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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Septembre 2020, Vol.59, No. 2
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2020, Collections de BAnQ.

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[" QUEBEC SCIENCE Monstres de feu sous surveillance À QUAND LA PROCHAINE ÉRUPTION ?Satellites, drones, intelligence arti?cielle : les scienti?ques sont aux aguets.SEPTEMBRE 2020 BIENVENUE DANS LES LABOS AUTONOMES ! L\u2019ORIGINE INTRIGANTE DE NOS MAINS L\u2019abc d\u2019une rentrée scolaire sécuritaire De l\u2019attribution d\u2019un local par groupe-classe au lavage des mains, en passant par des solutions pour assurer l\u2019enseignement de toutes les matières et un soutien accru aux élèves, on a adopté des mesures pour une rentrée réussie et sécuritaire.Consultez la foire aux questions Québec.ca/rentrée 03_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2020_09.indd 2 20-08-11 10:00 SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 3 SOMMAIRE QUÉBEC SCIENCE SEPTEMBRE 2020 I M A G E D E L A C O U V E R T U R E : S H U T T E R S T O C K .C O M 4 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 5 Mots croisés | 11 Technopop Par Chloé Freslon 12 Polémique Par Jean-François Cliche | 46 Culture Par Émilie Folie-Boivin 49 Anthropocène Par Jean-Patrick Toussaint | 50 Rétroviseur Par Saturnome SUR LE VIF 6 LE CABINET DES CURIOSITÉS Les chercheurs amateurs d\u2019« agar art » font des œuvres avec de la matière vivante.8 DES CISEAUX MOLÉCULAIRES POUR RECYCLER LES PNEUS Dévulcanisation.Le procédé ne vise pas à assimiler les Vulcains, mais bien à réutiliser de vieux pneus.10 UN ANIMAL AU SANG BLEU SAIGNÉ À BLANC Peut-on cesser d\u2019utiliser le sang de limule pour tester l\u2019innocuité des médicaments injectables ?11 LA CHIMIE DU TATOUAGE SEMI-PERMANENT Quel est le secret de la génipine, une substance incolore qui bleuit la peau pendant deux semaines ?14 LES DURES LEÇONS DE LA COVID-19 La pandémie a braqué les projecteurs sur les failles du système de santé.L\u2019analyse s\u2019amorce.CHERCHEUSE EN VEDETTE 44 LE TRAVAIL, C\u2019EST LA SANTÉ ?Les travaux de Caroline Duchaine jettent un éclairage inédit sur cet adage popularisé par le chanteur Henri Salvador.EN COUVERTURE 17 Monstres de feu sous surveillance Satellites, drones, intelligence arti?cielle et capteurs faits maison : tous les moyens sont bons pour surveiller les volcans.Car il est temps de prendre cette menace au sérieux.REPORTAGES 26 Le poisson qui avait des doigts L\u2019examen d\u2019Elpistostege, fascinant poisson fossile trouvé en Gaspésie, révèle que ses nageoires contenaient des doigts.Une information qui brouille la frontière entre poissons et vertébrés terrestres\u2026 31 Les minuscules grands oubliés Attention, avertissent des microbiologistes, on néglige un élément clé des changements climatiques : les microorganismes ! 36 Un ennemi silencieux Haïti se bat contre un poison, tapi dans l\u2019ombre : les a?atoxines, qui contaminent notamment l\u2019arachide.38 Les scienti?ques augmentés Automatiser la découverte de matériaux : voilà ce que proposent des mordus de chimie, de robotique et d\u2019informatique pour accélérer la science.L\u2019Etna est le volcan le plus actif d\u2019Europe.Situé en Sicile, il connaît des éruptions fréquentes depuis au moins 2 700 ans.31 6 38 11 03_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2020_09.indd 3 20-07-15 15:33 4 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 MARIE LAMBERT-CHAN @MLambertChan Éditorial Une tour d\u2019ivoire qui porte bien son nom La communauté scienti?que se mobilise pour corriger les inégalités raciales qui persistent en son sein.Il était temps.I l n\u2019existe pas mille façons de le dire : la science a un problème de racisme.De la création du concept de « race » par le naturaliste Carl von Linné en 1735 jusqu\u2019au mouvement eugéniste en passant par l\u2019infâme expérience de Tuskegee, en Alabama, des travaux de recherche ont contribué à façonner le racisme tel qu\u2019il est vécu aujourd\u2019hui.Le problème s\u2019est in?ltré au cœur même de la science, puisqu\u2019il entrave la carrière des chercheurs issus des minorités visibles.Tout cela est su et connu.Mais il aura fallu que les morts de Breonna Taylor et de George Floyd surviennent pour déclencher un examen de conscience sans précédent dans la communauté scienti?que.« Nous reconnaissons que Nature est l\u2019une des institutions blanches responsables des préjugés dans la recherche et les études universitaires.Le monde de la recherche scienti?que a été ?et reste ?complice du racisme systémique et doit davantage s\u2019efforcer de corriger ces iniquités et d\u2019ampli?er les voix marginalisées », ont écrit les éditeurs de la prestigieuse revue, à l\u2019instar de plusieurs journaux scienti?ques, universités et sociétés savantes.Dans la foulée, des campus ont effacé les noms de scienti?ques connus pour leurs opinions racistes.Les découvertes de James Watson, Ronald Aylmer Fisher et Francis Galton subsisteront dans l\u2019histoire, mais il est désormais anachronique et méprisant que leurs noms honorent des lieux qui accueilleront des hommes et des femmes qu\u2019ils considéraient comme des êtres inférieurs.Évidemment, tous n\u2019adhèrent pas à ce mea- culpa collectif.Certains ne s\u2019expliquent pas que des inégalités puissent exister en science.Pour eux, la science est par dé?nition neutre et objective, et donc elle n\u2019a que faire des origines ethniques (une rhétorique appelée colorblind en anglais et qui, selon plusieurs études, pousse ses tenants à ignorer non seulement la couleur de peau, mais aussi la discrimination).Ce qui importe en science, pour eux, c\u2019est l\u2019excellence ?qui, apparemment, ne fait pas toujours bon ménage avec l\u2019équité.« L\u2019augmentation des pratiques d\u2019embauche qui favorisent ou même imposent l\u2019équité par un nombre absolu d\u2019employés de sous-groupes spéci?ques est contre-productive si elle se traduit par une discrimination à l\u2019encontre des candidats les plus méritants », a déclaré le professeur canadien Tomas Hudlicky dans un texte d\u2019opinion qui n\u2019avait pourtant rien à voir avec le sujet (il portait sur les 30 ans de la synthèse organique !), publié en juin dernier dans le journal de chimie Angewandte Chemie.Le tollé a été immédiat et les 16 membres du comité de rédaction ont démissionné.Dif?cile de réagir autrement quand on sait à quel point les minorités racisées ont du mal à se tailler une place en science.Prenons seulement le taux de professeurs noirs, qui demeure anémique dans le monde de la recherche occidentale : en Grande-Bretagne, il est de 0,7 % et aux États-Unis de 6 %.Au Québec ?Nous étions à une représentation de 2,2 % lors du recensement de 2016.Mais attention, ces données incluent aussi les chargés de cours.Comme les personnes issues des minorités visibles ont plus souvent que leurs collègues blancs un statut d\u2019emploi précaire, on peut imaginer que le taux est plus bas encore pour les professeurs.Il est ardu de savoir si la tendance se renverse, car les universités comptabilisent les statuts de minorités visibles à l\u2019aide d\u2019autodéclarations volontaires.Toutes n\u2019accordent pas la même valeur à ce procédé, qui permet pourtant de suivre les progrès en matière d\u2019équité.Les données qui en ressortent sont donc complexes à analyser et à comparer (certaines universités refusent même de les rendre publiques).Il existe toutefois une information qui ne laisse aucune place à l\u2019interprétation : la Loi sur l\u2019accès à l\u2019égalité en emploi dans des organismes publics est entrée en vigueur il y a 20 ans et, depuis, aucune université n\u2019a atteint ses cibles ! C\u2019est inacceptable.Comme le réclame un groupe de plus de 300 universitaires britanniques, il faut des mesures concrètes, implantées de manière transparente et rigoureuse.D\u2019abord, des chercheurs issus des minorités racisées, tout particulièrement de la communauté noire, doivent être présents partout : professorat, postes de gestion, conseils d\u2019administration, équipes éditoriales de revues savantes, directions d\u2019organismes subventionnaires.Ensuite, tout en assurant la protection des renseignements personnels, les établissements devraient encourager les chercheurs à déclarer leur statut, en leur expliquant l\u2019importance de ces données.Et ces dernières devraient faire l\u2019objet de rapports annuels publics, comme en produit entre autres l\u2019Université de la Colombie- Britannique depuis 2010.Alors que les formations sur les biais inconscients ne sont pas toujours ef?caces, voire ont des effets contraires à ce qui est attendu, certains suggèrent plutôt qu\u2019elles portent sur les inégalités raciales et les relations de pouvoir.Ces formations devraient être obligatoires pour quiconque embauche des chercheurs, révise des études et approuve des demandes de ?nancement.En?n, il ne saurait y avoir d\u2019équité sans se pencher sur les écarts salariaux de même que sur la charge de travail supplémentaire des minorités, à qui l\u2019on demande de participer bénévolement à une foule de travaux sur la diversité.Le milieu de la recherche ne peut se targuer d\u2019être au service de l\u2019humanité sans la représenter adéquatement.Et cela ne peut pas attendre encore 20 ans.03_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2020_09.indd 4 20-07-15 15:33 SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 5 Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D SEPTEMBRE 2020 VOLUME 59, NUMÉRO 2 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Journalistes Marine Corniou, Mélissa Guillemette Journaliste Web et médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Maxime Bilodeau, Jean-François Cliche, Caroline Chrétien, Catherine Couturier, Émilie Folie-Boivin, Chloé Freslon, Joël Leblanc, Etienne Plamondon Emond, Saturnome, Jean-Patrick Toussaint, Dominique Wolfshagen Correctrice-réviseure Sophie Cazanave Directrice artistique Natacha Vincent Graphiste Françoise Abbate Photographes/illustrateurs Robert Baronet / JDHP inc., Louise Bilodeau, Adam Coish, Dorian Danielsen, Nicole Aline Legault, Christinne Muschi, Michel Rouleau, Vigg Éditrice Suzanne Lareau Comptabilité Mimi Bensaid Conseillère, relations de presse et marketing Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Impression Solisco Distribution Messageries Dynamiques Parution: 27 août 2020 (564e numéro) Abonnement Canada, 1 an : 36 $ + taxes États-Unis, 1 an : 72 $ Outre-mer, 1 an : 112 $ 514 521-8356, poste 504, ou 1 800 567-8356, poste 504 Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions.Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2020 \u2013 Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.Mots croisés Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca ERRATUM Dans le reportage « Le retour du dirigeable » (juillet-août 2020), il aurait fallu lire que c\u2019est l\u2019appareil R-101, et non R-100, qui s\u2019est écrasé en France, en 1930, alors qu\u2019il effectuait sa première liaison Londres-Bombay.Merci à la vigilance de M.Jean-Roch Boisvert et toutes nos excuses pour cette erreur.PLACE À LA 28e ÉDITION DES DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE ! L\u2019équipe de Québec Science poursuit la tradition et choisira cet automne les 10 découvertes scienti?ques québécoises les plus marquantes de 2020.Les universités et centres de recherche de même que les chercheurs sont invités à déposer leur candidature dès le 1er septembre.Les résultats seront dévoilés dans notre numéro de janvier-février 2021.Les règlements et le formulaire d\u2019inscription sont disponibles à cette adresse : www.quebecscience.qc.ca/appel-decouvertes2020 LE FUTUR INCERTAIN DU LITHIUM Dans notre numéro de juin 2020, nous avons interviewé le géologue Michel Jébrak sur l\u2019avenir du lithium québécois.En réponse à la question posée sur l\u2019avenir du lithium au Québec, M.Jébrak s\u2019est dit optimiste à moyen terme.À cet égard, ce qu\u2019on peut lire chez certains auteurs laisse croire que l\u2019avenir est plutôt sombre pour les pays comme le Canada qui ont l\u2019ambition d\u2019exploiter leurs richesses naturelles, dont le lithium.Ainsi, Guillaume Pitron, auteur de La guerre des métaux rares, af?rme qu\u2019une compagnie comme Nemaska Lithium, citée dans l\u2019article de votre magazine, se trouve en compétition avec un État comme la Chine, qui pratique le dumping sur le marché des métaux, comme le font d\u2019autres pays émergents.On sait que les investisseurs ne se pressent pas aux portes de cette compagnie pour déposer leurs billes.Peut-on dire, comme les Anglais, money talk ?Jean-Marie Desgagné UN SCEPTICISME INQUIÉTANT Dans son dernier édi toria l , Marie Lambert-Chan se demandait si les scientifiques deviendront les boucs émissaires de la pandémie.Malheureusement, une partie de la population veut des réponses simples à des questions compliquées ; alors, quand les réponses sont nuancées, elle croit qu\u2019on essaie de lui cacher quelque chose et se tourne vers des pseudo- scienti?ques qui lui donneront des réponses simples et sans aucune nuance.Je trouve cela déplorable et inquiétant aussi.?Any Larouche Ce qui m\u2019inquiète, c\u2019est de voir le nombre élevé d\u2019individus qui remettent en question la science alors que des milliers de personnes meurent dans le monde.C\u2019est se mettre la tête dans le sable.?Mona Francœur \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 03_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2020_09.indd 5 20-08-11 11:16 des curiosités LE CABINET 6 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 U ne carpe koï près d \u2019une f leur de lotus ; une copie du Cri, de Munch ; un dromadaire au soleil couchant ; un autoportrait naïf.Voilà, pêle-mêle, les œuvres gagnantes d\u2019un concours d\u2019art organisé en 2019 par la Société américaine de microbiologie (ASM).Les scènes sont hétéroclites, mais les dessins ont un point commun : ils sont tous tracés avec des microorganismes, les boîtes de Pétri faisant of?ce de toiles.Vertes, jaunes, rouges ou même ?uores- centes, bactéries et levures offrent une palette de couleurs impressionnante.Cette forme d\u2019art très nichée fait des émules dans les laboratoires, notamment grâce au concours annuel que l\u2019ASM organise depuis 2015.L\u2019an passé, le jury a examiné 347 œuvres microbiennes créées par des artistes de 43 pays ! Les réseaux sociaux contribuent aussi à publiciser l\u2019« agar art », nommé ainsi en référence à l\u2019agar-agar, un gel sur lequel croissent les bactéries en laboratoire.C\u2019est pendant son projet de maîtrise à l\u2019Université de la Saskatchewan que Dongyun Jung a eu l\u2019idée d\u2019employer cette gouache inusitée.« Je prélevais des bactéries sur des légumes et épices importés au Canada et je cherchais à déceler des germes résistants aux antibiotiques, explique celui qui est au- jourd\u2019hui doctorant en agroalimentaire à l\u2019Université McGill.Toutes les colonies avaient des formes et des couleurs différentes, et un jour j\u2019ai essayé de dessiner un chevreuil et un arbre.Le lendemain, les bactéries avaient poussé et le résultat était vraiment beau ! » En quelques clics, il réalise qu\u2019il n\u2019est pas le seul microbiologiste à manier la pipette à des fins artistiques et il apprend l\u2019existence du concours de l\u2019ASM.Il tente sa chance et l\u2019une de ses œuvres est retenue parmi les ?nalistes en 2018.Intitulée Shine On, elle représente des poumons humains brillant sous la lumière ultraviolette.« J\u2019ai utilisé la bactérie Pseudomonas ?uorescens, qui est présente dans les sols et l\u2019eau et qui produit un composé ?uorescent appelé \u201cpyoverdine\u201d lorsqu\u2019elle se trouve dans des environnements pauvres en fer », précise-t-il.Outre la célèbre Escherichia coli, reine des laboratoires, les microbiologistes s\u2019amusent souvent avec leurs propres sujets d\u2019étude, à l\u2019instar de Dongyun Jung.En 2018, un lauréat de l\u2019ASM a utilisé des staphylocoques dorés prélevés dans le pharynx d\u2019un de ses patients pour revisiter On dit des peintres talentueux qu\u2019ils rendent leurs toiles vivantes.Mais ici, c\u2019est la matière vivante qui fait l\u2019œuvre.Par Marine Corniou L\u2019ART EN CULTURE Cette œuvre d\u2019Arwa Hadid, de l\u2019Université d\u2019Oakland, a gagné le premier prix au concours de l\u2019ASM 2019. Le pionnier de l\u2019« agar art » est nul autre qu\u2019Alexander Fleming.Le médecin britannique qui a découvert la pénicilline à la in des années 1920 était membre d\u2019un club d\u2019art privé et aimait « jouer avec les microbes ».Voici une de ses œuvres.Troisième prix du concours de l\u2019ASM 2019, Fu(n) ji-san, d\u2019Isabel Franco Castillo, de l\u2019Institut de science des matériaux, en Espagne.Le volcan est constitué d\u2019un milieu de culture ensemencé par la moisissure Cladosporium.Premier prix du concours de l\u2019ASM 2018, La bataille de l\u2019hiver et du printemps, d\u2019Ana Tsitsishvili, de l\u2019Université de Géorgie.\u2022 IMAGES : ASM ; ALEXANDER FLEMING LABORATORY MUSEUM, IMPERIAL COLLEGE HEALTHCARE NHS TRUST SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 7 Les tournesols de Van Gogh\u2026 Parmi les favorites des biopeintres, citons aussi Serratia marcescens, une spécialiste des infections nosocomiales qui forme des colonies d\u2019un rouge profond.Ou Klebsiella pneumoniae qui, quand elle ne cause pas de pneumonie, pousse en jolis cercles gris métallisé.Pour le concours de l\u2019ASM, n\u2019importe quels microorganismes et supports gélatineux peuvent être employés.L\u2019une des lauréates de 2019, qui a peint de délicates ?eurs typiques des broderies hongroises, a utilisé un milieu de culture dit « chromogène », c\u2019est-à-dire qui se colore en présence de certaines enzymes bactériennes.D\u2019autres artistes s\u2019aident de la génétique pour mieux contrôler leur palette.Leslie Mitchell, qui a travaillé sur un projet de génome synthétique de levure, est une adepte du yeast art.À l\u2019Université de New York, où elle fait un postdoctorat, elle manipule les génomes de ces champignons microscopiques pour leur faire produire du bêtacarotène (qui donne des coloris orangés, roses et jaunes), de la viola- céine (noir, gris et violet) et des protéines ?uorescentes empruntées aux méduses.Si le concours de l\u2019ASM est désormais ouvert à tous, même aux enfants, l\u2019art de la gélose demande un peu d\u2019entraînement.« Il faut d\u2019abord faire pousser les différentes bactéries pour constituer sa palette.Puis, on utilise des boucles d\u2019inoculation [NDLR : des tiges servant à transférer les microorganismes] en tant que pinceaux pour dessiner sur de l\u2019agar-agar propre.C\u2019est un dé?, car on ne voit presque pas ce qu\u2019on trace ! On place ensuite la boîte de Pétri dans l\u2019incubateur et l\u2019on revient le lendemain pour voir le résultat », détaille Dongyun Jung.C\u2019est seulement quand les bactéries se multiplient qu\u2019elles deviennent apparentes.D\u2019ailleurs, si cette forme d\u2019art a un objectif, c\u2019est bien celui de révéler la beauté des organismes invisibles.Un objectif que le coronavirus a bien failli faire disparaître en condamnant le concours 2020 de l\u2019ASM.