La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1 janvier 1960, Janvier
[" MONTREAL, JANVIER 1960 POPULAIRE LE MAGAZINE DE LA CANADIENNE 20 i cents la mode \" Populaire Tout est blanc .même la mode par SOLANGE CHALVIN Pour vous enchanter, l Mesdames: Alain Delon n roman d'amour complet : Le Prisonnier de Marie-Louise par DENYSE MAI îs chroniques de Francine Montpetit-Poirier et de Michelle Tisseyre PARIS ACCLAME UNE 1)ES FEMMES LES PLUS CHARMANTES DU MONDE M -\t¦ » K« ¦i?wm T; l tffj\u2019BtÇ.'5; , », JACQUELINE HUET\u2014Adorable, belle et pourtant si active! Maman dévouée d\u2019une petite fille, elle est également une actrice pleine de talent et une personnalité de la TV.L\u2019oeuvre qui lui inspire le plus de fierté est un programme pour enfants dont elle est l\u2019auteur et qu\u2019elle présente à la télévision.'\u2019Je ne dois jamais me montrer fatiguée,\u2019\u2019dit-elle \"aussi j\u2019ai recours au Cold Cream Pond\u2019s.Son action magique semble m\u2019apporter une détente bienfaisante \u2014 il garde ma peau douce et veloutée toute la journée.\u201d Elle est très occupée.pourtant elle reste belle.avec Pond\u2019s JACQUELINE HUET nous dit: \"Pond\u2019s embellit tout en nettoyant!\u201d Avec cette seule préparation, vous ne serez jamais trop affairée pour rester en beauté.Cette crème merveilleuse rafraîchit chaque pore de la peau qu\u2019elle nettoie et revitalise profondément.Nourrissante, son action hydratante persiste longtemps.Les petites rides s\u2019effacent car elle agit directement sur les cellules desséchées.Votre épiderme reste doux et satiné.Votre teint se revêt d\u2019une nouvelle fraîcheur et d\u2019un éclat incomparable\u2014comme celui de Jacqueline Huet.Employez le Cold Cream Pond\u2019s comme démaquillant le soir\u2014 pour revitaliser voire peau sous le maquillage durant le jour.VOICI LE COLD CREAM POND'S EN UN POT DE FORME NOUVELLE.29i, 59i, 98{, $1.50 3 LA REVUE POPULAIRE TIRAGE : 108,000 \u2022 SOMMAIRE JANVIER 196 0 53e année, No 1, montréal / Mademoiselle \" Populaire \u201d se renseigne Les religieuses italiennes ont leurs deux premières soeurs pilotes.4 Le Gallup de la beauté.4 Parfum .Matt Talbot sera-t-il le saint des ivrognes repentis ?\t4 L\u2019eau fait du bien à votre corps.5 Portez hardiment vos lunettes.5 Chroniques Ce dont on parle, par Francine Montpetit-Poirier 6 Rendez-vous avec Michelle Tisseyre.8 Cuisine pour vous.et pour moi par Gisèle Papineau 20 Les travaux féminins : Parure de table à café .\t.\t30 La Boutique \" Populaire \u201d.32 Articles Alain Delon vous enchantera, Mesdames, par son \" regard qui vient d'ailleurs.\u201d, par Gérard Desternes 10 Ah,\tces complexes\t!.11 La mode Populaire \u201d : Tout est blanc .même la mode.par Solange Chalvin 12 Charles Mellis travaille à ses Mémoires .farcis de recettes .16 ¦\tPetite cuisine tous-services \u2014 Grande cuisine familiale .24 Roman \" Le Prisonnier de Marie-Louise \u201d par Denyse Mai 18 Divertissements Mots Croisés.42 Directeur : Charles Lafrenière Rédactrice-en-chef : Francine Montpetit-Poirier Bureau de rédaction Solange Chalvin \u2014 Mode Jacques Coulon \u2014 correspondant Louise Gilbert-Sauvage \u2014 correspondante à Hollywood Robert Millet \u2014 La femme devant la loi Francine Montpetit-Poirier \u2014 Ce dont on parle Michelle Tisseyre \u2014 Rendez-vous avec .Gisèle Papineau \u2014 Cuisine Gizèle Saint-Pierre \u2014 secrétariat Notre rubrique La petite kermesse \"Populaire\u201d n\u2019a aucun caractère publicitaire.Elle ne vise qu\u2019à attirer l\u2019attention de nos lecteurs sur des produits susceptibles de les intéresser.Les prix mentionnés le sont uniquement à titre Indicatif.LES PUBLICATIONS POIRIER.BESSETTE & CIE, LTEE Membres de l'A.B.C.et de l'Association des Editeurs de Magazines du Canada LE SAMEDI \u2014 LA REVUE POPULAIRE \u2014 LE FILM 975 * 985, rue de Bullion, Montréal 18, P.Q., (Canada) Tél.: UN - 1 - 5757* GEORGES POIRIER.Président GEORGES POIRIER, fils.Vice-président CHARLES SAURIOL, Chef de b publicité ODILON RIENDEAU.Chef du tirage ABONNEMENT A \"LA REVUE POPULAIRE\" Canada 1\tan .2\tans .$ 1.50 2.50 AU NUMERO : 20 CENTS Etats-Unis 1\tan .2\tans .$ 2.00 3.50 Published monthly at Montreal, P.Q.Second class postage paid at Saint Albans, Vermont.Autorisé comme envol postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa.\"Maman la dit \u2014 si tu as le rhume et la fièvre, couches-toi.et elle fera venir le médecin.\" * Eu -Heu\" PRENEZ GARDE À L\u2019HIVER! Un rhume accompagné de fièvre est signe de danger .souvent un avertissement de pneumonie ou d\u2019autres complications graves.N\u2019encourez jamais de COPYRIGHT CANADA I9U\u2014METROPOLITAN LIFE INSURANCE COMPANY Metropolitan Life Insurance Company 0COMPAGNIE À FORME MUTUELLE) Siège Social: New York Direction Générale au Canada: Ottawa risques avec un rhume \"fiévreux\u201d Mandez votre médecin .ne vous fiez pas aux remèdes improvisés.Pour obtenir les meilleurs résultats, il devra prodiguer ses soins sans tarder.COLLEZ LE COUPON SUR UNE CARTE POSTALE Metropolitan Life Insurance Company, Direction Générale au Canada, Ottawa 4, Canada.Veuillez m\u2019envoyer un exemplaire gratuit de votre brochure intitulée: \u201c Veillez sur votre santé\u201d, 10-Z.Nom (en moulé s.v.p.) Rue Ville & Zone Prov.198760 4 La Revue Populaire MADEMOISELLE \"POPULAIRE\" SE RENSEIGNE \u2022 Les religieuses italiennes ont leurs deux premières soeurs pilotes Deux soeurs de charité italiennes viennent d\u2019obtenir leur brevet de pilote.Ce sont les premières religieuses d\u2019Europe à avoir été autorisées à fréquenter les écoles d\u2019aviation.L\u2019idée est de Mgr Battagliari qui prépare les missionnaires pour leurs diverses tâches en Extrême-Orient.Jusqu\u2019à présent, le plus grand obstacle rencontré par les missionnaires dans l\u2019exercice de leur sacerdoce était la jungle.Leurs seuls moyens pour lutter contre l\u2019immense muraille verte était la rapière et le sabre d\u2019abatis.Le Père Aurelio Cannizzaro, spécialiste de l\u2019Asie, proposa le premier l\u2019emploi de l\u2019hélicoptère, ses supérieurs adoptèrent l\u2019idée avec enthousiasme et créèrent à Turin le Centre international d\u2019aviation et de motorisation des missions.Actuellement, onze missionnaires son : inscrits aux cours de l\u2019Aéroclub e\u201e deux soeurs de charité se sont ajoutées à leur groupe.Elles ont passé la visite psycho-physiologique de rigueur et ont dû, pour l\u2019occasion, reprendre leur véritable nom.Seule exception aux règlements de l\u2019aviation civile, elles ont été autorisées à garder leur robe monastique au cours de leur entraînement.Toutes deux petites et fragiles d\u2019aspect, elles n\u2019ont manifesté un réel embarras que le jour de la passation de leur brevet.Ce jour-là, en effet, selon la tradition, elles ont dû boire un grand verre d\u2019alcool avec le personnel de l\u2019aéroport.© Le Gallup de la beauté Selon un sondage Gallup effectué dans douze pays, les femmes italiennes sont les plus belles du monde.Les Françaises viennent en seconde place, puis les Suédoises, les Espagnoles et les Américaines.Les Anglais se sont montrés très, très mécontents de ce résultat, dans lequel les femmes de leur pays ne se trouvent pas classées.Daily Express, notamment, a exprimé toute sa rancoeur : « Le Gallup », écrit ce journal, « a prévu que Dewey deviendrait président des Etats-Unis, lorsque Truman fut élu à la présidence ».Et le journal britannique explique que les enquêteurs du présent Gallup ont interrogé un secteur du public affecté à la fois d\u2019anglophobie et de troubles de la vue.Le plus curieux est que les Italiens eux-mêmes se montrent perplexes devant ce Gallup.Si la plupart des pays, se demandent-ils, estiment que nos femmes sont les plus belles, comment se fait-il qu\u2019aucune n\u2019ait jamais pu remporter un concours international de beauté ?Quant au Daily Express, il pose certaines questions troublantes : « Qui est le mannequin le mieux payé en Amérique ?Ann Gunning u-e Anglaise.Qui est l\u2019étoile la plus payée ?Notre Elizabeth Taylor.La femme qui a épousé l\u2019homme le plus riche d\u2019Europe ?L\u2019Anglaise Fiona Campbell, devenue baronne Thyssen.» © Parfum Votre parfum, bien choisi, peut devenir un très important élément de charme.Il doit faire partie de votre personnalité comme la couleur de vos yeux ou celle de votre sourire.Il faut qu\u2019on le perçoive, non comme une essence venue de l\u2019extérieur et qu\u2019il vous serait loisible de changer à l\u2019instar d\u2019un vêtement, d\u2019un bijou, d\u2019une fouirure, mais comme une émanation de vous-même, si intimement intégrée à vous qu\u2019on ne puisse vous concevoir sans votre parfum ou exhalant un parfum différent, ni concevoir détaché de vous ce parfum.Un homme ne remarque pas, ou i] oublie, telle robe qui pourtant vous seyait à merveille.Il peut vous imaginer avec telle coiffure ou telle autre.Mais lorsqu\u2019il songe à vous, il vous évoque toujours enrobée de votre parfum.C\u2019est dire l\u2019importance d\u2019un choix qui vous suivra toute la vie peut-être, des années au moins.Car changer de parfum équivaut presque à changer de visage.Mais.Lequel adopteriez-vous ?\u2014 Existe-t-il des règles générales qui vous permettent de guider votre goût hésitant ?Fort peu : les parfums forment un mystérieux composé avec chaque épiderme et tel qui s\u2019exaltera chez celle-ci, tournera chez cette autre, se vola-tisera chez une troisième.Ainsi, chacune aura son parfum propre, né de la mystérieuse alliance entre sa peau et la création du parfumeur, mais il est presque impossible de décréter par avance que certaines catégories d\u2019essences conviennent à certaines femmes.Il est quelques lois, pourtant, relatives, inconstantes, qui se peuvent formuler.C\u2019est ainsi que les parfums frais, floraux, adoucissent le charme « accentué » des brunes à carnation soutenue, tandis que les parfums chauds, capiteux, à base d\u2019ambre, de musc, exal- tent le brin de fadeur des blondes à carnation claire ; et ceci, contrairement à l\u2019opinion répandue que les brunes appellent le feu des parfums violents, les blondes la fraîcheur des parfums légers et piquants.Les senteurs ambrées, musquées, amplifient l\u2019odeur de celles qui les portent, et les rousses devront parfois les éviter.Quelques parfums seront choisis en raison de leur réputation : le romarin est stimulant ; la vanille, le thym, la rose, le santal, pédisposent, dit-on, aux ardeurs amoureuses.D\u2019autres accordent leurs harmoniques avec les différentes saisons : frais, fleuris, ils répondent à la légèreté de l\u2019été ; lourds et capiteux, ils s\u2019épanouissent dans le froid, au milieu des fourrures et des lainages.Ces suggestions vous guideront peut-être sommairement.mais en réalité, votre meilleur guide ne pourra être que vous-même.Etudiez les parfums que vous souhaitez adopter.Laissez votre épiderme les goûter, en faire la connaissance avec patience.N\u2019en décidez jamais l\u2019achat sur-le-champ.Priez votre vendeuse de vous en vaporiser quelques gouttes sur les veines du poignet, par exemple.Voyez, dans les heures qui suivent, s\u2019ils tiennent sur vous ou s\u2019ils s\u2019évaporent, s\u2019ils se dénaturent ou s\u2019ils développent leur fragrance, s\u2019ils s\u2019endorment ou s\u2019ils se réveillent.et, surtout, s\u2019ils vous plaisent.L\u2019essai ne vous satisfait pas ?Recommencez le lendemain avec une nouvelle essence.Votre parfumeur, qui connaît son métier, ne vous en voudra pas.Au contraire.Qu\u2019est-ce que quelques gouttelettes perdues ?Il sait que vous lui reviendrez quand vous aurez trouvé le compagnon que votre odorat.et votre épiderme auront su conjointement « reconnaître ».L\u2019art de se parfumer Votre parfum une fois élu, sous quelle forme l\u2019utiliser ?Les bons parfumeurs préparent maintenant les essences dans toute la gamme des produits de toilette.Parfum, d\u2019abord, le plus fort, le plus concentré, qui sert de base aux autres produits.Ne l\u2019appliquez pas directement, vaporisez-le, façon à la fois plus pénétrante et plus économique de l\u2019utiliser.\u2014 Où vous parfumer ?Sur les cheveux, dans le cou ?Non ! De préférence aux points de pulsation : veines du poignet, de la gorge ; aux centres de chaleur :\tcreux du coude, des genoux, paumes des mains.Mais pas derrière l\u2019oreille ; votre parfum doit vous précéder, non vous suivre.Il doit « tenir » en moyenne trois ou quatre heures.Mais il se peut qu\u2019il se dérobe plus tôt.Pour rester parfumée toute la journée, quand vous ne rentrez pas chez vous, ayez à portée de main un petit vaporisateur de sac.N\u2019oubliez pas que la chaleur intensifie les senteurs, que le froid les dissipe.Parfumez-vous plus en hiver.En été, soyez discrète.Si votre parfum vous semble un peu accentué pour la saison et que vous n\u2019aimiez point en changer, préférez-lui, pendant les mois chauds, l\u2019eau de Cologne ou de toilette, assorties, que préparent tous les parfumeurs de classe.Enfin ne vous aspergez jamais violemment :\tsuggérez, n\u2019imposez pas.L\u2019odorat (des autres) est un sens délicat ! \u2014 Faut-il parfumer vos vêtements ?Parfois, oui ; généralement, non.Certains extraits se décomposent sur les vêlement, ceux-là mêmes qui, sur vous, vous enchantaient.Vous pouvez cependant donner à vos vêtements, à vos fourrures, un léger souvenir de votre parfum, souvenir d\u2019autant plus attachant qu\u2019il ne risque point d\u2019êire ni dénaturé ni trop intense, en les parfumant indirectement ; par exemple, en suspendant vos effets sur des cintres-sachets (ces cintres dont l\u2019armature de bois ou de métal est enveloppée d\u2019une couche d\u2019ouate, elle-même recouverte de soie ou de \u2022 mousseline) que vous vaporiserez de temps à autre.En rangeant vos gants, écharpes, mouchoirs, dans des sachets parfumés.En accrochant vos flacons vides, tant qu\u2019ils sont encore odorants, dans vos armoires à robes, ou en les glissant dans vos sachets à linge.Un effluve doit insinuer, non affirmer.Eau de toilette, plus légère, que vous utiliserez non pas en des points d\u2019élection, comme le parfum, mais comme base parfumée pour tout le corps.Frictionnez-vous après votre bain ou vaporisez votre corps, encore humide, pour que la senteur s\u2019évapore réellement dans la peau et semble faire partie de vous-même.Eau de Cologne, dont la teneur en alcool est variable et qui représente la I forme la moins concentrée.Elle remplace l\u2019eau de toilette quand celle-ci n\u2019existe pas dans votre parfum.Certaines maisons la préparent aussi sous une forme solide, très pratique pour le voyage ou le sac.L'eau de Cologne trouve sa place à tous les instants de la vie quotidienne : pour vous rafraîchir le front, les poignets, quand vous avez chaud (sauf en plein soleil) ; pour refaire votre mise en plis (si vos cheveux sont plutôt gras) ; pour assécher vos mains lorsqu\u2019elles sont moites, vos pieds lorsqu\u2019ils sont las ; pour parfumer l\u2019eau de rinçage de votre linge de corps qui en restera imprégné (quelques gouttes suffisent) ; pour répandre son arôme dans vos placards, tiroirs, etc.\t| Sels ou huiles de bain, qui aromatiseront votre corps ; sachets parfumés, que vous glisserez entre vos draps ou votre linge personnel ; parfois même, savons et poudres préparés par le même parfumeur.De toute façon, si vous ne trouvez pas la gamme complète dans le parfum de votre choix, ne choisissez jamais une eau de Cologne, ou de toilette, qui jure avec celui-ci.© Matt Talbot sera- t-il le saint des ivrognes repentis ?Un prêtre de New-Jersey, le Père Albert Dolan, va se rendre à Rome pour demander au pape la béatification de Matt Talbot, un obscur fermier irlandais devenu l\u2019espoir des « Alcooliques Anonymes » américains.Le prêtre apportera avec lui des milliers de lettres de ce genre : « Mon mari a entièrement cessé de boire depuis que j\u2019ai glissé une relique de Matt Talbot sous son oreiller ».Le Père Dolan préside la Légion Matt Talbot, connue aux Etats-Unis Montréal, janvier 1960 5 MADEMOISELLE \"POPULAIRE\" SE RENSEIGNE sous le nom de Société des Alcooliques Anonymes, et dans laquelle tous les membres s\u2019entraident pour se guérir de l\u2019alcoolisme.Matt Talbot, devenu leur saint patron avant même sa béatification, était un simple fermier qui se guérit lui-même de la boisson après 16 ans de beuveries ininterrompues.Lorsqu\u2019il mourrut, à l\u2019âge de 69 ans, on trouva sur lui une chaîne d\u2019acier qu\u2019il avait scellée lui-même autour de son corps.Une autre de ses pénitences consistait en un lit de fer sans autre confort qu\u2019un traversin de bois, qui est encore conservé à l\u2019église Ste-Cécile d'Englewood, dans le New-Jersey.C\u2019est là que des prières sont actuellement dites pour la béatification du buveur irlandais qui fut jeté à sa mort à la fosse commune.\u2022 L\u2019eau fait du bien à votre corps Voulez-vous vous détendre, vous rafraîchir, vous tonifier, rajeunir votre visage, raviver votre teint ?Voici de l\u2019eau, qui, sous forme de bain, de douche, de pulvérisation, de compresse, de bain de vapeur, viendra à votre secours.Chaude, pour détendre et préparer au sommeil ; froide, pour stimuler et donner un coup de fouet lorsque vous vous sentez fatiguée.L\u2019eau salée.\u2014 Une poignée de gros sel dans le bain tonifie l\u2019organisme.Une friction d\u2019eau salée (une poignée de sel dans 2 pintes d\u2019eau) effectuée en frottant le corps avec le plat de la main jusqu\u2019à évaporation, vous donnera un véritable coup de fouet, avant ou après un effort.Des compresses d\u2019eau salée très chaudes sur le visage, si vous avez la peau sèche ou déshydratée, provoquent un appel en surface qui rafraîchit et stimule (l\u2019eau doit être à saturation, c\u2019est-à-dire qu\u2019il doit rester un excès de sel après ébullition).L\u2019eau de pluie est, avec l\u2019eau de source, la meilleure amie de votre visage et de vos cheveux.Recueillez-la chaque fois que l\u2019occasion s\u2019en présente : en plaçant une cuvette sur un balcon, par exemple.Si vous sortez sous la pluie, ne craignez pas d\u2019offrir votre visage à l\u2019ondée ! Plus encore que par sa pureté, elle nettoie, elle douche, elle masse, elle réveille votre sang, elle raffermit vos chairs et éclaircit votre teint par l\u2019ardeur avec laquelle elle vous frappe.Les compresses Une simple compresse d\u2019eau chaude ou froide, selon votre tempérament, suffit à vous détendre si vous vous sentez lasse, à reposer vos traits avant une soirée ; la compresse sur les yeux est déjà reposante mais, en cas de frande fatigue, n\u2019hésitez pas à recourir aux compresses japonaises, surtout si vous ressentez une sensation de lourdeur à la tête, avec la nuque douloureuse et les membres pesants : vous tenez entre les deux mains les extrémités d\u2019une serviette pliée en deux dont vous trempez le milieu dans l\u2019eau bouillante ; puis vous tordez un peu cette serviette et vous la posez sur la nuque, aussi chaude que possible.Faites de même autour de vos poignets.En quelque minutes, vous aurez obtenu une complète relaxation musculaire et nerveuse.Josette Lyon.® Portez hardiment L\u2019épiderme est en renouvellement constant ; les cellules mortes, venues de la profondeur, sont poussées par les cellules jaunes vers la surface de la peau.Si la peau est propre, elles tombent ; sinon, les poussières de l\u2019air s\u2019agglutinent à elles et forment une couche qui empêche la peau de respirer.L\u2019eau ramollit les cellules mortes et facilite leur chute ; le savon les dissout et les fait glisser ; il est donc indispensable.Cependant, des brossages et savonnages trop répétés et trop vigoureux risquent de dissoudre l\u2019enduit gras qui protège la surface de la peau et de faire gonfler puis dessécher et se détacher les cellules cornées de l\u2019épiderme.Evitez tout excès.Contrairement à ce que pourrait faire croire une mode, d\u2019ailleurs en voie d\u2019extinction, l\u2019eau est nécessaire à tous les épidermes, même si l\u2019on croit ressentir, en se lavant le visage, une certaine irritation ou quelques tiraillements.Mais il faut savoir l\u2019utiliser.Chaude ou froide ?\u2014 Chaude si votre tempérament est nerveux, froide s\u2019il est lymphatique.vos lunettes Il fut un temps où la femme qui portait lunettes était considérée comme une vieille dame ou une « institutrice » ! Aussi les jeunes femmes dont la vue était défectueuse préféraient-elles, sacrifiant le confort à la coquetterie, « se débrouiller sans verres » : c\u2019est-à-dire promener à travers le monda un regard clignotant, lointain et inexpressif.Il en va tout autrement aujourd\u2019hui.Les lunettiers ont compris que les lunettes devaient se faire oublier ou même mettre en valeur le visage et les yeux.Ils offrent toute une gamme de montures si discrètes qu\u2019elles en deviennent presque invisibles, ou de formes si gracieuses, de matériaux si élégants, qu\u2019elles se transforment en objets d\u2019art : ornements et non plus repoussoirs » ! Si donc votre vue laisse à désirer, et si vous n\u2019êtes pas tentée par les verres de contact ou les lentilles cornéennes, n\u2019essayez pas de vous passer de lunettes : votre vue \u2014 le plus précieux des biens \u2014 en pâtirait, votre beauté aussi.Rien n\u2019est moins élégant que de plisser les yeux pour essayer d\u2019y mieux voir ; de plus, cela favorise la naissance des rides.De nombreuses vedettes l\u2019ont compris et chaussent lunettes sans fausse honte dans la vie courante.Faites-en hardiment autant et chassez le « complexe de la lunette s>.Vous ne serez pas enlaidie si vous savez choisir un maquillage spécial pour vos yeux et adapter vos montures à la coupe de votre visage.Les lunetiers ont compris que les lu-idéal pour de jolis yeux.Elles attirent sur eux l\u2019attention.Soulignés par les verres, ils deviennent le point de mire du visage.Aussi leur maquillage prend-il une importance primordiale.Vous devez vous habituer à employer fards, vaseline, crayon, même si vous les ignoriez auparavant.Epilez vos sourcils pour qu\u2019ils suivent la ligne des montures.Brossez-les et ombrez-les en appliquant d\u2019un trait léger le crayon à sourcils.Retroussez vos cils, vous éviterez de heurter vos verres.N\u2019hésitez pas à appliquer beaucoup de cosmétique, en remontant pour les cils de la paupière supérieure, en descendant pour ceux de la paupière inférieure.Vous donnerez ainsi de la profondeur et de l\u2019ombre à vos yeux, que les verres ont tendance à « aplatir ».Le cosmétique empêchera en outre les cils de s\u2019user ou même de se casser au contact continuel des verres.Votre fard à paupières rehaussera l\u2019éclat des yeux en teintant légèrement les paupières.Choisissez-le de teinte claire : bleu saphir, gris, et appliquez-le très parcimonieusement en l\u2019estompant avec le bout du doigt.Si vous êtes trop jeune pour ombrer vos paupières, enduisez-les d\u2019un soupçon de vaseline qui leur donnera du brillant sans les faire remarquer.Attention aux boucles d\u2019oreilles : portez-en de sobres et de discrètes, pour ne pas élargir te bas de votre visage.Et surtout, attention aux chapeaux ! Pas de formes excentriques, pas d\u2019« amusants petits bibis », de fleurs en cascade, de plumes en coup de vent, de tulles vaporeux.Préférez les modèles symériques, les coiffures inspirées des coiffures masculines : béret ou toque de juge, par exemple.Quant aux lunettes proprement dites, choisissez-les avec autant de soin que vous en apportez à choisir vos robes ou la coupe de vos cheveux.Vous gagnerez à faire beaucoup d\u2019essais ; le jeu en vaut la peine et vous ne trouverez pas toujours du premier coup monture à votre visage.Si vous ne voulez absolument pas avouer que votre vue n\u2019est pas parfaite (et pourquoi donc, d\u2019ailleurs?), vous pouvez porter, avec l\u2019accord de votre oculiste, des verres légèrement teintés qui feront croire que le soleil ou la lumière trop crue vous incommodent.Vous aurez en tout cas l\u2019avantage de reposer vos yeux et de n\u2019être point gênée pour lire ou travailler.Verres transparents ou verres teintés, les montures qui les maintiennent laisseront voir ou suivront la ligne des sourcils et des yeux.Elles ne couperont jamais l\u2019angle extérieur des yeux : si ceux-ci sont trop encadrés, ils paraissent plus petits ou trop rapprochés.Peut-être avez-vous intérêt à assortir la teinte de votre monture à celle de votre peau ?Ou à celle de vos cheveux ?Ou même.de vos yeux, quand ceux-ci sont bleus ou verts.En général, toutefois, on la choisit la plus discrète possible.Voici quelques cas particuliers où vos lunettes vous aideront même à rectifier la forme de votre visage : Votre visage est trop rond : il évoque le cercle, vos joues sont pleines, votre nez et votre menton ronds.Portez de fines montures, aux lignes obliques, dans le sens ascendant, pour couper l\u2019impression circulaire donnée par vos traits.: a *%.\u2019¦ 2, s Il est trop carré : front aux lignes géométriques, mâchoire de largeur équivalente à celle des pommettes.Là, il vous faut au contraire donner un effet de courbes et une impression de hauteur au visage.Portez des verres et une monture presque ronds qui rallongeront celui-ci, par en haut ou par en bas.Il est trop rectangulaire : front haut et proéminent, joues longues et plates, si ce n\u2019est creuses, mâchoires légèrement carrées.Créez cette fois une illusion de largeur et n\u2019allongez pas davantage votre visage.Votre monture, assez épaisse, ne suivra pas de lignes ascendante et le bas en sera arrondi.Il est trop large du bas : front étroit, avec larges mâchoires et menton plein.Vous devez alors alléger la mâchoire inférieure et élargir le haut du visage vers les tempes.Votre monture, assez volumineuse, remontera vers l\u2019extérieur à partir de l\u2019angle externe des sourcils) pour donner de l\u2019importance à la partie supérieure du visage ; les verres seront de taille normale.Il est trop large du haut : petit visage au front large, aux joues pleines, au menton étroit et pointu, comme on en voit souvent aux jeunes personnes des dessins animés.Les lunettes s\u2019efforceront ici d\u2019estomper le volume des joues.Leur monture, plutôt étroite, aux branches pas trop écartées, épousera la ligne des sourcils et évitera tous angles aigus.Il est trop large du centre : front rétréci, menton ramassé et pointu, avec pommettes ou mâchoires proéminentes.Le but devient alors de vous élargir à la hauteur des sourcils, de vous affiner à la hauteur des pommettes, Prenez une monture large du haut et qui aille en diminuant vers le bas.Si vous avez le visage ovale, c\u2019est-à-dire en principe la ligne idéale, avec les pommettes bien dessinées et le menton plus étroit que le front, votre seul objectif sera de ne pas rompre cet équilibre harmonieux.La monture, doucement arrondie, suivra fidèlement la ligne de l\u2019oeil et du sourcil, sans la dépasser ; elle se fera discrète\u2019 transparente, effacée.Mieux vaut même qu\u2019elle n\u2019encercle pas le verre, mais le maintienne simplement à sa partie supérieure.Ce serait mentir de prétendre que les lunettes embellissent le visage.Mais elles peuvent lui donner du caractère.Et si elles ne le déparent plus, n\u2019est-ce pas déjà une victoire ? 6 La Revue Populaire e /Jo/it 0/1 par Jrahcihe ftich tpe tit-Poirier Depuis quelques années, les loisirs ont pris en regard de notre évolution sociale une énorme importance.Pour former une jeunesse saine et active, les entreprises se multiplient à qui mieux mieux, et il n\u2019est pas une localité prétendûment « à la page » qui ne songe sérieusement à posséder son propre centre adapté aux besoins et aux goûts de ses citoyens.La preuve est faite :\tdans un monde qu\u2019on qualifie volontiers de matérialiste, pour employer un mot à la mode, l\u2019évasion sous toutes ses formes est un dérivatif indispensable pour échapper aux pensées trop moroses ou aux tracas journaliers.A la radio et à la télévision, les discussions se poursuivent sur le sujet, prouvant que le problème est vraiment sérieux et qu\u2019on y attache une importance capitale.Certes, la jeunesse est bien servie de nos jours ! Il est donc entendu que les loisirs doivent jouer dans chacune de nos vies un rôle considérable.Personne ne devrait s\u2019astreindre à la tâche douze heures par jour sans prendre, une ou deux fois la semaine, quelques heures d\u2019indispensable détente.Puisqu\u2019on éduque la jeunesse en ce sens, il serait bon que les parents, les mères de famille surtout, prennent le pli.Je dis les « mères de famille » parce que ce sont elles qui hésitent le plus à abandonner la corvée journalière pour s\u2019offrir le congé dont elles ont tant envie au fond.Pourquoi sourit-on lorsqu\u2019il est question de loisirs féminins ?Sans doute parce que le sujet a été maintes fois caricaturé et qu\u2019il nous vient à l\u2019esprit l\u2019image d\u2019un groupe caqueteur réuni dans le but d\u2019entreprendre quelque grande tâche, pour ensuite l\u2019abandonner et se laisser aller à la médisance et aux racontars.Il existe pourtant à travers la province une quantité énorme d\u2019oeuvres charitables qui, grâce à des femmes énergiques et généreuses, ont prospéré et fructifié pour devenir des éléments indispensables de notre développement social.C\u2019est dans leurs heures de loisir que ces femmes ont posé les premières pierres de leurs entreprises.Elles n\u2019y ont pas été contraintes, personne ne les y a forcées, mais elles ont tout de même réussi à trouver le temps de s\u2019y adonner.Bien entendu, il existe mille et une façons d\u2019occuper ses loisirs.Les bonnes oeuvres en sont une, mais il en est d\u2019autres également qui enrichissent le coeur et l\u2019esprit et dont l\u2019utilité et la valeur ne ^auraient être contestées.Dénonçons pour commencer une faute grave, propre à nous, Canadiens-Français, une tare incompréhensible et révoltante : la peur de la culture.Dès qu\u2019il est question de littérature, d\u2019art, de peinture ou même d\u2019éducation dans le sens le plus restreint du mot, on recule, on cherche des excuses pour aller ailleurs jeter son dévolu.A-t-on jamais songé qu\u2019il est possible de combiner les deux, c\u2019est-à-dire divertissement et culture ?.qu\u2019il n\u2019est pas nécessaire de s\u2019abîmer dans les gros livres, de se donner des maux de tête à essayer de comprendre les grandes oeuvres, mais qu\u2019il suffit simplement d\u2019une curiosité toute naturelle pour sortir un peu de notre pitoyable léthargie ?Les contacts humains, par exemple, sont synonymes d\u2019enrichissement ; les conférences, les galeries d\u2019art qui poussent à Montréal comme des champignons, le théâtre, les concerts et même la radio et la télévision que l\u2019on ne ferme pas dès qu\u2019il est question de sujets sérieux, sont autant de facteurs qui peuvent contribuer à notre formation culturelle.Il vaut mieux cependant que cette formation soit dirigée et guidée.C\u2019est pourquoi des oeuvres comme L\u2019Accord, Le Conseil Féminin du Musée des Beaux-Arts, Le Conseil de la Citoyenneté, La Ligue de la Jeunesse Féminine.La Société d\u2019Etude et de Conférences, doivent éveiller chez nous un maximum d\u2019intérêt.