque.Il dure huit mois.On estime qu\u2019il y est tombé un million d\u2019obus.L\u2019écrivain français Paul Valéry note qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019«une guerre tout entière insérée dans la Grande Guerre» .Le 1er juillet, les Britanniques, aidés par les Français, entreprennent la bataille de la Somme, à laquelle les Canadiens participent.Les combats 1916 l\u2019objectif, ils vont se faire une idée de la provenance des obus et orienter avec plus de justesse le tir de leurs canons.Mais cela est loin d\u2019être suffisant.La «guerre de position», comme disent les militaires, favorisera le développement de l\u2019aviation qui en est à ses balbutiements avec ses biplans monoplaces faits de bois.C\u2019est un général français, Pierre Auguste Roques, qui popularisera le mot «avion».Bien que très rudimentaires, ces engins seront d\u2019abord utilisés pour faire de la surveillance et de la photographie aérienne.«L\u2019observation est toujours importante.Perdre une colline qui offre une bonne vue sur un champ de bataille, ça peut vouloir dire perdre la guerre», dit Michel L\u2019Italien.C\u2019est ainsi que, dans le cadre d\u2019une offensive sans égal le long de la Somme, un fleuve qui traverse le nord de la France, le 22e bataillon d\u2019infanterie (canadien-français) \u2013 futur Royal 22e Régiment \u2013 reçoit la mission de prendre un petit village juché sur une colline : Courcelette.Sortir des tranchées?«Nous savons très bien que nous allons à la boucherie.La tâche paraît presque impossible avec si peu de préparations dans un pays que nous ne connaissons pas du tout», écrit, quelque temps avant l\u2019attaque du 15 septembre 1916, le commandant du bataillon, Thomas-Louis Tremblay.Les généraux déploient pour l\u2019occasion une nouvelle arme qui semble tout droit sortie d\u2019un album de science-fiction : le tank.«C\u2019est comme ça qu\u2019on le nomme, parce qu\u2019il ressemble à un immense réservoir, tank en anglais, monté sur des chenilles», explique Michel L\u2019Italien.Les chars \u2013 six Mark I britanniques \u2013 créent toute une surprise chez les Allemands.Il y a de quoi : ils tirent et leurs balles rebondissent sur les carapaces des blindés.Mais ces derniers sont peu fiables et se déplacent très lentement, à 4 km/h.En plus, ils s\u2019embourbent.N\u2019empêche, l\u2019invention est convaincante.Les stratèges comprennent vite que les chars d\u2019assaut permettraient des attaques combinées de l\u2019infanterie et de l\u2019artillerie.De fait, l\u2019année suivante, les Français en proposeront un modèle plus léger : le Renault FT-17.Ils en produiront près de 3 000, tandis que les Britanniques fabriqueront près de 1 600 Mark.Les Allemands créent aussi leur propre version des chars \u2013 les A7V \u2013, mais seulement une trentaine d\u2019exemplaires, lesquels seront très peu utilisés.e 18 novembre 1916, après deux mois et demi de luttes sanglantes, le régiment canadien francophone occupe toujours Courcelette face aux Allemands.Ce sera sa première véritable victoire dans cette guerre qui est loin d\u2019être terminée.Et c\u2019est encore dans le nord de la France que se livrera, l\u2019année suivante, un autre combat qui fera figure Un U-Boot allemand.La terreur des mers, au début du siècle.L LES CHARS D\u2019ASSAUT SURGISSENT En Allemagne, le A7V En France, le Renault FT-17 Au Royaume-Uni, le Mark I d\u2019exploit pour le Canada : la prise de la crête de Vimy.Encore un promontoire.«Prendre Vimy constituait une opération de diversion.On voulait attirer les Allemands dans cette région afin de permettre aux Français de concentrer leur offensive en Champagne, le long d\u2019une route appelée Chemin des Dames», explique Michel L\u2019Italien.Mais la tactique réussit plus ou moins.Car si la crête de Vimy est bel et bien prise \u2013 un gigantesque monument de pierre blanche y commémore aujourd\u2019hui cet épisode \u2013, les batailles de 1917 dans le nord de la France seront parmi les plus meurtrières de la Grande Guerre et entraîneront dans la mort près de 1 million de soldats en quatre mois.Peut-on aujourd\u2019hui imaginer la souffrance et le désespoir de ces soldats?D\u2019après Michel L\u2019Italien, on est dans l\u2019indicible : «Déjà, c\u2019était très difficile pour les survivants de témoigner de ces événements.D\u2019autant que, à l\u2019époque, il était impensable qu\u2019un soldat montre des émotions! Alors comment peut-on comprendre, 50 ans plus tard?Comment peut-on rendre compte avec justesse de ce qu\u2019ils ont vécu?» Y a-t-il des limites à vivre l\u2019horreur?