« En raison de la pandémie, nous ne sommes pas sûrs que le public est prêt à entendre que les microbes sont beaux », nous disait la porte-parole, Joanna Urban.Finalement, l\u2019art a triomphé de la peur : les candidatures seront acceptées dès septembre et les gagnants seront dévoilés en novembre.T EN Shine On, de Dongyun Jung.Le processus de création s\u2019est étalé sur trois jours.Et ces œuvres sont éphémères : le dessin s\u2019estompe quand les bactéries envahissent la boîte de Pétri. \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM SUR LE VIF 8 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 Des ciseaux moléculaires pour recycler les pneus Dévulcanisation.Le procédé ne vise pas à assimiler les Vulcains, mais bien à renverser la réaction chimique permettant la fabrication des pneus.Par Caroline Chrétien P our sauver un restant de pâtes alimentaires, rien de tel que de les intégrer à une fritatta bien garnie.Le résultat est facile à couper en belles pointes, mais bien malin celui qui pourra en récupérer les ingrédients dans leur état original si une envie de pâtes lui revient ! C\u2019est un peu le dé?que posent les pneus usagés au moment de les recycler.Les propriétés qui leur confèrent leur durabilité sont aussi celles qui rendent dif?cile leur décomposition, selon le professeur et chimiste ontarien Michael Brook, qui fait partie des malins.On trouve des dizaines d\u2019ingrédients dans un pneu, dont le caoutchouc, les ?bres et l\u2019acier.Le caoutchouc, c\u2019est le spaghetti du pneu.Au cours du procédé de vulcanisation, il est chauffé avec du soufre (les œufs !) dans un moule contenant ses autres composants.La structure ?nale s\u2019apparente à un ?let.« Les lignes horizontales sont faites de polymère ?le caoutchouc ?et les lignes verticales sont composées de soufre », vulgarise le chercheur de l\u2019Université McMaster.Plusieurs scienti?ques travaillent actuellement à renverser cette réaction, mise au point en 1844 par Charles Goodyear.Le but ?Refaire de nouveaux pneus, sachant que trois milliards de ces objets se vendent chaque année dans le monde.Pour rompre les très robustes chaînes de soufre, son équipe a conçu des « ciseaux moléculaires ».La recette de dévulcani- sation, publiée dans Green Chemistry, est relativement simple.« On prend des granules de caoutchouc et l\u2019on y ajoute un catalyseur pour accélérer la réaction, un composé de silicone pour briser les liens chimiques et du solvant pour faciliter la migration du composé de silicone à l\u2019intérieur des particules de caoutchouc », explique-t-il.On chauffe cette soupe à 100 °C et, en moins d\u2019une heure, on ?ltre pour récupérer les constituants.Ces derniers pourraient alors servir à la fabrication de nouveaux pneus.Le dé?demeure de mettre au point un procédé abordable, commercialisable et approuvé par les autorités en matière de sécurité de la route\u2026 ce que Michael Brook n\u2019a pas réussi, pas plus que d\u2019autres équipes.Mais personne ne s\u2019avoue vaincu.En attendant, où vont les pneus con?és au Programme québécois de gestion intégrée des pneus hors d\u2019usage, encadré par Recyc-Québec ?En 2018, 80,3 % des pneus récupérés dans la province ont été transformés en objets moulés, tapis, poudrette ou paillis ; 19,3 % ont emprunté le chemin des cimenteries aux ?ns de valorisation énergétique ; et 0,3 % ont servi au remoulage.Ce procédé permet de conserver la structure d\u2019un pneu et d\u2019en recaoutchouter l\u2019extérieur.Recyc-Québec aimerait augmenter ce taux à 1 %.Mais il existe un seul remouleur de pneus automobiles au Québec et la pratique est soumise à de strictes normes de sécurité.« Les pneus trop vieux, en mauvais état et les pneus chinois, de moins bonne qualité, ne peuvent être remoulés.Et l\u2019on ne peut remouler un pneu plus d\u2019une fois », énumère Frédéric Dutil, agent de développement industriel chez Recyc-Québec.En parallèle, l\u2019agence mise sur son programme de recherche et développement pour trouver de nouvelles façons de recycler et pour faciliter la commercialisation de ces produits.Pour le spécialiste en toxicologie et chef adjoint du Parti vert du Canada Daniel Green, c\u2019est insuf?sant.« Tant que l\u2019industrie n\u2019acceptera pas la responsabilité de \u2022 IMAGE : HATCH ET COLL., ZOOKEYS SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 9 son produit, on sera condamné à des solutions loin d\u2019être idéales », croit-il, convaincu que l\u2019État doit forcer les fabricants à récupérer et à recycler eux-mêmes leurs produits.Selon lui, il faudrait concevoir des pneus plus écologiques dès le départ.Bien qu\u2019il soit préoccupé par les microparticules de caoutchouc issues de l\u2019usure des pneus et par leur combustion par les cimenteries, Daniel Green estime que le grand risque environnemental demeure les feux de pneus en fin de vie entreposés en attendant leur recyclage.De tels incendies ont éclaté en décembre 2018 à Beauceville, au Québec, puis un an plus tard à Minto, au Nouveau-Brunswick.À une température très élevée, le pneu se décompose en toutes sortes de produits chimiques susceptibles de contaminer l\u2019air et les nappes phréatiques.« Ensevelir un tel feu sous des matières inertes comme du sable peut intensifier la pyrolyse [une décomposition sans oxygène] », ajoute Daniel Green.Une technique que les pompiers se résolvent souvent à utiliser pour étouffer ce type d\u2019incendie.Selon Recyc-Québec, des mécanismes de surveillance existent pour que l\u2019entreposage temporaire des pneus, inévitable en raison des pics de collecte au printemps et à l\u2019automne, soit sécuritaire.N\u2019empêche, les acteurs de l\u2019industrie s\u2019entendent pour dire qu\u2019il faut poursuivre les efforts a?n de parvenir à une économie plus circulaire du pneu.Car qui n\u2019aimerait pas cuisiner à l\u2019in?ni ses restes de spaghetti ?Comme le King, ils ont du charisme et brillent de mille feux.Surnommés vers « Elvis », ces animaux marins du genre Peinaleopolynoe arborent des écailles souples iridescentes qui rappellent les paillettes des costumes de la légende du rock.P.elvisi et ses acolytes appartiennent à quatre nouvelles espèces décrites ?et baptisées ?par une équipe de l\u2019Institut d\u2019océanographie Scripps en Californie dans la revue ZooKeys.Jusqu\u2019ici, seules deux espèces de Peinaleopolynoe étaient connues : les nouvelles venues ont été découvertes lors de campagnes d\u2019exploration des abysses, au large de la Californie notamment, et caractérisées par séquençage génétique.Ces vers de quelques centimètres se nourrissent sur les cadavres des grands vertébrés.« Comme pour la plupart des espèces de l\u2019océan profond, on connaît assez peu de choses à leur sujet », explique Stéphane Hourdez, du Centre national de la recherche scienti?que en France, qui a cosigné l\u2019étude.Il a participé aux analyses comparatives en fournissant les données moléculaires d\u2019une des espèces déjà connues, recueillies dans l\u2019Atlantique à 4 000 m de profondeur.« Ce sont des prédateurs dotés de mâchoires puissantes qu\u2019ils peuvent projeter avec leur pharynx », précise-t-il.Une féroce bataille entre deux spécimens a même été ?lmée ! On est loin de Love Me Tender\u2026 L\u2019Elvis des profondeurs Dans le sens horaire en partant du coin supérieur gauche : P.mineoi, P.orphanae, P.goffrediae et P.elvisi SUR LE VIF 10 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM Le limule est parfois appelé « crabe à sang bleu », car son sang contient un pigment bleu, l\u2019hémocyanine.Le futur vaccin contre la COVID-19 portera-t-il le coup de grâce au limule, dont le sang est utilisé pour tester l\u2019innocuité des médicaments injectables ?Par Etienne Plamondon Emond P our sauver des vies humaines, le secteur biomédical réalise encore des saignées.Des saignées de limules plus précisément.Seulement sur la côte Est américaine, 460 000 de ces arthropodes sont capturés chaque année dans le but de prélever leur sang, riche en cuivre.Ce liquide, bleu comme de l\u2019antigel, est indispensable aux entreprises pharmaceutiques.La raison : ce sang (ou hémolymphe) contient des cellules extrêmement sensibles aux endotoxines libérées par les bactéries.Il coagule à leur contact, ce qui en fait un redoutable détecteur de contaminants et l\u2019ingrédient clé du test nommé LAL (pour « lysat d\u2019amoebocytes de limule »).Depuis les années 1970, ce réactif demeure la norme pour véri?er l\u2019innocuité des implants médicaux et des médicaments administrés par injection, question de prévenir les chocs septiques.Or, la mise au point de centaines de vaccins pour combattre la COVID-19 « nécessite beaucoup de tests d\u2019endotoxines », prévient Jay Bolden, biologiste au sein du groupe pharmaceutique Eli Lilly.« Cela va forcément se traduire par une pression accrue [sur les limules] », ajoute celui qui milite depuis longtemps pour le remplacement du test LAL.Sur les quatre espèces de limules, trois viennent d\u2019Asie et sont considérées comme menacées, selon l\u2019Union internationale de la conservation de la nature (UICN).Sur ce continent, chaque spécimen capturé à des ?ns biomédicales est saigné jusqu\u2019à sa mort, signale Paul Shin, coprésident du groupe d\u2019experts sur les limules de l\u2019UICN.Aux États-Unis, les spécimens de l\u2019espèce Limulus polyphemus, estimée vulnérable par l\u2019UICN, se voient extraire 30 % de leur sang avant d\u2019être retournés dans l\u2019océan.Mais de 10 à 30 % succombent après cette opération.Chez les survivants, « on observe des effets négatifs sur le comportement », soulève Christopher Chabot.Le professeur de biologie de l\u2019Université d\u2019État de Plymouth a suivi 28 limules munis d\u2019émetteur dans l\u2019estuaire de Great Bay, au New Hampshire.Les résultats dévoilés en 2019 dans The Biological Bulletin sont préoccupants.Les spécimens qui avaient été saignés restaient plus longtemps dans les eaux profondes et s\u2019approchaient beaucoup moins de la plage pour se reproduire.En plus de son rôle crucial dans les écosystèmes, le limule a un intérêt paléontologique : véritable « fossile vivant », il est apparu il y a 450 millions d\u2019années.Pour préserver cet animal, Jay Bolden tente de transformer le secteur pharmaceutique de l\u2019intérieur.Il multiplie les études pour prouver que le test LAL peut être remplacé par un réactif de synthèse équivalent : le facteur C recombinant (rFC).Conçu durant la décennie 1990 à l\u2019Université nationale de Singapour grâce au clonage de l\u2019ADN codant pour une protéine sanguine de limule, le rFC est commercialisé depuis 2003.Mais il tarde à se tailler une place dans les laboratoires, même si son brevet est désormais expiré.« L\u2019industrie biopharmaceutique demeure très conservatrice », souligne Jay Bolden, qui a néanmoins réussi à convaincre son employeur.En 2016, Eli Lilly s\u2019est engagée à recourir au rFC pour l\u2019ensemble des produits créés à l\u2019interne.L\u2019entreprise a fait approuver en 2018 un premier médicament testé avec ce produit de synthèse par la Food and Drug Administration.Le 1er juillet 2020, la Pharmacopée européenne, un ouvrage règlementaire destiné aux professionnels de la santé, a autorisé l\u2019utilisation du rFC, au même titre que le LAL, sans devoir procéder à une validation supplémentaire.Il s\u2019agit d\u2019une « étape importante », selon Jay Bolden.Reste à voir si le reste de l\u2019industrie l\u2019adoptera pour éviter de vider les limules de leur sang.Un animal au sang bleu saigné à blanc Technopop CHLOÉ FRESLON @f_chloe La chimie du tatouage semi-permanent SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 11 \u2022 IMAGE : INKBOX E lles sont arrivées dans nos vies le 12 mars et semblent s\u2019y être installées à demeure : les vidéoconférences.Les appels téléphoniques n\u2019existent plus (et pourtant ils devraient).On dirait qu\u2019une règle non écrite s\u2019est mise en place : par défaut, il faut absolument que chaque réunion se tienne en mode vidéoconférence.Par exemple, lorsqu\u2019on envoie une invitation par le système d\u2019agenda de Google, la plateforme suggère fortement d\u2019ajouter un lien de vidéoconférence.Est-ce a?n de nous garder un peu plus captifs ?Pendant le seul mois de mars 2020, le nombre d\u2019utilisateurs de Zoom à travers le monde a augmenté de 1 900 %.Pas étonnant que beaucoup de personnes, y compris moi, en aient fait une surdose.Quelle qu\u2019en soit la raison, les vidéoconférences sont drainantes.La BBC s\u2019est penchée sur la question et a interrogé deux scienti?ques pour mieux comprendre la situation.Être en vidéoconférence, ont-ils dit, c\u2019est comme être sur scène.Plusieurs visages nous regardent en permanence.Il y a une pression de devoir « bien agir » sans jamais se relâcher.Pendant un appel vidéo, la seule façon de montrer qu\u2019on est attentif est de ?xer la caméra.Si l\u2019on tourne la tête pour regarder par la fenêtre, on craint de donner l\u2019impression de ne pas être concentré.Mais, dans la vie réelle, on ne reste jamais les yeux rivés sur quelqu\u2019un ou quelque chose en continu.Sans pause visuelle, notre cerveau se fatigue.Voici donc quelques conseils pour rendre l\u2019expérience des vidéoconférences un peu moins fatigante.Fermez tous les onglets ou programmes qui pourraient vous distraire, rangez votre téléphone et soyez totalement présent.Et la fenêtre qui vous montre votre propre visage ?Cachez-la ! Après tout, vous savez à quoi vous ressemblez ! Autant que possible, prenez de petites pauses lors d\u2019appels plus longs pour appliquer la formule du « 20-20-20 » : toutes les 20 minutes, prenez un temps d\u2019arrêt de 20 secondes et ?xez un point à 20 pieds.Il ne s\u2019agit pas d\u2019une invitation à procrastiner, mais plutôt de laisser vos yeux se reposer un moment.Et si rien de cela n\u2019est possible, faites comme moi.Je me suis imposé une règle : une seule vidéoconfé- rence par jour.Pour les autres invitations, j\u2019explique à mes interlocuteurs que j\u2019ai atteint mon quota et qu\u2019on doit s\u2019appeler.Personne ne m\u2019a encore dit non et je détecte même un soulagement à ce qu\u2019on puisse « seulement » se parler.Marre des vidéoconférences ! I l y a les tatouages qui durent toujours, et qu\u2019on peut regretter.Il y a aussi les temporaires, qu\u2019une simple douche estompe.Christopher Caputo travaille sur l\u2019entredeux.Sur les vitres de son laboratoire, des dizaines de molécules sont dessinées au marqueur, comme si un savant fou était passé par là.C\u2019est que l\u2019équipe du professeur de l\u2019Université York doit se creuser la cervelle pour mener à bien cette mission, qui peut sembler super?cielle de prime abord, mais qui se révèle fascinante quand on se rend à son derme.« Quand je me suis penché pour la première fois sur la science des tatouages, j\u2019ai été renversé de voir tout ce qu\u2019il restait à apprendre », dit celui qui se consacre habituellement à la chimie inorganique fondamentale.Il a reçu 450 000 $ du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada pour un projet en partenariat avec la jeune entreprise Inkbox.Cette dernière vend des tatouages semi-permanents faits à partir d\u2019un composé extrait du fruit de l\u2019arbuste Genipa americana.Appelée « génipine », cette substance incolore bleuit la peau pour une quinzaine de jours ?elle était déjà utilisée à cet effet par les Incas.Christopher Caputo et son équipe tentent d\u2019abord de comprendre pourquoi cette couleur apparaît.« Pour les tatouages permanents, on sait que, en plantant des aiguilles dans la peau, le processus de cicatrisation enferme l\u2019encre.Avec la génipine, un lien chimique covalent s\u2019établit avec les cellules à la surface de la peau.Le tatouage est donc durable jusqu\u2019à ce que ces cellules meurent naturellement, au bout de deux semaines.» Mais quelle est exactement, sur le plan moléculaire, la source de la couleur ?C\u2019est ce qu\u2019ils sont en train de découvrir dans l\u2019espoir de dompter le mécanisme pour créer une variété de couleurs.« C\u2019est plus dif?cile qu\u2019on le pensait », reconnaît le jeune professeur.L\u2019idée est de modi?er la structure de la molécule, et donc ses propriétés, grâce à des réactions en laboratoire.L\u2019équipe espère « que des modi?cations mineures changeront tout », c\u2019est-à-dire qu\u2019elles feront naître des coloris inédits.Christopher Caputo rêve que ces nouvelles molécules soient un jour employées dans l\u2019industrie du textile.La production de vêtements entraîne le rejet d\u2019environ 280 000 tonnes de teintures synthétiques dans les cours d\u2019eau chaque année à l\u2019étape du rinçage, selon des estimations de 2005.Une chercheuse allemande évoquait en 2016 la possibilité d\u2019utiliser la génipine comme colorant alimentaire ; là encore, il est possible d\u2019imaginer un éventail de couleurs dérivées.« Parler de chimie fondamentale, souvent, c\u2019est comme parler une autre langue ! Mais elle peut mener à de nouveaux produits utiles dans la vie quotidienne », se réjouit le chercheur.M.G. Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf 12 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 \u2022 ILLUSTRATION : VIGG A u Québec, l\u2019espérance de vie à la naissance est de 80,6 ans chez les hommes et de 84,5 ans chez les femmes.Et personne ne s\u2019en émeut, puisque c\u2019est comme ça dans toutes les sociétés du monde, à divers degrés ?et même chez beaucoup d\u2019autres mammifères.On ne sait pas trop pourquoi, d\u2019ailleurs, mais un très bel article paru au printemps dans la revue savante Proceedings of the National Academy of Sciences a jeté un éclairage neuf sur cette question.L\u2019étude, dirigée par Jean- François Lemaître, de l\u2019Université Claude Bernard Lyon 1, en France, a d\u2019abord permis de con?rmer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une tendance générale chez les mammifères.Dans les 134 populations observées et appartenant à 101 espèces, les femelles ont une espérance de vie, une fois la maturité atteinte, de 11 % supérieure en moyenne.Sauf que M.Lemaître et son équipe ont aussi noté d\u2019énormes variations d\u2019une espèce à l\u2019autre, au point de mettre à mal certaines des théories classiques sur les différences sexuelles de longévité.L\u2019une d\u2019elles, par exemple, veut que les mitochondries (structures microscopiques qui fournissent l\u2019énergie à nos cellules) soient plus adaptées aux femelles.Puisque c\u2019est la mère qui lègue ses mitochondries à sa progéniture, une fonction de la sélection naturelle aurait ajusté les mitochondries au métabolisme féminin, au détriment des mâles.Une autre thèse « blâme » quant à elle le chromosome Y, qui détermine le sexe masculin et prive les mâles d\u2019une copie de secours de certains gènes, augmentant ainsi leur vulnérabilité aux tares et maladies génétiques.Ces explications sont certainement valides, mais si elles justi?aient l\u2019écart de longévité, on n\u2019observerait pas une diversité interespèce aussi grande que celle que l\u2019équipe française a constatée.Chez certains mammifères, l\u2019écart de longévité adulte est presque nul alors que chez d\u2019autres (épaulards, lions, certaines populations de cerfs, etc.) il avoisine les 60 % ! Imaginez si l\u2019on transposait cela à l\u2019être humain d\u2019une société industrialisée : les femmes, une fois passé le cap des 20 ans, pourraient espérer atteindre 81 ans alors que les hommes ne se rendraient en moyenne qu\u2019à 44 ans ! Une autre théorie veut que ce soit la spécialisation sexuelle des rôles chez les mammifères qui mène les mâles vers un style de vie plus dangereux.Ils se battent, ils sont davantage portés à prendre des risques à cause de niveaux élevés de testostérone et ils sont plus facilement repérables par les prédateurs en raison de leurs couleurs plus vives leur servant à séduire les femelles.Si c\u2019était bien le cas, alors l\u2019écart de longévité serait à son maximum chez les espèces au fort dimorphisme sexuel.Jean-François Lemaître l\u2019a mesuré en regardant l\u2019écart de poids entre les mâles et les femelles, ainsi que le système « marital » des espèces (harem, monogamie, etc.).Mais ces facteurs, a-t-il trouvé, n\u2019ont qu\u2019un très faible effet.Qu\u2019est-ce qu\u2019il nous reste pour comprendre pourquoi les femelles et les femmes vivent plus longtemps ?Un mélange de génétique et de facteurs environnementaux, conclut l\u2019article.Les mâles ne seraient pas programmés pour avoir une vie plus courte, mais ils auraient tout de même certaines vulnérabilités.On sait ainsi que des taux élevés de testostérone