La revue franco-américaine, 1 avril 1909, Cahier 1
[" Tome II\u2014No.6.ler avril 1909 [a Revue Franco-Américame Publication mensuelle illustrée « À SOMMAIRE : MARC LEGRAND.L\u2019 Arbre (Poésie).J.L.K-LAFLAMME.Les ultra-américains et les Missions Catholiques au Japon._ RENE BAZIN.\u2026.Le Pin Sauvage (Nouvelle).x PAUL GERARD.Politique Canadienne francaise.J.G.LEBOUTILLIER.Une page d'histoire jranco-américaine.\u2014Un rapport de Carroll D.Wright.; LEON KEMNER.Revue des faits et des œuvres.A Vieux articles et vieux ouvrages.\u2014Nouvelle.\u2014 Roman.\u2014 Bibliographie.Etc., ; \u2014 J POUR LE NUMERO DU MOIS DE MAI À l\u2019assaut des institutions Canadiennes-Françaises PAR J.L.K.-LAFLAMME PRIX DU NUMERO Canada : 15 cents | Etranger : 20 cents DIRECTEUR JL.K-LAFLAMME \u2014\u2014e QUEBEC SOCIETE DE LA REVUE FRANCO-AMERICAINE MCMIX 2, Restons chez nous! i ia L'opinion publique est aujourd\u2019hui Région de la Matap édia parlaitement fixée sur la valeur de cette région au point de vue de la colonisation.C\u2019est un des plus beaux et des plus riches coins de terre du pays.Le sentiment des explorateurs et des arpenteurs qui ont parcouru cette région est au reste unanime sur ce point.Cette région à laquelle on peut prédire déjà un brillant avenir est formée par l'immense territorie arrosé par la rivière Matapédia et ses affluents,depuis 8a source vers le nord jusqu\u2019à la rivière Ristigouche dont elle est tributaire, vers le sud.L'étendue de cette belle région est d'environ 1,300 milles carrés, soit 832,000 acres.Le sol est composé presque partout de sable argileux et est exceptionnellement productif.Les pâturages sont également bons et abondants.De plus, il y a, dans nombre de cantons, absence presque totale de roches et de cailloux.| Le terrain est naturellement drainé par une couche de pierres, en sous soi, à la profondeur de deux pieds et demi à trois pieds.Aussi, est-il rare que l'on soit obligé de faire des fossés ou autres travaux d\u2019égoûts.Dans certaines parties même, le défrichement est rendu facile à cause de la grande étendue de bois brûlé.\u2018 VOIES DE COMMUNICATION Tous les cantons dé la vallée de la Matapédia ont l'avantage d'être d\u2019un accès facile par suite du passage du chemin de fer.L'Intercolonial suit en effet sur un parcours de près de quarante milles, les bords mêmes de la rivière Matapédia, et met conséquemment les colons en communication directe avee es plus grands centres, tels que Québec, Montréal, Saint-Jean, N.-B, et Halifax, N.-E, .Région de l\u2019Outaouais et du Témiscamingue : Cette vallée a pour bornes à l\u2019est, les tributaires de la rive droite du Saint-Maurice, au sud le Saint-Laurent jusqu'à l\u2019embouchure de l'Ottawa, et l'Ottawa même au sud et à l\u2019ouest, jusqu'au haut du lac Témiscamingue vers l\u2019ouest par la ligne frontière entre Québec et Ontario, et vers le nord r la hauteur des terres divisant le bassin du Saint-Laurent de celui de la aie d'Hudson.- Cette région comprend plus de 40,000 milles carrés et embrasse dans ses limites les foréts des comtés de Joliette, Montcalm, Terrebonne, Ottawa, l\u2019Assomption, Pontiac, Argenteuil et Berthier.La partie inférieure de la vallée de l\u2019Ottawa est déjà, comme on le sait, défrichée, occupée et cultivée, mais il reste une autre partie importante à coloniser.C'est celle qui comprend le milieu des vallées de la Gatineau, de la Lièvre et de la Rouge, dont les eaux s\u2019écoulent dans l\u2019Ottawa.Il en est de la vallée de l'Outaouais comme de tout pays ; on y trouve des terrains rocheux, sablonneux, marécageux, mais on peut, sans exagération, estimer à un tiers l'étendue du pays offrant à la colonisation d\u2019excel- entes ressources, : La forêt renferme les arbres de la plus belle venue, d\u2019admirables pinières qui sont depuis de longues années l\u2019objet d\u2019une exploitation commerciale et qui constituent pour ainsi dire la principaie richesse de ce territoire, de la pruche, de l'épinette, etc.Le sol de la vallée du Témiscamingue, comme celui de la région de tOutaouais, est presque partout d\u2019une grande richesse, oe] chemins de fer permettent d\u2019atteindre les postes les plus importants du Nord.Les demandes de renseignements doivent être adressées au Ministère de la Colonisation, à Québec ; à M.L-E.Carufel, agent de colonisation, à Montréal, ou à M.J.-B.Lucier, agent de rapatriement, à Worcester, Mass. L.Arbre Dans le parc égayé d\u2019eau vive et de statues, Le vieil orme, debout naguères, est tombe.Un bûcheron, bras nus, et le torse courbé, T'aille et lie en fagots ses branches abattues.On a creusé profond à sa base, et soudain, Faisant craquer d\u2019un coup ses racines dernières, En travers de l'allée au sable sans orniéres Il s\u2019est couché, l\u2019honneur antique du jardin.La chute du haut tronc a froissé quelques plantes Et meurtri le tapis naissant du boulingrin.Car avril règne, et sous l\u2019espoir du ciel serein La terre a retrouëé ses floraisons brillantes.L\u2019oiseau chante, l\u2019eau jase et le parc rajeunit; Mais le vieil orme est mort, foudroyé l\u2019autre année, Et, ce printemps, sur sa ramure calcinée Nul rossignol n\u2019était venu faire son nid.Pauvre arbre, je te plains.La terre qui s'exhausse Autour du sombre trou que ton pied a rempli Marque un lugubre arrachement, et recueilli, Je viens y méditer comme au bord d'une fosse.Je te plams.Je t'aimars, vieil orme, et vins souvent Rêver tranquille, sous ton ombre harmonieuse, Quand tes rameaux jouant avec ceux de l\u2019yeuse Se laissaient caresser par les doigts fous du vent.Paucre arbre, je te plains, seras de la fumée ! Au crépuscule, assis dans l\u2019odorant gazon, J'ai souvent regardé sur le même horizon La ligne que faisait ta forme accoutumée. 