À accepter de voir les monceaux de cadavres abandonnés sur les champs de bataille?Sans compter les millions de blessés, qu\u2019il faut soigner avec les moyens du bord! Il faudra repenser la médecine et la chirurgie.Ce qui permettra paradoxalement des progrès médicaux notables.?QS CARNETS DE GUERRE Arthur-Joseph Lapointe, le grand-père du comédien et sénateur Jean Lapointe, est l\u2019un des rares militaires canadiens a avoir laissé un témoignage écrit de ses années de guerre.Il relate ici les moments qui précèdent un assaut, le 27 juillet 1917.«La fumée des champs de bataille flotte sur la ville et je ne vois qu\u2019indistinctement.Quelque chose de mystérieux semble planer dans la brume.Est-ce la mort qui rôde et s\u2019apprête à faucher nos soldats?[.] Je me suis bien préparé à la mort et il me semble qu\u2019à ce moment je serais presque heureux de recevoir une balle en plein front.» Plus loin, il raconte : «[\u2026] Le sifflement d\u2019un projectile déchire l\u2019air et une terrible explosion vient secouer la tranchée.Un soldat est blessé à deux pas de moi.Un éclat d\u2019obus lui a brisé la jambe.\u201cEncore un qui aura la chance de ne pas participer à l\u2019attaque\u201d, dit quelqu\u2019un.» Tiré de Souvenirs et impressions de ma vie de soldat (1916-1919) , Éditions Édouard Garand.seront, là aussi, très violents et dureront cinq mois.Ces offensives emportent pas loin de 2 millions d\u2019hommes.Les Allemands avaient compris qu\u2019ils ne gagneraient pas la guerre en misant seulement sur les offensives terrestres.Ils accélèrent donc la production des redoutables U-Boots.C\u2019est le 31 mai que se déroule la plus importante bataille navale de la guerre, au large du Danemark.Elle se solde par la mort de 10 000 marins.À l\u2019est, la Russie remporte plusieurs victoires stratégiques contre les Turcs et lance une offensive contre l\u2019Autriche-Hongrie.En mai, ce dernier pays et l\u2019Italie s\u2019affrontent dans le Trentin.Cette région autrichienne deviendra italienne après la guerre.L\u2019escalade se poursuit sur le plan géopolitique.En Afrique, le Cameroun, dernière colonie africaine allemande, tombe aux mains des troupes anglaises et françaises (8 janvier).Le Portugal entre en guerre du côté des pays de l\u2019Entente (9 mars), le Siam emboîte le pas (20 juillet) et la Roumanie suit (27 août).Les troupes du kaiser envahissent Bucarest, la capitale roumaine, le 6 décembre.Entre-temps, les forces françaises, serbes et grecques lancent une offensive dans les Balkans contre les Austro-Hongrois.Ils sont ralentis par les soldats bulgares qui ont joint les puissances centrales.En Orient, la révolte arabe commence.Le chérif de La Mecque, Hussein ben Ali, défie l\u2019empire ottoman.Il est encouragé par l\u2019archéologue et espion appartenant à l\u2019armée britannique Thomas Lawrence, dit Lawrence d\u2019Arabie.(suite à la page 46) «Les soldats arrivaient à reconnaître le type d\u2019obus qui était tiré en écoutant le sifflement qu\u2019il produisait en traversant le ciel, raconte Michel L\u2019Italien.Les Britanniques leur donnaient le nom de \u201cwhizz-bang\u201d.Les plus terribles de tous, les shrapnels, projetaient vers le sol des billes qui pouvaient déchiqueter un soldat.sans nécessairement le tuer.» PROCHAINS ÉPISODES: 3 LA TERREUR ET LA NÉVROSE (déc.2014) 4 LE DÉNOUEMENT ET LA PAIX Octobre 2014 | Québec Science 45 L A M A I S O N J E A N L A P O I N T E L A P R E S S E C A N A D I E N N E 46 Québec Science | Octobre 2014 14-18 Le fer et le feu LES ÉTATS-UNIS ENTRENT EN SCÈNE Restés jusque-là en marge du conflit, les États-Unis décident de s\u2019engager à leur tour dans cette spirale meurtrière.Le prétexte?Une étrange missive envoyée le 16 janvier de Berlin à Mexico.Un télégramme, signé du ministre allemand des Affaires étrangères, Arthur Zimmerman, invite le Mexique à prendre les armes et à attaquer son voisin du Nord pour lui reprendre l\u2019Arizona et le Texas.C\u2019en est trop.Les États-Unis entrent en guerre le 6 avril.Cuba suit le lendemain tout comme le Brésil (10 avril), et comme l\u2019ensemble des pays de l\u2019Amérique du Sud (30 avril).La Chine se joint à eux (14 août).Washington promet des renforts aux armées britanniques et françaises sur le front ouest.Les premières troupes états-uniennes arrivent, alors que les armées sont engagées dans des luttes des plus sanglantes notamment à Passchen- daele, près d\u2019Ypres, ville martyre belge.C\u2019est à ce moment qu\u2019est utilisé le gaz moutarde, le plus terrible des gaz de combat.