peuvent nuire au système immunitaire.En outre, la taille et les atours typiques des mâles représentent un « coût » : il faut trouver plus de nourriture pour entretenir tout cela.Mais c\u2019est seulement dans certaines circonstances dictées par l\u2019environnement, comme en temps de famine, que ces vulnérabilités auraient une véritable incidence.Les auteurs de l\u2019étude ont d\u2019ailleurs pu l\u2019observer sur des populations de mou?ons réparties à différents endroits.Dans le sanctuaire du National Bison Range, au Montana, où les mou?ons ont continuellement de quoi se nourrir, l\u2019écart de longévité est d\u2019environ 20 % en faveur des femelles.Mais dans les Rocheuses canadiennes, les bêtes font face à des conditions hivernales plus rudes, avec des températures descendant jusqu\u2019à - 40 °C et des chutes de neige de novembre à mai.Dans cette population, les femelles qui parviennent jusqu\u2019à l\u2019âge adulte vivent presque deux fois plus longtemps que les mâles ! La même règle semble prévaloir chez l\u2019humain : les données de l\u2019équipe de Jean-François Lemaître montrent un écart de longévité d\u2019environ 5 % dans les sociétés industrialisées (Suède, États-Unis, Japon), mais de 17,5 % chez les Achés, une peuplade de chasseurs-cueilleurs du Paraguay.Il faudra attendre de voir si d\u2019autres résultats vont dans le même sens que cette étude, mais pour l\u2019heure, le phénomène a gagné une nouvelle couche de complexité ! Pourquoi les femmes vivent-elles plus longtemps ? veloquebecvoyages.com 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 Réservez vos vacances ! Photo : Didier Bertrand Cantons-de-l\u2019Est 3 JOURS Choix de trois escapades Bromont à Orford Farnham à Bromont Granby à Lac-Brome Lanaudière 3 JOURS Saint-Roch-de-l\u2019Achigan à Joliette Lanaudière et Mauricie 3 JOURS Saint-Barthélemy à Trois-Rivières Montréal\u2013Québec 4, 5 OU 6 JOURS Montréal à Québec Côte-du-Sud 3 JOURS Lévis à Montmagny Bas-Saint-Laurent 5, 6 OU 7 JOURS Montmagny à Rivière-du-Loup Bas-Saint-Laurent Est 5, 6 OU 7 JOURS La Pocatière à Rimouski Bas-Saint-Laurent\u2013 Gaspésie 6 JOURS Rivière-du-Loup à Matane Plaisirs gourmands dans les Cantons Enchantement sur le chemin du Roy Bonheur cycliste au ?l de l\u2019eau La formule En liberté inclut l\u2019hébergement, le transport du bagage, les itinéraires exclusifs et les petits-déjeuners.Les vacances, c\u2019est ici : à vélo, au Québec, En liberté ! Cet été, Vélo Québec Voyages vous propose une collection de ses plus beaux itinéraires au Québec.Découvrez-les avec vos proches, aux dates de votre choix, en formule En liberté.25 % de rabais \u2022 IMAGE : XXXXXXX ENTREVUE | Damien Contandriopoulos 14 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 Les dures leçons de la COVID-19 La pandémie a braqué les projecteurs sur les failles du système de santé et sur les conséquences délétères d\u2019une gestion trop « ef?ciente ».Par Marine Corniou \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM ; ZORA CONTANDRIOPOULOS SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 15 Québec a payé un lourd tribut à la pandémie de COVID-19.En cause, plusieurs facteurs, dont une certaine malchance qui a fait coïncider la semaine de relâche avec l\u2019explosion des cas en Europe et à New York, où de nombreux Québécois séjournaient.Le gouvernement de François Legault a pourtant réagi rapidement en fermant les écoles dès la mi-mars, entre autres mesures.Aurait-il pu mieux faire pour ralentir la propagation du virus ?Et surtout, quelles leçons le système de santé et la société québécoise pourront-ils tirer de la crise ?Damien Contandriopoulos est spécialiste des politiques de santé et s\u2019intéresse de près aux processus décisionnels dans les systèmes de soins.Ancien professeur à l\u2019Université de Montréal, il est aujourd\u2019hui chercheur et professeur en sciences in?rmières à l\u2019Université de Victoria, en Colombie-Britannique, d\u2019où il continue de scruter à la loupe le système de santé québécois.Bien que l\u2019heure ne soit pas encore au bilan, le chercheur est déjà en mesure de dresser des constats sur la gestion de la crise sanitaire.Québec Science : Vous avez déploré la rigidité du système de santé québécois dans le passé.A-t-elle posé problème pendant la crise ?Damien Contandriopoulos : La santé publique au Québec n\u2019a probablement pas été assez réactive.Entre le moment où les informations épidémiologiques étaient connues et celui où elles se traduisaient sur le terrain par un changement de directives ?par exemple au sujet des populations devant être testées ?, il s\u2019est parfois passé deux ou trois semaines.C\u2019est beaucoup trop long.QS Comment expliquer une telle inertie ?DC François Legault a décidé de jouer un rôle de premier plan dans la gestion de la crise : c\u2019est très probable que certaines décisions ont dû remonter jusqu\u2019à son cabinet avant de pouvoir être rendues publiques.Forcément, cela n\u2019a pas accéléré les choses.Ensuite, pendant longtemps, le système de santé publique a eu une structure hiérarchique, avec un directeur national de santé publique et des directeurs régionaux.Quand le projet de loi no 10 ou « réforme Barrette » a été adopté, on a aboli les agences régionales.Les directeurs de santé publique ont été mutés dans des centres intégrés de santé et de services sociaux [CISSS ou CIUSSS pour les centres universitaires].En milieu rural, où toute une région dépend d\u2019un CISSS, un directeur s\u2019occupe de tout le territoire et cela fonctionne.Mais à Montréal, cette centralisation n\u2019a aucun sens.Il n\u2019y a qu\u2019un seul directeur de santé publique pour toute l\u2019île et il travaille dans l\u2019un des six CIUSSS sans aucun lien avec les autres établissements.De plus, en agissant ainsi ?par hasard ou par choix ?, on a politisé le réseau.Alors que les directeurs de santé publique avaient une certaine autonomie politique, notamment à Montréal, ils sont maintenant sous l\u2019autorité hiérarchique du président-directeur général de leur CISSS ou CIUSSS, qui est directement nommé par le ministère de la Santé et des Services sociaux.Pire, le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, est un employé contractuel du ministère.Il n\u2019a donc pas l\u2019autonomie nécessaire pour aller sur la place publique et s\u2019opposer au ministre.C\u2019est très dangereux.QS Partout, la courbe des cas et les données épidémiologiques ont été au cœur des décisions.Pourtant au Québec, l\u2019accessibilité aux données a été critiquée par des chercheurs.Qu\u2019en est-il ?DC Au Québec, on a eu beaucoup de mal à suivre en temps réel les données épidé- miologiques de base, comme le nombre de cas de COVID-19.Il y a un manque de transparence.En Colombie-Britannique, un site Web a été mis à jour quotidiennement pour renseigner sur le nombre de malades par régions.Il n\u2019y a pas eu de ENTREVUE | Damien Contandriopoulos 16 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 moments où, tout d\u2019un coup, on a oublié des décès, ajouté ou enlevé des cas.J\u2019ai moins l\u2019impression de voir les grosses traces de doigts politiques jouer dans les données.On s\u2019est aussi rendu compte à quel point la collecte de données s\u2019appuie sur des procédés préhistoriques au Québec.[Dans les différents établissements de santé et de soins], les décès sont constatés sur du papier, puis ce dernier est envoyé par télécopieur aux autorités de santé où des gens entrent l\u2019information dans des bases de données, qui sont publiées dans des rapports\u2026 Quand il s\u2019agit de calculer l\u2019espérance de vie, ça ne pose pas trop problème.Mais quand on veut déterminer la vitesse d\u2019une épidémie, le délai de un ou deux mois n\u2019a aucun sens ! A-t-on vraiment fait ce qu\u2019il faut pour mettre en place des systèmes de communication du 21e siècle ?La pandémie met en lumière ces retards.QS Le nouveau coronavirus a frappé un réseau de la santé déjà à bout de souf?e.Sentez-vous une prise de conscience des besoins ?DC Les systèmes hospitaliers, à l\u2019échelle mondiale, sont depuis des années gérés dans une perspective d\u2019optimisation : si l\u2019on a 10 lits dans une unité de soins intensifs, l\u2019objectif est que le taux d\u2019occupation soit de 80 %, un peu comme dans le système hôtelier.Mais tous les systèmes ne sont pas au même niveau.Les urgences du Québec, notamment, fonctionnent à plus de 100 % de leur capacité sur une base qui est devenue la norme.Évidemment, dans des situations d\u2019urgence, il n\u2019y a pas de marge de manœuvre.La COVID-19 a fait réaliser à beaucoup de gens qu\u2019on joue un jeu dangereux.Cela remet en cause de façon assez fondamentale cette vision d\u2019ef?cience.Le système de santé est-il une machine qu\u2019on doit optimiser pour répondre à la demande moyenne pour le moins de dollars possible ou est-ce un système d\u2019assurance dans lequel on accepte que des ressources soient gaspillées parce que, de temps en temps, on doit être en mesure de faire face à une crise ?Prenez l\u2019armée : on la tolère comme étant une institution de gaspillage intensif, qu\u2019on ?nance parce qu\u2019on en a besoin en situation d\u2019urgence.Pourquoi cette logique-là ne s\u2019applique-t-elle pas en santé ?QS Mais les urgences québécoises s\u2019en sont bien sorties, non ?DC En mars, les deux points de référence étaient la Chine et le nord de l\u2019Italie.Ce qui s\u2019est passé là-bas a servi de modèle pour imaginer ce qui allait survenir ailleurs, y compris au Québec.On redoutait l\u2019utilisation massive des unités de soins intensifs et des respirateurs artificiels.On a donc décidé de stopper les activités hospitalières qui pouvaient l\u2019être, d\u2019annuler toutes les chirurgies non urgentes.D\u2019un coup, la machine hospitalière s\u2019est arrêtée.On attendait la tempête : la vague de patients en détresse respiratoire aigüe.Et pour une raison qu\u2019on n\u2019a pas encore complètement comprise, cela ne s\u2019est pas vraiment produit, même dans les endroits où il y a eu une forte mortalité, comme au Québec.Est-ce qu\u2019on aurait pu anticiper que ce serait surtout des personnes très âgées qui allaient mourir relativement vite ?Probablement pas, je ne connais pas de pays qui a pris des décisions différentes.QS Quelles sont les conséquences de cette mise à l\u2019arrêt du système hospitalier ?DC On sait très bien qu\u2019il y a des malades, en particulier dans les services d\u2019oncologie qui, à cause de la décision de repousser leur intervention chirurgicale, vont mourir.Bien sûr, des efforts ont été faits pour s\u2019occuper des cas les plus urgents.Mais pour tous les autres, on a fait un pari.On pensait que les hôpitaux allaient être submergés de mourants de la COVID-19 ?il y avait consensus à ce sujet ?et cela n\u2019a pas été le cas.Cela met de l\u2019avant un autre point : nos systèmes ont du mal à prendre des décisions dans un contexte où les données scientifiques changent tous les jours.Depuis les années 1970-1980, et surtout dans les années 2000, le mouvement de la « médecine fondée sur les preuves » s\u2019est imposé.L\u2019idée est que toute intervention doit s\u2019appuyer sur une preuve scientifique robuste de son efficacité.Avant cela, la médecine était davantage centrée sur la tradition, voire basée sur du vent ou des arguments marketing.Des gens qui ont passé leur carrière à défendre ce principe se demandent soudainement ce qu\u2019on fait dans les cas où la science n\u2019est pas là.Tout ce qu\u2019il reste, c\u2019est un educated guess [ une hypothèse éclairée].C\u2019est vrai pour la question du port du masque par exemple.Les études étaient faibles, il n\u2019y en avait pas beaucoup et on a extrapolé les résultats pour formuler une recommandation.On n\u2019avait pas d\u2019autre choix.QS Est-ce que cela nuit à l\u2019image de la médecine et de la science ?DC Le monde scientifique est dans une drôle de phase.La recherche va extrêmement vite, des études ont été publiées, puis rétractées en moins de temps qu\u2019il n\u2019en faut pour les lire ! Dans une situation d\u2019épidémie, on voudrait agir en fonction des meilleures connaissances scientifiques et l\u2019on se rend compte que ce n\u2019est pas possible.On a beau avoir cette image en tête du système rationnel, cohérent, la réalité est très décevante par rapport à l\u2019idéal qu\u2019on a.Parallèlement, on a vu resurgir la vision médiévale du sauveur, que ce soit la starisation d\u2019Horacio Arruda ou la foi inébranlable d\u2019une partie de la population en Didier Raoult [NDLR : un chercheur français qui a promu l\u2019hydroxychloro- quine au statut de traitement contre la COVID-19].Les gens ont peur, ils sont dans l\u2019incertitude et cherchent un héros.Ce réflexe m\u2019a beaucoup inquiété.Si le Dr Arruda avait désigné du doigt le grand coupable de la crise, je pense qu\u2019on l\u2019aurait brûlé ! QS Quels bilans seront effectués dans les prochains mois ?DC On va faire le bilan des approches privilégiées par les différents pays, dont la Suède, qui n\u2019a pas imposé autant de mesures coercitives de confinement, et voir combien les décisions ont coûté en vies humaines.Je n\u2019envie pas les personnes qui prennent ces décisions en essayant de tenir compte d\u2019intérêts divers.Il est rare que des individus aient une telle responsabilité de vie ou de mort. SCIENCES MONSTRES DE FEU SOUS SURVEILLANCE Satellites, drones, intelligence arti?cielle et capteurs faits maison : tous les moyens sont bons pour surveiller les volcans.Car il est temps de prendre cette menace au sérieux, avertissent des chercheurs.PAR MARINE CORNIOU SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 17 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM / LE VOLCAN KILAUEA, À HAWAII SCIENCES I ls sont les seuls témoins du cataclysme du 8 mai 1902, mais ils attestent comme nuls autres la violence de l\u2019évènement.Les objets, rassemblés dans un petit musée, semblent dégouliner comme dans un tableau de Dali.On trouve pêle-mêle une énorme cloche d\u2019église en bronze, déformée et déchirée tel du chocolat fondu ; des bouteilles en verre et des piles d\u2019assiettes amalgamées ; des monceaux de clous et de ciseaux en métal fusionnés sous l\u2019effet de la chaleur.Ce jour-là, rien n\u2019a été épargné par l\u2019onde de choc.La ville de Saint-Pierre, en Martinique, a été rayée de la carte, pulvérisée en quelques secondes par un nuage de cendres, de roches et de gaz volcaniques craché par la montagne Pelée.Les 30 000 habitants sont morts sur le coup, asphyxiés et carbonisés par ces nuées ardentes.Cette éruption est la plus meurtrière du 20e siècle, mais d\u2019autres plus récentes ont marqué les esprits.On peut bien sûr citer celle du mont Saint Helens, aux États-Unis, qui a projeté dans l\u2019atmosphère 1,2 km3 de roches et tué 57 personnes en 1980 ; ou celle du Nevado del Ruiz, en Colombie, qui a enterré plus de 20 000 personnes sous des coulées de boue en 1985.Le Kilauea, à Hawaii, a déversé des torrents de lave sur 700 habitations en 2018.Et il y a moins d\u2019un an, l\u2019éruption du volcan de White Island, en Nouvelle-Zélande, a pris des touristes par surprise et tué 21 d\u2019entre eux.Quel que soit le bilan humain, ces drames rappellent que le volcanisme est indissociable de l\u2019histoire de notre planète et de celle de l\u2019humanité.Est-ce à dire que nous sommes toujours incapables de prédire la colère des volcans ?« C\u2019est impossible d\u2019annoncer avec précision le moment d\u2019une éruption, répond d\u2019emblée Julie Roberge, volcanologue d\u2019origine québécoise à l\u2019Institut polytechnique national de Mexico.Mais on peut de mieux en mieux surveiller les indices, comme l\u2019émission de gaz et les ondes sismiques, qui laissent penser que le magma bouge et qui nous permettent de demander l\u2019évacuation des gens.» Déjà, en 1991, l\u2019intensi?cation des secousses sur le Pinatubo, en Indonésie, avait fait of?ce d\u2019avertissement et permis de sauver des dizaines de milliers de vies.La montagne Pelée avait elle aussi montré des signes inquiétants avant d\u2019exploser : fumerolles, lac de boue, tremblements inhabituels.« Quand le magma remonte, il fracture la roche pour passer.Cela cause de petits séismes de l\u2019ordre de 1 ou 2 sur l\u2019échelle de Richter », détaille la chercheuse, qui veille sur le Popocatepetl, un géant de presque 5 500 m de hauteur situé près de Mexico.À titre d\u2019exemple, en juin dernier, des milliers de secousses ont annoncé l\u2019éruption du Grimsvötn, dans le sud de l\u2019Islande.Les sismomètres donnent aussi une idée de l\u2019architecture souterraine du volcan : y a-t-il une chambre magmatique, c\u2019est-à-dire un réservoir qui stocke de la roche en fusion et alimente le volcan ?Est-elle profonde ?Comment sont structurés les « tuyaux » ou dykes par lesquels se fau?le le magma ?Quant aux gaz qui s\u2019en échappent, leur teneur en dioxyde de soufre et en dioxyde de carbone (CO 2 ) est un bon indicateur de l\u2019imminence d\u2019une éruption.À l\u2019époque, comme la montagne Pelée n\u2019avait jamais fait beaucoup de dégâts, personne n\u2019a jugé bon d\u2019évacuer les lieux.Aujourd\u2019hui, même s\u2019il se tient tranquille depuis 90 ans, le volcan est surveillé en permanence, entre autres par un réseau de 10 sismomètres, de GPS et de capteurs mesurant les déformations de la roche en surface, qui pourraient trahir une remontée de magma.Hélas, peu de volcans disposent d\u2019un tel système de vigilance, principalement pour des raisons de coût.Sur la planète, on estime qu\u2019environ 1 500 volcans (sans compter ceux des fonds océaniques) sont actifs, c\u2019est-à-dire qu\u2019ils ont connu une éruption au cours des 10 000 dernières années, une broutille à l\u2019échelle des temps géologiques.Du lot, selon les sources, de 50 à 90 % ne sont pas équipés d\u2019instruments.Pourtant, 800 millions de personnes vivent à moins de 100 km d\u2019un volcan, pro?tant des terres fertiles ?et cette population ne cesse de croître.PRENDRE DE LA HAUTEUR À défaut de pouvoir installer une batterie de capteurs sur tous les volcans, les scienti?ques se tournent de plus en plus vers les satellites, capables de déceler des anomalies thermiques ou de subtils DU RISQUE VOLCANIQUE EST CONCENTRÉ DANS CINQ PAYS : 90 % Indonésie, Philippines, Japon, Mexique et Éthiopie 18 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 White Island Jusqu\u2019à 10 000 touristes visitent chaque année cette île volcanique privée en Nouvelle-Zélande.En décembre 2019, 21 personnes y ont laissé la vie.Accumulation de ciseaux en fonte et en fer à la suite de l\u2019éruption de la montagne Pelée le 8 mai 1902.\u2022 MFAP2018.0.116, MÉMORIAL DE LA CATASTROPHE DE 1902 (VILLE DE SAINT-PIERRE) © CLICHÉ J.-B.BARRET Mont Meager Aucun réseau de surveillance n\u2019est en place sur ce volcan canadien, qui a causé le plus grand glissement de terrain de l\u2019histoire du pays en 2010.En voici une vue satellitaire.\u2022 NASA Mont Agung Après 53 ans de tranquillité, le mont Agung, à Bali, s\u2019est réveillé en 2017 et montre depuis des signes inquiétants : sismicité intense, anomalies thermiques et gonlement du sol repéré grâce aux images satellites.\u2022 NASA / METI / AIST / JAPAN SPACE SYSTEMS, AND U.S./ JAPAN ASTER SCIENCE TEAM SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 19 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM SCIENCES mouvements de la roche, même dans les coins les plus reculés.