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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Mars 2017, Vol. 55, No. 6
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Québec science, 2017, Collections de BAnQ.

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[" MARS 2017 6 , 4 5 $ P P 0 6 5 3 8 7 MESSAGERIE DYNAMIQUE 10682 + QUEBEC SCIENCE DÉCRYPTER LES LANGUES OUBLIÉES ~ CONQUÊTE MINIÈRE DE L\u2019ESPACE MARS 2017 SEXE FÉMININ La science étudie en?n le microbiome du vagin.Surprise, cela concerne aussi la santé des hommes! DOSSIER SPÉCIAL Histoire d\u2019un cybercrime parfait .NORMAND BAILLARGEON Pourquoi voyez-vous Jésus sur une crêpe?\u2022?FAUT-IL CRAINDRE LA PILULE?\u2022?L\u2019ORIGINE DES DOULEURS MENSTRUELLES SOUMETTEZ SA CANDIDATURE JUSQU'AU 3 AVRIL 2017 ! prixduquebec.gouv.qc.ca #PrixduQuébec Connaissez-vous une personne dont la CARRIÈRE EST EXCEPTIONNELLE ? C O U V E R T U R E : C O R N E L I A L I 14 Le vagin livre ses secrets Moins populaire que son homologue intestinal, le microbiote vaginal reste crucial pour la santé des femmes.Et des hommes aussi! 20 Les maux tabous Chaque mois, nombre de femmes subissent une tempête dans le bas-ventre.Des douleurs dont on parle peu et qui sont mal comprises.24 Ça fait mal, Johnny! Plusieurs femmes éprouvent de la douleur pendant les relations sexuelles sans qu\u2019une cause médicale puisse l\u2019expliquer.Ce n\u2019est pas pour autant un mal imaginaire.26 Quand les femmes «voyaient rouge» Comment les Québécoises vivaient-elles « l\u2019arrivée du cardinal » entre 1900 et 1950?Entrevue avec l\u2019ethnologue Suzanne Marchand.28 Une vie sous hormones Quels sont les risques associés à la pilule et à l\u2019hormonothérapie?35 La serviette anti-décrochage En Afrique, des ?lles s\u2019absentent de l\u2019école ou abandonnent les études en raison des menstruations.Des serviettes hygiéniques réutilisables sont pourtant tout ce qu\u2019il leur faut.ACTUALITÉS 7 LE CYBERCRIME PARFAIT Un virus informatique utilise vos routeurs et télés intelligentes pour mousser la popularité d\u2019individus sur les réseaux sociaux.Par Mélissa Guillemette 9 DES BULLES DE MÉTHANE OUBLIÉES Les réservoirs d\u2019eau, destinés notamment à l\u2019hydroélectricité, contribueraient plus qu\u2019on pense au réchauffement climatique.Par Anabel Cossette Civitella REPORTAGES 37 À la recherche des langues perdues Des textes venus du fond des âges résistent encore et toujours au décryptage.Comment les déchiffrer ?Par Marine Corniou 42 Klondike spatial À l\u2019heure où les ressources s\u2019épuisent sur Terre, des explorateurs se tournent vers l\u2019espace.Leur ambition?Exploiter les richesses des astéroïdes.Par Marc-André Sabourin CHERCHEUR EN VEDETTE 46 Le chasseur de naines brunes Grâce aux travaux de l\u2019astrophysicien Jonathan Gagné, on connaît désormais deux fois plus de jeunes naines brunes, ces uniques corps célestes.Par Maxime Bilodeau MARS 2017 EN COUVERTURE 13 Le sexe féminin, terra incognita?L\u2019appareil génital des femmes est source de vie, de plaisir, mais aussi de douleur, d\u2019anxiété, de honte\u2026 et de mystères scienti?ques.Un grand dossier par Marine Corniou, Mélissa Guillemette et Martine Letarte ÉDITORIAL 4 Les dialogues du vagin Par Marie Lambert-Chan CHRONIQUES 11 Jésus sur une crêpe Par Normand Baillargeon 49 Grand cratère cherche son météorite Par Jean-François Cliche 50 Une bombe est tombée dans le lac Sahtu Par Serge Bouchard «S\u2019il a déjà existé une espèce pour laquelle le sexe était douloureux, elle a sûrement disparu il y a longtemps.» Qui a tenu ces propos édi?ants?Nul autre que le réputé astrophysicien Neil deGrasse Tyson sur son compte Twitter.Mais alors, qu\u2019en est-il des canards, des chats et des araignées, toutes des espèces dont les relations sexuelles sont loin d\u2019être agréables, lui ont répliqué nombre d\u2019internautes.Et surtout, qu\u2019en est-il des humains, plus particulièrement des femmes?De 8% à 21% des Nord-Américaines souffrent le martyre lors de la pénétration en raison d\u2019un trouble appelé vestibulodynie.Malgré son érudition, M.deGrasse Tyson af?che une profonde méconnaissance de la sexualité féminine.Mais ne lui jetons pas la pierre, car il n\u2019est pas le seul.Les femmes elles-mêmes ignorent souvent ce qui se trame exactement entre leurs jambes, car leurs organes génitaux sont toujours source d\u2019embarras et de tabou.En 2006, la revue savante Contraception a publié les résultats d\u2019une vaste recherche sur les attitudes, les perceptions et les connaissances des femmes à l\u2019égard de leur vagin.Les chercheurs ont interviewé 9441 femmes âgées de 18 à 44 ans et issues de 13 pays, dont le Canada.Qu\u2019ont-ils découvert?Que 47% des participantes ont l\u2019impression que le vagin est la partie du corps que les femmes connaissent le moins.Que seulement 27% ont une idée exacte de l\u2019apparence de leur vagin.Que moins de la moitié des femmes sont à l\u2019aise de parler de problèmes gynécologiques à un médecin, alors que les trois quarts du groupe rapportent en avoir souffert.Et que, pendant leur enfance, le tiers des participantes ont appris que toucher à leurs parties intimes était un geste obscène, mauvais et sale.Sans surprise, la majorité de ces femmes sont d\u2019avis que la société entretient des tabous qui contribuent à leur propre ignorance.Colligées il y a plus de 10 ans, ces données alarmantes sont toujours d\u2019actualité.Bien sûr, on parle un peu plus ouvertement des menstruations.Aux Jeux olympiques de Rio, la nageuse chinoise Fu Yuanhui a admis sans détour que ses règles l\u2019ont incommodée pendant la compétition.Au marathon de Londres, en 2016, la Britannique Kiran Ghandi a couru sans protection hygiénique, son sang menstruel bien visible sur son legging.Mais, paradoxalement, des réseaux sociaux censurent les images de menstrues et les publicités de serviettes hygiéniques ont encore recours à du liquide bleu pour simuler le sang! L\u2019ennui, c\u2019est que les règles ne sont qu\u2019un des nombreux enjeux qui préoccupent les femmes.Qui ose parler ouvertement de vaginose, d\u2019endométriose, de vulvodynie, de sécheresse vaginale?Quand arrive- rons-nous à détruire le mythe que ces douleurs intimes ne sont ni normales ni imaginaires?Et pourrons-nous convaincre la société qu\u2019il ne s\u2019agit pas là de «problèmes de femmes»?Les hommes sont directement touchés.Une vestibulodynie non traitée peut miner les rapports amoureux.Un diagnostic d\u2019endométriose chez leur conjointe peut rimer avec infertilité.De fortes douleurs menstruelles peuvent lourdement affecter la vie de leur ?lle, de leur sœur, de leur mère, de leurs amies.Voilà pourquoi il faut discuter franchement des soucis de santé sexuelle et reproductive des femmes.Et le faire en utilisant les bons mots; dire haut et fort «vagin», «vulve» et «clitoris» ne devrait embarrasser personne.Montée en 1996, la pièce de théâtre Les monologues du vagin a décomplexé des femmes et brisé bien des tabous.Vingt ans plus tard, il est peut-être temps d\u2019aller un peu plus loin: brisons la culture de la pudeur et du silence qui règne sur ces maux et entamons des «dialogues du vagin».lQS 4 Québec Science | Mars 2017 Éditorial Par Marie Lambert-Chan MARS 2017 VOLUME 55, NUMÉRO 6 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan mlchan@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Mélissa Guillemette Collaborateurs Normand Baillargeon, Maxime Bilodeau, Serge Bouchard, Jean-François Cliche, Anabel Cossette Civitella, Martine Letarte et Marc-André Sabourin Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Iris Boudreau, Cornelia Li, Christinne Muschi, Renaud Philippe, Donald Robitaille Éditrice Suzanne Lareau Coordonnatrice des opérations Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projet, marketing et partenariats Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Parution: Février 2017 (536e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau www.quebecscience.qc.ca Pour noti?er un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca 1251, rue Rachel Est Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Tarifs d\u2019abonnements Canada: 1 an = 36$ + taxes, États-Unis: 69$, Outre-mer: 107$ Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2017 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada par l\u2019entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.La Revue Québec Science 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca www.quebecscience.qc.ca LES DIALOGUES DU VAGIN Les tabous nourrissent notre ignorance à l\u2019égard de la physiologie et des dysfonctions des organes génitaux féminins et, ce faisant, nuisent à la santé des femmes.C M C A A U D I T E D Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.PLUS VOUS VERREZ CES LUMIÈRES.MOINS VOUS VERREZ CES LUMIÈRES, L\u2019Outback 2017 de Subaru est bien équipée avec sa traction intégrale symétrique à prise constante, toutes ses fonctionnalités et son système de sécurité qui vous permettront d\u2019aller partout où vous le souhaitez.Subaru.ca/outback.PLUS VOUS VERREZ CES LUMIÈRES.MOINS VOUS VERREZ CES LUMIÈRES, 6 Québec Science | Mars 2017 1En étudiant de jeunes roches provenant du Nunavut, une chercheuse est remontée dans le passé\u2026 jusqu\u2019à la tendre enfance de notre planète.«Je suis épatée de ces résultats.Ils remettent en question certaines conceptions qu\u2019on entretenait à propos du manteau terrestre.Cette découverte pourrait nous mener à mieux connaître les origines de notre planète!» dit Angelica Alberti-Dufort de Montréal.2Le virus du sida est sournois : il se cache, inaccessible, au cœur des cellules.Pour le repérer, une technique ultra performante vient d\u2019être mise au point.Selon Mathieu Perron de Laval : « Le VIH est une maladie qui réduit considérablement la qualité de vie de la personne atteinte.Non seulement, pour celle-ci, une vie amoureuse et sexuelle normale est ensuite presque impossible, mais, en plus, cela l\u2019oblige à prendre une médication le reste de sa vie.Cette étude est une vraie lueur d\u2019espoir.» 3Grâce au développement d\u2019une puce optique, nous serions plus près que jamais d\u2019un ordinateur hyper puissant.«Avec une telle machine, on pourrait prendre de l\u2019avance dans toutes les recherches, y compris celles concernant le cancer, le sida, etc.On pourrait trouver des moyens de produire de l\u2019énergie propre, d\u2019éradiquer la faim dans le monde et ainsi de suite.Si l\u2019on s\u2019en sert à bon escient, une telle découverte pourrait déboucher sur un âge d\u2019or de l\u2019humanité», estime Amal Boultif de Montréal.4Une équipe de chercheurs a trouvé comment le nombre de doigts de nos lointains ancêtres a été ?xé à cinq par main.Une découverte qui fascine Michael Housset de Montréal: «La place unique de l\u2019homme dans le règne animal doit énormément à notre développement intellectuel.Nous oublions cependant à quel point le façonnement de nos mains a été décisif pour l\u2019émergence puis le développement des technologies et de l\u2019art.Cette étude, par ses résultats, nous offre la possibilité de voyager dans le temps, à la découverte d\u2019une des étapes clés du développement de ce magni?que outil: la main.» 5En faisant taire certains neurones, des chercheurs ont apporté la preuve directe du lien entre mémorisation et sommeil paradoxal.«Cette belle découverte, qui nous renseigne sur le fonctionnement de notre mémoire, repose sur un procédé très ingénieux dont la mise au point a dû nécessiter une bonne dose de persévérance.Quant au temps passé à veiller les souris qui se reposent, bravo à l\u2019étudiant pour cette performance!» écrit avec admiration Thomas Pacoureau de Québec.6Des chercheurs ont observé, pour la première fois, un système planétaire en pleine décomposition.Roger Saucier de Boucherville, s\u2019en dit «souf?é»: «Unique comme découverte ! Pour preuve, des dizaines de télescopes dans le monde se sont orientés vers cette naine blanche pour l\u2019observer eux aussi.Approfondir en direct le processus de décomposition d\u2019un système solaire, c\u2019est connaître le nôtre plus en profondeur.» 7Des biologistes ont élucidé un mystère de plus de 100 ans: la migration des anguilles jusqu\u2019à la mer des Sargasses.«Cela faisait très longtemps qu\u2019on tenait pour acquis le parcours migratoire des anguilles, sans avoir de preuves empiriques.Ces résultats viennent con?rmer la théorie.C\u2019est de la belle science!» remarque André-Philippe Drapeau Picard de Surrey.8Pour atteindre les tumeurs en plein cœur, des chercheurs ont déployé une légion de nanorobots naturels : des bactéries armées.Olga Prin de Vaudreuil-Dorion a choisi cette découverte «parce que ces nanotechnologies se décomposent, parce qu\u2019elles permettent de livrer jusqu\u2019à 20 fois plus de chimio dans les endroits visés \u2013 doses que le corps humain ne pourrait supporter autrement \u2013 et surtout parce qu\u2019une grande amie est gravement atteinte du cancer.[\u2026] Cette découverte, pour moi, c\u2019est de l\u2019espoir pour ceux qui n\u2019en ont plus.» 9Des scienti?ques ont trouvé le tour de passe-passe pour reconnecter des neurones.Cette découverte «ouvre des horizons fantastiques, comme réparer les nerfs sectionnés et aider les gens atteints de la maladie d\u2019Alzheimer ou d\u2019autisme.Le nombre de personnes susceptibles de béné?cier des applications de la recherche augmente de jour en jour et nous espérons que cette intervention sera bientôt au point», observe Ginette Racicot de Sherbrooke.10Des physiciens ont créé la cellule photovoltaïque la plus ef?cace à ce jour.«Les enjeux énergétiques resteront au cœur des préoccupations de notre génération et des générations futures.Le Soleil étant la source d\u2019énergie (pratiquement) inépuisable, il est vital pour la survie de notre espèce de maîtriser tout ce qui touche à l\u2019énergie solaire», signale Sébastien Croteau de Montréal.*** PRÉCISION Dans le reportage «Le pouvoir du mental» (Québec Science, décembre 2016), le crédit de la photo en page 29 aurait dû être attribué à Anabel Cossette Civitella.Au pied de la lettre courrier@quebecscience.qc.ca LES DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE 2016 : À VOUS LA PAROLE ! Au moment de mettre sous presse, vous êtes près de 3 000 à avoir voté pour votre découverte 2016 préférée.Avec, à l\u2019appui, des arguments fort convaincants et, parfois, très touchants.En voici un petit échantillon.PSST ! LA RECHERCHE GAGNANTE VOUS SERA DÉVOILÉE DANS NOTRE PROCHAIN NUMÉRO, EN KIOSQUE LE 30 MARS. I S T O C K P our avoir l\u2019air crédible, ou important, rien de tel que de posséder un pro?l Twitter ou un compte Instagram suivi par des milliers de personnes.La solution rapide?Acheter de faux amis.Ces dernières années, des «fermes à clics» ont vu le jour dans les pays en développement : des employés faiblement rémunérés y passent leurs journées à surfer sur le Web pour cliquer là où on leur dit de le faire.Mais il existe un stratagème encore plus performant qui transforme n\u2019importe quel appareil connecté en employé virtuel ! Un virus, Linux/Moose, infecte différents appareils connectés à Internet, comme les routeurs et les télévisions intelligentes, plus faciles à pirater qu\u2019un ordinateur (en clair, il n\u2019existe pas d\u2019an- tivirus pour ces appareils).Le virus vole leur identité \u2013 leur adresse IP \u2013 le temps de les inscrire sur des réseaux sociaux pour qu\u2019ils « suivent » et « aiment » les comptes de personnes en quête de popularité.Le service est offert par des entreprises de marketing en ligne.Masarah Paquet-Clouston et Olivier Bilodeau, employés chez GoSecure, une boîte montréalaise de sécurité informatique, ont enquêté sur ce phénomène.En 2015, Olivier Bilodeau avait déjà documenté les caractéristiques de Linux/ Moose dans un volumineux rapport.«Il fallait aller plus loin que de décrire le virus pour l\u2019arrêter : il fallait décrire le marché, l\u2019offre et la demande, dit le spécialiste en cybersécurité.Pour y arriver, on se devait d\u2019être actifs : au lieu de chasser le virus de façon traditionnelle, on a fait en sorte qu\u2019il vienne à nous.» Le duo a donc volontairement laissé s\u2019infecter des serveurs loués à cette ?n, pour étudier de l\u2019intérieur le fonctionnement de ce système criminel.Ils ont fait croire au virus que ces serveurs étaient des routeurs.Par une astuce technique, ils ont réussi à obtenir tous les échanges entre les réseaux sociaux et les serveurs loués devenus les soldats du virus.«On voyait ce que les bots voulaient faire, comme créer un compte sur Instagram ou aimer une photo, et comment les réseaux sociaux y répondaient », décrit Masarah Pa- quet-Clouston qui a mené ces recherches au cours d\u2019un stage chez GoSecure dans le cadre de sa maîtrise en criminologie à l\u2019Université de Montréal, avant d\u2019y être embauchée.Ainsi, toutes les 10 minutes, « les appareils infectés demandent au serveur de contrôle: \u201cHé! Qu\u2019est-ce que je peux faire pour toi?\u201d, explique Masarah Pa- quet-Clouston; c\u2019est comme un comptoir de répartition du travail».Le serveur leur indique alors comment agir sur leur faux compte Instagram ou Twitter.Tout cela est évidemment automatisé.Plus de 87% du temps, les routeurs et autres appareils contaminés consultaient leur boîte de messagerie et surfaient sans but sur le réseau social pour avoir l\u2019air d\u2019un humain et éviter d\u2019être repérés par les réseaux sociaux.Le reste de leurs actions visaient à accroître, arti?ciel- lement, la popularité des clients qui paient en moyenne 21,50$ pour obtenir 1000 nouveaux (et faux) abonnés sur Instagram, par exemple.Ces clients sont principalement des boutiques, des travailleurs autonomes LE CYBERCRIME PARFAIT Avez-vous un compte Instagram ou Twitter?Non?Votre routeur, lui, en a peut-être un.Par Mélissa Guillemette Actualités Mars 2017 | Québec Science 7 8 Québec Science | Mars 2017 Actualités (designers web, tatoueurs, photographes) et des aspirants à la célébrité (mannequins, musiciens, blogueurs).Si ce n\u2019était que d\u2019Olivier Bilodeau, l\u2019équipe ne se gênerait pas pour citer les comptes qui ont béné?cié de ces services.«Mais en tant que chercheuse, je souhaitais davantage signaler le phénomène que les individus», dit Masarah Paquet-Clous- ton qui surnomme son collègue « le Policier » pour plaisanter.Elle préfère la prudence, surtout que le duo n\u2019a pas de preuve que les utilisateurs ont payé pour ces faux abonnés.Quant aux criminels derrière ce stratagème, il a été impossible de les retracer.Les deux comparses parlent d\u2019ailleurs du «cybercrime parfait», puisque les malfrats opèrent au grand jour, sans éveiller les soupçons.«Ils font quelque chose de criminel, c\u2019est-à-dire in?ltrer des routeurs sans le consentement de leur propriétaire, mais vendent ce service à M.et Mme Tout-le-Monde, et le facture sur des cartes de crédit légitimes », remarque Masarah Paquet-Clouston, lauréate d\u2019un prix Mitacs pour innovation exceptionnelle relativement à ses recherches.«Sur leur site, ils prétendent que c\u2019est une pratique normale et qu\u2019il est essentiel d\u2019avoir un fanbase.» Comment combattre ce piratage de l\u2019ego?Débrancher notre rou- teur \u2013 ou tout autre objet « connecté » \u2013 pendant cinq secondes, ce qui fera disparaître le virus s\u2019il est présent (il n\u2019y a aucun signe visible du piratage).Il faut ensuite changer le mot de passe au rebranchement pour éviter d\u2019être infecté de nouveau.