À plusieurs dizaines de kilomètres de là débute aussi la bataille de Vimy à laquelle participent les troupes canadiennes.Elle s\u2019inscrit dans une stratégie plus globale et constitue une sorte de diversion afin de favoriser une offensive française plus au sud, le long du Chemin des Dames.Les Arabes réussissent à chasser les Turcs des environs du canal de Suez et les refoulent jusqu\u2019en Palestine et en Mésopotamie.Ils s\u2019emparent de Bagdad (11 mars) et assiègent Gaza, en Palestine (26 mars).Les Anglais avancent l\u2019idée de créer, en Palestine, un État national pour le peuple juif.Sur mer, la guerre navale est à son paroxysme.À tel point qu\u2019un navire ne peut, en moyenne, traverser quatre fois l\u2019Atlantique sans être torpillé.Les sous-marins allemands envoient au fond de l\u2019eau l\u2019équivalent de 4 millions de tonnes de volume.Les Britanniques choisissent de regrouper leurs navires en convois.En Russie, la donne est bouleversée.Les soldats du tsar se sont mutinés et de nombreuses grèves sont déclenchées.Le 15 mars, Nicolas II abdique.Le pays devient une république.Le gouvernement provisoire ne fait pas long feu et il est renversé par les Bolcheviques.C\u2019est la Révolution russe.Le kaiser en profite pour imposer l\u2019armistice de Brest-Litovsk (15 décembre) avec la nouvelle Russie soviétique.Les généraux allemands peuvent ainsi concentrer leurs forces ailleurs.Mais leurs desseins obtiennent de moins en moins la faveur de la population qui est en proie à des pénuries alimentaires et qui se remettra bien mal de la steckrübenwinter, son hiver des navets\u2026 LE TOUT POUR LE TOUT Berlin masse près de 1 260 000 soldats sur le front ouest, soutenus par une concentration d\u2019artillerie sans précédent \u2013 100 canons par kilomètre.Ils sont appuyés par des troupes de choc munies de lance- flammes.Ils font face à 1 555 000 soldats.Les Allemands s\u2019approchent à 55 km de la capitale française en faisant 45 000 prisonniers.Ils sèment la terreur en employant un super-canon, baptisé la Grosse Bertha, qui peut tirer des obus jusqu\u2019à Paris.Toutefois, les choses ne vont pas si bien en Allemagne.Les récents succès militaires ne convainquent pas la population.Le gouvernement du kaiser fait face à des grèves à répétition.Les revendications des syndicats : la paix et la démocratie.La grogne s\u2019amplifie (dans les camps britannique, français et italien, aussi).Nouvellement engagés dans le conflit, les États-Uniens donnent le ton pour entreprendre une contre-offensive sur le front ouest en septembre.Elle réussit.Au sud, les Austro-Hongrois échouent à mener une offensive majeure contre l\u2019Italie.Les armées sont à bout de souffle.Le 3 novembre, l\u2019Italie et l\u2019Autriche-Hongrie signent un armistice.L\u2019empire ottoman venait tout juste de faire la même chose avec le Royaume-Uni, la France et leurs alliés.Démoralisé, le kaiser Guillaume II abdique.Puis, l\u2019Allemagne signe l\u2019armistice qui entre en vigueur à 11 heures le 11 novembre.Trois empires se sont effondrés, une chose impensable quelques années plus tôt.De nouveaux pays naissent: la Finlande, l\u2019Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Hongrie, la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie et l\u2019Irlande.Enfin la paix?La planète n\u2019est malheureusement pas au bout de ses peines, mais la faucheuse prend un autre visage.Celui d\u2019un virus de souche H1N1.Autrement appelé grippe espagnole.?QS 1918 1917 +Pour en savoir plus La Grande Guerre 1914-1918, Marc Ferro, Gallimard.Disponible en format poche dans la collection Folio Histoire.Souvenirs et impressions de ma vie de soldat (1916-1919), Arthur- Joseph Lapointe, Éditions Edouard Garand, 1930 et 1944.