« Les images sont plus accessibles, cela devient un standard », indique Julie Roberge.Infrarouge, ultraviolet ou lumière visible : chaque longueur d\u2019onde informe sur différents facteurs, comme la hauteur d\u2019un panache ou sa teneur en dioxyde de soufre.C\u2019est surtout le lancement de la série de satellites Sentinel de l\u2019Agence spatiale européenne, dont les premiers ont été mis en orbite en 2014 et 2016, qui a révolutionné la télésurveillance en offrant un accès gratuit aux données.Ces satellites sont dotés de systèmes d\u2019interférométrie radar (InSAR) qui « balaient » la topographie grâce à des microondes qui passent au travers des nuages.En comparant deux images prises à quelques jours d\u2019intervalle, les spécialistes peuvent déceler un bombement du sol de quelques centimètres seulement.De son côté, la NASA a testé en juillet 2018 un équipement InSAR pour mesurer les déformations du volcan hawaiien Kilauea juste après son éruption.L\u2019appareil, ?xé à un avion plutôt qu\u2019à un satellite pour le moment, a démontré sa précision, ce qui était le but de l\u2019exercice.La NASA espère le miniaturiser et augmenter sa sensibilité pour pouvoir bientôt équiper une constellation de minisatellites entièrement vouée à la surveillance volcanique et sismique.Autre option en vogue pour s\u2019approcher des cratères sans se brûler : les drones.C\u2019est ce qu\u2019a utilisé récemment Edgar Zorn, volcanologue au Centre allemand de recherche en géosciences de Potsdam, pour survoler le Santa Maria, au Guatemala.Ce volcan actif depuis 1922 forme des dômes de lave trop visqueux pour s\u2019écouler.Ils peuvent cependant s\u2019effondrer brutalement ou même être éjectés comme le bouchon d\u2019une bouteille de soda secouée.« À l\u2019aide d\u2019un drone équipé de caméras thermique et optique, nous avons pu déterminer pour la première fois la viscosité de la lave, ce qui est crucial pour évaluer le degré d\u2019activité du volcan et le risque d\u2019éruption », explique le chercheur, qui a publié ses résultats en mai dernier dans Scienti?c Reports.L\u2019équipe a créé des modèles 3D de la topographie et de la température du volcan avec une résolution inédite de quelques centimètres.Le hic, c\u2019est que, en multipliant les angles d\u2019observation, les chercheurs se retrouvent submergés par les données.Comme dans tous les domaines scienti- ?ques, l\u2019intelligence arti?cielle devient donc une alliée indispensable.« Les ordinateurs peuvent apprendre à détecter les comportements anormaux des volcans en se basant sur les évènements passés.Ces nouvelles techniques ont un potentiel énorme pour prédire les éruptions, mais elles demandent beaucoup de données et une grande puissance de calcul », souligne Edgar Zorn.En 2018, une équipe de l\u2019Université de Bristol a ainsi recouru à des algorithmes d\u2019apprentissage profond pour passer au crible 30 000 images de 900 volcans captées par un satellite Sentinel.Une fois « entraîné », le système a décelé une centaine d\u2019images suspectes.Finalement, 39 d\u2019entre elles révélaient des distorsions réelles du sol.De quoi réduire considérablement le temps d\u2019analyse et mettre en place des systèmes d\u2019alerte automatiques.« Nous avons bon espoir que ces techniques permettront à terme d\u2019améliorer Merapi Le mont Merapi est l\u2019un des volcans indonésiens les plus redoutés, montrant une activité quasi constante depuis 500 ans.Il est surveillé en continu grâce à une soixantaine de capteurs, car il domine une région densément peuplée : sa dernière éruption majeure, en 2010, avait forcé l\u2019évacuation de près de 400 000 personnes et fait 300 victimes.Des dômes de magma visqueux gon?ent dans son cratère pendant des mois, puis s\u2019effondrent en laissant s\u2019échapper un panache de plusieurs kilomètres de hauteur.Santa Maria Depuis 1922, un complexe de dômes de lave nommé Santiaguito est en activité sur les ?ancs du Santa Maria.Des explosions se produisent régulièrement.En 1902, une éruption plinienne gigantesque a tué 5 000 personnes.20 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 À CHACUN SON STYLE Répartis dans 86 pays et territoires, les volcans actifs se trouvent en général à la jonction de plaques tectoniques, où remonte de la roche en fusion, ou au-dessus de points chauds.Ainsi, 75 % des volcans se situent le long de la ceinture de feu du Paci?que, qui borde l\u2019océan du même nom.« N\u2019importe quel volcan se forme par la production et le stockage de magma sous la surface, qui entre en surpression dans un réservoir et est éjecté avec des styles éruptifs variés », explique Thomas Knott, professeur à l\u2019Université de Leicester.Si la lave est très ?uide, elle forme de longues coulées, comme à Hawaii.À l\u2019inverse, lorsque la roche en fusion est riche en silice, elle est plus visqueuse.Le gaz a alors du mal à s\u2019en échapper et la pression augmente, donnant lieu à des explosions de cendres, de gaz et de roches appelées « coulées pyroclastiques » ou « nuées ardentes », très meurtrières.Les conséquences de ces différentes manifestations sont tout aussi multiples.Les panaches de cendres peuvent ainsi paralyser le tra?c aérien, comme l\u2019a fait celui de l\u2019Eyjafjöll, en Islande, en 2010.Les glissements de terrain, les tsunamis et les lahars, ces coulées de boue qui peuvent entre autres se former par la fonte brutale de la neige ou par la vidange d\u2019un lac de cratère, peuvent quant à eux dévaster les alentours d\u2019un volcan.la surveillance », af?rme Thomas Walter, précisant qu\u2019il faut encore peau?ner les modèles.Ce collègue d\u2019Edgar Zorn s\u2019est intéressé au volcan indonésien Anak Krakatoa, qui a fait des siennes en décembre 2018.L\u2019un de ses ?ancs s\u2019était alors effondré, engendrant un tsunami responsable de la mort de 430 personnes.Y avait-il eu des signes précurseurs ?Pour le savoir, Thomas Walter s\u2019est plongé dans les données disponibles avant la catastrophe : images de satellites et de drones, données sismiques de terrain, mesures des températures, analyses des gaz et enregistrements des infrasons, ces ondes sonores imperceptibles pour l\u2019oreille humaine qui s\u2019intensi?ent quelques minutes avant une éruption.Son équipe a pu reconstituer toute la séquence des évènements depuis la lente dérive du terrain et la hausse des températures enregistrées des mois plus tôt jusqu\u2019aux ondes sismiques survenues deux minutes avant le drame.Pris séparément, les signaux n\u2019étaient pas ?agrants ; mais combinés, ils montraient l\u2019imminence de l\u2019effondrement, ont conclu les chercheurs dans leur étude publiée dans Nature Communications fin 2019.« C\u2019est trop facile de dire rétrospectivement qu\u2019on aurait pu prédire ce glissement de terrain.Mais les ?ancs d\u2019autres volcans, comme le Kilauea, l\u2019Etna, le Vésuve, présentent de tels glissements très graduels et le dé?est de déterminer le moment où une pente mouvante va s\u2019effondrer.Les géosciences permettent tout juste de comprendre les processus », explique Thomas Walter.Il signale le fait que les glissements de terrain provoqués par les édi?ces volcaniques ont été plus meurtriers, à travers l\u2019histoire, que les éruptions elles-mêmes.« Les deux sont liés, et les interactions sont complexes, faisant intervenir des facteurs extérieurs comme de fortes pluies ou des séismes qui se produisent à distance.» VOLCANOLOGIE LOW COST Au moins, nous sommes tranquilles au Canada, pensez-vous.« Ce n\u2019est pas tout à fait le cas », rétorque le volcanologue Glyn Williams-Jones.S\u2019il a parcouru le monde pour étudier les volcans, c\u2019est en SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 21 \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM ÉCHELLE D\u2019EXPLOSIVITÉ VOLCANIQUE L\u2019indice d\u2019explosivité volcanique (ou VEI en anglais) est évalué en fonction du volume des matériaux éjectés lors d\u2019une éruption.Chaque échelon correspond à une augmentation de 10 fois par rapport au niveau précédent.La dernière éruption de niveau 8 a eu lieu il y a 26 000 ans dans la région du lac Taupo, en Nouvelle-Zélande.F A I B L E N O N E X P L O S I F VEI 0 1 2 3 4 5 6 7 M O D É R É É L E V É T R È S É L E V É VOLUME DES MATÉRIAUX ÉJECTÉS EXEMPLES Yellowstone, il y a 620 000 ans (~1 000 km3 ; non représenté ici) Tambora, 1815 (> 100 km3) Mont Saint Helens, 1980 (~1 km3) Kilauea, White Island, Stromboli Pinatubo, 1991 (~10 km3) 0,00001 km3 0,001 km3 0,01 km3 1 km3 10 km3 100 km3 Le chercheur Glyn Williams-Jones et ses collègues souhaitent disposer des sismomètres à faible coût sur le mont Meager.SCIENCES Colombie-Britannique que ce Québécois vit désormais, là où se trouvent les cinq volcans actifs du pays.Depuis 15 ans, il réclame que soit assurée une surveillance de ces montagnes de la chaîne Garibaldi sur la côte Ouest.« Il n\u2019y a aucune surveillance en place.Rien ! Certes, les satellites sont très puissants, mais ils ne fournissent des données que tous les 6 à 12 jours.Ce n\u2019est pas suf?sant si l\u2019on doit lancer une alerte, notamment pour les glissements de terrain.» Dans son collimateur ?Le mont Meager, situé à moins de 200 km au nord-ouest de Vancouver.En 2010, ce volcan endormi a causé le plus grand glissement de terrain de l\u2019histoire du Canada, provoqué par le déclin de son glacier.« Sur le ?anc nord-ouest, on voit actuellement un volume instable 10 fois plus important que ce qui a lâché en 2010 », s\u2019inquiète le chercheur, qui est codirecteur du Centre de recherche sur les risques naturels à l\u2019Université Simon Fraser.En outre, le mont Meager n\u2019est pas si calme.« Des gaz volcaniques s\u2019en échappent et ont creusé des cavernes dans le glacier.Il y a 2 400 ans, ce qui est peu, ce volcan a craché une colonne de cendres de 15 à 20 km dans le ciel ; on en a retrouvé en Alberta, à 530 km à l\u2019est », raconte-t-il.Lassé par l\u2019indifférence des autorités, Glyn Williams-Jones a décidé de prendre les choses en main grâce à la science participative.« Ce qui est nouveau, en volcanologie, ce sont les technologies à faible coût, qui nous donnent d\u2019énormes capacités », dit-il.Mis au point par des bricoleurs, chercheurs ou non, ces appareils sont à l\u2019origine d\u2019un « changement de paradigme » en géologie.Les sismomètres Raspberry Shake, par exemple, issus d\u2019un projet de ?nancement Kickstarter, coûtent moins de 500 $ et sont particulièrement populaires.« Ce n\u2019est pas du haut de gamme, mais cela permet d\u2019installer 50 détecteurs plutôt qu\u2019un seul de très haute qualité », af?rme le chercheur, qui a commencé cet été à en disposer sur le mont Meager.Il veut petit à petit diversi?er les instruments.« Un collègue en Écosse construit des gravimètres avec des composants qu\u2019on trouve dans les cellulaires.Cela permet de mesurer d\u2019in?mes changements dans la gravité qui peuvent traduire la présence du magma dense », illustre-t-il.APPRENDRE DE L\u2019HISTOIRE On l\u2019aura compris : il n\u2019y a pas de règle qui tienne en volcanologie, et le temps géologique, qui rythme le cycle de vie des volcans, s\u2019arrime dif?cilement à celui des humains.Il n\u2019empêche que la connaissance de l\u2019histoire éruptive d\u2019un volcan, à l\u2019échelle des millénaires, est cruciale pour mieux gérer le risque, souligne Glyn Williams-Jones.Julie Roberge, elle aussi, tente de décrypter le passé du Popocatepetl en lisant dans les cendres.« Je m\u2019intéresse aux inclusions magmatiques, ces petites boules de magma de 50 à 200 microns qui sont piégées dans les cristaux quand ceux-ci grossissent dans la chambre magmatique.Ces inclusions sont des sortes de photographies du magma avant l\u2019éruption.Les minéraux qui s\u2019y trouvent me renseignent sur sa composition, la quantité de vapeur d\u2019eau, de CO 2 , de soufre, de chlore, de ?uor », précise-t-elle.Son « Popo », comme elle l\u2019appelle, est en éruption continue depuis 1994.Jusqu\u2019ici, il s\u2019est contenté de projeter des panaches de cendres sans causer trop de dégâts.« Il dégaze mais n\u2019explose pas.Il y a toutefois des dépôts anciens qui témoignent d\u2019éruptions pliniennes il y a 1 100 ans : ce sont des éruptions géantes dont la colonne de cendres atteint 20 km de hauteur.Je compare donc les inclusions magmatiques actuelles avec celles des anciennes éruptions pour voir si le Popo pourrait changer d\u2019activité et refaire une explosion de ce type », dit-elle.Jusqu\u2019à présent, ses résultats sont plutôt rassurants, d\u2019autant que le Popocatepetl ne semble pas avoir de gros réservoir magmatique.Les conclusions de Thomas Knott, publiées en juin dans Geology, sont également de nature à rassurer.Et tant mieux parce qu\u2019elles concernent le Yellowstone, aux États-Unis, qui fait partie de la dizaine de supervolcans actifs sur la planète.Ces derniers sont responsables d\u2019explosions très peu fréquentes mais colossales, dont certaines ont provoqué des périodes glaciaires en obscurcissant le ciel de la planète.Si le Yellowstone est plutôt calme depuis sa dernière éruption il y a 620 000 ans, il continue d\u2019être alimenté par un « point chaud », un panache localisé de roche fondue qui remonte du manteau.L\u2019équipe de Thomas Knott, géochimiste à l\u2019Université de Leicester, vient de montrer de quoi ce volcan était capable.« Nous avons étudié les traces d\u2019éruptions sur le territoire actuel de l\u2019Idaho, sous lequel se situait le point chaud il y a de 8 à 12 millions d\u2019années.En comparant les empreintes magnétique, chimique et isotopique d\u2019une cinquantaine de sites, nous avons découvert les deux éruptions les plus colossales du Yellowstone », explique-t-il.Survenues respectivement il y a 8,99 et 8,72 millions d\u2019années, ces éruptions équivalentes à des milliers de fois celle du mont Saint Helens ont stérilisé des territoires immenses.La bonne nouvelle ?« Ces données, quand on les compare avec les éruptions suivantes, plus récentes, semblent indiquer que le point chaud a baissé en température, en taille et en fréquence d\u2019activité.Si cette tendance se maintient, le Yellowstone pourrait être en déclin.Cependant, ajoute-t-il, la beauté de la nature réside dans son imprévisibilité.» Quoi de mieux que les volcans pour nous le rappeler ?À LIRE AUSSI : Naissance d\u2019un volcan sous-marin www.quebecscience.qc.ca/sciences/ naissance-volcan-mayotte/ 22 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 \u2022 IMAGE : GLYN WILLIAMS-JONES Etna Le volcan le plus actif d\u2019Europe, situé en Sicile, connaît des éruptions fréquentes depuis au moins 2 700 ans.Un tout nouveau système d\u2019alerte basé sur les infrasons, qui se déclenche environ une heure avant l\u2019éruption avec une iabilité de 96 %, traque ses humeurs.L\u2019Etna glisse très lentement vers la Méditerranée, à un rythme constant de 14 mm par an depuis 20 ans, faisant craindre un effondrement dévastateur.L\u2019Italie abrite aussi le Vésuve, le Stromboli et un supervolcan, le Campi Flagrei, qui présente des déformations et un réchauffement qui n\u2019augurent rien de bon.Tambora L\u2019Indonésie possède environ 140 volcans actifs et a été le siège de la pire éruption de l\u2019histoire récente, celle du Tambora en 1815.Elle avait tué au moins 60 000 personnes et avait eu des répercussions jusqu\u2019en Europe et en Amérique du Nord, provoquant un refroidissement planétaire et « une année sans été ».Ceci est une vue satellite du célèbre mont.Yellowstone Ce supervolcan sommeille sous une caldeira de 45 km de large et 85 km de long qui se serait formée à la suite de plusieurs éruptions colossales.En raison de sa taille immense, il est l\u2019un des volcans les plus surveillés du monde.Popocatepetl Culminant à 5 426 m, le Popocatepetl est situé à 70 km de la ville de Mexico.Il est caractérisé par son panache visible presque constamment, preuve d\u2019un dégazage continu.« L\u2019éruption est plutôt contenue, mais des communautés se sont installées illégalement à proximité », s\u2019inquiète Julie Roberge.Régulièrement, le cratère se bouche et le Popocatepetl « explose » un peu plus violemment, éjectant des roches incandescentes.Et à l\u2019occasion, il a des épisodes d\u2019éruption strombolienne, avec des projections de lave.SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 23 \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM Protégez-vous contre l\u2019ignorance OFFRE EXCLUSIVE ABONNEZ-VOUS DÈS MAINTENANT ! Abonnement 1 an Édition papier et numérique 29 $ Édition numérique 21 $ www.quebecscience/abonnement *sur le prix en kiosque.48 % de rabais* L\u2019heure est à la science ne chauve-souris qui déploie ses ailes grâce à ses longs doigts ?liformes.Un aye-aye, petit primate nocturne de Madagascar, qui déloge une larve dans une branche à l\u2019aide de son majeur long et gracile.Un raton laveur qui tripote sa nourriture dans un cours d\u2019eau avec ses petites mains griffues.Un journaliste scienti?que qui tape son article sur son clavier.Sur le thème de la main, l\u2019évolution a fourni une pléthore de variations.Mais d\u2019où vient-elle, cette main ?Et surtout, quand est-elle apparue ?Parfois réduite à un ou deux doigts, comme dans l\u2019aile de l\u2019oiseau ou la patte du cheval, ou carrément escamotée chez les serpents, elle est quand même présente dans l\u2019histoire évolutive des reptiles, amphibiens, oiseaux et mammifères, bref de tous les vertébrés terrestres, qu\u2019on rassemble sous l\u2019appellation de « tétrapodes ».En fait, toutes les pattes ont un même ancêtre, avec toujours la même structure de base.La « main » a fait son apparition quelque part durant la transition qui a vu des poissons coloniser la terre ferme.Pendant longtemps, cette transition est restée couverte d\u2019une chape de mystère.Mais un fossile de poisson, découvert en Gaspé- sie, vient en?n apporter quelques bribes d\u2019information.Son nom : Elpistostege.Sa particularité : il avait des doigts ! Trouvé en 2010 dans les fameuses falaises fossilifères du parc national de Miguasha, le fossile est celui d\u2019un poisson prédateur qui mesurait 1,57 m de long et qui devait régner en maître dans un estuaire maintenant disparu.Sa découverte, annoncée en 2013, avait fait grand bruit, en le classant comme le poisson le plus proche des tétrapodes.Mais une récente étude, parue dans la revue Nature, révèle de plus que l\u2019animal possédait, bien cachés dans la chair de ses nageoires, des doigts.« Les osselets sont petits, de l\u2019ordre du millimètre, mais leur disposition les uns par rapport aux autres saute aux yeux : ils sont organisés comme des doigts.» C\u2019est avec fascination que Richard Cloutier raconte ce qu\u2019il a vu dans les nageoires pectorales de « son » Elpi.Le paléontologue, professeur à l\u2019Université du Québec à Rimouski, côtoie la bête depuis sa mise au jour par des employés du parc.Passé au tomodensitomètre, le fossile avait déjà U L\u2019examen d\u2019Elpistostege, fascinant poisson fossile de Miguasha, en Gaspésie, révèle que ses nageoires contenaient des doigts.Une information capitale, mais qui brouille la frontière entre poissons et vertébrés terrestres\u2026 PAR JOËL LEBLANC LE POISSON QUI AVAIT DES DOIGTS SCIENCES 26 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 \u2022 PHOTO : JOHANNE KERR ; MHNM livré une grande partie de son intimité.