\u2018ill K If* A la Galerie Wadaington, rue Sherbrooke, Jean-Jacques Gailliard exposait ses toiles les plus récentes.Finesse, délicatesse dans les tons, discrétion dans les lignes constituent les principales qualités du célèbre peintre belge.Il existe autour de ces mouvements une espèce d\u2019auréole qui fait dire à bien des femmes que leur place est ailleurs.Des préjugés comme ceux-là devraient disparaître.La volonté d\u2019apprendre est une raison suffisante pour consacrer ses heures de liberté à se meubler l\u2019esprit.Tout est dans ce désir, dans cette soif d apprendre.Nous aurons peut-être l\u2019occasion de détailler les grandes lignes de notre billet d\u2019aujourd\u2019hui.Qu\u2019il s\u2019agisse de littérature, de peinture, ou, dans un domaine tout à fait différent, d\u2019intégration, de contacts entre Canadiens et Néo-Canadiens, aucun de ces sujets ne peut nous laisser froids car ils signifient pour nous : évolution, avancement, développement, en un mot, maturité.De terre en vigne .Voici, à l\u2019occasion des réceptions qui se multiplient à cette époque de l\u2019année, quelques conseils sur l\u2019art de choisir les vins et liqueurs.« En définitive », dit.l\u2019Office Général des Grandes Marques, « le choix des vins relève de votre goût personnel.Cependant, le choix du vin approprié permet de rehausser le goût des mets ».On se pose souvent des questions sur la meilleure façon de déguster le précieux nectar.C\u2019est alors qu\u2019on vous donnera les directives suivantes.« Tout d\u2019abord, mâchez une petite bouchée de pain ou de fromage pour vous « préparer la bouche » et aiguiser vos papilles.Ne versez qu\u2019une petite quantité de vin dans votre verre, pour en libérer le bouquet et lui permettre de se développer.Humez-en la richesse ! Ensuite, tendez le verre à la lumière pour en admirer la couleur et l\u2019éclat.Enfin, dégustez lentement, à petites gorgées.vous en savourerez ainsi toute la richesse ! Pour jouir pleinement du bouquet, en servant les vins à la température appropriée, vous en développerez et en affirmerez le goût.Les vins blancs et rosés devraient être servis froids.Les mousseux sont meilleurs quand ils sont légèrement froids.Les vins rouges s\u2019épanouissent à des températures légèrement plus fraîches que celles des maisons canadiennes .Les salades et les plats assaisonnés de vinaigre ou de citron sont les ennemis du vin.Pour obtenir le maximum de satisfaction d\u2019un bon repas, contentez-vous d\u2019un apéritif pas trop alcoolisé.Servez les vins légers avant les vins plus lourds et corsés, jamais après.Pour finir, n\u2019oubliez pas que le champagne est le seul vin qui va avec n\u2019importe quel mets et qui peut se servir du hors-d\u2019oeuvre au dessert ! Musique Un couple de Québec a reçu une critique très favorable lors de son premier concert à Londres.Le Daily Mail rapporte que monsieur Victor Bouchard et son épouse, Renée Morrisset, ont créé une excellente impression à Wigmore Hall.Le couple joue des duos de piano.« Il a fait preuve d\u2019une sensibilité et d\u2019une virtuosité sans borne ».Le Daily Telegraph affirme que les deux Canadiens ont donné un récital Poulenc et Debussy de « très grand style, même si leur interprétation de Mozart et de Brahms n\u2019était pas de calibre égal ».Le Times souligne que la beauté exquise de leur tonalité, de leur touche et de leur tempérament s\u2019est manifesté dans leur interprétation de Poulenc.Voilà donc deux autres Canadiens qui nous font honneur à l\u2019étranger et qui se constituent ainsi ambassadeurs extraordinaires de notre art.Heitor Villa Lobos, éminent compositeur et chef d\u2019orchestre du Brésil, est décédé à la suite d\u2019une longue maladie.Monsieur Lobos avait dirigé les plus Montréal, janvier 1960 7 *4**' vjr- x >5 gauche.Le Théâtre du Rideau Vert annonce pour février ou mars une pièce de Solange Chaput - Roland, journaliste bien connue.Après Maurice Gagnon et François Moreau, madame Roland sera le troisième auteur d'origine canadienne à tenter sa chance au théâtre cette saison.A droite.Bernard, le coiffeur des vedettes de la télévision, a fait un voyage en France et en Italie afin de se documenter sur la nouvelle ligne.Nous le voyons ici en compagnie de la Princesse Ghislaine de Monaco et de monsieur Demonge, directeur de la maison Villamord de Paris.grands orchestres du monde avant de se retirer à Rio de Janeiro pour y diriger son propre orchestre.Il est l\u2019auteur de Femina, Jésus et Isaht ainsi que de nombreuses oeuvres symphoniques.Théâtre Julie Harris, l\u2019une des meilleures comédiennes des Etats-Unis, incarnera Juliette au cours du prochain Festival shakespearien de Stratford.Michel Langham, directeur artistique du Festival, fera la mise en scène de Roméo et Juliette dans lequel jouera Miss Harris.La décoration et les costumes seront de Tania Moise-witsch.Roméo et Juliette sera l\u2019un des trois spectacles de l\u2019été prochain : le nom des deux autres doit être annoncé prochainement.On croit que l\u2019un d\u2019entre eux sera Midsummer\u2019s Night Dream et que Julie Harris y jouera un rôle important.« C\u2019est pour moi la réalisation d\u2019un beau rêve », a révélé la comédienne.« La pièce est merveilleuse et il doit être extraordinaire de jouer Shakespeare avec une compagnie qui en a l\u2019habitude depuis longtemps.Ce travail sera une sorte d\u2019épreuve pour moi ».Littérature La plus haute distinction littéraire de France est le Prix Concourt qui, cette année, a été gagné par un jeune écrivain de 31 ans, monsieur André Schwartz-Bart.Son roman traite de la persécution juive à travers les âges et il a demandé quatre années de préparation.L\u2019histoire remonte à l\u2019an 1185, c\u2019est-à-dire au tout début d\u2019une lignée de Juifs justes et vertueux qui avaient pour mission de prendre sur eux les souffrances du monde.Le Prix Goncourt est de 5,000 francs, ($10.00), mais les droits d\u2019auteur qu\u2019il rapporte peuvent faire vivre un homme pendant longtemps ! Littérature enfantine L\u2019Association canadienne des bibliothécaires pour enfants a annoncé dernièrement _ les noms des ga- moot m mm Dans le cadre des loisirs intellectuels téminins s'inscrit en première place le Comité Féminin du Musée des Beaux-Arts.Voici quelques présidentes de Comité faisant partie de cette asso-.iation.(1) De qauche à droite, mesdames CHARLES TASCHEREAU et STIRLING MAXWELL, présidentes-conjointes de l'Eiécutif, madame MAURICE HUDON, conférences du mercredi ; madame LEO THIBAULT, Fête des Fleurs ; madame LOUIS LAPOINTE, thés du mercredi.(2) De qauche à droite, assises : madame ALLAN MAGEE, choix du collectionneur ; madams SLADEN HARRISON, comptoir du Musée ; madame KAY ARCHAMBAULT, films du mercredi.Debout : mesdames ANDRE MARCIL et V/M.B.LAMBERT, présidentes-conjointes des déjeuners.I gnants de son concours annuel.On sait que l\u2019Association se réserve le droit d\u2019offrir ce prix à la seule condition qu\u2019une oeuvre de réelle valeur ait été publiée au cours des douze derniers mois.Monsieur Marius Barbeau et mademoiselle Paule Daveluy avec, respectivement, The Golden Phoenix et L\u2019été enchanté se sont mérité cette récompense.Le but de l\u2019Association est « d\u2019encourager la publication au Canada de bons livres pour garçons et fillettes écrits par des Canadiens ».Au mois de juin, des médailles de bronze seront présentées aux vainqueurs lors du Congrès annuel de l\u2019Association.Monsieur Marius Barbeau, ex-directeur du Musée National du Canada, a écrit une soixantaine de livres, cent brochures et plus de 800 articles pour les journaux et les revues canadiennes.Il est âgé de 76 ans.Madame Daveluy est mère de famille, a écrit pour plusieurs revues de langue française et raconte dans son livre l\u2019histoire toute simple d\u2019une famille rurale.A la scène La saison canadienne du Rideau Vert s\u2019est ouverte avec une pièce de Maurice Gagnon, Edwige.Quinze jours après la première, le rideau tombait sur un spectacle qui aurait pu être un succès populaire malgré les mauvaises critiques.Et pourtant, le public a boudé un autre des spectacles du Rideau Vert.On peut se poser des centaines de questions au sujet de cette attitude négative qu\u2019a adopté le spectateur vis-à-vis d\u2019une troupe qui vit depuis déjà dix ans, a présenté plusieurs pièces de grande qualité, a essuyé comme toute compagnie dramatique qui se respecte des revers et des échecs, a offert aux Montréalais réputés difficiles et exigeants des chefs-d\u2019oeuvre telle La Reine Morte.Yvette Brind\u2019Amour n est pas chanceuse : la maladie, les problèmes financiers et tant d\u2019autres choses encore sont venues mettre des « bâtons dans les roues » et ont souvent sapé à la base les plus beaux projets, les plus belles entreprises.Pour mars, Yvette Brind\u2019Amour a annoncé une pièce de Solange Chaput-Rolland.Cette dernière en est à son second essai, je crois, et l\u2019expérience acquise peut lui être d\u2019une très grande utilité.La directrice du Rideau Vert a mis toute sa confiance en l\u2019oeuvre de madame Rolland et nous espérons qu\u2019elle sera partagée par les trop peu nombreux amateurs de théâtre.Une troupe ne peut marcher toute seule, à coups de miracles.Elle a besoin de soutien moral et financier.Qu\u2019attendons-nous pour les lui offrir ?Coiffure Bernard, le célèbre coiffeur des vedettes, a lancé la nouvelle ligne « cygne » dans le milieu artistique.Déj ' 8 La Revue Populaire 1 RENDEZ-VOUS MELLE TISSEVRE \u202253 Rarement nous est-il donné de connaître dans l\u2019intimité l\u2019une de ces célébrités qui défraient constamment les chroniques mondaines des journaux : stars, millionnaires, ou aristocrates.J\u2019ai eu, dernièrement, cette occasion, en rencontrant, et en voyant à plusieurs reprises, l\u2019une des plus célèbres et authentiques aristocrates romaines, de passage à Montréal, la Princesse Giovanna Pigna-telli.La Princesse, qui est dans la vingtaine et d\u2019une beauté classique de statue romaine est connue dans le monde entier pour ses réceptions fastueuses et son hôtel particulier, que l\u2019on dit le plus beau de Rome.J\u2019étais curieuse de me renseigner sur la façon dont vit la haute société romaine, sur ce que pensent, et ce que sont les femmes qui en font partie.HAYA HARAREET .la férocité d'Israël J\u2019ai constaté, tout d\u2019abord, que comme cous les gens bien nés.la Princesse Pignatelli est d\u2019une grande affabilité, et aussi d\u2019une grande simplicité.Je l\u2019ai vue parlant à un chauffeur de taxi, à son coiffeur, à des artistes, à des gens du monde.Avec tous, elle a le même ton cordial, où ne se devine à aucun moment la moindre attitude de condescendance.Pourtant, sa famille remonte à l\u2019an 1000, et elle compte parmi ses ancêtres Ferdinand Cortez, le conquérant du Mexique.Le Prince Albert de Belgique est maintenant son cousin, par son mariage avec la Princesse Paola, sa cousine, et le célèbre Prince Orsini, dont les amours avec l\u2019ex-impératrice Soraya ont fait couler tant d\u2019encre, est aussi son cousin germain.Peut-être précisément est-ce à cause de la noblesse de ses attaches familiales qu\u2019elle est dotée de cette grande simplicité, de cette grande gentillesse.Marcel Proust a merveilleusement étudié les mécanismes de la véritable aristocratie dans sa Recherche du Temps Perdu, expliquant la simplicité et le naturel des Guer-mantes, membres de la plus ancienne aristocratie française, et donnant les causes du snobisme des hoberaux et des nouveaux riches, dont la principale est certes le manque d\u2019assurance et de confiance en soi.Ajoutée à sa simplicité, j\u2019ai aimé, dans la Princesse Pignatelli, sa désarmante franchise.Comme il est rafraîchissant, et rare, de rencontrer des gens qui soient vraiment eux-mêmes, qui n\u2019essaient ni de vous épater, ni de créer sur vous une bonne impression, ni de se soustraire à un jugement défavorable.\u2014 J\u2019ai décidé sur un coup de tête de venir au Canada avec ma grande amie Dany Dauberson qui y partait.En deux heures, j\u2019avais téléphoné à Rome pour prévenir mon mari de ce déplacement, et je me trouvais dans l\u2019avion, armée d\u2019une valise à main contenant trois robes.Evidemment, mes deux enfants vont me manquer, durant ce mois d\u2019absence, mais je me rattraperai en les voyant plus longuement au retour.Certains trouveraient facile de critiquer cette attitude.Mais quelle différence y a-t-il avec les parents qui mettent leurs enfants pensionnaires pour un oui, pour un non ?Ils ne les voient guère plus ! J\u2019ai demandé à la Princesse si les dames de sa condition étaient très différentes de leur équivalent dans les autres pays.\u2014 La Romaine est extrêmement féminine.Elle passe des heures à soigner sa beauté, faisant venir la masseuse tous les matins, se faisant coiffer, manucurer les mains et les pieds régulièrement.Elle dort énormément, se levant rarement avant midi, comme VICKY AUTHIER La préférée des rois elle se couche généralement très tard, et faisant la sieste avant le dîner, de plus.Sa journée se passe à visiter les magasins, à se promener dans Rome, à retrouver des amis pour le déjeuner, le cocktail, le dîner, et à recevoir chez elle.Elle mène une vie oisive, elle aime le « farniente ».Je m\u2019étonne que l\u2019aristocratie italienne soit aussi riche.\u2014 Ce n\u2019est pas le cas de toutes les familles aristocratiques, mais nous sommes quand même beaucoup.Notre fortune provient des grandes propriétés foncières que nous exploitons avec nos métayers.J\u2019ai, pour ma part, de très grandes terres en Sicile, d\u2019où ma famille est originaire.Nous cultivons les raisins \u2014 les nôtres sont les premiers de la saison, et les meilleurs \u2014 les artichauts, d\u2019autres fruits et légumes.\u2014 On dit les paysans très pauvres en Italie.\u2014 Cela dépend des régions, me répond la Princesse Pignatelli, et des propriétaires aussi.Tous ne sont pas corrects avec leurs fermiers.J\u2019en connais même qui ont dû se défendre contre des véritables maffias, tellement les métayers sont insatisfaits.Ces propriétaires ont tort, évidemment.Nous, nous voyons à vendre nos récoltes au meilleur prix possible, et nos métayers touchent la moitié des profits, en plus de vivre gratuitement sur la terre.Nous n\u2019avons jamais eu d\u2019ennuis.\t\u2022 Les aristocrates romaines s\u2019intéressent-elles aux arts et aux lettres ?\u2014 En général, pas beaucoup, me répond la Princesse.Je sais par contre qu\u2019elle a elle-même décoré sa maison \u2014 en style Louis XV \u2014 et qu\u2019elle est un collectionneur accompli.\u2014 Leur arrive-t-il d\u2019avoir une carrière ?\u2014 En dehors de Simonetta Fabiani, qui a aujourd\u2019hui une maison de couture réputée dans le monde entier, et de quelques autres très rares exceptions, les Romaines de la haute société ne travaillent pas.Quels sont les goûts de la Princesse Pignatelli en matière de mode ?Je sais qu\u2019elle-même se fait habiller par Shubert, et qu\u2019elle a été nommée lTtalienne la plus élégante, Tan dernier.\u2014 La véritable élégance est à Paris.Mais nos couturiers sont excellents, surtout en ce qui concerne les robes et ensembles de grand soir.Les Romaines « sont élégantes, en général.Mais Rome est un grand village, vous savez, me dit-elle dans un soupir souriant.La société est très snob, très fermée.On voit toujours les mêmes gens, c\u2019est assommant.C\u2019est pourquoi nous voyageons tous tellement! \u2014 J ai souvent entendu dire que la société romaine était volontiers médisante, comme l\u2019est toujours le monde, peut-être, mais avec encore plus de malice.La Princesse Pignatelli, décrivant la magnifique réception qu\u2019elle donnait Tan dernier pour Soraya, Tex-impératrice d\u2019Iran, m\u2019en donne un magnifique exemple.\u2014 Pour ennuyer mes invitées, commence-t-elle, l\u2019oeil moqueur, j\u2019avais inscrit « robe de bal » sur l\u2019invitation, ce qui voulait évidemment dire robe longue.Or, les Romaines ont horreur de la robe longue.Moi, je les aime.Que de coups de téléphone ! « Ma chère, tu ne te rends pas compte ! il y a des années que je n\u2019ai plus porté de robe longue ! Change d\u2019idée ! » « Enfin, c\u2019est épouvantable ! Je vais devoir me commander une robe spécialement ! » « Mon couturier n\u2019aura jamais le temps de m\u2019habiller pour ta soirée ! », etc, etc ! J\u2019ai tenu bon.Le soir du bal, \u2014 exceptionnellement car à Rome on arrive deux heures en retard ou on ne vient pas, tout simplement \u2014 tout le monde arrive à l\u2019heure.Soraya, elle, est une demi-heure en retard.Moi, je ris tellement devant tous ces gens en grande tenue de soirée qui sont là, debout à attendre, que je m\u2019effondre dans un divan de la bibliothèque.Lorsque Soraya arrive, j\u2019entends un remous de rires dans l\u2019assistance : elle porte une \u201e robe courte ! Ah, ça, Rome n\u2019a pas encore fini d\u2019en faire des gorges chaudes ! Et une robe de taffetas vert ! Achetée en Allemagne .vous savez comment Montréal, janvier i960 9 on s\u2019habille en Allemagne ! La soirée a été un grand éclat de rire.Très réussie.La Princesse, avant de repartir à Paris et Rome, en riait encore.* * * Vicky Authier, la charmante chanteuse-pianiste qui a été surnommée « la préférée des rois », me disait aussi, lors de son dernier voyage, que d\u2019après son expérience, les grands sont toujours simples et aimables.« La Princesse Grace et le Prince Rainier, que je rencontre au moins tous les étés durant mes deux mois de vacances sont d\u2019une inconcevable délicatesse.Lorsque je débutai au St-Régis, l\u2019an dernier, le couple princier était à New-York.Il m\u2019envoya de merveilleuses fleurs.Et lorsque je les revis par la suite à Monte Carlo \u2014 où mon mari est le directeur du Casino et où j\u2019habite, par conséquent \u2014 Leurs Altesses m'apprirent qu\u2019elles avaient lu les critiques parues à mon sujet, à cette occasion, et me félicitèrent de nouveau ».Vicky Authier, qui chante en neuf langues et dont le dernier album de disques vient de paraître chez Capitol, est la protégée du Duc et de la Duchesse de Windsor.Celle-ci la fait coiffer par son propre coiffeur, le célèbre Alexandre de Paris \u2014 la conseille sur le choix de ses toilettes \u2014 généralement achetées chez Dior \u2014 et l\u2019invite souvent à chanter et jouer pour elle, lorsqu\u2019elle donne des réceptions.Mais Vicky a aussi chanté pour l\u2019ex-roi Léopold de Belgique et la Princesse de Réthy, pour la Princesse Margaret, et pour l\u2019ex-impératrice Soraya.* * * Non loin de Monte Carlo, et tout près de l\u2019Italie, se trouva la Corse, sur laquelle j\u2019ai appris des choses fort intéressantes en bavardant avec le chanteur corse, Jean-Marc, établi à Montréal depuis quatre ans.Saviez-vous, par exemple, que la Corse est depuis deux cents ans le lieu de villégiature de prédilection des Anglais ?La Reine Elizabeth s\u2019y est arrêtée lors d\u2019un récent voyage en yacht, et la Princesse Margaret l\u2019affectionne également, dit-on.Depuis longtemps aussi, la Corse est l\u2019un des points où abordent les voiliers de plaisance qui sillonnent la Méditerranée durant la belle saison.Récemment, la Corse a fait une publicité dirigée vers le touriste.Elle est réputée pour la qualité de ses hôtels et de ses auberges, ainsi que pour l\u2019excellence de sa cuisine \u2014 ses langoustes, principalement, dont les plus célèbres se pêchent au large de Bonifacio, village natal de Jean-Marc.On m\u2019assure, de plus, que malgré l\u2019affluence naissante du tourisme, les prix sont demeurés extrêmement raisonnables.ANDRE CLAVEAU I Studio Lausanne 1 .\"A- Grâce à lui une jeune fille est morte heureuse.Jean-Marc m\u2019a appris aussi que la Corse a une histoire extrêmement mouvementée, et extrêmement ancienne.Les premiers vestiges de civilisation sur l\u2019île remontent à la préhistoire \u2014 des menhirs découverts récemment.Tour à tour, l\u2019île a été dominée par les Grecs, \u2014 qui lui donnèrent son nom : Ile de Beauté \u2014 les Romains, qui y bâtirent une ville magnifique, Cargese, dont il subsiste des monuments, \u2014 les Génois, auxquels ils refusèrent toujours de se soumettre.Elle a longtemps été Province Papale, fournissant sa garde au Saint-Père.Les Maures y ont effectué des débarquements incessants.Enfin, sous Louis XV elle est devenue Province de France \u2014 aujourd\u2019hui département \u2014 ce qui lui permit de donner à la France un Empereur ! Napoléon disait : « Je reconnaîtrais la Corse, les yeux fermés, rien qu\u2019à son odeur ! » autant la flore y est abondante et odoriférante.Par sa formation végétale, faite d\u2019arbustes et de plantes aromatiques, le maquis \u2014 célèbre refuge des hors-la-loi, bandits d\u2019honneur et criminels \u2014 contribue beaucoup à parfumer l\u2019île, au printemps surtout.L\u2019on dit que c\u2019est la plus belle saison pour visiter la Corse, car alors toutes ses fleurs s\u2019épanouissent.J\u2019ai demandé à Jean-Marc comment il avait pu avoir le courage de quitter ce petit paradis.Il m\u2019a répondu :\t« Notre île est relativement petite.Les seuls débouches pour les jeunes sont l\u2019hôtellerie et la pêche.Alors, beaucoup de Corses s\u2019expatrient.JEAN-MARC I Studio Lausanne I 1 Comme tous les Corses, à la fois enthousiaste et mélancolique Ils font des douaniers et des fonctionnaires.Moi, j\u2019avais envie de chanter, et de composer.J\u2019avais un correspondant ici au Canada \u2014 la famille Bédard, de Sherbrooke \u2014 j\u2019ai décidé, sur ses conseils, de venir tenter ma chance au Canada.Il y a quatre ans de cela.Maintenant, j\u2019aime le Canada énormément.A vrai dire, j\u2019envisagerais difficilement, dans le moment, d\u2019aller vivre ailleurs.A condition, bien entendu, de retourner faire un petit voyage à son île natale.Un dicton veut, d\u2019ailleurs, que les Corses vivent à l\u2019étranger, mais retournent en Corse pour mourir.Si Jean-Marc se sent heureux chez nous, je puis dire, le connaissant bien, qu\u2019il s\u2019est admirablement intégré à la vie canadienne.C\u2019est un des artistes les mieux aimés de toute la colonie montréalaise.Pourtant, sa personnalité pleine de douceur, parfois même un peu teintée de mélancolie, est accueillie avec plaisir, et l\u2019on se réjouit à l\u2019odeur de la pipe qu\u2019il fume constamment et dont le tabac parfumé chatouille agréablement les narines à son approche.Jean-Marc s\u2019est, de plus, révélé un compositeur extrêmement doué.Sa chanson Laisse-moi te donner a été l\u2019un des beaux succès du Hit Parade pour l\u2019année 1959.Puisse 1960 lui en apporter d\u2019autres.LA PRINCESSE GIOVANNA PIGNATELLI I Studio LausanneI ¦Æs&ivi smm >>\u2022** M- mm* Ê'VVj Avec une férocité toute romaine .* * * André Claveau, s\u2019il est né à Paris, aurait pu \u2014 par son type et par sa voix \u2014 avoir vu le jour en Corse.N\u2019a-t-on pas déjà comparé sa voix à celle de Tino ?Sa gentillesse et sa cordialité \u2014 les Corses sont follement hospitaliers, paraît-il \u2014 l\u2019y auraient prédestiné aussi.Avant de le rencontrer à Montréal, lors de son récent voyage, j\u2019avais beaucoup entendu parler de lui par des camarades qui l\u2019avaient interviewé, soit photographié.Tous n\u2019avaient que des éloges à faire de son amabilité, de sa simplicité.Une conversation à la radio, confirmait pour l\u2019auditeur ce que j\u2019avais entendu des camarades.Lorsque nous fûmes enfin présentés l\u2019un à l\u2019autre, il me donna l\u2019impression que nous nous connaissions depuis toujours, tant il entra avec enthousiasme et naturel dans la routine des deux émissions auxquelles il participa avec moi.Son accompagnatrice, Mademoiselle Hélène Pé-guet \u2014 comme vous me l\u2019avez peut-être entendu dire à Music-Hall \u2014 m\u2019avait déjà confié : « Ce qui est merveilleux chez André Claveau, c\u2019est son caractère agréable ! », et ceci, après neuf ans de collaboration.Mais la plus belle preuve de sa profonde gentillesse, de sa bonté dirais-je, est un témoignage vécu d\u2019un membre de la famille de mon mari.Une adolescente de dix-sept ans était mortellement atteinte par un mal datant de sa naissance.Elle n\u2019avait plus que quelques semaines à vivre.Sa mère, sachant qu\u2019elle avait pour André Claveau une véritable adoration et voulant faire tout en son possible pour que ses moindres voeux soient exaucés avant sa mort, se décida à écrire à la vedette, lui intimant \u2014 bien timidement d\u2019ailleurs \u2014 que si jamais elle pouvait trouver ne serait-ce que cinq petites minutes pour venir rencontrer sa fille, celle-ci en aurait une grande joie.La mère expliqua d\u2019ailleurs les circonstances entourant sa lettre.André Claveau, dans les jours qui suivirent, trouva non seulement le temps d\u2019aller voir la petite, mais passa un long moment dans sa chambre de malade, à lui raconter des anecdotes et à la distraire de mille façons.Personne, en dehors des intimes de la famille, n\u2019en a jamais rien su.Ce n\u2019est donc pas dans un but publicitaire qu\u2019André Claveau avait eu ce geste.* * » Et pour fermer la boucle, puisqu\u2019il a été question d\u2019une belle oisive à l\u2019esprit féroce au début de cette chronique, parlons d\u2019une jeune fille dont, non pas l\u2019esprit mais les sentiments peuvent toucher la férocité, mais qui elle n\u2019est guère oisive.Il s\u2019agit de la jeune Juive \u2014 très belle \u2014 Haya Harareet, qui a été choisie par la Metro-Goldwyn- [ Lire la suite page 17] 10 La Revue Populaire ALAIN DELON VOUS ENCHANTERA, MESDAMES, PAR SON \"REGARD OUI VIENT D'AILLEURS\" MAIS IL NI VOULAIT PAS FAIRE DU CINEMA pat (jétatcf faeAtetteA Le photographe amateur eut juste le temps d armer son objectif : \u2014 Oh, mais ça c\u2019est parfait, dit-il en captant au passage l\u2019image d\u2019un couple absorbé.Le photographe est content.Il aura dans son album une belle photo d\u2019Alain Delon et Romy Schneider.Paris aussi est content.Paris se fait volontiers sentimental quand vient le printemps.Il s\u2019attendrit sur les jeunes couples au bord de la Seine, et chantonne « Bancs publics ».Mais cette fois, il s\u2019agit de la nouvelle romance Alain-Romy qui depuis quelque temps défrayait la chronique : épousera, épousera pas ?Belle-maman Schneider disait non.Eux ne disaient rien.Et finalement, Paris a appris qu\u2019ils s\u2019étaient fiancés.Le photographe du dimanche les a saisis « sur le vif », ils ne se sont aperçu de rien, tout va bien.La petite princesse d\u2019opérette viennoise est devenue la « vraie jeune fille du cinéma », tout comme Grace Kelly avant qu\u2019elle ne quitte ce rôle pour devenir réellement princesse.Mais Romy-Sissi, princesse à l\u2019écran, n\u2019épousera pas un prince.Ce grand garçon nonchalant qui ne la quitte plus, Alain Delon, commence à faire rêver les jeunes filles.C\u2019est le plus jeune des jeunes premiers français, et on le voit en couverture des magazines féminins.Il a devant lui une carrière prometteuse.Et derrière lui quelques coups de tête, quelques années de « bourlin-gage » sur les mers, la guerre d\u2019Indochine, une courte expérience de garçon de café, un peu de vache enragée, beaucoup d\u2019« allure », et une carte de visite d\u2019Henry Wilson (vice-président d\u2019une grande agence d\u2019acteurs d\u2019Hollywood) : un laissez-passer pour le monde du cinéma.Avec tout cela et du talent, on fait un jeune acteur qui « vaut » actuellement quinze mille dollars par film, en commençant tout juste sa carrière.¦ : ; : : 4'm Æé ; .'?'/ \\S,\\ Un jeune homme qui n\u2019aimait pas attendre Mais Alain Delon est un « outsider ».Il n\u2019a pas débuté en faisant du porte à porte, il n\u2019a jamais attendu dans l\u2019antichambre des metteurs en scène, il n\u2019a jamais espéré qu\u2019on viendrait le chercher dans son rôle d\u2019utilité pour en faire une vedette.Alain Delon n\u2019a rien attendu, parce qu\u2019en fait il n\u2019avait jamais songé au cinéma, avant que ce monsieur Wilson ne vienne lui mettre sa carte dans la main.Né il y a 24 ans à Bourg-la-Reine, rien ne le prédisposait à embrasser une carrière artistique.Sa grand-mère avait bien été Premier Mannequin de France en 190G, c\u2019était un souvenir assez lointain et oui n\u2019avait guère eu d\u2019influence sur sa famille.Pour l\u2019heure, madame Delon tenait un petit commerce dans la petite ville paisible.Le gamin en culottes courtes, courant dans les rues de la ville, trouvait l\u2019existence bien calme, trop calme.Indiscipliné, batailleur, forte tête à ses heures, il trouva le régime des différents collèges et pensions dans lesquels on le mit nettement incompatible avec le genre de vie qu\u2019il rêvait de mener.Et son rêve, c\u2019était l\u2019aventure.L\u2019aventure, dans une salle de classe où quarante élèves peinent sur une leçon de géographie, c\u2019est d\u2019envoyer des pantins de papier au plafond avec des boulettes de papier mâché, ou de tirer à la sarbacane sous la table du professeur.Et occasionnellement de rêver aux pays lointains.Renvoyé cinq fois, Alain à 17 ans déclare à qui veut l\u2019entendre : \u2014 C\u2019est sans importance, je vais m\u2019engager.Je reviendrai quand je serai élèbre.Célèbre comment ?Peu importe.\u2014 Et tu t'engages dans quoi?demande son père.\u2014 Dans l\u2019armée de l\u2019Air.(C\u2019était l\u2019époque où le Ministère de l\u2019Air fleurissait le métro d\u2019affiches tentantes.) \u2014 C\u2019est bon, dit monsieur Delon, j\u2019irai même t\u2019accompagner.Mais le Ministère est moins pressé qu\u2019Alain.\u2014 Si vous voulez faire partie du stage d\u2019entraînement aux Etats-Unis, vous avez d\u2019abord six mois à attendre, lui dit-on.