Écrire sa guerre.Témoignages de soldats canadiens-français (1914- 1919), Michel L\u2019Italien, Outremont, Athéna éditions, 2011.Nous étions des hommes, Frederic Manning, Phébus, 2004.Quasiment introuvable.On dit que c\u2019est l\u2019un des meilleurs romans sur la Grande Guerre.À visiter Musée canadien de la guerre, 1, Place Vimy, Ottawa.On y relate la participation des soldats canadiens à la Grande Guerre.Souvent émouvant.Tél.: 1 (800) 555-5621.Sur le Web : museedelaguerre.ca.Le Musée Royal 22e régiment, dans la Citadelle de Québec.Une exposition permanente, intitulée Je me souviens.Elle relate l\u2019histoire de ce régiment francophone depuis 1914 jusqu\u2019à la guerre en Afghanistan.Les visiteurs constatent facilement combien la vie militaire a changé en 50 ans.Tél.: (418) 694-2815.Sur le Web : lacitadelle.qc.ca.Historial de la Grande Guerre.Au château de Péronne, dans le département de la Somme, en France, où d\u2019âpres combats ont été livrés.Ce musée prévoit nombre d\u2019activités pour les quatre prochaines années.Sur le Web : historial.org.La Grosse Bertha, le canon le plus puissant de l\u2019époque.Il sème la terreur à Paris.L\u2019armistice est signée, les troupes canadiennes paradent à Bonn.M U S É E R O Y A L 2 2 e R É G I M E N T B I B L I O T H È Q U E E T A R C H I V E S C A N A D A A U S T R A L I A N W A R M E M O R I A L Octobre 2014 | Québec Science 47 p h o t o : D i a n e D u f r e s n e e t Y v a n M o n e t t e AVEC VÉLO QUÉBEC VOYAGES 4-11 12-3 8-15 9-16 15-22 27-3 28-4 RÉSERVEZ MAINTENANT veloquebecvoyages.com ?» L\u2019ÉTÉ.EN OCTOBRE EY L AL A V SONOMA ET NAP D U E DU S IQU R AF EN NOVEM EN DÉCEM BRE BRE S E N BOUCL UÍN E G BA, HOL CU S E N BOUCL RO E ARADE BA, V CU S E N BOUCL UÍN E G BA, HOL CU S E N BOUCL UÍN E G BA, HOL CU our en savoir plus sur nos autr P destinations hiver-printemps, visitez : es S E N BOUCL RO E ARADE BA, V CU UN NUMÉRO SPÉCIAL EXCEPTIONNEL! Pas besoin d\u2019être vieux pour vieillir : le corps encaisse l\u2019effet du temps dès la naissance.Et on trouve le moyen de vivre de plus en plus longtemps.Résultat de grands progrès médicaux et d\u2019une amélioration de notre bien-être, l\u2019espérance de vie au Québec avoisine maintenant les 80 ans.Mais comment la société \u2013 et ses institutions \u2013 saura-t-elle innover pour relever les défis collectifs que cela implique ?Pour faire face à ce phénomène de vieillissement sans précédent dans l\u2019histoire ?Bien sûr, la vieillesse se vit aussi en chacun de nous.Il y a le corps qui s\u2019use, les rides qui se creusent, le dos qui se courbe, sans compter les démons d\u2019Alzheimer ou de Parkinson qui rôdent, ni la menace des cancers, des infarctus ou des AVC, qui plane au-dessus de nos têtes à mesure que les années s\u2019additionnent.Pourquoi le corps vieillit-il ?Pourrait-on vivre encore plus longtemps en santé?Pourrait-on un jour viser l\u2019immortalité, si on arrivait à percer les mystères de l\u2019âge ?Nos journalistes et collaborateurs nous révèlent les résultats des plus récents travaux sur le vieillissement (et.la jeunesse) menés dans nos laboratoires et nos universités.Un numéro à ne pas manquer ! Avec, en primeur, des entrevues que nous ont accordées, entre autres chercheurs et penseurs, le physicien Étienne Klein sur la nature du temps, le géographe Luc Bureau sur la découverte des âges, l\u2019artiste conteur Michel Faubert sur la mémoire, l\u2019écrivain Jacques Godbout sur les rêves de jeunesse ou l\u2019anthropologue Serge Bouchard.Vieillir, une belle Vie DANS NOTRE PROCHAIN NUMÉRO ZOOM SUR LA PLANÈTE ROUGE On le sait, Google Earth a déjà servi la science, permettant notamment à des archéologues de découvrir de nouveaux sites historiques dans des zones difficiles d\u2019accès comme l\u2019Afghanistan ou le désert d\u2019Arabie Saoudite.Cette fois, pour célébrer les deux ans du rover Curiosity sur Mars, nous sommes tous invités à aller faire un tour sur la planète rouge ou sur la Lune! N\u2019espérons pas découvrir des vestiges ou des monstres à antennes avec Google Moon et Google Mars\u2026 Mais les images, souvent en haute définition, fournies par l\u2019Agence spatiale européenne (ESA) et la NASA, ont de quoi faire rêver les amateurs; d\u2019astronomie, surtout.Pour une