«Pas le mot de passe pour accéder à votre Internet ! Le mot de passe administrateur», souligne à grands traits Olivier Bilodeau.Selon lui, les fournisseurs Internet devraient avoir la prudence de bloquer le protocole Telnet, qui permet d\u2019établir des connexions avec des ordinateurs à distance, [pour stopper des virus comme Linux/Moose].Les fabricants des objets connectés ont aussi la capacité de prévenir le piratage.« Ils mettent le moins de sécurité possible pour faciliter le service à la clientèle», déplore-t-il.Il y a également des solutions législatives; le Canada pourrait choisir d\u2019encadrer les caractéristiques des routeurs vendus au pays.Ces mesures protégeraient autant les propriétaires d\u2019objets connectés que les individus ayant soif d\u2019abonnés qui, eux aussi, se font arnaquer.Dans l\u2019analyse de GoSecure sur Instagram, les présumés clients ont vu 75% de leurs abonnés fictifs disparaître, suspendus par le réseau social.Il n\u2019y a rien comme les vrais amis.lQS LA RECHERCHE NOTRE MOTEUR.Consultez l\u2019actualité scienti?que de l\u2019ÉTS sur substance.etsmtl.ca SUBSTANCE ÉTS Suivez-nous «ON PARLE DU CYBERCRIME PARFAIT, PUISQUE LES MALFRATS OPÈRENT AU GRAND JOUR, SANS ÉVEILLER LES SOUPÇONS.» Mars 2017 | Québec Science 9 L es plans d\u2019eau créés par les humains, comme les réservoirs des barrages hydroélectriques, ne sont pas aussi inoffensifs qu\u2019ils en ont l\u2019air.Contribuant de façon non négligeable au réchauffement planétaire, ils produiraient 25% plus de méthane que ce qu\u2019on pensait.C\u2019est ce que conclut une nouvelle synthèse de la littérature produite par des chercheurs de l\u2019école d\u2019environnement de la Washington State University aux États-Unis.Si l\u2019on savait depuis les années 2000 que les réservoirs des barrages émettent des gaz à effet de serre (GES), comme le dioxyde de carbone ou le méthane, l\u2019analyse conduite par Bridget R.Deemer a également inclus les retenues d\u2019eau qui ne sont pas destinées à l\u2019hydroélectricité, comme les réservoirs agricoles ou d\u2019eau potable.Au total, l\u2019équipe a recensé les données de 267 réservoirs dans le monde.Surtout, elle a pris en compte un facteur qui avait été largement sous-estimé dans les études précédentes : la formation de bulles de méthane (CH 4 ) dans les sédiments.«Quatre-vingts pour cent du potentiel de réchauffement planétaire des réservoirs est dû au méthane, dit Tonya Del Sontro, l\u2019une des auteurs af?liée au département des sciences biologiques de l\u2019Université du Québec à Montréal.Et le méthane a un potentiel de réchauffement climatique 34 fois plus élevé que le CO 2 .» UNE QUESTION DE BULLES Les lacs, qu\u2019ils soient arti?ciels ou non, émettent des GES provenant de la décomposition de la matière organique par des bactéries.Mais les réservoirs créés par la main de l\u2019homme en produisent davantage dans leurs premières années puisque, au moment d\u2019inonder un territoire, on ne prend pas nécessairement la peine de raser la végétation qui l\u2019occupe.La formation de bulles de méthane reste toutefois dif?cile à mesurer, selon Julie Bastien, une biologiste qui a participé aux mesures des émissions de GES dans plusieurs réservoirs canadiens et ailleurs dans le monde.Mais elle est importante dans certaines régions, notamment sous les tropiques.DES BULLES DE MÉTHANE OUBLIÉES Les réservoirs d\u2019eau, destinés notamment à l\u2019hydroélectricité, contribueraient plus qu\u2019on pense au réchauffement climatique.Par Anabel Cossette Civitella Actualités La centrale hydroélectrique de La Gabelle érigée sur la Saint-Maurice.M M E E M I L / I S T O C K P H O T O 10 Québec Science | Mars 2017 Actualités Une étude publiée en 2014 avait déjà démontré que le «bullage» du méthane était responsable de 60% à 80% des émissions totales du lac de la centrale hydroélectrique Nam Theun 2, au Laos (le plus grand barrage d\u2019Asie du Sud- Est), dans les années qui ont suivi sa mise en eau.L\u2019analyse de la Washington State University con?rme l\u2019importance de ce type d\u2019émission, longtemps négligé, dans les retenues d\u2019eau à l\u2019échelle mondiale.L\u2019étude souligne également le lien entre la quantité de nutriments présents dans l\u2019eau d\u2019un réservoir et son taux d\u2019émission de GES.«Les ruissellements des villes et des terres agricoles augmentent l\u2019apport de nutriments dans les eaux des réservoirs», souligne Tonya Del Sontro.Les pesticides, les engrais et les rejets industriels se retrouvent dans l\u2019eau sous forme d\u2019azote et de phosphore, ce qui entraîne une prolifération de la végétation aquatique.À leur tour, les algues diminuent la teneur en oxygène de l\u2019eau, condition favorisant l\u2019émission de méthane dans les sédiments.Construire les réservoirs loin des villes pourrait donc permettre de limiter l\u2019impact.«C\u2019est plus facile à dire qu\u2019à faire, mais c\u2019est la prochaine étape», estime la chercheuse.UN BILAN CARBONE ALOURDI En attendant, ces résultats ternissent quelque peu l\u2019aura écologique de l\u2019hydroé- lectricité.Faut-il pour autant la remettre en question?«Personne ne va dire que l\u2019hydroélectricité est mauvaise, répond Tonya Del Sontro.Les béné?ces surpassent les désavantages, considérant la quantité d\u2019énergie produite par les barrages.» Et d\u2019ajouter qu\u2019il est dif?cile de généraliser les conclusions de l\u2019analyse aux réservoirs hydroélectriques québécois, les eaux froides étant beaucoup moins propices à la formation de méthane.De son côté, Julie Bastien met aussi en garde contre les raccourcis.« Les émissions de GES sont très variables dans le temps et dans l\u2019espace.D\u2019où la dif?culté de les mesurer avec précision dans les réservoirs», dit-elle.Il reste que cette synthèse démontre qu\u2019il est important de comptabiliser les réservoirs dans le bilan global d\u2019émissions de GES des pays, ce qui n\u2019est pas le cas aujourd\u2019hui.Le monde comprend environ 1 million de réservoirs qui produiraient 1,3% des émissions anthropiques de dioxyde de carbone, de méthane et de protoxyde d\u2019azote (N 2 O), ce qui équivaut à peu près à la contribution annuelle du Canada aux émissions mondiales.Des chiffres qui risquent de gon?er, alors que la construction de 847 gros barrages hydroélectriques (de plus de 100 mégawatts) et de 2953 petits (plus de 1 mégawatt) est plani?ée ou déjà en cours dans le monde, notent les chercheurs.lQS Un programme du Grand partenaire ENTRÉE GRATUITE - Heures d\u2019ouverture au public disponibles au exposciences.qc.ca - Luc Langevin, porte-parole national - « De mars à mai, rencontrez la relève scientifique québécoise en visitant les Expo-sciences Hydro-Québec ! » RIVE-NORD (LAVAL, LAURENTIDES, LANAUDIÈRE) 16 au 18 mars École Liberté-Jeunesse Sainte-Marthe-sur-le-Lac EST DU QUÉBEC 17 au 19 mars Cégep de Rimouski, Rimouski ESTRIE 24 au 26 mars Centre culturel de l\u2019Université de Sherbrooke, Sherbrooke ABITIBI-TÉMISCAMINGUE 31 mars et 1er avril Cégep de l\u2019Abitibi-Témiscamingue, Rouyn-Noranda MAURICIE, CENTRE-DU-QUÉBEC 31 mars et 1er avril École secondaire de l\u2019Érablière, Saint-Félix-de-Valois SAGUENAY\u2013 LAC-SAINT-JEAN 22 et 23 mars Cégep de Jonquière, Jonquière QUÉBEC ET CHAUDIÈRE-APPALACHES 16 au 18 mars Collège Saint-Charles-Garnier, Québec OUTAOUAIS 10 et 11 mars Université du Québec en Outaouais, Gatineau MONTÉRÉGIE 23 au 25 mars École secondaire du Mont-Bruno, Saint-Bruno-de-Montarville CÔTE-NORD 24 au 26 mars Agora du Centre éducatif l\u2019Abri, Port-Cartier MONTRÉAL Volet primaire 12 et 13 mai Collège Reine-Marie, Montréal Volet secondaire et collégial 30 mars au 1er avril École secondaire Lucien-Pagé, Montréal MONTREAL REGIONAL SCIENCE & TECHNOLOGY FAIR 26 au 28 mars Université Concordia, EV building, Montréal FINALE QUÉBÉCOISE 20 au 23 avril École secondaire Mgr-A.-M.-Parent, Saint-Hubert Mars 2017 | Québec Science 11 «P aréidolie ».Il se pourrait que ce mot vous soit inconnu; mais ce qu\u2019il désigne vous est certainement familier.Imaginez-vous, enfant, étendu dans l\u2019herbe avec des amis, par une belle journée.Vous regardez les nuages; le ciel en est plein.Et soudain, l\u2019un de vous lance : « Ici ! La carte du Québec ! » Puis, un autre : « Ici ! Le père Noël ! » Et un troisième : « Là ! Regardez bien : un lapin ! » C\u2019est la paréidolie qui rend possible ce jeu, c\u2019est-à-dire notre capacité à discerner des formes dans un ensemble de stimulus visuels, ce qui s\u2019avère très utile pour mille raisons, par exemple pour reconnaître l\u2019animal menaçant qui s\u2019avance.Une branche relativement ancienne de la psychologie, le gestaltisme, ou psychologie de la forme, s\u2019est consacrée à étudier et à décrire comment la perception visuelle organise et met en forme les stimulus.Le gestaltisme nous a appris, par exemple, qu\u2019on tend à percevoir une image comme une forme sur un fond, et qu\u2019il arrive que fond et forme soient instables, ce qui explique qu\u2019on perçoive telle image comme représentant tantôt deux visages se regardant de profil, tantôt comme un vase (1).L\u2019étude des illusions d\u2019optique a d\u2019ailleurs été, pour le gestaltisme, un terrain de recherche privilégié (et fort amusant).Dès la Renaissance, les artistes ont pressenti certaines de ces découvertes et les ont utilisées dans leurs œuvres.C\u2019est ainsi que des fruits et des légumes, savamment disposés par Giuseppe Arcimboldo (circa 1526-1593) nous donnent à voir un visage (2).Et c\u2019est encore ainsi que Salvador Dalí fait apparaître l\u2019antiesclavagiste Voltaire dans un regroupement de personnages circulant dans Marché d\u2019esclaves avec apparition du buste invisible de Voltaire (3).Si l\u2019utilité de cette capacité à reconnaître des formes est indéniable, et source de plaisir, elle a aussi son revers.D\u2019aucuns peuvent confondre ces illusions avec un objet réel; ou encore, être tentés d\u2019y voir un acte intentionnel.Devant des nuages aux allures de lapin, personne n\u2019est dupe.Après tout, le lapin disparaît bien vite avec le mouvement des nuages et personne ne suggérera qu\u2019une quelconque entité l\u2019avait placé là, pas même pour amuser un moment les enfants.Mais il arrive que ces perceptions soient tenues pour vraies par certaines personnes qui les attribuent à diverses entités, comme un monstre marin ou une civilisation avancée.Ces attributions deviennent alors source de croyances étranges et parfois même terri?antes.DE LA PARÉIDOLIE À\u2026 N\u2019IMPORTE QUOI Nous sommes particulièrement doués pour reconnaître des visages et nombreux sont ceux qui ont cru en distinguer clairement sur des clichés (4) pris sur Mars.Ceux-ci furent bien vite interprétés comme présentant de gigantesques mo- Jésus sur une crêpe Notre capacité à discerner des visages et des formes dans des objets est amusante.jusqu\u2019à ce qu\u2019elle alimente des croyances et des complots de toutes sortes.Autodéfense intellectuelle Par Normand Baillargeon 1 2 3 4 12 Québec Science | Mars 2017 numents, apportant la preuve de l\u2019existence de civilisation martienne.En 2004, la Vierge Marie est apparue sur un sandwich au fromage grillé, lequel a semble-t-il été ?nalement vendu 28000$ sur eBay (5).On peut imaginer que l\u2019acheteur \u2013 et les nombreux parieurs qui l\u2019ont précédé aux enchères \u2013 croyait deviner, dans le hasard des formes, une intention divine.Je ne dirai rien ici de cette image de Jésus révélée sur une crêpe (6)\u2026 Ni de ce beignet dit «Mère Teresa» (7), tant il ressemble à la sainte\u2026 Ni même de ce démon qui se dessine dans les cheveux de la reine Elizabeth II sur des billets de banque canadiens (8), bien connus des numismates.Je me contenterai de remarquer combien est fréquente l\u2019iconographie religieuse dans les cas de paréidolies.Ce qui, au fond, ne surprend guère.Dans un livre intitulé Subliminal Seduction, paru en 1972, et qui a connu un grand succès, l\u2019auteur Wilson Bryan Key soutenait qu\u2019il est facile de repérer dans des publicités des images cachées, placées là pour nous in?uencer de façon subliminale.Un exemple?Le mot SEX clairement écrit (si on est indulgent) dans les glaçons d\u2019une publicité pour une marque de gin.On constate, à regret, que ce livre est préfacé par Marshall McLuhan (grand spécialiste de la communication, connu pour sa phrase «Le médium, c\u2019est le message»)\u2026 DES ÉQUIVALENTS AUDITIFS Notre capacité à percevoir, isoler et reproduire des sons nous est nécessaire pour apprendre une langue.Mais elle peut, elle aussi, nous berner.Jouées à l\u2019envers sur nos vieux 33 tours, des pièces musicales donnent à entendre, en prêtant bien l\u2019oreille (et en faisant preuve d\u2019un peu de complaisance), ce qui ressemble fort à des bouts de phrase.De là à conclure qu\u2019on les y a insérés volontairement, il n\u2019y a parfois qu\u2019un tout petit pas, allègrement franchi.Ainsi, certains sont persuadés d\u2019entendre dans une chanson des Beatles jouée à l\u2019envers, John Lennon déclarer : «Paul is dead, Man.Miss him, miss him, miss him.» Ajoutons ces supposés messages sataniques audibles sur des morceaux de Led Zeppelin diffusés à rebours.Satan est dans Stairway to Heaven ! Mais en fait, vous n\u2019entendrez pas grand-chose de tout ce qu\u2019on y dit du diable, à part peut-être son nom, tant qu\u2019on ne vous l\u2019aura pas fait remarquer.Après quoi, toutefois, vous ne pourrez plus manquer des phrases entières.Et cela nous dit quelque chose d\u2019important sur la propagation de ces légendes urbaines.C\u2019est parfois moins drôle, si j\u2019ose dire.Prenez ces gens partant à la chasse aux esprits armés d\u2019une «boîte à fantômes» qui enregistre le silence, les bruits parasites, comme des sons provenant de diverses sources, disons une radio, et y entendent, après exploration de suf?samment de données, des esprits qui leur parlent, très commodément dans une langue connue d\u2019eux! Prenez encore ceux qui, dans un enregistrement de sons qu\u2019on dit (faussement) réalisé en 1989 plusieurs kilomètres sous Terre, entendent rien de moins que les cris des damnés de l\u2019enfer, ce qui prouverait que celui-ci existe ! Décidément, on n\u2019aura pas seulement tout vu : on aura aussi tout entendu! S\u2019il y a une leçon à retenir de tout cela, c\u2019est que, en piochant dans un ensemble hétéroclite de données suf?samment grand, on risque fort de trouver quelques combinaisons d\u2019éléments qui ressemblent, plus ou moins vaguement, à quelque chose qui nous est familier.Il n\u2019est ni utile ni pertinent d\u2019y voir ou d\u2019y entendre le moindre sens et encore moins d\u2019y lire la moindre intervention, fût-elle humaine, divine ou extraterrestre.lQS Autodéfense intellectuelle 5 6 8 7 Mars 2107 | Québec Science 13 L\u2019appareil génital des femmes est source de vie, de plaisir, mais aussi de douleur, d\u2019anxiété, de honte\u2026 et de mystères scienti?ques.DOSSIER SPÉCIAL 14 Le vagin livre ses secrets 20 Les maux tabous 24 Ça fait mal, Johnny! 26 Quand les femmes voyaient rouge 28 Une vie sous hormones 35 La serviette anti-décrochage Le sexe féminin, terra incognita? 14 Québec Science | Mars 2017 Microbiote sous la ceinture LE VAGIN LIVRE SES SECRETS ans la boîte de Pétri, l\u2019amas de bactéries ne ressemblait à rien de connu.Sa forme et sa couleur ont intrigué la technicienne de laboratoire, pourtant habituée à ce type d\u2019analyses.Mais cette fois, impossible d\u2019identi?er la bactérie en culture provenant d\u2019un échantillon prélevé chez une femme souffrant d\u2019une infection vaginale.Et pour cause.Les analyses génétiques effectuées peu après par l\u2019équipe du CHU de Québec-Université Laval ont révélé qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une nouvelle espèce et même d\u2019un nouveau genre de bactérie.«Elle n\u2019a aucun cousin proche, explique Maurice Boissinot, le chercheur qui a dirigé les analyses et publié le génome complet de la bestiole en 2016.On l\u2019a baptisée Crii- bacterium bergeronii (voir l\u2019encadré à la page 16).» Fruit du hasard, cette découverte serait la microscopique pointe du grand iceberg bactérien qu\u2019est la ?ore vaginale.«Le microbiote vaginal est le micro- biote négligé.Il n\u2019existe pas de catalogue exhaustif des espèces de bactéries présentes dans le vagin, alors qu\u2019on a ce type de données pour la ?ore intestinale», déplore Maurice Boissinot.En matière de microbiotes \u2013 ces communautés de micro-organismes qui colonisent notre peau, nos entrailles et notre intimité \u2013, il y a en effet deux poids, deux mesures.Nos bactéries intestinales vivent leur heure de gloire à mesure que les chercheurs découvrent leur implication dans la digestion, le système immunitaire, le métabolisme et même le fonctionnement du cerveau.Le désormais célèbre microbiote intestinal, composé de mille milliards de bactéries, est considéré comme un organe à part entière.Au point d\u2019éclipser les autres ?ores, notamment celle qu\u2019abrite le vagin (à qui 10 fois moins d\u2019articles scienti?ques sont consacrés).«Pourtant, la ?ore vaginale a un impact énorme sur la santé des femmes et sur celle des bébés.Elle mérite d\u2019être étudiée !» s\u2019exclame le docteur Boissinot.UNE QUESTION DE SANTÉ PUBLIQUE À preuve, la vaginose bactérienne, qui se traduit par des douleurs et des pertes vaginales malodorantes, est associée, chez les femmes enceintes, à un risque accru de fausses couches, d\u2019accouchements Moins populaire que son homologue intestinal, le micro- biote vaginal n\u2019en est pas moins crucial pour la santé des femmes.Et des hommes aussi, en fait ! Par Marine Corniou D I L L U S T R A T I O N : C O R N E L I A L I Mars 2107 | Québec Science 15 E 16 Québec Science | Mars 2017 Microbiote sous la ceinture prématurés (risque multiplié par deux), d\u2019infections maternelles et néonatales graves.Et ce n\u2019est pas tout; on sait aussi que la vaginose augmente considérablement le risque de contracter et de propager des infections transmissibles sexuellement (ITS), en particulier la gonorrhée, la chlamydia et le virus du sida (VIH).Une vraie question de santé publique, donc.« Les anomalies du microbiote vaginal sont aussi graves, si ce n\u2019est plus, que celles du microbiote intestinal.Mais comme beaucoup d\u2019affections qui ne concernent que les femmes, la vaginose a reçu moins d\u2019attention en recherche », déplore Janneke van de Wijgert, épi- démiologiste au Institute of Infection and Global Health de l\u2019université de Liverpool, au Royaume-Uni.Elle est l\u2019une des spécialistes mondiales de la vaginose bactérienne et, plus largement, de la « dysbiose » (le déséquilibre du microbiote), qu\u2019elle étudie sans relâche chez des femmes d\u2019Europe et d\u2019Afrique.« Heureusement, depuis cinq ans, les choses changent.On dispose de techniques d\u2019analyse performantes et on a une meilleure compréhension de ce milieu, grâce à des études faites à grande échelle », précise-t-elle.Si le vagin commence à livrer ses secrets, c\u2019est surtout grâce à l\u2019avènement de la métagénomique, une technique qui permet de séquencer, ou de « lire » l\u2019ADN d\u2019un très grand nombre de bactéries en un temps réduit.On est désormais capable d\u2019analyser le « mi- crobiome », c\u2019est-à-dire l\u2019ensemble des génomes d\u2019un microbiote, pour repérer les espèces présentes et même connaître leurs proportions respectives.On découvre ainsi que le microbiote vaginal est beaucoup plus complexe qu\u2019on le croyait.Il y a à peine cinq ans, on considérait encore qu\u2019il n\u2019y avait que deux cas de ?gure : soit une ?ore saine, homogène, soit un chamboulement confus en cas de vaginose.