\u2014 Six mois ! s\u2019exclama Alain.Ah, mais non ! Si je pars, je pars tout de suite.Je vais voir ce que la Marine a à me proposer.Du boulevard Victor, il n\u2019y avait qu\u2019à aller rue Royale.Là Alain est accepté immédiatement.Il ne faut pas attendre six mois, ni trois mois, ni trois semaines ; deux jours après, le deuxième classe fusilier marin Delon part pour la Bretagne, faire ses classes.Il a signé un engagement de trois ans.Mais en Indochine, il y a toujours la guerre : nous sommes en 1953.On réclame des volontaires.Avec quelques camarades de sa classe, Alain s\u2019inscrit.et rallonge même son engagement de deux ans. Montréal, janvier 1960 11 m I m Rien dans les mains, rien dans les poches A Saigon, où on l\u2019envoie, le fusilier marin entre en contact avec « l\u2019aventure ».Elle n\u2019a pas tout à fait le visage qu'il lui prêtait.A Saigon, l\u2019aventure est au coin de la rue, sans qu\u2019on sache exactement à quel coin et dans quelle rue Chacun est toujours en état d\u2019alerte.A chaque coup dur, attentat, fusillade, ou guerilla, on envoie les fusiliers marins « nettoyer le secteur ».Et l\u2019on ne sait jamais si la prochaine balle viendra de l'avant ou de l\u2019arrière.L\u2019aventure a un visage sournois.Mais quelques mois plus tard, on signe l\u2019armistice.Aussi le 1er mai 1956 Alain Delon débarque-t-il à Paris, avec beaucoup de souvenirs, quelques objets assez vagues, et, en poche, juste de quoi s\u2019acheter le traditionnel brin de muguet que tout le monde s\u2019offre ce jour-là pour fêter le premier jour du mois de mai.Entretemps, il a dépensé tout ce qu\u2019il avait à sa première escale à Toulon.Et à Paris, bien sûr, il ne connaît personne.Deux copains avaient affirmé qu\u2019ils l\u2019attendraient sur le quai de la gare : il n\u2019y en avait pas la moindre trace.C\u2019est à Pigalle qu\u2019il échoue finalement, après s\u2019être rappelé in extremis l\u2019adresse d\u2019un autre camarade qui par chance était là et par chance n\u2019avait pas dépensé toute sa solde comme Alain.Les deux garçons louèrent une chambre à Pigalle, avec 500 dollars à eux deux, et vécurent pendant six semaines sans penser au lendemain.Un beau matin, il fallut pourtant se rendre à l\u2019évidence : à part une poignée de ferraille, il ne restait plus rien dans la caisse.Le temps de l\u2019école buissonnière est fini.Alain ne sait pas encore s\u2019il sera célèbre, à dire vrai il n\u2019a plus guère le temps d\u2019y songer.Levé à l\u2019aube, il épluche les journaux, fait le tour des oetites annonces, afin de pouvoir téléphoner dès huit heures à ceux qui offrent des emplois intéressants.Les quelques noctambules qui, après le théâtre, vont manger une soupe à l\u2019oignon aux Halles, peuvent voir, aux petites heures du jour, les deux garçons décharger les camions de légumes.Alain s\u2019en accommode en attendant mieux.Il a la santé et la force requises.C\u2019est un garçon de l\u2019Union des Artistes où, à vingt-cinq pieds du sol, il a exécuté avec sang-froid de périlleux exercices, sur un trapèze.La chance sur les marches du Palais du Festival Un jour, Alain se retrouve dans un grand restaurant des Champs-Elysées comme garçon de salle.C\u2019est là que vient le trouver un jour un ami : \u2014 Je t\u2019emmène à Saint-Germain.\u2014 En Laye ?pourquoi faire ?\u2014 Pas « en-Laye » !\t« des Prés ».Saint-Germain des Prés.Tu connais les caves ?\u2014 Non.\u2014 Eh bien, je t\u2019emmène dans une cave.C\u2019est l\u2019occasion ou jamais.Saint-Germain pour l\u2019ex-fusilier marin, est un peu une révélation.Il y rencontre des gens de toutes catégories qui ont au moins un point en commun : l\u2019amour de la discussion sous toutes ses formes.Il y rencontre aussi des acteurs.Zizi, la jeune fille Noire qu\u2019une poliomyélite a laissée paralysée des deux jambes.Elle a fait de la danse, et aussi un peu de cinéma.Alain la porte dans les bras pour la faire sortir.C\u2019est là qu\u2019il rencontre un jeune acteur qui lui aussi a fait du chemin depuis : Jean-Claude Brialy.C\u2019est Jean-Claude qui va mettre en branle, pour Alain, l\u2019engrenage du succès.\u2014 Si on allait à Cannes, au Festival ?propose-t-il à Alain.\t[ Lire la suite page 34 ] V\t «\u201ct-î 1*1 \u2022>5.«S&, \u2019S'Si\u2018C'^ zî.\u2019j*Sz.«.A*» > C» C«7 ,S.iiS-fir :: ms; v, > rf -\" »,.\u2022 T : \u2019 -4, ***¦ [ Suite de la page 18 ] mutilée dans une niche et deux piliers torsadés qui supportaient encore, suspendue à un axe de bronze, une cloche verdegrisée.Quand la tempête soufflait sur ce roc perpétuellement battu par tous les vents, la cloche se mettait à sonner, à coups inégaux, tantôt violents et d\u2019autres fois à peine perceptibles.Alors les gens de Plouguirec levaient la tâte vers le donjon noyé de brume, les vieilles se signaient en marmottant des prières et les esprits forts se juraient d'aller décrocher dès le lendemain cette maudite cloche.Mais jamais personne n\u2019avait encore osé mettre ce projet à exécution.La chapelle était dédiée à saint Guirec, patron du château comme du village et il aurait fait beau voir qu\u2019on aille la dépouiller de son dernier ornement ! Les âmes pieuses prétendaient que les anciens seigneurs réclamaient des prières et se rappelaient avec ces tintements mélancoliques au souvenir des vivants.,\tTout semblait désert et l\u2019homme, ras- suré, avança de quelques pas.La porte qui donnait accès dans le donjon s\u2019ouvrait face à l\u2019océan.Il y avait près d\u2019un siècle que le lourd ven-tail de chêne clouté d\u2019énormes pointes de bronze qui la fermait avait disparu.Sans doute servait-il maintenant à clore une étable ou une remise, quelque part dans la campagne.L\u2019entrée n\u2019était donc plus qu\u2019une ouverture béante, à demi obstruée par les pierres qui s\u2019étaient écroulées à l\u2019intérieur.S\u2019avançant avec prudence à travers les blocs de granit et les touffes d'ajoncs, l\u2019homme jeta un regard aigu vers le petit village tassé au pied de la colline.Tout semblait tranquille.Quelques minces fumées bleues, aussitôt déchiquetées par le vent, s échappaient des cheminées trapues, au-dessus des toits .de chaume.La minuscule église, si joliment blottie à côté du grand calvaire de granit, regardait l\u2019océan rageur, comme si elle voulait opposer à cette force déchaînée le calme silencieux de ses murs baignés de prières.La mer se retirait et déjà les barques commençaient à s\u2019incliner sur le sable couvert de goémons.A part deux vieilles trottinant sur la digue, un panier au bras, et un groupe de gamins jouant autour de la, croix dressée sur le rivage, l\u2019homme n apercevait personne dans 1 unique rue et sur la place de Plouguirec.Un profond soupir lui échappa.Le premier peut-être qu\u2019il se permit depuis l\u2019instant où il avait tenté sa chance, une chance bien précaire, hélas, et dont il ne savait encore si elle était sagesse ou folie.Une lueur d\u2019espoir se faisait jour II se pouvait que, du côté de 1 Lamor-Badet les gendarmes aient perdu sa trace dans le brouillard.Mais ce n\u2019était là qu\u2019un répit.Et l\u2019homme le comprenait.Il pourrait bénéficier de quelques heures, quelques jours peut-être, où il reprendrait goût à cette enivrante sensation de liberté.Mais tôt ou tard, l\u2019énorme machine policière poursuivrait sa marche impitoyable.Elle traquerait, pourchasserait sans merci cet homme prévenu d\u2019un crime et qui s\u2019obstinait à se dire innocent.Comment lui échapper sans papiers, sans argent, perdu au milieu d\u2019un pays inconnu dont il ingnorait les routes les sentiers, les cachettes possibles ?Déjà, il sentait la faim tordre son estomac comme avec une tenaille et des lueurs rouges passaient devant ses yeux.Pour l\u2019instant, il lui fallait surtout du repos, un coin abrité pour dormir et reprendre des forces, si cela était encore possible.Traînant la jambe, il pénétra sous la voûte et inspecta plus soigneusement l\u2019intérieur.Sur la droite, à côté de l\u2019escalier, s\u2019ouvrait une ouverture béante, veuve également de sa porte.Il s\u2019avança avec précautions, jeta un re-gaid sur ce qui avait dû être une salle de corps de garde.La pièce était encore à peu près intacte.Deux fenêtres à croisillons de i pierre y laissaient pénétrer la lumière grise de ce jour de juin et l\u2019air humide et doux.Une cheminée monumentale, faite pour les flambées géantes, mon- [ Lire la suite page 27 ] Nouvelles épreuves ! Nouvelle preuve ! La lotion Jergens enraie l\u2019action des détergents sur les mains ! Mme Charles Kirk a trempé ses mains dans un détergent, plusieurs fois par jour durant 3 jours.La main gauche, traitée avec une lotion médicamentée bien connue, est devenue rouge et rude.La main droite, grâce aux soins Jergens, est demeurée douce et soyeuse.Cette photo non retouchée vous montre la différence.Dans 972 épreuves, des femmes ont établi que la lotion Jergens protège efficacement les mains contre l\u2019action des détergents.Pour les mains, la lotion Jergens est sans rivale ! Jergens est une véritable lotion de beauté! 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Vous y trouverez une foule d'idées nouvelles et pratiques.Ecrivez à Blanche Bazinet, Heinz Baby Foods, Leamington, Ontario, pour votre exemplaire gratuit de \"Futures Mamans.\" \"PL EN x ' ¦< jfln Wr: J ¦?7; ¦ £ ' L1 CUISINE.[ Suite de la page 21 ] 2.\tTamiser la farine, la poudre à pâte et le sel ; ajoutez graduellement au beurre et aux oeufs.Refroidir la pâte parfaitement.3.\tSur une planche légèrement enfarinée abaisser la pâte à Vs\" d\u2019épaisseur ; couper en rectangles de 1\" x 2\".4.\tBattre le jaune d\u2019oeuf et le lait ensemble.Badigeonner les rectangles de ce mélange ; saupoudrer de pa-canes et de sucre mélangés.5.\tCuire à four modéré (350°F.) 12 à 15 minutes.Refroidir.Glacer chaque biscuit soit avec une glace au chocolat soit avec une glace au beurre teintée.LAIT AU CARAMEL (G portions) % t.de sucre 1 t.d\u2019eau bouillante 3 oeufs, séparés 3 t.de lait froid V2 t.de crème légère pincée de sel V2 c.à thé de muscade 1.\tCaraméliser 6 c.à table de sucre dans une poêle sur un feu lent, remuant sans arrêt jusqu\u2019à ce que doré.2.\tAjouter lentement l\u2019eau bouillante et remuer jusqu\u2019à ce que le caramel soit fondu.Refroidir.3.\tBattre les jaunes d\u2019oeufs jusqu\u2019à ce qu\u2019ils deviennent épais et de couleur jaune citron.4.\tBattre les blancs d\u2019oeufs et ajouter les deux autres c.à table de sucre.Incorporer aux jaunes d\u2019oeufs.5.\tCombiner le sirop de caramel refroidi, le lait, la crème, le sel et la muscade ; incorporer aux oeufs battus.Pour servir saupoudrer chaque verre de muscade.CHOCO-BABEURRE GLACE (G portions) 2 i.de lait de beurre froid 2\tt.de lait au chocolat froid V4 t.de sucre 3\tboules de crème glacée au chocolat 1.\tCombiner le lait de beurre, le lait au chocolat et le sucre.Remuer pour dissoudre le sucre.2.\tAjouter la crème glacée au chocolat ; battre jusqu\u2019à ce que mousseux.vous êtes son univers D\u2019instinct Bébé se tourne vers vous, comme la fleur vers le soleil.Votre amour le réconforte .votre vigilance le protège .et votre expérience vous fait choisir les aliments les mieux adaptés à ses besoins.Pour grandir sainement et vigoureusement, Bébé doit avoir un régime bien équilibré.C\u2019est une question d\u2019importance vitale! Fiez-vous aux\u2014 mm JUNIOR FOODS Aliments Heinz pour bébés© LEURS BIENFAITS D'AUJOURD'HUI DURENT TOUTE LA VIE LOSANGES AUX FIGUES (1% douzaine) 2 oeufs, bien battus 1 t.de sucre 1 c.à thé de vanille V4 t.de beurre amolli 1\tt.de farine à tout-usage, tamisée 2\tc.à thé de poudre à pâte Ve c.à thé de sel 2 t.de figues hachées % t.de noix hachées sucre en poudre tamisé 1.\tAjouter graduellement le sucre aux oeufs, ensuite la vanille et le beurre.Bien mêler.2.\tTamiser ensemble les ingrédients secs.Ajouter aux oeufs ; bien mêler.Incorporer les figues et les noix.3.\tVerser dans une lèchefrite beurrée de 13\" x 9\" x 2\".4.\tCuire à four modéré (350°F.) 30 minutes.Saupoudrer de sucre en poudre pendant que c\u2019est chaud.Refroidir et couper en losanges. Montréal, janvier 1960 27 M->\u2022 [ Suite de la page 25 ] tait jusqu\u2019au plafond.Deux bancs de granit, polis comme du marbre, encadraient le foyer.Il devait faire bon s\u2019y griller les pieds et les joues par les soirs d\u2019hiver d\u2019autrefois, quand l\u2019océan hurlait dans la nuit hostile.Il s\u2019y laissa tomber, toujours inquiet, l\u2019oreille tendue aux bruits du dehors.Pendant quelques minutes, il entendit le gémissement du vent dans les pins tordus, les coups de bélier lointains des vagues frappant sur les récifs, et par intermittences, le tintement irrégulier de la cloche de Saint-Guirec, balancée par le souffle du large.Il sombra enfin dans le néant, s\u2019y engloutit corps et âme comme dans un édredon de plumes.Sur la couche d\u2019algues séchées son grand corps fatigué consentit enfin à se détendre.Et du même coup, le visage crispé par l\u2019angoisse, tiraillé par la crainte, reprit sa beauté et redevint celui d\u2019un très jeune homme, que la vie n\u2019a pas encore marqué de sa griffe cruelle.Malgré la barbe mal rasée qui ombrait ses joues trop maigres, ses traits restaient purs, d\u2019une finesse qui trahissait une origine latine.Il dormait, sans se douter que le destin l\u2019avait conduit vers ce lieu solitaire pour y rencontrer une chèvre blanche, une fille blonde et la plus extraordinaire des aventures.\u2022 * * Marie-Lise Gallouédec, une grande cape noire jetée sur les épaules, surgit sur le seuil et regarda le ciel avec inquiétude.\u2014 Dois-je sortir Albine aujourd'hui ?demanda-t-elle en se tournant vers son frère qui la suivait.Le temps est à la pluie, une fois de plus.Quel vilain début d\u2019été ! \u2014 Je ne pense pas qu\u2019il pleuve avant midi, répliqua le docteur sur un ton rassurant.Tant que le vent se maintiendra aussi fort, nous ne risquons pas grand-chose, si ce n\u2019est quelques ondées sans gravité.\u2014 Alors, je pars, mes vieux doivent m\u2019attendre et la pauvre bique s\u2019impatiente quand je suis en retard.\u2014 Drôle de corvée que tu t\u2019es donnée là ! Il ne manque pas de galopins à Plouguirec pour aller promener cette chèvre.\u2014 Mais aucun ne ferait pour rien ce que tu appelles une corvée et tu sais bien que les Cosmao ont tout juste de quoi vivre.D\u2019ailleurs, je trouve très amusantes ces petites ballades avec Albine.Elle est si douce, si familière, qu\u2019elle finit par me paraître une amie.Je regrette parfois qu\u2019elle soit privée de la parole.\u2014 Il ne manquerait plus que cela, s\u2019exclama en riant Gilles Gallouédec.Une de plus à entendre jacasser ! Allez, file avec ton Albine et ne rentre pas trop tard.Je dois déjeuner de bonne heure aujourd\u2019hui, je vais à Vannes cet après-midi.Le docteur l\u2019accompagna des yeux un moment tandis qu\u2019elle suivait l\u2019allée sablée bordée de touffes d\u2019oeillets.Chère Marie-Lise.sa joie et son tourment.Depuis qu\u2019il était devenu chef de famille, il n\u2019avait pas cessé de veiller sur cette soeur, de dix ans plus jeune que lui, que la mort prématurée de sa mère avait privée trop tôt d\u2019une tendresse attentive.Très vite, avec cette sagesse précoce qui le vieillissait avant l\u2019âge, il avait su discerner chez l\u2019enfant dont il était le seul soutien, les points faibles qui faisaient d\u2019elle.un être désarmé devant la vie.Combien vulnérable aussi, avec cette innocence refusant de croire au mal, et ce coeur si généreux, si plein de tendresse, toujours prêt à se déverser sur un être, qu\u2019il soit homme, enfant ou animal.Gilles essayait souvent de la mettre en garde contre la méchanceté, la ruse, les passions sournoises qui guettent les filles trop jolies.Mais c\u2019était là tâche délicate qui aurait demandé un doigté féminin.Devant la candeur des yeux noirs qui le fixaient avec une sorte de réprobation, il perdait pied, s\u2019embrouillait dans ses discours.Il s\u2019en était ouvert au curé de Plouguirec et lui avait confié ses inquiétudes.Mais le digne recteur, saint homme à l\u2019âme enfantine, semblait lui-même si loin des agitations humaines, si au-dessus des misères qui pouvaient troubler un coeur d\u2019adolescente, que Gilles n\u2019avait pas une très grande confiance dans l\u2019efficacité de ses conseils.Jusqu\u2019à dix-sept ans, la jeune fille était restée pensionnaire dans une institution religieuse de Vannes.Son frère n\u2019avait commencé à s\u2019alarmer pour elle que le jour où, ses études terminées, Marie-Lise était venue vivre avec lui, dans ce petit bourg perdu au bord du golfe de Morbihan.Là où toute autre fille de vingt ans eût trouvé ennui, désoeuvrement ou prétextes à plaintes sans fin, Marie-Lise découvrait mille plaisirs divers qu\u2019elle renouvelait au gré de sa fantaisie.Elle trouvait toujours le bon côté des événements et s\u2019enthousiasmait avec une ardeur communicative.Jamais désoeuvrée, ni ennuyée, elle aidait d\u2019une façon très efficace la vieille Jeannick, leur fidèle servante, que ses rhumatismes faisaient parfois cruellement souffrir.Elle tenait l\u2019harmonium le dimanche à la messe et groupait autour d\u2019elle quelques jeunes filles qui chantaient de leur mieux, avec plus de bonne volonté que de talent.Pendant ces trois années où elle avait vécu entièrement à Plouguirec dans la maison de son frère, elle était devenue la petite reine du village.Les enfants couraient à sa rencontre et lui tendaient leur frimousse et leurs menottes sales, sûrs de recevoir baiser ou bonbon.Les vieux l\u2019aimaient, les jeunes la respectaient.Malheur à qui eût osé mal parler de Mademoiselle Marie-Lise ! Tout cela, le docteur Gallouédec se le répétait souvent, pour calmer les craintes qui l\u2019assaillaient parfois.Mais il était à prévoir que Marie-Lise, avec son adorable visage à la Greuze, plein de sourires et de fossettes, attirerait les amoureux comme la lu- | mière des papillons.Déjà, l\u2019été, quand ce coin isolé du Morbihan se trouvait envahi par des touristes à l\u2019affût de nouveautés, le jeune docteur avait fort à faire pour préserver sa soeur de la curiosité souvent insolente des étrangers séjournant dans l\u2019unique hôtellerie.Tant qu\u2019elle était entourée des braves gens qui l\u2019avaient vue naître et grandir, Marie-Lise se trouvait à l\u2019abri, protégée contre ses propres faiblesses.Mais un jour viendrait où elle rencontrerait l\u2019inconnu, séduisant justement en raison de son mystère.Comment réagirait-elle alors ?Saurait-elle, dans sa candeur confiante, distinguer l\u2019or pur du faux clinquant ?Consentirait-elle à quitter enfin ce pays d\u2019enfance, plein de chimères et de rêves puérils, pour regarder la vie en face et la voir sous son véritable aspect ?Gilles n\u2019en était pas tout à fait sûr et cette incertitude était pour lui une cause de graves soucis.Pendant qu\u2019il réfléchissait ainsi, dans le silence de son bureau, Marie-Lise marchait d\u2019un pas alerte vers la maison des Cosmao.Malgré le temps maussade, elle se sentait pénétrée de joie de vivre.L\u2019air salé qui fouettait ses joues, les nuages qui roulaient en grosses volutes grises dans un ciel tourmenté, les cris des mouettes emportées par le vent, la ravissaient.De lointains ancêtres méridionaux, elle avait hérité un caractère heureux, porté à l\u2019optimisme et très différent de la rudesse un peu bourrue qui était l\u2019apanage de ses compatriotes.Il en fallait beaucoup pour ébranler la bonne humeur de Marie-Lise.Sous ce ciel trop souvent gris, son sourire éblouissant rayonnait comme un soleil.Il sembla éclairer d\u2019un seul coup la triste chaumière des Cosmao quand elle y pénétra ce matin-là.Bâtie un peu à l\u2019écart du village, sur les rochers qui dominaient la grève, elle était basse et trapue sous son toit de chaume où les vents avaient semé des herbes folles.La pièce principale recevait le jour d\u2019une petite fenêtre sans rideaux, dont les carreaux verdis ne laissaient entrer qu\u2019une lumière parcimonieuse.Le lit clos où dormaient les vieux époux occupait presque tout le fond et le père Cosmao y était encore couché, sous un volumineux édredon rouge.\u2014 Bien le bonjour à tous ! lança Marie-Lise d\u2019une voix joyeuse.Hé ! quoi ?Père Gringoire, vous faites la grasse matinée, il me semble.\u2014 Ah ! ma Doué ! gémit l\u2019homme en levant les mains avec effort, j\u2019aimerais mieux être debout sur mes jambes, pour sûr.Mais je peux quasiment pas remuer depuis hier.J\u2019ai mal partout.\u2014 Croyez-vous, Mademoiselle, ça lui a pris tout d\u2019un coup.Il a dû avoir froid, avant hier soir, en aidant Jean Yves à ranger les filets.\u2014 Pourquoi ne pas avoir appelé mon frère ?Il serait venu le voir tout de suite, vous le savez bien.\u2014 Ça fait peine de toujours le déranger.M.le Docteur est bon pour le pauvre monde et on en abuse parfois.Je pensais que ça passerait vite à mon homme avec de la chaleur et du repos, mais voilà que ça empire.\u2014 Ecoutez, Madame Cosmao, je vais mener Albine à la pâture et puis je me hâterai de faire quelques courses et je rentrerai à la maison.Mon frère doit aller à Vannes, cet après-midi ; mais peut- être aura-t-il le temps de venir voir votre mari avant de partir.\u2014 Tu vois, Gringoire, comme Mademoiselle Marie-Lise est gentille pour toi.Prends patience au lieu de jurer comme un païen, comme tu le fais depuis cette nuit.\u2014\tDame, soupira le vieux marin d\u2019un air contrit, j\u2019ai point l\u2019habitude d\u2019être malade.Et pas pouvoir remuer, c\u2019est dur pour mon tempérament.\u2014\tJe comprends bien, mon pauvre Cosmao, et j\u2019espère que mon frère pourra vous soulager très vite.Je vais chercher la biquette et me dépêcher de mon mieux.Elle serra la main noueuse du père Gringoire et, refusant l\u2019aide de la femme, elle alla chercher elle-même dans le petit appentis en planches appuyé contre la chaumière, sa compagne de promenade.C\u2019était une très jolie chèvre blanche, avec de toutes petites cornes noires, de grands yeux doux et des pattes d\u2019une finesse extrême.Elle bêla de plaisir dès qu\u2019elle reconnut la jeune fille et sortit aussitôt de son réduit avec un plaisir manifeste.Marie-Lise n\u2019avait pas besoin de l\u2019attacher.Elle était habituée à la suivre comme un chien et quand elle s\u2019attardait trop à brouter quelque buisson au long du chemin, il suffisait de l\u2019appeler pour qu\u2019elle arrive aussitôt, la bouche pleine d\u2019herbes et l\u2019oeil malin.\u2014 Allez, mon Albine, lui dit Marie-Lise en caressant le front dur qui se tendait vers elle, nous sommes pressées aujourd\u2019hui.Pas trop de gambades, je te prie.Je vais te mener au château et tu y resteras jusqu\u2019après le déjeuner.Elle prit un rouleau de cordes accroché à un clou et se mit en route sans trop hâter le pas, pour permettre à Albine de cueillir de ci, de là, quelque IruuKüf/ eftomps pantoei pour DAMES voici un moyen eton namment facile de gag ner de l\u2019argent durant vos loisirs et d\u2019obtenir vos propres robes dernier-cri absolument GRATIS.Il vous suffît d\u2019être notre conseillère de mode en votre local itê en portant et en ex- hibant les magnifiques vêtements \u201cFashion y ,\tk Ci-dessus, deux de ces ravissantes robes GRATUITES que vous pouvez choisir.Frocks.\u201d si répute's aux Etats-Unis.Dès que les femmes voient ces modes exclusives, ces modèles ravissants, ces superbes tissus et ces aubaines sans pareilles, elles ne peuvent résister.Vous n\u2019 avez qu\u2019 a pre-endre les commandes pour recevoir d\u2019avance de généreuses commissions.Ni sollicitation\u2014Ni expérience Ni déboursé 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ETEBŒ8IK Voici un livre qui révèle le secret de mesurer, doubler, ourler et faire les plis comme une experte.Il renseigne sur les divers modèles .et sur le genre de tringles à choisir.Il explique aussi comment les poser.Naturellement, un vrai, travail professionnel exige des rideaux et draperies qui tombent parfaitement.Pour cela, les tringles Kirsch s\u2019imposent, et cette brochure vous aidera à bien choisir les accessoires voulus.Pour obtenir votre exemplaire de la brochure \u201cComment faire les rideaux et draperies\u201d, veuillez remplir et poster le coupon ci-dessous.Il vous sera envoyé par retour du courrier.Les tringles à glissières Kirsch pour draperies et rideaux fonctionnent sans ennui.Aucune pièce mobile n\u2019est visible.Vteoh OF CANADA LIMITED, WOODSTOCK, ONTARIO À KIRSCH OF CANADA LIMITED, Woodstock, Ontario Veuillez m'envoyer sans délai mon exemplaire GRATUIT de la brochure \"Comment faire des rideaux et draperies\".\tP\"1 Bureau de poste Province herbe tentante.Suivie ou précédée de la chèvre qui trottait au gré de son caprice, elle monta le sentier qui menait aux ruines du château de Kerguirec.Dès qu\u2019elle se trouva sur le plateau, elle fut assaillie par une rafale humide qui la fit chanceler.L\u2019énorme tour du donjon, drapée dans son manteau de lierre, se dessinait sur un ciel tourmenté où roulaient des nuages pareils à des vaisseaux en perdition.Les pins noirs se tordaient, agitant leurs maigres branches avec des craquements secs de bois mort.Albine, ses longs poils blancs tout retroussés, broutait cependant avec philosophie, en bonne petite chèvre de marin habituée depuis sa naissance aux rudes souffles du large.Marie-Lise, malgré son désir de se hâter, jouissait de la tragique beauté du paysage et la laissait errer à sa guise.Etroitement drapée dans sa cape noire, le capuchon rabattu sur ses cheveux blonds, elle regardait le large immense où roulaient les crêtes blanches des vagues, et oubliait le père Cosmao et ses misères de vieillard.Quand elle s\u2019arracha enfin à sa contemplation, elle chercha la chèvre des yeux afin de l\u2019attacher, ainsi qu\u2019elle en avait l\u2019habitude.Mais elle ne vit plus la capricieuse Albine qui avait dû passer derrière les ruines, à la recherche d\u2019une savoureuse pâture.t Je parie qu\u2019elle est encore entrée dans le donjon, pensa Marie-Lise avec un peu d\u2019inquiétude.Avec ces pierres croulantes, elle finira par se faire tuer.» Hâtant le pas, elle se dirigea vers la tour et y pénétra, non sans un regard circonspect.Mais il n\u2019y avait point de chèvre près de l\u2019escalier branlant.Marie-Lise s\u2019avança un peu plus, aperçut l\u2019ouverture béante sur sa droite et s\u2019y hasarda en appelant : \u2014 Albine ! veux-tu venir, vilaine ?Devant elle, sur un tas de goémons séchés, il y avait un homme.Redressé sur un coude, comme un dormeur réveillé en sursaut, il la fixait avec une expression où se mêlaient la surprise et l\u2019épouvante.Marie-Lise, d\u2019abord glacée de peur, pensa qu\u2019il avait l\u2019air encore plus terrifié qu\u2019elle et cette constatation lui rendit un peu de courage.Elle allait sortir pour s\u2019éloigner le plus rapidement possible, quand l\u2019inconnu se dressa d\u2019un bond et se jeta vers elle.\u2014 De grâce, supplia-t-il à voix basse, n\u2019appelez pas.\u2014 Et pourquoi voulez-vous que je crie ?répliqua-t-elle en levant très haut sa tête blonde.Vous ne me faites pas peur.« Ce n\u2019est pas vrai, pensait-elle en disant ces mots.S\u2019il voyait mes mains, il s\u2019apercevrait que je tremble comme une feuille.» \u2014 Je vous jure que je ne vous ferai aucun mal, reprit l\u2019inconnu avec un effort pour sourire.Mais si vous êtes bonne et pitoyable.ne dites à personne que vous m\u2019avez vu ici.\u2014 Pourquoi ?demanda-t-elle, impulsivement.Ce lieu est à tout le monde.Il n\u2019est pas défendu d\u2019y dormir.\u2014 Ce n\u2019est pas cela ; mais.je ne veux pas qu\u2019on sache que je suis à Plouguirec.Je vais partir dès que la nuit sera tombée.Alors, c\u2019est bien inutile de parler de moi, n\u2019est-ce pas ?Marie-Lise, tout à fait rassurée à présent, l\u2019examinait mieux et ne pouvait se défendre de lui trouver un air émouvant.Avec ces joues creusées, ces cheveux courts qui bouclaient sur le front et cette pâleur d\u2019homme longtemps privé de soleil, il éveillait en elle un sentiment de compassion qui primait celui de sa propre sécurité.\u2014 Je n\u2019ai aucune raison de parler de vous, répondit-elle pour le calmer.Les gens du pays ne sont pas bavards et ils s\u2019occupent assez peu de leur prochain.\u2014 Je voudrais rester ici jusqu\u2019au soir.Si je sors maintenant.Ce n\u2019est pas possible, comprenez-vous ?\u2014 Oui, fit-elle en inclinant la tête gravement, je crois que je commence à comprendre.Et vous ne me trahirez pas ?Dans les yeux fixés sur elle avec anxiété, Marie-Lise, indécise et trou- blée, discerna une pierre muette qui bouleversa son coeur sensible.Elle devinait que cet homme se cachait pour une raison qu\u2019elle ignorait, qu\u2019il était sans doute en marge de la société.C\u2019était peut-être un voleur, un meurtrier, ou pire encore.Elle était seule avec lui dans ce lieu désert, loin des maisons du village et le hurlement du vent couvrirait ses cris.Pourtant, son premier sentiment de peur s\u2019était évanoui.Parce que cet inconnu était jeune, parce qu\u2019il semblait souffrant, malheureux et qu\u2019il réclamait sa pitié, elle était prête à l\u2019aider, sans même réfléchir aux conséquences possible de ce silence qui équivalait à une complicité.\u2014 Non, fit-elle avec un sourire pour le rassurer.Je vous promets de ne parler à personne, pas même à mon frère.Soyez tranquille.Une expression de douceur transforma le visage du jeune homme.Il respira profondément et sourit à son tour.\u2014 Merci, Mademoiselle, dit-il.Quoi que vous pensiez de moi, si vous apprenez un jour qui je suis, soyez sûre que vous avez rendu service à un innocent.Partez maintenant, je ne voudrais pas vous compromettre, si, par malheur, j\u2019étais surpris ici.Il s\u2019exprimait avec l\u2019aisance d\u2019un homme du monde.Un instant, Marie-Lise l\u2019imagina tel qu\u2019il devait être autrefois, quand il n\u2019était pas l\u2019homme traqué qu\u2019il était aujourd\u2019hui.Spontanément, dans un geste qui n\u2019avait rien de calculé et qui venait du meilleur d\u2019elle-même, elle lui tendit la main.\u2014 Bon courage, dit-elle, et que Dieu vous garde.Il prit cette main offerte, la retint un instant entre ses doigts, sans rien dire comme si nulle parole ne pouvait rendre l\u2019émotion qui l\u2019étreignait.Marie-Lise se retrouva dehors avec une étrange sensation d\u2019irréalité.Cette scène qui avait duré quelques minutes lui paraissait longue comme toute une vie.Elle avait suffi pour changer sa mentalité d\u2019enfant heureuse.Le paysage lui-même, dont elle admirait un instant auparavant la farouche beauté, lui paraissait hostile et chargé de menaces.Une angoisse étrange l\u2019étouffait.Elle avait peur, non pour elle et pour le danger très réel qu\u2019elle aurait pu courir, mais pour cet étranger qu\u2019elle laissait derrière elle.Avec ce besoin de dévouement qui constituait le fond de sa nature, elle regrettait de ne pouvoir aider de façon plus tangible ce malheureux qui venait de faire appel à sa pitié.Albine, cause inconsciente de cette aventure, faisait de l\u2019alpinisme sur un pan de mur et arrachait à pleines dents les touffes de chèvrefeuille poussées entre les pierres.Marie-Lise l\u2019appela presque machinalement, rabattit le capuchon sur sa tête et dégringola le sentier en s\u2019interdisant de regarder en arrière.» * * uand elle entra dans la petite boutique enfumée qui tenait lieu d\u2019épicerie et d\u2019estaminet, il semblait à Marie-Lise que mille paires d\u2019yeux suivaient ses mouvements.Elle se sentait épiée comme si elle avait elle-même été recherchée par la police.Pourtant tout était paisible comme à l\u2019ordinaire, dans cette pièce encombrée de tonneaux, de caisses, de cageots de légumes et où l\u2019on avait trouvé le moyen d\u2019installer deux tables pour les consommateurs.Mme Le Bihan, l\u2019épicière, y trônait derrière un comptoir à dessus de marbre.Pour Mlle Gallouédec, la soeur de M.le docteur, cette divinité en coiffe de tulle daignait se confondre en sourires et en paroles de bienvenue.Il n\u2019y avait pas que de l\u2019amabilité de commande derrière ce déploiement de grâces.Mme Le Bihan portait une réelle affection à sa jeune cliente et à son frère.Ce dernier avait arraché à la mort, deux ans auparavant, le fils aîné de l\u2019épicière et elle en gardait au doc- teur une reconnaissance très vive qui se manifestait par mille attentions délicates.Quand Marie-Lise entra dans sa boutique, ce matin-là, Mme Le Bihan fut frappée par son expression anormale.La jeune fille était rouge, un peu haletante comme si elle avait longtemps couru et elle jetait autour d\u2019elle de fréquents regards inquiets.