balade extraterrestre, il suffit d\u2019aller sur Google Maps (en vue satellite, en version complète et non simplifiée), de «dézoomer» au maximum puis de choisir entre la Lune, Mars et la Terre.OBJETS DE SANTÉ De petites capsules courtes, animées et riches en contenu, c\u2019est le pari réussi des POM Bio à croquer, une collection de 15 courts métrages lancée il y a quelques mois en France par l\u2019Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).Ces POM \u2013 «petits objets multimédias» \u2013 abordent en moins de cinq minutes des sujets de société comme la contraception, l\u2019alimentation, la pollution ou le sommeil, sous forme d\u2019entrevue avec un scientifique du réseau Inserm.L\u2019originalité du projet?Une réalisation dynamique où s\u2019entremêlent photos et publicités d\u2019archives, collages vintage, tableaux de maître et, bien sûr, images scientifiques.De quoi donner une touche ludique et artistique à des sujets aussi sérieux que la neurologie des émotions, la résistance aux antibiotiques ou la dépendance aux drogues.Chaque capsule résume de façon simple les mécanismes impliqués dans des phénomènes de la vie quotidienne (comme l\u2019en- dormissement ou les douleurs menstruelles), tout en livrant un bref aperçu des recherches récentes menées sur le sujet.On y apprend ainsi qu\u2019une pilule contraceptive pour homme pourrait bientôt voir le jour, que la flore intestinale permettra peut-être de lutter contre l\u2019obésité et que l\u2019excès d\u2019hygiène ouvre la porte à\u2026 l\u2019asthme.Instructif et rafraîchissant.http ://bit.ly/1kMV0pc ÉGOPORTRAIT, AUTO DIAG NOSTIC?Savoir si on souffre d\u2019anémie grâce à un simple selfie : ce sera bientôt possible grâce à l\u2019application Eye- naemia, mise au point, en Australie, par deux étudiants en médecine.Le principe?Photographier sa conjonctive \u2013 la partie intérieure de la paupière \u2013, en tenant à côté de l\u2019œil une petite carte sur laquelle figurent plusieurs carrés colorés.L\u2019appli, qui a remporté la première place au concours annuel Imagine Cup de Microsoft en août dernier, évalue le niveau d\u2019hémoglobine à partir de la teinte de la conjonctive, en utilisant la carte comme référence.L\u2019anémie, qui touche près du quart de la population mondiale, est particulièrement dangereuse pour les femmes enceintes et les enfants (qui sont près de 300 millions dans le monde à en souffrir).www.eyenaemia.com Par Marine Corniou Sur la toile Matières à lire PHARMACIEN MORDANT On connaît bien Olivier Bernard, qui signe du pseudonyme de «Pharmachien» un blogue du même nom, où il dénonce avec humour les croyances et les mensonges qui circulent au sujet de la santé.Pour notre plus grand plaisir, ce «pharmacien impertinent qui simplifie la science et anéantit la pseudoscience» va plus loin.Il publie son premier livre, un ouvrage richement illustré, truffé de dessins et de BD, dont le but est clair : départager le vrai du n\u2019importe quoi en matière de santé, et mettre fin aux mythes scientifiques et médicaux.Dans la lignée du site web, le livre, composé en grande partie de textes inédits, aborde une foule de thèmes, depuis les médecins jusqu\u2019aux médicaments, en passant par les débats scientifiques en famille et le stress.Sans oublier de prodiguer quelques conseils pratiques, l\u2019auteur déboulonne une à une les thérapies ésotériques et autres théories du complot.Il se paie ainsi la tête des «anges guérisseurs, des chakras ésotériques et autres produits naturo- bio-grano-holistiques», tout en livrant une analyse pertinente du monde pharmaceutique.Achat en ligne (lepharmachien.com) ou en librairie.Le Pharmachien, Olivier Bernard, Éditions Les malins, 2014, 208 p.LA BEAUTÉ DU CODE Les geeks ne sont pas que des introvertis à lunettes.Ils sont aussi, pour certains du moins, des artistes et des esthètes qui conçoivent des langages codés aussi efficaces qu\u2019élégants.C\u2019est ce que relate avec brio l\u2019écrivain indien Vikram Chandra, dans son livre Geek sublime qui retrace la passionnante histoire de l\u2019informatique et mêle mathématiques, philosophie et linguistique.Vikram Chandra sait de quoi il parle : amoureux des mots, il a aussi gagné sa vie pendant plusieurs années en configurant des ordinateurs et en composant