« Mais les nageoires représentent un dé?: relativement petites, très aplaties, recouvertes de rayons, constituées d\u2019os minuscules\u2026 Il nous a fallu une grande minutie et des astuces algorithmiques pour découvrir ce qu\u2019elles renfermaient.» L\u2019article, rédigé conjointement avec John Long de l\u2019Université Flinders d\u2019Adélaïde, en Australie, et plusieurs autres collaborateurs, est le fruit d\u2019un travail de moine.Pourquoi tant d\u2019efforts ?C\u2019est que la transition entre les poissons et les tétrapodes est l\u2019une des plus importantes de toute l\u2019histoire de l\u2019évolution.Elle a permis la colonisation de la terre ferme par les vertébrés et a mené à une diversi- ?cation spectaculaire des formes de vie, des amphibiens aux oiseaux en passant par les mammifères, dont les humains, sans oublier des millions d\u2019espèces disparues comme les dinosaures.Comprendre les mécanismes subtils de cette transition est fondamental, et la transformation de la nageoire en membre est justement ce qui distingue les premiers tétrapodes de leurs ancêtres poissons.En effet, au premier coup d\u2019œil, les plus anciens tétrapodes connus sont peu différents des poissons qui les ont précédés.Les paléontologues en ont trouvé quelques espèces.Les plus anciens à mériter le titre, justement parce qu\u2019ils possèdent des doigts sans équivoque, déambulaient sur Terre il y a 365 millions d\u2019années.Les espèces fossiles Ichthyostega et Acanthostega, toutes deux de l\u2019est du Groenland, ou encore Tulerpeton, de Russie, sont les plus vieux tétrapodes dont on dispose.Sortes de grosses salamandres, ils ont des « mains » composées d\u2019un nombre variable de doigts, parfois jusqu\u2019à huit (un nombre qui se ?xera à cinq plus tard dans l\u2019évolution).De l\u2019autre côté, les poissons fossiles qui ressemblent le plus à des tétrapodes ne sont pas légion.On compte trois espèces : Elpistostege, de Miguasha, Panderichthys, de Lettonie, et Tiktaalik, de l\u2019Arctique canadien.Elles ont toutes pataugé dans les eaux il y a environ 375-380 millions d\u2019années.Et toutes les trois ont des nageoires certes fortes, mais munies de rayons, comme des poissons « ordinaires ».Ensemble, elles forment le groupe des elpistostégaliens.TROIS ANCÊTRES POUR LES TÉTRAPODES ELPISTOSTEGE WATSONI \u2022 Elpistostege : « le crâne de l\u2019espoir » \u2022 watsoni : en l\u2019honneur de David M.S.Watson, paléontologue britannique du 20e siècle \u2022 Site fossilifère : formation géologique d\u2019Escuminac, située à Miguasha, en Gaspésie, tout au fond de la baie des Chaleurs \u2022 Âge géologique : environ 380 millions d\u2019années \u2022 Année de découverte du premier spécimen : 1938 \u2022 Nombre de spécimens connus et état : quatre, dont le spécimen complet découvert en 2010 PANDERICHTHYS RHOMBOLEPIS \u2022 Panderichthys : « le poisson de Pander », du nom du paléontologue germano-balte Christian Heinrich Pander \u2022 rhombolepis : aux écailles rhomboïdes, c\u2019est-à-dire en forme de losanges \u2022 Site fossilifère : carrière de Lode, en Lettonie, à la frontière de l\u2019Estonie \u2022 Âge géologique : environ 380 millions d\u2019années \u2022 Année de découverte du premier spécimen : 1945 \u2022 Nombre de spécimens connus et état : plusieurs spécimens assez complets TIKTAALIK ROSEAE \u2022 Tiktaalik : « grand poisson des basses eaux », en inuktitut \u2022 roseae : hommage crypté à un donateur anonyme \u2022 Site fossilifère : formation géologique de Fram, sur l\u2019île d\u2019Ellesmere, dans l\u2019Arctique canadien \u2022 Âge géologique : environ 375 millions d\u2019années \u2022 Année de découverte du premier spécimen : 2004 \u2022 Nombre de spécimens connus et état : une soixantaine de spécimens, dont trois assez complets SCIENCES Richard Cloutier est paléontologue et professeur à l\u2019Université du Québec à Rimouski.Il côtoie « son » Elpi depuis sa mise au jour il y a 10 ans par des employés du parc national de Miguasha, en Gaspésie.« Entre paléontologues, nous nous entendons sur le fait que ces elpistostégaliens ont fort probablement donné naissance aux tétrapodes, explique Richard Cloutier.Les dates coïncident, le scénario tient.Mais entre les premiers et les seconds, il y a un trou de 10 à 15 millions d\u2019années pour lequel nous n\u2019avons pas de fossiles.On passe d\u2019une nageoire plutôt \u201cpoisson\u201d à une patte très \u201ctétrapode\u201d.Les détails de la transition entre les deux nous manquent.On a en?n un début de réponse avec Elpistostege.» DÉJÀ DES PHALANGES ?Les examens de tomodensitométrie ont dévoilé une constellation de petits os dans la nageoire de la bête.Ils sont placés en rangées, comme les sièges d\u2019un auditorium.Leur nombre augmente un peu d\u2019une rangée à l\u2019autre, à mesure qu\u2019on s\u2019éloigne du corps de l\u2019animal ; un os d\u2019une rangée s\u2019articulant à deux os parallèles dans la rangée suivante, comme les branches d\u2019un arbre qui se ramifient.Rien de très innovant \u2013 on trouve ce patron dans les nageoires d\u2019autres poissons fossiles.Mais là où Elpistostege se distingue, c\u2019est à l\u2019extrémité de la « main ».« On a vu deux os qui étaient chacun prolongés par un os unique.L\u2019équivalent de la première phalange de nos doigts.Ça peut paraître insignifiant, mais c\u2019est du jamais-vu dans une nageoire fossile de cette époque », indique Richard Cloutier.Même s\u2019il manque encore des étapes évolutives intermédiaires, le chercheur trace des parallèles avec la patte du tétrapode Tulerpeton.Les carpes (ou os du poignet), les métacarpes (os de la paume) et la première phalange de deux doigts apparaissent à son écran.La reconstitution, en 3D, tournoie et montre dans toute sa splendeur une patte en devenir.Selon Richard Cloutier, ce détail est suf?sant pour remettre en question l\u2019appellation « poisson » chez cet animal.« Il a les os crâniens d\u2019un tétrapode, des caractéristiques de tétrapode sur ses vertèbres, un palais de tétrapode et maintenant des doigts.À partir de combien de détails anatomiques concordants pouvons-nous classer un animal parmi les tétrapodes ?Ma perception des choses, c\u2019est qu\u2019Elpis- tostege n\u2019est pas un poisson très proche des tétrapodes.Il est un tétrapode », conclut le chercheur avec un sourire un peu provocateur.Une hypothèse qui fait effectivement réagir.À Perth, en Australie, la Québécoise Catherine Boisvert, chercheuse à l\u2019Université Curtin, a publié une étude en 2008, aussi dans la revue Nature, dans laquelle elle présentait une description de la nageoire pectorale de Panderichthys, le cousin letton d\u2019Elpistostege.« Nos analyses au 28 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 \u2022 PHOTO : ROBERT BARONET / IDHP INC. Première rangée d\u2019os radiaux (carpes) Deuxième rangée d\u2019os radiaux (métacarpes) Troisième rangée d\u2019os radiaux (premières phalanges) Radiaux distaux (deuxièmes phalanges) LÉGENDE tomodensitomètre avaient permis de voir la présence de petits os à l\u2019extrémité de la nageoire de l\u2019animal, mais nous n\u2019avons vu que la première rangée d\u2019os.» Rangée que Richard Cloutier considère comme l\u2019homologue des carpes de notre poignet.« Mais la puissance de notre appareil à l\u2019époque ne permettait pas une résolution aussi précise qu\u2019aujourd\u2019hui.Peut-être y a-t-il d\u2019autres os plus petits au bout de ceux-ci qui nous ont échappé\u2026 Mais même s\u2019il y en avait eu, tout repose ensuite sur l\u2019interprétation qu\u2019on en fait.La mosaïque de petits os d\u2019Elpistostege peut bien contenir des protodoigts, mais dans les faits, on n\u2019en sait rien.Il ne suf?t pas de dire que des os qui s\u2019articulent bout à bout sont des doigts pour qu\u2019ils en soient.» Une critique qu\u2019elle n\u2019est pas la seule à formuler.« Les réviseurs de notre article nous ont reproché de proposer une nouvelle dé?nition du doigt qui nous permettait ensuite d\u2019af?rmer qu\u2019Elpi en possédait et donc qu\u2019il était un tétrapode, se rappelle Richard Cloutier.Mais c\u2019est l\u2019inverse : les nouvelles informations fournies par le fossile nous ont en?n permis de préciser ce qu\u2019est un doigt.Il existait plusieurs dé?nitions dans la littérature ; nous l\u2019avons clari?ée.Il faut quand même s\u2019entendre sur une dé?nition si l\u2019on veut avancer.» À l\u2019Université Drexel de Philadelphie, Edward Daeschler approuve.Avec Neil Shubin, de l\u2019Université de Chicago, il est à l\u2019origine en 2006 de la découverte et de la description du fameux Tiktaalik, l\u2019autre cousin d\u2019Elpi, de l\u2019Arctique.« La dé?nition du doigt proposée par Richard Cloutier est une très bonne dé?nition.Une série d\u2019os qui ne bifurquent pas, cela a le mérite d\u2019être simple et clair.Et son interprétation des images obtenues me semble crédible.» Il faut savoir qu\u2019un fossile passé au tomodensitomètre ne donne pas une image nette et parfaitement contrastée.La différence de densité entre les os fossilisés, donc minéralisés, et les sédiments qui les entourent est souvent trop subtile pour l\u2019œil.Et la compaction de tout cela n\u2019aide en rien, surtout pour des ossements si petits.C\u2019est pourquoi il faut l\u2019aide de logiciels d\u2019analyse d\u2019image et de visualisation 3D.Mais comment être sûr qu\u2019aucune structure n\u2019est une « hallucination » produite par le logiciel ?« Trois personnes ont traité les données avec trois logiciels différents basés sur des algorithmes différents, sans voir ce que les autres faisaient, relate Richard Cloutier.Les résultats ont été les mêmes.» D\u2019où la con?ance d\u2019Edward Daeschler.« Elpistostege avait effectivement des doigts.Mais était-ce un tétrapode pour autant ?Là-dessus, mon interprétation diverge.On a encore affaire à une na- DE LA NAGEOIRE À LA PATTE : DES OS HOMOLOGUES SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 29 \u2022 ILLUSTRATIONS : MICHEL ROULEAU La patte de Tulerpeton (365 millions d\u2019années) Elle est plus semblable à notre main et montre indiscutablement des doigts.Certains contiennent un nombre encore plus grand de phalanges.La nageoire d\u2019Elpistostege (380 millions d\u2019années) Elle renferme deux petits os alignés sur deux os de la rangée précédente.Il s\u2019agirait de phalanges \u2013 une innovation pour un poisson ! SCIENCES geoire recouverte d\u2019écailles, et surtout de rayons, comme un poisson.Ma dé?nition d\u2019un tétrapode implique la perte des rayons.Sinon, on ne peut pas parler d\u2019un \u201cmembre\u201d.» Sachant que tous ces éléments sont enchâssés dans une nageoire, comme dans une mitaine de chair prise dans un sandwich de rayons, peut-on effectivement parler de doigts et de main ?« Pourquoi pas ?relance Richard Cloutier.Prenez la nageoire de la baleine.Même s\u2019ils ont perdu leur indépendance et leur mobilité, les doigts sont toujours là, à l\u2019intérieur.Faut-il lui enlever son statut de tétrapode pour autant, sachant qu\u2019elle descend d\u2019animaux terrestres ?Quant aux fossiles d\u2019Acanthostega du Groenland, leurs doigts sont clairement développés, mais nous ignorons s\u2019ils étaient libres de bouger ou s\u2019ils étaient pris dans une \u201cmitaine\u201d du vivant de l\u2019animal.Cela ne nous empêche toutefois pas de les considérer indiscutablement comme des tétrapodes\u2026 » « Tout est une question de dé?nitions dans notre domaine, admet Edward Daeschler.La nature se moque de l\u2019endroit où l\u2019on met la barrière entre les poissons et les tétrapodes.Ce sont des enfantillages de paléontologues.Elpistostege et Tiktaalik étaient des poissons dotés de nageoires charnues et de plusieurs caractéristiques de tétrapodes.Acanthostega, lui, était un tétrapode, mais il avait encore des branchies et un mode de vie très aquatique.On le voit bien, l\u2019évolution est un continuum et les transitions, même si elles semblent rapides à l\u2019échelle géologique, ont pris du temps.Mais les zones grises sont inconfortables et l\u2019on aime bien mettre les choses dans des cases dé?nies.» « On est un peu comme les paléoan- thropologues, compare Catherine Boisvert.Ils essaient depuis toujours de cibler un moment précis pour ?xer l\u2019apparition de l\u2019espèce humaine sur la base de trop peu de fossiles.On argumente sur l\u2019apparition des doigts chez les tétrapodes à partir d\u2019un seul individu fossilisé.Vivement qu\u2019on trouve davantage de fossiles d\u2019animaux encore plus près des tétrapodes et qu\u2019on puisse voir si ces petits os sont toujours là\u2026 et s\u2019ils sont bel et bien les précurseurs de nos doigts ! » Attentes futures pour bestioles du passé.Sur la question de l\u2019apparition de la main, peut-être qu\u2019un jour les paléontologues avanceront main dans la main. ENVIRONNEMENT LES MINUSCULES GRANDS OUBLIÉS Attention, préviennent des microbiologistes du monde entier, on néglige un élément clé des changements climatiques : les microorganismes ! Il serait dans notre intérêt de donner à ces discrètes créatures leur juste visibilité.PAR DOMINIQUE WOLFSHAGEN ILLUSTRATION : DORIAN DANIELSEN DIRECTION ARTISTIQUE : NATACHA VINCENT SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 31 ENVIRONNEMENT O n est loin du charisme des bélugas.« C\u2019est difficile de s\u2019inquiéter pour les microorganismes parce qu\u2019on ne les voit pas.Mais on interagit avec eux tous les jours et ils sont cruciaux pour toutes les formes de vie sur la planète », fait valoir Ricardo Cavicchioli, professeur à l\u2019École de biotechnologie et de science biomoléculaire de l\u2019Université de Nouvelle-Galles du Sud, en Australie.Virus, bactéries, archées, levures, moisissures et même microalgues : si certaines de ces petites créatures peuvent rendre malade, la plupart servent plutôt de proies à la base de la chaîne alimentaire ou bien elles donnent un coup de pouce aux plus grandes espèces.Rappelons par exemple que l\u2019humain ne peut digérer seul plusieurs nutriments essentiels.Il peut heureusement compter sur les microorganismes de son intestin pour le faire.« Les microorganismes sont importants en général, mais aussi en particulier et relativement aux changements climatiques », souligne le professeur Cavic- chioli.Effectivement, certaines espèces peuvent participer à la lutte contre le réchauffement des températures en capturant du carbone atmosphérique, ou encore nuire au climat en produisant des gaz à effet de serre.Les changements climatiques peuvent à leur tour affecter les microorganismes en modi?ant leurs environnements, ce qui contribue à chambouler les différents écosystèmes qui dépendent de cette « majorité invisible » (à elle seule, la masse totale des quelque 1030 bactéries et archées du globe dépasse la masse totale des formes de vie visibles à l\u2019œil nu !).En 2019, Ricardo Cavicchioli s\u2019est allié à d\u2019autres chercheurs pour publier un cri du cœur sous la forme d\u2019une déclaration dans la revue Nature a?n d\u2019offrir un tour d\u2019horizon des enjeux liés aux microorganismes et au climat.En voici un aperçu.AU LARGE Pour chaque tonne de poissons, baleines et autres êtres marins visibles, il existe neuf tonnes de bactéries, de phytoplancton et d\u2019autres minuscules créatures aquatiques.Ils sont le « poumon de la planète » au même titre que les forêts, puisqu\u2019ils produisent la moitié de l\u2019oxygène atmosphérique en séquestrant du dioxyde de carbone (CO 2 ).Martine Lizotte, professionnelle de recherche à l\u2019Unité mixte internationale Takuvik, qui regroupe l\u2019Université Laval et le Centre national de la recherche scienti?que, en France, se penche sur le cas du diméthyl- sulfure (DMS).Cette molécule, dérivée de gaz produits par certains microorganismes marins, aurait le potentiel de freiner la crise climatique en refroidissant l\u2019atmosphère.C\u2019est que, une fois relâché, le DMS mènerait à la formation des nuages.Or, les nuages contribuent grandement au phénomène d\u2019albédo, c\u2019est-à-dire à la réflexion des rayons du soleil vers l\u2019espace, ce qui réduit la radiation à la base de l\u2019effet de serre.Néanmoins, il vaudrait mieux modérer notre enthousiasme, nuance la chercheuse, car ce ne sont pas tous les types de nuages qui présentent de telles propriétés ?au contraire, certains peuvent même renforcer l\u2019effet de serre.Il est également possible que le DMS n\u2019agisse que dans les zones moins polluées de l\u2019atmosphère.En outre, différents facteurs de stress peuvent affecter les microorganismes marins et donc leur production de DMS.Au banc des accusés notamment : la fonte des glaces ainsi que l\u2019acidi?cation des océans et les autres dérèglements chimiques ou physiques en cours dans les mers.« Les facteurs de stress peuvent se combiner et avoir des effets synergiques [qui s\u2019ampli?ent] ou antagonistes [qui s\u2019annulent], donc, c\u2019est vraiment dif?cile de faire des prédictions.Il nous reste encore beaucoup de choses à comprendre », reconnaît Martine Lizotte.On sait déjà que, en raison des changements climatiques, certaines populations de microorganismes s\u2019adaptent en modi?ant leur phénotype, c\u2019est-à-dire que leur apparence et leurs activités ?dont potentiellement la production d\u2019oxygène ?sont altérées.Ces déséquilibres pourraient nuire à des écosystèmes entiers.Pire : des chercheurs ont observé que certaines de ces transformations étaient irréversibles, même en rétablissant les conditions initiales.« C\u2019est vraiment inattendu\u2026 Et ça veut dire qu\u2019on joue avec une composante majeure de notre santé tout en risquant d\u2019affamer l\u2019océan.Ça fait peur ! » insiste le professeur Cavicchioli.SUR LA TERRE FERME Les nouvelles ne sont guère plus rassurantes du côté du pergélisol, ces terres gelées en permanence qui, justement, fondent à un rythme inquiétant.En temps normal, ces territoires agissent comme des puits de carbone en captant du CO 2 qui s\u2019ajoute alors aux restes des matières organiques qui y sont stockés depuis des milliers d\u2019années.Par contre, si ce sol dégèle trop, une nouvelle activité microbienne s\u2019enclenche et décompose les énormes réserves de carbone pour produire certains gaz, incluant le méthane, qui a un potentiel d\u2019effet de serre 30 fois plus puissant que le CO 2 .Si la température se réchauffe de 1,5 à 2 °C par rapport à la température moyenne de 1850 à 1900, le pergélisol sera réduit de 28 à 53 %, selon les prédictions, ce qui aggravera substantiellement le réchauffement planétaire qui, à son tour, accélérera la fonte du pergélisol.Un cercle vicieux, bref.Quant aux microorganismes terrestres en dehors du pergélisol, leur poids dans la balance climatique est encore dif?cile à évaluer, explique Isabelle Laforest-Lapointe, professeure au Département de biologie de l\u2019Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie microbienne appliquée.« Ce qu\u2019on sait, c\u2019est que l\u2019augmentation des températures va changer la distribution des microorganismes, qui modi?eront la réponse des espèces visibles aux changements climatiques.Mais il est impossible de prédire le résultat pour la planète parce que les changements climatiques et les actions humaines créent tellement de modi?cations et de cascades d\u2019effets sur plusieurs plans ! » À plus petite échelle, cependant, les observations permettent, par exemple, d\u2019en apprendre plus sur la façon dont les microorganismes terrestres in?uencent la vigueur des végétaux et donc indirectement la séquestration du carbone.En effet, poursuit la chercheuse, quand les plantes ne sont pas stressées, elles subissent moins de pressions pour interagir avec le microbiome environnant, c\u2019est-à-dire les microorganismes naturellement présents et intégrés dans les écosystèmes.Par contre, lorsque les végétaux sont affectés par la température ou limités dans leur accès aux nutriments ou à l\u2019eau, ils s\u2019associent 32 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM ; WIKIMEDIA COMMONS SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 33 « C\u2019est dif?cile de s\u2019inquiéter pour les microorganismes parce qu\u2019on ne les voit pas.Mais on interagit avec eux tous les jours et ils sont cruciaux pour toutes les formes de vie sur la planète.» \u2013 Ricardo Cavicchioli, microbiologiste Levures À la base de plusieurs procédés de fermentation, ces champignons constitués d\u2019une seule cellule peuvent aussi améliorer la croissance des plantes ou produire des antibiotiques par exemple.Bactéries La récupération à partir de l\u2019atmosphère d\u2019environ 90 % de l\u2019azote, élément essentiel à la vie, est assurée par quelques espèces bactériennes marines et terrestres.Sur cette photo, une bactérie appartenant au genre Rhizobium, béné?que à la croissance des légumineuses, entre autres.Plancton Premier maillon de la chaîne alimentaire aquatique, ces êtres microscopiques sans territoire ?xe se laissent porter par les mouvements des eaux douces ou salées. ENVIRONNEMENT avec certains microorganismes, ce qui leur est réciproquement béné?que.C\u2019est le cas de certaines familles de plantes, notamment les légumineuses, dont les racines peuvent former de petites bosses, appelées « nodules », spécialement dans le but d\u2019héberger des microorganismes.Ceux-ci produisent alors de l\u2019azote, un nutriment essentiel à la croissance de la plante.DANS NOS CHAMPS Si les végétaux des contrées sauvages savent profiter de leurs microscopiques alliés, il en irait autrement des plantes des territoires agricoles, qui représentent près de 40 % de l\u2019environnement terrestre.