\u2014 Etes-vous souffrante, Mademoiselle ?lui demanda-t-elle avec intérêt, après avoir répondu à son salut.\u2014 Moi ?sursauta Marie-Lise.Non, non.Pourquoi cette question ?\u2014 Excusez-moi, mais on dirait que vous êtes poursuivie par toute une légion de farfadets.\u2014 Je suis en retard, expliqua la jeune fille en se forçant à rire.Je suis restée trop longtemps chez les Cosmao.Le père Gringoire est malade et je dois avertir mon frère pour qu\u2019il aille le visiter avant le déjeuner.Pourrait-on me servir rapidement ?\u2014 Bien sûr.Donnez votre liste à Ronan, il va tout vous préparer.Et asseyez-vous un instant pour reprendre votre souffle.Voulez-vous boire quelque chose ?Vous avez pris froid, c\u2019est sûr, voilà que vous tremblez maintenant.\u2014 Ce n\u2019est rien, c\u2019est nerveux, assura Marie-Lise en s\u2019efforçant de calmer cette agitation qui pourrait paraître suspecte.J\u2019ai mené la chèvre chez Cosmao sur l\u2019esplanade du château.Le vent est terrible là-haut.Elle imaginait la salle nue, où les rafales s\u2019engouffraient par les fenêtres aux ogives brisées.S\u2019était-il recouché sur son lit de goémons ?Y passerait-il la nuit ?_ \u2014 Voici votre paquet, Mademoiselle, dit le commis en s\u2019approchant d\u2019elle.\u2014 Merci, Ronan.Mettez tout dans mon panier, s\u2019il vous plaît, pendant que je vais régler ma note.Tandis qu\u2019elle se tenait debout devant la caisse, tournant le dos à l\u2019entrée et cherchant sa monnaie, elle entendit tinter la petite clochette de la porte et des pas lourds martelèrent le sol.\u2014 Bonjour, brigadier, lança Le Bihan en s\u2019avançant vers le nouveau venu.Marie-Lise leva la tête.Au-dessus de la caisse, derrière Mme Le Bihan, 0 y avait une glace, témoin des fréquents accès de coquetterie de la séduisante épicière.Et dans cette glace se réflétaient les formes sombres de deux gendarmes, leur casque de moto, leurs vestes de cuir.Mon Dieu ! Que venaient-ils faire dans ce bourg perdu ?Que cherchaient-ils ?Elle se força au calme, comprenant que son trouble pouvait éveiller les soupçons.Heureusement, Mme Le Bihan était trop occupée à arranger ses mèches frisées sous son bonnet de tulle empesé pour remarquer le tremblement qui la secouait à nouveau.\u2014\tQu\u2019y a-t-il pour votre service, Messieurs ?demanda l\u2019épicière avec son plus aimable sourire.\u2014\tSi vous avez du bon cidre, bien frais, nous en boirons volontiers un verre, mon camarade et moi, répondit le brigadier en enlevant son casque.Et une tranche de jambon serait la bienvenue aussi.Nous battons la campagne depuis minuit, sans avoir pu seulement casser la croûte.Ils s\u2019étaient assis tous les deux sur les tabourets de bois noir et avaient posé leurs casques sur la table.\u2014\tEncore une histoire de contrebande ?demanda Le Bihan en disposant les verres sur la table.\u2014\tNon.C\u2019est plus sérieux cette fois.Un détenu s\u2019est échappé de la prison de Vannes.Marie-Lise, qui tournait le dos aux gendarmes, faillit laisser tomber la douzaine d\u2019oeufs si bien emballés par les soins de Ronan.Ainsi, c\u2019était un prisonnier.recherché par la police ?Et s il prenait fantaisie aux gendarmes de monter jusqu\u2019aux ruines du château, ils le trouveraient endormi et le captureraient sans peine.# Lt vous pensez qu\u2019il est venu par ici ?demanda l\u2019épicier en posant devant eux un plat de jambon d\u2019un rose appétissant.On le suppose, c\u2019est tout ce qu\u2019on peut dire.On a suivi sa trace jusqu\u2019à Montréal, janvier 1960 29 Baden.Mais, au lever du jour, il y avait un tel brouillard, du côté des marais, que nous avons dû nous arrêter.On n\u2019y voyait pas à un mètre devant soi._Est-ce un dangereux criminel, Brigadier ?questionna Mme Le Bihan avec un air effarouché.\u2014\tAprès tout, il n\u2019y a pas de raisons de vous cacher sa personnalité.Tout au contraire, mieux vaut vous donner son nom et son signalement ; vous pouvez nous aider dans nos recherches.C\u2019est François de Port-Riou, vous savez, celui qui a tué son oncle.\u2014\tPardon, dit une petite voix douce, on l\u2019accuse de l\u2019avoir tué, mais on n\u2019a pas prouvé sa culpabilité, n\u2019est-ce pas ?Le brigadier qui était jeune et sympathique, se tourna avec complaisance vers Marie-Lise et lui sourit.\u2014 Bien sûr, il se défend comme un beau diable et clame son innocence.Mais il est bien certain que pour s\u2019enfuir comme il l\u2019a fait, il ne doit pas avoir la conscience très tranquille.\u2014 Voyons, intervint le second gendarme en se versant à boire, vous savez bien que sa défense est pitoyable.Toutes les preuves sont contre lui, il y a des témoins irréfutables.\u2014 Un peu trop à mon avis, et c\u2019est ce qui me chiffonne, dit pensivement le brigadier.Mais notre métier est de le rattraper, non de le juger.Ne pouvez-vous fournir aucun indice qui nous mette sur sa voie ?\u2014 Encore faudrait-il savoir comment il est fait.En cette saison les étrangers commencent à arriver.On ne peut pas faire attention à tous les gens qui passent.\u2014 Tenez, voici son portrait et son signalement, répondit le brigadier en tirant un papier de la poche de sa tunique.Tandis que Mme Le Bihan se penchait par dessus le comptoir, Marie-Lise fit deux pas en avant.Elle revit le visage de l\u2019inconnu, un peu moins maigre, rasé strictement, un visage intelligent, où les yeux bien ouverts sous des sourcils sombres brillaient d\u2019un éclat spirituel.Cette photo avait dû être prise avant son arrestation.François de Port-Riou vêtu avec élégance, portait les cheveux plus longs et Marie-Lise retrouvait cette mèche indisciplinée qui retombait sur sa tempe.Il souriait avec cette même expression à la fois ironique et douce qu\u2019il avait eue, là-haut dans le donjon, quand il avait serré sa main.Se pouvait-il vraiment que cet homme soit un assassin ?\u2014 Il est beau garçon, remarqua Mme Le Bihan avec un soupir, et il paraît tout jeune.\u2014 Vingt-cinq ans, exactement, taille 1 m.80, cheveux noirs légèrement bouclés.teint mat, yeux gris, nez droit, bouche moyenne.Il était vêtu au moment de son évasion d\u2019un pantalon foncé, d\u2019une veste de tweed marron et blanc, d\u2019une chemise crème, sans cravate.\u2014 Je n\u2019ai rien vu qui ressemble à cet individu, fit Le Bihan en secouant la tête.\u2014 Moi non plus, ajouta Ronan, le commis.Et pourtant je suis resté dehors une partie de la matinée, à ranger les caisses vides.\u2014 Et vous, Mademoiselle ?n\u2019auriez-vous pas rencontré ce garçon en promenant la chèvre des Cosmao ?Marie-Lise se mit à rire, très naturellement.Et Dieu sait pourtant si son coeur cognait fort dans sa poitrine.Mais il ne fallait pas que Mme Le Bihan qui venait de lui poser cette question s\u2019aperçoive de son trouble.\u2014 Ma Doué! s\u2019exclama-t-elle, même si j\u2019avais croisé un régiment je n\u2019y aurais pas pris garde, tant le vent soufflait.J\u2019avais bien assez à faire à me maintenir droite et à surveiller Albine, toujours prête à faire des bêtises.\u2014\tVoyons, interrogea le gendarme, la bouche pleine, n\u2019y a-t-il pas dans le pays des grottes, des carrières abandonnées, des vieilles masures, où un homme puisse se dissimuler ?C\u2019est la première fois que nous venons dans ce coin, vous pouvez nous conseiller utilement.\u2014\tLe long de la côte, je ne vois rien, dit Le Bihan.Toutes les maisons du pays sont habitées et s\u2019il était venu dans le village on l\u2019aurait vite repéré.\u2014\tEt dans les ruines du château ?suggéra Ronan.Il y a des tas de cachettes par là.Marie-Lise le regarda avec une furieuse envie de le coiffer avec la jatte de crème.Quel besoin avait-il de faire l\u2019important, ce simple d\u2019esprit ?\u2014\tJe ne pense pas que votre homme soit de ce côté, remarqua-t-elle d\u2019un ton détaché.Je viens d'y conduire ma chèvre, j\u2019ai fait tout le tour du plateau, je suis même entrée dans le donjon pour m\u2019y mettre à l\u2019abri et je n\u2019ai vu âme qui vive.« Pardonnez-moi, mon Dieu, pensait-elle en elle-même, c\u2019est un affreux mensonge, mais je ne puis faire autrement.» \u2014 Il a dû continuer sur Auray pendant que nous pataugions dans les marais de Pen-en-Toul.Inutile de nous attarder plus longtemps par ici, Léonard ; mieux vaut retourner à Vannes et attendre les ordres.Nos camarades ont peut-être eu plus de chance.Marie-Lise ramassa son panier, fit effort sur elle-même pour sourire aux deux gendarmes et sortit enfin de l\u2019épicerie.Elle n\u2019arrivait pas à analyser le trouble étrange qui la bouleversait.Elle, si franche, si ennemie de toute dissimulation, elle venait de mentir effrontément.Et pourquoi ?Pour essayer de sauver un garçon qui était peut-être un scélérat, un fieffé coquin, beaucoup plus à sa place derrière les murs solides d\u2019une prison qu\u2019en liberté.Pourtant, elle devait bien s\u2019avouer qu\u2019elle ne_ regrettait rien et qu\u2019elle agirait de même si c\u2019était à refaire.Baissant la tête pour lutter contre le vent, elle croyait entendre sa voix suppliante : « Si vous apprenez un jour qui je suis, soyez sûre que vous avez rendu service à un innocent.» Sa nature généreuse croyait à cette innocence.La jeunesse du prévenu, son sourire triste, la prière de ses yeux, plaidaient en sa faveur.Marie-Lise était encore trop inexpérimentée pour savoir que le serpent le plus redoutable se cache parfois sous les fleurs les plus parfumées.D\u2019instinct elle faisait confiance aux êtres pour qui elle éprouvait de la sympathie.Et cet inconnu que le destin avait jeté sur sa route parce qu\u2019il était beau et malheureux lui semblait digne de toutes les pitiés.Dès qu\u2019elle rentra elle fit part à son frère de l\u2019indisposition du père Gringoi-re.Elle avait un peu honte d\u2019avoir tant tardé en se rappelant les souffrances de son vieil ami.Tandis que le docteur se hâtait pour aller voir le malade avant midi, Marie-Lise déballa ses provisions sur la table de la cuisine.Jeannick tournait une sauce sur le feu.On ne voyait d\u2019elle que sa robuste carrure de paysanne, sa jupe noire aux mille plis bien froncés autour de la taille épaisse et la tache immaculée de son bonnet de mousseline.\u2014 Tu es restée bien longtemps, petite, fit-elle remarquer sans se retourner.Pourtant, avec ce vent, il ne fait guère bon dehors, aujourd\u2019hui.\u2014 Les Cosmao m\u2019ont retenue et il y avait du monde à l\u2019épicerie.Et puis, Albine s\u2019était sauvée dans les ruines, il a fallu que je la cherche.\u2014 J\u2019ai vu passer les gendarmes devant la maison, reprit la cuisinière, changeant brusquement de sujet.Ils ont arrêté un étranger qui se promenait.Il a dû leur faire voir ses papiers d\u2019identité.Pour sûr, ils cherchent quelqu\u2019un.La jeune fille, une boîte de sucre à la main, réfléchissait rapidement.Jeannick était au mieux avec Mme Le Bihan.Celle-ci ne manquerait pas de lui parler de la conversation tenue le matin même dans sa boutique.Mieux valait ne pas en faire mystère.\u2014 Oui, dit Marie-Lise sur un ton indifférent, ils sont à la poursuite d\u2019un détenu qui s\u2019est échappé de la prison de Vannes.\u2014 Et il est de nos côtés ?demanda la brave femme en tournant vers la jeune fille un visage rond, aux yeux inquiets.Il faudra dire au docteur de bien fermer les fenêtres, ce soir.mm Que vous proposez-vous de faire a votre retraite?Pour chacun d\u2019entre nous, la retraite prend un sens différent.Il est probable, cependant, que vous comptez accomplir toutes ces choses pour lesquelles le temps semble toujours vous manquer actuellement.Evidemment, la grande question qui se pose est la suivante: Aurez-vous les moyens voulus?En d\u2019autres mots, si vous continuez à épargner au rythme où vous le faites présentement, jouirez-vous de l\u2019indépendance financière à votre retraite?Si la réponse est \u201cnon\u201d, vous pourriez peut-être songer aux excellents régimes d'épargne-retraite que sont les rentes sur l\u2019Etat.Ainsi: Si vous êtes un homme âgé de 28 ans et désirez vous assurer une rente de $100 par mois, votre vie durant, à compter de votre soixante-cinquième anniversaire, votre prime mensuelle ne serait dans ce cas que de $14.90.ET VOS PRIMES SONT DÉDUCTIBLES, DANS UNE CERTAINE LIMITE, AUX FINS DE L\u2019IMPÔT SUR LE REVENU.Et ce n\u2019est là qu\u2019un des plans de rentes sur l\u2019Etat disponibles.Vous pouvez aussi acheter une rente dont vous commencerez à bénéficier à 50, 60 ou 65 ans.De plus, l\u2019examen médical n\u2019est pas exigé .et la rente reste toujours en vigueur .MINISTERE FÉDÉRAL DU TRAVAIL Pour obtenir des renseignements détaillés, veuillez poster le coupon ci-dessous au: Directeur, Rentes sur l\u2019Etat,\t9RP Ministère du Travail, Ottawa (franc de port).Veuillez me faire parvenir des renseignements complets au sujet des rentes sur l\u2019Etat.Mon nom est.Je demeure à.\"1 (M.Mme Mlle) Date de naissance.Téléphone.Age à l\u2019échéance de la rente.Je compte que les renseignements fournis seront considérés strictement confidentiels.I___________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________I % | COUPON CADEAU - Offre Spéciale ABONNEZ-LES AUX TROIS GRANDS MAGAZINES S* i 1 I i LE SAMEDI - LA REVUE POPULAIRE - LE FILM (Pour 12 mois) -OU A VOTRE CHOIX ?\tLE SAMEDI (bi-mensuel) ___________________ ?\tLA REVUE POPULAIRE (mensuel)______________ ?\tLE FILM (mensuel) ________________________ Remplissez ce bulletin à votre choix.Veuillez trouver ci-inclus la somme de $.pour l'abonnement indiqué d'un ( X î.\u2014 IMPORTANT Marquez d'une croix ?s'il s'agit d'un renouvellement Canada\tEtats-Unis $5.50\t$8.00 3.50\t5.00 1.50\t2.00 1.50\t1.50 (1) a 8 i a m » NOM DU DESTINATAIRE ii ADRESSE .8 « X X VILLE PROV.ou ETAT (2) NOM DU DESTINATAIRE ADRESSE î PROV.ou ETAT i i i i 1 I x x x ai ai R X X X I g _________________ X POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE\tS 975 - 985, rue de Bullion,\tMontréal 18, P.Q.| 30 La Revue Populaire Les travaux féminins PARURE DE TABLE A CAFE ¦i.Fournitures requises Coton à broder Anchor de Clark : 2 écheveaux de 509 (bleu cobalt), 1 écheveau de 462 (vert perroquet) et 1 écheveau de 500 (vert herbe).Employer 3 brins pour tout le travail.Un carré de toile tissée de 19Và po.carrés, 21 fils au pouce.1 aiguille à tapisserie No 23 de marque Church de Milwards.Ûl: Exécution Les points sont faits sur 3 fils dans les deux sens du tissu, 7 points au pouce.Les carrés du schéma à l\u2019arrière plan représentent ces 3 fils.Suivre le schéma et la légende pour la broderie.Commencer dans le coin droit inférieur à 2% po.des bords et travailler la partie donnée dans le schéma, le centre de chaque côté est indiqué par une flèche.Travailler en sens contraire à partir des flèches pour finir les 3 autres parties.Pour faire le point d\u2019Holbein, commencer le premier rang en brodant de droite à gauche, par dessus un point et en dessous de l\u2019autre point alternativement.Au retour, broder de la même manière de gauche à droite remplissant les espaces laissées libres au premier rang.Bien presser la broderie finie sur l\u2019envers de l\u2019ouvrage.Tourner un petit ourlet d\u2019un % po.tout le tour du carré et coudre à points perdus.\u2014 Quelle peureuse tu fais.On pense qu\u2019il a filé vers Auray.Ceci te rassurera, je pense.\u2014 Oh ! il ne tardera guère à être repris, ce pauvre diable.Ne serait-ce que pour manger il faudra bien qu\u2019il se rapproche des lieux habités.Là, voilà ma sauce prête.Le couvert est mis, on nourra se mettre à table dès que le docteur rentrera.Marie-Lise, les yeux vagues, ne l\u2019entendait plus.Depuis combien de temps François de Port-Riou n\u2019avait-il plus mangé ?Dans sa course éperdue à travers la campagne, sans cesse traqué, obligé de fuir, de se cacher, où aurait-il pu se procurer un peu de nourriture ?Quelques fruits peut-être, mais ils étaient encore rares à cette époque de l\u2019année.Jeannick avait disparu dans la salle à manger.Avec une célérité de prestidigitateur, Marie-Lise fit disparaître dans un cabas la moitié d\u2019un pain, un reste de viande, un pot de confiture.Elle sortit dans le jardin et alla cacher le sac à provisions dans un buisson, tout à côté de la porte d\u2019entrée.Elle revint vers la maison, pénétrée d\u2019un sentiment exaltant de culpabilité et de triomphe.Il lui semblait vivre un merveilleux roman policier dont elle était la séduisante héroïne.Gilles Gallouédec revint assez tard et expédia rapidement son déjeuner.Il avait rendez-vous à Vannes avec des confrères et il craignait d\u2019être en retard.Marie-Lise bénit au fond de son coeur cette préoccupation qui empêchait son frère de lui poser des questions gênantes sur son emploi du temps de la matinée.Se sentant en faute, elle redoubla de gentillesse et l\u2019accompagna jusqu\u2019à sa voiture garée devant la grille du jardin.Quand elle se trouva seule et libre de ses actes, Marie-Lise, si fébrile un instant auparavant et si pressée de courir vers le donjon, resta indécise au milieu de la petite allée.Etait-il sage de chercher à revoir François de Port-Riou ?Ne pas le dénoncer à la police était une chose.L\u2019aider à lui échapper en lui fournissant des vivres était tout autre.Elle se faisait ainsi sa complice.Si elle était découverte, quel scandale dans Plou-guirec.Et comment son frère jugerait-il sa conduite ?Il risquait d\u2019être compromis, lui aussi.Pourtant, coupable fût-il, cet homme avait droit à sa pitié.Un morceau de pain offert à un malheureux ne pourrait être considéré comme un crime.Et quel remords pour elle si elle apprenait par les journaux que François avait connu une fin misérable.Son coeur de femme, si chaud, si tendre, si accessible à la divine charité, l\u2019emporta sur ses scrupules.Décidée, elle rentra dans la maison, alla trouver Jeannick qui desservait la table.\u2014 J\u2019ai peur de la pluie, dit-elle, aussi je vais chercher Albine.En même temps je verrai si Mme Cosmao n\u2019a pas besoin d\u2019un coup de main.\u2014 Va, ma fille, mais prends ta cape et ne reste pas trop longtemps.On dirait que le vent forcit encore.Il devenait terrible, en effet, et tournait à l\u2019ouragan.Tant qu\u2019elle fut sur la pente qui montait vers le château et qui regardait vers les terres, Marie-Lise put marcher sans en être incommodée.Mais aile entendait tinter sans arrêt, au-dessus d\u2019elle, la cloche de Saint-Guirec.Ce tintement mélancolique se mêlait aux gémissements des arbres tordus par la tempête, aux cris aigus des mouettes qui passaient comme des flèches, déportées par le vent.Celui-ci hurlait à travers les ruines, s\u2019engouffrait dans les cavités sonores avec des résonnances d\u2019orgues, sifflait le long des pans de mur, tourbillonnait dans les salles vides avec un fracas de nuit de sabbat.Quand elle parvint sur le plateau, Marie-Lise dut se cramponner à un buisson pour ne pas tomber.Le vent arracha son capuchon, rejeta les pans de sa pèlerine et elle dut lutter contre lui, de toutes ses forces, aveuglée par les mèches de ses cheveux dénoués.Serrant à son bras le cabas empli des précieuses provisions, tenant dans sa main crispée les bords de sa cape, elle avança lentement, tête baissée.« Je dois ressembler à Albine, pensa-t-slle, amusée.Elle marche de cette manière quand il vente.Où peut-elle bien être, la pauvre bête ?Je ne la vois nulle part.» Mais elle disait ces mots à mi-voix pour se tromper elle-même.En vérité, elle se souciait assez peu de la chèvre.Elle l\u2019avait attachée le matin même dans un coin bien abrité et sa corde était assez longue pour lui permettre d\u2019aller et venir à sa guise.Elle s\u2019inquiétait beaucoup plus pour le prisonnier, se demandant avec inquiétude si elle allait le retrouver.A l\u2019idée de ne jamais le revoir, une déception se glissa dans le coeur de Marie-Lise.Avant qu\u2019il disparaisse de son horizon, elle voulait l\u2019entendre encore une fois, lui prodiguer quelques paroles de réconfort qui seraient un baume pour l\u2019âme déchirée du malheureux garçon.Marie-Lise fit quelques pas à l\u2019intérieur de la tour et jeta vers la salle de garde un regard craintif.L'homme était debout devant la fenêtre, appuyé contre le mur, sa main droite crispée sur son estomac, l\u2019autre enfoncée dans sa poche.Tourné vers l\u2019entrée du donjon, il souriait avec effort.\u2014\tJe vous ai vue arriver, dit-il, je m\u2019attendais à vous voir vous envoler comme une mouette.Pourquoi êtes-vous revenue ?Il fait trop mauvais aujourd\u2019hui pour vous aventurer dehors.\u2014\tBah ! fit-elle en riant, je suis solide et le vent ne m\u2019effraie pas.J\u2019ai pensé, ajouta-t-elle en hésitant, que vous pouviez avoir faim.\u2014 Sapristi, grommela-t-il entre ses dents, je me sens d\u2019humeur à dévorer les pierres.Depuis le maigre repas de la prison, hier à midi, je n\u2019ai rien mangé.\u2014\tTenez, voici de quoi vous restaurer.C\u2019est un peu sommaire, mais j\u2019ai dû me dépêcher pour ne pas donner l\u2019éveil.\u2014\tQue Dieu vous bénisse ! S\u2019il me permet un jour de retrouver mon honneur et ma liberté, je vous jure que je n\u2019oublierai pas votre charité.Marie-Lise aurait eu très envie de continuer la conversation, mais un sentiment de discrétion la retint.Le jeune homme s\u2019était emparé du cabas et elle devinait que seule, son éducation l\u2019empêchait de se jeter sur les aliments comme un affamé.\u2014J e vais à la recherche de ma chèvre, dit-elle en se détournant.Mangez en toute tranquillité, je reviendrai dans un moment.Elle retrouva Albine blottie à l\u2019abri d\u2019un pan de mur, en assez fâcheuse posture.Sa longue corde s\u2019était entortillée autour d\u2019un buisson et elle se trouvait attachée de court dans l\u2019impossibilité de brouter à sa gui6e.Elle bêla de contentement quand elle aperçut Marie-Lise qui la détacha aussitôt.La petite chèvre, délivrée, se remit à gambader, sans se soucier du vent qui faisait chanceler et la jeune fille, attirée comme par un aimant invisible, revint vers le donjon.Elle se sentait heureuse, sans remords.Le geste pitoyable qu'elle venait de faire était peut-être une faute aux yeux de la loi.Au regard de Dieu, lui serait-il compté comme un acte d\u2019amour pour un frère malheureux ?Elle le retrouva, assis sur un des bancs de pierre qui entouraient le foyer.Ce repas inattendu semblait lui avoir redonné des forces, mais surtout il avait raffermi son énergie chancelante.\u2014 Je me sens un tout autre homme, déclara-t-il en se levant.Sans votre bonté, je crois bien que je n\u2019aurais pu résister plus longtemps.Vous voyez, ajouta-t-il, avec un sourire, j\u2019ai été sage.J\u2019ai mis de côté des provisions pour ce soir.Je ne trouverai pas toujours sur mon chemin une âme pitoyable comme la vôtre.\u2014 Où comptez-vous aller, Monsieur ?On vous cherche dans toute la région.Le jeune homme tressaillit violemment et son visage un instant détendu, se durcit à nouveau.\u2014 J\u2019ai vu les gendarmes, ce matin, reprit Marie-Lise.Ils ont donné à tout Montréal, janvier 1960 31 Plougirec votre nom, votre signalement.Mais ils pensent que vous avez continué du côté d'Auray.Ils ont perdu votre trace vers les marais, à cause du brouillard.\u2014\tJe sais.dit François, la tête basse, en se mordant les lèvres.Je suis resté plus d\u2019une heure caché dans un fossé plein d\u2019eau pendant que les motocyclistes patrouillaient sur la route.Il alla vers la fenêtre, fixa un instant sans la voir la petite chèvre blanche qui broutait, ses longs poils ébouriffés par le vent.\u2014\tAinsi, dit-il sans se retourner, vous savez qui je suis ?Un homme accusé de meurtre.et le plus odieux, car on rr'accuse d\u2019avoir tué l\u2019être incomparable qui me servait de père.Et vous ne craignez pas de rester en ma compagnie ?Vous ne me fuyez pas ?\u2014\tPourquoi aurais-je peur?répliqua doucement Marie-Lise.J\u2019ignore tout du crime qu\u2019on vous impute, à part quelques comptes rendus d\u2019audience, parcourus distraitement.Mais je vous crois innocent.Je vous fais confiance.Pourquoi ?Je serais incapable moi-même d\u2019en donner les raisons.Peut-être parce que vous êtes jeune et malheureux, parce que vous avez des yeux qui regardent bien en face, tout simplement peut-être, parce que je suis une fille toute simple qui ignore le mal.Mais si l\u2019on me demandait de jurer sur ma tête que vous êtes innocent, je ferais ce serment, Monsieur de Port-Diou, et je crois que Dieu m\u2019approuverait.Il s'était retourné vers elle et il la regardait tandis qu\u2019elle parlait.Toute droite, ses mains pâles croisées sur sa cape noire, avec ses longs cheveux blonds à peine ondés qui effleuraient ses épaules, elle offrait à François son visage sincère, la flamme chaude de ses yeux noirs, la douceur compatissante de son sourire.Sans rien dire, la gorge nouée par une émotion qui le bouleversait, il prit ses mains dans les siennes, et, se penchant, il y posa ses lèvres avec dévotion.\u2014 Depuis six mois, murmura-t-il en se redressant, vous êtes le première créature qui m\u2019ayez adressé des paroles de bonté.Vous ne pouvez savoir quel bien vous me faites.Une rougeur fugitive était montée aux joues de Marie-Lise en sentant sur ses mains la douceur de cette caresse.Elle les retira sans brusquerie, les cacha sous les plis de sa mante et sous l\u2019étoffe, sans même y prendre garde, elle les serrait Tune contre l\u2019autre comme pour garder enfermée la chaleur de ce baiser respectueux.\u2014 Ne croyez-vous pas, reprit-elle d\u2019une voix qui suppliait sans qu\u2019elle en eut conscience, que vous feriez mieux de rester caché ici quelques jours ?Les gendarmes ont déjà battu cette partie du Morbihan sans vous y découvrir.Ils vont maintenant porter leurs efforts dans l\u2019intérieur des terres.Ici vous avez un abri et je puis, sans donner l\u2019éveil, vous ravitailler tout en promenant ma chèvre.\u2014 Vous avez sans doute raison.Mais songez au danger que je vous fais courir.Si vous êtes suivie, espionnée, si on me trouve ici et qu\u2019on apprend votre rôle, vous serez accusée de complicité.Y avez-vous pensé ?\u2014 Bien sûr.Ne me croyez pas inconsciente, ni meilleure que je le suis.J\u2019ai hésité avant de revenir vous voir.Mais c\u2019est une force intérieure plus puissante que toutes les craintes, qui m\u2019a poussée vers vous.Si je dois supporter un jour les conséquences de ma charité, j\u2019accepte ce risque.\u2014 Quelle brave petite fille vous êtes.Et je ne sais même pas votre nom.\u2014 Je m\u2019appelle Marie-Lise Galloué-dec.Mon frère est le docteur de Plougirec.\u2014 C\u2019est étrange.Vous avez des yeux qui ne s\u2019accordent pas avec ce nom si spécifiquement breton.Où avez-vous pêché ces yeux de gitane, Marie-Lise ?Elle rit, pour la première fois, et ce rire gai se mlla aux hurlements du vent, aux tintements saccadés de la cloche, aux cris aigus des mouettes.\u2014 Une grand-mère provençale me les a transmis du fond des âges.Tous les Gallouédec ont les yeux bleus.Je suis 1 exception qui confirme la règle.Le bouchon saute.joyeusement.La gaieté fuse de toute part, c'est l\u2019esprit pétillant du ft vin qui chante dans les verres ! Le vin rosé pétillant DuBarry de Du Barry / ty /tnf Bright couronnera vos réunions.Essayez-le.Son prix est très modique et son goût délicieux plaira à tous.^£4 6tm4 ovrt4 canaafce*t4 DEMIS 1874 \u2014 Une bien jolie exception, remarqua François pensivement.Puis il se détourna avec un soupir et il passa machinalement la main sur ses joues mal rasées.Pendant quelques minutes la tempête reprit possession du plateau et Marie-Lise s'aperçut qu\u2019elle l\u2019avait oubliée.Près de ce garçon presque inconnu, dans ce décor austère et misérable, elle avait la sensation que le temps ne comptait plus, qu\u2019elle n\u2019entendait rien d\u2019autre que les battements de leurs coeur et le son de leurs voix.\u2014 Vous aurez froid, cette nuit, dit-elle en désignant la couche de goémons.Je vous donnerais bien ma cape, mais Jeannick, notre vieille bonne, s\u2019apercevrait vite de sa disparition.\u2014 Et je ne l\u2019accepterais pas, soyez-en sûre, répondit-il en riant, avec une émotion qu\u2019il arrivait mal à dissimuler.Ne vous inquiétez pas pour moi, cette cachette si inconfortable soit-elle, représente un avant-goût de la liberté.Si j\u2019étais rassuré quant à ma sécurité, je m\u2019y sentirais aussi heureux que dans un palais.Partez maintenant, on pourrait s\u2019étonner de votre longue absence.Et soyez bénie.pour tout.ce pain, cette douceur, ce rire, cette chaleur, tout ce que je devine en vous de sincère Plus que jamais je dois lutter pour faire triompher mon innocence.\u2014 Je prierai pour vous, dit-elle simplement en lui tendant la main.Je reviendrai demain matin.* * * 11 m U ne man8es r\u2018en, petite, remar-qua Jeannick sur un ton de 5 reproches.Pourtant, tu aimes bien le soufflé, d\u2019habitude.» Marie-Lise regarda la vieille servante avec une sorte d\u2019étonnement.S\u2019était-elle aperçue seulement de la présence sur la table de ce superbe soufflé, gonflé, qui embaumait le fromage ?Depuis quatre jours elle était ainsi, toujours distraite et comme absente.Elle, si vive et souvent bavarde comme une pie, elle restait des heures silencieuses, semblant écouter l\u2019approche d\u2019un pas, tendue vers un but inconnu.La domestique avec son instinct de femme et son amour pour l\u2019enfant qu\u2019elle avait vue naître s\u2019était aperçue la première de ce changement de caractère.Le matin même, elle avait confié ses inquiétudes au docteur qui, d\u2019abord, n\u2019avait fait qu\u2019en rire.\u2014 Marie-Louise est à l\u2019âge où les jeunes filles aiment à se rendre intéressantes.Peut-être s\u2019ennuie-t-elle à Plouguirec ?La vie n\u2019est pas très gaie ici, elle manque d\u2019amies de son âge.Mais tout cela n\u2019est pas grave, ma bonne Jeannick.Une ondée de printemps.Le soleil reviendra vite.Il en était moins sûr à présent.Il trouvait à sa soeur un petit visage anxieux, dépouillé de cette gaieté prime-sautière qui lui donnait tant de charme.Depuis le début du repas, alerté malgré son optimisme par les confidences de Jeannick, il observait Marie-Lise qui mangeait du bout des lèvres, avait l\u2019air de ne pas comprendre les questions qu\u2019on lui posait et tressaillait nerveusement pour une porte fermée ou un tintement d\u2019argenterie.\u2014 Jeannick a raison, dit Gilles fermement.Tu vas me faire le plaisir de te servir convenablement.Je suppose que tu ne tiens pas à soigner ta ligne, tu es assez mince pour ne pas y prendre garde ?\u2014 Ma ligne ?répéta Marie-Lise sans avoir l\u2019air de comprendre.