492 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Qu\u2019un sceptique sourisse et me raille à plaisir ! O Nature eternelle en tes métamorphoses, L'homme se sent au cœur une pitié des choses Et pleure également tout ce qui doit mourir.Helas ! le triste avril viendra pour mor, cher arbre, Il viendra le jour, certe, où je ne verrai plus Même la place où tu croissats sur ce talus, Ni le parc, ni l'allée aur fantômes de marbre.Un doigt de flamme aussi viendra sécher mon front, Et comme toi j'aurai mes branches délaissées, Et fugitif essaim, mon âme et mes pensées Vers d'autre cieux à tous jamais s'enroleront ! Marc Legrand Les ultra-américains et les missions catholiques au Japon Les journaux américains ont fait grand bruit, depuis une couple de mois, au sujet d\u2019une seconde mission diplomatique dont l'archevêque de Boston, Mgr O\u2019Connell, serait chargé par le Saint Siège auprès du Mikado.Jusque là, la nouvelle n\u2019avait rien que de très agréable pour ceux qui s'intéressent aux choses de la propagation de la foi et qui verraient d\u2019un bon œil le peuple japonais ajouter aux progrès merveilleux qu\u2019il a accomplis dans le domaine de la civilisation matérielle les avantages non moins précieux des enseignements catholiques.Nous savons bien déjà que les japonais, très jaloux de tout ce qui tient à leur intégrité nationale, au point de vue des traditions religieuses tout autant qu\u2019au point de vue des traditions de la race, voient dans le catholicisme une puissance conservatrice qu\u2019ils refusent de reconnaître à toutes les sectes protestantes qui ont envoyé des missionnaires au Japon.Même un philosophe japonais de renon a déclaré à plusieurs reprises que de toutes les formes du christianisme c\u2019est le catholicisme qui lui paraît le seul logique et digne de confiance.Une revue française publiée à Tokyo par les missionnaires français nous donne sur ce point des renseignements du plus grand interêt.(1) En effet, on nous permettra bien de signaler en passant le fait qu'il y a des missionnaires français au Japon depuis 40 ans.Cela jettera une lumière inattendue sur certaine réclame tapageuse dont on a entouré le premier voyage de Mgr O\u2019Connell à Tokyo et qui se répétera sans doute s\u2019il en fait un deuxième.Que l\u2019ambition de fonder \u2018au Japon des mis- slons catholiques de langue anglaise, une ou deux universités de langue anglaise, ou de réaliser quelques autres pro- Jets de même nature, ne soit en elle-même que fort louable, personne ne le disputera ; que le Saint Siège ait même ap- (1) M Aanges Japonais, revue trimestrielle ($1.50 par année) Libraire Sansaisha, l'okyo, Kandaku, Nishiskicho, 1 Chome 10 Banchi.On s\u2019abonne également, à Paris, chez M.Victorion, libraire, 4.rue Dupuytren. 404 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE prouvé pareille entreprise, personne n\u2019en doutera ou n'osera même ne pas s\u2019en réjouir ; que la mission d\u2019un délégué américain auprès du mikado ait été couronnée de succès, personne ne voudra le nier surtout si on se rappelle la nature de cette mission.Jusque là il n\u2019y a rien qui ne sorte de l'ordinaire pour ce qui est de ces sortes d'entreprises.Que l'envoyé du Saint Siège auprès du Mikado soit revenu décoré de l\u2019Ordre du Soleil Levant et qu\u2019à son retour il ait passé, au milieu de circonstances plutôt extraordinaires, du siège épiscopal de Portland à celui de Boston, nous n'y trouverons guère à redire.Ce qu\u2019il importe de mettre bien en lumière c\u2019est le procédé par lequel une certaine presse évidemment indiscrète si elle n\u2019est pas inspirée, tire parti de tant de projets louables et de toutes ces missions heureuses pour agrandir une auréole et trahir des ambitions où l'esprit apostolique entre pour très peu.Un personnage éminent nous disait même à ce sujet que si l\u2019on a lu, à Rome, toute la réclame faite par la presse américaine à l\u2019archevêque de Boston au sujet de sa mission à Tokyo, on a dû s\u2019en amuser beaucoup.Il n\u2019est pas très certain que le premier à s\u2019en moquer n\u2019a pas été Mer O'Connell lui-même.| Nous avons déjà parlé dans la \u2018\u2019Tribune\u2019\u2019 de Woonsocket, R.I., du premier voyage de Mgr O\u2019Connell au Japon.Une dépêche publiée dans les journaux et rendant compte de la mission nous ayant paru étrange, nous avions pris des informations qui du reste sont venues rétablir les faits et confirmer nos soupcons.Le 9 février 1907, la \u2018\u201cPresse\u2019\u2019 de Montréal après la plupart des grands journaux des Etats-Unis publiait la nouvelle suivante : \u201cRome, 19.\u2014On parle beaucoup dans les cercles catholiques du fait que le gouvernement japonais a pratiquement tenu toutes les promesses faites à Mgr William O\u2019Connell, de Boston, lorsque Sa Grandeur a été envoyée auprès du Mikado comme représentant spécial du Pape.\u201cMgr O\u2019Connell avait demandé la construction d\u2019une église dans la capitale du Japon, et on dit que les membres de la congrégation de la Propagande viennent de recevoir avis qu\u2019un admirateur japonais du Pape a donné le terrain nécessaire aux missionnaires de Tokyo pour l'érection d\u2019une église et d\u2019une école.° \u2018De plus, une université centrale catholique sera inces- LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 405 samment construite dans la capitale du Japon.Elle sera sous la direction des R.R.Pères Jésuites anglais et amérl- cains.Plusieurs étudiants japonais, appartenant à cet Ordre religieux viennent de quitter l\u2019Europe pour le Japon.On espère qu\u2019avant longtemps la religion catholique sera mieux connue dans l\u2019empire du Mikado.\u201cLa création de cette Université aura une grande portée politique.Elle tendra à supprimer entièrement au Japon les prétentions de l\u2019ambassadeur français qui se dit le délégué spécial du Pape pour transiger (sic) toutes les affaires de l\u2019Eglise.\u201cIl est plus que probable qu\u2019un délégué apostolique sera bientôt envoyé dans le royaume du Mikado, pour représenter le Pape et pour diriger les affaires de l\u2019Eglise en ce pays.