« On pensait que, dans un état de bonne santé, les lac- tobacilles dominaient la ?ore », indique Jacques Ravel, codirecteur du Institute for Genome Sciences à l\u2019université du Maryland; il est l\u2019un des pionniers de l\u2019analyse de l\u2019écosystème vaginal.Ces bactéries en forme de bâtonnets étaient connues depuis 1892, grâce aux observations faites au microscope par un gynécologue allemand en avance sur son temps.Le vagin est leur ?ef : elles y produisent de l\u2019acide lactique en abondance (le pH vaginal est donc acide, autour de 4), mais aussi des composés antibactériens qui empêchent les autres espèces de proliférer.En cas de vaginose, les lactobacilles sont remplacés par des bactéries pathogènes, de type Prevotella, Gardnerella vaginalis ou encore Mycoplasma hominis, qui sont naturellement présentes dans le vagin, mais qui se mettent subitement à se multiplier.UNE BACTÉRIE EN HOMMAGE La bactérie Criibacterium bergeronii, découverte en 2016 par une équipe du CHU de Québec-Université Laval, a été nommée ainsi en l\u2019honneur du CRI, le Centre de recherche en infectiologie de l\u2019Université Laval, et de son fondateur Michel Bergeron.« On lui a fait la surprise ! » raconte le chercheur Maurice Boissinot.L\u2019hommage peut paraître surprenant \u2013 on parle tout de même d\u2019une bactérie vaginale ! \u2013, mais le professeur Bergeron n\u2019en est pas moins « honoré et profondément touché ».Il a consacré une bonne partie de sa carrière à la protection des femmes contre les infections transmissibles sexuellement. Mars 2107 | Québec Science 17 PLUSIEURS NUANCES DE GRIS Mais voilà, ce dogme binaire a été ébranlé en 2011 par la première étude génomique à large échelle, menée par Jacques Ravel auprès de 400 Américaines n\u2019ayant aucun symptôme de vaginose.Surprise: la dominance des lactobacilles est loin d\u2019être universelle.Les vagins «normaux» font preuve d\u2019une importante diversité en termes de pH et de communautés bactériennes.À tel point que les chercheurs ont pu distinguer cinq types de microbiotes; ceux dominés par l\u2019une des quatre espèces de lactobacilles L.iners, L.crispatus, L.gasseri ou L.jensenii; et le dernier type, comptant peu ou pas de lactobacilles, mais plutôt un cocktail d\u2019autres bactéries.«Cette étude a changé notre vision de ce qu\u2019est une ?ore vaginale en bonne santé, car 25% des femmes n\u2019avaient pas de lactobacilles.D\u2019après les critères utilisés en clinique, ces femmes auraient pu recevoir un diagnostic de vaginose, mais elles n\u2019avaient aucun symptôme.La situation est donc plus compliquée que ce qu\u2019on pensait», indique Jacques Ravel.Plus surprenant encore, le type de ?ore (ou «vagitype») était corrélé à l\u2019origine ethnique des femmes.Les Blanches et les Asiatiques possédaient davantage de lactobacilles (mais pas les mêmes espèces), alors que les femmes latino-américaines et afro-américaines avaient des ?ores plus diversi?ées et un pH plus élevé.Ces observations ont été con?rmées en 2014 par des chercheurs de la Virginia Commonwealth University, qui ont sé- quencé les microbiomes de 1200 femmes afro-américaines et de 400 d\u2019origine européenne.Ils ont vu émerger les cinq vagitypes, mais aussi deux autres qui n\u2019avaient pas été décrits par l\u2019équipe de Jacques Ravel.«Ce qui est clair, c\u2019est qu\u2019on ne sait pas encore quelle est la diversité \u201cnormale\u201d de la ?ore vaginale», commente Maurice Boissinot, de l\u2019Université Laval.«C\u2019est une question majeure qui n\u2019a pas encore été résolue : pourquoi, quand deux femmes ont le même microbiote vaginal sans lactobacilles, l\u2019une a-t-elle des symptômes et l\u2019autre non?» s\u2019interroge quant à lui Jacques Ravel.Histoire de compliquer les choses, des études ont démontré que la composition bactérienne peut varier grandement au cours de la vie (le nombre de lactobacilles chute après la ménopause), mais aussi d\u2019un jour à l\u2019autre, en fonction du cycle menstruel ou de facteurs indéterminés.L\u2019absence de lactobacilles est-elle une situation stable?Ou une «transition» entre une infection et le retour à la normale?Quoi qu\u2019il en soit, moult femmes vivent heureuses sans lactobacilles.Avec toutefois un talon d\u2019Achille\u2026 «Si ces femmes ont des relations protégées, il n\u2019y a pas forcément de problème.Mais elles sont tout de même plus à risque d\u2019ITS», LE CONDOM INVISIBLE Donner aux femmes le contrôle sur leur contraception, mais aussi sur leur santé sexuelle, c\u2019est l\u2019ambition de l\u2019équipe de Michel Bergeron, du Centre de recherche en infectiologie (CRI) de l\u2019Université Laval, qui a mis au point un gel vaginal baptisé le « condom invisible ».Ce gel constitue à la fois une barrière physique contre les virus (dont le VIH) et les bactéries pathogènes, mais aussi une barrière chimique, puisqu\u2019il contient des agents microbicides.« Souvent, c\u2019est à cause de l\u2019ignorance des hommes, qui refusent de mettre un condom, que les femmes attrapent des ITS.En raison de l\u2019importante surface du vagin, qui mesure environ 80 cm2, les femmes sont plus susceptibles d\u2019être contaminées que les hommes en cas de relation non protégée », explique Rabeea Omar qui coordonne ce projet au CRI.Le condom invisible est bien toléré par les femmes et ne perturbe pas le microbiote vaginal.« On travaille sur ce gel depuis 20 ans et, malheureusement, on manque de ?nancement pour la phase 3 des essais cliniques à grande échelle », déplore le microbiologiste.Maurice Boissinot (à gauche) et Michel Bergeron qui a fondé le Centre de recherche en infectiologie, il y a 42 ans.Ce dernier a consacré sa carrière à la santé sexuelle des femmes.R E N A U D P H I L I P P E 18 Québec Science | Mars 2017 Microbiote sous la ceinture prévient Jacques Ravel.Au même titre que celles qui souffrent of?ciellement de vaginose bactérienne.Car les études sont formelles : sans lactobacilles, les femmes sont plus fragiles.Celles qui ont une vaginose courent jusqu\u2019à 60 % plus de risques d\u2019attraper le VIH.Une étude menée en 2012 sur 2 200 couples africains a aussi prouvé que le risque de transmettre le virus au partenaire masculin triplait lorsque la ?ore vaginale était perturbée.La cause ?Outre le fait qu\u2019ils relâchent des antimicrobiens, les lactobacilles imposent une ambiance acide qui inhiberait l\u2019activité des lymphocytes, ces cellules immunitaires ciblées par le VIH, les rendant moins accessibles au virus.Par ailleurs, début 2016, l\u2019équipe de Jacques Ravel a publié une étude démontrant que le mucus qui tapisse les parois vaginales est une barrière beaucoup plus ef?cace contre le VIH en présence d\u2019acide lactique.Lorsque les lactobacilles baissent la garde, des bactéries pathogènes peuvent proliférer et la situation peut devenir franchement critique, comme l\u2019a révélé en 2016 une étude du Centre du programme de recherche sur le sida en Afrique du Sud (CAPRISA).La prévalence du VIH atteint dans ce pays des taux alarmants, en particulier chez les jeunes ?lles.Or, des chercheurs ont découvert qu\u2019une seule bactérie, Prevotella bivia, pouvait multiplier par 13 le risque de contracter le VIH, si elle DE PLUS EN PLUS DE CHERCHEURS LA VAGINOSE EST UNE FORME DE \u201c Les lactobacilles, bactéries en forme de bâtonnets, sont le signe d\u2019une bonne santé vaginale.Elles auraient un rôle protecteur contre les ITS et les complications de la grossesse.B M C M I C R O B I O L O G Y I R I S B O U D R E A U Mars 2107 | Québec Science 19 représentait plus de 1 % des microbes présents dans le vagin.Finalement, selon certaines estimations, près du tiers des cas de VIH pourraient être évités si les lactobacilles régnaient en maître dans tous les vagins, notamment en Afrique subsaharienne où la prévalence de la vaginose atteint parfois 60%.L\u2019Amérique du Nord n\u2019est pas épargnée : 10 % à 30 % des femmes seraient touchées \u2013 des chiffres qui, toutefois, restent débattus.Outre le risque d\u2019ITS, l\u2019absence de lactobacilles menace aussi la grossesse.Coïncidence ou non, les Afro-Améri- caines, qui ont plus souvent des ?ores vaginales hétérogènes, courent deux à trois fois plus de risque d\u2019accoucher prématurément que les Blanches.UNE FLORE IDÉALE POUR TOUTES ?L\u2019ampleur du problème laisse songeur.Comment se fait-il que, avec ou sans symptômes, autant de vagins soient le siège d\u2019un bestiaire qui les rend à ce point vulnérables?«On ne connaît toujours pas les causes de la dysbiose, ou déséquilibre bactérien.Il y a des facteurs génétiques et aussi des variations dans la réponse immunitaire qui pourraient expliquer la présence ou l\u2019absence des symptômes», reprend Janneke van de Wijgert.D\u2019autres facteurs, comme le tabagisme, la pauvreté, le recours aux douches vaginales ou la préexistence d\u2019une ITS sont également connus pour favoriser la vaginose.Mais une autre hypothèse émerge.« De plus en plus de chercheurs commencent à penser que la vaginose est une forme de maladie sexuellement transmissible.Elle pourrait être donnée par certains partenaires dont les bactéries dérégleraient la ?ore en place », avance Jacques Ravel.Dans une de ses études menées au Rwanda, Janneke van de Wijgert a d\u2019ailleurs constaté que la prévalence de la vaginose atteignait presque 70 % chez les travailleuses du sexe.«Actuellement, on ne soigne que les vaginoses symptomatiques, par un antibiotique, le métronidazole.Il faudrait peut-être changer les recommandations pour traiter toutes les femmes qui n\u2019ont pas une ?ore vaginale dominée par des lactobacilles», remarque Jacques Ravel.«C\u2019est ce qu\u2019on souhaite, con?rme Janneke van de Wijgert.Et, plus précisément, on veut privilégier l\u2019espèce L.crispatus qui sécrète plus d\u2019acide et protège mieux que l\u2019espèce L.iners, par exemple.» L\u2019enjeu est crucial, car les antibiotiques contre la vaginose règlent rarement le problème.Les rechutes sont nombreuses; jusqu\u2019à 58% dans l\u2019année qui suit le premier épisode.«En administrant aux femmes les meilleurs lactobacilles, ceux qui sont les plus résistants, cela permettrait de prendre le contrôle à long terme sur les autres bactéries», indique M.Ravel.Plusieurs traitements à base de probiotiques, de «bonnes» bactéries, sont à l\u2019étude.«Je pense que, d\u2019ici deux ou trois ans, on saura si cela prévient les récurrences de vaginose», précise Janneke van de Wijgert qui mène justement un essai clinique en Ouganda.Briser le cycle de transmission du VIH et d\u2019autres ITS, éviter fausses couches et infections, mais aussi prévenir une partie des 13 millions de naissances prématurées qui surviennent dans le monde chaque année; la mission des lactobacilles est colossale.Elle l\u2019est d\u2019autant plus que la ?ore vaginale est léguée de mère en ?lle, au moment de l\u2019accouchement.« Les études démontrent une forte corrélation entre la composition du microbiote vaginal de la mère et celui de sa ?lle, explique Jacques Ravel.Certaines jeunes ?lles n\u2019ont jamais de lactobacilles : dès leur puberté, leur microbiote ressemble à celui d\u2019une vaginose.» Un fardeau invisible qui se transmet de génération en génération.lQS HEURS COMMENCENT À PENSER QUE E MALADIE SEXUELLEMENT TRANSMISSIBLE.L\u2019ENSEMENCEMENT VAGINAL, UTILE?C\u2019est la nouvelle « mode » : pour que les bébés nés par césarienne puissent, eux aussi, hériter des bactéries de leur mère (la transmission se fait normalement lors du passage dans le vagin et au contact de l\u2019anus de la mère), certaines familles pratiquent, à la maison, un ensemencement vaginal.Le principe ?Passer sur la bouche et l\u2019anus du nouveau-né une compresse imbibée des sécrétions vaginales de sa mère.Il faut dire que plusieurs études ont démontré que les bébés nés par césarienne ont un microbiome intestinal moins diversi?é que les autres.En février 2016, des chercheurs du Imperial College London se sont inquiétés dans le British Medical Journal de cette pratique potentiellement dangereuse qui peut transmettre des bactéries pathogènes à l\u2019enfant.Surtout que les bienfaits de l\u2019ensemencement vaginal ne sont pas prouvés.Un article paru dans Nature Medicine l\u2019an dernier suggère toutefois que ce type d\u2019ensemencement effectué dans les 30 premiers jours de vie permettrait de restaurer une ?ore intestinale et cutanée plus proche de celles des enfants nés par voie vaginale.L\u2019équipe s\u2019était toutefois assurée que les mères n\u2019avaient ni streptocoques ni vaginose avant de procéder.Hélas, les chercheurs n\u2019ont pas évalué l\u2019effet de cette pratique sur la ?ore vaginale des ?llettes.\u201c 20 Québec Science | Mars 2017 Mars 2107 | Québec Science 21 Q Douleurs intimes uelle femme ne connaît pas ces crampes et ces spasmes qui reviennent tous les mois, irradiant parfois jusque dans le dos et les cuisses ?Si les femmes y sont presque toutes sujettes, pour certaines, c\u2019est un véritable calvaire; entre le tiers et la moitié d\u2019entre elles ont des symptômes modérés ou graves.D\u2019ailleurs, de 5% à 10% manquent l\u2019école ou le boulot chaque mois à cause de ces douleurs, appelées « dysménorrhées primaires ».Ce serait la principale cause d\u2019absentéisme au travail chez les femmes, rien de moins! «C\u2019est un gros problème de société», con?rme Odette Pinsonneault, gynécologue-obstétricienne au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke et professeure à l\u2019Université de Sherbrooke.Pourquoi diantre ces femmes souffrent-elles autant en raison d\u2019un phénomène aussi naturel?«Pour ça, je n\u2019ai pas la réponse!» dit la docteure Pinsonneault, avant de nous renvoyer à Mère Nature pour des explications.Si la science ignore pourquoi ces tiraillements accompagnent les règles, elle en étudie néanmoins les mécanismes.La douleur est principalement due aux contractions utérines qui facilitent l\u2019évacuation des menstruations.Ces contractions intenses s\u2019accompagnent d\u2019une constriction des vaisseaux sanguins, ce qui réduit l\u2019apport en oxygène dans les tissus de l\u2019utérus.«Ce peut être douloureux, comme lorsqu\u2019il y a un manque d\u2019oxygène dans le cœur, lors d\u2019un infarctus», explique la docteure Pinsonneault qui a rédigé la directive clinique de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) sur le sujet, en 2005, avec des collègues.En cas de douleurs importantes, le tonus de l\u2019utérus est augmenté, de même que la fréquence et l\u2019amplitude des contractions.Plusieurs molécules déclenchent ces spasmes.Les plus actives sont les prostaglandines.Produites notamment par l\u2019endomètre, le revêtement interne de l\u2019utérus, elles forcent le muscle utérin à se contracter.Chez certaines femmes, le taux de prostaglandines est plus élevé.Il y aurait même une relation directe entre la quantité de prostaglandines relâchées et la sévérité des symptômes de dysménorrhée.« Cela peut générer des contractions très fortes, plus fortes que des contractions d\u2019accouchement », assure la docteure Pinsonneault.L\u2019INFLAMMATION EN CAUSE?Cela étant dit, « il est possible que de multiples autres facteurs jouent un rôle dans la perception et la gravité de la douleur», selon la SOGC.On sait par exemple que d\u2019autres molécules, comme les cytokines et les leucotriènes, sont impliquées dans la dysménorrhée.Leur point commun?Elles contribuent à l\u2019in?ammation, laquelle commence parfois avant les règles\u2026 C\u2019est le fameux SPM (syndrome prémenstruel) qui toucherait 80% des femmes.Il se manifeste par quelque 150 symptômes différents, dont les principaux (changement dans l\u2019humeur; crampes abdominales et maux de dos; modi?cation de l\u2019appétit, gain de poids et gon?ements; douleurs aux seins) auraient tous un lien avec l\u2019in?ammation, LES MAUX TABOUS Chaque mois, bon nombre de femmes subissent une tempête dans le bas-ventre.Des douleurs dont on parle peu et qui restent mal comprises.Par Mélissa Guillemette I L L U S T R A T I O N : C O R N E L I A L I Douleurs intimes 22 Québec Science | Mars 2017 selon une étude publiée en 2016 dans le Journal of Women\u2019s Health.À partir de données recueillies auprès de plus de 3 000 femmes américaines d\u2019origines ethniques diverses et âgées de 42 à 52 ans, l\u2019équipe a constaté un taux plus élevé de la protéine C réactive dans le sang de celles ayant des symptômes de SPM.Cette protéine est produite par le foie à la suite d\u2019une in?ammation.« On ne sait toutefois pas si l\u2019in?ammation vient d\u2019abord, et cause ces symptômes ensuite, ou si ces deux phénomènes sont concomitants, explique Ellen B.Gold, auteure principale de l\u2019étude et professeure à l\u2019université de Californie à Davis.Et peut-être que les symptômes eux-mêmes occasionnent l\u2019in?ammation, quoique ce soit moins plausible.» Son équipe a aussi noté que les femmes issues de certaines communautés déclaraient moins souvent des malaises \u2013 c\u2019est le cas des femmes d\u2019origine chinoise et japonaise \u2013, tandis que les Latino-Américaines étaient les plus enclines à en rapporter.«Peut-être que des différences ethniques in?uent sur l\u2019in?ammation, comme il y a en a pour beaucoup d\u2019autres aspects de la santé, dit la professeure Gold.Il y a aussi un côté culturel à ne pas négliger: la littérature scienti?que démontre que certaines cultures rapportent plus les symptômes prémenstruels, et d\u2019autres moins.» MYSTÈRE À PERCER Par ailleurs, si des femmes souffrent pendant leurs menstruations, «certaines sont énergisées, tandis que d\u2019autres ne ressentent aucune différence», souligne Gillian Einstein, neuroscienti?que et pro- fesseure au département de psychologie de l\u2019université de Toronto.On est donc loin d\u2019avoir fait la lumière sur la question.Cette méconnaissance re?ète peut-être un manque de recherche dans le domaine.Pourtant, la dysménorrhée primaire est le problème gynécologique le plus fréquent.«Il y a eu plus d\u2019études sur l\u2019humeur des femmes [en lien avec le SPM] que sur les crampes menstruelles», reconnaît Gillian Einstein (voir l\u2019encadré ci-contre).Selon une compilation effectuée par la chercheuse américaine Karen Berkley en 2013, seuls 0,1% des articles scienti?ques concernant la douleur présents dans les bases de données PubMed et Science- Direct portaient sur la dysménorrhée.Ces études se retrouvent surtout dans des journaux dédiés à la santé féminine (28%) et très peu dans les revues sur la douleur (3%).Des chiffres qui suggèrent que le problème passerait sous le radar des spécialistes de la douleur, estime la professeure Berkley.Pourtant, plusieurs études, dont une publiée en 2016 dans le Journal of Obstetrics and Gynaecology Canada, ont révélé que les femmes qui éprouvent des malaises importants pendant leurs IL Y A EU PLUS D\u2019ÉTUDES SUR L\u2019HUMEUR DES FEMMES [EN L \u201c LA FIN D\u2019UN MYTHE ?Les femmes deviennent-elles grognonnes ou pleurnichardes pendant le SPM ?Le mythe a la vie dure et, pourtant, rien n\u2019est moins sûr, ont constaté Gillian Einstein, de l\u2019université de Toronto, et des collègues après avoir complété une revue de la littérature publiée en 2012.Au ?nal, seules 15 % des 41 études parcourues établissaient un lien direct entre l\u2019humeur et la période prémenstruelle.Même ces 15 % sont à prendre avec précaution, selon eux, car les participantes étaient généralement au courant du sujet de recherche, ce qui a pu biaiser leurs réponses en faveur du mythe.Gillian Einstein a mené une étude similaire avec 19 participantes qui ne connaissaient pas le sujet de l\u2019expérience.Elles devaient décrire leur humeur pendant six semaines, tandis que des analyses de leur urine permettaient de connaître leur cycle ovarien au jour le jour et de véri?er s\u2019il y avait un lien avec leurs états d\u2019âme.