des lignes de code.Il parvient ici à réconcilier ces deux mondes en apparence opposés, offrant un essai romanesque qui fait à la fois l\u2019éloge de l\u2019informatique et de la littérature, avec humour et intelligence.Un livre insolite.Geek sublime, Vikram Chandra, Robert Laffont (parution 30 octobre 2014), 336 p.MÉDECINS D\u2019ICI L\u2019histoire commence en 1800.Au Québec, la médecine clinique en est à ses balbutiements, tandis que règnent toujours le «ramancheur» et les remèdes maison.Mais le siècle qui s\u2019amorce changera la donne : création des écoles de médecine, développement des hôpitaux, imposition de mesures de santé publique (hygiène, vaccination, etc.) en réponse à la mortalité infantile \u2013 à Montréal, 46% des enfants meurent avant l\u2019âge de un an! \u2013 et aux d\u2019épidémies de choléra, de typhus ou de variole.Les années 1900-2000 seront celles des questionnements socioécono- miques \u2013 santé pour tous, pouvoir corporatif des médecins, bioéthique \u2013 et de la recherche biomédicale élargie.Bourré d\u2019infos, d\u2019anecdotes, ainsi que de photos d\u2019archives, et alternant agréablement grande et petite histoire, l\u2019ouvrage est aussi un bonheur de lecture.Il faut dire que les auteurs, tous deux du département d\u2019histoire de l\u2019UQAM, n\u2019en sont pas à leurs débuts.Histoire de la médecine au Québec 1800-2000.De l\u2019art de soigner à la science de guérir, Denis Goulet et Robert Gagnon, Septentrion, 2014, 456 p.> > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > 48 Québec Science | Octobre 2014 TEXTOS DANS LA PEAU La famille des montres s\u2019élargit avec le Ritot, un bracelet minimaliste équipé d\u2019un minuscule projecteur qui affiche les données directement sur le dos de la main.Relié via Bluetooth à votre téléphone intelligent, les messages texte, les notifications Facebook ou Twitter, de même que les appels téléphoniques sont annoncés par une petite vibration et projetés sur la peau pendant 10 secondes.Il est possible de les faire disparaître plus tôt en secouant simplement la main.Rechargeable sur un socle, le bracelet a une autonomie de six jours.Les inventeurs californiens ont pensé à tout, puisque la montre affiche aussi l\u2019heure! www.ritot.com PIEDS ROULANTS Dans la liste interminable des nouveaux modes de transport électriques individuels, voici les RocketSkates, de surprenants patins à roulettes avec lesquels on peut filer à près de 20 km/h.Fort d\u2019un succès remarquable sur la plateforme de socio-financement Kickstarter, le gadget devrait être disponible dès cet hiver.Déclinés en trois versions aux autonomies de 10 km, 13 km et 16 km, les patins aux allures de mini-fauteuils roulants se contrôlent par les mouvements d\u2019un des deux pieds.Abaisser les orteils le fait accélérer, alors que planter le talon le fait ralentir.Connecté sans fil, l\u2019autre patin obéit aux ordres du premier.www.rocketskates.com Vous êtes accro au cellulaire?Alors Thomas Bibienne travaille pour vous.Si son projet de téléphone à l\u2019hydrogène se concrétise, à peine aurez-vous le temps de dire «allo» que votre appareil sera rechargé.En fait, soyons précis, il ne s\u2019agirait pas de «recharger», comme on le fait avec une batterie électrique conventionnelle, mais plutôt de «faire le plein» d\u2019hydrogène dans un réservoir qui, lui, alimenterait une pile à combustible.C\u2019est à l\u2019Institut de recherche sur l\u2019hydrogène (IRH), à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières, que le jeune doctorant en sciences de l\u2019énergie et des matériaux mène ses expériences sous la direction du professeur Jacques Huot.Concevoir un tel réservoir n\u2019est pas aisé.Les molécules d\u2019hydrogène sont si ténues, si légères, qu\u2019il est difficile de trouver un matériau suffisamment étanche pour les retenir.À l\u2019état gazeux, l\u2019hydrogène occupe beaucoup d\u2019espace.On peut le comprimer, mais l\u2019opération est coûteuse en énergie.Et il nécessite un réservoir hautement résistant, qui ne risquera pas d\u2019éclater sous la pression.On pourrait le stocker sous forme liquide, mais il faudrait alors le refroidir à -253 °C.«Même au Québec, les hivers ne sont pas si froids!» plaisante le chercheur.La solution qu\u2019il propose est de stocker l\u2019hydrogène sous sa forme gazeuse \u2013 oui \u2013 mais à l\u2019intérieur d\u2019un solide.