\u201d À cette dépêche qui aurait pu tout aussi bien annoncer l\u2019abjuration du Mikado lui-même, nous avons obtenu d\u2019un missionnaire établi à Tokyo même la réponse suivante : Toxyo, 3 avril 1907.CHER MONSIEUR, Votre bonne lettre du 23 février m\u2019est parvenue.Voici tout ce que je puis vous répondre :.1.Mgr O'Connell n\u2019a jamais eu à demander la construction d\u2019une église dans la capitale du Japon, puisqu\u2019il y en a déjà six depuis longtemps.2.Le terrain que l\u2019admirateur japonais du Pape a donné aux missionnaires est un terrain situé très loin de Tokyo.c\u2019est une petite montagne qui ne peut servir absolument à rien, et le terrain en question a été refusé par la mission, qui ne pouvait pas se charger des impôts d\u2019une colline ne servant à aucun usage.C\u2019est tout simplement une ironique jumasterie.3.On sait, par la voix des journaux que les Pères Jésuites doivent venir au Japon.A la date où je vous écris, aucun avis sur ce sujet n\u2019a été encore envoyé ni par Rome ni par la Compagnie de Jésus à aucun évêque du J apon.4.Nous doutons fort que les Pères Jésuites puissent créer à Tokyo une université centrale catholique, toutefois nous désirons de toute notre âme qu\u2019ils y réunissent pleinement.5.Nous n\u2019avons jamais entendu dire qu\u2019il y ait eu jus- RIT TRE RP OR I RER INR EE 100 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE qu\u2019ici en Europe des étudiants japonais appartenant à cet ordre religieux.6.L\u2019ambassadeur français à Tokyo ne s\u2019est jamais dit le délégué spécial du Pape pour transiger toutes affaires de l\u2019E- glise ct jamais nous n\u2019avons à recourir à lui pour ces questions.7.Du moment qu'il y a à Tokyo un archevêque et trois autres évêques dans le pays, nous ne voyons pas la nécessité d\u2019un délégué apostolique et nous n\u2019avons jusqu'ici jamais entendu parler de l\u2019envoi de ce dernier.Vous pouvez publier et faire publier ce que je viens de vous écrire sous ma signature.CHLAUDIUS FERRAND, : Miss.Apost.à Tokyo, Japon.Le passage de Mgr O'Connell au Japon a été vivement discuté dans les journaux japonais, les appréciations variant avec le degré d\u2019intimité dont jouissait chaque journal avec les messieurs du gouvernement.Mais on a fait ressortir tout de suite que la liberté des cultes au Japon est garantie par la constitution, montrant par là combien a été puérile la prétention que Mgr O'Connell a obtenu du Mikado la reconnaissance du catholicisme dans l'empire.C\u2019est ainsi que le Jiji Shimpô, un des principaux organes du gouvernement, (31 déc.1906) disait : \u2018La protection que notre constitution japonaise assure à la liberté des cultes est réelle et efficace ; le fait que sur tous les points du territoire existent des groupes de chrétiens qui pratiquent leur religiois librement, l\u2019atteste suffisamment.Et bien que la situation faite à la religion dans notre pays ait pu provoquer chez le Pontife Romain des sentiments de gratitude (allusion à l'arrivée du légat, Mgr O'Connell), le Japon a conscience d'avoir rempli simplement son devoir.\u201d Le \u2018\u2018Mainichi\u2019\u2019, dans le même temps, dit: \u2018Au nom de l\u2019humanité, le Pape fait transmettre à notre empereur ses félicitations pour la paix ; au nom de la religion, il remercie la nation japonaise de son impartialité et de sa bienveillance à l\u2019égard des chrétiens.C\u2019est reconnaître d\u2019une manière solennelle que le Japon, sans distinction de race et de religion ac- LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINH \u201c07 corde la même protection aux fidèles de toutes croyances qui restent soumis aux lois.\u201d Le même journal (27 nov.1906) à propos d\u2019un dîner offert à la légation d'Allemagne, rappelle la compétition entre la France et l'Allemagne au sujet de la protection des catholiques dans les divers pays, et ajoute que la France s'étant aliéné le Pape, son protectorat va évidemment passer aux soins d'une autre puissance.| D'autres journaux s'appliquent surtout à se montrer aussi courtois qu'hospitaliers pour l'envoyé du Fape.C'est le concert de paroles des missions dinlomatiques.Le \u2018\u2019layo\u2019\u2019 (numéro de décembre 1906) dit: \u201cI univers apprécie de plus en plus la haute estime que notre empire pro- \u2018esse pour la morale et les sacrifices qu\u2019il a faits pour la cause de la paix.Mais que le pontife romain qui tient une place émimente dans le monde au dessus des conflits politiques ct des relations entre pays nous ait envoyé un légat avec la mission particulière dont il l\u2019a chargé, c'est pour le hon renom de notre empire un acte d\u2019une portée immense.?Le \u2018\u2019Tayo\u2019\u2019 rapporte que l\u2019Empereur aurait dit au légat : Pour nous, autant qu\u2019il sera en notre pouvoir.à l\u2019intérieur comme à l'extérieur.nous protégerons les chrétiens: que votre cœur se repose en cette assurance.\u201d En somme, les journaux japonais qui n'ont apparemment plus de leçons à apprendre des grands journaux jaunes d\u2019Amérique ont discuté à fond le passage de l'envoyé du Pape.chacun lui prétant la signification qui lui plait ou qu'il lui soupçonne.Lie Yushin de Kobe croit que le Pape va envoyer un nonce au Japon et confier au Mikado le protectorat des catholiques en Extrême Orient.Le Yamoto (23 nov.) parle aussi de la nonciature projetée et ajoute qu'on va fonder un collège de langue anglaise au Japon.Le Dempo, journal protestant, (17 nov.1906) prend ombrage de la réception faite à l'envoyé du Pape : \u2018Il est assez naturel, dit-il, que les nations où le catholicisme a été.depuis des siècles, la religion du pays concluent avec la papauté des concordats, et par suite des traditions du passé, maintiennent avec elle des relations diplomatiques.Mais notre empire qui n\u2019est nullement lié par ces précédents, ne doit pas, légalement parlant, Inaugurer une semblable politique.\u201d | | THUR AA RSR EE RON EMA ET HY 408 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Le \u2018\u2018Niroku\u2019\u2019 (26 nov.) a sur le sujet un violent cauchemar.\u2018\u2018En principe, dit-il, notre \u2018constitution reconnaît la liberté des croyances, et, pratiquement, notre gouvernement traite toutes les confessions religieuses sur le même pied d'égalité.Il est donc superflu pour une religion quelconque d\u2019ambitionner des privilèges et une protection spéciale.\u201d | De son c¢oté le Shunkyo (No.4) dit que \u2018\u2018si quelque grand bonze catholique vient au Japon se dévquer à l\u2019œuvre de la régénération morale du pays par l'influence vivifiante des œuvres, alors un changement notable ne peut manquer de se produire dans la situation du catholicisme au Japon.