« En moyenne, les femmes n\u2019étaient pas affectées », dit la neuroscienti?que.Il faudra néanmoins plus d\u2019études de qualité pour trancher la question qui est encore controversée.Il faut préciser que ces travaux ne nient pas l\u2019existence du trouble dyspho- rique prémenstruel, un trouble de l\u2019humeur qui toucherait de 3 % à 5 % des femmes.Celles qui en souffrent ne lui trouvent rien de mythique\u2026 I R I S B O U D R E A U menstruations sont souvent plus sensibles à la douleur en général.Elles ont davantage de problèmes de douleur chronique que les autres femmes : syndrome du côlon irritable, maux de dos, cystite interstitielle, syndrome de la fatigue chronique, endométriose, maux de tête chroniques, ?bromyalgie, douleurs à la mâchoire, douleurs pelviennes ou vulvodynie.Ces douleurs sont-elles liées ?Peut- être, si l\u2019on se ?e aux travaux de Gillian Einstein: «Nous avons fait une revue de la littérature pour voir si les problèmes de douleurs chroniques suivaient le cycle menstruel des femmes.Nous avons constaté que les études cliniques sur le sujet démontrent bien une corrélation entre les niveaux d\u2019œstrogène et de douleur.Quand le taux d\u2019œstrogène est élevé, la douleur est moindre.C\u2019est pourquoi, pour plusieurs affections, les hormones sont une bonne option de traitement.» Cependant, en évaluant les dossiers médicaux d\u2019une clinique de la douleur de Toronto, son équipe a constaté que les praticiens n\u2019interrogeaient pas leurs patientes sur leur cycle ovarien.Ils ne leur demandaient pas si leur douleur variait pendant leur cycle menstruel ou si elles prenaient des anovulants.«Il faut plus d\u2019études pour que cela se transpose dans les pratiques médicales», pense la professeure.CERCLE VICIEUX Certaines douleurs chroniques résulteraient-elles du fait que les femmes ont leurs règles beaucoup plus souvent au cours de leur vie?Après tout, celles-ci surviennent plus tôt, la ménopause arrive plus tard et les femmes portent moins d\u2019enfants entre les deux.Ces changements sont survenus si vite au cours de l\u2019évolution que le corps n\u2019aurait pas eu le temps de s\u2019adapter.C\u2019est du moins l\u2019hypothèse étonnante de chercheurs qui s\u2019intéressent aux douleurs pelviennes chroniques, et qui a été publiée en 2016 dans l\u2019American Journal of Obstetrics and Gynecology.Selon eux, la dysménorrhée sévère rendrait les femmes un peu plus sensibles \u2019HUMEUR DES FEMMES [EN LIEN AVEC LE SPM] QUE SUR LES CRAMPES MENSTRUELLES.\u201c LES RÈGLES QUI SE DÉRÈGLENT Parfois confondue avec des douleurs menstruelles, l\u2019endométriose touche de 5 % à 10 % des femmes en âge de procréer; soit au moins 1 million d\u2019adolescentes et de femmes au Canada.Au programme, des douleurs pelviennes intenses et parfois des problèmes de fertilité.Cette maladie est causée par un dérèglement de l\u2019endomètre, cette muqueuse qui s\u2019épaissit chaque mois dans l\u2019utérus en prévision d\u2019une éventuelle conception, avant d\u2019être évacuée avec les règles quand la conception n\u2019a pas eu lieu.Chez les femmes atteintes d\u2019endométriose, ce tissu se forme aussi en dehors de l\u2019utérus, sur les ovaires ou les trompes de Fallope, par exemple, et parfois sur des organes voisins comme la vessie ou le côlon.Même « délocalisées », les cellules endométriales sont in?uencées par les hormones ovariennes.La douleur est ainsi plus vive pendant les règles.L\u2019endométriose est un trouble insidieux et dif?cile à identi?er : il s\u2019écoule généralement entre 7 et 12 ans entre le premier signalement par la patiente et le diagnostic, selon la SOGC.« Ça ne veut pas dire que des traitements n\u2019ont pas été essayés durant cette période », tempère Odette Pinsonneault, gynécologue-obstétricienne au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke.Il faut dire que, pour con?rmer le diagnostic, on doit généralement examiner l\u2019intérieur du corps par laparoscopie.Les spécialistes peuvent néanmoins suggérer la prise d\u2019une contraception orale pour apaiser les douleurs et ralentir la progression de la maladie, même sans être 100 % sûrs du diagnostic.Dans certains cas, une chirurgie est indiquée pour enlever les cellules en cavale.Mais ce n\u2019est qu\u2019un soulagement temporaire, le problème revenant peu à peu.On ne sait pas encore ce qui cause cette maladie, mais plusieurs hypothèses ont été émises.Peut-être que le ?ux menstruel refoulant dans les trompes de Fallope, puis vers l\u2019abdomen, joue un rôle, explique le docteur Togas Tulandi, chercheur à l\u2019Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et clinicien au Centre de reproduction du CUSM.« Ces menstruations, dites rétrogrades, sont très communes; la plupart des femmes en ont.La question est de savoir pourquoi, chez certaines d\u2019entre elles, le corps se débarrasse de ces cellules, tandis que, chez d\u2019autres, cela cause de l\u2019endométriose ?Un système immunitaire dé?cient pourrait expliquer cette différence », dit celui qui a écrit un livre sur l\u2019endométriose.Le docteur Tulandi cherche par ailleurs à comprendre comment les cellules de l\u2019endomètre s\u2019installent sur des organes éloignés de l\u2019utérus.« Le tissu se propage peut- être par voie lymphatique », avance le chercheur, qui étudie présentement les rares cas d\u2019endo- métriose qui touchent\u2026 les poumons ! Des études devront aussi expliquer pourquoi certaines femmes ont de l\u2019endométriose sans éprouver de douleur.Une énigme dont la résolution pourrait fournir les clés d\u2019un traitement pleinement ef?cace.Mars 2107 | Québec Science 23 24 Québec Science | Mars 2017 Douleurs intimes Dans la longue liste des maladies mentales compilées par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, on trouve les douleurs féminines inexpliquées pendant les relations sexuelles.La bible des psychiatres les a baptisées « trouble lié à des douleurs génito-pelviennes ou à la pénétration ».Étrangement, un tel diagnostic n\u2019existe plus pour les hommes depuis la dernière révision du document en 2013.« C\u2019est controversé, mais certains diraient que c\u2019est de la psychologisation des douleurs gynécologiques des femmes », indique Sophie Bergeron, directrice du Laboratoire d\u2019étude de la santé sexuelle de la femme et professeure au département de psychologie de l\u2019Université de Montréal.« Pour les hommes, on aura plutôt recours à une explication médicale.On parlera alors de douleurs pelviennes liées à la prostate, alors qu\u2019on ne sait même pas si elles y sont vraiment liées ! » La vestibulodynie, la douleur vulvaire la plus fréquente, touche de 8 % à 21 % des femmes en Amérique du Nord.Elle est caractérisée par une douleur à l\u2019entrée du vagin.Pour la majorité, elle apparaît lorsqu\u2019une pression est exercée sur la région, lors de la pénétration, par exemple.Les scienti?ques n\u2019en connaissent pas encore les causes, mais ils soupçonnent notamment les infections vaginales à répétition de sensibiliser les récepteurs de la douleur.Une étude canadienne de 2009 laisse croire que les femmes touchées par la vestibulodynie sont plus sensibles à la douleur en général.Les muscles du plancher pelvien, excessivement tendus chez les femmes affectées, auraient peut- être aussi un rôle à jouer, tout comme des facteurs génétiques.MALAISE CHEZ LE MÉDECIN Beaucoup de femmes, surtout les plus âgées, vivent avec ce problème sans en parler à leurs médecins.Ces derniers ne leur tirent pas nécessairement les vers du nez non plus.Parler sexualité avec leurs patientes gêne des praticiens, affirme Sophie Bergeron.Des études américaines l\u2019ont démontré et la situation semble être la même au Québec, selon la psycho- ÇA FAIT MAL, JOHNNY ! Plusieurs femmes éprouvent une douleur à la vulve pendant les relations sexuelles sans qu\u2019une cause médicale puisse l\u2019expliquer.Ce n\u2019est pas pour autant un mal imaginaire.Par Martine Letarte et Mélissa Guillemette à la douleur chaque mois.«Le système nerveux devient hyperexcitable, c\u2019est- à-dire qu\u2019il répond plus fortement à un signal de douleur donné et alors un cercle vicieux s\u2019installe», a expliqué Lars Arendt-Nielsen, coauteur de l\u2019article et professeur à l\u2019université d\u2019Aalborg, au Danemark.Il a d\u2019ailleurs pu observer le phénomène à petite échelle, sur un groupe de 181 femmes ayant des douleurs pelviennes chroniques.Ces dernières se sont soumises à des tests de seuil de douleur (une pression exercée sur la peau).Celles qui ont souvent eu des douleurs menstruelles sévères dans leur vie ont éprouvé davantage d\u2019inconfort à la pression.COMBATTRE LE FEU PAR LES ANTI-INFLAMMATOIRES À défaut de pouvoir prévenir les douleurs menstruelles, il existe des moyens pour les combattre.Les anti-in?am- matoires non stéroïdiens réduisent la production de prostaglandines, ces agents qui stimulent les contractions utérines.«Il faut prendre de l\u2019ibupro- fène ou du naproxène \u2013 pas du Tylenol ni du Myodol ! \u2013 avant le début des symptômes», dit la docteure Odette Pinsonneault.Sinon, il est trop tard, car les prostaglandines sont déjà en action.Il faut également les prendre de façon régulière pendant toute la période qui est habituellement douloureuse.«S\u2019il n\u2019y a plus de douleur, ça veut dire que ça marche, ajoute la gynécologue- obstétricienne.Il faut continuer !» Malheureusement, ce ne sont pas toutes les femmes qui peuvent avoir recours à ces anti-inflammatoires et, pour certaines (environ 20 % à 25%), le traitement n\u2019est pas complètement efficace.Sinon, il y a la pilule contraceptive, reconnue pour sa capacité à réduire les douleurs menstruelles, en diminuant la production de prostaglandines.Il reste que beaucoup de femmes ne consultent tout simplement pas, croyant qu\u2019il est normal de souffrir mensuellement, déplore Gillian Einstein: «Aucune douleur ne devrait être considérée comme normale ou comme étant le lot des femmes.» lQS I R I S B O U D R E A U Mars 2107 | Québec Science 25 logue.« Ils ne reçoivent pas beaucoup de formation.Même des gynécologues et des urologues sont mal à l\u2019aise ! Ils sont aussi submergés.Ils passent peu de temps avec la patiente, si bien que le gynécologue moyen ne pose pas la question \u201cAvez-vous des douleurs pendant les relations sexuelles ?\u201d dans son examen de routine.» Quand elles abordent en?n la question, les patientes doivent souvent consulter plusieurs médecins avant d\u2019obtenir un diagnostic, selon Mélanie Morin, phy- siothérapeute et professeure à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l\u2019Université de Sherbrooke.C\u2019est que tous les praticiens ne connaissent pas cette affection.« Le médecin peut dire : \u201cJe ne vois pas d\u2019infection, tout est beau à l\u2019examen gynécologique\u201d.Ça n\u2019ira alors pas plus loin, parce qu\u2019il estime avoir exclu les troubles graves », explique la chercheuse.Le médecin qui est familier avec la vestibulodynie pratiquera plutôt le test du coton-tige, au cours duquel il exerce une pression à l\u2019entrée du vagin, une fois que toutes les autres causes sont écartées.«Si ça provoque une douleur comme celle ressentie lors d\u2019une relation sexuelle, il peut poser un diagnostic », dit Mme Morin.ESSAIS ET ERREURS Les praticiens peuvent toutefois se retrouver démunis devant les options de traitement; il faut procéder par essais et erreurs.Il existe des médicaments, mais ils ne fonctionnent pas pour toutes les femmes.Dans certains cas, le bout de chair sensible est carrément retiré lors d\u2019une chirurgie.Mélanie Morin a quant à elle démontré, dans une étude menée auprès de 212 participantes, l\u2019ef?cacité de la physiothérapie, en comparaison avec un analgésique topique.Plus de 79 % des participantes ont dit que la douleur a été grandement réduite après 10 séances de physiothérapie, au cours desquelles elles faisaient des exercices de contrôle des muscles du plancher pelvien et des étirements.« Pour l\u2019analgésique topique, une amélioration était observée dans 40% des cas », précise la chercheuse.Il reste que la physiothérapie, en clinique privée, n\u2019est pas accessible à toutes les bourses.On réalise, depuis quelques années seulement, que les psychologues peuvent aussi aider ces patientes.Deux essais cliniques randomisés (dont un publié en 2016 par Sophie Bergeron) ont démontré l\u2019ef?cacité de la thérapie cognitivo-com- portementale dans le traitement de ces douleurs inexpliquées pendant les relations sexuelles.Puisque cette avenue est encore assez nouvelle, le nombre de psychologues qui l\u2019offre est faible.Ces derniers ne cherchent pas les causes dans le passé de leurs patientes, ce qui équivaudrait encore à une « psycholo- gisation » du problème.Par ailleurs, ce type de thérapie est utilisé pour apaiser, avec succès, d\u2019autres douleurs chroniques dans les cliniques spécialisées.« On cible les facteurs qui maintiennent la douleur chronique en place, et on aide les femmes dans leur détresse, car elles se sentent souvent coupables, inadéquates », dit Sophie Bergeron.lQS en partenariat avec Du 5 au 11 août RÉSERVEZ > Prix avantageux d\u2019ici le 19 juin > Promotion En gang, on y gagne veloquebecvoyages.com 514 521-8356 > 1 800 567-8356, poste 506 Le scénario de vos vacances! Imaginez une semaine de vacances à vélo, du Saint-Laurent aux Appalaches, entre Montmagny, Saint-Damien-de-Buckland et Saint-Georges.Être actif, respirer, proiter du moment présent.Le scénario de vos vacances! P h o t o s : M a g a l i e D a g e n a i s , F r a n ç o i s P o i r i e r 26 Québec Science | Mars 2017 Règles d\u2019antan Qui se chargeait d\u2019expliquer aux adolescentes les changements qui survenaient dans leur corps au début du siècle dernier?Souvent, les ?lles n\u2019avaient jamais entendu parler des menstruations quand elles y étaient confrontées.C\u2019était le drame; certaines se croyaient gravement malades.Elles questionnaient leur mère qui les renvoyait parfois à la bonne ! Les explications étaient très succinctes, du genre : « Ça sert pour les bébés.» Il ne fallait pas que ça se sache ni que ça se voie.Je me demande comment les femmes et les ?lles faisaient pour que cela passe inaperçu, alors que les familles étaient nombreuses et vivaient dans des espaces restreints.Des témoignages évoquent toute la dif?culté à entretenir les guenilles [qui servaient à absorber le sang] en cachette.Le sang, ça tache ! Il fallait les laver à l\u2019eau de Javel.Et les étendre pour qu\u2019elles sèchent ! On trouve par ailleurs ce tabou en France, aux États-Unis et dans le reste du Canada aussi.Il dominait dans toutes les sociétés occidentales.Qu\u2019est-ce qui gênait tant les femmes, au point de ne pas être à l\u2019aise d\u2019en parler même entre elles?C\u2019était certainement honteux; les menstruations n\u2019étaient pas vues comme quelque chose de naturel.On utilisait d\u2019ailleurs parfois des termes évoquant la maladie pour désigner les règles : être «dans ses mauvais jours» ou « indisposée».J\u2019ai répertorié plusieurs autres expressions que les femmes utilisaient, probablement entre elles, pour désigner les menstruations de façon indirecte.Certaines ont un lien avec la couleur rouge: on disait «Les Anglais sont arrivés», car l\u2019uniforme anglais était de cette couleur.Ou «le cardinal», dont l\u2019habit sacerdotal était rouge.Des femmes disaient aussi «voir rouge», ou encore que « l\u2019armée rouge est en ville».Il y avait le même tabou pour la grossesse ou l\u2019accouchement; on ne disait pas les vrais mots.Ainsi, une femme n\u2019était jamais enceinte; elle était «partie pour la famille».Tout ce qui avait un lien avec la sexualité ne devait pas être nommé.Pourtant, ce phénomène revient tous les mois\u2026 Attention: les femmes étaient quasiment tout le temps enceintes ou allaitantes, à l\u2019époque.On dit que certaines pouvaient compter sur les doigts de leurs mains le nombre de fois où elles avaient eu leurs règles au cours de leur vie ! L\u2019Église était-elle pour quelque chose dans le maintien de ce secret?Probablement, oui.Elle prônait beaucoup la négation du corps; il ne fallait pas avoir de plaisir.Il fallait se contrôler.Or les menstruations représentaient un déséquilibre.Encore aujourd\u2019hui, parler de menstruations provoque un malaise.Mais ce n\u2019est rien à côté de l\u2019interdit qui entourait le sujet pendant la première moitié du XXe siècle au Québec, assure l\u2019ethnologue Suzanne Marchand qui s\u2019intéresse aux pratiques et croyances liées au corps humain.Elle a fouillé dans des archives et des documents autobiographiques pour comprendre comment les Québécoises vivaient « l\u2019arrivée du cardinal » entre 1900 et 1950.Ses trouvailles en disent long sur l\u2019histoire d\u2019un grand tabou.Propos recueillis par Mélissa Guillemette QUAND LES FEMMES R E N A U D P H I L I P P E Mars 2107 | Québec Science 27 Les médecins avaient-ils une vision plus juste du phénomène?Pas vraiment.On a cru pendant longtemps que le sang menstruel servait à nourrir le fœtus de la femme enceinte et ensuite à produire le lait maternel.Le reste du temps, il fallait que ça sorte.Sinon, la femme pouvait s\u2019empoisonner avec ce sang impur.J\u2019ai trouvé le témoignage d\u2019une femme qui raconte que, à 17 ans, elle n\u2019avait toujours pas ses règles.Sa mère l\u2019a emmenée chez le médecin qui lui a dit que si elles n\u2019arrivaient pas, elle en mourrait.Pas rassurant du tout ! La ménopause arrivait-elle comme une libération?Ce n\u2019était pas nécessairement plus joyeux! Quand les menstruations s\u2019arrêtaient, on présumait que tout ça restait à l\u2019intérieur.La femme pouvait devenir «contagieuse».Le sang menstruel était donc porteur de dangers.Les relations sexuelles étaient à proscrire pendant les menstruations.On disait qu\u2019un enfant conçu au cours de cette période naîtrait handicapé\u2026 ou roux.Quant à l\u2019homme, il risquait de devenir chauve ou impuissant; de quoi décourager n\u2019importe quel gars! On attribuait d\u2019autres pouvoirs néfastes au sang menstruel.La femme ayant ses règles pouvait détériorer la nourriture; « les gâteaux ne lèvent pas, les sauces se gâtent et les conserves surissent », disait-on, par exemple.Selon certains, le sang pouvait même servir à concocter des philtres d\u2019amour! Les serviettes hygiéniques jetables ont fait leur apparition au Québec dans les années 1920.Était-on heureuse de se débarrasser des guenilles?C\u2019était très dif?cile de promouvoir ce produit.Il fallait en parler sans mentionner les menstruations! Les publicités présentaient souvent des in?rmières, dont la présence est rassurante.On utilisait la caution de la science pour passer le message.Mais pour acheter les serviettes, il fallait avoir de l\u2019argent.C\u2019est pourquoi les femmes issues des milieux riches les ont d\u2019abord utilisées.D\u2019ailleurs, dans les publicités, l\u2019in?rmière est généralement aux côtés d\u2019une femme aisée.Trouver des serviettes était aussi dif?