« Les dynamiques sont différentes en agriculture : on agit sur le sol pour que ça marche comme on veut », note Thiago Gumiere, professeur à la Faculté des sciences de l\u2019agriculture et de l\u2019alimentation de l\u2019Université Laval.L\u2019ajout de produits tels que les engrais et pesticides ainsi que le travail physique de la terre confrontent les microorga- nismes à des conditions toujours changeantes, en plus de défavoriser leur relation avec les plantes, puisque ces dernières ont tout ce dont elles ont besoin La symbiose pourrait toutefois regagner une place de choix dans les champs en réponse aux stress imposés par les changements climatiques, estime le professeur Gumiere.« Nous ne pro?tons pas assez des microorganismes et de leur potentiel en agriculture.Les interactions entre les plantes et les microorganismes sont indispensables parce qu\u2019on ne peut pas répondre à tout ! » Rappelons cependant que l\u2019agriculture est responsable de 10 à 12 % des émissions de gaz à effet de serre liées à l\u2019action humaine.La production de méthane, par exemple, provient largement des microorganismes contenus dans les rizières et dans le système digestif du bétail.Bref, le secteur agricole n\u2019aura d\u2019autre choix que de se concentrer sur sa faune microscopique ?autant les alliés que les saboteurs ?s\u2019il souhaite redresser un tant soit peu son bilan environnemental.DU CÔTÉ DES VILAINS Les changements climatiques modi?ent la dispersion des microorganismes pathogènes ainsi que les risques d\u2019infection, comme l\u2019illustre le cas de la maladie de Lyme, qui est causée par une bactérie transmise par les piqûres de tiques à pattes noires.Auparavant, les rongeurs porteurs de la maladie vivaient surtout aux États-Unis, mais avec le réchauffement des températures, ils ont migré vers le nord.Ont alors suivi les populations de tiques, qui se nourrissent du sang de ces rongeurs, puis qui peuvent piquer les humains.En outre, la saison froide de plus en plus courte favorise la survie des tiques et allonge leur période active.Résultat : on observe une croissance marquée de cas de maladie de Lyme signalés au Canada depuis plus d\u2019une décennie.D\u2019autres maladies gagneront du terrain au fur et à mesure que le climat se réchauffe, comme la ?èvre Zika ou la dengue, qui sont transmises par les moustiques dans plusieurs régions chaudes.Autre enjeu préoccupant : la résistance aux antibiotiques, soit la capacité de bactéries pathogènes à développer certains mécanismes de protection contre les médicaments, une menace sanitaire dans la ligne de mire de l\u2019Organisation mondiale de la santé depuis plusieurs années.Ce problème serait aggravé par les changements climatiques, notamment en raison de la dégradation des conditions environnementales du bétail : « Comme nous, les populations animales deviennent plus susceptibles d\u2019être malades quand elles sont stressées.Après, elles deviennent de meilleurs excréteurs de ces agents pathogènes », mentionne Cécile Aenishaenslin, professeure à la Faculté de médecine vétérinaire de l\u2019Université de Montréal.Pour soigner ces animaux, il faudrait donc possiblement utiliser davantage d\u2019antibiotiques, ce qui accroîtrait le problème de la résistance.À tout cela s\u2019ajoutent les autres actions humaines, comme la déforestation et l\u2019élevage intensif, qui multiplient nos contacts avec les animaux et augmentent ainsi le risque de transmission d\u2019agents pathogènes des animaux à l\u2019humain.La pandémie de COVID- 19 en est un rappel brutal, puisqu\u2019un animal en serait la source, tout comme dans le cas de l\u2019épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère au début des années 2000.« C\u2019est très complexe de mettre le doigt sur le facteur qui crée l\u2019émergence de maladies\u2026 Ce ne sont pas seulement les changements climatiques, on détruit la nature de bien d\u2019autres façons, malheureusement ! » déplore la professeure Aenishaenslin.34 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 « C\u2019est très complexe de mettre le doigt sur le facteur qui crée l\u2019émergence de maladies\u2026 Ce ne sont pas seulement les changements climatiques, on détruit la nature de bien d\u2019autres façons, malheureusement ! » \u2013 Cécile Aenishaenslin, professeure de médecine vétérinaire à l\u2019Université de Montréal APRÈS L\u2019ALERTE, L\u2019ACTION On court un risque énorme en ne considérant pas les microorganismes dans le réchauffement planétaire, soutient Ricardo Cavicchioli.« Les systèmes sont complexes et, comme pour la météo, il est difficile de faire des prédictions, mais c\u2019est important de réaliser qu\u2019on a de bonnes raisons de s\u2019inquiéter.» Pourtant, ajoute-t-il, les façons d\u2019intégrer la majorité invisible aux discussions sur les changements climatiques sont à portée de main : mentionner explicitement les microorganismes dans les projets de recherche ; favoriser la recherche interdisciplinaire afin de stimuler les échanges entre microbiologistes et les chercheurs d\u2019autres domaines ; sensibiliser le grand public au rôle essentiel des microorganismes autant à l\u2019échelle globale que sur le plan local\u2026 Et bien entendu, convaincre les instances politiques de l\u2019importance de la cause ?une approche à l\u2019égard de laquelle on aurait tort d\u2019être cynique, estime le professeur.« La réaction mondiale à la COVID-19 montre que les choses peuvent changer radicalement, rapidement.La crise des changements climatiques n\u2019est pas insurmontable ; nous avons la capacité technologique de faire une transition ! » assure-t-il.Avec des alliés de toutes tailles.editionsmultimondes.com DISPONIBLES en librairie Offerts en version numérique SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 35 36 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 E lles infectent plantes et céréales sans laisser ni goût, ni trace, ni odeur.Les afla- toxines ne rendent pas moins malade : une exposition chronique entraînerait cancer du foie, dé?cit immunologique ou retards de croissance chez les enfants.Dans les pays en développement, on estime que cinq milliards de personnes vivent dans un environnement où les niveaux d\u2019a?atoxines sont considérés comme dangereux pour la santé humaine.Ces toxines sont produites par plusieurs champignons du genre Aspergillus et rendent les grains et les plantes contaminés impropres à la consommation, explique Patrice Dion, professeur au Département de phytologie de l\u2019Université Laval.« Ces champignons sont omniprésents dans l\u2019environnement ; ils attaquent les plantes et les insectes, on les trouve dans le sol, dans la poussière et dans l\u2019air », indique celui qui agit comme chercheur principal d\u2019un projet de lutte contre les a?atoxines en Haïti.Dans la perle des Antilles, ces myco- toxines sont présentes dans plusieurs céréales, comme le maïs et le sorgho, mais l\u2019arachide, qui pousse dans le sol, y est particulièrement vulnérable.Le problème est bien connu des scienti?ques, mais il demeure un enjeu de santé publique, car de nombreuses contraintes nuisent à la mise en place des recommandations formulées en vue de protéger la population.À partir de 2017, Patrice Dion et son équipe ont exploré les facteurs qui in?uencent l\u2019adoption des mesures de contrôle et étudié la chaîne de valeur de l\u2019arachide.La recherche, ?nancée par le Centre de recherches pour le développement international du Canada, s\u2019est faite avec trois partenaires travaillant en Haïti : Meds & Food for Kids, le Centre haïtien d\u2019innovation sur les biotechnologies et l\u2019agriculture soutenable (Chibas) et l\u2019iF Foundation.ATTAQUE SOURNOISE La contamination des gousses d\u2019arachide par les a?atoxines peut survenir à différentes étapes de la production.Lors de la culture de la plante, d\u2019abord.« Si la plante est stressée, comme en cas de sécheresse, le champignon en pro?te pour l\u2019envahir », illustre Patrice Dion.Un problème qui risque donc de prendre de l\u2019ampleur avec les changements climatiques.Les producteurs devancent ou retardent parfois la récolte pour pro?ter de meilleurs prix sur le marché, quand ce n\u2019est pas en raison de problèmes d\u2019argent ou de recrutement de main-d\u2019œuvre, a noté l\u2019étudiant de maîtrise en agroéconomie Frantz Roby Point Du Jour, qui mène ses travaux sous la direction du professeur Patrick Mundler, également engagé dans le projet.Or, « le respect de la date de récolte est l\u2019un des paramètres essentiels dans la lutte contre les a?atoxines », constate-t-il.Plusieurs études montrent que les plants immatures sont plus vulnérables aux a?atoxines, probablement parce que les gousses sont plus fragiles ou plus humides.Retarder la récolte accroît le risque de contamination dans le sol en exposant la plante à la sécheresse, aux températures de sol élevées ou encore aux insectes, tous des facteurs qui favorisent l\u2019apparition des a?atoxines.Plusieurs opérations de la production peuvent provoquer la contamination, mais les étapes du séchage et de l\u2019entreposage sont particulièrement critiques, alors que les légumineuses sont laissées au sol, ce qui les expose aux champignons, puis dans des sacs qui emprisonnent l\u2019humidité.Les producteurs attendent parfois encore ici une remontée des prix, donnant une autre occasion aux a?atoxines de causer des dommages.Même si le triage visuel élimine certains risques, il n\u2019est pas parfait : « Si l\u2019on peut parfois détecter la présence du champignon par une arachide moisie, ce n\u2019est souvent pas possible », précise Maurice Doyon, un autre chercheur de l\u2019Université Laval qui participe à ces recherches.UN ENNEMI SILENCIEUX SANTÉ \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM Les champignons du genre Aspergillus sont des moisissures qui se propagent par des spores, sortes de graines microscopiques.Ils produisent des toxines cancérigènes.HAÏTI SE BAT CONTRE UN POISON, TAPI DANS L\u2019OMBRE : LES AFLATOXINES.DES CHERCHEURS QUÉBÉCOIS PARTICIPENT AUX EFFORTS POUR RÉDUIRE L\u2019EXPOSITION À CES TOXINES QUI CONTAMINENT NOTAMMENT L\u2019ARACHIDE. SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 37 PHOTOS : DELPHINE LAROUSSE / CRDI MESURES CONCRÈTES En Haïti, l\u2019arachide est principalement consommée sous la forme de beurre.« Ce n\u2019est pas un secteur de production important dans l\u2019île, mais c\u2019est un aliment très consommé dans les familles haïtiennes », dit Frantz Roby Point Du Jour.Pour prévenir la contamination, certaines méthodes d\u2019entreposage restent assez ef?caces, comme l\u2019utilisation d\u2019une bâche pour le séchage, le tri visuel des arachides (pour au moins éliminer les fruits décolorés, moisis) et le recours à des sacs qui évacuent l\u2019humidité.Souvent, ni les producteurs ni les consommateurs ne connaissent le problème.Et surtout, les mesures pour le contrer entraînent toutes des coûts supplémentaires, alors que la production d\u2019arachide demeure une « ?lière qui engendre de la pauvreté », af?rme Patrice Dion.« Le meilleur incitatif serait une règle- mentation qui imposerait des quantités d\u2019a?atoxines tolérables dans un produit, comme au Canada », relève-t-il.L\u2019Agence canadienne d\u2019inspection des aliments tolère ainsi une concentration de 15 parties par milliard d\u2019a?atoxines totales pour les noix et les produits de noix.Même si l\u2019équipe a travaillé avec le tout jeune Bureau haïtien de normalisation, ce genre de règlementation n\u2019existe toujours pas en Haïti.La solution réside-t-elle alors dans un compromis entre les producteurs et les acheteurs ?C\u2019est ce que l\u2019équipe a voulu véri?er.Selon les conclusions de Phendy Jacques, qui a fait sa maîtrise dans le nord d\u2019Haïti, les consommateurs conscientisés sont prêts à payer un surplus pour avoir un produit exempt d\u2019a?atoxines, et ce montant suf?rait largement à couvrir les coûts des mesures pour les producteurs.« Le consommateur, une fois informé, veut payer ce supplément », observe M.Jacques.Les chercheurs ont également étudié les possibilités de récupération des arachides rejetées lors des tris.« Idéalement, on devrait jeter, brûler et enterrer ces arachides.Mais on sait bien que certaines arachides seront transformées en beurre ou données aux poulets par exemple, mentionne Patrice Dion.Les habitants nous ont dit qu\u2019ils comprenaient maintenant pourquoi leurs poulets étaient malades ! » Avec le Chibas, un des partenaires locaux, le professeur et ses collègues examinent s\u2019il serait possible de produire une huile d\u2019arachide clari?ée qui ne contiendrait plus d\u2019a?atoxines.Les résidus, dilués avec de la moulée, pourraient être utilisés de façon sécuritaire pour nourrir les animaux.L\u2019équipe a désormais en main une feuille de route pour lutter effectivement contre le problème.Mais comme partout ailleurs, la pandémie de COVID-19 a tout chamboulé.L\u2019atelier de clôture du projet, qui rassemblera autant les grands acteurs industriels que les producteurs traditionnels et les représentants du gouvernement, a été déplacé à la ?n octobre.Les chercheurs ne se font pas d\u2019illusion : dans un pays frappé par plusieurs problèmes urgents, celui des a?atoxines peut rapidement tomber en bas de la liste des priorités.« L\u2019enjeu des a?atoxines ne peut être séparé de la réalité sociale et économique du pays.Seules des transformations en profondeur viendront à bout de cette problématique », souligne Patrice Dion.Par Catherine Couturier Le projet de recherche décrit dans cet article et la production de ce reportage ont été rendus possibles grâce au soutien du Centre de recherches pour le développement international du Canada (CRDI).L\u2019étape du séchage est particulièrement critique, alors que les arachides sont laissées au sol, ce qui les expose aux a?atoxines. SCIENCES LES SCIENTIFIQUES AUGMENTÉS Automatiser la découverte de matériaux : voilà ce que proposent des mordus de chimie, de robotique et d\u2019informatique a?n d\u2019accélérer la science.PAR MÉLISSA GUILLEMETTE L es travaux d\u2019Alán Aspuru- Guzik réunissent les mots les plus à la mode : intelligence arti?cielle, robotique et informatique quantique.Un trio grâce auquel le professeur de l\u2019Université de Toronto n\u2019espère rien de moins qu\u2019une rupture en chimie.Circulant entre les hottes et la colonne de séparation de son laboratoire expérimental de chimie, il est visiblement aux anges.C\u2019est la première fois qu\u2019il dirige un tel laboratoire, bien qu\u2019il soit professeur depuis sept ans.Auparavant, M.Aspuru-Guzik a mené des recherches en chimie informatique à l\u2019Université Harvard, avant de fuir les États-Unis de Donald Trump pour s\u2019installer à Toronto en 2018.Avec son équipe, il monte petit à petit ce laboratoire qui aura la particularité d\u2019être autonome.Et une visite a suf?à nous convaincre que le projet est bien en marche.Des robots construits par l\u2019équipe côtoient des appareils commerciaux.Un technicien s\u2019affaire à mettre aux normes les conduits d\u2019azote.Le professeur balaie la salle du regard.« Voyez cet endroit comme un lieu d\u2019expansion », dit le professeur, qui ne manque pas d\u2019ambition.Il a aussi le sens du spectacle ; il propose à ses visiteurs d\u2019en?ler un masque de luchador (« lutteur ») le temps d\u2019un égoportrait et ne manque pas d\u2019inclure de la musique salsa dans ses présentations PowerPoint, deux exemples qui montrent sa volonté de mettre sa culture mexicaine de l\u2019avant.Quel est le principe d\u2019un laboratoire autonome ?Accélérer le rythme des découvertes par l\u2019utilisation de toutes sortes de systèmes automatisés pour réaliser les expériences, mais aussi les concevoir et les améliorer en continu.Une sorte d\u2019Internet des objets capable de prendre des décisions ! Si trouver un matériau pour répondre à un besoin précis prend environ de 10 à 20 ans (il a fallu 25 ans pour les cellules solaires), l\u2019objectif est d\u2019y parvenir 10 fois plus vite avec ces laboratoires futuristes.Cela revient à reproduire, en science des matériaux, l\u2019équivalent de la loi de Moore.Cette loi stipule que la puissance des ordinateurs double à peu près tous les deux ans.Une 38 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 39 SCIENCES Alán Aspuru-Guzik, titulaire de la Chaire de recherche Canada 150 en chimie théorique et quantique, pose devant son système robotisé de synthèse de matériaux.telle croissance exponentielle en recherche de matériaux s\u2019impose, selon les quelques dizaines de chercheurs qui poursuivent cette mission.En effet, plusieurs grands dé?s de notre époque, comme ceux de la transition énergétique et des besoins en eau potable, nécessitent de découvrir des matériaux rapidement.UNE LONGUE QUÊTE Dès 1969, des scienti?ques de l\u2019Université Stanford ont imaginé un programme informatique apte à formuler des hypothèses quant à la structure de molécules.Neuf ans plus tard, une équipe de Smith Kline and French Laboratories (aujourd\u2019hui GlaxoSmithKline) présente un prototype de système de synthèse en circuit fermé dans la revue Analytica Chimica Acta.Il permettait de mélanger des liquides et d\u2019échantillonner le résultat, le tout branché sur un ordinateur.« On voulait voir s\u2019il était possible d\u2019automatiser une réaction chimique, d\u2019entrer simplement les paramètres pour qu\u2019elle se fasse, sans que quelqu\u2019un intervienne dans le processus, nous raconte de Californie Herbert Winicov, âgé aujourd\u2019hui de 85 ans et qui a supervisé cette équipe.On a essayé et cela a fonctionné ! Mais c\u2019était très basique et il aurait fallu beaucoup de travail d\u2019ingénierie pour rendre le tout plus sophistiqué.» Les appareils facilitant la vie des chimistes ont continué de voir le jour, mais il a fallu attendre 2009 pour qu\u2019Adam, un robot britannique, avance une hypothèse (au sujet du génome d\u2019une levure) et la con?rme lui-même \u2013 des travaux parus dans Science.Ces quatre dernières années, des équipes ont utilisé des laboratoires autonomes pour la synthèse de nanotubes de carbone, pour la production d\u2019alliages qui conservent la mémoire de leur forme initiale et même pour la découverte de nouvelles réactions chimiques, entre autres.En mai dernier, Alán Aspuru-Guzik et des collègues canadiens ont publié, dans Science Advances, leurs aventures relatives à la recherche de matériaux en couches minces, typiques des cellules solaires.Ce n\u2019est qu\u2019un début pour ce professeur, puisque son laboratoire expérimental est sur le point d\u2019être fonctionnel.On y trouve 300 composés qui peuvent être combinés pour formuler des dizaines de millions de molécules inédites.Avant même qu\u2019une expérience y commence, un programme d\u2019intelligence arti?cielle fouillera ces possibilités et désignera les candidates les plus intéressantes pour un besoin particulier ?son équipe multidisciplinaire entend se concentrer d\u2019abord sur les lasers organiques solides (des matériaux basés sur le carbone qui émettent une lumière concentrée et qui pourront entrer dans la fabrication de capteurs précis, notamment).Le bras robotisé enfermé dans une cage vitrée au milieu du laboratoire synthétisera alors jusqu\u2019à 30 molécules par semaine qui passeront ensuite une batterie de tests pour établir leurs propriétés, toujours sans intervention humaine.Le professeur Aspuru-Guzik n\u2019exclut pas d\u2019intégrer un robot circulant dans le laboratoire d\u2019un appareil à l\u2019autre (son collègue Andrew Cooper en a déjà un, décrit dans l\u2019encadré de la page suivante).En?n, les résultats seront envoyés à l\u2019agent intelligent qui intégrera l\u2019information à ses analyses pour mieux sélectionner les prochaines 40 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 \u2022 PHOTO : ADAM COISH Ce chimiste robotisé mis au point par l\u2019équipe du professeur Andrew Cooper est guidé par des algorithmes qui l\u2019aident à choisir quelles molécules synthétiser et tester parmi 98 millions de possibilités.molécules à produire et tester, ce qui réduit le nombre d\u2019expériences nécessaires.Jusqu\u2019à ce que la machine crie « Eurêka » ! « Le but est d\u2019accélérer la science, mais aussi de faire jaillir de nouvelles idées », indique Alán Aspuru-Guzik, qui croit en la créativité de la machine.Il cite alors l\u2019écrivain argentin Jorge Luis Borges : « Dieu meut le joueur et le joueur, la pièce.Quel dieu, derrière Dieu, commence cette trame [\u2026] ?» Il explique : « Le scienti?que est ce dieu derrière Dieu ! Il se trouve toujours derrière le robot.» Mais derrière ces deux entités pas si divines se trouvent des superordinateurs et des données, des tonnes de données.Il existe une centaine d\u2019éléments chimiques dans le tableau périodique et des possibilités in?nies de les unir et de fabriquer de nouvelles molécules.Et chacune d\u2019elles possède un ensemble de propriétés.