«Je ne suis pas le premier à tenter cela, de nombreuses recherches ont été menées depuis une vingtaine d\u2019années afin d\u2019obtenir le matériau idéal.Je travaille sur un alliage de trois métaux : titane, vanadium et chrome.J\u2019ajoute aussi du nickelure de zirconium.» Les métaux bruts sont d\u2019abord fondus plusieurs fois à plus de 2 000 °C dans un four à arc électrique pour assurer la distribution homogène des éléments.Tout cela se fait dans un nuage d\u2019argon qui élimine tout risque d\u2019oxydation.Puis on laisse refroidir.Une fois durci, le mélange de métaux est réduit en poudre.«J\u2019obtiens environ 4 g d\u2019alliage, mais je mène mes tests sur seulement 300 mg à la fois.» Observé au microscope électronique à balayage, chaque grain de poudre révèle une microstructure particulière.Dans la matrice uniforme de titane, de vanadium et de chrome, des nervures de nickelure de zirconium tracent de fins chemins entrecroisés.C\u2019est dans cet agencement unique que les molécules d\u2019hydrogène s\u2019insèrent lors des tests en laboratoire.Les tests en question consistent à exposer la poudre à de l\u2019hydrogène gazeux sous pression.Les molécules de gaz s\u2019insinuent alors dans les minuscules espaces entre les atomes de métal; et elles y restent.C\u2019est comme faire entrer de l\u2019eau dans une «nano-éponge» dont les espaces vides se situeraient entre les atomes de l\u2019alliage.«Seules des molécules d\u2019hydrogène sont assez petites pour pénétrer entre les atomes des métaux», explique le chercheur.Avant et après le procédé, Thomas Bibienne pèse la poudre pour connaître la quantité d\u2019hydrogène absorbée.«Pour le moment, c\u2019est dans un alliage contenant 52% de titane, 12% de vanadium et 36% de chrome, que j\u2019arrive à faire absorber la plus grande quantité d\u2019hydrogène, précise-t-il.Le poids de la poudre augmente de 3%, soit de 9 mg d\u2019hydrogène dans 300 mg d\u2019alliage.» Les molécules sont donc stockées cinq fois plus proches les unes des autres que sous forme de gaz libre.Ensuite, en réduisant la pression d\u2019hydrogène, il permet aux molécules de gaz de s\u2019échapper, par exemple vers une pile à combustible.«J\u2019imagine des stations de recharge pour téléphones cellulaires, dit-il.Quand l\u2019utilisateur s\u2019apercevra que son appareil est déchargé, il n\u2019aura qu\u2019à le brancher à une station, attendre 30 secondes pour faire le plein, puis reprendre sa conversation là où elle en était!» Dans un proche avenir, les applications mobiles seront de plus en plus nombreuses et de plus en plus énergivores.L\u2019autonomie des batteries sera donc réduite d\u2019autant et il faudra recharger les appareils plus souvent.Aussi bien que ce soit rapide, non?Aujourd\u2019hui le futur Le plein, et en vitesse! Imaginez : à peine 30 secondes pour recharger votre téléphone.Et c\u2019est peut-être pour demain.Par Joël Leblanc U Q T R \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 \u2022 \u2022 \u2022\u2022 J\u2019ai passé trois heures sur un banc à observer les humains en vacances dans un village bien connu.Devant moi, déambulait le monde entier, en bermudas ou en djellabas, se tirant l\u2019egoportrait devant l\u2019enseigne de la «poutinerie» ou devant le bac de neige exhibant ses coulées de tire d\u2019érable.On se bousculait au magasin Canada qui vend des casquettes rouges unifoliées ou à celui de bonbons qui est un landmark dans ce haut lieu du plaisir, ce Tyrol canadien où tout est faux; où chaque passant affiche les allures de la nouvelle diversité culturelle, celle dont le dénominateur commun est le tourisme et l\u2019argent.Une musulmane, affublée d\u2019un foulard et d\u2019un long man teau noirs, s\u2019achar ne derrière une poussette dans laquelle râlent des jumeaux.Il fait chaud, la pente est raide, la mère peine à monter; elle colle tant bien que mal aux pas de son mari.Lui porte un pantalon léger, des souliers Adidas très ostentatoires, une casquette de baseball.Il va s\u2019asseoir à l\u2019ombre, avec son cornet de crème glacée molle.Il grommelle à sa femme quelques oukases; elle gravit en soufflant quatre grosses marches pour le rejoindre.Arrive