- cile.Elles n\u2019étaient pas vendues partout et, même quand c\u2019était le cas, les boîtes étaient cachées.Les jeunes ?lles étaient gênées de les demander au comptoir du magasin général ! La Deuxième Guerre mondiale a beaucoup contribué à rendre la serviette hygiénique populaire.Désormais employées dans les usines, les femmes appréciaient leur côté pratique.Et elles pouvaient en?n se les offrir grâce à leur salaire.Quant aux tampons, il a fallu 20 ans pour que les femmes les adoptent, ?nalement, dans les années 1960.Pourquoi?L\u2019Église n\u2019aimait pas ça.Perdraient-elles leur hymen?Et si les femmes se mettaient à se masturber?Mais en réalité, les tampons existaient depuis très longtemps sans être commercialisés; des femmes s\u2019en fabriquaient depuis la nuit des temps.L\u2019ethnologue Suzanne Lussier a recueilli le témoignage d\u2019une femme qui se servait d\u2019une sorte de bouchon de liège de la taille parfaite! À quel moment les menstruations sont-elles devenues moins taboues au Québec?Avec la libération sexuelle des années 1960 et 1970, et le mouvement féministe.Les féministes ont beaucoup étudié la perception du corps des femmes et de leur santé.Dans les années 1970 et 1980, certaines familles ont commencé à souligner l\u2019arrivée des premières menstruations.Comme un rite de passage.Mais, encore aujourd\u2019hui, on a une vision très négative des menstruations.À preuve: les publicités insistent toujours sur le fait qu\u2019il ne faut pas que ça paraisse\u2026 lQS MES «VOYAIENT ROUGE» Pharmacopée au féminin 28 Québec Science | Mars 2017 UNE VIE SOUS HOR C\u2019est l\u2019une des plus grandes révolutions médicales et sociales du XXe siècle.La « pilule » fait aujourd\u2019hui partie du quotidien de 100 millions de femmes dans le monde.Pourtant, ses effets secondaires préoccupent toujours les principales intéressées qui se questionnent aussi sur les risques à long terme.Et une fois la pilule mise au placard, ce sont les symptômes gênants de la ménopause que les femmes combattent à coups d\u2019hormones ! À quel prix ?Québec Science a fait le tour des recherches sur le sujet pour vous donner l\u2019heure juste.Par Marine Corniou Quels sont les risques cardiovasculaires ?1 Deux études, publiées en 2009 dans le British Medical Journal, ont semé le doute quant aux liens entre les contraceptifs oraux et le risque de caillots sanguins.C\u2019est au- jourd\u2019hui con?rmé: les pilules dites de quatrième génération Yaz et Yasmin, des laboratoires Bayer, sont associées à un risque accru de thrombose veineuse (caillot bloquant une veine) et d\u2019embolie pulmonaire.En témoignent les quelque 10 000 procès intentés à ce jour contre la compagnie pharmaceutique, aux États- Unis, par des femmes ayant subi de graves thromboses imputables à cette contraception.Au Canada, ces pilules sont soupçonnées d\u2019avoir entraîné au LA PILULE DURE À AVALER Mars 2107 | Québec Science 29 moins 23 décès et la justice a été saisie en Colombie-Britannique, en Ontario et en Saskatchewan.Selon un avis de Santé Canada datant de 2012, Yaz et Yasmin, qui contiennent un progestatif appelé drospirénone, sont en effet associées à un risque de caillots sanguins de 1,5 à 3 fois plus élevé que d\u2019autres contraceptifs oraux.Car en réalité, le risque concerne toutes les pilules; cela est connu depuis les années 1960.En moyenne, la prise de contraceptifs hormonaux multiplie par deux ou par trois le risque de thrombose, surtout pendant les trois premiers mois d\u2019utilisation.Elle augmente aussi le risque d\u2019accident vasculaire cérébral (AVC) et d\u2019infarctus du myocarde.C\u2019est pourquoi la pilule n\u2019est généralement pas conseillée chez les fumeuses de plus de 35 ans.Le hic, c\u2019est que les pilules dites de troisième génération (contenant du désogestrel ou du gestodène) et celles contenant de la drospirénone (dites de quatrième génération) doublent encore ce risque.En 2016, une étude menée sur 5 millions de femmes françaises a con?rmé que les pilules de troisième génération étaient associées à un risque d\u2019embolie pulmonaire respectivement 2,2 fois et 1,6 fois plus grand que celles dites de deuxième génération.La dose d\u2019œstrogène associée joue aussi un rôle : le risque d\u2019embolie est 25 % moins important avec les pilules contenant 20 microgrammes (µg) d\u2019œstrogène par rapport à celles en comptant 30µg ou 40µg; tandis que le risque d\u2019infarctus est de 44% plus faible lorsque le dosage est bas.Malgré ces inquiétudes, les thromboses restent rares.Par exemple, le risque est de 2 sur 10000 chez les femmes sous contraceptif de deuxième génération; à titre de comparaison, il est d\u2019environ 6 sur 10000 pendant la grossesse! Quant aux femmes plus à risque, soit les fumeuses de plus de 35 ans, elles ont environ 1 chance sur 5200 de mourir à cause de la pilule.Cela équivaut, en gros, au risque de mourir d\u2019un accident de voiture.SOUS HORMONES Pas LA pilule, mais DES pilules Il existe au Canada 125 contraceptifs oraux qui diffèrent selon le type d\u2019hormones et leur dosage.Toutes ces « pilules » fonctionnent en bloquant l\u2019ovulation de façon réversible.L\u2019apport d\u2019hormones permet en quelque sorte d\u2019« endormir » les glandes cérébrales (hypothalamus et hypophyse) qui sont les chefs d\u2019orchestre déclencheurs de l\u2019ovulation.Il existe deux types de pilules : A.Les pilules microprogestatives qui ne contiennent qu\u2019un progestatif, le lévonorgestrel.B.Les pilules dites « combinées » qui contiennent deux types d\u2019hormones : un œstrogène (éthinyl-œstradiol ou œstradiol) et un progestatif.La nature de ce progestatif varie selon la « génération » de pilule.Les différentes « générations » sont arrivées l\u2019une après l\u2019autre sur le marché.Génération / Progestatif 1 Norésthistérone 2 Lévonorgestrel ou norgestrel 3 Désogestrel, gestodène et norgestimate 4 Drospirénone, chlormadinone, diénogest ou nomégestrol 30 Québec Science | Mars 2017 Pharmacopée au féminin La pilule fait-elle déprimer ?2 La pilule peut-elle influencer l\u2019humeur ?C\u2019est ce que suspectent de nombreuses femmes qui se sentent moins enjouées lorsqu\u2019elles la prennent.Une vaste étude menée au Danemark et publiée en 2016 dans JAMA Psychiatry semble leur donner raison.Les chercheurs de l\u2019université de Copenhague ont suivi plus de 1 million de femmes âgées de 15 à 34 ans entre 2000 et 2013.Ils ont remarqué que celles qui prenaient la pilule étaient 23 % plus susceptibles de prendre aussi des antidépresseurs (et d\u2019avoir reçu un diagnostic de dépression).Cette observation est encore plus marquée chez les adolescentes de 15 à 19 ans : celles qui prennent la pilule combinée voient leur risque de dépression augmenter de 80% par rapport à celles qui ne prennent pas la pilule.En?n, le risque est encore plus important chez les femmes utilisant un patch contraceptif ou un anneau vaginal.Si la cause n\u2019est pas clairement établie, on sait toutefois que les œstrogènes ont un impact sur le niveau de dopamine et de sérotonine dans le cerveau, des neurotransmetteurs qui modulent l\u2019humeur.Les risques de cancer sont-ils accrus ?3 Étant donné que de nombreux cancers peuvent être «nourris» par les hormones, la question du lien entre contraceptifs hormonaux et cancers s\u2019est toujours posée.D\u2019innombrables études ont été conduites, aux résultats souvent contradictoires.Selon le Centre international de recherche sur le cancer, les pilules combinées entraîneraient une légère hausse du risque de cancers du col de l\u2019utérus, du foie et du sein (pour ce dernier, le risque passe de 1,5% à 1,9% pour une femme de 40 ans).La pilule mi- croprogestative ferait, elle aussi, augmenter le risque de cancer du sein et de l\u2019utérus.En 2010, une étude de l\u2019université de Boston menée auprès de 50000 femmes afro-américaines révélait que la pilule était associée à un risque accru (65%) de développer un cancer du sein «triple négatif», particulièrement agressif.Il faut toutefois mettre ces résultats en perspective : le tabac augmente de 2000% le risque de cancer du poumon, par exemple.En outre, 10 ans après l\u2019arrêt de la pilule, le risque redevient équivalent à celui des femmes ne prenant pas d\u2019hormones.En?n, pour certains cancers (ovaires Environ 1,3 million (16 %) de femmes de 15 à 49 ans utilisaient un contraceptif oral au moment de l\u2019Enquête canadienne sur les mesures de la santé (2007 à 2011) de Statistique Canada.La prévalence de l\u2019utilisation des contraceptifs oraux diminue avec l\u2019âge; 30 % des 15 à 19 ans en prennent, contre 3 % des 40 à 49 ans. ET QU\u2019EN EST-IL DE L\u2019HORMONOTHÉRAPIE, À LA MÉNOPAUSE ?Bouffées de chaleur, sudation nocturne, sécheresse vaginale, troubles du sommeil : la ménopause s\u2019accompagne de nombreux inconforts causés par l\u2019arrêt de la production des hormones ovariennes.Il y a un siècle, on proposait d\u2019ailleurs aux femmes d\u2019ingérer des ovaires frais de vache pour compenser cette absence hormonale en cas de symptômes gênants ! Si le traitement d\u2019aujourd\u2019hui est moins farfelu, le principe demeure le même : administrer des œstro- gènes et de la progestérone (sous forme de pilules, patchs, implants, gels).La pertinence du traitement hormonal de la ménopause (THM) fait toutefois l\u2019objet de débats depuis plusieurs années.En 2002, une vaste étude a semé la confusion et le doute, y compris chez les médecins, en suggérant que le THM augmentait le risque de cancer du sein.Depuis, ces données ont été analysées de nouveau, les méta-analyses et les suivis de cohortes se sont multipliés (il y a plus de 2 000 articles scienti?ques sur le sujet), et on a une meilleure vision du rapport risques/béné?ces.Comme le résume un document de 2015 de la Endocrine Society, le traitement est béné?que pour la majorité des femmes âgées de 50 à 60 ans ou ménopausées depuis moins de 10 ans, et qui n\u2019ont aucun facteur de risque cardiovasculaire important ni antécédent de cancer du sein.Comme le risque de cancer du sein est corrélé à la durée du traitement et à la dose, il est recommandé d\u2019utiliser la dose ef?cace la plus faible possible, et la plupart des spécialistes conseillent de limiter, idéalement, le traitement à cinq ans ou moins.Notons que l\u2019augmentation du risque est faible : sur 10 000 femmes, environ 450 auront un cancer du sein entre 50 et 70 ans, et il y en aura 8 de plus si elles suivent un THM depuis 5 ans ou plus.D\u2019autres données, publiées en 2015, indiquent que le risque de cancer de l\u2019ovaire serait lui aussi augmenté (un cas de plus par groupe de 1 000 femmes sous THM pendant 5 ans).Si ces risques ne peuvent être ignorés, l\u2019inconfort lié à la ménopause doit aussi entrer dans l\u2019équation.Bien souvent, le THM permet d\u2019améliorer nettement la qualité de vie des femmes.Or, chez plus de la moitié d\u2019entre elles, les symptômes vasomoteurs (bouffées de chaleur et sueurs) durent plus de 7 ans, selon une étude menée auprès de 1 500 femmes et publiée en 2015 dans JAMA Internal Medicine.Les femmes chez qui les symptômes apparaissent avant l\u2019arrêt des règles sont les plus à plaindre, puisque la durée médiane de leur inconfort atteint 11,8 ans.Des chiffres à garder en tête pour faire un choix éclairé.et endomètre, notamment), les effets protecteurs de la pilule sont très nets.Une étude publiée dans le Lancet Oncology en 2015 a justement démontré que la prise d\u2019un contraceptif oral pendant 10 ans divise presque par 2 le risque d\u2019avoir un cancer de l\u2019endomètre (1,3 cas pour 100 femmes contre 2,3 pour celles qui n\u2019en prennent pas).Au total, les auteurs estiment que 200000 cancers de l\u2019endomètre auraient ainsi été évités grâce à la pilule dans les pays développés au cours des 10 dernières années.Dif?cile de faire le bilan mais, parmi les scientifiques, il y a consensus : globalement, les béné?ces de la pilule surpassent les risques.Une pilule pour hommes ?4 Dès les années 1970, des essais cliniques de contraceptifs hormonaux pour hommes ont été menés, reposant principalement sur la prise de testostérone qui permet de bloquer la production de spermatozoïdes.Force est de constater qu\u2019ils n\u2019ont pas abouti\u2026 La dif?culté d\u2019administration (par injections hebdomadaires) et les doses élevées, faisant craindre des effets secondaires à long terme (perte de libido et de musculature, entre autres), ont freiné les ardeurs.Par ailleurs, chez environ 25% des hommes, le traitement est moins ef?cace et il existe d\u2019importantes différences selon l\u2019origine ethnique (cela fonctionne mieux pour les Asiatiques, allez savoir pourquoi !).D\u2019où l\u2019idée d\u2019associer la testostérone à un progestatif, ce qui permettrait de réduire les doses et d\u2019augmenter l\u2019ef?cacité contraceptive.Plusieurs études sont en cours, testant différentes combinaisons de molécules.Malheureusement, un essai prometteur de phase II, commandité par l\u2019Organisation mondiale de la santé, a été interrompu en 2016 en raison de la survenue d\u2019un nombre important d\u2019effets secondaires (acné, douleurs à l\u2019injection, sautes d\u2019humeur et dépression).Notons que ce ne sont pas les participants qui se sont plaints; le comité de sécurité de l\u2019étude a pris la décision.lQS Mars 2107 | Québec Science 31 S H U T T E R S T O C K 32 Québec Science | Mars 2017 E N R A F A L E SANTÉ FÉMININE Clitoridienne ou vaginale ?L\u2019univers du plaisir sexuel de la femme est en fait beaucoup plus complexe et nuancé.Excitation du clitoris, du point G et de zones non génitales, comme les mamelons ou les oreilles : tout ce cocktail sensoriel in?uencé par le contexte et la position, entre autres, peut mener une femme au septième ciel.Elle a ainsi la possibilité d\u2019expérimenter une grande diversité d\u2019orgasmes tout au long de sa vie.C\u2019est ce qu\u2019a découvert l\u2019équipe de Jim Pfaus, professeur de psychologie à l\u2019Université Concordia et auteur d\u2019une étude publiée dans la revue Socioaffective Neuroscience & Psychology.L\u2019orgasme féminin est donc bien différent de celui de monsieur.D\u2019ailleurs, alors que l\u2019homme a besoin de jouir pour procréer, ce n\u2019est aucunement le cas de la femme.À quoi peut bien servir l\u2019orgasme féminin ?Au pur plaisir ?Il n\u2019en aurait pas toujours été ainsi.Des chercheurs américains ont découvert récemment qu\u2019il aurait jadis joué un rôle dans le déclenchement de l\u2019ovulation.Lors de l\u2019orgasme, la femme sécrète de la prolactine et de l\u2019ocytocine, deux hormones qui permettaient de déclencher l\u2019ovulation chez la plupart des mammifères, il y a plus de 60 millions d\u2019années.Au ?l de l\u2019évolution, l\u2019ovulation est devenue cyclique chez plusieurs mammifères, dont la femme.L\u2019orgasme féminin n\u2019est pas super?u pour autant ! En plus du plaisir qu\u2019il procure, il jouerait un rôle dans l\u2019attachement développé envers son partenaire, selon d\u2019autres études.C\u2019EST FINI, L\u2019EXCISION ?Malheureusement, non.Plus de 200 millions de ?lles et de femmes, au minimum, seraient excisées actuellement dans le monde, d\u2019après l\u2019UNICEF.La moitié des victimes vivent en Égypte, en Éthiopie et en Indonésie, mais la pratique existe aussi en Europe et en Amérique du Nord en raison de l\u2019immigration.Malgré la lutte constante contre les mutilations sexuelles, ce nombre est toujours en croissance, suivant l\u2019augmentation de la population.Il reste que plusieurs pays ont vu la prévalence chez les jeunes femmes diminuer signi?cativement.C\u2019est le cas du Burkina Faso, de l\u2019Égypte, du Kenya et du Liberia.Des pays ont carrément criminalisé la pratique, comme la Gambie et le Nigeria.Par Martine Letarte DE L\u2019UTILITÉ DE L\u2019ORGASME FÉMININ Mars 2107 | Québec Science 33 BOUFFÉES DE CHALEUR : C\u2019EST DANS L\u2019ADN Plus de 70 % des femmes vivent des bouffées de chaleur à la ménopause.Un nouvel élément a été mis au banc des accusés : la génétique.Plus particulièrement une région du chromosome 4.C\u2019est ce qu\u2019a découvert une équipe de chercheurs dirigée par Carolyn Crandall de l\u2019université de Californie à Los Angeles, en analysant le génome de près de 17 700 femmes âgées de 50 à 79 ans.On savait déjà que l\u2019origine ethnique, l\u2019indice de masse corporelle, le niveau d\u2019éducation, le tabagisme, l\u2019anxiété et la dépression étaient des facteurs liés au risque de souffrir de bouffées de chaleur.La découverte, publiée dans Menopause, permettra de travailler sur de nouveaux types de traitement.C\u2019est le nombre de serviettes et tampons utilisés en moyenne par une femme au courant de sa vie.En poids, cela représente de 100 kg à 150 kg destinés aux sites d\u2019enfouissement.D\u2019où le gain de popularité depuis quelques années de la coupe menstruelle.En latex ou en silicone, elle s\u2019insère comme un tampon pour recueillir le ?ux menstruel.On la vide, on la nettoie et on la réutilise.Sa durée de vie peut aller jusqu\u2019à 10 ans.10 000 À 15 000 L\u2019EFFET CINQUANTE NUANCES DE GREY La romance érotique Cinquante nuances de Grey a fait rougir des millions de femmes dans le monde et inspiré certainement quelques scènes osées dans les alcôves.Des chercheurs ont étudié le phénomène sous toutes ses coutures.Voici trois constats : 1 Violence psychologique et sexuelle, intimidation, isolement: le personnage de l\u2019étudiante Anastasia Steele vit bel et bien une situation de violence conjugale avec le multimillionnaire Christian Grey.Elle agit d\u2019ailleurs tout à fait comme une victime en sentant constamment une menace, en se voyant perdre sa propre identité et en se comportant de façon à éviter de causer la colère de son amant.2 Les jeunes femmes ont dévoré le roman, mais elles ne sont pas dupes pour autant ! Des chercheurs ont sondé des étudiantes américaines pour connaître leur perception de la relation entre Anastasia et Christian.Elles ont certes trouvé des dimensions de la relation excitantes et romantiques, mais ont clairement relevé ses aspects malsains, dont le côté dominateur et violent de Christian.Les participantes ont aussi indiqué qu\u2019elles refuseraient un partenaire qui les contrôlerait, n\u2019écouterait pas leurs besoins et serait violent lors des relations sexuelles.3 Une autre étude américaine a toutefois signalé que, pour plusieurs, la réalité est souvent près de la ?ction.Les participantes ayant lu la trilogie étaient plus nombreuses à af?rmer avoir vécu de la violence psychologique au courant de leur vie que les femmes qui ne l\u2019avaient pas lue.Elles ont également davantage mentionné avoir réalisé des jeûnes, consommé des produits amaigrissants et de l\u2019alcool de façon excessive.AMULETTES, VESSIE DE CHÈVRE ET AUTRES CONTRACEPTIFS L\u2019homologation du contraceptif oral en 1957 aux États- Unis, et en 1960 au Canada, a causé bien des remous.D\u2019ailleurs, au départ, il était illégal de le prescrire of?ciellement comme moyen de contraception.La pilule devait servir à soulager des « problèmes gynécologiques », des maux dont de nombreuses femmes disaient soudainement souffrir ! La pilule a ?nalement été approuvée pour son usage contraceptif en 1960 aux États- Unis et en 1969 au Canada.Pourtant, l\u2019idée de contrôler les naissances ne date pas d\u2019hier.On pratique le coït interrompu depuis au moins la ?n de la préhistoire en Asie, indique Angèle Bodet dans sa thèse de doctorat Histoire de la contraception, menée à l\u2019Université d\u2019Angers.Dans l\u2019Antiquité, on croyait à la magie des amulettes composées notamment d\u2019os de biche qu\u2019on attachait au corps de la femme, au niveau du pubis.D\u2019autres substances, parfois des plus inusitées, pouvaient être utilisées pour bloquer la progression des spermatozoïdes.« La mise en place dans le vagin de fèces d\u2019éléphant avant le coït et l\u2019insertion d\u2019une pochette d\u2019herbes mélangées avec de la graisse animale juste après le rapport devaient avoir une action purgative », écrit Mme Bodet.La mythologie grecque évoque aussi l\u2019introduction de vessie de chèvre dans le vagin.