Ça donne le tournis ! « Quand on travaille avec des données, il faut passer par beaucoup d\u2019opérations avant d\u2019arriver en?n à la partie excitante, explique Kristin Persson, professeure à l\u2019Université de Californie à Berkeley et spécialiste en modélisation des matériaux.On doit produire les données, les organiser, les stocker pour en?n pouvoir faire de l\u2019apprentissage automatique et mettre au point de nouveaux matériaux.» Depuis 2011, avec son équipe, elle s\u2019est donné pour mission de construire et bo- ni?er une immense bibliothèque en libre accès appelée Materials Project.Quelque 130 000 scienti?ques s\u2019en servent dans le monde et téléchargent environ deux millions d\u2019éléments chaque jour.Elle contient presque la totalité des matériaux inorganiques connus et environ 35 000 matériaux hypothétiques et jamais fabriqués, ainsi que leurs possibles propriétés.« Les gens peuvent l\u2019employer dans leur laboratoire.Les données et les algorithmes sont à la disposition de tous.De toute façon, nous ne serions jamais capables d\u2019utiliser à nous seuls [son équipe] la quantité de données sur laquelle nous sommes assis ! » Lors de son doctorat, au tournant des années 2000, Kristin Persson ne pouvait calculer les propriétés que d\u2019un matériau à la fois.« Cela pouvait prendre des mois pour parvenir à une seule propriété d\u2019un SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 41 UN CHERCHEUR À ROULETTES Il mesure 1,75 m, pèse 400 kg et travaille 21,5 heures par jour ?il lui faut bien recharger ses batteries ! Le robot intelligent d\u2019Andrew Cooper, professeur à l\u2019Université de Liverpool, a livré ses premiers résultats en juillet dans Nature : il a trouvé un catalyseur six fois plus actif que ceux déjà connus pour la production d\u2019hydrogène à partir d\u2019eau et grâce à la lumière du soleil.« Il y a deux ans, tout le monde pensait que cela était une blague », raconte M.Cooper, qui espère maintenant confondre les sceptiques.Pour parvenir à sa découverte, l\u2019humanoïde a circulé d\u2019un appareil à l\u2019autre dans le laboratoire du professeur pendant huit jours, guidé par des algorithmes, des scanneurs à laser et des systèmes de rétroaction tactile et de vision.Il utilise les mêmes appareils qu\u2019un chercheur sur deux pattes.« Le bras robotisé a des articulations, comme nos coudes et nos poignets, mais contrairement à nous, il peut faire des rotations de 360° », dit Andrew Cooper.Il espère avoir une équipe de quatre robots d\u2019ici la ?n de 2020.Accroîtront-ils la productivité du laboratoire ?« Assurément.En fait, c\u2019est déjà le cas avec un seul robot.Le doctorant qui l\u2019a construit, Benjamin Burger, a effectué plus d\u2019expériences déjà que la plupart des étudiants en réalisent au cours de tout leur doctorat.Pourtant, il a commencé l\u2019expérimentation [avec le robot] il n\u2019y a que trois mois ! » \u2022 IMAGE : ANDREW COOPER SCIENCES seul matériau ! Maintenant, nous pouvons réaliser des milliers de calculs sur des su- perordinateurs qui sont automatiquement supervisés ; nous n\u2019avons plus besoin de les surveiller pour régler les paramètres par exemple.Je peux donc trouver un nouveau matériau en quelques jours\u2026, mais il peut ensuite falloir des mois ou des années avant que des collègues expé- rimentalistes le synthétise.» Elle espère que ces derniers embrassent l\u2019automatisation a?n qu\u2019ils puissent eux aussi vivre l\u2019accélération du rythme qu\u2019elle a connue au ?l de sa carrière.DES MODULES FLEXIBLES Une panoplie d\u2019écrans illuminent le laboratoire sombre de Jason Hein, professeur à l\u2019Université de la Colombie-Britannique, que nous interviewons par vidéoconfé- rence.Sur ces ordinateurs ?gurent les plans du design d\u2019un robot humanoïde.Le chercheur bouge la tête et un Iron Man en construction se dévoile, suspendu au plafond\u2026 C\u2019est un fond d\u2019écran ?ctif ; pendant un instant, il nous a eue ! « Mais on développe un système très semblable à J.A.R.V.I.S., l\u2019intelligence arti?cielle dans Iron Man, pour superviser l\u2019automation », mentionne le spécialiste de la chimie organique physique.En d\u2019autres mots, son système recourt à Siri, l\u2019assistant vocal d\u2019Apple, pour diriger différents appareils scienti?ques et robots connectés.Le professeur est enthousiasmé par la construction de son laboratoire automatisé.« Mais nous réalisons que les manipulations effectuées par le chimiste sont très variées.Fabriquer des outils pour chacune d\u2019elles est dif?cile.» Il donne l\u2019exemple d\u2019une récente avancée qui a pourtant l\u2019air simple : taper un contenant sur le comptoir pour que la poudre qu\u2019on vient d\u2019y mettre se détache des parois et se dissolve dans le liquide présent au fond.Il nous montre une vidéo à l\u2019appui.« Pour l\u2019instant, le robot tape trois fois, mais on peut ajouter une couche pour lui dire de frapper jusqu\u2019à ce que les pixels soient tous au fond.On modi?e le contrôle de l\u2019automation pour qu\u2019elle se base sur une mesure précise, comme nous le faisons nous-mêmes : on tape jusqu\u2019à ce que tout soit descendu.» Son groupe, qui travaille en étroite collaboration avec celui de Curtis Ber- linguette, de la même université, mise sur des appareils modulaires qu\u2019il détourne pour accomplir différentes tâches.Jason Hein met en application ce que lui a appris son superviseur au doctorat : ne jamais utiliser un objet pour sa fonction initiale ! Ainsi, une simple webcam permet parfois la rétroaction visuelle, peut servir d\u2019outil d\u2019analyse ou même favoriser l\u2019accès à distance au laboratoire.Car oui, le concept de laboratoire autonome fait éclater le rapport à l\u2019espace : le travail peut se faire à distance entre différents appareils ou expérimentateurs.« Des gens situés n\u2019importe où peuvent se connecter à mon labo [grâce à un réseau virtuel privé] et le faire fonctionner.Cela signi?e que, si vous ouvrez un petit collège dans le nord du Canada, vous pourrez faire des expériences dans un établissement de classe mondiale.» (Il a commencé sa carrière de professeur dans une université californienne en démarrage où tout était à bâtir, il sait de quoi il parle !) Un danger guette toutefois les laboratoires automatisés : la surexcitation devant des automatisations à succès.« Le choix des expérimentations peut être teinté par l\u2019habileté à en réaliser certaines vraiment facilement, concède Jason Hein.On se trouve alors avec une vision unidimensionnelle.» LA MENACE, LE POTENTIEL Ce bémol n\u2019entame pas l\u2019enthousiasme de son collaborateur Alán Aspuru-Guzik, qui parle de cette vision de la science des matériaux sur toutes les tribunes.Il travaille à unir des scienti?ques à travers le pays (dont des Québécois) autour d\u2019une initiative nationale de découverte de matériaux.Il a également cofondé la jeune entreprise Kebotix, qui offre ses services de recherche accélérée aux organisations de toutes sortes (elle a par exemple créé un outil utilisant l\u2019intelligence arti?cielle pour inventer des plastiques qui causent moins de dommages à l\u2019environnement pour le compte du géant pétrolier BP).Et le rêve du chimiste est qu\u2019un ordinateur quantique vienne un jour accélérer encore davantage les calculs et multiplier les possibilités.Il reconnaît que certains doutent des promesses des promoteurs des laboratoires autonomes et que d\u2019autres le trouvent trop con?ant.« Il y a toujours des optimistes, comme moi, et des pessimistes.Certains se sentent menacés ou résistent au changement », réplique-t-il.À Varennes, Kulbir Kaur Ghuman, chercheuse au Centre Énergie Matériaux Télécommunications de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que, est d\u2019avis que la recherche en circuits d\u2019apprentissage est une voie d\u2019avenir.« Particulièrement pour s\u2019attaquer à des problèmes urgents comme les changements climatiques ! » Cette experte en modélisation des matériaux rappelle que nous connaissons l\u2019effet de serre depuis 1850, mais qu\u2019il a fallu un peu plus d\u2019un autre siècle pour parvenir aux premières prédictions quant au réchauffement climatique, en 1981.Depuis, « nous n\u2019avons pas trouvé de solution et c\u2019est là que l\u2019automatisation de la science des matériaux peut réellement nous aider.Et, espérons-le, contribuer à résoudre le problème avant un autre siècle ! » Les domaines de l\u2019énergie et de la capture de carbone sont notamment dans la ligne de mire.Toutefois, Kulbir Kaur Ghuman estime qu\u2019il serait probablement bon de conserver une part des expérimentations faites par des humains, malgré tout.« Des découvertes majeures ont eu lieu par accident, ce qui est peu probable si les laboratoires sont entièrement gérés par des robots infaillibles.» Le dieu derrière Dieu pourra toujours accomplir de petits miracles.42 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM Le chemputer de l\u2019équipe du professeur Leroy Cronin réalise seul toutes les étapes pour synthétiser un médicament.S\u2019il y a bien un groupe qui bénéficiera de l\u2019automatisation de la recherche de molécules, ce sont les patients atteints de maladies pour lesquelles il n\u2019existe aucun traitement.Bien que les manipulations en laboratoire dans l\u2019industrie pharmaceutique soient déjà fortement automatisées, les nouvelles techniques d\u2019apprentissage automatique promettent gros pour les prochaines années.Les publications scienti?ques sur le sujet se multiplient.Et « il y a des jeunes entreprises qui travaillent là-dessus, en plus des universitaires », af?rme Jian Tang, professeur à HEC Montréal et à l\u2019Institut québécois d\u2019intelligence arti?cielle (Mila).Il s\u2019en sert déjà pour chercher un traitement à la COVID-19 ! Le chercheur conçoit depuis deux ans les outils pour la recherche de nouveaux traitements en utilisant le graph representation learning.Cette technique « permet de faire de l\u2019apprentissage profond avec des données structurées sous forme de graphes, comme les relations entre les personnes sur Facebook.Ça, c\u2019est un graphe énorme, mais on peut aussi se pencher sur de petits graphes, comme une molécule.Chaque sommet est un atome et différents types de liens chimiques relient ces atomes pour faire une molécule ».À partir de données sur des médicaments connus, le système apprend à prédire les caractéristiques d\u2019une nouvelle molécule : sa toxicité, par exemple, ou sa capacité à se lier à une protéine en particulier.« Mais contrairement à d\u2019autres domaines de l\u2019apprentissage profond, comme la reconnaissance d\u2019images, on n\u2019a pas un grand jeu de données [NDLR : il n\u2019existe que 1 700 médicaments approuvés par la Food and Drug Administration, aux États-Unis], explique Jian Tang.Peut-on quand même apprendre de ces données, tout comme l\u2019humain sait reconnaître un chat sans qu\u2019il ait besoin d\u2019en voir des milliers d\u2019images ?» Le dé?reste de créer de toutes pièces des molécules candidates, et il y travaille.Avec l\u2019apprentissage profond, « on arrive à produire des images, comme des deep- fakes [des «hypertrucages » vidéos basés sur l\u2019intelligence arti?cielle qui font dire n\u2019importe quoi à un individu pour lequel on possède quelques secondes d\u2019image].On se demande maintenant comment générer des graphes.» Il est également possible de travailler sur un graphe plus large qui dé?nit les liens entre divers éléments : la maladie, les médicaments en usage, les gènes, les protéines et le phénotype.C\u2019est ce que Jian Tang fait pour le projet COVID-19, qui a pour but de trouver un traitement parmi les médicaments déjà approuvés pour d\u2019autres maladies.Une équipe du Massachusetts Institute of Technology a utilisé de son côté un catalogue de molécules existantes (le Drug Repurposing Hub du Broad Institute) pour formuler un nouvel antibiotique potentiel qu\u2019elle a appelé Halicin, clin d\u2019œil au système intelligent HAL du ?lm mythique 2001, l\u2019odyssée de l\u2019espace.Le modèle avait prédit que cette molécule déjà étudiée pour lutter contre le diabète aurait une forte activité antibactérienne, en plus de posséder une structure différente des antibiotiques connus (et de moins en moins ef?caces).Le tout a été con?rmé par des tests en culture et sur des animaux, des travaux parus en février dernier dans Cell.Alán Aspuru-Guzik a par ailleurs agi comme consultant dans un projet similaire visant à mettre au jour des composés qui inhibent une protéine en jeu notamment dans la ?brose.Grâce à des techniques d\u2019apprentissage automatique, l\u2019équipe a trouvé des candidates en seulement 21 jours.Six molécules prometteuses ont alors été fabriquées et testées (à la main, par des employés d\u2019une entreprise chinoise spécialisée) sur des cellules et des rongeurs.Les résultats ont été publiés dans Nature Biotechnology en 2019.Un jour, peut-être, emploieront-ils plutôt un chemputer (délicieuse fusion des mots « ordinateur » et « chimie » en anglais) ?Ce système de synthèse et de puri?cation de molécules organiques a été créé par l\u2019équipe de Leroy Cronin, professeur à l\u2019Université de Glasgow, et fonctionne grâce à une application.Il permet de concevoir rapidement à peu près n\u2019importe quel médicament.Le rêve ! LES ROBOTS INVENTEURS DE MÉDICAMENTS SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 43 \u2022 IMAGE : LEROY CRONIN 44 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 PHOTO : LOUISE BILODEAU L e Québec est sous la menace d\u2019une bombe à retardement démographique.D\u2019ici une vingtaine d\u2019années, la société québécoise sera l\u2019une des plus vieilles d\u2019Occident, prévoit l\u2019Institut de la statistique du Québec.Déjà, d\u2019ici 2030, on estime que près d\u2019un Québécois sur quatre sera âgé de 65 ans et plus.Ce vieillissement de la population aura pour effet, entre autres, de fragiliser le marché du travail ; les aînés qui partent à la retraite précipiteront les pénuries de main-d\u2019œuvre dans plusieurs secteurs de l\u2019économie.Les af?ches qui annoncent « Nous embauchons », disparues en raison de la crise sanitaire de la COVID-19, reviendront en force et risquent de demeurer pour de bon.Pour amoindrir le choc, les employeurs devront trouver un moyen de retenir les aînés actifs.L\u2019une des avenues qui s\u2019offrent à eux est l\u2019amélioration des environnements et conditions de travail.« La santé est au cœur des préoccupations des travailleurs âgés.La favoriser est une façon toute simple de les maintenir heureux et ef?caces au travail le plus longtemps possible », indique Caroline Duchaine, doctorante au Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval et lauréate du prix Acfas IRSST \u2013 doctorat.Depuis sept ans, ce prix souligne l\u2019excellence de la relève chez les chercheurs en santé et en sécurité du travail.DES COLS BLANCS STRESSÉS ?Les travaux de Caroline Duchaine portent sur l\u2019effet des contraintes psychosociales, telles que des horaires stricts, une quantité excessive de travail et des interruptions fréquentes, sur la fonction cognitive de 9 188 travailleurs cols blancs de 19 organismes publics et parapublics de la région de Québec.Cette cohorte a d\u2019abord été mise sur pied en 1991 par Chantal Brisson, professeure au Département de médecine sociale et préventive de l\u2019Université Laval, qui s\u2019intéressait à la santé cardiovasculaire de ces salariés.Elle a été sondée une seconde fois au tournant des années 2000 ?8 120 des participants originaux avaient alors participé à la nouvelle collecte de données.À partir de 2015, soit près de 25 ans plus tard, un troisième suivi a été réalisé auprès de 6 744 participants.« À ce stade-ci de l\u2019étude, une bonne partie de ces travailleurs sont désormais retraités.Cela ouvre donc la porte à une analyse des conséquences sur la santé des facteurs de stress subis pendant une carrière de col blanc », explique Caroline Duchaine.La chercheuse s\u2019intéresse tout particulièrement à la santé mentale et aux problèmes de cognition touchant la mémoire, l\u2019attention, l\u2019apprentissage et le langage.Elle se penche aussi sur les répercussions biologiques du stress à l\u2019aide de marqueurs d\u2019in?ammation LE TRAVAIL, C\u2019EST LA SANTÉ ?LES TRAVAUX DE CAROLINE DUCHAINE JETTENT UN ÉCLAIRAGE INÉDIT SUR CET ADAGE POPULARISÉ PAR LE CHANTEUR HENRI SALVADOR.CHERCHEUSE EN VEDETTE EN PARTENARIAT AVEC LES FONDS DE RECHERCHE DU QUÉBEC MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 45 PHOTO : CHRISTINNE MUSCHI et d\u2019oxydation mesurés dans le sang.Le jeu de données, il faut le dire, est impressionnant ; de très nombreuses variables, comme le type d\u2019emploi, les heures de travail et la charge familiale, sont prises en compte.Caroline Duchaine analyse ses données à la lumière des travaux de deux chercheurs en santé publique, Robert Karasek et Johannes Siegrist.Selon le premier, un état soutenu de tension psychologique dû par exemple aux demandes contradictoires d\u2019un cadre supérieur entraîne un stress important.Le faible soutien social au travail, autant de la part du superviseur que des collègues, peut venir ampli?er les effets néfastes de ce stress.Le second chercheur postule quant à lui qu\u2019un déséquilibre entre les efforts déployés au travail et la reconnaissance économique, sociale ou organisationnelle obtenue en échange peut aussi être source de stress.« Ces deux modèles ont été associés de manière indépendante aux problèmes de santé chez les travailleurs.Bien que nos analyses sur la fonction cognitive ne soient pas encore terminées, nos observations préliminaires semblent con?rmer la théorie », précise-t-elle.PLUS DE LIBERTÉ De telles études longitudinales sont rarissimes.Au Canada, celle de Caroline Duchaine est même unique.Bien que ses futures conclusions ne puissent être généralisées à d\u2019autres catégories de travailleurs, leur portée éventuelle est néanmoins assez grande.« Notre cohorte se caractérise par une grande variété de statuts socioéconomiques.En ce sens, c\u2019est assez représentatif de ce qu\u2019on trouve dans d\u2019autres milieux de travail », af?rme la doctorante.Surtout, ces travaux ont le pouvoir de lancer un message fort aux employeurs, cadres et superviseurs.