\u2014 Mais enfin, sapristi, que se passe-t-il ?Tu donnes toujours l\u2019impression de tomber de la lune.Te sens-tu souffrante ?As-tu envie de quelque chose ?\u2014 Mais non, dit la petite, toute chavirée et au bord des larmes.\u2014 Allons, voilà que tu vas pleurer, à présent ! Voyons, grande sotte, je ne te gronde pas.Seulement, je te trouve bizarre et je m\u2019en inquiète.\u2014 Je ne comprends pas ce que tu veux dire, répliqua-t-elle en se forçant à sourire.Je n\u2019ai pas très faim en ce moment, c\u2019est vrai et je reconnais que ce vent qui souffle sans arrêt me porte sur les nerfs.Mais je ne suis pas malade le moins du monde.\u2014 Il est certain, dit Gilles à moitié rassuré, que le temps que nous subis- sons depuis quatre jours est exaspérant.Mais aussi, pourquoi t\u2019obstiner à vouloir sortir tous les matins cette chèvre ?Tu pourrais rester tranquille à la maison.\u2014 Et faire de la tapisserie, peut-être ?Très peu mon genre, mon vieux Gilles.Je suis une fille de grand air et le vent ne me fait pas peur.Tiens, je vais reprendre du soufflé pour te tranquilliser .C\u2019est vrai qu\u2019il est délicieux.Le docteur, excellent praticien mais médiocre psychologue, ne s\u2019aperçut pas qu\u2019elle passait un peu trop vite des larmes au rire.Il se trouva satisfait de cette épreuve de bonne volonté et parla d\u2019autre chose, au grand soulagement de la jeune fille.Prétextant d\u2019un rayon de soleil qui s\u2019infiltrait timidement entre deux nuages, elle sortit aussitôt après le café, laissant son frère lire en paix son journal.Le jardin où poussaient sans ordre les rosiers, les pivoines, et les humbles fleurs du bon Dieu avait souffert de la tempête.Le sol boueux était jonché de branches brisées, de feuilles mortes et les pommiers avaient perdu les dernières corolles qui fleurissaient encore au milieu de la verdure nouvelle.Les jacinthes bleues, aux délicates clochettes, avaient résisté à la tourmente.Marie-Lise les cueillit une à une, distraitement, pour se donner une contenance au cas où Jeannick l\u2019observeraient de la fenêtre de la cuisine.Elle savait bien la raison de ce trouble perpétuel qui l\u2019agitait.Son corps allait et venait dans cette allée, mais son esprit, son coeur étaient là-haut, dans cette tour délabrée qui dressait sur le ciel gris sa silhouette tragique.François lui parlait souvent de son oncle avec une tristesse qui n\u2019était pas feinte, mais surtout avec une admiration profonde.Il avait certainement beaucoup aimé le disparu qui lui avait servi de père depuis la mort de ses pa- rents.Il citait à tout propos ses qualités de coeur, d\u2019intelligence, sa haute probité, sa bonté inépuisable qui le rendait souvent crédule et qui refusait de croire au mal.En l\u2019écoutant, Marie-Lise se révoltait à l\u2019idée qu\u2019on ait pu accuser François du meurtre de son oncle.C\u2019était inimaginable, monstrueux ! Et dans quel but aurait-il agi de la sorte ?Pas par intérêt, puisque le jeune homme possédait une fortune personnelle qui venait de ses parents très supérieure à celle de M.de Port-Riou.Marie-Lise essayait vainement de se rappeler les détails de ce drame déjà vieux de six mois.Elle n\u2019osait pas en parler à son frère, encore moins à François et pourtant il fallait à tout prix qu\u2019elle soit renseignée.Elle se souvint que Jeannick empilait soigneusement au grenier les vieux journaux.Us lui servaient à allumer son feu l\u2019hiver, à préserver les tapis durant Tété.Peut-être, Marie-Lise aurait-elle la chance d\u2019y découvrir ceux relatifs à l\u2019époque du drame ?C\u2019était une expérience à tenter.Mais il fallait attendre un moment de liberté car Jeannick, familière et facilement curieuse, ne manquerait pas de lui demander ce qu\u2019elle allait chercher au grenier.« Bah ! songea la jeune fille, je l\u2019expédierai ce soir chez les Cosmao sous un prétexte quelconque.Elle est toujours ravie d\u2019aller bavarder avec ses vieux amis.Gilles rentrera tard, j\u2019aurai tout le temps de chercher ce qui m\u2019intéresse.» Son bouquet à la main, elle rentra dans la maison et décrocha sa pèlerine, après avoir jeté un long regard vers la glace ternie qui pendait au-dessus du bahut.Le miroir lui renvoya l\u2019image de son visage blond où les yeux noirs immenses et brillants mettaient deux taches sombres.Du doigt, elle ébou- 32 La Revue Populaire Grâce à sa grande variété de modèles le piano Willis peut être à la portée de chaque foyer canadien.Informez-vous à l\u2019un ou l\u2019autre de nos magasins.riano il MODÈLE TRIANON \t Al Facilités de paiement WILLIS & CO.LimiTED MONTRÉAL \u2022 TROIS-RIVIÈRES \u2022 QUÉBEC \u2022 MONCTON 1871 X, ! outicjue \u201cV°P u faire UN BON CLIENT EST UN CLIENT AVERTI J\u2019ai rencontré ce mois-ci, à votre intention, chères lectrices, deux spécialistes de la mode enfantine, et chose bizarre, il s\u2019agissait, en l\u2019occurrence, d\u2019un ingénieur en textiles et de sa femme.Que vient faire un ingénieur en textiles dans la mode des tout-petits, me direz-vous ?.Qu\u2019à cela ne tienne, et poursuivons notre enquête.Monsieur Raymond Mazure, propriétaire de la maison Sélections Ltée, 6667, rue Saint-Hubert, Montréal, « le magasin des enfants élégants », tient-il à préciser, a d\u2019abord été durant plusieurs années, un ingénieur en textiles.Puis, un jour, il décida de mettre au service d\u2019un public acheteur ses connaissances techniques.En collaboration avec sa femme, il ouvrit un premier magasin, assez modeste ; bientôt leur commerce prit de l\u2019expansion et ils durent aménager dans un local plus vaste qu\u2019ils transformèrent en une boutique originale, bien à eux, répondant à leur désir.Quelle est la différence entre Sélections et les autres magasins pour enfants qui pullulent dans notre ville ?Pour vendre un tissu, il faut le connaître En effet, M.Mazure, à cause de son métier original, attache une très grande importance à la valeur des tissus, et par conséquent, à la confection des articles qu\u2019il met en vente.« Pour acheter un vêtement d\u2019enfants, nous affirme-t-il, il faut être un client averti.Je tiens à renseigner les mamans, je veux leur faire connaître les secrets de fabrication du tissu qu\u2019elles achètent.Certaines textures peuvent subir le lavage à la machine, d\u2019autres supportent mal le nettoyage à sec ; certains peuvent se repasser ou être pressées ; d\u2019autres supportent à peine la vapeur.Tous ces détails techniques qui semblent compliqués au premier abord, sont brait son front et elle lissa ses sourcils, en souriant involontairement.François lui parlait souvent de ses yeux.Il disait avec cet air à la fois ironique et tendre qui lui était si particulier, qu\u2019elle avait les cheveux d'un ange et les prunelles brûlantes d\u2019une bohémienne.Jamais personne n\u2019avait dit de telles choses à Marie-Lise.Et de les entendre prononcer par cette bouche triste au rare sourire, les lui rendaient plus précieuses encore.Après un rapide coup d\u2019oeil vers la cuisine d\u2019où lui venaient des bruits de vaisselle, Marie-Lise se dirigea vers la petite pièce contiguë à la salle de bains où son frère rangeait les médicaments avec un ordre scrupuleux.Il n\u2019y avait pas de pharmacien à Plou-guirec et bien souvent, Gilles puisait dans ses réserves personnelles et ses échantillons médicaux pour soulager ses malades.Avec mille précautions pour ne pas faire grincer les portes, la jeune fille ouvrit le grand placard qui tenait tout le fond de la chambre.Quelques minutes plus tard, drapée dans sa cape, les cheveux au vent, une chanson aux lèvres, elle courait vers le château.Elle fut enfin à l\u2019abri de la grosse tour et elle put respirer plus librement.Lissant d\u2019une main ses cheveux emmêlés, elle entra dans la salle des gardes, tremblante tout fond d\u2019elle-même à l\u2019idée de la trouver vide.Mais François était là.Allongé sur la couche de goémons, recouvert par la vieille couverture que Marie-Lise lui avait portée, il semblait faciles à retenir, si on prend la peine de s\u2019y intéresser.» Donc, première caractéristique de la maison Sélections : la connaissance des tissus et l\u2019entêtement de son propriétaire à faire de sa clientèle, une clientèle avertie .Seconde caractéristique : quelques modèles exclusifs.Une mode qui réponde aux besoins de l'enfant Afin d\u2019apporter à leur maison un cachet d\u2019originalité, Monsieur et Madame Mazure ont décidé de commander aux manufacturiers canadiens certains modèles en exclusivité.S\u2019inspirant de la mode européenne et américaine, Madame fait un choix de quelques modèles \u2014 à certains moments, elle les transforme légèrement afin de leur donner une note canadienne \u2014 et c\u2019est ainsi que la maison possède ses modèles exclusifs.Il est bien bien évident qu\u2019en plus, Sélections doit s\u2019approvisionner de toutes les lignes bien connues de vêtements pour en-jants.Ces modèles exclusifs sont choisis par Madame Mazure pour leur bonne confection (selon le conseil de Monsieur) et pour leur originalité .selon le goût de Madame.Un personnel bien renseigné En plus de ces deux bons points, que le propriétaire de l\u2019établissement tient à conserver, j\u2019en ai découvert un troisième.Me promenant à travers les diférents rayons du magasin, j\u2019ai tenté, à titre d\u2019expérience, l\u2019achat d\u2019un vêtement pour garçonnet.\u2014 « Ce pantalon conviendrait-il, Mademoiselle, à un enfant de quatre ans ?» Immédiatement, la vendeuse m'a posé, à son tour, une foule de questions sur cet enfant imaginaire.dormir.Mais la jeune fille, interdite un moment près de l\u2019entrée, perçut distinctement le bruit saccadé de ses dents qui s\u2019entrechoquaient et le sifflement de sa respiration.\u2014\tFrançois, appela-t-elle doucement, en s\u2019agenouillant près de lui.Il ouvrit les yeux avec effort, mais ne bougea pas.\u2014 François, c\u2019est moi, Marie-Lise, supplia-t-elle.Revenez à vous, j\u2019ai apporté des remèdes qui vous feront du bien.sayant de réfléchir intensément à ce qu\u2019il convenait à faire pour le bien de François.Elle sortit le thermos de son sac, versa dans la timbale le liquide bouillant, y fit fondre le sucre, tout en es- \u2014\tTâchez de vous relever, dit-elle en passant son bras sous la tête du jeune homme, et buvez cela bien chaud.Il se laissa faire comme un enfant et tandis qu\u2019elle le faisait boire à petites gorgées, il lui venait un désir éperdu de poser ses lèvres sur ce front brûlant qui pesait contre son épaule.\u2014 Ma pauvre Marie-Lise, murmura-t-il, je suis bien mal en point.Il ne manquait plus que ce nouvel ennui pour compléter le tableau.Il se mit à tousser, courbé en deux et la jeune fille voyait avec inquiétude ses pommettes se marbrer du rouge de la fièvre.\u2014\tTenez, dit-elle en débouchant la bouteille, buvez quelques gorgées de ce sirop, il vous calmera.Après, vous boirez encore une timbale de grog et je vous donnerai deux comprimés d\u2019aspirine.Ensuite nous parlerons.Adossé maintenant contre le mur, François paraissait plus calme.Il rit, « Quelle taille a-t-il, combien pèse-t-il environ, à quoi destinez-vous ce vêtement ?au jeu, à l\u2019école, aux sorties ?» Ces questions, m\u2019expliquait la vendeuse, avaient pour but de me faire acheter l\u2019article qui conviendrait exactement à l\u2019enfant auquel je le destinais.J\u2019avoue qu\u2019une telle con- CA, science professionnelle m\u2019a un peu étonnée.Nous sommes tellement habitués à rencontrer des vendeuses qui veulent vendre à tout prix, n\u2019importe quoi, et surtout dans le plus bref délai possible, comme si notre présence les ennuyait.Par conséquent, une autre spécialité de la maison Sélections : un personnel aussi compétent que son patron.L'entreprise de Monsieur et Madame Mazure devrait progresser rapidement si le voeti de son propriétaire se réalise : un client averti, bien renseigné, devient toujours un bon client, un client intéressant.Solange Chalvin Montréal, janvier 1960 33 avec un peu d\u2019émotion, en voyant Marie-Lise sortir de son sac, flacons, boîtes et tubes.\u2014 Je vous ai aussi apporté ce bouquet, ajouta-t-elle en lui tendant la touffe de jacinthes.Je viens de les cueillir dans notre jardin.Sans répondre, il prit les fleurs, les respira un instant, les yeux fermés.\u2014 Comme la liberté sent bon, murmura-t-il.Vous ne pouvez savoir le plaisir que me donne ce bouquet, Marie-Lise.Cette fraîcheur, ce parfum de printemps, et même cette petite odeur de terre qui reste attachée aux tiges, tout cela m\u2019évoque une joie de vivre à laquelle j\u2019aspire de toutes mes forces.Je suis un fugitif, un hors-la-loi, traqué, malade, sans toit, sans avenir.Et pourtant, l\u2019espérance brûle en moi comme une flamme depuis que je vous ai trouvée sur ma route, vous, Marie-Lise, avec votre douceur, le sourire de vos yeux noirs, votre frange puérile sur votre front d\u2019enfant.Vous êtes toute pareille à ces fleurs, naïve et fraîche riffa la petite frange si légère qui om-comme elles, mais robuste aussi et solidement attachée à la terre natale.\u2014 Si vous avez tant de confiance en moi, François, et que vous me croyez sincèrement votre mie, il faut m\u2019écouter.\u2014 Mais j\u2019y suis tout prêt.\u2014 François, vous ne pouvez pas rester ici dans l\u2019état où vous êtes.Au milieu de ces courants d\u2019air.Vous finiriez par tomber si malade que mes soins bien rudimentaires ne pourront rien faire pour vous.Il baissa la tête en soupirant.\u2014 Je ne veux pas vous faire de la peine, et vous savez quelle gratitude je vous garde pour la gentillesse que vous me prodiguez.Mais ma situation actuelle est sans issue.Si je reste caché ici, je risque d\u2019y mourir comme un rat dans son trou.Si je dévoile ma cachette je suis repris immédiatement.\u2014 Pas forcément.Plouguirec est un tout petit pays, loin des grandes routes.Les gens y sont discrets, volontiers taciturnes.Si seulement mon frère consentait à nous aider, vous pourriez vous y dissimuler sous un faux nom, et attendre au moins le moment où vous serez rétabli.\u2014 C\u2019est un beau rêve, ma pauvre petite, mais la vie, hélas, n\u2019est pas un roman.Si vous parlez de moi à votre frère, sa première réaction sera de vous traiter de folle, la seconde de téléphoner à la gendarmerie.\u2014 Non, fit-elle, têtue, en secouant la tête.Vous ne connaissez pas Gilles.C\u2019est un être exceptionnel qui réfléchit toujours avant d\u2019agir.Il me grondera certainement, se mettra peut-être en colère, mais ensuite il exigera des détails et demandera à vous voir.Soyez sûr qu\u2019il vous soignera avec autant de zèle que si vous étiez n\u2019importe lequel de ses malades.Par exemple, il n\u2019admettra de votre part ni réticences, ni faux fuyants.Si vous voulez qu\u2019il vous aide, il faudra tout lui dire, même.ce que vous avez caché jusqu\u2019ici.Il releva la tête comme pour parler, puis il détourna les yeux, passa sur son front moite une main qui tremblait de fièvre.\u2014 Ce serait peut-être le salut, murmura-t-il.Et je suis si las de traîner ce secret avec moi, comme un boulet qui m\u2019entraîne au fond du gouffre et dont je ne puis me défaire.\u2014 Alors ?Dois-je parler à Gilles ?S\u2019il doit vous arracher à cette cachette, c\u2019est cette nuit qu\u2019il faut agir.Vous comprenez qu\u2019il est impossible de vous faire sortir en plein jour.François essaya de se lever mais la tete lui tournait si fort qu\u2019il se laissa retomber sur sa couche avec une plainte.Le coeur serré, Marie-Lise l\u2019aida a s\u2019allonger sur ce maigre matelas de varech, elle glissa sous sa tête sa vieille veste de tweed, l\u2019enveloppe de la couverture.Elle lui fit boire le restant du grog, mit à porté de sa main les pastilles et la bouteille de sirop.\u2014 Il faut que je parte, François, et Dieu sait pourtant si je suis désolée de vous quitter.\u2014 Si je puis me cacher à Plouguirec, dit-il d'une voix rauque, tout en claquant des dents, vous resterez près de mci.toujours ?\u2014\tOui, François, répondit-elle en caressant les cheveux emmêlés.\u2014\tAlors, je veux bien.J\u2019accepte tout, je me mets entre vos mains.Epuisé, il ferma les yeux et Marie-Lise se retira sur la pointe des pieds, le coeur à la fois ébloui et déchiré.* * * genouillée dans un coin du grenier, sous la lucarne qui lui dispensait un jour pluvieux, Marie-Lise triait avidement les journaux accumulés par Jeannick dans une vieille malle.Plusieurs manquaient de ceux qui relataient les divers interrogatoires de l'inculpé.Mais la jeune fille avait retrouvé ceux relatifs au crime lui-même et elle s\u2019estimait satisfaite.Serrant la pile d\u2019imprimés sous son bras, elle regagna sa chambre, attira un fauteuil près de la fenêtre et classa soigneusement, par dates, les journaux qui l\u2019intéressaient.Celui du 12 décembre portait en première page un gros titre qui frappait le regard : « M.Henri de Port-Riou, le savant chimiste, est trouvé mort dans son bureau.» Là, peu de détails, Le journaliste se bornait à citer les faits dans leur tragique simplicité.La victime, âgée de 58 ans, était universellement connue et appréciée.Ses travaux sur l\u2019énergie synthétique lui avaient valu d\u2019être nommé membre de l\u2019Institut l\u2019année précédente.C\u2019était son neveu, François de Port-Riou, qui avait découvert son corps et donné l\u2019alarme.Suivaient une brève biographie du défunt et le souhait de voir rapidement puni un crime aussi odieux.Le lendemain, l\u2019article était plus circonstancié et laissait déjà deviner les soupçons qui s\u2019orientaient vers François.« M.de Port-Riou, écrivait le journaliste, avait l\u2019habitude de se coucher tard.R passait ses journées dans le laboratoire qu\u2019il avait fait édifier au fond de son parc, en compagnie de son neveu, François de Port-Riou, son assistant et d\u2019une jeune fille tchèque, Mlle Tania Théodovna, qui lui servait de préparatrice.« Le savant vivait seul avec deux domestiques dans son manoir familial, situé à quelques kilomètres de Vannes.Il avait abandonné à Mlle Théodovna, sans aucune famille en France, la jouissance d\u2019un petit pavillon de concierge, depuis longtemps inoccupé.Quant à son neveu, il continuait à loger à Vannes, dans la maison qui lui appartenait depuis la mort de ses parents.« Le 11 décembre, tout se passa comme à l\u2019ordinaire.M.de Port-Riou quitta son laboratoire vers 18 heures en compagnie de son neveu et de la préparatrice.Ils revinrent au manoir en discutant amicalement.Le savant paraissait très satisfait, aux dires de ses domestiques, et il fit même apporter une bouteille de champagne pour fêter « l\u2019heureuse conclusion de trois années de travail ».Telles furent ses propres paroles rapportées par son valet de chambre.« François de Port-Riou se retira le premier et repartit pour Vannes dans sa Dauphine.Mlle Théodovna, qui prenait souvent ses repas du soir avec son patron, dîna avec lui et le quitta aussitôt après le dîner.Selon son habitude, le savant mit sa robe de chambre et ses pantoufles et appela son domestique pour ajouter du bois dans la cheminée.Il était alors 21 heures.M.de Port-Riou avait l\u2019air calme et très heureux.Il s\u2019assit à sa table de travail, devant le feu et le couple qui le servait alla se coucher, le travail fini, sans plus s\u2019occuper de lui.« Au milieu de la nuit, Pierre Ker-goat, le valet de chambre, crut entendre le roulement d\u2019une voiture sur les graviers du jardin.Il se leva, entrouvrit sa fenêtre, mais sa chambre donnant sur le derrière de la maison, il ne vit rien.Comme il allait se recoucher, il distingua le grincement d\u2019une porte au rez-de-chaussée, puis des bruits qui lui parurent anormaux.Il réveilla sa femme et tous deux descendirent les deux étages pour se rendre compte de la nature de ces bruits.La porte de bureau était ouverte.A la vive lumière de la lampe posée sur la table de travail, ils aperçurent le corps de M.de Port-Riou étendu sur le tapis, les bras en croix.Son neveu, François, était penché sur lui.A terre il y avait un poignard, taché de sang, qui avait servi à frapper dans le dos le malheureux savant.« Pierre Kergoat affirme que François de Port-Riou Daraissait comme hébété.Il dut lui demander à deux reprises pourquoi il se trouvait au manoir à cette heure inhabituelle et le jeune homme raconta qu\u2019il avait été appelé par un coup de téléphone l\u2019avisant que son oncle était souffrant et qu\u2019il le réclamait d\u2019urgence.« M.le commissaire de police qui a fait les premières constatations doit interroger ce matin les principaux témoins.Il a prié M.François de Port-Riou de se tenir à la disposition de la justice.» Le journal du lendemain manquait.Dans celui du 15, on relatait le premier interrogatoire de François communiqué à la presse et soigneusement enjolivé de commentaires.Le journaliste, avec ce style destiné à frapper les foules, le décrivait « beau, élégant, mais semblant inquiet, répondant parfois trop vite, et parfois avec une hésitation visible ».Comme le juge d\u2019instruction lui demandait la nature des recherches de son oncle, il parla d\u2019un nouveau carburant, sans vouloir donner aucune précision.Il affirme avoir été alerté vers 23 heures, alors qu\u2019il était déjà couché, par un coup de téléphone l\u2019avertissant que son oncle était souffrant et le réclamait.\u2014 Comment êtes-vous entré dans le manoir ?\u2014 J\u2019ai une clef personnelle.Il m\u2019arrivait souvent d\u2019y coucher quand le travail me retenait au laboratoire, et je pouvais ainsi entrer et sortir sans déranger personne.\u2014 Quand vous avez aperçu votre oncle allongé sur le tapis, ne vous est-il pas venu à l\u2019esprit d\u2019appeler ses domestiques ?\u2014 Sur le moment, je n\u2019ai pas réalisé.J\u2019ai cru qu\u2019il avait eu une syncope et qu\u2019il était tombé.J\u2019ai dit son nom à mi-voix, deux ou trois fois, j\u2019étais terriblement inquiet.C\u2019est en m\u2019agenouillant près de lui pour le relever que j\u2019ai aperçu le sang sur sa robe de chambre et le poignard sur le tapis.\u2014 Avez-vous touché cette arme ?\u2014 Non, bien sûr.J\u2019ai compris tout de suite qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un crime et que je ne devais rien déranger.\u2014 Comment expliquez-vous, dans ce cas, qu\u2019on ait trouvé vos empreintes sur le manche du poignard ?François de Port-Riou sursauta, puis réfléchit quelques instants.\u2014 Ceci m\u2019étonne fort, Monsieur le Juge.Mais après tout, cette arme faisait partie d\u2019une panoplie qui ornait le mur du bureau.J\u2019ai très bien pu la décrocher, un jour, par simple curiosité.\u2014 Laissons ce point, nous y reviendrons.Pierre Kergoat, le valet de chambre de M.de Port-Riou, affirme que vous aviez eu avec ce dernier une violente discussion, trois jours avant le crime.\u2014 Violente, n\u2019est pas le mot.Je vivais en parfaite intelligence avec mon oncle qui m\u2019a élevé et que j\u2019aimais comme un père.Nos avis différaient parfois et il nous arrivait de discuter un peu vivement, mais c\u2019était toujours sans conséquence.\u2014 Vous rappelez-vous le motif de cette dernière altercation ?\u2014 Non, Monsieur le Juge, et de toutes façons, cela n\u2019a rien à voir avec cet interrogatoire.Marie-Lise, penchée sur le journal, croyait apercevoir à travers les lignes imprimées le visage contracté de François.Elle devinait la colère qui montait en lui à mesure que se précisaient les soupçons.Elle souffrait de le sentir malheureux, révolté et lié par ce secret dont il venait de lui parler, « ce boulet qui l\u2019entraînait vers le gouffre ».Suivait le compte rendu de l\u2019interrogatoire de Mlle Tania Théodovna, la préparatrice tchèque.l InvXoK1 i coupons prunes TROUVEZ LE SECRET D'UNE f)wNCl A Mill rincTssPat CHEVEUX Ÿ/Wt' rtkfôtc le iMfreeeœ&b conservez les Tjriple C[[et \u2022\tUne petite dose: DIGESTIF \u2022\tDoublez la dose: LAXATIF \u2022 Triplez la dose: PURGATIF ASEPTA est agréable au goût.CHEZ VOTRE PHARMACIEN LIMONADE ASEPTA 1 AMELIOREZ votre apparence, jouissez vous aussi d\u2019une belle taille aux lignes harmonieuses par l\u2019emploi des PILULES PERSANES $1.50 la boîte de 40 pilules, 3 boites pour $4.00 PILULES PERSANES Dans toutes bonnes pharmacies ou expé-diéesfranco par malle,sur réception du prix.Société d« Produits PersansSff3: (5) 8258 rue Drolet MONTREAL | Pilules Persane* 34 La Revue Populaire Là, le journaliste se faisait poète pour la décrire.« On est ému, dès qu\u2019on la voit, par son aspect fragile, sa pâleur presque immatérielle.Les larmes versées ont tracé un cerne bleu autour de ses yeux immenses, si curieusement étirés vers les tempes.Mlle Théodovna a certainement de lointains ancêtres mongols.Elle garde de cette ascendance des pommettes hautes, légèrement saillantes, un teint de cuivre pâle.A l\u2019encontre de François de Port-Riou, elle répond avec douceur, précision en essuyant d\u2019un geste discret ses paupières humides ».\u2014 Où avez-vous connu M.de Port-Riou ?\u2014 A Vienne, il y a un an, à l\u2019occasion d\u2019un congrès international.Je venais de perdre ma mère et je me trouvais seule au monde.M.de Port-Riou m\u2019a prise en pitié et m\u2019a proposé de devenir sa préparatrice.J\u2019ai accepté avec joie et enthousiasme.\u2014 Que savez-vous de la dernière invention du professeur ?Pierre Kergoat prétend que le jour même du crime, il a apporté une bouteille de champagne pour fêter « l\u2019heureux résultat de trois années de travail ».Est-ce exact ?\u2014 En effet, Monsieur le Juge.Il s\u2019agissait d\u2019un carburant de formule révolutionnaire qui devait remplacer le pétrole et même le charbon.\u2014 Comment se fait-il qu\u2019on n\u2019ait pas trouvé trace de ces travaux dans le laboratoire ni dans le bureau ?\u2014 Je l\u2019ignore.M.de Port-Riou ne me confiait jamais ses clefs.Seul, M.François avait connaissance du coffre secret où son oncle renfermait ses papiers tous les soirs.\u2014 Est-il vrai, demande le juge d\u2019instruction, que vous étiez fiancée au neveu de la victime ?Marie-Lise faillit lâcher le journal.Cette question brutale dont elle redoutait la réponse coupait les ailes à un rêve à peine éclos.\u2014 Il n\u2019y avait rien d\u2019officiel entre nous, lut-elle avec des yeux brouillés de larmes.M.François me faisait, en effet, une cour discrète depuis quelques mois et m\u2019avait demandé ma main.\u2014 Savez-vous si cette demande en mariage avait été le motif de la discussion entre l\u2019oncle et le neveu rapportée par le valet de chambre ?\u2014 Je l\u2019ignore, Monsieur le Juge.M.de Port-Riou et François étaient tous les deux très vifs de caractère.Bien que s\u2019aimant profondément, il leur arrivait de ne pas être d\u2019accord.\u2014 Voulez-vous me dire très exactement quels furent vos faits et gestes le 11 décembre, au soir ?\u2014 Nous sommes sortis du laboratoire vers 18 heures.Nous étions très contents tous les trois de la réussite de nos efforts.Nous bûmes une coupe de champagne tout en bavardant très amicalement.François reprit le chemin de Vannes et je dînai en compagnie du professeur, ainsi que cela m\u2019arrivait souvent.Je le quittai de bonne heure car j\u2019étais fatiguée par une journée de travail acharné.\u2014 Quelle heure était-il ?\u2014 Environ 20 h.45, je pense.Neuf heures sonnaient à ma pendulette pendant que je faisais ma toilette de nuit.\u2014 N\u2019avez-vous rien entendu d\u2019anormal ?\u2014 Non, car étant très nerveuse ce soir-là, j\u2019avais pris du gardénal pour pouvoir dormir.Je fus réveillée un peu après minuit par les coups que Mme Kergoat frappait à la porte du pavillon.Je pris tout juste le temps de passer un manteau par-dessus ma robe de chambre, car il faisait très froid, et je courus vers la maison en compagnie de la cuisinière.\u2014 Quelle était l\u2019attitude de François de Port-Riou à ce moment-là ?\u2014 Mon Dieu, Monsieur le Juge, celle normale d\u2019un homme éveillé en pleine nuit par un moyen qu\u2019il ne s\u2019explique pas.\u2014 Et qui restera toujours inexpliqué, je pense ! Continuez, Mademoiselle.\u2014 Et qui se trouve brusquement devant le cadavre d\u2019un être cher qu\u2019il a laissé en parfaite santé quelques heures plus tôt.\u2014 Vous a-t-il paru gêné, troublé, sous le coup d\u2019une violente émotion ?Pierre Kergoat l\u2019a dépeint comme un être hébété, qui ne réalise pas ce qui se passe.\u2014 Il me semble que c\u2019est assez naturel, Monsieur le Juge.Moi-même j\u2019étais bouleversée.Marie-Lise laissa tomber le journal sur ses genoux et réfléchit longuement.Ces réponses claires, précises, qui n\u2019accusaient ni n\u2019excusaient personne, ces réponses presque impersonnelles lui causaient une bizarre sensation de malaise.Tania était trop fine pour ne pas avoir deviné, dès les premiers instants, les soupçons qui pesaient sur François.Elle avait avoué sans gêne apparente que le jeune homme l\u2019aimait, qu\u2019ils étaient officieusement fiancés.Alors à quoi rimaient ce calme, cette froideur ?Elle n\u2019avait pas eu un sursaut d\u2019indignation, pas un élan vers François pour lui crier son amour, sa fidélité, sa confiance inébranlable.Marie-Lise relut lentement cet interrogatoire, essayant d\u2019y trouver avec une méritoire impartialité la note d\u2019émotion qui aurait trahi l\u2019amour de Tania pour François.Il est vrai que ce compte rendu était sec, volontairement dépouillé de toute littérature.On ne pouvait juger d\u2019une âme à travers ces lignes sans chaleur.Les journaux des jours suivants épi-loguaient longuement sur la disparition des documents relatifs à la découverte du savant.Ceux-ci, affirmait Tania, étaient renfermés dans un sous-main de cuir fermant à clef et ce sous-main lui-même avait été déposé par François dans le coffre de M.de Port-Riou.Or, et c\u2019était sur cet inexplicable mutisme que reposait toute l\u2019accusation, François refusait obstinément de dévoiler l\u2019endroit connu de lui seul où se trouvait le coffre.Dès qu\u2019il s\u2019agissait du carburant découvert par son oncle, il devenait muet, prétextant que ce secret ne lui appartenait pas.Placé sous mandat de dépôt le 22, il choisit pour défenseur Maître Lambert, un jeune avocat de Vannes plein de talent, avec qui il était lié d\u2019amitié depuis de longues années.Pendant une semaine environ, les journaux s\u2019occupaient de l\u2019affaire.Peu à peu les comptes rendus s\u2019amenuisaient et, un mois plus tard, on ne parlait déjà plus du meurtre de M.de Port-Riou.L\u2019énorme machine judiciaire, lente et implacable, s\u2019était mise en.mouvement et l\u2019instruction suivait son cours.François incarcéré à la prison de Vannes persistait, malgré les efforts de son avocat et les interrogatoires épuisants, dans son étrange attitude qui consistait à protester de son innocence et à garder un silence obstiné sur la découverte de son oncle.Et Tania ?Qu\u2019était-elle devenue ?Marie-Lise essayait de le deviner à travers le fatras journalistique mais elle ne voyait plus son nom dans aucun article.Elle resta longtemps immobile dans la pénombre grandissante de la chambre, les mains jointes sur le journal où s\u2019étalait en première page la photo de François.Elle essayait de comprendre, de deviner, non avec son cerveau peu fait aux complications policières, mais avec son coeur plein de tendresse et de pitié.Le bruit d\u2019un moteur lui apprit que son frère arrivait.Fermant les yeux une seconde, elle fit une courte prière : \u2014 Faites, mon Dieu, qu\u2019il veuille bien m\u2019aider à le sauver.Puis elle se leva, rangea soigneusement les journaux, se recoiffa et descendit pour accueillir le jeune docteur.