« L\u2019ancêtre du préservatif était né », af?rme Angèle Bodet.Les avancées scienti?ques et hygiéniques ont permis (heureusement !) de raf?ner énormément les méthodes.G B R U N D I N / I S T O C K E n 2004, Shelley Jones s\u2019envole pour l\u2019Ouganda.Ses travaux de doctorat visent à identi?er les obstacles à l\u2019obtention du diplôme d\u2019études secondaire chez les ?lles.La chercheuse canadienne s\u2019attend à ce que les besoins ?nanciers et de main-d\u2019œuvre des familles, ainsi que les mariages précoces forcés, soient des freins à l\u2019éducation des adolescentes.Des réalités effectivement bien présentes dans ce pays enclavé d\u2019Afrique de l\u2019Est qui traîne au 163e rang de l\u2019indice de développement humain.Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir qu\u2019un obstacle majeur est en fait une chose aussi simple que naturelle : les menstruations.«J\u2019ai été très étonnée de réaliser que les 15 ?lles de 15 à 19 ans qui ont participé à mon étude manquaient l\u2019école pendant leurs règles, alors que cela représente entre 20% et 25% des jours de classe», indique Shelley Jones jointe à l\u2019Université Royal Roads, en Colombie-Britannique, où elle est au- jourd\u2019hui professeure.Sur place, la chercheuse constate que les jeunes Ougandaises n\u2019ont pas accès aux produits d\u2019hygiène féminine, des articles dispendieux offerts uniquement en ville.Résultat ?Bien des femmes se débrouillent avec ce qu\u2019elles ont sous la main: lambeaux de vêtements, morceaux de mousse, feuillage, papier de toilette, avec tous les risques d\u2019infection que cela suppose.De plus, ces moyens peu hygiéniques occasionnent souvent des fuites, alors que plusieurs écoles n\u2019ont même pas de toilettes avec de l\u2019eau courante pour nettoyer les dégâts.Plu tôt que de se retrouver dans des situations embarrassantes, plusieurs ?lles décident tout simplement de manquer l\u2019école lorsqu\u2019elles ont leurs règles.« L\u2019accès à l\u2019éducation fait partie des droits de la personne.Et un manque d\u2019accès aux produits d\u2019hygiène féminine cause des inégalités entre les ?lles et les garçons», af?rme Mme Jones dont les travaux ont été soutenus par le Centre de recherches pour le développement international.LA SERVIETTE ANTI-DÉCROCHAGE En Afrique, 1 adolescente sur 10 s\u2019absente de l\u2019école ou abandonne ses études en raison des menstruations.Des chercheuses canadiennes ont découvert que des serviettes hygiéniques réutili sables sont pourtant tout ce qu\u2019il leur faut.Par Martine Letarte Règles D\u2019ailleurs A F R I P A D S 34 Québec Science | Mars 2017 Mars 2107 | Québec Science 35 UNE FABRIQUE DE SERVIETTES À son retour au Canada, Shelley Jones songe à envoyer des serviettes hygiéniques en Ouganda.Une solution qui n\u2019est toutefois ni durable ni viable ?nancièrement.Elle discute de la problématique avec une autre étudiante, Carrie-Jane Williams.Cette dernière contacte Lunapads, une entreprise de serviettes hygiéniques réutilisables en tissu installée à Vancouver, qui lui offre des serviettes comme échantillons et des patrons pour les répliquer.«Carrie-Jane Williams est partie à son tour en Ouganda et elle a distribué ces serviettes, raconte Shelley Jones.Les ?lles les ont trouvées confortables et faciles à utiliser.» Il fallait maintenant lancer une entreprise locale pour produire des serviettes hygiéniques semblables.Carrie-Jane Williams a passé le relais à Paul et Sophia Grinvalds, un couple d\u2019entrepreneurs sociaux formés à l\u2019Université McGill.Après avoir réalisé un projet-pilote couronné de succès, ils fondent of?ciellement AFRIpads en 2010 \u2013 une entreprise soutenue par des actionnaires internationaux, dont Lunapads \u2013 et la dirigent toujours.L\u2019atelier de production est installé à Ma- saka, une région rurale du sud-ouest du pays.L\u2019entreprise a rapidement fait ses preuves : plus de 750000 ensembles de serviettes hygiéniques réutilisables ont été vendus jusqu\u2019à ce jour en Ouganda et ailleurs en Afrique grâce à des bureaux de vente au Kenya et au Malawi.En plus de faciliter l\u2019éducation de bien des jeunes ?lles, la création d\u2019AFRIpads a permis l\u2019embauche d\u2019environ 200 personnes, principalement des femmes dont la vie socioéconomique s\u2019est trouvée transformée.«Des 15 participantes à l\u2019étude en 2004, 3 travaillent toujours chez AFRIpads et ont maintenant des postes de direction», donne en exemple Daniel Ahimbisibwe qui était l\u2019assistant de recherche de Shelley Jones sur le terrain et qui a continué à suivre de près l\u2019évolution de l\u2019entreprise.C\u2019est le cas de Sa?na [nom ?ctif] qui a commencé à travailler comme tailleuse, puis est devenue responsable du contrôle qualité et superviseure.« AFRIpads m\u2019offre des cours de leadership où j\u2019apprends énormément et cela m\u2019aide dans tous les aspects de ma vie, af?rme la femme de 27 ans.J\u2019ai même réussi à économiser et à m\u2019acheter une terre, l\u2019an dernier.» Elle est loin, l\u2019époque où elle s\u2019empêchait de sortir de la maison pendant ses règles.Shelley Jones retournera en Ouganda cette année pour réaliser la quatrième partie de son étude a?n de suivre le parcours des adolescentes rencontrées il y a 13 ans : leur vie de jeune femme, de mère, de membre de la communauté, ainsi que leurs relations avec les hommes et leur degré d\u2019autonomie.«Mais déjà, c\u2019est vraiment inspirant et grati?ant de constater que nos travaux ont eu autant d\u2019impacts positifs dans la vie d\u2019un si grand nombre de femmes.» lQS Le projet de recherche décrit dans cet article et la production de ce reportage ont été rendus possibles grâce au soutien du Centre de recherches pour le développement international.Chaque année, le magazine Québec Science dresse le palmarès des découvertes les plus innovatrices provenant de chercheurs d\u2019ici.Quelles marques ont-elles laissées sur la science et le monde?Que sont devenues les découvertes de jadis?En collaboration avec: À DÉCOUVRIR à la télé ou sur le web dès le 27 février.Une coproduction de: P H O T O S : A F R I P A D S L aGiellte SCENE la rartée als fous | VERS ui Tr as SAONE Tera ant ; arin TE ct Gas 2 = SES = rs ) DECOUVERTES D WTA: Fs Le meilleur de 'a recherche au Québec , L BC iP | Eh! el ve CE T ASE ah ran a ( as AE \u201cSe *, = fie a+ 4 {ueBi SGEN: ] A \u2014 rm #; PL = 9 CA INTERNET 0 el fl tue, il sauve, 2 a TC rE WE ou =k CC il préserve, 4 4 \u201c 5 + Contrôler SL RE =.il soulage, - + 4 nd des objets il peut méme Pa 2 afi faire maigrir.4 ) Pll à par la pe 4° {7 = ) 2 7% 3 LE FROID EME ER 5 LUI) FT 3 = SCIENTIFHEU cri du LES ANIMAUX ESPTONME NT * x mirage?ho au LR) ENF ER 13 % À: gy TT = \u2014 122 pe La prochain Elnatain saizt-il Lal = a \u201c Jy ficain Fa, A gL LTE Tr.Iie ve x \u201c \\ > vi Sh Huy, x QUEBEC si NCE ir rey A be er med LEF & 1 off Lf difiort nümétique ee = joie FT de Sh (aa ABONNEZ-VOUS À EE S203, queB SEEK JY aB6 an ans Ut eq Me th \u2014 \u2014 39% od réduction 44% de réduction 48% de réduction JIRA AS OA suFlé prix ale lal VIRE ESS codes secrets D u haut du mont Djebel Barkal, la vue sur le Nil est imprenable.Le ?euve légendaire serpente au milieu du désert ocre qui s\u2019étend à perte de vue.À l\u2019ouest, se dresse une grappe de pyramides majestueuses.Ce sont des tombeaux royaux qui témoignent d\u2019une époque révolue depuis plus de 2000 ans.Car c\u2019est sur ce site, dans l\u2019actuel Soudan, que fut érigée la métropole religieuse de Napata, au cœur du «pays de Koush».Ce dernier correspond à un territoire situé au sud de l\u2019Égypte, sur lequel a régné la civilisation koushite pendant presque 3000 ans, entre le XXVe siècle avant notre ère et l\u2019an 400.Grâce à leur position stratégique, entre À la recherche Des langues perDues Mars 2107 | Québec Science 37 Quelques textes venus du fond des âges résistent encore et toujours au décryptage.Comment les déchiffrer ?Informaticiens et linguistes planchent sur la question.Par Marine Corniou Cette plaque découverte dans un temple à Méroé, dans l\u2019actuel Soudan, est dédiée au roi koush Tanyidamani.Les inscriptions sont en méroïtique.On y lit le nom du roi et d\u2019un dieu.W A L T E R S A R T M U S E U M 38 Québec Science | Mars 2017 codes secrets la mer Rouge et l\u2019Afrique subsaharienne, les «pharaons noirs» contrôlaient les voies commerciales où circulaient or, ivoire, ébène, bétail, peaux de fauve ou plumes d\u2019autruche.Pro?tant d\u2019une agriculture prospère, d\u2019armées redoutables et d\u2019une administration structurée, ils maîtrisaient aussi l\u2019écriture, que l\u2019on appelle «méroïtique» (du nom du royaume de Méroé, le dernier de la civilisation koushite).Mais cette écriture, même si elle peut être déchiffrée, reste désespérément incompréhensible.«Il s\u2019agit d\u2019une écriture phonétique: les textes peuvent donc être lus, mais pas traduits.C\u2019est comme si on vous donnait à lire du hongrois : vous pourriez le déchiffrer, mais pas en saisir le sens», explique Claude Rilly, égyptologue et linguiste au Centre national de la recherche scienti?que en France.Seul spécialiste au monde de l\u2019écriture méroïtique, ce chercheur essaie depuis 30 ans de percer le secret de la langue.Mais, à l\u2019exception de quelques noms de rois, de dieux et de lieux, la langue des Koushites, qui ont pendant un temps régné sur l\u2019Égypte, reste impénétrable.«On connaît environ 140 mots en méroï- tique, la plupart empruntés à l\u2019égyptien.Or, pour comprendre une langue, il faut en connaître 2000», indique-t-il.UNE POIGNÉE DE MYSTÈRES Des mystères comme ceux-là, il en subsiste quelques-uns.Et, forcément, ils fascinent et frustrent les historiens, comme autant de fenêtres sur le passé qu\u2019ils sont incapables d\u2019ouvrir.Comment restituer une langue parlée il y a quatre millénaires et dont on a tout oublié?Le dé?est de taille, c\u2019est peu dire.Prenons l\u2019étrusque, par exemple.Comme le méroïtique, cette langue résiste farouchement au décryptage.Elle est celle d\u2019une civilisation raffinée, centrée sur la Toscane actuelle, ayant existé avant l\u2019Empire romain.L\u2019écriture est empruntée au grec ancien, et on parvient donc à en lire les lettres; la langue, en revanche, est une énigme.Elle n\u2019appartient à aucun groupe linguistique connu.«C\u2019était la langue dominante en Italie, puis elle a été remplacée par le latin pour des raisons so- cio-politico-économiques, précise Claude Rilly.C\u2019est la même chose pour le méroïtique : il a disparu sans descendance.» Ainsi, la langue est morte avec le pays de Koush, lorsque celui-ci a été envahi par les Nubiens de l\u2019ouest du Soudan vers l\u2019an 350, en y imposant leur propre langue.Rien de très original, là: des milliers d\u2019autres dialectes ont disparu sans laisser de traces au ?l de l\u2019histoire (notons que, encore aujourd\u2019hui, une langue disparaît sur la planète tous les 15 jours).Contrairement à l\u2019égyptologue Jean-François Champollion qui s\u2019est aidé de la pierre de Rosette, où ?gure le même texte rédigé en égyptien et en grec ancien, pour déchiffrer les hiéroglyphes au XIXe siècle, personne n\u2019a trouvé de clé bilingue a?n de comprendre le méroïtique ou l\u2019étrusque.« Mais il y a des défis encore plus grands : ce sont les textes dont on ne connaît ni l\u2019écriture ni la langue», indique le Britannique Andrew Robinson, auteur de plusieurs ouvrages sur les langues et les écritures perdues.«En effet, là, pour déchiffrer, c\u2019est mal parti.En comparaison, je m\u2019estime presque chanceux!» s\u2019amuse Claude Rilly.Des ?opées d\u2019archéologues se sont ainsi creusé les méninges sur le disque de terre cuite de Phaistos, trouvé en Crète en 1908, sur lequel sont gravés 241 symboles en spirale.Ou encore sur le linéaire A, une écriture composée de 85 signes, utilisée aussi en Crète par les prédécesseurs des Grecs et retrouvée sur quelques tablettes en argile.Dans ces deux cas, on n\u2019a aucune idée de la langue parlée par les «scripteurs».Mais l\u2019énigme préférée d\u2019Andrew Robinson reste le rongo-rongo de l\u2019île de Pâques, dont on connaît 26 textes gravés sur des tablettes en bois.«Cette écriture est exquise sur le plan artistique et totalement déconcertante.A-t-elle été introduite par les premiers Polynésiens Le disque de Phaistos (Crète) Méroé, au Soudan, fut la dernière capitale de la civilisation koushite.Sur les quelque 1000 textes en méroïtique connus, seules les inscriptions funéraires sont relativement bien comprises.M A R T C H A N / I S T O C K P H O T O Mars 2107 | Québec Science 39 qui ont colonisé l\u2019île, inventée indépendamment, ou créée après l\u2019exposition des habitants à l\u2019écriture européenne en 1722?Personne ne le sait», indique cet ancien professeur invité au Wolfson College, à Cambridge.LA LOGIQUE DES ÉCRITURES Il faut dire que si l\u2019écriture est une des inventions les plus géniales de l\u2019humanité, elle est aussi une des plus complexes.Ainsi, elle peut s\u2019appuyer sur un alphabet, un syllabaire (où les symboles représentent des syllabes), un système pictographique (comme les hiéroglyphes égyptiens) ou logographique (les caractères correspondent à des mots, comme en chinois).Il existe aussi des abjads, où les voyelles ne sont pas écrites.C\u2019est le cas des alphabets arabe et hébreu.«Le méroïtique, quant à lui, est un alphasyllabaire.Cela signi?e qu\u2019il note les consonnes, mais que la voyelle \u201cA\u201d est toujours implicite.Si l\u2019on veut écrire un \u201cO\u201d ou un \u201cI\u201d, par exemple, un caractère spécial doit être ajouté pour modi?er le son», détaille Claude Rilly.Et comme si ce n\u2019était pas assez compliqué, il existe deux formes d\u2019écriture méroïtique: une hiéroglyphique, utilisée sur les lieux de culte, et une cursive qui a servi à rédiger 90% des 1000 textes connus.En?n, le sens de lecture, lui aussi, peut varier.Autant dire qu\u2019on ne sait pas par quel bout prendre certains gribouillis\u2026 Et qu\u2019on se demande même, dans certains cas, si on a bien affaire à des signes ayant un sens.C\u2019est ici que la technologie peut donner un sérieux coup de pouce.«L\u2019informatique ne pourra pas déchiffrer les écritures à notre place, mais elle peut nous faire gagner du temps en effectuant des tris et des calculs statistiques rapidement», af?rme Claude Rilly.Car n\u2019en déplaise aux littéraires qui détestent les maths, toutes les langues ont une logique, une rythmique qui ne laisse rien au hasard.«En anglais par exemple, la lettre \u201cQ\u201d est presque toujours suivie d\u2019un \u201cU\u201d.Jamais d\u2019un \u201cX\u201d ou d\u2019un \u201cZ\u201d.Tout cela peut être intégré dans un modèle statistique dit des chaînes de Markov», explique Mayank Vahia, du Tata Institute of Fundamental Research à Mumbai, en Inde.En 2009, son équipe a passé au «moulinet» statistique une des écritures les plus étranges qui soient, celle de la vallée de l\u2019Indus.Elle est l\u2019œuvre d\u2019une civilisation très avancée qui occupait le Pakistan actuel et le nord-est de l\u2019Inde et qui a subitement disparu vers 1900 avant notre ère.Des habitants de l\u2019Indus, on sait très peu de choses, mais on a retrouvé environ 5000 inscriptions, comptant entre 400 et 700 signes, dont des personnages et un mystérieux taureau-licorne.Or la plupart des textes ont été trouvés sur des sceaux et des poteries, et ne combinent que 5 signes en moyenne; le plus long en compte 21.Plusieurs chercheurs ont donc remis en question le fait qu\u2019il puisse s\u2019agir d\u2019une écriture.Les travaux de Mayank Vahia ont toutefois prouvé qu\u2019il n\u2019y a là rien d\u2019aléatoire.« Nous sommes sûrs qu\u2019il s\u2019agit d\u2019inscriptions structurées avec une grammaire, avec certains signes qui sont plus souvent placés à la ?n», poursuit-il.TROUVER LA CLÉ De quoi percer le secret de l\u2019Indus?Hélas non.Tant qu\u2019on ne saura rien de la langue que parlaient les quelque 5 millions «d\u2019Ha- rappéens» (soit 10% de la population mondiale de l\u2019époque!), leurs messages resteront cryptés.Ce n\u2019est pas pour rien que les Américains ont employé des Navajos pour coder leurs messages pendant la Deuxième Guerre mondiale: personne, ou presque, ne connaissait leur dialecte.La langue, c\u2019est la clé de l\u2019énigme! D\u2019ailleurs, c\u2019est surtout grâce à ses connaissances en copte, une langue ayant un lien avec celle des pharaons, que Champollion a trouvé la clé des hiéroglyphes.Idem pour les glyphes mayas, que l\u2019on a pu partiellement déchiffrer depuis 30 ans en les rattachant à certains dialectes amérindiens, ou pour le linéaire B, trouvé en Crète et déchiffré en 1952 par l\u2019architecte anglais Michael Ventris.«Il a dû faire un pari sur la langue, en supposant qu\u2019il s\u2019agissait de grec ancien.Personne ne le croyait, mais c\u2019est ce qui a permis de déchiffrer cette écriture, précise Claude Rilly.Pour l\u2019Indus, c\u2019est compliqué.Certains partent du principe que c\u2019est une langue dravidienne, du type de celles qu\u2019on parle au sud de l\u2019Inde, et qui était utilisée plus au nord dans le passé.» Car les langues sont comme ceux qui les parlent.Elles se déplacent, évoluent au ?l des générations, se transforment, se mélangent\u2026 et disparaissent parfois.Les langues qui, aujourd\u2019hui, ont des liens de parenté entre elles ont un ancêtre Le taureau-licorne est un motif fétiche de la civilisation de l\u2019Indus.Les inscriptions qui l\u2019accompagnent restent un mystère total. 40 Québec Science | Mars 2017 commun, une langue originelle dont elles descendent toutes.Comme le latin qui, entre autres, est le «père» du français, de l\u2019italien et de l\u2019espagnol.Retrouver cet ancêtre, c\u2019est ce que s\u2019acharne à faire Claude Rilly dans l\u2019espoir de comprendre le méroïtique.«Je n\u2019ai pas d\u2019autre choix que d\u2019aller sur place, au Soudan, et de rencontrer différents peuples pour comprendre et documenter leurs langues», explique-t-il.En 2003, le linguiste a réussi à démontrer que le méroïtique appartenait au sous-groupe des langues «soudaniques orientales nord».Il étudie actuellement une vingtaine de ces idiomes, parlés depuis le Darfour jusqu\u2019au Tchad, en passant par l\u2019Érythrée.Un travail de moine, mené dans des zones pas toujours accessibles.«Je vais à la rencontre des locuteurs, avec un enregistreur et un carnet.Ce sont des langues qui n\u2019en ont plus pour longtemps à vivre et qui n\u2019ont jamais été décrites», dit-il.Il crée des lexiques, élabore des grammaires et compare le vocabulaire, pour essayer de reconstituer la langue originelle dont est issue cette famille.Un peu comme s\u2019il essayait de faire renaître le latin en connaissant seulement quelques mots d\u2019espagnol et de français.«La découverte de la famille linguistique est un gros progrès, mais ce n\u2019est pas la panacée.Ces langues ont des structures simples, peu de consonnes, des racines très courtes et beaucoup d\u2019homonymes», soupire le chercheur.À ce jour, il a pu reconstituer une douzaine de mots, notamment le terme abede, qui signi?ait «dieu créateur».De son côté, Greg Kondrak cherche aussi à deviner la langue qui se cache derrière les écritures non déchiffrées.Son but: mettre au point un outil de traduction «universel», fondé sur des algorithmes complexes.Le terrain de jeu de ce professeur au département d\u2019informatique de l\u2019université d\u2019Alberta, c\u2019est le manuscrit de Voynich, un livre du XVe siècle dont on ignore tout.Il recèle des dessins de plantes et de femmes nues, des symboles astrologiques et des textes rédigés dans un alphabet inconnu.