\u201d Le \u2018\u2018Nihon\u2019\u2019 (12 nov.) publie un article qu\u2019il faudrait reproduire en entier.C\u2019est une attaque en règle contre les catholiques.Ce journal ultra-chauvin dit: \u2018\u2018Quant à nos compatriotes qui sont assez indifférents aux choses religieuses, ils n\u2019attacheront pas à cette démarche une bien grande importance.\u2019 | Pour celui qui connait le tempérament japonais qui ne varie même pas chez les convertis, cette dernière opinion prend une importance plus qu\u2019ordinaire.Dans tous les cas, nous avons tenu à mettre sous les yeux le nos lecteurs les renseignements qui précèdent afin de leur faire apprécier plus justement l\u2019entreprise que nos coréli- gionnaires ultra-américains se préparent à lancer au Japon, avec le concours, parait-il, des catholiques anglais.Ces ren- seignements\u2014que nous avons mis une couple d\u2019années à rassembler\u2014sont d\u2019autant plus précieux qu\u2019ils confirment les affirmations essentielles de la lettre du Père Ferrand.Dégagée de toute la réclame que lui ont faite les journaux américains l\u2019entreprise de Mgr O\u2019Connell consiste à fonder un collège anglais au Japon\u2014ce que la constitution japonaise lui permettait de faire sans consulter le Mikado\u2014et à supplanter graduellement les missions françaises établies la- bas depuis un demi-siècle, et établies au temps où l\u2019on coupait quelquefois les têtes des missionnaires.C\u2019est la suite du rêve enthousiaste que faisait le brillant archevêque pour le rôle futur de la langue anglaise dans l\u2019Eglise.Voici même ce qu\u2019il en disait lui-même dans un discours qu\u2019il fit lire, en son absence, au congrès des missions tenu à Chicago dans le cours de l\u2019automne dernier : \u2018\u201cAux Philippines, à Porto-Rico et dans toutes nos posses- LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE - 409 sions de l\u2019extérieur l\u2019Eglise doit se rendre, annoncée par les missionnaires de la race de langue anglaise qui sont mainte- nont appelés, par les desseins providentiels, à accomplir l\u2019œuvre qui a été depuis longtemps si noblement exécutée par d\u2019autres.Voici le temps désigné par la Divine Providence pour cette entreprise apostolique.Dans les premiers âges de l\u2019Eglise, alors que la Rome impériale gouvernaït le monde et que le latin était la langue universelle, ce furent les missionnaires de la langue latine qui partirent de Rome et pendant des siècles répandirent la foi dans les pays d\u2019Europe.Plus tard, quand le français était la langue diplomatique des nations, la France devint le pays missionnaire et ses fils et filles ont donné un exemple d\u2019esprit de sacrifice et de dévouement digne de toute émulation en propageant la foi dans les terres érangères.\u2018Le Temps apporte inévitablement des changements.AUJOURD'HUI LA LANGUE DE TOUT L'ORIENT EST L'ANGLAIS.La langue du commerce a succédé à la langue d\u2019usage diplomatique, et de Port Saïde au point le plus reculé du Japon la langue que les populations connaissent le mieux après leur propre langue et aiment le mieux, est l'anglais.Déjà le Japon demande à grands cris des missionnaires de langue anglaise, et le champ, qui autrefois a rapporté une récolte si fructueuse aux labeurs apostoliques de saint François-Xavier, est prêt pour la culture aux mains d'apôtres de langue anglaise.\u201d Pour ce qui est du Japon, du moins, les espérances de l'archevêque de Boston sont déjà partagées par le \u2018\u201cTablet\u2019\u2019, de Londres qui disait dans son dernier numéro : \u2018\u201cLe fondation d'une université catholique (à Tokyo) suit de pres la mission récente du Saint Siège auprès du Mikado.L'\u2019absence, jusqu'ici, de missionnaires catholiques parlant l\u2019anglais a malheureusement porté les japonais à regarder la langue de leurs alliés de l\u2019Ouest comme le monopole reli- gleux des nombreuses écoles et missions protestantes anglaises et américaines.Il n\u2019est donc pas surprenant que, comme question de haute politique, la nouvelle université sera \u2018\u2019de langue anglaise dans son esprit dirigeant.\u201d _ On sait au moins à quoi s\u2019en tenir sur les projets des catholiques ultra-américains au Japon.Révent-ils d\u2019angliciser le Japon ?Mais au milieu de tout le bruit fait autour de ces catho- 410 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE liques modernes qui viennent de découvrir le Japon, qui parle de l\u2019œuvre accomplie là par les missionnaires francais depuis cinquante ans, Dieu sait au prix de quels sacrifices?S'il fallait combattre le protestantisme dans sa langue ne pouvait- on le faire sans fouler inutilement aux pieds l\u2019histoire héroïque, mais combien douloureuse, des petits français qui sont allés en Extrême Orient.et sous les yeux du Mikado, jeter les bases d'une colonie catholique qui comptent 63.000 membres?+ On parle d'institutions de haute éducation catholique à Tokyo.A-t-on oublié que les Frères Marianites ont déjà à Tokyo un collège de #00 élèves recrutés parmi la haute aristocratie japonaise ?Et si une œuvre de langue anglaise doit être faite au Japon ne croit-on pas que le meilleur moyen de la faire rater c'est de la confier à un groupe ultra-américain surtout depuis que les événements de San Francisco ont si profondément remué l'opinion Japonaise ?Lit puis l'éducation anglaise elle-même.malgré l\u2019engouement pour l'anglais que l'on affirme exister dans les villes japonaises, n'est.pas aussi bien vue que l\u2019on pourrait le croire.ll est bien connu que les japonais qui ont étudié aux Etats- Unis en rapportent un tempérament qui les rend détestables aux yeux de leurs compatriotes.À tel point que les termes de collets-montés, pédants et Yankees.sont devenus syno- nimes.: l'eu importe tout cela.Que l\u2019on tente l'expérience, si l'on croit que la foi catholique en profitera.Mais qu'on agisse en tenant compte des modestes dévouements qui ont précédé les grands efforts qui se préparent et que surtout l\u2019on n\u2019aille pas donner aux japonais, déjà si difficiles à convertir, l'exemnle pernicieux de divisions profondes.d\u2019em- piètements regrettables même parmi ceux qui se donnent pour mission de répandre dans le monde vaïen la douce lumière de l\u2019évangile.Que Mgr O'Connell aille au Japon fonder des œuvres.Mais qu'il ne prétende pas v relever la croix de St-Francois- Navier que les petits missionnaires francais on relevée lepuis une demi-siècle.