* * * Les sourcils froncés, la mâchoire contractée, Gilles Gallouédec arpentait d\u2019un pas furieux la petite salle à manger.Marie-Lise tassée au fond d\u2019un fauteuil, la tête basse comme une enfant grondée, attendait patiemment le retour du calme après la tempête.Ses révélations concernant le prisonnier avaient eu le résultat qu\u2019elle prévoyait.D\u2019abord incrédule, son frère furieux l\u2019avait traitée de folle, de tête sans cervelle et avait prédit les pires malheurs s\u2019abattant sur la famille.Alain Delon vous enchantera, mesdames, par son \"regard qui vient d'ailleurs\" [ Suite de la page 11 ] Alain ne dit ni oui ni non.Le cinéma, Cannes, le Festival, tout cela lui est assez étranger.\u2014 Allons, tu n\u2019y connais rien, viens ! insiste Jean-Claude.Et tous les deux, l\u2019un servant de guide à l\u2019autre, partent.C\u2019était il y a deux ans, en 1957.Des amis leur ont laissé des billets pour aller voir le film de Jules Dassin : « Celui qui doit mourir ».A la sortie, 'ur les marches du Palais du Festival, Alain rêve un peu.Il n\u2019a - pas vu un homme debout devant lui et qui lui tape sur le bras : \u2014 Voulez-vous faire du cinéma ?Alain n\u2019a pas le temps de répondre.Le monsieur pressé s\u2019en va déjà après lui avoir fourré une carte dans la main, presque de force.\u2014 Je m\u2019appelle Henry Wilson; téléphonez-moi.Henry Wilson, vice-président de l\u2019agence de Hollywood « Famous Artist », le dépisteur de jeunes talents, celui qui a découvert Rock Hudson .\u2014 Pas le temps de vous voir pour l\u2019instant, dit Wilson le lendemain.Je prends l\u2019avion pour Rome.Selznick tourne là-bas « l\u2019Adieu aux Armes ».Je vous ferai signe.Deux jours plus tard, Alain recevait un coup de téléphone : \u2014 Arrivez.Vous avez une place retenue dans l\u2019avion.A Rome, devant David O.Selznick, il tourna un bout d\u2019essai en couleurs : \u2014 C\u2019est « bon », déclara Selznick.Savez-vous l\u2019anglais ?\u2014 Euh, non .pas précisément.\u2014 Alors, qu\u2019est-ce que vous attendez pour l\u2019apprendre ?Et en vitesse encore : il y a un contrat de sept ans qui vous attend au bout, avec l\u2019Amérique.Alain apprit l\u2019anglais.Mais il ne signa pas le contrat, et ne partit pas pour l\u2019Amérique.Entretemps, il avait rencontré Yves Allégret.Les nouvelles vont vite dans le monde du cinéma.Alain Delon était déjà devenu « celui qui a un contrat de sept ans avec Hollywood ».\u2014 Ne sois pas idiot, lui dit Yves Allégret.Que veux-tu aller faire là-bas ?Tu as une place toute choisie en Europe \u2014 Ah, et dans quel film ?\u2014 S\u2019il n\u2019y a que ça qui te tracasse, je te donne un rôle.J\u2019en ai un tout prêt pour toi dans « Quand les femmes s\u2019en mêlent ».Alain tourna « Quand les femmes s\u2019en mêlent » dans un rôle de gangster à la séduisante désinvolture.Puis il fut un autre gangster dans « Sois belle et tais-toi », puis un trop bel officier de dragon dans » Christine », une triste histoire où les deux héros trouvent la mort, lui tué en duel, et elle parce qu\u2019elle ne peut lui survivre.« Elle » en l\u2019occurrence, c\u2019était Romy Schneider.\u201cTu n\u2019épouseras pas Alain\u201d C\u2019était l\u2019année dernière.La jeune actrice autrichienne l\u2019avait trouvé séduisant, ce Français de 24 ans d\u2019humeur changeante, tour à tour passionné, désinvolte, capricieux, dont le regard parfois perdu semblait venir « d\u2019ailleurs ».\u2014 C\u2019est un enfant terrible qui vient d\u2019un pays imaginaire, disait-on de lui.Un fantaisiste, ou un poète, ou un rêveur, comme le Gérard Philipe première manière.Ou les trois à la fois.De Vienne, Romy téléphonait à Paris.Magda Shneider, sa mère, ne s\u2019en inquiétait d\u2019abord pas outre mesure :\til y en avait eu tant d\u2019autres.Claude Biederstedt, Karl Heinz Bôhm (son partenaire dans « Sissy »), le champion de ski olympique Tony Sailer \u2014 et enfin ce Michel Strogoff moderne, avec ses yeux bleus perçants et ses tempes grisonnantes (ce qui est le fin du fin en matière de séduction, comme chacun sait) : Curd Jurgens.Puis Magda Schneider commença à s\u2019inquiéter : ces coups de téléphone par-dessus les frontières devenaient vraiment par trop fréquents.Et Romy ne semblait plus vivre que pour les attendre.\u2014 Ah, non, tu n\u2019épouseras pas Alain.Ta carrière d\u2019abord, se mit-elle à répéter inlassablement ; ne fais pas la même bêtise que moi.La « Bêtise » pour belle-maman Schneider, c\u2019était d\u2019être tombée amoureuse deux ans après un succès foudroyant d\u2019un de ses partenaires.Jusque là, elle était en quelque sorte la Romy Schneider de son siècle.Mais après ce coup du sort, sa carrière s\u2019en trouva irrémédiablement brisée.Elle avait donc naturellement mis tous ses espoirs dans sa fille qui lui ressemble comme une soeur plus jeune.Et voilà qu\u2019à quarante ans de distance, la même histoire se répétait.Il n\u2019y a pourtant plus rien à faire.Alain et Romy sont fiancés.Magda ne peut plus qu\u2019espérer que cette seconde version de sa propre histoire n\u2019aura pas la même conclusion.Le jeune couple semble d\u2019ailleurs prendre le mariage très au sérieux.\u2014 J\u2019espère que je ferai un bon mari.Nous sommes encore bien jeunes, dit Alain avec un soupçon de regret dans la voix.A eux deux, ils n\u2019ont pas un demi-siècle.On ne sait pas plus de détails.Paris guettait attentivement cette jeune romance : Paris en est pour ses frais : les jeunes amoureux sont très discrets.Alain Delon a encore beaucoup à faire.Après avoir tourné « Faibles femmes », il fourmille de projets.Un de ces projets s\u2019appelle « Le Chemin des écoliers », un film de Michel Boisrond.Et il est retourné (célèbre) à Bourg-la-Reine embrasser sa mère et sa soeur, Paule-Edith, 16 ans.A ses moments perdus il fonce au volant de sa MG verte dans la campagne.Il monte à cheval, tire au pistolet.Et pour aider sa vieille rêverie d\u2019aventure sans déception, il collectionne les livres romantiques et les armes anciennes. Montréal, janvier 1960 35 Maintenant, il se taisait.Il en était à la période de la réflexion et Marie-Lise connaissait trop son frère pour ne pas nourrir au fond d\u2019elle-même une secrète espérance.Enfin quand il eut bien fatigué sa colère, Gilles vint s\u2019asseoir en face d\u2019elle.Rien qu\u2019à voir son visage détendu et la lumière qui recommençait à briller dans ses yeux bleus, la rusée comprit que la cause était gagnée.\u2014 Enfin, il faut en prendre notre parti, déclara-t-il sur un ton qui se voulait sévère.Tu as fait une grosse bêtise, à nous d\u2019en supporter les conséquences.Je suppose que pour me l\u2019avoir avouée, ce soir, tu dois avoir une idée de derrière la tête ?\u2014 Gilles, ce pauvre garçon est malade, très malade.Il nous est impossible, humainement, de le laisser sans soins dans cette tour ouverte à tous les vents.\u2014 Evidemment, grommela le docteur en haussant les épaules.Et tu veux que je fasse le bon Samaritain, que j\u2019eille chercher ce sacripant sur mes épaules que je le cache sous mon propre toit ?Tu ne doutes de rien, ma parole ! \u2014 François de Port-Riou n\u2019est pas un sacripant, reprit une petite voix enrouée, c\u2019est un malheureux accusé injustement.Quant à le porter sur tes épaules, ajouta-t-elle avec un sourire en coin, tu aurais du mal.Il te dépasse de la tête.Je crois que la voiture serait plus pratique.\u2014 Mais enfin, espèce de mule, explosa le jeune homme, as-tu réfléchi à ce que tu me demandes ?Que tu aies cédé à un mouvement de pitié en taisant la cachette de ce garçon, je puis être accusé de complicité, de recel de malfaiteur.\u2014 Qui le saura?Jeannick tiendra sa langue, je m\u2019en porte garante.Notre maison est en dehors du village.Nous pouvons aller jusqu\u2019au bas de la montée du château sans être vus par âme qui vive.Une fois François couché dans la chambre d\u2019amis qui s\u2019avisera de venir l\u2019y chercher ?Le docteur regarda plus attentivement le visage animé de sa soeur.Elle parlait trop vite, avec une sorte d\u2019ardeur suppliante qui prouvait à quel point elle voulait arracher son consentement à cet acte qu\u2019il qualifiait de folie.Ses yeux noirs brillaient comme des diamants sous la courte frange blonde, si légère, qui ombrait son front.Rapidement, Gilles se souvint de ce qu\u2019il avait lu à propos de François de Port-Riou.Il avait vingt-six ans, il était beau, intelligent, séduisant.Est-ce par hasard, Marie-Lise ?\u2014 Dis donc, fit-il en se rapprochant d\u2019eile, regarde-moi bien en face, je te prie.Ce n\u2019est plus le docteur Galloué-dec qui te parle.C\u2019est ton frère, de dix ans plus âgé que toi, et qui t\u2019as élevée.Elle le fixait de ses beaux yeux sombres et ses lèvres tremblaient, car elle devinait les paroles qui allaient suivre.\u2014 Ce garçon, ce François que tu appelles par son petit nom comme un camarade, a-t-il osé.te faire la courte manquer de respect ?Elle leva la main comme pour se préserver.\u2014 Non, dit-elle, nettement, sans cesser de regarder son frère, François de Port-Riou est un gentilhomme, il m\u2019a témoigné dès le premier jour une reconnaissance bien naturelle, mais il s\u2019est toujours montré d\u2019une correction absolue.Gilles respira plus librement, mais i! n\u2019était pas pleinement satisfait.\u2014 Et toi?insista-t-il.Tu me semblés en parler avec beaucoup de chaleur.Les yeux noirs se baissèrent cette fois et le rose disparut des joues de Marie-Lise.\u2014 Je l\u2019aime, avoua-t-elle dans un souffle.Je n\u2019y peux rien et toi non plus.Et d\u2019ailleurs, quelle importance cela peut-il avoir ?Il est fiancé.Un jour on reconnaîtra son innocence et il disparaîtra de ma vie.Cela ne vaut pas la peine d\u2019en parler ! Et, en effet, Gilles se tut.Il lui sembla qu\u2019il n\u2019y avait rien à ajouter, que toute parole serait désormais maladroite et superflue.Jamais il n\u2019avait regretté plus amèrement sa mère trop tôt disparue.\u2014\tJe fais probablement une sottise, grommela-t-il en se levant.Plaise à Dieu que je n\u2019aie pas à m\u2019en repentir.Il alla ouvrir la porte et appela Jeannick qui arriva en essuyant ses mains à son tablier.\u2014\tMa bonne Jeannick, cette petite que voilà vient de nous jouer un tour à sa façon.Tais-toi, je te prie, et laisse-moi parler, dit-il à Marie-Lise sur un ton sévère.Il faut que vous nous aidiez et je sais que vous le ferez.\u2014 Bien sûr, Monsieur Gilles, ma Doué ! Qu\u2019est-ce qu\u2019elle a fait ?\u2014 Elle cache depuis cinq jours dans le donjon du château François de Port-Riou, évadé de la prison de Vannes.Elle le nourrit et maintenant elle me demande de le recueillir ici.La Bretonne n\u2019était pas femme à se répandre en longs discours.Elle hocha la tête, croisa les mains sur son ventre et se tourna vers le docteur.\u2014 Que dois-je faire, Monsieur Gilles ?Faut-il préparer la chambre d\u2019amis ?Mi-furieux, mi-riant, il leva les bras au ciel.\u2014 Alors, si vous prenez son parti, je n\u2019ai plus qu\u2019à dire amen ! Où cela nous mènera-t-il ?J\u2019aime mieux ne pas le savoir ! Marie-Lise, rose de joie, s\u2019était jetée au cou de la brave bonne et l\u2019embrassait à l\u2019étouffer.\u2014 Mais attention à vos langues, toutes les deux.Si nous arrivons à amener jusqu\u2019ici ce garçon sans encombre, personne ne doit deviner par la suite qu\u2019il y a un étranger dans la maison.J\u2019espère bien d\u2019ailleurs, ajouta-t-il à mi-voix en se détournant, qu\u2019il aura le bon goût de ne pas s\u2019y éterniser.Le temps épouvantable qui continuait à sévir sur le Morbihan les servit dans leur expédition, tout en la rendant plus pénible.En effet, les habitants de Plouguirec se tenaient calfeutrés dans leurs maisons, se souciant peu d\u2019affronter le vent et la pluie qui se disputaient à grands coups de rafales et d\u2019ondées dans la nuit opaque.Gilles put conduire la voiture jusqu\u2019au pied du sentier menant au château sans croiser âme qui vive.La montée dans l\u2019obscurité fut difficile, le docteur hésitant à se servir de sa lampe électrique qui aurait pu être aperçue du village.Quand ils arrivèrent près du donjon, Marie-Lise se tourna vers Gilles : \u2014 Donne-moi la lampe, dit-elle à voix basse, et attends-moi ici.Mieux vaut que je l\u2019avertisse d\u2019abord de ta venue.Elle pénétra dans la tour et appela doucement : \u2014 François, c\u2019est moi, Marie-Lise.Mais rien ne lui répondit.Le coeur battant à se rompre, elle entra dans la salle et la lumière de la lampe éclaira le grandd corps étendu sur sa misérable couche.Il dormait d\u2019un sommeil agité et la fièvre qui le brûlait le secouait de frissons nerveux.Quand la jeune fille se baissa vers lui pour le réveiller et se faire reconnaître, il prononça quelques mots sans suite.Puis il se retourna en gémissant et dit par deux fois : \u2014 Tania, Tania, d\u2019une voix basse et suppliante.Marie-Lise se redressa, comme frappée au coeur par cet appel qui la désespérait.Comme elle pesait peu avec son dévouement et son humble tendresse en regard du prestigieux souvenir de Tania ! Dans son délire c\u2019était l\u2019autre qu\u2019il appelait et non la petite amie toute simple qui s\u2019ingéniait à le sauver.Avec un effort pour dominer son chagrin, elle posa sa main sur l\u2019épaule de François et le secoua légèrement.Il ouvrit les yeux, jeta sur elle un regard égaré.La lumière de la lampe électrique éclairait son fin visage blond, l\u2019auréole de ses cheveux légers, la ligne pure de sa bouche.Tout le reste baignait dans la pénombre et pendant quelques instants, François émergeant à peine de son sommeil fiévreux, crut voir s\u2019animer devant lui un des anges de ses rêves.\u2014 Mon frère est là, dit-elle en lui souriant doucement.Nous venons vous chercher.Aurez-vous la force de marcher jusqu\u2019à la voiture ?\u2014 Marie-Lise.C\u2019est bien vous ?.Attendez que je reprenne mes esprits.J\u2019ai si mal à la tête.\u2014\tGilles, appela-t-elle.Voici mon frère, le docteur Gallouédec.Il faut avoir confiance en lui, François, il vous aidera.\u2014\tJe vous remercie, Docteur, dit le jeune homme en essayant de se relever.Mais je suis bien mal en point et je crains de vous causer bien des ennuis.\u2014 Nous allons tout d\u2019abord vous sortir d\u2019ici, c\u2019est le plus pressé.Là, tenez-vcus à moi.Vous allez mettre cette couverture sur vos épaules et la pèlerine par dessus.Nous n\u2019avons pas un long chemin à parcourir, mais il souffle un vent à renverser un homme.Soutenu, presque porté par le frère et la soeur, François, à demi inconscient, parvint enfin à la voiture.Le docteur l\u2019installa à l\u2019arrière, chaudement enveloppé, et il démarra aussitôt.Il ne dit pas un mot durant le court trajet et Marie-Lise n\u2019osa rompre ce silence.Elle devinait que son frère était inquiet.Pas tant pour les conséquences de son acte charitable que pour l\u2019état alarmant de François.Quand on le descendit de la voiture, la brave Jeannick ne fit aucun commentaire.C\u2019était une femme sûre, efficace, parlant peu et agissant vite.Le lit était prêt, garni d\u2019un cruchon d\u2019eau chaude et dix minutes plus tard le malade revêtu d\u2019un pyjama du docteur reposait entre de bons draps frais.Gilles l\u2019examina longuement et redescendit ensuite dans la salle à manger où Marie-Lise, anxieuse, l\u2019attendait.\u2014 Comment le trouves-tu ?-\u2014Pas brillant, évidemment.Une broncho-pneumonie double, une très forte fièvre, du délire.Je lui ai fait une première piqûre de pénicilline, je continuerai toutes les trois heures.Il a l\u2019air très robuste, espérons qu\u2019il s\u2019en tirera.Il s\u2019approcha de sa soeur, posa les mains sur ses épaules.\u2014 Va te coucher, mon petit, tu tombes de fatigue.\u2014 Gilles, dis-moi que tu ne m\u2019en veux pas.Tu as été si bon.Oh ! gémit-elle en éclatant en sanglots, promets-moi qu\u2019il ne mourra pas ! Elle avait caché sa figure contre la poitrine de son frère et son chagrin crevait d\u2019un seul coup, comme un orage.Gilles, malheureux devant cette peine qui le désolait, maudissait en lui-même celui qui la motivait.\u2014 Allons, ne fais pas la sotte, gronda-t-il en caressant les cheveux soyeux.Il n\u2019est pas question qu\u2019il meure, Dieu merci ; ce serait une complication supplémentaire dont je n\u2019ai pas besoin.Et pour ce qui est de t\u2019en vouloir.Tout compte fait, je crois bien que j\u2019aurais agi comme toi.Là, là, ne m\u2019étouffe pas, je te prie.Et maintenant, ouste, au lit et que je n\u2019entende plus parler de toi jusqu\u2019à demain matin ! * * * Durant plus d\u2019une semaine le docteur Gallouédec lutta pied à pied contre la mort.La maladie s\u2019acharnait sur ce corps affaibli par le régime de la prison, par sa course à travers la campagne et les privations des derniers jours.Dans sa petite chambre silencieuse qui donnait sur la lande où fleurissaient les ajoncs, François baignait dans un rêve traversé de brèves lucidités.Après les dures épreuves des jours passés, son corps se détendait, oubliant cette contraction perpétuelle, cette défense instinctive toujours en éveil.Rasé, lavé, coiffé par les soins de Jeannick, il offrait maintenant un visage net, amaigri, mais si beau de lignes, si touchant de jeunesse, que le docteur se mordant les lèvres, le regardait tout pensif.Lui aussi subissait inconsciemment le charme de François et c\u2019est pourquoi il tremblait en pensant à Marie-Lise et au chagrin qui se préparait pour elle.Dans les journaux on ne parlait plus de l\u2019évasion du détenu.La police devait continuer à fouiller le Morbihan, à surveiller les ports, mais elle oubliait la minuscule bourgade perdue au fond du golfe.de New- \\/ork Un joli sac à mains en tissu faille orné d'un fermoir de fantaisie en or ciselé.Couleurs : noir, brun et bleu marine.Au prix populaire de $5.00.Autres modèles disponibles.accessoires des grands centres de mode du monde DISTRIBUTORS Toronto - Montréal IQ SEAL OF ,w\\ \u2022approval1,; Un jour vint enfin où Marie-Lise entrant dans la chambre du malade, un bol de tisane à la main, le trouva soulevé sur ses oreillers, le regard clair et un sourire aux lèvres.\u2014\tFrançois, enfin! s\u2019exclama-t-elle, pénétrée de joie.Comment vous sentez-vous ce matin ?\u2014\tOn ne peut mieux, ma petite amie Lise.J\u2019ai la tête vide comme un tambour et les jambes en coton, mais il me semble renaître.Elle posait la tasse sur la table de nuit et il la regardait comme s\u2019il la voyait pour la première fois.Elle avait une robe de percale bleue, semée de grandes fleurs roses et par dessus un petit tablier de mousseline.Au dehors le ciel était limpide, des oiseaux chantaient sur les cerisiers.La Bretagne délivrée de la tempête, consentait à sourire, comme pour fêter le convalescent qui revenait à la vie.\u2014 Marie-Lise, vous êtes fraîche comme le printemps.Si vous saviez comme c\u2019est réconfortant, en émergeant du brouillard où je me perdais de trouver près de mon lit une créature comme vous, toute neuve, toute blonde, prête à sourire, à consoler.Marie-Lise lui abandonnait sa main, inconsciente de la tendresse infinie qui brillait dans ses yeux noirs.Dieu sait si elle était heureuse de voir François hors de danger ! Et en même temps elle se disait qu\u2019elle allait le perdre, qu\u2019il lui faudrait tôt ou tard disparaître et qu\u2019il ne serait plus qu\u2019un douloureux souvenir.Devina-t-il ses secrètes pensées ?Lui n\u2019était plus un enfant, c\u2019était un homme oui avait souffert et qui ne faisait pas de la vie un tissu de contes bleus.Il lâcha la petite main qui frémissait dans la sienne et détourna les yeux avec un soupir.\u2014 Comment pourrai-je vous rendre ce que vous avez fait pour moi ?\u2014 Si vous retrouvez un jour votre honneur et votre liberté, ce sera pour 36 La Revue Populaire moi la plus belle des récompenses.\u2014 Hélas, avoua-t-il en baissant la tête, je ne sais comment m\u2019y prendre.Il me semble que je suis ligoté au fond d\u2019une fosse et que je ne puis me délivrer.\u2014 Pourquoi ne pas dire la vérité, tout simplement ?Voulez-vous que mon frère aille chercher votre avocat ?Il n\u2019a pas intérêt, je suppose, à dévoiler votre cachette et il pourrait vous donner d\u2019utiles conseils.\u2014 Il me les a tous prodigués sans résultat, avoua François, j\u2019ai toujours refusé de l\u2019écouter.\u2014 Enfin, il ne faut pas vous fatiguer pour l\u2019instant.Je vais avertir Gilles et il viendra vous examiner.Nous avons tout le temps de penser aux choses pénibles, ne pensons qu\u2019à nous réjouir aujourd\u2019hui.* * * ¦ dater de ce jour les progrès furent A rapides.François était robuste et fl réagissait avec vigueur.Les petits plats que lui mijotait Jeannick, l\u2019atmosphère paisible de la maison, l\u2019amitié de Gilles et surtout la présence si réconfortante de Marie-Lise contribuèrent puissamment à cette résurrection.Mais, à mesure que le corps reprenait sa vigueur, l\u2019esprit retrouvait ses soucis lancinants.Dès qu\u2019il était seul, François se replongeait dans ses pensées moroses, retournant une fois de plus dans son cerveau des souvenirs accablants, essayant de chercher une lueur à travers les ombres épaisses qui l\u2019entouraient de toutes parts.Où était la vérité ?Où était son devoir ?Devait-il s\u2019obstiner dans son silence pour obéir à un mot d\u2019ordre émané d\u2019une puissance inconnue ?Devait-il parler, au contraire, se justifier du même coup et livrer au monde la découverte du savant disparu ?Avait-il le droit de risquer ainsi de sacrifier Tania, si vraiment cette menace atroce était mise à exécution ?La jeune Tchèque était venue le voir trois ou quatre fois à la prison.Brèves visites, d\u2019ailleurs, et décevantes pour le pauvre amoureux.Elle semblait nerveuse, inquiète et comme pressée de fuir.Elle avouait sa peur et adjurait François de tenir sa parole jusqu\u2019au moment où ses ennemis ne seraient plus dangereux.Elle ne paraissait pas se soucier de la lourde contrainte qu\u2019elle imposait au malheureux garçon.Cette consigne de silence étayait l\u2019accusation.Ne retrouvant nulle part les documents relatifs à la découverte de M.de Port-Riou, on soupçonnait son neveu de l\u2019avoir tué pour s\u2019emparer des précieuses formules et les livrer à prix d\u2019or à des puissances étrangères.Si Pierre Kergoat, le valet de chambre, ne l\u2019avait pas surpris près du corps de son maître, qui aurait eu l\u2019idée de soupçonner le criminel en la personne de François, que la victime considérait comme son fils ?Durant ces cinq mois de prison préventive, le détenu n\u2019avait été rattaché au monde que par les fréquentes visites de Me Lambert, son avocat.Mais c\u2019est en vain que celui-ci avait tout mis en oeuvre pour faire parler son ami.Il s\u2019était heurté à ce mur de silence et ses supplications, ses conseils amicaux, ses colères indignées, n\u2019avaient pu arracher à François la moindre confidence.Un petit fait qui pouvait avoir une signification importante avait cependant réveillé l\u2019espoir dans l\u2019esprit déçu du jeune avocat.Par deux reprises des inconnus s\u2019étaient introduits dans la propriété de M.de Port-Riou.Celle-ci avait été mise sous scellés jusqu\u2019à la fin de l\u2019instruction.Seul, le petit appartement qu\u2019occupait le ménage Kergoat était resté à la disposition des domestiques.Le pavillon où logeait Tania Théodovna était vide, la jeune fille ayant trouvé une place à Rennes.Or, dans le courant de janvier et de février, la maison et le laboratoire du savant avaient été visités par des inconnus qui avaient fait sauter les scellés et fracturé les serrures.Tout avait été fouillé, bouleversé, mis à sac.Mais les cambrioleurs, d\u2019après une estimation approximative, étaient repartis sans rien emporter.D\u2019où Ton avait conclu qu\u2019ils cherchaient, eux aussi, la fameuse formule restée introuvable.Me Lambert s\u2019était empressé de communiquer ces faits à François de Port-Riou, espérant le tirer enfin de son inexplicable mutisme.Il avait paru ébranlé, en effet, et comme heureux de cette tentative de vol qui militait en faveur de son innocence.Puis, brusquement, après quelques minutes de réflexion, il était retourné dans cette sombre apathie, si étonnante chez ce garçon ouvert, sportif, et d\u2019une nature plutôt communicative.François ressassait une fois de plus toutes ces pensées pénibles, ce matin de juin.Il se levait désormais et circulait dans sa chambre et dans le couloir de l\u2019étage.Mais il lui était, bien défendu de sortir, et même de se montrer à la fenêtre.Il lui était arrivé de descendre prendre son repas du soir avec ses hôtes, dans la salle à manger.Mais cela obligeait à tenir tout fermé, à tirer les rideaux et François souffrait de se sentir une cause de gêne.D\u2019ailleurs cette situation ne pouvait se prolonger indéfiniment.La présence du prisonnier sous leur toit faisait courir un risque trop grand aux Galloué-dec pour que le jeune homme veuille profiter plus longtemps de leur charitable hospitalité.Il était donc décidé à partir.Mais pour aller où ?Il pouvait à la rigueur gagner l\u2019Angleterre sur un bateau de pêche qui le déposerait de nuit dans une crique peu fréquentée.Mais François hésitait à s\u2019expatrier.Le secret de son oncle lui appartenait désormais à lui seul, et s\u2019enfuir loin de la France serait abandonner toute chance de le retrouver et d\u2019en faire profiter son pays.Partir, c\u2019était s\u2019interdire de revoir Tania, abandonner l\u2019espoir d\u2019un miracle qui lui permettrait enfin de crier la vérité.C\u2019était aussi quitter Marie-Lise et cette perspective devenait tous les jours plus pénible à envisager.Las de tourner dans sa petite chambre quand il entendait monter jusqu'à lui les bruits familiers de la maison, il ouvrit doucement sa porte, écouta un instant.Le docteur était, comme tous les matins, en tournée de visites.Il n\u2019y avait donc personne dans le salon d\u2019attente.Il avait entendu quelques minutes au-pai avant le grelot d\u2019Albine passant sur le chemin.Ce qui indiquait que la fille blonde et le chèvre blanche, Tune suivant l\u2019autre, se promenaient quelque part dans la campagne.Jeannick devait être seule dans sa cuisine et serait heureuse de faire un brin de causette avec son protégé.Il descendit donc au rez-de-chaussée, glissa un regard prudent vers la porte entrebâillée par où lui parvenaient d\u2019alléchantes odeurs.La cuisinière, assise devant sa table, pelait des pommes de terre.Sa figure ronde, toujours placide et un peu renfrognée, s\u2019éclaira d\u2019un sourire quand elle aperçut le jeune homme.\u2014 Vous pouvez entrer, Monsieur François, il n\u2019y a que moi dans la maison.Y a-t-il quelque chose pour votre service ?\u2014 Rien qu\u2019un peu de compagnie, si je ne dois pas vous déranger, ma bonne Jeannick.Je m\u2019ennuie tout seul, là-haut.\u2014 C\u2019est bon signe, fit-elle avec satisfaction.Ça prouve que vous allez tout à fait bien.Prenez cette chaise et si vous permettez, je continue mon travail.\u2014 Voulez-vous que je vous aide ?Au régiment, je savais très bien peler les pommes de terre.\u2014 Dieu m\u2019en garde ! s\u2019exclama-t-elle en riant.Les lapins auraient plus à manger que nous si je vous laissais faire.Non, non.Allumez une cigarette si le coeur vous en dit et restez tranquille.François n\u2019insista pas.A califourchon sur sa chaise et ses longues jambes étalées devant lui, il fuma un long moment en silence.Il faisait bon et tout était tranquille.Par la fenêtre entrouverte sur la campagne verte arrivaient les chants des oiseaux, les pépiements des poules, des cris lointains d\u2019enfants et, de temps à autre, les roucoulements tendres des pigeons posés au bord du toit.La présence de Jeannick, calme, maternelle et sereine, lui communiquait une sensation de sécurité.Il aimait cette femme simple dont le regard savait se charger de douceur pour l'homme malheureux qu\u2019il était.\u2014 Jeannick, dit-il enfin avec un soupir, il va falloir que je m\u2019en aille et je suis sans courage en pensant à ce départ.\u2014 Et où irez-vous, pauvre petit ?demanda-t-elle en s\u2019arrêtant de travailler.Vous savez bien que vous serez repris tout de suite.\u2014 C\u2019est une chance à courir.Et d\u2019ailleurs, voyez-vous, j\u2019ai beaucoup réfléchi pendant que j\u2019étais couché.Je me demande si cette fuite n\u2019a pas été une folie, si la sagesse ne serait pas de retourner à Vannes, tout simplement et de me remettre entre les mains de la police.\u2014 C\u2019était bien la peine de risquer vingt fois la mort pour en arriver là, grommela Jeannick d\u2019un ton indigné.Ecoutez, Monsieur François, je ne suis qu\u2019une paysanne et je ne connais rien à toutes ces manigances, vu que je ne lis jamais les journaux.Mais la petite m\u2019a raconté toute votre histoire, et qu\u2019on vous accuse d\u2019avoir tué votre oncle et d\u2019avoir fait disparaître son invention.\u2014 M\u2019en croyez-vous capable, Jeannick ?Suffoquée par cette demande, elle regarda un instant ce clair visage d\u2019homme en face d\u2019elle.La rude Bretonne avait passé l\u2019âge des émotions sentimentales.Elle fut émue pourtant par l\u2019expression angoissée, des yeux gris, si lumineux sous les sourcils noirs, par le pli douloureux de la bouche sensible et bonne, cette bouche qui savait si bien sourire autrefois et qui avait désappris la gaieté.Pour cacher son trouble elle devint bourrue.\u2014 Si je vous avais cru un tel sacripant, je ne vous aurais pas dorloté comme je l\u2019ai fait, par Saint Guirec ! Non, Monsieur François, mais il y a dans votre histoire des choses que je ne comprends pas, des choses pas claires, et ça me chiffonne.Et M.Gilles aussi, allez, ça le tourmente bien.\u2014 Et.Marie-Lise ?demanda-t-il, hésitant.En parle-t-elle quelquefois ?\u2014 Non, répliqua Jeannick en jetant ses pommes de terre dans l\u2019eau avec un geste de mauvaise humeur.Et moi, j\u2019aimerais mieux que.Enfin, Dieu sait ce qu\u2019il fait, mais je ne voudrais pas que la petite souffre.Comprenez-vous, Monsieur ?\u2014 Oui, Jeannick, je comprends, dit-il lentement.Et moi, je donnerais beaucoup pour qu\u2019elle fut heureuse.Oh ! ma pauvre Jeannick, j\u2019aimerais tant avoir le droit de parler, de me délivrer de ce cauchemar.\u2014 Pourquoi ne pas vous confier au docteur?Je suis sûre qu\u2019il vous donnerait un bon conseil et qu\u2019il vous tirerait d\u2019affaire.François hocha la tête, sans répondre.Mais il sentait bien qu\u2019il était à bout de courage et que le moment était proche où il parlerait enfin.