«Nous avons eu l\u2019idée d\u2019adapter les algorithmes développés pour la traduction automatique et de les appliquer à ce manuscrit», explique ce passionné de langues qui a opté pour l\u2019informatique, car elle permet de mener des recherches «plus innovantes que la linguistique».Avec son étudiant Bradley Hauer, il a publié en 2016 un article proposant trois méthodes de décryptage capables, en théorie, de «trouver le langage qui se cache derrière n\u2019importe quel message crypté ».Pour ce faire, ils ont pris le problème à l\u2019envers : ils ont crypté eux-mêmes des textes, puis ils ont «appris» à l\u2019ordinateur à retrouver tout seul la langue de départ.Ils ont ainsi commencé par modi?er des textes écrits dans une multitude de langues en remplaçant chaque lettre de l\u2019alphabet par une autre (par exemple, tous les «A» deviennent des «B», tous les «B» des «C», etc.).Cette méthode de cryptage, très ancienne, est appelée substitution monoalphabétique.Les informaticiens ont aussi mélangé les lettres au sein des mots, au cas où l\u2019auteur aurait voulu jouer un tour à ses lecteurs.« Il semble que les symboles soient placés de façon un peu étrange dans les mots du manuscrit de Voynich, comme si les lettres avaient été délibérément brouillées», observe Greg Kondrak.Puis, les deux comparses ont bidouillé Isolés dans le sud-est de l\u2019océan Paci?que, les habitants de l\u2019île de Pâques ont laissé d\u2019impressionnantes statues, les moai, et des écrits en rongo-rongo.Le manuscrit de Voynich O N F O K U S / I S T O C K Mars 2107 | Québec Science 41 des algorithmes capables de comparer la «rythmique» des lettres et des mots de chaque texte codé à celle des langues connues.«Nous avons testé la meilleure de nos méthodes avec 380 langues et elle permet de retrouver la bonne dans 97% des cas», précise-t-il.Ce cryptage simple peut, selon le chercheur, «mimer» n\u2019importe quel système d\u2019écriture.«Notre postulat, c\u2019est que, dans toutes les écritures non déchiffrées, chaque son (lettre ou syllabe) est désigné par un symbole unique.C\u2019est une approximation mais, en général, c\u2019est exact», explique-t-il.Autrement dit, peu importe la lettre qu\u2019on choisit, elle «code» pour un phonème, c\u2019est-à-dire pour une unité qui permet de découper les sons dans un langage donné et, donc, de l\u2019écrire.La modélisation de Greg Kondrak n\u2019est pas parfaite, mais elle est ef?cace, même si les alphabets de départ et d\u2019arrivée sont de longueurs différentes.Fort de ce constat, il a fait subir le test au manuscrit de Voynich (ou plutôt à sa version numérisée).Bilan?«Une des langues d\u2019origine les plus probables est l\u2019hébreu.La correspondance n\u2019est pas parfaite, mais nous avons comparé avec de l\u2019hébreu moderne, pas de l\u2019hébreu médiéval.Dans tous les cas, c\u2019est une bonne piste», se réjouit l\u2019informaticien.Il n\u2019a pas les connaissances a?n de poursuivre l\u2019enquête: il a donc rendu ses algorithmes publics et il passe maintenant le ?ambeau aux linguistes et autres «dé- crypteurs» de tout poil.Et ce n\u2019est pas ce qui manque! Le manuscrit de Voynich, jalousement gardé à la bibliothèque de l\u2019université Yale, alimente bien des fantasmes depuis sa découverte dans une communauté jésuite italienne en 1912, même si certains linguistes sont persuadés que l\u2019ouvrage est un canular.C\u2019est le cas du Britannique Gordon Rugg qui étudie les signes de Voynich depuis plus de 10 ans et qui a conclu dans un article publié ?n 2016 qu\u2019ils ne formaient qu\u2019un pseudo-texte dénué de sens, conçu à l\u2019aide d\u2019une méthode simple (la grille de Cardan) donnant une apparente structure grammaticale aux mots.Le débat pourrait être relancé sous peu puisque n\u2019importe quel geek pourra bientôt se procurer une copie du manuscrit et plancher sur son contenu.En août dernier, une maison d\u2019édition espagnole a en effet obtenu l\u2019autorisation d\u2019en produire 898 répliques (vendues environ 10 000 $ chacune).De quoi découvrir les formules magiques d\u2019un alchimiste?Ou la liste d\u2019épicerie d\u2019un moine créatif?Qui sait\u2026 Le jeu en vaut parfois la chandelle.«Imaginez que les hiéroglyphes égyptiens n\u2019aient jamais été déchiffrés, ni le cunéiforme mésopotamien, ni les glyphes mayas\u2026 Personne ne connaîtrait le nom de Toutankhamon, et on ne saurait pas qu\u2019une vie intellectuelle riche existait en Amérique avant l\u2019arrivée de Christophe Colomb, fait remarquer Andrew Robinson.Notre compréhension de l\u2019histoire humaine serait tellement plus pauvre.» Une chose est sûre: tant qu\u2019elles nous résisteront, les écritures oubliées trouveront des âmes têtues bien décidées à les faire parler.lQS Pour en savoir plus : Lire une entrevue sur la vallée de l\u2019Indus sur notre site Internet www.quebecscience.qc.ca/reportage_qs/ inscriptions-de-la-Vallee-de-Indus MOBILE, MAINTENANT DANS VOS PANTALONS.Téléchargez gratuitement la nouvelle application du Devoir et profitez d\u2019un accès illimité jusqu\u2019au 1er mars. 42 Québec Science | Mars 2017 Ressources extraterrestres SPATIAL K L O N D I K E Mars 2107 | Québec Science 43 TIAL L es convulsions de Kane interrompent les rires autour de la table du Nostromo.L\u2019of?cier se tortille sous les regards hor- ri?és de ses collègues, jusqu\u2019à ce qu\u2019un extraterrestre émerge de son torse dans un jet de sang.L\u2019équipage l\u2019ignore encore, mais cette créature conduira à la perte de leur vaisseau spatial et de son précieux chargement: 20 millions de tonnes de métaux extraites quelque part dans la Voie lactée.Récolter des ressources naturelles ailleurs que sur Terre peut sembler relever du même domaine que le reste du ?lm Alien, celui de la science-?ction.De plus en plus de gens croient pourtant que cela fera partie de la réalité, d\u2019ici une dizaine d\u2019années à peine.Des rêveurs?Pas vraiment.Deux sondes spatiales, dont une à laquelle le Canada a contribué, sont actuellement en route pour prélever et rapporter des échantillons d\u2019astéroïdes.Des pays modi?ent leurs lois a?n de permettre aux compagnies privées d\u2019accaparer tout minerai extrait d\u2019un corps céleste autre que la planète bleue.Et deux start-ups américaines préparent déjà des missions de prospection minière au-delà de l\u2019atmosphère terrestre.Cette nouvelle course à l\u2019espace conduira à une foule de découvertes, tant technologiques que fondamentales.Mais comme ce fut le cas pour les premiers explorateurs qui ont traversé l\u2019Atlantique, la motivation est davantage économique que scienti?que.L\u2019astéroïde 2011 UW158, qui est passé près de la Terre en juillet 2015, renfermerait ainsi assez de platine pour générer jusqu\u2019à 7 billions (mille milliards!) de dollars.Et ce n\u2019est qu\u2019un des millions d\u2019astéroïdes du Système solaire! Pour le moment, 2011 UW158 et ses semblables peuvent poursuivre leur trajectoire en paix.La première ressource que veulent extraire les minières de l\u2019espace n\u2019est pas un métal précieux, mais plutôt ce qui donne à notre planète sa jolie couleur : l\u2019eau.EAU DE SOURCE SPATIALE L\u2019Américaine Meagan Crawford connaît bien la valeur de l\u2019or bleu.Certaines régions de l\u2019État où elle vit, le Texas, traversent régulièrement de longues périodes sans précipitations.N\u2019empêche, même pendant les pires sécheresses, elle n\u2019a qu\u2019à ouvrir le robinet pour étancher sa soif.Alors pourquoi diantre est-ce que la start-up dont elle dirige les opérations, Deep Space Industries, dépense une fortune a?n de recueillir de l\u2019eau à des millions de kilomètres de la Terre?«Parce que nos premiers clients seront dans l\u2019espace», réplique-t-elle.À l\u2019heure actuelle, tout le matériel nécessaire au bon déroulement d\u2019une mission spatiale doit être extirpé du champ gravitationnel terrestre.Envoyer un kilogramme en orbite, qu\u2019il s\u2019agisse de boulons, de sandwiches ou de puces électroniques, nécessite environ 9kg de carburant.Imaginez la facture associée à l\u2019expédition d\u2019une tonne d\u2019équipement! Le pari de Deep Space Industries \u2013 et de son compétiteur, Planetary Ressources, également américain \u2013 est donc d\u2019établir des points de ravitaillement où navettes, sondes et satellites trouveront de l\u2019eau de source spatiale à prix moindre que celle puisée sur Terre.Une offre d\u2019autant plus alléchante qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une ressource extrêmement précieuse au-delà de l\u2019atmosphère.L\u2019eau, on le sait, est essentielle à la vie.Plus encore, elle forme un excellent bouclier contre les radiations cosmiques, des particules de haute énergie qui bombardent tout ce qui sort du champ ma- B R Y A N V E R S T E E G / D E E P S P A C E I N D U S T R I E S À L\u2019HEURE OÙ LES RESSOURCES S\u2019ÉPUISENT SUR TERRE, DES EXPLORATEURS SE TOURNENT VERS L\u2019ESPACE.LEUR AMBITION?EXPLOITER LES RICHESSES DES ASTÉROÏDES ET AUTRES ASTRES LOINTAINS.Par Marc-André Sabourin 44 Québec Science | Mars 2017 Ressources extraterrestres gnétique terrestre.Mais surtout, elle peut être séparée en oxygène et en hydrogène, les deux composantes du carburant à fusée.«L\u2019eau, c\u2019est l\u2019essence de l\u2019espace, assure Meagan Crawford.Et il y en a beaucoup sur certains astéroïdes à proximité de la Terre.» Les astéroïdes dits de type C (75% des astéroïdes connus) renfermeraient en effet d\u2019importantes quantités d\u2019eau, mais les chercheurs ignorent sous quelle forme.De la glace?Des sels hydratés?Emprisonnée dans des minéraux argileux ?Pour le découvrir, Deep Space Industries compte envoyer d\u2019ici 2020 une première sonde, Prospector1, étudier un astéroïde pendant quelques semaines, avant de s\u2019y écraser.«On préfère parler d\u2019une descente de ?n de vie contrôlée», tempère Meagan Crawford.Avec un peu de chance, l\u2019équipement survivra à l\u2019impact et transmettra de précieuses données sur la composition du sol.Imaginons un instant que tout se passe bien.Que de l\u2019eau sous une forme exploitable soit découverte.Que Deep Space Industries, Planetary Ressources ou une autre start-up parviennent à l\u2019extraire, la transformer et l\u2019amener sur une orbite terrestre à coût raisonnable.Y aura-t-il vraiment quelqu\u2019un pour l\u2019acheter?Jusqu\u2019à tout récemment, la réponse était plus qu\u2019incertaine.Mais, en juin 2016, la United Launch Alliance a changé la donne.Cette entreprise américaine, qui offre des services de lancement pour l\u2019armée, la NASA et des compagnies de télécommunications, a annoncé qu\u2019il lui faudrait 1600 tonnes d\u2019eau par année dans l\u2019espace d\u2019ici 15 ans a?n de faire le plein de ses fusées en orbite \u2013 un marché de 1 milliard de dollars.«Quand j\u2019ai entendu ça, je me suis mis à trembler tellement j\u2019étais excité», raconte Dale Boucher, P.D.G.de Deltion Innovation.Depuis 2013, cette P.M.E.ontarienne conçoit et fabrique des appareils miniers pouvant résister aux conditions spatiales.«On travaille sur des foreuses, des excavatrices et tout l\u2019équipement nécessaire à une opération minière.» Dans son bureau de Sudbury, trois ordinateurs ronronnent en effectuant des calculs et un immense tableau est recouvert de croquis techniques que «personne n\u2019est censé voir».L\u2019endroit ressemble à l\u2019antre d\u2019un chercheur fou, un quali?catif qui venait à l\u2019esprit de plusieurs chaque fois que Dale Boucher évoquait son travail.Mais plus aujourd\u2019hui.«On est passé d\u2019un stade où les gens rigolaient lorsque je parlais de mon entreprise à un autre où de grandes compagnies minières étudient discrètement la possibilité de se lancer dans le secteur.» Malgré son enthousiasme, Dale Boucher ne s\u2019attend pas à ce que ses excavatrices grugent des astéroïdes de sitôt, et pas seulement à cause des nombreux dé?s techniques à surmonter.Comme plusieurs autres experts, l\u2019entrepreneur estime que le premier corps céleste qui sera exploité sera celui où l\u2019homme a déjà marché : la Lune.MINE LUNAIRE «La Lune est le bout de terre le plus précieux du Système solaire», assure Paul D.Spudis, auteur du livre The Value of the Moon (Smithsonian Books, 2016).Ce géologue américain a dirigé l\u2019équipe de la sonde Clementine qui, en 1994, a détecté la présence de glace dans des cratères éternellement obscurs de notre satellite.Depuis, il est obsédé par l\u2019idée d\u2019y établir une base permanente, comme le suggère d\u2019ailleurs l\u2019Agence spatiale européenne.Contrairement aux astéroïdes, aux comètes ou même à Mars, la Lune est toujours accessible, souligne le chercheur.«On peut s\u2019y rendre facilement et les communications avec la Terre sont rapides.Cela permet de contrôler des robots à distance en temps quasi réel.» Surtout, la géologie lunaire est déjà bien connue, en grande partie parce que l\u2019endroit a déjà été creusé.Nombre de roches lunaires ont été ramenées sur Terre au cours du programme Apollo.Si plusieurs ont été offertes en cadeau par les États-Unis, d\u2019autres se sont retrouvées dans des laboratoires où elles sont encore analysées aujourd\u2019hui.«J\u2019ai un étudiant qui travaille sur un de ces échantillons pour comprendre la formation des grands bassins lunaires», raconte Audrey Bouvier, spécialiste de la géochimie et de la cosmochimie à la University of Western Ontario.Cette chercheuse attend impatiemment le jour où les mines spatiales deviendront réalité.Ce ne sont toutefois pas les signes de dollar qui la font rêver, mais l\u2019obtention d\u2019un fragment extraterrestre exempt de toute contamination.«Les morceaux de météorites qu\u2019on étudie, explique-t-elle, ont souvent passé plusieurs jours dans la nature, où ils ont été en contact avec la pluie et les bactéries.» Un échantillon « frais» d\u2019astéroïde, de comète ou de planète permettrait de mieux comprendre l\u2019évolution du Système solaire et même d\u2019expliquer l\u2019apparition de la vie sur Terre.Mais avant qu\u2019Audrey Bouvier puisse analyser un morceau de quoi que ce soit, la communauté internationale devra cependant répondre Mars 2107 | Québec Science 45 à une question qui n\u2019a rien de scienti?que: à qui appartiennent les ressources spatiales?La référence en la matière est le Traité de l\u2019espace de 1967, un document teinté par la Guerre froide qui sévissait alors.L\u2019entente stipule notamment que l\u2019exploration spatiale doit se faire au béné?ce «de l\u2019humanité» et qu\u2019aucun État ne peut réclamer la souveraineté de la Lune ou de tout autre corps céleste.Voilà qui laisse peu de place aux minières spatiales qui souhaitent y faire des trous pour leur propre pro?t.A?n de contourner ce problème, Washington a adopté le SPACE Act en 2015.Cette loi affirme qu\u2019un citoyen américain peut, à des ?ns commerciales, « posséder, transporter, utiliser et vendre» toute ressource extraite de l\u2019espace \u2013 à l\u2019exception de la vie extraterrestre.Les juristes débattent encore de la légitimité internationale de cette législation, ce qui n\u2019a pas empêché le Luxembourg de suivre l\u2019exemple d\u2019Oncle Sam.PARADIS SPATIAL Le Luxembourg est davantage associé au secret ?scal qu\u2019à l\u2019espace.C\u2019est pourtant là que SES, l\u2019un des plus importants opérateurs de satellites au monde, a été fondé en 1985 grâce à un pari ?nancier ambitieux du gouvernement.L\u2019an dernier, ce pays d\u2019Europe a de nouveau misé sur les étoiles en annonçant la modi?cation imminente de ses lois pour permettre l\u2019exploitation minière spatiale, en plus de débloquer 280 millions de dollars pour investir dans le secteur.«Ce n\u2019est qu\u2019un début», assure Georges Schmit, un des conseillers du gouvernement en matière d\u2019espace.Cet ancien haut fonctionnaire du ministère de l\u2019Économie souligne que la vision de son pays n\u2019est pas motivée par la science, mais par l\u2019économie.«Le Luxembourg est un petit État dont les ressources naturelles sont pratiquement épuisées.Ce qui nous reste, ce sont nos cerveaux et notre capacité à nous donner des ambitions.» Au Canada, où les industries des mines et de l\u2019aérospatiale représentent un poids économique important, rien de tel pour le moment.Le ministre de l\u2019Innovation, des Sciences et du Développement économique et le ministre des Ressources naturelles ont tous deux refusé de répondre aux questions de Québec Science, nous renvoyant plutôt à l\u2019Agence spatiale canadienne.Le gouvernement doit dévoiler sa nouvelle stratégie spatiale en juin 2017, et diverses options sont à l\u2019étude.«L\u2019exploitation minière spatiale fait partie des éléments considérés», assure le directeur général de l\u2019Agence, Gilles Leclerc.Le géophysicien de formation souligne cependant que la faisabilité commerciale de l\u2019aventure est loin d\u2019être prouvée: «L\u2019économie ne peut pas tromper la physique orbitale.Il y a un coût énorme à aller chercher ces ressources.» La mission OSIRIS-REx de la NASA, qui a quitté la Terre en septembre pour prélever un morceau d\u2019astéroïde, a ainsi coûté 1,2 milliard de dollars.«Et on parle d\u2019un échantillon maximal de quelques kilogrammes!» Gilles Leclerc ne s\u2019en cache pas : ce qui intéresse le plus l\u2019Agence, c\u2019est l\u2019exploration spatiale habitée.«Mais pour que cela devienne une réalité, il faudra utiliser les ressources disponibles sur place», af?rme-t-il.En d\u2019autres mots, les astronautes devront creuser et transformer les sols de Mars, de la Lune et d\u2019ailleurs pour subvenir à leurs besoins.Le concept peut sembler exotique, mais c\u2019est ce que fait l\u2019humanité depuis des millénaires sur Terre.«Pour survivre, les pionniers en Amérique ont dû apprendre à être autonomes, et ce sera la même chose dans l\u2019espace», dit Gerald Sanders, chef d\u2019équipe sur l\u2019utilisation des ressources in situ à la NASA.Depuis le début des années 1960, la NASA étudie ainsi la possibilité de fabriquer de l\u2019oxygène à partir de minéraux prélevés localement.Dans trois ans, l\u2019Agence passera de la théorie à la pratique avec le Mars 2020 Rover qui transportera l\u2019équipement nécessaire pour transformer du CO 2 martien en oxygène.«La prochaine étape sera de tester le système à plus grande échelle, pendant des mois, dans les conditions extrêmes de Mars», précise Gerald Sanders.Qu\u2019ils soient privés ou gouvernementaux, les futurs prospecteurs de l\u2019espace doivent s\u2019attendre à bien des déceptions.Car si certains trouvent de bons ?lons, plusieurs risquent, comme à l\u2019époque de la ruée vers l\u2019or, de mordre la poussière\u2026 C\u2019est ce qui s\u2019est produit avec la sonde japonaise Hayabusa1.Après s\u2019être posée avec succès sur un astéroïde en 2005, elle n\u2019a rapporté que quelques grains extraterrestres au lieu des centaines de milligrammes escomptés.lQS OBJECTIF LUNE La Chine tourne les yeux vers la Lune pour assouvir son appétit énergétique monstre.Depuis 10 ans, l\u2019Empire du Milieu mène un programme d\u2019exploration lunaire robotisé dont l\u2019un des objectifs est de recueillir de l\u2019hélium 3, un carburant prometteur pour la fusion nucléaire.Cet élément non radioactif, émis naturellement par le Soleil, est repoussé par le champ magnétique terrestre.Or la Lune, qui ne béné?cie pas d\u2019une telle protection, en accumule dans son sol depuis des milliards d\u2019années.