ensuite une jeune femme québécoise bien roulée, vêtue d\u2019un short qui exhibe l\u2019amorce de la courbe de ses fesses.Elle mène la marche, suivie de son homme qui fait avancer une autre poussette.Tandis que l\u2019homme s\u2019approche d\u2019une vitrine, la jeune mère lance : «Danny! Viens par icitte, on va descendre par là!» Danny suit, empressé, retenant de tous ses muscles la poussette; il descend en sueur les 12 marches menant à l\u2019étang artificiel où de petites familles jettent aux canards leurs restes de poutine.Un États-Unien m\u2019apostrophe : «Are you local?» Il vient de Dallas, il cherche un café; pas un Starbucks, mais un vrai café, comme à Paris.À vrai dire, qu\u2019est-ce que je fais là, au beau milieu de la place?Suis-je un produit local?C\u2019est qu\u2019un vieux assis sur un banc, en train de regarder déambuler la vie, cela existe depuis toujours.Mais ici, la vie a pris un drôle de tour; elle a des airs d\u2019absence.Autrefois, le voyage nous menait à l\u2019autre.Nous allions à la découverte d\u2019une civilisation, d\u2019une culture, d\u2019une différence.Hier encore, les gens marchaient dans les traces et les pistes de l\u2019humaine humanité.Mais la «club-méditerranéisation» du monde s\u2019est accomplie.Curiosité locale avec mon chapeau et ma canne, je suis assis sur le banc de la non-his- toire, dans la dimension intemporelle du plaisir consommé.Les touristes butinent d\u2019un jeu à l\u2019autre au milieu d\u2019un décor artificiel.Ici, on peut faire de la luge en été; des randonnées dans les arbres; du ski nautique.On peut jouer au casino; rouler dans des sentiers de boue en dune buggy; faire un tour d\u2019hélicoptère; escalader une paroi rocheuse; faire du vélo de montagne; profiter du rafting en eau vive; jouer à la guerre avec des balles de peinture; et même aller à la cabane à sucre en juillet.Mais qui s\u2019intéresse à la nature du lieu?Le mont Tremblant, cette montagne que les Algonquins oueskarinis appelaient Manitou Ewitchi Saga, c\u2019est-à-dire la «montagne qui tremble quand le Manitou est en maudit», n\u2019est plus qu\u2019une marque internationale de je-ne-sais-quoi.À force d\u2019être en vacances, c\u2019est-à-dire de faire le vide, on ne fait plus rien.Les touristes flottent, tétanisés.Le balayeur de rue ramasse à la sauvette les débris surréalistes de cette languissante foire.Mont- Tremblant, vieux mot français qui signifie «là où les canards mangent de la poutine».Quel est ce monde, où la création de la richesse s\u2019appuie sur l\u2019éradication de tout, au profit de l\u2019émergence du rien?QS 50 Québec Science | Octobre 2014 Manitou Ewitchi Saga ou l\u2019émergence du rien Par Serge Bouchard L\u2019esprit du lieu \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 S T A T I O N M O N T T R E M B L A N T 1974 investisseurs 331 Merci à tous nos clients ! Créés le 16 août 1974 par l\u2019Ordre des ingénieurs du Québec, les Fonds FÉRIQUE ont été la toute première famille de fonds de placement destinée à des professionnels au Québec.La famille comporte 11 fonds communs \u2013 dont trois solutions clés en main avec rééquilibrage en continu \u2013 qui peuvent aider à mettre en place un solide plan fi nancier.Services d\u2019investissement FÉRIQUE vous fait aussi profi ter d\u2019une plateforme de service de premier plan, avec un accompagnement de grande qualité et des services-conseils personnalisés à chaque étape de votre vie.Merci à tous nos clients pour votre confi ance et votre loyauté ! 2014 Près de 22 000 investisseurs 2 milliards $ d\u2019actifs LES FONDS FÉRIQUE ONT 40 ANS.www.ferique.com Les Fonds FÉRIQUE : il y a un peu de génie là-dedans.Note : un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des courtages, des commissions de suivi, des frais de gestion et d\u2019autres frais.Les ratios de frais de gestion varient d\u2019une année à l\u2019autre.Veuillez lire le prospectus avant d\u2019effectuer un placement.Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur ?uctue souvent et leur rendement passé n\u2019est pas indicatif de leur rendement futur.Les Fonds FÉRIQUE sont distribués par Services d\u2019investissement FÉRIQUE, à titre de Placeur principal.? INNOVER EST UNE SCIENCE."]
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