* * * François était rentré dans sa chambre quand Gilles arriva de ses tournées de visites, un peu avant midi.Le docteur monta le voir aussitôt, le félicita de sa bonne mine, lui donna les journaux qu\u2019il avait achetés et comme il allait redescendre on entendit la porte d\u2019entrée se fermer.\u2014 Gilles, cria la voix de Marie-Lise, où es-tu ?\u2014 Au premier, répondit le docteur en se penchant sur la rampe.Le déjeuner est-il déjà prêt ?\u2014 Non, non, ce n\u2019est pas cela.Je monte, j\u2019ai quelque chose à te raconter.En trois bonds elle fut en haut de l\u2019escalier.Elle serra la main de François et entra dans la chambre avec les deux jeunes gens.Elle était toute rouge comme si elle avait couru et ses yeux brillaient.\u2014\tIl m\u2019est arrivé une aventure, expli-qua-t-elle, et j\u2019ai pensé que cette histoire, anodine en apparence, pourrait intéresser François.___Qu\u2019y a-t-il ?interrogea le jeune homme, inquiet.La police ?\u2014\tNon, non.Du moins, je ne le crois pas Voilà ce que c\u2019est.Ce matin, comme il faisait très beau, j\u2019ai conduit Al-bine à sa place favorite, c\u2019est-à-dire sur l\u2019esplanade du château.Je venais à peine de l\u2019attacher que tout à coup, j\u2019entends du bruit et je vois sortir deux hommes du donjon.Sur le moment j\u2018ai eu très peur, je l\u2019avoue, car j\u2019étais seule et ces individus n\u2019avaient rien d\u2019engageant.\u2014 Comment étaient-ils?.Ressemblaient-ils à des policiers en civil ?\u2014 Oh ! non, pas du tout, mais laissez-moi continuer.Tout d\u2019abord, j\u2019ai l\u2019idée de tourner les talons et de disparaître le plus vite possible.Puis, je réfléchis, je me raisonne et je me dis qu\u2019après tout, je ne suis pas loin du village et que je ne risque pas grand-chose.A ce moment les deux hommes m\u2019aperçoivent et m\u2019appellent de loin.« L\u2019un était plutôt petit, trapu, noir de peau et de cheveux, avec une bouche épaisse et une grosse moustache.L\u2019autre très grand, au contraire, maigre, rasé, et si blond qu\u2019il en paraissait albinos.Ils étaient correctement vêtus mais on devinait tout de suite qu\u2019ils étaient étrangers.Voilà que le brun s\u2019avance vers moi et me salue, très poliment.« \u2014 Pardon, Mademoiselle, dit-il avec un très vilain accent guttural et en cherchant ses mots, êtes-vous du pays ?Pourriez-vous me donner un renseignement ?« Il était poli et ne semblait pas animé de mauvaises intentions.Je n\u2019avais aucune raison de ne pas lui répondre et pourtant je me méfiais.Je fais oui de la tête, sans rien dire.«-Est-ce que vous n\u2019avez pas vu un homme par ici, il y a quelques jours ?Un homme qui se cachait ?Là, dans cette tour.Réfléchissez bien.Un garçon jeune, grand ?« Je sens mes jambes qui tremblaient sous moi.Ils avaient dû fouiller le donjon, voir le matelas de varech où couchait François, retrouver peut-être quelques effets oubliés.« Le blond se tourne vers son camarade et il lui dit quelques mots dans une langue étrangère qui n\u2019est ni de l\u2019anglais, ni de l\u2019allemand, ni de l\u2019italien, j\u2019en jurerais.Alors, une idée me traverse la tête et je réponds en dialecte breton, très vite, en faisant des gestes.Si vous aviez vu la tête des deux individus ! Ils ouvraient des yeux comme des portes cochères et semblaient furieux.Au bout d\u2019un moment qui me parut un siècle, ils haussent les épaules, échangent quelques phrases dans leur langue et me tournent le dos, sans même me saluer.« Vous pensez quel soupir de soulagement j\u2019ai poussé ! Je suis redescendue à travers les rochers pour être sûre de ne pas les rencontrer.\u2014 N\u2019avez-vous aucune idée de la langue qu\u2019ils employaient ?demanda François.\u2014 Je vous l\u2019ai dit, elle ne ressemblait à rien de connu.J\u2019opinerais pour du russe ou un idiome d\u2019Europe Centrale, peut-être.\u2014 Ce n\u2019étaient donc pas des policiers, déclara Gilles.Et pourtant, ces gens vous cherchaient, François.Dans quel but ?Le jeune homme ne répondit pas tout de suite.La tête basse et les sourcils froncés, il réfléchissait profondément.Enfin, il releva la tête.Son parti était pris.\u2014 Je n\u2019ai que trop tardé, je le crois bien, dit-il.Pouvez-vous m\u2019accorder une heure d\u2019entretien après le repas, mon cher Docteur ?Et quand vous serez en possession de mon secret, vous me conseillerez sur la route à suivre.\u2014 Je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour vous aider, répondit Gilles simplement avec un bon sourire réconfortant.Il était déjà dans l\u2019escalier.François retint Marie-Lise qui allait le suivre.\u2014 Pardonnez-moi, mon petit, si je vous demande de ne pas assister à.cette confession.Ce que j\u2019ai à dire est Montréal, janvier 1960 37 trop grave pour que je veuille vous y mêler.Je vous supplie seulement d\u2019avoir confiance en moi.Dans la demi-pénombre du vestibule, les yeux de Marie-Lise, largement ouverts et rayonnant de lumière, brillaient comme des étoiles.\u2014 J\u2019ai confiance en vous, François, et depuis le premier jour où je vous ai rencontré.Faites ce que vous croyez être bon et que Dieu vous protège.Il eut la tentation soudaine de l\u2019attirer contre sa poitrine et de baiser avec un amour infini ces yeux qui ne savaient pas mentir.Mais il eut honte de ce mouvement de passion brutale qui le submergeait tout à coup.Le moment n\u2019était pas encore venu.Viendrait-il jamais ?Il lui dit : « Merci » gravement et la suivit du regard tandis qu\u2019elle descendait l\u2019escalier de sa marche dansante.Les deux hommes étaient seuls dans la chambre de François.Mais tandis que Gilles était assis dans un fauteuil et fumait paisiblement, Port-Riou allait et venait, nerveux et préoccupé, incapable de rester en place.\u2014 Prenez donc votre café, dit Gilles avec bienveillance.Il refroidit.\u2014 Ah! soupira François, je ne sais pas par quel bout commencer.Je ne voudrais pas vous ennuyer avec trop de détails.\u2014 Ce serait un tort, mon ami.Si vous m\u2019cn croyez, prenez donc les choses par le commencement et racontez-moi tout, avec le plus d\u2019ordre possible et sans craindre de me lasser.Nous avons une heure de tranquillité devant nous.A moins d\u2019un accident imprévu, personne ne viendra nous déranger.François avala d\u2019un trait sa tasse de café.Puis il consentit enfin à s\u2019asseoir et il regarda une seconde, avec un pauvre sourire hésitant, le visage plein de bonté du docteur Gallouédec.Il retrouva dans les yeux bleus cette expression de confiance qu\u2019il avait déjà lue, une heure auparavant, dans les prunelles sombres de Marie-Lise.Et ce souvenir lui donna le courage de commencer.\u2014 Avant toute chose, dit-il, je dois vous expliquer la place prépondérante que mon oncle Henri tenait dans ma vie.Mon père, officier de marine, avait été tué en 1940 par l\u2019explosion d\u2019une mine qui détruisit le contre-torpilleur qu\u2019il commandait.«Nous habitions Vannes à cette époque, dans la maison de famille qui venait de ma mère.L\u2019oncle Henri, veuf et sans enfants, se montra tout de suite d\u2019une bonté agissante.La question matérielle ne se posait pas, car nous jouissions d\u2019une aisance respectable ; mais ma mère, de santé délicate, avait été très ébranlée par la mort de son mari.Elle était incapable, physiquement et moralement, d\u2019élever un garçon.« Ce fut mon oncle qui me servit de père.J\u2019avais neuf ans à cette époque et je m\u2019attachais très vite à cet homme énergique, intelligent, qui savait me comprendre et me distraire.« Il dirigea mes études, fut pour moi un guide, un conseiller, mais surtout un ami, le plus intelligent et le plus paternel.« Et l\u2019on veut que j\u2019aie tué de mes mains ce que j\u2019aimais le plus au monde ! gémit François avec désespoir.Il se reprit rapidement en enchaînant, cependant que Gilles, attentif continuait à fumer en silence : \u2014 Tout naturellement, il m\u2019orienta vers les sciences et principalement vers la chimie, car il caressait l\u2019espoir de me voir lui succéder un jour.Mes examens passés brillamment, je puis bien le dire, mon service militaire accompli, je devins son assistant et bientôt j\u2019eus la joie de partager tous ses travaux.« Nous menions une vie tranquille.Pour ne pas déranger ses habitudes, j avais continué à habiter notre maison de Vannes, vide hélas, depuis plus de six ans puisque mère à son tour était morte.« Cela me permettait d\u2019être indépendant, d\u2019avoir quelques amis, de sortir le soir.Bref, une vie bien organisée qui me satisfaisait pleinement.« Il y a un peu plus d\u2019un an, mon oncle partit pour Vienne où se tenait un Congrès international de chimie.Quand je me rendis chez lui, le lendemain de son retour au manoir, il me présenta une jeune fille.« \u2014 Tarda Théodovna, me dit-il, qui sera notre préparatrice et ma secrétaire.s II dut ensuite m\u2019expliquer quelque chose au sujet de leur rencontre à Vienne, mais je n\u2019entendais plus rien de ce qu\u2019il me disait.«Je ne quittais pas des yeux cette étrange fille, sans réagir contre l\u2019espèce d\u2019envoûtement qui me paralysait.«Vous êtes un homme, Gilles, et bien que vous me paraissiez toujours calme et maître de vous-même, peut-être pourez-vous me comprendre ?« Il me semblait n\u2019avoir jamais rien vu de comparable à Tania.J\u2019en avais le souffle coupé, l\u2019esprit vide.Ce ne fut qu\u2019au bout de longues minutes que je réalisai l\u2019enivrante réalité : désormais je vivrais à côté de cette divine créature, elle me parlerait, je pourrais tout à mon aise contempler ce corps flexible, ce long cou mince qui ployait sous le poids du lourd chignon d\u2019or brun, ce visage triangulaire qui ne ressemblait à aucun visage connu.«C\u2019est étonnant, avoua François après un court silence.Je m\u2019aperçois à mesure que je parle, que je suis incapable aujourd\u2019hui de vous décrire les traits de Tania.Et pourtant, Dieu sait si son image a hanté mes jours et mes nuits ! Et maintenant, tout est flou dans mon souvenir.Je retrouve seulement cette impression d\u2019envoûtement, de rêve, qui m\u2019avait saisi lors de notre première rencontre.\u2014 Le temps fait son oeuvre, mon ami, dit Gallouédec avec un demi-sourire.Continuez donc votre récit, j\u2019ai hâte de connaître la suite.\u2014 A partir de ce moment, poursuivit François, les journées passées au laboratoire entre mon oncle et Tania me parurent trop courtes.Vous allez me traiter de fou, mais pensez que c\u2019était mon premier grand amour et que j\u2019avais vingt-cinq ans ! \u2014 Se montrait-elle coquette ?\u2014 Elle ?Ah 1 certes non ! Distante, au contraire et parfois d\u2019une froideur hautaine qui me désespérait.On eût dit que son travail suffisait à remplir à la fois son esprit et son coeur.Puis, à d\u2019autres moments, elle se révélait d\u2019humeur douce et facile, avide de plaisir, de mouvement, de gaieté.Je venais la chercher le dimanche avec ma Dauphine et nous faisions de longues promenades dans les environs.Mais le plus souvent elle préférait marcher et elle ne se lassait pas de parcourir la côte, les plus petites criques, la plage qui s\u2019étend au-dessous de la falaise où s\u2019élève le manoir de Port-Riou.«Je l\u2019emmenais au théâtre, au cinéma parfois au restaurant.Elle se montrait toujours d\u2019une correction parfaite et s\u2019il m\u2019avait pris l\u2019envie de me révéler entreprenant, je gage qu\u2019elle aurait eu tôt fait de me remettre dans le droit chemin.« Mon amour ne faisait que croître et malgré l\u2019espèce de.gêne, oui, c\u2019est le mot exact, qui subsistait entre nous du fait de nos mentalités slave et française si différentes l\u2019une de l\u2019autre, je ne pouvais toujours cacher la passion qui me brûlait dès que j\u2019étais en sa présence.« Elle ne semblait pas s\u2019en soucier.La découverte de mon oncle, sur laquelle nous nous penchions anxieusement depuis quelques mois l\u2019intéressait beaucoup plus que mes déclarations enflammées.\u2014 Sortait-elle seule quelquefois?.Savez-vous si elle avait des amis à Vannes ou ailleurs ?François parut étonné de ces questions.\u2014 Je n\u2019en sais rien.C\u2019est probable, car il m\u2019est arrivé de la rencontrer deux ou trois fois avec des inconnus.Mais j\u2019avoue ne l\u2019avoir jamais beaucoup questionnée à ce sujet.Elle menait une vie d\u2019apparence très sage, presque austère et n\u2019allait en ville que pour y faire des emplettes ou pour se distraire en ma compagnie.\u2014\tBien.Pardonnez-moi cette parenthèse.Venons-en, si vous le jugez bon, aux jours précédant le drame.\u2014\tNos expériences mille fois répétées se révélaient concluantes.Le car- burant créé de toutes pièces par mon oncle était parfaitement capable de remplacer dans tous ses emplois industriels le précieux pétrole et ses dérivés.Utilisé comme source de chaleur, il émettait un rayonnement calorique supérieur à celui du meilleur charbon.Nous étions transportés d\u2019enthousiasme et en même temps fiévreux et épuisés, car nous avions fourni depuis quelques mois un effort intensif.« Tania, surtout, devenait nerveuse, irritable, tout en se montrant avec moi plus tendre, plus accessible.Je subissais un véritable régime de douche écossaise, passant du découragement le plus sombre à une joie éperdue.« La veille du jour où l\u2019oncle Henri espérait mettre le point final à ses travaux, nous sortîmes du laboratoire avant l\u2019heure habituelle.Mon oncle attendait un coup de téléphone du Ministre de l\u2019Intérieur et il rentra au manoir, nous rendant à tous deux notre liberté.« Il ne faisait pas très froid et par chance il ne pleuvait pas.Comme il régnait encore une pâle lueur de jour j\u2019offris à Tania d\u2019aller nous dégourdir les jambes avant la nuit et elle accepta.« Je marchai devant et elle me suivait sans rien dire.Elle avait le visage que je redoutais, ce visage secret, hostile, où les yeux verts légèrement bridés ne laissaient rien transparaître de ses pensées intimes.« Pourtant que je la fis asseoir sur une roche et que je mis mon manteau sur ses épaules pour la préserver de l\u2019humidité, elle me sourit avec tant de douceur que j\u2019en perdis la tête.« Elle ne résista pas quand je l\u2019attirai vers moi et me rendit mes baisers avec tant d\u2019abandon que je crus enfin avoir conquis à jamais ce coeur farouche.Et soudain, se détournant, elle me dit de cette voix toujours un peu voilée que l\u2019accent slave rendait si émouvante : « \u2014 J\u2019ai peur, François.« \u2014 Et de quoi?répondis-je en riant.Pas de moi, j\u2019espère ?« \u2014 Non, non.Mais je dois vous dire.Oh ! c\u2019est affreux.Depuis trois jours que je vis dans la crainte.« \u2014 Mais que se passe-t-il ?Confiez-vous à moi, et je saurai bien vous défendre.« \u2014 J\u2019ai reçu une lettre, mardi matin, une lettre anonyme.D\u2019abord je n\u2019y ai rien compris.Puis, j\u2019ai cru qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une mauvaise plaisanterie et j\u2019ai voulu en rire.Mais, malgré moi, la menace contenue dans ces lignes, me poursuit nuit et jour et je tremble.« \u2014 Mais, Tania, que disait cette lettre ?L\u2019avez-vous conservée ?« \u2014 Non, et j\u2019ai été stupide, je le reconnais.Mais c\u2019était la première fois que je recevais une horreur de ce genre et dans mon premier mouvement d\u2019indignation je l\u2019ai déchirée en mille morceaux et jetés dans la corbeille à papiers.Néanmoins, je m\u2019en rappelle les termes et puis vous les citer mot à mot.« Elle se rapprocha de moi comme pour se donner du courage et se blottit entre mes bras.« \u2014 Le secret du professeur de Port-Riou, récita-t-elle lentement, ne doit pas voir le jour.Avertissez-le ainsi que son neveu, que porter ces formules au Gouvernement français serait, du même coup, signer votre condamnation à mort.Si vous tenez à la vie, obtenez du professeur qu\u2019il renonce à exploiter sa découverte.« Sur le moment, je reconnais que ces mots articulés par une voix tremblante et comme déformée par la peur, m'impressionnèrent désagréablement.Pourtant, je réagis vite dans le but de rassurer Tania.« \u2014 Voyons, ma chérie, lui dis-je, ceci ne tient pas debout.Avez-vous parlé des recherches de mon oncle à des étrangers ?« \u2014 Jamais! dit-elle vivement.« \u2014 Moi, de mon côté, je n\u2019en ai soufflé mot à âme qui vive et l\u2019on ne peut guère soupçonner l\u2019oncle Henri de bavardages intempestifs.Comment le ou les auteurs de cette lettre auraient-ils eu vent de cette découverte ?Pierre Kergoat balaie le laboratoire mais il est quasiment illettré, d\u2019ailleurs les papiers sont rangés tous les soirs.« \u2014 Alors, comment expliquez-vous cette lettre ?¦v ¦¦ AJ Les çovdc appAéaés Wums hûn.Jl'vwdiqèÀtiOïl Les aliments riches ou épicés, parfois même une nourriture trop abondante engendrent l\u2019hyperacidité, cause d\u2019aigreurs ou d\u2019indigestion.Soyez toujours prémuni\u2014 ayez des Turns pour l\u2019estomac.Ils soulagent immédiatement, à toute heure et en tout lieu .pas besoin d'eau.pour l\u2019estomac Achetez le paquet économique de 3 rouleaux « \u2014 C\u2019est l\u2019oeuvre d\u2019un mauvais plaisant qui a voulu bêtement vous faire peur, je suppose.Peut-être un camarade devant qui nous avons, vous ou moi, parlé de nos fonctions auprès du professeur et qui a forgé de toutes pièces un chapitre de roman-feuilleton.«Je la crus convaincue, je lui demandais d\u2019être ma femme et tout en ne disant pas absolument « oui », elle me laissa cependant espérer une réponse favorable.« En la quittant, ce soir-là, je nageai dans le bonheur.Une ombre au tableau cependant.« Je savais que mon oncle n\u2019approuverait pas ce mariage.Il avait deviné depuis quelque temps déjà mon amour pour Tania.Il avait abordé ce sujet, une semaine auparavant, avec la franchise un peu rude qui formait le fond de son caractère.Et comme je dissimulai mal mon très vif désir d\u2019épouser Mademoiselle Théodovna, il s\u2019en montra violemment contrarié.« \u2014 J\u2019ai été fou d\u2019amener cette fille sous mon toit, disait-il avec colère, j\u2019aurais dû penser que j\u2019avais charge d\u2019âme.Mais, saperlipopette ! A-t-on idée d\u2019être inflammable à ce point ?Et pour une étrangère, une Tchèque, qui sort on ne sait d\u2019où, dont je ne connais ni les parents ni les principes.N\u2019y a-t-il pas assez de jolies filles en France pour te contenter ?« Irrité par cette résistance, j\u2019avais répliqué sans douceur, argué de ma majorité, de mon indépendance matérielle et j\u2019avais menacé mon oncle de rompre avec lui.Nous nous étions séparés très fâchés l\u2019un contre l\u2019autre.« Puis la nuit était passée, faisant son oeuvre d\u2019apaisement.Nous avions tous deux des natures très vives, mais nous nous aimions trop profondément pour qu\u2019une dispute dégénère en brouille durable.« Néanmoins, la pensée de mécontenter gravement mon oncle assombrissait mon bonheur.Je résolus d\u2019attendre pour lui reparler de Tania le moment où 38 La Revue Populaire il serait délivré du souci de sa brillante découverte.« Le lendemain, 11 décembre, il mit le point final à ses travaux désormais achevés, en réunissant dans une chemise tous les papiers soigneusement classés, numérotés, qui portaient les précieuses formules.Il plaça cette chemise dans une serviette de cuir fermée à clef et me chargea d\u2019aller l\u2019en-feimer dans le coffre secret, ce que je fis aussitôt.\u2014 Pardon, intervint Gilles, je voudrais vous poser une question.Tania Théodovna était-elle en mesure de reconstituer ces formules ?\u2014 Bien sûr que non.Tania se bornait à faire les préparations chimiques et elle servait de secrétaire à mon oncle pour sa correspondance.\u2014 Et connaissait-elle l\u2019emplacement du coffre dont vous parlez ?\u2014 Non, c\u2019est impossible.Seuls, mon oncle et moi étions capables de découvrir son existence.Excusez-moi de ne pas m\u2019étendre sur ce point, je n\u2019ai pas encore décidé ce que je dois faire à ce sujet.\u2014 Excusez-moi et continuez, je vous prie.\u2014 Nous retournâmes tous trois au manoir.Mon oncle était rayonnant et j\u2019aurais été le plus heureux des hommes si je n\u2019avais pas deviné la sourde inquiétude qui agitait Tania.Après avoir trinqué au champagne à la réussite de nos efforts, je pris congé de mon oncle Henri.Tania sortit avec moi et dès que nous fûmes dehors, dans l\u2019obscurité du jardin, elle s'accrocha à mon bras.« \u2014 François, me dit-elle à mi-voix avec une espèce de sanglot, j\u2019ai reçu encore une lettre ce soir.Ces gens me guettent, j\u2019en suis sûre ; si la découverte du carburant est rendue publique, ils me tueront.« C\u2019est en vain que je tentais de la rassurer.Elle tremblait de tous ses membres et je sentais sous mes baisers ses joues toutes humides de larmes.Je lui offris de l\u2019emmener à Vannes pour la distraire, mais elle était très lasse et m\u2019annonça son intention de se coucher tout de suite après le repas.« Je la quittai donc à regret, inquiet malgré moi de ces menaces répétées.Je résolus pendant mon retour à Vannes, d\u2019aller trouver la police si une nouvelle lettre parvenait à Tania.Il eût été fou de ne pas prendre au sérieux un danger qui pouvait être réel.Cette décision me calma et les quelques heures que je passai ensuite chez un ménage ami, en joyeuse compagnie, achevèrent de dissiper mes idées sombres.« Je rentrai chez moi de bonne heure, car nous avions veillé la nuit précédente et les fatigues des derniers jours commençaient à se faire sentir.Il était environ 23 heures et j\u2019allais me déshabiller quand le téléphone sonna.«Dans une petite ville comme Vannes, si tranquille dans sa paix provinciale, il était rare qu\u2019on m\u2019appelât à des heures pareilles.Aussi cette sonnerie brusque m\u2019impressionna bizarrement et j\u2019eus aussitôt le pressentiment d\u2019un malheur.Mais je pensais à Tania et non à mon oncle que j\u2019avais laissé en parfaite santé.La voix qui me parla au bout du fil m\u2019apparut lointaine, déformée, comme si mon interlocuteur se trouvait à des milliers de kilomètres.\u2014 Avait-il un accent étranger ?\u2014 Je vous avoue que je ne puis l\u2019affirmer.J\u2019étais troublé et dès les premiers mots, je crus avoir affaire à Ker-goat, le valet de chambre.Il avait parfois dans la voix cette tonalité gutturale que je retrouvais chez mon correspondant invisible.« \u2014 Venez, me dit-on sur un ton impératif, M.de Port-Riou est souffrant, il vous réclame d\u2019urgence.«Et l\u2019on dut raccrocher aussitôt car personne ne répondit à mes questions.Pas un instant je n\u2019eus l\u2019idée de me méfier.Mon oncle avait fourni ces dernières semaines un travail cérébral intense, il pouvait avoir eu une défaillance dans la soirée.« Sans même prendre le temps d\u2019enfiler mon pardessus, je bondis dans ma voiture et je filai à toute allure vers le manoir.Le parc était tranquille.Il n\u2019y avait pas de lumière dans le petit pavillon où logeait Tania.Mais je vis, dès que j\u2019arrêtai l\u2019auto devant la façade que le bureau de mon oncle était éclairé.« Je fus vaguement étonné du silence qui régnait, ainsi que du fait que la porte était fermée.On avait dû pourtant prévenir le docteur, et peut-être aussi Tania.« Tout en me faisant ces réflexions j\u2019ouvris tout naturellement avec ma clef personnelle et j\u2019entrai dans le vestibule.Là aussi, tout était sombre, à part un mince filet de lumière qui filtrait sous la porte du bureau.Ne comprenant plus rien et de plus en plus intrigué, j\u2019ouvris cette porte.« J\u2019imagine, reprit François avec effort, que je suis resté une bonne minute figé sur le seuil, incapable de détacher mes yeux de cette grande forme sombre étalée sur le tapis.« Mon oncle était tombé en avant, la figure contre terre.Son bras droit était pris sous son corps et le gauche étendu, avec une main crispée sur les touffes de laine de la carpette.Tout d\u2019abord je crus à une attaque et le premier instant de surprise passée, je me précipitai à son secours.C\u2019est quand je me mis à genoux près de lui que j\u2019aperçus cette déchirure dans sa robe de chambre, en dessous de l\u2019omoplate gauche et la traînée de sang qui coulait sur le drap brun et s\u2019écoulait lentement sur le tapis.Par terre, à quelques centimètres de son corps, je vis le poignard qui l\u2019avait tué.Il avait dû jaillir de la blessure au moment de sa chute.Affolé, je pris sa tête entre mes mains et je l\u2019appelai, avec le fol espoir que tout n\u2019était pas fini, que je pourrais encore le sauver.\u2014 Il était déjà mort, n\u2019est-ce pas?François releva les yeux, fixa un instant les traits émus du docteur Gal-louédec.Gilles pensa qu\u2019il n\u2019avait jamais vu un visage aussi pâle, aussi beau dans sa douleur que celui qui lui faisait face.Comment avait-on pu accuser d\u2019un crime un être aussi visiblement désespéré ?\u2014 Non, dit François lentement.Vous êtes le premier, Gilles, à qui je confie ce secret.Non, mon oncle n\u2019était pas mort.On eût dit qu\u2019il m\u2019attendait.Il ouvrit des yeux déjà vagues, me regarda, parut me reconnaître.Penché sur lui, je vis ses lèvres remuer, mais j\u2019eus de la peine à comprendre ses paroles.Il me dit : « François.les formules.attention.le secret.» « Ce fut tout.Sa tête se fit inerte entre mes mains, son regard se voila et tandis que j\u2019appelais encore, désespérément, je savais, hélas, qu\u2019il était mort et qu\u2019il ne m\u2019entendait plus.« A ce moment, la porte s\u2019ouvrit derrière moi.Pierre Kergoat m\u2019apparut, affublé d\u2019un vieux manteau et de pantoufles et suivi de sa femme.Il a dit au juge d\u2019instruction que je lui avais paru hébété et je dois reconnaître qu\u2019il n\u2019avait pas tout à fait tort.C\u2019était la première fois que je me trouvais devant un meurtre et il se mêlait au chagrin atroce qui m\u2019envahissait une sorte d\u2019cpouvarite.« Je pensais à Tania, aux lettres de menaces, aux ennemis qui nous guettaient dans l\u2019ombre, et surtout je croyais entendre résonner encore et toujours cette voix mourante qui me demandait le secret.« Je garde de la scène qui suivit un souvenir de cauchemar.Je défendis à Kergoat de toucher au corps ni à quoi que ce soit dans la pièce et j\u2019appelai immédiatement la gendarmerie de Vannes.La femme du valet de chambre avait disparu.« Au moment où je reposais le récepteur, Tania entra dans la pièce, avec Mme Kergoat à la suite.Elle avait passé un manteau de fourrure sur sa longue robe de nuit et ses cheveux d\u2019un blond roux si chaud pendaient en longues boucles sur son dos.Je la vois encore, immobile dans l\u2019encadrement de la porte, avec sa pâle figure épouvantée, ses yeux élargis qui fixaient le cadavre et sa bouche qui tremblait.« \u2014 Que faites-vous ici, ma pauvre petite ?dis-je en m\u2019avançant vers elle.Pourquoi vous a-t-on réveillée ?« Elle me regarda et ne parut pas m\u2019entendre.Elle claquait des dents.« \u2014 Oh ! François, murmura-t-elle, lui ce soir, moi, demain.Ils me tueront, j\u2019ai peur, j\u2019ai peur ! «Je la sentais au bord de la crise de nerfs, elle dont j\u2019avais si souvent admiré le calme sang-froid.J\u2019aurais étranglé volontiers cette stupide cuisinière qui avait fait preuve d\u2019un zele intempestif.Je forçai Tania à s\u2019étendre sur le divan du salon, loin de la vue de ce corps inerte qui la terrifiait.Elle se cramponnait à moi, me baisait les mains, me suppliait de détruire les documents.« J\u2019étais bouleversé de la voir dans cet état et j\u2019aurais donné tout ce que je possédais pour la délivrer de cette peut atroce.Pourtant, je ne voulais à aucun prix anéantir l\u2019oeuvre de mon oncle, le fruit des efforts de toute une vie.« D\u2019autre part, ses dernières paroles continuaient à me poursuivre.Qu\u2019avait-il voulu dire par : « le secret » ?Devais-je garder le silence sur sa découverte, ne pas la livrer à la connaissance du monde par crainte de représailles, ou voulait-il seulement me mettre en garde contre ceux qui voulaient s\u2019en emparer et qui venaient de le tuer lâchement ?« Dans le doute et poussé par la pitié que m\u2019inspirait Tania, je lui fis le serment de me taire, de ne révéler à âme qui vive la cachette où dormaient les précieux documents.Ce serment qui parut la tranquilliser et que j\u2019avais prononcé dans une minute de désarroi extrême, je l\u2019ai tenu pourtant.Durant cinq mois, malgré les charges accablantes qui pesaient sur moi, l\u2019accusation infâme dont j\u2019étais l\u2019objet, la perspective d\u2019une vie à jamais brisée, je me suis tu.Personne ne sait où M.de Port-Riou a caché le secret qui me rapporterait une fortune, à moi, son héritier, et qui donnerait la puissance, la richesse, l\u2019indépendance à mon pays.Vous êtes le premier à qui je confie la vérité, parce que je suis à bout de courage, mais surtout parce que je commence à douter.C\u2019est fou ce qu\u2019on peut réfléchir dans la solitude d\u2019une cellule, toutes les pensées qui luttent, s\u2019enchevêtrent, se superposent dans un cerveau livré à ses seules ressourcés.Je me demande si j\u2019ai eu raison d\u2019agir de la sorte, si ce serment qu\u2019exigeait Tania répondait aux dernières volontés du mourant, si je n\u2019ai pas été dans cette sombre histoire une victime ou plutôt une sorte de pantin qui exécutait docilement les mouvements qu\u2019une main invisible me commandait, dans l\u2019ombre.« Et j\u2019en viens, depuis quelques semaines, ajouta-t-il en baissant la voix, à douter d\u2019elle, aussi.Quel rôle a-t-elle joué ?Quand était-elle sincère ?M\u2019a-t-elle jamais aimé ou était-elle.?Ah ! cela, mon pauvre Gilles, c\u2019est le plus dur, voyez-vous ! A chacune des rares visites qu\u2019elle me fit, au début de mon incarcération, j\u2019espérais qu\u2019elle me relèverait de mon serment et que je pourrais enfin me disculper.Au contraire, elle me suppliait toujours de me taire, de ne pas parler des lettres de menaces, de ne rien dire qui put attirer sur elle la vengeance de ces mystérieux ennemis.« Elle m\u2019embrassait, me grisait de caresses et de protestations d\u2019amour, et puis elle s\u2019en allait, sans avoir l\u2019air peinée de me laisser entre ces quatre murs, en tête-à-tête avec mon désespoir.« Jamais elle n\u2019eut un mot de compassion, une parole d\u2019encouragement.A sa cinquième visite elle m\u2019annonça qu\u2019elle avait trouvé une place à Rennes, dans un laboratoire et qu\u2019elle quittait le pavillon.Elle me promit de venir me voir tous les mois et me fit encore jurer de garder le silence.Je ne l\u2019ai jamais revue.Il alla vers la fenêtre entrouverte, regarda un moment le ciel où couraient des nuages blancs, la lande toute dorée d\u2019ajoncs.\u2014 Et maintenant, dit-il sans se retourner, que je revois les événements avec le recul du temps, je m\u2019étonne d\u2019avoir été à ce point naïf et crédule.Comment n\u2019ai-je pas compris qu\u2019elle faisait le jeu de nos ennemis en exigeant de moi ce serment qui me condamnait ?Mon oncle assassiné, moi sous les verrous et rendu muet par la menace qui planait sur Tania, ils avaient le champ libre pour rechercher les fa- meux documents et les faire disparaître ou plutôt les utiliser à leur profit.