« Trois navettes spatiales suf?raient pour rapporter de quoi alimenter tous les humains en énergie pendant une année », a déjà af?rmé le scienti?que en chef du programme chinois, Ouyang Ziyuan.Pour cela, il faudra d\u2019abord établir une opération minière à grande échelle sur la Lune\u2026 et maîtriser la fusion nucléaire. 46 Québec Science | Mars 2017 A ux yeux du quidam, l\u2019astrophysique est une question de télescopes puissants braqués sur l\u2019in?ni.Pourtant, l\u2019essentiel du travail dans ce domaine s\u2019effectue bien après les observations, à l\u2019aide d\u2019un ordinateur et d\u2019équations sophistiquées qui permettent de réduire en un produit analysable la masse de données brutes récoltées.C\u2019est ce à quoi excelle l\u2019astrophysicien Jonathan Gagné, le premier et le seul Québécois à avoir obtenu en 2015 la prestigieuse bourse Carl Sagan Fellowship de la NASA.«Dès mes premiers contacts avec Jonathan lors de son baccalauréat, puis lors de deux stages d\u2019été, j\u2019ai rapidement compris qu\u2019il était très doué pour la programmation, que cela le démarquait », raconte René Doyon, directeur de l\u2019Institut de recherche sur les exoplanètes (iREx) de l\u2019Université de Montréal, qui a codirigé la thèse de doctorat du jeune chercheur.C\u2019est à l\u2019école secondaire que Jonathan Gagné assimile les bases de la programmation.«J\u2019ai appris sur une calculatrice scienti?que, une TI83.J\u2019ai écrit un code pour résoudre l\u2019équation d\u2019une parabole, par exemple», se souvient-il.Passionné, il continue à programmer pour le plaisir, ce qui lui sera d\u2019une aide indéniable lors de son doctorat à l\u2019iREx.Le jeune astrophysicien Jonathan Gagné a créé un puissant outil informatique et statistique grâce auquel on connaît désormais deux fois plus de jeunes naines brunes, ces uniques corps célestes.Le chasseur de naines brunes CHERCHEUR EN VEDETTE EN PARTENARIAT AVEC LES FONDS DE RECHERCHES DU QUÉBEC D O N A L D R O B I T A I L L E Lorsqu\u2019il entreprend ses travaux en 2010, Jonathan se plonge dans les données de deux missions d\u2019observation menées par la NASA en 1998 (2Mass) et en 2009 (Wise).Séparées par 11 années, elles offrent deux photographies distinctes du ciel en infrarouge.Mais la masse d\u2019information est colossale.Pour y voir plus clair, l\u2019étudiant développe BANYAN II, un outil informatique inédit basé sur une méthode statistique complexe, l\u2019inférence bayésienne.Naines brunes Jonathan peut dès lors comparer le déplacement des astres entre les deux époques, en se concentrant sur notre voisinage spatial immédiat.«Tous les objets célestes se déplacent dans la Galaxie, mais certains plus rapidement que d\u2019autres, puisqu\u2019ils sont plus près de la Terre, explique-t-il.C\u2019est comme quand on regarde deux voitures : celle qui est située plus près donne l\u2019impression de se déplacer plus vite que celle qui est loin.» Ce faisant, Jonathan identi?e des objets gazeux qui ressemblent à s\u2019y méprendre à des planètes extrasolaires, mais qui ne sont pas situés autour d\u2019une étoile.Autrement dit, ce sont des objets avec une masse planétaire, qui «?ottent», solitaires, au milieu de nulle part.Du jamais vu! Aujourd\u2019hui, on connaît à peine une dizaine de ces astres isolés, et Jonathan Gagné a contribué à en découvrir la moitié.Et ce n\u2019est pas tout: ses travaux ont aussi permis de doubler le nombre connu de naines brunes jeunes (et donc encore assez lumineuses pour être repérées par les instruments).Souvent appelées «étoiles ratées», les naines brunes sont plus massives que les planètes géantes, mais pas assez pour être considérées comme des étoiles.Les naines brunes et les astres isolés se révèlent plus faciles à étudier que les exoplanètes, dont les signatures lumineuses sont contaminées par la lumière des étoiles autour desquelles elles gravitent.«Je peux obtenir des informations beaucoup plus détaillées sur ces objets qui ont des masses, des températures et des compositions atmosphériques similaires à des planètes géantes», souligne Jonathan Gagné.Ce sont donc des modèles parfaits pour mieux comprendre, indirectement, les propriétés des exoplanètes.Un avenir prometteur Bien qu\u2019il ne soit pas le premier à se positionner à la frontière de la recherche entre les naines brunes et les exoplanètes, l\u2019as- trophysicien de 28 ans fait ?gure de pionnier.Selon lui, peu de gens travaillent sur les objets isolés, car les données sont dif?ciles à interpréter.C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi BANYAN II lui a été d\u2019une grande utilité : «Cet algorithme m\u2019a permis de cibler directement les objets qui sont d\u2019un grand intérêt et d\u2019ainsi faciliter les découvertes.» Il poursuit actuellement des études postdoctorales au sein du Carnegie Institute for Science, à Washington.Sans surprise, il recourt aux méthodes développées lors de son doctorat pour identi?er d\u2019autres objets isolés de masse planétaire.S\u2019il est dif?cile de dire où Jonathan sera dans 5, 10 ou 20 ans, René Doyon est convaincu d\u2019une chose: il est promis à un grand avenir.«À mi-chemin de son doctorat, l\u2019élève avait dépassé le maître : il était déjà une référence dans son domaine», con?e le professeur.lQS Par Maxime Bilodeau Les questions de Rémi Quirion R.Q.: Pourquoi l\u2019astrophysique vous passionne-t-elle autant ?J.G.: Je peux explorer les limites de la connaissance humaine, tout en ayant la possibilité de découvrir et d\u2019étudier des mondes qui étaient jusqu\u2019à maintenant inconnus.En pratique, l\u2019astrophysique combine plusieurs aspects que j\u2019aime particulièrement, tels que la programmation, l\u2019observation avec des télescopes situés partout dans le monde et l\u2019apprentissage de méthodes d\u2019analyse en continu.Le sentiment d\u2019accomplissement qui accompagne la publication d\u2019articles scienti?ques est aussi très intéressant; on sent vraiment qu\u2019on construit quelque chose.R.Q.: En quoi vos recherches sont-elles intéressantes pour Monsieur et Madame Tout-le-Monde ?J.G.: L\u2019intérêt principal de mes recherches est de faire avancer les connaissances humaines fondamentales.L\u2019intérêt le plus direct pour le grand public est donc de satisfaire la curiosité de comprendre comment l\u2019Univers fonctionne, et même éventuellement de tenter de déterminer s\u2019il existe de la vie ailleurs.R.Q.: En quoi l\u2019obtention d\u2019une bourse Carl Sagan a-t-elle changé votre parcours de jeune scienti?que ?J.G.: Cela m\u2019a permis de diriger mon propre projet sur l\u2019étude des objets isolés de masse planétaire, tout en ayant accès à des ressources exceptionnelles, telles que les télescopes Magellan au Chili, et l\u2019opportunité d\u2019effectuer mes recherches à la Carnegie Institution for Science.R.Q.: Comment devrait-on inciter les jeunes de 14 à 18 ans à penser faire carrière en recherche ?J.G.: Je crois que l\u2019une des façons serait de les mettre en contact avec les scienti?ques pour qu\u2019ils puissent être plus au courant des types de recherche qui se font et même simplement du fait qu\u2019une carrière dans le domaine est possible.Il est aussi très important de vulgariser la recherche actuelle pour stimuler la curiosité des jeunes.SCIENTIFIQUE EN CHEF DU QUÉBEC* scienti?que-en-chef.gouv.qc.ca facebook.com/RQuirion * Le scienti?que en chef du Québec conseille le gouvernement en matière de science et de recherche.Mars 2017 | Québec Science 47 C H R I S T I N N E M U S C H I VOYAGEZ EN LIBERTÉ OU SUR MESURE Plus d\u2019une vingtaine de destinations en Europe, en Asie et en Amérique vous sont ofertes, au moment vous convenant, en formule En liberté.Si vous souhaitez voyager avec votre propre groupe en décidant des 3D \u2013 dates, destination, durée \u2013 , le choix tout indiqué est la formule Sur mesure.Informez-vous! DESTINATIONS SOLEIL CUBA, Holguín en boucles 4 au 11 mars 31 mars au 7 avril 15 au 22 avril CUBA, Varadero en boucles 11 au 18 mars 8 au 15 avril LES ÎLES DE GUADELOUPE en boucles 26 mars au 2 avril EUROPE MAJORQUE 22 avril au 7 mai PUGLIA 20 mai au 4 juin PIÉMONT 4 au 19 juin PROVENCE 14 au 29 juin AMÉRIQUE VIRGINIE 29 avril au 7 mai FIVE BORO BIKE TOUR, NEW YORK 5 au 7 mai SAN-FRANCISCO-SANTA BARBARA 6 au 14 mai CAPE COD 13 au 18 mai veloquebecvoyages.com 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 70 idées vélo-vacances VELO VOYAGES QUEBEC Libre comme l\u2019air 4 FORMULES DE VACANCES LE GRAND TOUR DESJARDINS Du Saint-Laurent aux Appalaches, le scénario de l\u2019été 70 DESTINATIONS au Québec et à travers le monde 01 7 2 Les prix sont valides pendant 60 jours à compter du 9 décembre 2016 (voir page 67).Photos : Diane Dufresne et Yvan Monette, Marie-Pierre Varin RÉSERVEZ MAINTENANT! Mars 2017 | Québec Science 49 Il y a longtemps que ce bout de côte intrigue les géologues.À tel point, d\u2019ailleurs, qu\u2019ils lui ont donné un nom: l\u2019arc de Nastapoka, du nom d\u2019une rivière de la région.L\u2019arc de cercle semble tout simplement trop parfait pour être le fruit du hasard, surtout qu\u2019il est bordé par un chapelet d\u2019îles parallèles à la côte, ce qui ressemble drôlement aux cratères à anneaux multiples que les gros météorites creusent dans le sol.En outre, les îles Bel- cher, dans la baie d\u2019Hudson, pourraient être vues comme une sorte de «rebond central», une autre caractéristique typique des cratères d\u2019impact.S\u2019il s\u2019agissait bien d\u2019un astro- blème, c\u2019en serait tout un! Avec 215km de rayon, cela en ferait le plus grand cratère à anneaux multiples sur Terre.Il aurait fallu un météorite d\u2019environ 10km de diamètre pour creuser un tel trou, et le choc aurait été cataclysmique.Mais voilà, une collision aussi violente laisse des traces caractéristiques dans la roche, comme des «cônes de choc» \u2013 soit des motifs en forme de cônes disposés en cascade, qui sont imprimés dans la roche.L\u2019astronome canadien Carlyle Smith Beals, de l\u2019Observatoire d\u2019astrophysique Dominion, à Victoria, en a cherché sur le terrain à la ?n des années 1960, mais est rentré chez lui les mains vides.Le géologue de l\u2019Université McGill Andrew Hynes, aujourd\u2019hui retraité, y est retourné 20 ans plus tard et a fait chou blanc lui aussi.«Nous avons passé, mon collègue Don Francis et moi, tout un été à chercher le long de cette côte et nous n\u2019avons pas trouvé le moindre petit indice d\u2019impact qui soit», témoigne M.Hynes.Pour le géologue, l\u2019arc de Nastapoka est plutôt un renfoncement de la croûte terrestre qui n\u2019est pas aussi rigide qu\u2019on le pense; elle est en fait une couche relativement mince d\u2019environ 40km de roche solide qui «?otte» sur le manteau terrestre, lequel est constitué de près de 3000km d\u2019épaisseur de roche en fusion malléable.Ainsi, quand un grand poids pèse sur une région du globe, la croûte terrestre peut s\u2019y enfoncer.Et comme la Terre est sphérique, ces renfoncements prennent des formes bien particulières, dit M.Hynes: «Si vous pesez sur une balle de ping-pong avec votre pouce, cela vous donnera une dépression circulaire, simplement à cause de la forme de la balle.[\u2026] Et on voit la même chose partout sur Terre.Si vous regardez la dépression ceinturant l\u2019Himalaya, par exemple, cela vous donne un cercle parfait.» Dans le cas de l\u2019arc de Nastapoka, les roches remontent à 2 milliards d\u2019années.On a de bonnes raisons de croire que, à cette époque, la dérive des continents a provoqué l\u2019empilement de grosses masses rocheuses dans ce qui est devenu par la suite la baie d\u2019Hudson.Cela aurait donc renfoncé légèrement la croûte terrestre à cet endroit et créé l\u2019étrange arc de cercle.La forme générale du bassin, avec sa pente douce d\u2019environ 4 degrés, et la distribution des masses dans le secteur concordent avec cette hypothèse, faisait valoir M.Hynes dans un article paru en 1991 dans la revue savante Tectonics.Cette explication ne rallie toutefois pas tout le monde.C\u2019est le cas de Michael Brook?eld, retraité du département de géologie de l\u2019université de Guelph, qui a présenté une communication sur le sujet dans un congrès de géologie en 2008.Comme partout ailleurs dans le monde, dit-il, il existe des failles géologiques dans cette région, qui sont autant de points faibles dans la croûte terrestre: «Une grosse charge aurait appliqué une force graduelle, et alors on s\u2019attendrait à ce que la déformation suive les failles préexistantes.Si vous prenez un panneau de verre ?ssuré et que vous pesez dessus, le mouvement va suivre la ?ssure, mais ce n\u2019est pas ce qu\u2019on voit autour de l\u2019arc de Nastapoka.Tandis que, si vous tirez avec une carabine sur le panneau de verre, vous aurez un beau trou bien net.» Mais même s\u2019il est plus optimiste que M.Hynes sur la possibilité qu\u2019il s\u2019agisse bien d\u2019un cratère d\u2019impact, M.Brook?eld admet lui-même que, à l\u2019heure actuelle, «on n\u2019a aucune autre preuve que la forme de l\u2019arc».Cela est loin d\u2019être suf?sant pour conclure à un impact météoritique.lQS F R A N K W R A M S P O T T / I S T O C K Les grandes questions du monde Par Jean-François Cliche Vous avez la tête remplie de questions de nature scienti?que, mais vous ne savez pas trop où chercher les réponses?Envoyez-les à l\u2019adresse questionspourQS@gmail.com, et notre chroniqueur se fera un plaisir d\u2019y répondre! Grand cratère cherche son météorite « Il y a une chose qui, sur la côte est de la baie d\u2019Hudson, a toujours piqué ma curiosité : on y voit un grand arc de cercle d\u2019une forme presque parfaite.Est-ce le résultat de la chute d\u2019un météorite ?Et si c\u2019est le cas, trouve-t-on au centre de ce \u201ccercle\u201d des pierres ou des minéraux provenant de l\u2019espace ?» demande Richard Tardif, de Québec.Plus d\u2019une vingtaine de destinations en Europe, en Asie et en Amérique vous sont ofertes, au mo À Deline, sur les rives de l\u2019immense lac Sahtu, les Tlichos (Côtes-de-Chien) pêchaient des ciscos durant toute l\u2019année, une tradition vieille de plusieurs millénaires.À l\u2019embouchure de ses rivières, il y avait en effet des endroits où l\u2019eau ne gelait pas en hiver en raison des forts courants.Les familles dénés aimaient bien s\u2019y regrouper pour faire bonne réserve de ciscos, ces petits salmonidés cousins du corégone, poissons des profondeurs et de l\u2019eau froide.Sur la rive sud-est du lac Sahtu, les nomades tlichos croisaient parfois des T\u2019atsaot\u2019ine (Couteaux-jaunes) du Grand lac des Esclaves, venus par la vieille piste Idaà pour chasser et pêcher eux aussi.Dans la langue des Esclaves (Slavey), « sahtu » désigne l\u2019ours brun (Ursus arctos) que les Américains et les Anglais ont curieusement appelé « grizzly ».C\u2019est l\u2019explorateur Alexander Mackenzie qui, traduisant du déné, aurait nommé le lac Sahtu « Great Bear Lake ».Il s\u2019agit d\u2019un plan d\u2019eau géant, situé dans les Territoires du Nord-Ouest : 325 km de long, 200 km de large, véritable mer intérieure qui se classe parmi les 10 plus grands lacs du monde.Avec ses 400 m de profondeur par endroits, l\u2019eau y est extrêmement froide, on l\u2019imagine bien.Tellement froide, en vérité, et si pauvre en nourriture, que seulement 16 espèces de poissons s\u2019y trouvent.Toutes mangent les malheureux ciscos.La rive nord-ouest est bordée par la toundra; on peut y apercevoir des bœufs musqués, des caribous aussi.Les Tlichos y ont souvent affronté les Inuits venus des côtes de la mer de Beaufort pour tenter leur chance près du Grand lac de l\u2019Ours.C\u2019est un pays de légendes, de mythes et de prophètes.D\u2019où lui vient cette inspiration spirituelle ?Peut-être de son ciel au milliard d\u2019étoiles ou de ses paysages d\u2019épinettes qui ont poussé drues, magni?ques misères des grandes solitudes, ou encore des crans rocheux du Bouclier canadien qui plongent dans ses eaux noires.L\u2019hiver y est si long et rigoureux que, malgré son immensité, le lac est gelé par endroits huit mois par année.Ici, les caribous des bois viennent jaser avec ceux de la toundra, manière d\u2019échanger des regards au pied de la montagne de l\u2019Ours, une montagne sacrée.Tellement sacrée que les Tlichos, de concert avec les Dénés sahtu (Peaux-de- Lièvre), sont parvenus à négocier avec les gouvernements en 1996 un vaste territoire protégé, qu\u2019ils ont nommé Saoyú and Æehdacho, un lieu historique national où la beauté du monde sera respectée scrupuleusement.En fait, ils ont voulu conserver les paysages immémoriaux de la taïga.Il fallait absolument le faire, car s\u2019il est une terre martyrisée en ce bas monde, c\u2019est bien le pays du lac Sahtu.Sur ses rives, en 1930, on a découvert des gisements d\u2019argent et de pechblende, cette dernière étant la principale source de radium et d\u2019uranium.Pendant plus de 10 ans, l\u2019industrie en a extrait le radium pour traiter le cancer mais, du même coup, a rejeté l\u2019uranium, alors considéré comme un déchet, dans ses eaux pures.Durant la Deuxième Guerre mondiale, on a tenté d\u2019en récupérer le plus possible, non pas pour dépolluer, mais pour alimenter le projet Manhattan, le programme américain ayant mené à la production de la bombe atomique.Toutefois, pour le lac Sahtu, c\u2019était trop tard : ses eaux étaient irrémédiablement empoisonnées, et son fragile équilibre, absolument brisé.La pêche commerciale fut interrompue, la pêche de subsistance aussi.Qui veut manger des ciscos radioactifs et des poissons truffés de mercure ?Vers 1945, un rapport du gouvernement fédéral con?rmait le pire : le lac Sahtu était devenu un désert biologique.Le lac Sahtu se déverse dans le ?euve Deh Cho, qui signi?e « grand ?euve » en langue déné, tout comme le Mississippi signi?e « grand ?euve » en langue algonquienne.Malheureusement, les toponymes dénés furent ignorés par les Canadiens anglais : ne cherchez pas le Deh Cho, il s\u2019appelle le ?euve Mackenzie.Et les cinq bras du lac Sahtu portent des noms rappelant les compagnons anglophones de John Franklin, un autre explorateur colonial.Pas un mot sur les nombreux guides dénés de Mackenzie et Franklin; aucune mémoire des guides métis francophones et des voyageurs canadiens-français qui étaient si familiers de ces immensités.Mais il y a pire : quel lieu voudrait s\u2019appeler Port Radium \u2013 ou Uranium City sur le lac Athabasca ?Qui veut célébrer le mercure et le plomb?Qui souhaite applaudir la mort d\u2019un lac sacré, grand comme une mer, sacri?é au pro?t de tous les eldorados du monde ?On en aura cassé des œufs pour faire la grande omelette du progrès.Nul besoin d\u2019être le prophète déné Naïdzo pour poser la question : cet uranium nous a-t-il enrichis ?lQS L\u2019esprit du lieu Par Serge Bouchard 50 Québec Science | Mars 2017 Une bombe est tombée dans le lac Sahtu Grand lac de l\u2019Ours ou lac Sahtu J A S O N P I N E A U / C O N S E I L D E D É V E L O P P E M E N T É C O N O M I Q U E D E S T E R R I T O I R E S D U N O R D - O U E S T PLACE À LA NOUVELLE GÉNÉRATION! CONCORD I A .C A / D E J A D EM A I N NOUVEAUX SILLONS DANS LA RECHERCHE SUR LA PLANÈTE ROUGE Des chercheurs de Concordia mettent au point une nouvelle gamme d\u2019astromobiles et réinventent la roue pour les surfaces à faible gravité. Patrick Tran-Khan, ing., génie mécanique, membre depuis 1997 * En date du 4 janvier 2017 Audrey Pratt, ing., génie chimique, membre depuis 2010 MARS, LE MOIS NATIONAL DU GÉNIE 62 991 membres* contribuent au bien-être de la société québécoise grâce à leur expertise et leur créativité.oiq.qc.ca Des prof s o nels au service du public "]
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