Çu\u2019il y fonde des institutions anglaises, mais qu\u2019il ne prétende pas avoir découvert des réglons inexnlorées et qu\u2019il sache reconnaître ce qui a été fait par ses devanciers.Le missionneires francais, seuls.sans ES wy me rT LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 411 ressources, abondonnés, ont tout de même doté le Japon d'églises.d'hôpitaux, de léproseries, d'écoles de filles, d\u2019orphelinats.Sachons le reconnaître, et si nous voulons le pro- orès des missions catholiques ne pouvons-nous pas avoir un progrès qui se meuve sans écraser quelqu'un?Autrement l\u2019œuvre de l'archevêque de Boston ressemblerait trop à certaines dénonciations de la France, trop ardentes pour être - sincères, où même encore, elle ressemblerait à ce zèle étrangement inspiré qui portait les Chevaliers de Colomb à précher un \u2018\u2019bovcott\u2019 qui retombait sur les catholiques français.Nous assistons vraiment à une sorte de saxonisme férocement expansif qui, sur tous les points du monde, semble inviter les fils d'Albion à l'assaut de toutes les gloires.Et si on rêve déjà la conquête intellectuelle du Japon, en attendant qu\u2019on le jette dans quelque conflit nouveau et ruineux, on n\u2019oublie pas non plus que le saxonisme a d\u2019autres conqué- tes à faire dans les millieux mêmes où il est tout puissant.Assimilation dans la Nouvelle Angleterre par une hiérarchie dont Mgr O\u2019Connell est le membre ni le moins habile ni le moins actif ; assimilation, au Canada, sous l\u2019œil complaisant des autorités, qui menace l\u2019Université d\u2019Ottawa et tous les diocèse en dehors de la province de Québec, et peut-être ceux-là aussi ; assimilation qui ne respecte plus rien, grâce & Je ne sais quel canadianisme de parade, ct qui n\u2019a pas même, parait-il, protégé nos collèges français contre le regarl de convoitise de notre gouverneur-général.Et qu'est-ce qui reste à faire dira-t-on?Si tant d\u2019assauts paralysent notre développement, nous pouvons au moins garder nos positions et ne pas perdre de terrain.Et c'est bien ce que nous devons tous être déterminés à faire.J.L.K,-Laflamme. Le pin sauvage Dans un coin du cabinet de M.Charles, principal clerc d\u2019une notaire de la Roche-sur-Yon, le client étudiait depuis, une heure, un cahier de charges.Il venait se renseigner, avant de se porter acquéreur d\u2019une maison de campagne, que le document ministériel qualifiait ainsi : \u201cPetit manoir du XVIe siècle, dit manoir du Pin-Sauvage, deux tourelles d\u2019angle, corps de logis ayant besoin de réparations, chapelle en ruine, le tout situé à douze mètres au-dessus de la Sèvre, en la commune de Cugand ; enclos de trois hectares, potager, servitudes, futaie descendant à la rivière, vue étendue et magnifique, souvenirs historiques.\u201d C\u2019était un homme de forte corpulence, au visage épais encadré d\u2019une courte barbe grise, aux yeux lents, un peu sortis de l\u2019orbite et qui ne devaient pas avoir l'habitude du travail auquel il les appliquait, car, de temps en temps, M.Lam- bertin, ce client sérieux, tirait son mouchoir et essuyait, au coin de ses paupières rouges, une larme de lassitude.Il releva enfin la tête, ferma le cahier sur le pupitre, et ses deux mains pesantes, ses mains d\u2019ouvrier appuyées sur les cuisses, le pouce en dedans, interrogea.\u2014 Monsieur Charles?\u2014Qu'\u2019y a-t-il?\u2014 L'origine de propriété ne remonte qu\u2019à 1805 ; je ne vois rien au-delà.\u2014Cela suffit, je crois! Cent ans bientôt de propriété légitime, avant la vôtre, si vous devenez acquéreur, doivent vous inspirer confiance ! \u2014Je ne dis pas ; mais, comme c\u2019est une espèce de château, ce Pin-Sauvage, je voudrais savoir s\u2019il n\u2019a pas été vendu na- tionalement, dans les temps d\u2019autrefois ?Le clerc ouvrit un tiroir, dénoua la ficelle qui entourait une liasse de vieux titres, et, après quelques recherches, pro- nonca : | \u2014Parfaitement, vendu nationalement en 1794, sur Jean- Cyrille de Maulouis, émigré ; acheté par Séraphin Genette, ci-devant intendant, et payé en assignats. LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 413 \u2014Si je comprends bien, dit l\u2019homme, le Genette a payé en mauvaise monnaie, et le Maulouis n\u2019a rien touché du prix ?Ca me gâte le Pin-Sauvage.M.Charles eut un sourire d\u2019ironie pour cet ancien sellier enrichi, qui ignorait la prescription trentenaire et tremblait au moment de placer ses économies.\u2014 Vous pouvez acheter de confiance, dit-il.Vous serez aussi solidement propriétaire de votre lopin que mon patron l\u2019est de son étude.Les anciens seigneurs d\u2019avant la révolution ont été dédommagés.Leurs héritiers sont sans droit.D'ailleurs, la famille Maulouis est à peu près éteinte.Il ne reste plus qu\u2019une vieille fille, que j'ai vue une fois à Nantes, quand j'y travaillais.Et ce n\u2019est pas elle qui vous fera un procès, je vous en réponds.M.Lambertin se coiffa d\u2019un feutre à large bords qui reposait sur une chaise, se leva, et dit : \u2014(Chacun fait son nid comme il l\u2019entend.Vous dites qu\u2019elle habite Nantes?\u2014Oui.\u2014C\u2019est bien.Il sortit, placide, indifférent aux regards des trois autres clercs, qui, ayant entendu le dialogue, témoignaient de l\u2019unanimité de l\u2019étude, et se donnaient des vacances d\u2019une minute, en copiant le sourire du principal.Celui-ci avait dit vrai.Il n\u2019existait plus qu\u2019une seule personne du nom de Maulouis, elle habitait Nantes, et ne s\u2019était pas mariée.Elle avait un air de jeunesse, bien qu\u2019elle eût deux bandeaux de cheveux gris ; des yeux pâles et un peu distraits qui effleuraient les choses et les gens du même rêve léger; un teint mat; une taille d\u2019adolescente ; l'habitude de porter toujours des toilettes noires, et celle d\u2019y mêler quelque bout de ruban mauve, ou crème, ou même rose, qui disait : \u2018Ce n\u2019est pas un deuil, ce n\u2019est qu\u2019un uniforme.