« Donner plus de liberté à ses employés a pour effet d\u2019améliorer leur productivité.C\u2019est d\u2019ailleurs ce sur quoi repose la norme Entreprise en santé, chapeautée par le Bureau de normalisation du Québec », souligne-t-elle.La scienti?que se soucie depuis toujours de la santé de ses concitoyens.Son parcours de vie en témoigne ; après avoir obtenu un baccalauréat en biologie, elle a fait une technique en acupuncture, domaine dans lequel elle a travaillé pendant cinq ans.Une démarche de réorientation l\u2019a ensuite ramenée sur les bancs d\u2019école, où elle a entrepris une maîtrise en épidémiologie avant de devenir auxiliaire de recherche au sein de l\u2019équipe de celle qui allait devenir la codirectrice de son doctorat, Chantal Brisson.« Caroline se distingue par son insatiable curiosité, qui la pousse à innover constamment.Elle a soif de comprendre et de pousser toujours plus loin sa ré?exion », constate la professeure.Par Maxime Bilodeau Les questions de Rémi Quirion * Le scienti?que en chef du Québec conseille le gouvernement en matière de science et de recherche, et dirige les Fonds de recherche.scienti?que-en-chef.gouv.qc.ca facebook.com/SciChefQC SCIENTIFIQUE EN CHEF DU QUÉBEC* RQ : Qu\u2019est-ce que l\u2019acupuncture apporte à la chercheuse que vous êtes devenue ?CD : L\u2019acupuncture m\u2019a permis d\u2019avoir une vision holistique de la santé.Par sa pratique, j\u2019ai compris que les émotions et le stress peuvent avoir un effet direct sur la santé.Il est donc important de considérer l\u2019environnement dans lequel on vit lorsqu\u2019on veut comprendre les causes des maladies.RQ : Vous soulignez l\u2019importance du soutien social au travail.Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, comment trouver ce soutien alors que la vaste majorité des salariés font du télétravail ?CD : Il est évident que le contexte de la pandémie modi?e le soutien social au travail.Les contacts avec les collègues et le superviseur sont moins fréquents en raison de l\u2019éloignement.Pour pallier la situation, on recommande de communiquer avec ses collègues individuellement pour prendre de leurs nouvelles et leur demander s\u2019ils ont besoin d\u2019aide.Un moyen simple mais ef?cace ! Les réunions en visioconférence sont à privilégier a?n d\u2019être en mesure de voir son équipe.Il est aussi conseillé de conserver certaines habitudes comme le dîner entre collègues mais en vidéoconférence.Ainsi, on préserve la cohésion d\u2019équipe en discutant de sujets divers, dont les dé?s occasionnés par la pandémie.RQ : Vous mentionnez, à juste titre, qu\u2019une base de données de cette ampleur est rare au Canada et au Québec.À quel autre type de recherche pourrait-elle servir ?CD : Nos données proviennent de la PROspective Quebec Study on Work and Health ou l\u2019étude PROQ sur le travail et la santé.Cette base de données comprend beaucoup d\u2019informations sur les caractéristiques sociodémographiques, l\u2019environnement de travail, les habitudes de vie ainsi que la santé physique et mentale.Les possibilités de recherche sont très vastes.Notre équipe a entamé plusieurs projets, notamment pour comprendre l\u2019effet néfaste des stresseurs psychosociaux au travail et des inégalités sociales sur la santé cardiovasculaire et mentale.Des projets sont en cours pour évaluer les coûts des maladies engendrées par ces stresseurs au travail.Les données peuvent aussi servir à estimer les répercussions d\u2019autres facteurs sur la santé, par exemple les habitudes de vie ?tabagisme, activité physique, alimentation ?, l\u2019environnement familial et le soutien social à l\u2019extérieur du travail. 46 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 CuL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb L I R E Les belles histoires des pays dans l\u2019eau Tout frais dans nos oreilles, le balado D\u2019un océan à l\u2019autre, pendant français de Speak Up For The Blue, nous livre, chaque semaine, une nouvelle cargaison de belles histoires marines.On s\u2019invite dans les conversations de Lyne Morissette, biologiste et spécialiste des écosystèmes et mammifères marins, avec des invités de tous les horizons (scienti?ques, économistes, historiens) sur ces liens qui nous unissent à la mer.Elle peut autant nous entretenir de l\u2019actualité maritime que jaser migration des cétacés ou de navigation.C\u2019est le cas, d\u2019ailleurs, dans sa série spéciale sur l\u2019organisme ÉcoMaris et son voilier-école, où elle est accompagnée du capitaine Lancelot Tremblay.Pour notre plus grand bonheur, l\u2019animatrice ratisse large.Elle convie même l\u2019actrice Fanny Lauzier à son micro pour discuter de La grenouille et la baleine, un ?lm qui a marqué son enfance et inspiré sa future carrière.Ses histoires optimistes sont un baume sur l\u2019écoanxiété ! D\u2019un océan à l\u2019autre, épisodes de 20 à 40 minutes, www.speakupforblue.com/speak-up-for-blue-podcast- network/ ou sur votre plateforme de balados préférée.Nul besoin d\u2019aller bien loin pour partir en safari : avec Les insectes du Québec et autres arthropodes terrestres en main, la partie de plaisir commence ici et maintenant.Dans ce livre qu\u2019il a mis trois ans à peau?ner, l\u2019entomologiste Étienne Normandin nous donne tous les outils pour commencer la plus excitante des chasses.Car connaissez- vous vraiment ces colocataires qui habitent les recoins de vos tapis ou les produits mal scellés du garde-manger ?Et ces libellules avec les plus beaux yeux de tout le marais ?Ce guide d\u2019identi?cation présente plus de 2 350 espèces qui peuplent notre province ?qui en compte environ 25 000.« Il serait impossible de faire un guide sur tous les insectes du Québec, on se trouverait avec une vingtaine de pages remplies de points noirs, car plusieurs d\u2019entre eux ne sont pas très distinctifs ! souligne l\u2019auteur à la blague.En entomologie, c\u2019est un dé?d\u2019essayer de convaincre les gens de se lancer dans cette science, sachant que les insectes sont bien plus dif?ciles à identi?er que la plupart des êtres vivants ?bactéries exclues.» C\u2019est pourquoi l\u2019ouvrage comprend plusieurs sous-thèmes de référence (d\u2019un coup d\u2019œil, on peut voir, par exemple, les insectes nuisibles et ceux qui sont béné?ques au jardin).Il comporte également un volet pour s\u2019initier à l\u2019observation et à la capture des bestioles jusqu\u2019à la création de sa propre collection.« Pour un jeune, élever, toucher, s\u2019occuper d\u2019insectes, c\u2019est une partie très importante du contact avec ces animaux et avec la nature en général.La connexion passe par la proximité et je souhaitais que cette idée soit au cœur du guide », indique Étienne Normandin.Lui-même est devenu passionné des petits animaux invertébrés à l\u2019adolescence, après avoir convaincu ses parents d\u2019adopter non pas un golden retriever, mais un élevage de papillons de nuit, des polyphèmes d\u2019Amérique.La majorité des spécimens illustrés viennent de la collection entomologique Ouellet- Robert, de l\u2019Université de Montréal, dirigée par l\u2019auteur.Celui-ci est ensuite parti à la chasse pour trouver des spécimens d\u2019insectes à corps mous a?n que ces derniers soient représentés dans tout leur éclat (une fois qu\u2019ils sont capturés, le temps leur fait perdre leurs couleurs).Et puisqu\u2019il a un faible pour les abeilles sauvages, il a mis le paquet sur les insectes pollinisateurs ?nous fournissant en?n tous les outils pour mieux les apprécier lorsque l\u2019un d\u2019entre eux bourdonnera près de notre verre de bière.Les insectes du Québec et autres arthropodes terrestres, par Étienne Normandin, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 612 p.\u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM ; ÉTIENNE NORMANDIN / LES PRESSES DE L\u2019UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL ÉCOUTER Un guide pour donner la piqûre SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 47 Un engrenage bien huilé Vous êtes-vous déjà demandé d\u2019où venaient les recommandations vidéos conçues pour vous sur YouTube ?C\u2019est la boîte de Pandore qu\u2019ouvre Rabbit Hole, un balado captivant qui montre l\u2019étendue insoupçonnée des effets d\u2019Internet dans nos vies.Dans cette enquête audio du New York Times, le chroniqueur techno Kevin Roose retrace la radicalisation d\u2019un homme en explorant avec lui son historique YouTube des dernières années.Comment a-t-il pu s\u2019enfoncer dans un monde virtuel toxique à partir d\u2019anodins balados de psychopop et de parodies métal de chansons de La reine des neiges ?Au ?l de ses entrevues avec tous les acteurs concernés, l\u2019animateur révèle les rami?cations d\u2019un système conçu pour garder l\u2019utilisateur captif, peu importe les conséquences.Rabbit Hole, de 25 à 40 minutes, à télécharger sur votre plateforme de balados préférée.En anglais.La clé des champs Chaque année, des nuées d\u2019oiseaux migrateurs emplissent le ciel et s\u2019arrêtent dans la vallée du Saint- Laurent avant de poursuivre leur impressionnante route vers le Nord.Avec Si près, si loin, les oies blanches, une halte philosophicoéducative et sensorielle autour de ces majestueux oiseaux, le communicateur scienti?que Gérald Baril nous fait un superbe cadeau : il nous offre les clés pour apprécier davantage le spectacle.De l\u2019île d\u2019Orléans au Nunavut, aux côtés de biologistes, de poètes et d\u2019ornithologues amateurs, il remonte le cours des saisons dans leur sillage en nous ancrant dans notre territoire.Un livre refuge, qui fait l\u2019effet d\u2019une couverture de laine bien chaude pour les jours où l\u2019on a besoin de douceur.Si près, si loin, les oies blanches, par Gérald Baril, XYZ éditeur, 334 p.R E G A R D E R Plus blanc que blanc Après avoir lu The Clean Body: A Modern History, on peut assurément dire qu\u2019en matière de propreté on est parti de très loin.Il n\u2019y a pas si longtemps encore, les gens se lavaient rarement.Le livre de Peter Ward, professeur émérite d\u2019histoire de l\u2019Université de la Colombie-Britannique, est une immersion déstabilisante dans l\u2019évolution de la propreté au ?l des âges.Des dé?s sanitaires causés par la saleté à l\u2019émergence du savon en passant par les transformations de l\u2019hygiène à domicile (comme la création de la salle de bain privée), The Clean Body surprend par ses anecdotes et amuse par son ton.Une saucette bien documentée qui gratouille par moments tant elle revient sur une réalité aux antipodes de la nôtre ?surtout en ces temps de lavages de mains compulsifs.The Clean Body: A Modern History, par Peter Ward, McGill-Queen\u2019s University Press, 314 p.Les bactéries contre-attaquent Les spécialistes estiment que, d\u2019ici 30 ans, si nous n\u2019intervenons pas, une autre crise sanitaire massive sera à nos portes : la résistance aux antibiotiques, qui pourrait entraîner la mort de plus de 10 millions de personnes chaque année.Puisqu\u2019il est toujours rassurant de voir l\u2019ennemi venir, pourquoi ne pas se plonger dans le documentaire La vérité sur les superbactéries ?En une heure, le journaliste britannique Michael Mosley nous fait visiter des laboratoires où des chercheurs tentent de trouver les remèdes de demain (chez les fourmis, qui sait !), teste des antibiotiques prometteurs, découvre qu\u2019il est lui- même l\u2019hôte d\u2019une souche résistante de E.coli et nous fait prendre conscience de notre exposition bien involontaire aux antibiotiques dans notre environnement.Un documentaire limpide et urgent, sans être alarmiste.La vérité sur les superbactéries, le 25 septembre à 21 h sur ICI Explora.\u2022 IMAGE : BBC LIRE De bien bonnes colles Vous aimez les devinettes ?ARTE vous en propose une ?ne sélection avec sa websérie Reconnexion.Et elles ne sont pas piquées des vers ! Quel est le lien entre une baguette de pain et le séquençage du génome ?Un poisson-zèbre et le sommeil ?Le sang et un ver marin ?C\u2019est à découvrir dans ces capsules décontractées où notre quotidien s\u2019arrime à la science.En prime, chaque sujet dévoile le travail d\u2019un scienti?que ?toujours fort sympathique ! ?et l\u2019une de ses trouvailles.Parions que vous trouverez là une brillante colle à tester à votre prochain apéro.Reconnexion, capsules d\u2019environ 7 minutes chacune, www.arte.tv TT TTT {5 7 YAN ON > 5 © el a e 4 A i Al { HEE, (ESE Sass 0 tas GEL UE AVE HLL IR Lh = Vélo Québec ONSIEEELE | ATU® Gh SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 49 a reprise des classes cet automne se fera sans doute dans une ambiance de fébrilité, d\u2019angoisse et de renouveau.La pandémie dominera peut-être les conversations de couloir, mais bien vite le français et les mathématiques reprendront leurs droits.Il y aura bien quelques notions liées aux changements climatiques, mais leur enseignement se révèle très variable d\u2019une province canadienne à l\u2019autre.C\u2019est ce qu\u2019a montré une étude signée par un duo de chercheurs de l\u2019Université de la Colombie-Britannique et de l\u2019Université de Lund, en Suède, parue dans la revue savante PLOS ONE en 2019.Qui sont les champions de cet apprentissage au pays ?Je vous le donne en mille : la Saskatchewan ! Les chercheurs ont analysé les curriculums d\u2019enseignement secondaire de chaque province en matière de changements climatiques à partir de six critères : les connaissances de base sur le climat ; les observations quant aux augmentations des températures globales ; les causes anthropogéniques du réchauffement ; le consensus scienti?que ; les effets négatifs liés au réchauffement planétaire ; et les solutions permettant d\u2019éviter le pire.Les résultats obtenus sont des plus intéressants, voire surprenants.Tout d\u2019abord, les écoles secondaires de l\u2019ensemble des provinces du pays mettent surtout l\u2019accent sur les trois premiers critères, en s\u2019arrêtant peu aux autres, particulièrement aux solutions.La Saskatchewan aborde l\u2019ensemble des six critères, alors que l\u2019Ontario en aborde cinq de manière complète.Et le Québec ?Il arrive au quatrième rang, après Terre-Neuve-et-Labrador.Le programme québécois couvre cinq des six critères d\u2019analyse, mais à divers degrés.Il peut paraître contre-intuitif que la Saskatchewan fasse ?gure de bonne élève compte tenu de son économie pétrolière et de son penchant politique conservateur.Mais à la suite d\u2019entrevues réalisées auprès des responsables des programmes d\u2019enseignement sur les changements climatiques, les chercheurs ont montré que les programmes ne sont pas in?uencés par les pressions politiques.Pour preuve, l\u2019Alberta, autre province pétrolière, occupe un meilleur rang que la Colombie-Britannique, province pourtant progressiste en matière d\u2019environnement.En fait, le principal déterminant de la qualité de l\u2019enseignement des sciences climatiques au secondaire serait l\u2019âge des programmes scolaires, les plus anciens se trouvant au Manitoba (2001) et au Nouveau-Brunswick (2002) ?provinces au bas du classement de l\u2019étude.Le curriculum du Manitoba encourage même le débat sur la question climatique, en plus de diriger les élèves vers l\u2019organisation Friends of Science, pourtant reconnue pour ses positions climatosceptiques ! Mais au-delà de la compétition entre les provinces, la priorité ne devrait-elle pas être d\u2019offrir, à l\u2019échelle nationale, un enseignement des changements climatiques fondé sur des sources scienti?ques solides ?Et s\u2019il doit y avoir quelque débat que ce soit, celui-ci ne devrait-il pas porter sur les meilleures pistes de solution pour endiguer la crise ?Aux États-Unis, la National Oceanic and Atmospheric Administration a conçu un coffre à outils pour les enseignants désireux que leurs élèves acquièrent les connaissances et compétences nécessaires face aux enjeux climatiques.Environnement Canada s\u2019est penché sur un outil légèrement similaire par le passé, traitant des sciences atmosphériques sans nécessairement être voué à la question du réchauffement planétaire.Malheureusement, le tout se trouve aujourd\u2019hui sur une page Web vétuste et\u2026 archivée.Concevoir de tels outils ne garantit toutefois pas leur adoption par les écoles.Déjà, bien des matières peinent à s\u2019imposer dans un programme scolaire où les mathématiques et le français se taillent la part du lion.Dans un reportage publié dans ces pages en septembre 2019, le journaliste Joël Leblanc faisait état des dif?cultés liées à l\u2019enseignement des sciences, notamment au secondaire, où les enseignants ont un corpus de connaissances considérable à maîtriser.Alors qu\u2019à mon époque (cela ne me rajeunit pas !) on suivait des cours d\u2019écologie, de biologie, de physique et de chimie, les élèves d\u2019aujourd\u2019hui touchent à toutes ces disciplines sous le chapeau du cours général de science et technologie.Dans le lot, on traite aussi de notions relatives aux changements climatiques (ce dont je n\u2019ai pas béné?cié à l\u2019adolescence ; on parlait plutôt de pluies acides).Mais comment s\u2019assurer que la question climatique tire son épingle de ce jeu pédagogique déjà très rempli ?Son intégration à l\u2019ensemble des matières serait-elle une solution viable ?C\u2019est le pari qu\u2019a fait l\u2019Italie.À partir de la rentrée 2020, ses écoliers passeront une heure par semaine à en apprendre davantage sur les changements climatiques et l\u2019environnement.Dans un deuxième temps, toutes les disciplines scolaires devront aborder le sujet d\u2019une façon ou d\u2019une autre.Devrait-on s\u2019en inspirer ?Dif?cile pour moi de prétendre avoir une solution toute faite face à une situation complexe et à une charge d\u2019enseignement déjà lourde.Il me semble toutefois évident qu\u2019il sera dif?cile d\u2019évacuer cette ré?exion profonde compte tenu de l\u2019étendue des effets des changements climatiques sur l\u2019ensemble des sphères de notre société.Si l\u2019on ne s\u2019y attaque pas, il ne faudrait pas s\u2019étonner que ce soit les élèves eux-mêmes qui nous poussent à faire mieux ! Cancres du climat L Les opinions exprimées dans cette chronique n\u2019engagent que leur auteur.JEAN-PATRICK TOUSSAINT @JeanPatrickT Anthropocène IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 50 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2020 RÉTROVISEUR L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME SEPTEMBRE 2020 | QUÉBEC SCIENCE 51 et de l\u2019Amérique Au cœur du Québec Un concours pour les classes, les jeunes et les adultes 23 septembre 2 020 Journée nationale Je lis la science ! 5 000 $ de livres et magazines* Prix à gagner GRAND PRIX Un bon d\u2019achat de 1 000 $ chez leslibraires.com pour la classe gagnante PRIX SECONDAIRES \u2022 Quatre prix d\u2019une valeur de 500 $ chacun pour les classes \u2022 Cinq prix d\u2019une valeur de 200 $ chacun pour les jeunes en participation individuelle \u2022 Cinq prix d\u2019une valeur de 200 $ chacun pour les adultes en participation individuelle * Les prix sont tirés au hasard parmi toutes les inscriptions reçues dans chaque catégorie.Les lots de livres et magazines sont faits en fonction du niveau scolaire ou de l\u2019âge des gagnants.Une présentation du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada Participez en classe Le 23 septembre*, les jeunes, les adultes et les classes des écoles primaires et secondaires canadiennes sont invités à consacrer un moment de la journée à des lectures scientifiques : \u2022 livre documentaire \u2022 magazine de vulgarisation scientifique \u2022 roman de science-fiction \u2022 BD sur un thème scientifique \u2022 biographie d\u2019un chercheur \u2022 etc.Détails du concours et inscriptions : www.jelislascience.com * Pour tenir compte des contraintes possibles des enseignants, la période de lecture pourra être tenue le 22, le 23 ou le 24 septembre.Joignez-vous au mouvement ! En 2019, plus de 45 000 participants on t lu la scien ce ! L\u2019an 2050 Un récit interactif qui nous projette dans un Montréal où l\u2019être humain doit survivre aux conditions environnementales hostiles.onf.ca/bulle "]
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