\u2014\tVous savez que le Manoir a été cambriolé deux fois ?\u2014\tOui, dit François en revenant s\u2019asseoir en face du docteur.Me Lambert me l\u2019avait appris.Mais sur ce point, au moins, j\u2019étais tranquille.Là où ils sont, les papiers de mon oncle peuvent attendre en paix.Personne n\u2019ira les chercher de leur cachette.A cet instant, le timbre d\u2019entrée de la porte retentit, et aussitôt après, on entendit le léger grincement de la porte du salon d\u2019attente.\u2014\tMon premier client, dit Gilles en regardant sa montre.Encore une question avant de descendre.Pourquoi vous êtes-vous évadé ?\u2014\tL\u2019occasion, dit-on, fait le larron, répondit François avec un sourire.Depuis cinq mois la surveillance s\u2019était quelque peu relâchée.Et j\u2019étais si las de tous ces interrogatoires qui tournaient toujours autour des mêmes faits, «i avide de liberté aussi, d espace, de grand air.J\u2019avais également une idée fixe, celle de retourner au Manoir pour vérifier si les précieux papiers étaient toujours à leur place.J\u2019espérais pouvoir me cacher dans les alentours immédiats de la ville et gagner la propriété à la faveur de la nuit.Les hasards de la poursuite m\u2019engagèrent loin de mon but.Je ne le regrette pas, ajouta-t-il en posant la main sur le genou du docteur, puisque Dieu vous a mis tous deux sur mon chemin.Comment pourrai-je vous rendre ce que vous avez fait pour moi ?\u2014 Je n\u2019ai pas le temps pour l\u2019instant de répondre à cette question, répliqua Gilles en riant.Voilà la sonnette qui sonne encore, je dois descendre.Nous reprendrons ce soir cette conversation, avec Marie-Lise cette fois, si vous n\u2019y voyez pas d\u2019inconvénients.La pauvre petite doit se consumer d\u2019impatience ! Le docteur Gallouédec partit pour Vannes le lendemain matin de bonne heure.A la suite du long entretien qu\u2019ils avaient eu la veille au soir, il avait été décidé de mettre l\u2019avocat de François au courant de tout ce qui lui avait été caché jusqu\u2019alors.\u2014 Lui seul peut vous conseiller utilement, avait affirmé Gilles.Vous avez en lui toute confiance et, d\u2019autre part, vous dissimuler plus longtemps ne ferait qu\u2019aggraver les charges qui pèsent sur vous.Si Me Lambert est libre je le ramènerai avec moi.Cette décision et aussi tous les faits surprenants qu\u2019elle avait appris la veille, occupaient entièrement l\u2019esprit de Marie-Lise tandis qu\u2019elle gravissait, suivie d\u2019Albine, la pente menant au château.Les yeux fixés au sol, elle montait machinalement, posant ses pieds par un pur réflexe sur ces rochers et ces racines dont elle connaissait les moindres embûches.Que d\u2019événements dans sa vie paisible depuis le jour, si proche encore, où elle avait découvert François dans la salle du donjon ! Le corps souple et charmant qui escaladait allègrement le sentier était resté le même.Un mois écoulé ne pouvait en avoir modifié les harmonieux contours.Mais le coeur, l\u2019esprit encore naïfs, à peine sortis de l\u2019adolescence avaient mûri durant ces jours d\u2019inquiétude comme un fruit sous le soleil.Elle avait aimé François tout de suite, d\u2019abord sans prêter attention au trouble vague qui s\u2019insinuait en elle, puis avec clairvoyance.Ainsi qu\u2019elle l\u2019avait avoué à son frère : « Je l\u2019aime.Je n\u2019y puis rien, et toi non plus ».Du fond lointain des âges, l\u2019âme vibrante et passionnée de l\u2019aïeule méridionale s\u2019était réveillée, brûlante comme une torche.Elle avait embrasé ce coeur trop sage de petite Bretonne, un peu rêveuse, un peu « fleur bleue », et l\u2019avait transformé en un coeur de femme, prêt à aimer, à souffrir, à se sacrifier s\u2019il le fallait pour le bonheur de l\u2019homme choisi.La révélation de Tania, invisible et redoutable, avait éteint durant quelques jours la lueur d\u2019espoir tenace qui s\u2019obstinait à brûler en secret.Elle savait maintenant à quel point François Montréal, janvier 1960 39 avait aimé la jeune Tchèque.Jusqu\u2019à lui immoler son honneur, sa liberté, pour la préserver d\u2019un danger peut-être problématique.Comment pouvait-elle espérer détrôner son souvenir ?Elle était toute simple, sans mystère, sans fard.Elle n\u2019avait à offrir que ses vingt ans, sa sagesse, sa fraîcheur d\u2019aube et son amour innocent.Pauvres présents, songeait-elle tout en marchant, en regard de la beauté troublante de l\u2019étrangère, de sa science des hommes et du charme étrange qui avait envoûté François dès leur première rencontre.Elle s\u2019arrêta pour souffler un moment.Elle était arrivée sur l\u2019esplanade et ses yeux parcouraient le paysage familier avec le même plaisir toujours renouvelé.Marie-Lise chercha la chèvre des yeux.Mais, bien entendu, la capricieuse petite bête avait disparu.\u2014 Albine, appela-t-elle en avançant sur le plateau.Albine ! viens ici, tout de suite.Quelle vilaine tu fais ! Elle parlait tout haut, tellement sûre de sa solitude dans ce lieu toujours désert.Elle fit le tour du donjon, alla jusqu\u2019aux ruines de la chapelle.\u2014 Mais où es-tu passée?Tu finiras par te casser le cou et ce sera bien fait, Albine ! Le mot mourut sur ses lèvres.Au détour d\u2019un vieux mur, elle venait de se heurter à l\u2019un des hommes qui l\u2019avaient interrogée la veille.C\u2019était le blond, cet étrange bonhomme efflanqué, aux cheveux et aux cils décolorés qui ressemblait à un lapin blanc.Il répondit par un ricanement au cri étouffé qui échappa à la jeune fille.Avant qu\u2019elle ait eu le temps de fuir, il lui saisit brutalement le poignet.\u2014 Aujourd\u2019hui, on sait parler français, dit-il avec un accent rauque.Alors, vous répondre, et sans moqueur.\u2014 Je n\u2019ai rien à vous dire.Laissez -moi, protesta Marie-Lise en cherchant à se dégager.\u2014 Vous, pas faire la vilaine.Moi, beaucoup de force, vous voyez.Wla-dimir ! cria-t-il.L\u2019autre compère surgit au milieu des ruines et s\u2019avança rapidement, un mauvais sourire sur ses lèvres épaisses.Marie-Lise se retenait pour ne pas hurler de terreur.Mais il ne fallait pas.non.Elle devait crâner, au contraire, et tenir bon devant ces hommes qui recherchaient François.\u2014 De quel droit m\u2019arrêtez-vous ?de-manda-t-elle en les dévisageant.Si c\u2019est de l\u2019argent que vous cherchez, je vous avertis que je n\u2019ai pas un sou sur moi.\u2014 Non, non, dit le gros homme brun, avec un rire épais, pas argent.Pas besoin avoir peur, nous pas méchants.Lâche Mademoiselle, Pétrof ; elle va répondre gentiment.L\u2019albinos obéit aussitôt.Marie-Lise frottant son poignet meurtri, réfléchit rapidement.Tenter de fuir était inutile Les deux hommes auraient tôt fait de la rattraper.Mieux valait ruser, essayer de les berner une fois encore.\u2014 Mais enfin, dit-elle d\u2019un ton excédé.que désirez-vous savoir ?Vous m\u2019avez demandé hier matin si j\u2019avais vu un homme dans la tour.Comment voulez-vous que je sache ?Vous figurez-vous que j\u2019habite dans les ruines, par hasard ?\u2014 Vous, la soeur du docteur, n\u2019est-ce pas ?Ne dites pas non.Nous savons, vous mener la chèvre ici, très souvent.\u2014 Admettons.Est-ce une raison pour que j\u2019aie vu l\u2019homme que vous recherchez ?\u2014 Vous l\u2019avez vu, répliqua l\u2019albinos, d\u2019un ton menaçant, et vous avez porté remède à lui.Regardez ceci.Et il sortit de la poche de sa veste la bouteille de sirop oubliée près du matelas de goémons.\u2014 Echantillon médical, lut-il en soulignant du doigt les deux mots.Quoi vous dites de ça ?\u2014 Rien, répondit Marie-Lise en haussait les épaules.Mon frère n\u2019est pas le seul docteur de la région.Et il distribue gratuitement les remèdes de ce genre à des malades.C\u2019est un gamin du village qui a apporté cette bouteille en venant jouer dans le donjon, voilà tout.L\u2019albinos sembla décontenancé par la tranquille indifférence de Marie-Lise.Il regarda son camarade et ils échangèrent quelques phrases, cependant que la jeune fille si calme en apparence, adressait au ciel une muette prière pour qu\u2019il la tire sans dommages des griffes de ces deux coquins.\u2014 Je suis sûr que vous racontez des histoires, proféra l\u2019homme à moustaches en fronçant ses gros sourcils noirs Celui que nous cherchons est ici.il est sorti de prison, nous, policiers, vous devez nous aider.Marie-Lise eut envie de lui rire au nez.La ruse était vraiment par trop grossière, un enfant ne s\u2019y fut pas laissé prendre.Elle se contenta de faire un geste d\u2019impuissance.\u2014 Je le ferais volontiers si je savais quelque chose.Avez-vous demandé aux gens du village ?« Le principal, pensait-elle, est de les amadouer, d\u2019entrer dans leur jeu.Nous verrons qui sera le plus fin, d\u2019eux ou de moi.» \u2014 Tous des paysans, pas savoir répondre, répliqua l\u2019albinos d\u2019un ton dédaigneux.\u2014 Maintenant que vous m\u2019en faites souvenir, on a parlé, en effet, d\u2019un prisonnier évadé de la prison de Vannes, il y a.un mois, à peu près.Est-ce celui-là que vous recherchez ?\u2014 Oui, oui, dirent en même temps les deux hommes repris d\u2019un nouvel espoir.\u2014 Eh bien, Messieurs, vous perdez votre temps, je le crains.Le fugitif est, en effet, passé par Plouguirec, d\u2019après ce que m\u2019ont dit les gendarmes, mais il a filé ensuite du côté d\u2019Auray.Peut-être a-t-il réussi à s\u2019embarquer pour l\u2019Angleterre.En tous cas, ici, on ne l\u2019a jamais vu.Les deux étrangers parurent déçus cruellement.Marie-Lise qui mentait avec une assurance qui la stupéfiait, gravait à tout jamais leurs traits dans sa mémoire.Elle pourrait les reconnaître dans vingt ans si elle les retrouvait sur son chemin.\u2014 Bon, dit le brun sur un ton de mauvaise humeur.Allez, mais si vous pas dire la vérité, malheur à vous ! Wladimir pardonne pas facilement.« Je me moque bien de ton pardon, pensait Marie-Lise en s\u2019éloignant d\u2019un pas qu\u2019elle se forçait à modérer.Je vais donner ton signalement et celui de ton complice à Me Lambert et nous verrons comment il jugera votre attitude pour le moins équivoque.» Albine accourait vers elle en bondissant ët fut très étonnée de recevoir pour la première fois de sa vie de chevrette quelques coups de corde bien appliqués.\u2014 Je t\u2019apprendrai à vagabonder, lui dit Marie-Lisé d\u2019un ton sévère.File droit, je te prie, plus d\u2019escapades pour aujourd\u2019hui.Quand elle rentra chez elle, Jeannick qui la guettait, l\u2019appela et ferma la porte de la cuisine.\u2014 L\u2019avocat est là, dit-elle en baissant la voix.Ton frère l\u2019a ramené, il y a un instant.Quand il a vu François, j\u2019ai cru qu\u2019il allait pleurer.Il l\u2019a embrassé ni plus ni moins que si c\u2019était son frère.\u2014 Où sont-ils maintenant ?\u2014 Dans la chambre de François.On risque moins de les voir et de les entendre.Je crois que tu ferais bien de monter.Le garçon a demandé après toi, il a paru tout chagrin que tu sois sortie.Marie-Lise hésita, partagée entre la crainte d\u2019être importune et le désir de raconter devant Me Lambert sa nouvelle rencontre avec les deux étrangers.La timidité allait l\u2019emporter quand elle entendit un pas qui descendait l\u2019escalier et la porte de la cuisine s\u2019ouvrit devant François.Son visage s\u2019éclaira quand il aperçut la jeune fille.\u2014 Marie-Lise ! enfin, vous voilà.Montez, voulez-vous, j\u2019ai hâte de vous présenter mon ami, Me Lambert, et je tiens beaucoup à ce que vous assistiez à cette réunion qui va décider de mon soit.Elle le suivit et tandis qu\u2019ils montaient les marches, il se tourna vers elle.\u2014 J\u2019ai peur, Marie-Lise, avoua-t-il en lui prenant la main.Si Lambert allait ne pas me croire ?Et puis, la perspective de retourner là-bas m\u2019accable.\u2014 Ce ne sera pas pour longtemps, François, on reconnaîtra vite votre innocence et vous retrouverez votre liberté.\u2014 Tant que je suis à vos côtés l\u2019espoir me soutient, tout me paraît facile.Mais que deviendrai-je quand je me retrouverai dans une cellule loin de vos yeux, de votre sourire ?\u2014 Pour l\u2019esprit et le coeur, murmu-ra-t-elle, l\u2019espace et les obstacles ne comptent pas.Je penserai à vous, François, et si intensément que vous sentirez ma présence fidèle à vos côtés.Il ne répondit pas, mais il leva jusqu\u2019à ses lèvres la petite main qu\u2019il tenait toujours dans la sienne et il en baisa la paume tiède avec ferveur.L\u2019instant n\u2019était pas encore venu où il pourrait cueillir comme une fleur merveilleuse, cet amour si pur qui s\u2019offrait à lui.Me Lambert qui parlait avec Gilles se leva en voyant paraître la jeune fille.C\u2019était un homme jeune, de taille moyenne, mais bâti en force, avec une physionomie agréable et un regard pénétrant.Il plut dès le premier abord à Marie-Lise qui le gratifia de son plus radieux sourire.Les yeux vifs de l\u2019avocat brillèrent de malice derrière ses lunettes en constatant l\u2019air d\u2019admiration très visible avec lequel François contemplait sa petite amie.Mais il ne fit aucune remarque, se rassit et entra aussitôt dans le vif du sujet, car son temps était compté.François, avec concision et moins de détails personnels, lui fit le même récit qu\u2019il avait fait la veille au Dr Galloué-dec.Il ne put omettre bien entendu, de parler de Tania, de l\u2019amour qu\u2019il lui portait, du rôle assez étranee qu\u2019elle avait joué dans ce pénible drame.Et cependant, Marie-Lise qui écoutait avec un intérêt passionné, avait l\u2019impression de ne plus redouter désormais cette lointaine rivale.Déjà, François, en parlait au passé, comme si elle appartenait au domaine des choses finies, des amours mortes.Me Lambert, sans jamais interrompre son client, prenait des notes sur un carnet et, son regard attentif prouvait à quel point il était intéressé par ce récit.Quand le jeune homme se tut, il garda le silence un instant, semblant se concentrer pour mieux réfléchir.\u2014 Eh bien, dit-il enfin, voilà une tragédie montée de main de maître, il faut bien l\u2019avouer.Et quitte à vous infliger une amère désillusion, mon pauvre ami, je crains bien que votre Tania en ait été la principale interprète, et combien habile.\u2014 Vous croyez aussi, Maître, qu\u2019elle était la complice des ennemis de M.de Port-Riou ?C\u2019est mon opinion, je suis heureux de voir que vous la partagez.\u2014 Parbleu, Docteur, c\u2019est tout à fait évident.Voulez-vous que je reconstitue les faits exacts ?Les voici : A ce congrès international de chimie, il a été auestion des carburants et sans doute, M.de Port-Riou a-t-il laissé entendre qu\u2019il était sur le chemin d\u2019une découverte sensationnelle.Tania Théodovna a la chance d\u2019être remarquée par le professeur, elle l\u2019apitoie sur son sort et il lui offre une place dans son laboratoire.« Elle suit jour par jour les progrès de ses recherches, elle en informe les agents étrangers qui s\u2019intéressent eux aussi au problème du pétrole.Mais elle n\u2019est pas assez savante pour s\u2019assimiler les formules compliquées et d\u2019ailleurs, instinctivement, le professeur se méfie d elle.Alors, elle utilise l\u2019amour que lui a voué François, elle souffle sur la flamme, elle le désespère et l\u2019enivre tour à tour, espérant qu\u2019il lui livrera un jour le secret de son oncle.Mais elle est intelligente et elle comprend vite que son amoureux, si épris soit-il, ne consentira jamais à cette félonie.« Alors, elle monte le scénario tragique.Et c\u2019est l'histoire des lettres de menaces, la grande scène de l\u2019épouvante, les larmes, les supplications, tout ce qui peut faire perdre la tête à un garçon jeune et passionnément épris, qui tremble pour la femme aimée.« Le professeur, d\u2019avance, est sacrifié.Il s\u2019agit pour cette puissance étrangère, d\u2019abord d\u2019empêcher la publication de la merveilleuse découverte, ensuite de s\u2019en emparer, à tout prix.Le summum de l\u2019habileté c\u2019est de supprimer à la fois le professeur et son neveu, en faisant passer le second pour le meurtrier du premier.Pendant que vous étiez sous les verrous, mon pauvre François, rendu muet obstinément par le serment qu\u2019avait exigé Tania, vos ennemis avaient le champ libre pour effectuer leurs recherches.« Alors, c\u2019est le coup de téléphone donné d\u2019une cabine publique, à l\u2019heure où les bandits s\u2019apprêtaient à tuer le professeur.Vous arrivez aussitôt, et le valet de chambre vous trouve penché sur le cadavre de votre oncle.Le manche du poignard porte vos empreintes.\u2014\tCela, dit Gilles, est le seul point qui m\u2019inquiète.C\u2019est en somme la preuve la plus sérieuse relevée contre François.\u2014\tCette arme, expliqua le jeune homme, faisait partie d\u2019une très belle panoplie qui décorait un des murs du bureau.Il m\u2019arrivait fréquemment de décrocher un sabre ou un coutelas, soit pour les nettoyer, soit pour m\u2019amuser à les manier.Quant au poignard, quelques jours avant le crime, je m\u2019en étais servi come coupe-papier pour ouvrir des lettres, et mon oncle m\u2019avait même demandé en riant, si je ne désirais pas le couteau à découper.Tania était-elle présente?demanda Me Lambert.François baissa la tête.Son ancienne idole tremblait sur ses pieds d\u2019argile, mais il était dur à son orgueil d\u2019homme de la voir s\u2019écrouler.~ Oni, avoua-t-il.Et je me souviens qu elle remit elle-même le poignard à sa place.en le tenant par la lame.Je lui ai même dit qu\u2019elle risquait de se couper et que c\u2019était là, non un jouet, mais une arme terrible.\u2014\tMon pauvre François, dit Me Lambert en hochant la tête, pourquoi ne pas avoir dit tout cela lors de vos interrogatoires ?Que de temps vous nous avez fait perdre._ J avais en elle une telle confiance, répondit-il avec amertume.Comment aurais-je pu la soupçonner un seul instant ?Oh ! vous pouvez m\u2019accabler, Maître, me traiter de naïf et de fou.Mais ces mots, ces derniers mots échappés de la bouche mourante de mon oncle, je ne les ai pas rêvés, je le jure.Il me confiait ses formules et me demandait le secret. 40 La Revue Populaire \u2022\u2014Etes-vous sûr d\u2019avoir bien interprété ces mots ?Qui vous dit que M.de Port-Riou ne voulait pas seulement vous mettre en garde contre ceux qui venaient de le frapper ?Vous étiez sous le coup des confidences affolées de Tania, et le mourant, bien involontairement, a fait le jeu de ses ennemis.Vous avez déduit de ses dernières paroles que vous deviez garder le secret sur sa découverte pour ne pas risquer un nouveau meurtre.Alors que le professeur en disant : « Attention.le secret.» voulait vous donner un dernier conseil de prudence.\u2014 C\u2019est possible, avoua François .Maintenant que j\u2019examine la situation avec un certain recul et dans un état d\u2019esprit bien différent, je me rends compte que j\u2019ai été crédule à un point qui frisait la folie.Et maintenant, Maître que dois-je faire ?Je me remets entre vos mains ; conseillez-moi.L\u2019avocat se leva, fit quelques pas dans la pièce.Marie-Lise, sans bruit, était venue s\u2019asseoir derrière François.Dans ces moments d\u2019anxiété, elle devait se tenir près de lui pour qu\u2019il sente sa tendresse muette toujours prête à le soutenir.\u2014 Tout d\u2019abord, dit Me Lambert, il importe de savoir si les documents sont toujours à leur place.Si bien cachés soient-ils, vos ennemis ont pu les découvrir.\u2014 Pardon, dit la petite voix douce de Marie-Lise, je ne pense pas qu'ils soient en leur possession.Je vais vous dire pourquoi, expliqua-t-elle en rougissant sous le regard surpris de l\u2019avocat.Elle leur raconta sa nouvelle aventure, l\u2019interrogatoire que les deux hommes lui avaient fait subir et insista sur leur air dépité en apprenant que celui qu\u2019ils recherchaient avait à nouveau disparu.\u2014 Il me semble, conclut-elle, que s\u2019ils avaient découvert les documents de M.de Port-Riou, ils n\u2019auraient plus à se soucier de François.S\u2019ils le recherchent, c\u2019est qu\u2019ils veulent obtenir de lui le secret de la cachette.\u2014 Très bien raisonné, Mademoiselle.Etes-vous en mesure de me donner le signalement exact de ces individus ?\u2014 Oh ! ils sont faciles à reconnaître, dit Marie-Lise.Me Lambert nota soigneusement sur son carnet tous les détails que lui communiquait la jeune fille et il la félicita vivement sur ses dons d\u2019observation et son sang-froid.Quant à François, si abattu un moment auparavant, il rayonnait.Gilles remarqua qu\u2019il tenait très serrée dans la sienne la main de sa soeur, mais il se contenta de se détourner avec un sourire, sans un mot d\u2019observation.\u2014 Il va sans dire, mon cher François, qu\u2019il vous faudra vous présenter au juge d\u2019instruction et vous constituer prisonnier.Soyez tranquille, je vous accompagnerai et j\u2019espère qu\u2019on vous laisse jusqu\u2019à nouvel ordre en liberté provisoire.« Mais avant cela, il serait bon d\u2019aller s\u2019assurer de la présence des précieux documents.On vous accuse, en effet, de les avoir vendus à l\u2019étranger, ne l\u2019oubliez pas.Il faut que vous soyez en mesure de prouver dès le premier moment, que ces papiers sont toujours en votre possession.\u2014 Et qui nous dit, intervint le docteur Gallouédec, que cette bande étrangère ne surveille pas le manoir et n\u2019attend pas que ce moment pour s\u2019emparer de ce qui les intéresse ?\u2014 Je connais le moyen d\u2019accéder au coffre de mon oncle sans passer par le laboratoire, dit François.Vous serait-il possible, mon cher Gilles, de nous procurer une barque, avec un pêcheur oui connaisse bien toutes les petites criques du golfe et qui sache tenir sa langue ?\u2014 Jean-Yves Cosmao, parbleu, il m\u2019est tout dévoué et nous conduirait en enfer si je le lui demandais.\u2014 Nous n\u2019irons pas si loin, affirma François en riant.Pourriez-vous être libre ce soir, Maître ?L\u2019heure la meilleure serait le crépuscule.On y voit suffisamment encore pour se diriger sans lumière et cependant le jour est trop faible pour qu\u2019en distingue une barque se glissant au milieu des récifs.Si, comme le craint le docteur, nos en- nemis surveillent le manoir, et ses alentours, il est inutile de leur donner l\u2019éveil.Il fut convenu que Me Lambert se rendrait avec sa voiture de Vannes jusqu\u2019à un point de la côte, à proximité de St-Léonard, où la barque de Cosmao, partie de Plouguirec avec François et le docteur, viendrait le prendre.\u2014 Mais, objecta l\u2019avocat comme il se levait pour prendre congé, j\u2019y pense tout à coup.Vous n\u2019avez pas la clef du coffre secret de votre oncle.Je suppose qu\u2019elle est.\u2014 Ne vous inquiétez pas, interrompit François avec un sourire.Il ne s\u2019agit pas d\u2019un coffre-fort Fichet et je n\u2019ai pas besoin de clef pour l\u2019ouvrir.Du reste, vous verrez ce soir par vous-même.Marie-Lise eût bien aimé se joindre à la petite expédition.Mais dès les premières tentatives qu\u2019elle fit pour demander d\u2019en faire partie, elle se heurta au refus inexorable de son frère et de François.\u2014 Ce ne sont pas des affaires de fille, déclara le docteur catégoriquement, et tu ne ferais que nous gêner.François fut moins brutal et comme il voyait Marie-Lise toute contrite et un peu fâchée, il profita du départ de Gilles, appelé par un malade, pour lui expliquer les raisons de ce refus.\u2014 Vous savez combien je serais heureux de vous avoir près de moi, au moment capital où je vais récupérer les documents de mon oncle.Mais outre que le chemin pour aller de la mer à la cachette n\u2019est pas des plus commodes, surtout à la nuit tombante, j\u2019ignore quels dangers inconnus peuvent nous attendre là-bas.\u2014 Justement, intervint Marie-Lise, au bord des larmes, c\u2019est bien pour cela que j\u2019aurais voulu.Devinez-vous quel souci je vais me faire, toute seule ici ?Avec une douceur infinie, il prit entre ses deux mains le tendre visage encore puéril, où les joues pleines gardaient les rondeurs de l\u2019enfance.Il contempla longuement ces traits purs, ces yeux sincères où il pouvait lire un don total et tellement innocent, cette bouche un peu entrouverte qui hésitait à sourire, la petite frange blonde sur le front têtu, et il attira vers son épaule cette tête qui s\u2019y blottit avec un soupir d\u2019enfant heureux.\u2014 Marie-Lise, dit-il tout bas, je n\u2019ai pas encore le droit de vous dire les mots qui brûlent mes lèvres.Et puis.comprenez-moi, mon amie chérie, l\u2019autre amour, celui qui m\u2019a conduit où je suis, est encore trop proche.Il faut lui donner le temps de s\u2019effacer dans l\u2019oubli Je puis vous jurer, dès maintenant, qu\u2019il est rayé de mon coeur.Quand tout sera rentré dans Tordre, quand j\u2019aurai retrouvé mon honneur et ma liberté, je reviendrai à Plouguirec.Et ces mots qui décideront de mon bonheur, je vous les dirai là-haut, près du donjon, sur le plateau balayé par le vent où nous nous sommes connus.Ayons l\u2019un et l\u2019autre le courage d\u2019attendre.Au moment où les dernières lueurs du soleil couchant se fanaient dans le ciel pâle, le docteur Gallouédec et François de Port-Riou sortirent de la maison.C\u2019était la première fois que le fugitif se risquait à visage découvert et l\u2019idée d\u2019avoir à traverser le village pour gagner le port l\u2019énervait singulièrement.Marie-Lise, restée sur le seuil en compagnie de Jeannick, suivit des yeux aussi longtemps qu\u2019il lui fut possible les deux silhouettes qui s\u2019éloignaient.Quand elles se furent fondues dans la lumière indécise du crépuscule elle ferma lentement la porte.La vieille bonne la regardait faire avec des yeux apitoyés.\u2014 C\u2019est un brave garçon, fit-elle en hochant la tête ; il reviendra, ma fille.\u2014 Que Dieu t\u2019entende, murmura Marie-Lise.Et elle monta dans sa chambre pour y pleurer tout à son aise.Deux ombres tapies derrière la haie de fusains qui clôturait le jardin, du côté de la lande, avaient assisté, eux aussi, à la sortie du docteur et de François.Elles échangèrent quelques mots rapides, se relevèrent même pour mieux examiner la haute silhouette de Port- Riou qui dominait Gallouédec de toute la tête.La plus petite des ombres suivit les deux hommes en rasant les murs des maisonnettes, en se dissimulant derrière les barques tirées au sec sur la grève, tandis que son complice restait à l\u2019affût près de la demeure du docteur.* * * Le trajet de Plouguirec à St-Léonard fut accompli rapidement par la grosse barque à moteur de Jean-Yves Cosmao.Pour être né sur ses bords, pour y avoir vécu près de quarante ans et l\u2019avoir parcouru en long et en large, par tous les temps et en toute saison, le pêcheur connaissait le golfe de Morbihan aussi bien que sa propre maison.Il en savait tous les chenaux, aucune des innombrables îles qui parsèment cette mer intérieure ne lui était étrangère.Me Lambert fut exact au rendez-vous et bientôt la « Sainte-Appoline » portant les trois hommes et le marin quitta l\u2019étroit chenal au fond duquel se blottit Saint-Léonard et louvoya parmi les récifs qui parsèment cette côte découpée comme une dentelle de pierre.Le crépuscule de juin était d\u2019une incomparable douceur.Tout le ciel se fondait en des teintes qui allaient du rose au gris et changeaient de minute en minute.La mer, très calme ce soir-là, reflétait ces couleurs suaves et la barque semblait avancer dans des flots phosphorescents.Gagnés par la poésie éphémère de l\u2019heure, les quatre occupants de la « Sainte-Appoline » gardaient le silence.François avait indiqué à Cosmao la route qu\u2019il devait suivre pour gagner la petite plage située en dessous du manoir et il attendait avec un peu d\u2019angoisse le moment décisif.A la pensée de revoir ce lieu familier, mille souvenirs douloureux se levaient en sa mémoire.Il n\u2019y était plus retourné depuis le soir où il avait cueilli sur les lèvres de Tania ces premiers baisers qui l\u2019avaient grisé comme un philtre magique.Il n\u2019avait pas menti en assurant à Marie-Lise qu\u2019il avait rayé de son coeur cet amour misérable qui ne lui avait apporté que honte et malheur.Mais il ne pouvait empêcher le passé d\u2019avoir été.Il avait aimé cette femme trop passionnément pour effacer en une heure ce qui avait constitué, des mois durant, sa raison de vivre.Son amour-propre était plus blessé encore que son coeur.La quasi-certitude d\u2019avoir été odieusement trompé par cette femme qu\u2019il avait placée au-dessus de toutes les créatures lui était douloureuse.Ils atteignirent le fond de la crique au moment où les premières étoiles commençaient à s\u2019allumer.Il régnait encore une clarté confuse suffisante pour diriger la barque à travers les rochers qui surgissaient de la mer.On distinguait la plage, la falaise arrondie qui en formait le fond, et, sur la droite, une muraille de blocs entassés depuis des millénaires, où passaient quelques arbrisseaux rabougris, tordus par le vent marin.\u2014 Cette falaise, expliqua François, trace de ce côté la limite de la propriété.En plein jour vous pourriez apercevoir les tourelles du manoir ainsi que les cèdres qui l\u2019entourent.Le laboratoire est construit au fond du parc, tout près de ce gros rocher que vous distinguez, et qui émerge au-dessus de tous les autres.Bientôt le bateau râcla le sable et les trois hommes sautèrent sur la plage.Cosmao qui devait les attendre pour les raccompagner alluma sa pipe et les vit s\u2019éloigner sans avoir demandé aucune explication.Tout en marchant le long du rivage, François donna à ses compagnons quelques détails sur la fameuse cachette dont il allait leur révéler le secret.\u2014 Elle a été découverte par mon oncle, dit-il en baissant instinctivement la voix, par un pur effet du hasard.Quand il fit construire le laboratoire actuel, il y a une dizaine d\u2019années, les maçons, en creusant les fondations, firent partir des mines dans le rocher.Une de ces explosions mit à jour une ouverture qui avait dû être obstruée au cours des siècles par un éboulement.Intrigué par les restes de maçonnerie que Ton distinguait encore le long des parois, l\u2019oncle Henri s\u2019y introduisit et découvrit un véritable couloir qui paraissait s\u2019enfoncer assez profondément dans le sol.Il savait que le manoir avait été édifié au XVIIe siècle sur l\u2019emplacement d\u2019un château-fort détruit à l\u2019époque des invasions normandes.Il supposa donc qu\u2019il se trouvait devant une des issues secrètes qui permettaient aux habitants du château en cas de siège, de gagner la mer.« Cette découverte intéressa prodigieusement l\u2019oncle Henri.Il fit agrandir l\u2019ouverture d\u2019accès et, un dimanche, en la seule compagnie de son jardinier, un homme de toute confiance, dont il connaissait la discrétion, il s\u2019engagea dans ce souterrain.
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