\u201d C\u2019était l\u2019uniforme, en effet, d\u2019une pauvreté fière, gale et généreuse.Mlle Valentine de Maulouis vivait noblement, avec autant de rentes à peu près qu\u2019une femme de chambre qui ne vole pas ses maîtres.On ne la voyait dans aucune fête, on la rencontrait dans toutes les œuvres de charité.Jamais présidente, ni vice-présidente, mais secrétaire ou inspectrice de crèche d\u2019orphelinats, de salles d\u2019asile, elle était bien, à elle seule dix œuvres à la fois qui fussent mortes sans elle.lies grands dignitaires lui trouvaient de l\u2019esprit ; elle en avait.Elle parlait comme écrivaient ses aïeules ; elle 114 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE savait garder un secret et, toute mince qu\u2019elle fût, on recherchait la paix de son ombre glissante.Comme il faut bien avoir quelques imperfections, quand on n'a pas de vices, Mlle de Maulouis conservait deux ou trois préjugés d\u2019héritage, qu\u2019elle n\u2019affichait d\u2019ailleurs pas plus que sa vertu.Elle appartenait, par sa naissance et par toute sa personne, au monde de la tradition ; elle aimait les pauvres par vocation et par la longue habitude qu\u2019elle avait d'eux ; mais, n\u2019ayant point affaire au reste du genre humain, l\u2019ignorant tout a fait, elle ne l\u2019estimait guère.L'histoire de sa famille ne la disposait pas en faveur de ceux qui s\u2019enrichissaient ; elle avait le souvenir d\u2019un intendant infidèle.Et, comme elle ne possédait pas les premier éléments de l'économie politique, étant née un peu trop tôt, elle s\u2019imaginait volontiers que les petites fortunes se font aux dépens des grandes, non pas naturellement, mais par une sorte d'usurpation.Pour tout dire, elle se défiait d\u2019instinet du parvenu, de sa probité, de ses idées, de son éducation, de son influence qu'elle croyait nécessairement funeste, et le mot parvenu, qu'elle n\u2019aurait pas voulu définir ainsi, s\u2019appliquait, dans son esprit, à tous ceux qui font un commerce et qui n\u2019y succombent pas.Un matin qu'elle écrivait des lettres, dans son minuscule salon vert, entre les piles de bons de fourneau disposés sur la cheminée et les portraits décolletés de trois grand\u2019mères et tantes, pastels de haute allure accrochés aux murailles, la cuisinière annonça M.Lambertin.| \u2014Pour vous servir, Mademoiselle, dit le gros homme en entrant.ll ne fait pas chaud ! Elle ne se leva pas, s\u2019interrompit seulement d\u2019écrire, posa sa plume sur le petit secrétaire d\u2019acajou, et, voyant que le visiteur s'installait dans un fauteuil, près du feu : \u2014 Pardon, dit-elle, Monsieur, vous devez vous méprendre.Je n'achète rien de ce que vous placez, sans doute : ni vin de Bordeaux, ni olives, ni huile d\u2019olive vierge, ni savon.Je ne m'assure pas sur la vie, si vous êtes assureur, parce que je ne laisse personne après moi.Et, si vous venez pour la loterie de Hambourg, Je vous serai obligée de me prendre quelques billets de trois loteries de charité, dont je m'occupe.Lie visiteur écouta tranquillement, les yeux mi-clos, parce que Mlle de Maulouis était agréable à regarder, et répondit : \u2014 Vous faites erreur ma petite dame.Je ne viens pas vendre, je viens acheter. LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 415 \u2014Des meubles?J'en ai quelques-uns qui sont anciens ; mais je ne m'en dessaisirai jamais.Ils ont une valeur, pour moi, qui ne se paye pas: le souvenir! | \u2014 Vous n\u2019y êtes pas encore.Je viens pour le Pin-Sauvage.\u2014De la paroisse de Cugand ?\u2014 Oui.\u2014Il n\u2019est pas à moi, Monsieur.1! ne m\u2019a jamais appartenu.Voilà cent ans qu\u2019on nous l\u2019a volé! \u2014Je le sais bien, et c\u2019est justement parce que les choses ne se sont pas passées régulièrement, autrefois, que je voudrais m\u2019arranger avec vous, aujourd\u2019hui.Mlle de Maulouis se leva, et vint s'asseoir de l\u2019autre côté de la cheminée, en face de l\u2019homme qui lui tenait ce langage singulier.Il y avait, chez elle, deux sources d\u2019émotion plus vives et plus promptes que les autres : la pitié et l\u2019histoire.Au seul nom du Pin-Sauvage, elle avait frémi.En s\u2019asseyant, elle allongea la main, presque sans y penser, sur le bras du fauteuil, et M.Lambertin aurait pu admirer, s\u2019il en eût été capable, une des plus jolies mains du département.\u2014Fn effet, Monsieur, dit-elle, mes ancêtres étalent se- gneurs du Pin et de beaucoup d\u2019autres terres.Mais je ne comprend pas votre idée.\u2014Lia voici, Mademoiselle.J\u2019ai gagné une petite fortune dans la sellerie, et j'ai l\u2019intention de me retirer dans le pays de Clisson, qui est celui de Mme Lambertin, et qui me plaît.Seulement, je n\u2019ai jamais fait de tort à personne dans mon commerce.Je ne dormirais pas tranquille, si je pensais qu'avant moi, dans mon jardin, dans ma chambre, il y a eu un propriétaire qui a été obligé de vendre son bien et n\u2019a Jamais été payé, et que je suis là malgré ses héritiers.Je veux acheter le Pin-Sauvage, c\u2019est vrai, mais avec votre permission.Vous auriez l\u2019obligeance d\u2019estimer le domaine, comme si vous l\u2019habitiez encore.Dans quinze jours aura lieu I'adjudication.Je ne m\u2019y présenterai point.Vous achèterez le Pin-Sauvage, il rentrera à votre nom, il sera vraiment retourné dans la famille de Maulouis, et alors, quarante-huit heures après, vous me le revendrez pour le prix que vous aurez fixé.D'il y a un bénéfice, comme je le suppose, il sera.M.Lambertin eut un moment d\u2019hésitation, puis il se souvint d'une formule qu\u2019il avait entendue dans sa clientèle, et acheva : \u2014.ll sera pour vos pauvres.MG 1 hii | HRN 416 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Mlle de Maulouis considéra avec stupéfaction le gros homme commun qui avait combiné ces choses délicates.\u2014Vous êtes donc royaliste, Monsieur?dit-elle.\u2014 Moi?Je suis sellier, à Boulogne-sur-Mer.\u2014Et personne de la famille de Mme Lam.Lam.\u2014Lambertin.\u2014Oui, n\u2019a été en relations avec les Maulouis, comme régisseur, marchand, fermier ?\u2014Ca se peut, Mademoiselle, fit naivement le visiteur, mais c\u2019est si vieux que je n\u2019en ai jamais eu connaissance.Les très doux yeux de Mlle de Maulouis exprimèrent une admiration sans mélange, et parlèrent seuls pendant quelques minutes.Puis le rêve se leva, dans cette âme, et l\u2019enveloppa comme un brouillard.Elle sourit à cette aventure à peine croyable et cependant vraie, à l'image de la vieille demeure, à des mots de passé, d'honneur, de seigneurie qui se nouaient en guirlande et qu\u2019elle attachait aux arbres du domaine.Quand elle prononça enfin : \u2018\u2019J\u2019accepte, Monsieur ! elle tendit sa main fine que très peu d'hommes avait touchée.Lee pacte fut tenu.Mlle de Maulouis parut seule à l\u2019adjudication, et quarante-huit heures plus tard céda ses droits à M.Lambertin.Elle y gagna huit mille francs, exactement, qu\u2019elle considéra, non sans raison, comme un gain de hasard, et dépensa en aumônes.IJ ancien sellier habite le manoir du XVIe siècle, qu\u2019il a fait restaurer.Il a bien mis une peu de rocailles artificielles dans sa futaie en pente, mais pas trop.Quand on lui demande l\u2019histoire de son château, il répond : \u2014Je l'ai acheté de la dernière des Maulouis, qui dînait chez moi, récemment.Mlle Valentine dine, en effet, chaque année, au Pin-Sau- vage.Elle aurait pu, sans doute, perdre son préjugé contre les gens de négoce.Mais nous sommes ainsi faits que nous laissons échapper souvent ces sortes d\u2019occasions de nous défaire d\u2019une erreur.Elle a préféré dire à M.Lambertin qu\u2019il était un homme rare, exceptionnel, introuvable, dans un monde qui ne le valait point, dans un temps qui n\u2019était pas le leur.M.Lambertin l\u2019a cru sans peine.Il commence à regarder ses voisins du haut de ses douze mètres.René Bazin, de l\u2019Académie Française. Politique Canadienne-Francaise Paul Gérard nous adresse la lettre suivante, une réponse aux critiques de la \u201c Vérité \u201d et aux compliments du \u201c Canada\u2019 que lui valurent un article paru sous ce titre dans la \u201cREVUE de janvier.Notre collaborateur est peut-étre le meilleur exemple des maux qu\u2019il condamne.Dans tous les cas, il nous a prouvé, à nous qui avions un peu perdu l\u2019habitude des choses du Canada, combien il est dangereux de s\u2019aventurer ici sur certains sujets.C\u2019est que l\u2019on court également le risque de déplaire à cette école qui trop fortement retranchée derrière de vieilles habitudes \u201c se pavane en l\u2019estime de soi,\u201d ou, ce qui est encore moins estimable, de subir l\u2019éloge intéressé de cette autre école, qui, sous prétexte de progrès, prépare lentement le terrain à des innovations malsaines et jusqu\u2019en ses plaidoyers en faveur de certaines réformes n\u2019ose pas dire toute sa pensée.Il semble que la vérité, le progrès, le bon sens, seraient fort à l\u2019aise entre ses deux extrêmes.Il semble aussi qu\u2019entre les deux extrêmes doivent se trouver naturellement une foule de modifications désirables, qui, si elles sont faites à temps et par ceux de qui on a le droit de les attendre, nous protégeront, à l\u2019avenir, contre des surprises comme la constitution neutre de nos écoles de Hautes Etudes.Une chose bien certaine, c\u2019est que dans la province de Quebec, les lois scolaires ne favorisent peut-être pas autant qu\u2019on le croit notre système d'enseignement actuel et que le \u2018\u201c statu quo\u2019, si satisfaisant qu\u2019il puisse être, ne demanderait qu\u2019un coup de main hardi pour être bouleversé de fond en comble.Nos mœurs politiques qui ont permis la fanati- sation \u201d\u2019 des électeurs autour de vulgaires questions d\u2019intérêt local, qui mesurent les grands hommes au montant des taxes qu'ils abolissent ou dissimulent, au nombre des ponts qu\u2019ils construisent ou au chiffre des surplus qu\u2019ils entassent, ressemblent beaucoup à d\u2019autres mœurs qui ont déjà permis en d\u2019autres pays des bouleversements sociaux considérables.RAR TM RI NN HH que, à vrai dire, je les préfère aux invectives 418 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Aussi, en dépit des raisons que Paul Gérard invoque à l\u2019appui de sa thèse, il est encore permis de se demander si tant de réformes demandées\u2014et se rapportant tout au plus à des questions de détails \u2014ne se résument pas à une question d\u2019opportunité, et s\u2019il n'importe pas, avant de songer à tout le reste, de consolider notre système actuel, le fortifier davantage en le nationalisant au point de vue de notre race, afin que nous trouvent prêts à les repousser les rudes assauts que préparent les ambitions à peines voilées d\u2018un saxonisme pénétrant et assimulateur.& Ceux qui ont suivi de près nos derniers gouverneurs-géné- raux comprennent parfaitement ce que nous voulons dire.Les plus pénétrants, ou plutôt les plus renseignés, n\u2019attendront pas les résultats de la \u201c Canadian Church Extension \u201d pour deviner les secrets desseins de ceux qui, veillant à nos destinées, se donnent la mission de nous sauver par l'impérialisme ou se montrent disposés à accepter la fusion des races comme la solution du problème politico-social dans la confédération.Mais, nous oublions que ce préambule n\u2019avait pas d\u2019autre but que d\u2019annoncer à nos lecteurs une lettre de Paul Gérard.Ce dernier a donc la parole : À Monsieur le directeur de la Revue Franco-Americaine, Québec.Mon chez directeur, Je comparais devant votre tribunal éditorial, et je m\u2019accuse de vous avoir attiré, par mon article intitulé \u2018Politique canadienne-française\u201d\u201d, d\u2019une part une approbation empressée, dont vous ne vous souciez guère, d\u2019autre part des reproches imniérités.Le présent acte d\u2019humilité m\u2019est facile, car ces deux marques d\u2019estime m'ont été, à moi- inême, désagréables.Je tiens peu aux compliments\u2014quoi- ; d\u2019un autre été, je reçois sans plaisir les remontrances d\u2019une feuille bigote dont un rédacteur, croyant par là servir Dieu, cssale de faire l\u2019ange.Or vous savez, n\u2019est-ce pas, ce que l\u2019on gagne parfois à vouloir faire I\u2019ange.Pour vous faire mieux comprendre mon état d\u2019âme en face de cette adhésion et de cette attaque, je vous dirai tout de suite ceci qui n\u2019est certes pas déplacé dans une confes- LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 419 sion : Je ne suis pas franc-maçon, je ne suis pas chevalier de Colomb; et je ne suis pas digne, non plus, de revêtir, *nême pour demander pardon, la sombre coule du tertiaire.: 1 \u2019 J\u2019ai voulu dire la simple vérité.En écrivant chaque ligne de mon travail, je pensais à la grandeur possible de ma race ; je pensais aux moyens à prendre pour la faire prospérer ; je mettais le doigt sur une plaie, et je cherchais le | remède à y apporter.Et pas une fois je n\u2019ai pensé qu\u2019à f vouloir travailler ainsi pour ma patrie, à vouloir ouvrir un : horizon que les années ont constamment rétréci, je m\u2019exposais à passer pour un antipatriote.Eh! oui! on est contempteur de sa race parce qu\u2019on lui trouve des défauts, parce qu\u2019on ne la trouve pas cultivée, parce qu'on voudrait qu\u2019elle parlât sa langue avec correction, parce qu\u2019on souhaiterait voir des gens supérieurs dans toutes les professions, parce qu\u2019on rêve pour son pays une littérature dont le ; monde s\u2019occupe et profite, et parce qu\u2019on serait heureux de le ; voir jouer un rôle.Avons-nous une telle supériorité?Non.Mais comment?- Avec notre merveilleux enseignement secondaire, nous ne sommes pas à la tête des nations, nous n\u2019y occupons pas même une place?C\u2019est qu\u2019alors il n\u2019y à rien à faire avec nous ; nous sommes d\u2019un sang pauvre qui ne veut pas circuler; nous ne sommes pas de bons sujets pour la civilisation ! C\u2019est là le raisonnement de la \u2018\u201cVérité\u2019\u2019.Moi, qui suis patriote, je dis que -c\u2019est faux.Nous ne sommes pas inférieurs comme race, nous sommes susceptibles de perfectionement intellectuel, nous sommes capables de grandir; mais, je le répète, si, à venir jusqu\u2019à présent, nous avons végété dans la vallée au lieu de gravir les som- ; mets, c\u2019est que notre formation est défectueuse.§ Je maintiens ce que j'ai dit.Nos collèges donnent un 5 enseignement mal raisonné.Tout y est laissé au hasard, g au caprice de l\u2019élève ; il y règne une indifférence coupable, une veulerie, un mépris du bien-faire, une apathie, et pardessus tout un contentement de soi-même qui sont de nature à nous faire prendre les maîtres pour des fumistes ou bien pour des pantins armés de férules en carton.{ S'il vous prend jamais envie de visiter votre pays, faites donc une excursion d\u2019un nouveau genre.Au lieu de vous attarder à inspecter les chutes, les failles et les pics, entrez 7 \" ET EE EET TI TP TES TR SL SSE UPE TE YSPC PE PRY E CWI SR PITT ILSP NY THR TURN Hh + i Ri ARE RNTRRR CT LAON Ga sens Han 0 RR 420 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE dans la salle de récréation d\u2019un collège, et là, ô touriste, écarquillez vos nationales et patriotiques oreilles, et écoutez parler les écoliers, depuis le \u2018\u2019huitième\u2019\u2019 jusqu\u2019au \u2018\u2018philosophe\u201d\u2019 } écoutez ces enfants, espoirs de la patrie,t dépositaires de la belle langue française, remparts de la foi, des mœurs et de la littérature ; écoutez, ô bénévole touriste, et remarquez le langage de tous ces potaches.Msis, par exemple, dans ces bons collèges où le français est livré au mépris de la jeunesse insouciante, où la gram- meire est insultée non seulement dans la conversation, mais dans les devoirs des philosophes, on parle latin.Oui, ni plus ti Moins, on y parle latin! La philosophie\u2014grand mots'apprend en latin ; la leçon de philosophie se baragouine en latin ; tous ces Jeunes philosophes parlent couramment, en classe, le charabta de Zigliara ; ils prennent des airs, comme des gens qui ont conscience de savoir quelque chose ; ils discourent de longs quarts d\u2019Heure par \u2018\u2018baralipton\u2019\u2019 ou \u2018\u2018bom- bardos\u2019\u2019, et vous prouvent clair comme le jour, en latin, sans y comprendre, un mot, que.votre fille est muette.On va plus loin.J\u2019apprends que, dans certains colléges\u2014 0 inconséquence \u2014non seulement le philosophe parle tou- Jours latin, mais les vers latins ont été totalement ou presque totalement retranchés des classes de lettres.C\u2019est- à-dire qu\u2019on enlève aux humanités ce qui en était une des principales forces, qu\u2019on ôte aux pauvres écoliers l\u2019un des meilleurs moyens d'apprendre le latin, cependant qu\u2019on leur conseille toujours de s'exprimer dans cette langue.C\u2019est comme si on eût coupé la langue à Crescentini pour le faire chanter à la chapelle Sixtine.Quelqu'un a dit\u2014je crois que c\u2019est M.Edouard Fabre- Surveyer\u2014que notre mauvais français est dû à notre ignorance de l'anglais.Voilà une théorie originale et pleine de bon sens.En tous cas, si nous pouvons savoir le francais saus l'anglais, il est certainement utile de savoir l\u2019anglais.Or je poserai une question à ceux qui ont fait des études classiques : Que pensez-vous de l\u2019enseignement de l'anglais dans votre college?N\u2019est-il pas vrai que cet enseignement y est nul?N\u2019est-il pas vrai qu\u2019il est la plupart du temps confié à un pauvre séminariste qui vient s\u2019abrutir une heure par semaine dans chaque classe afin de se gagner de quoi acheter une soutane et des livres de théologie?N\u2019est-il pas vrai que la classe d\u2019anglais, c\u2019est un prétexte à chahut, à vacarme, et - LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 421 à toutes les excentricités qui peuvent germer dans un cerveau d\u2019écolier?N\u2019est-il pas vrai aussi que l'autorité collégiale s\u2019en occupe comme de l\u2019an quarante ?Il y a des exceptions, il y-a d\u2019excellents professeurs.Et ceux-là gémissent, eux aussi, sur l\u2019état de choses actuel.Permettez-moi de vous citer le passage suivant d\u2019un article de l\u2019abbé Camille Roy, paru dans le Bulletin du parler francais de janvier.M.Roy qui est professeur de rhétorique au Sminaire de Québec, lauréat-eès-lettres de la Sorbonne, \u2014 ce qui ne doit pas nuire\u2014dit : \u201c\u201cNous nous plaignons volontiers, nous, Canadiens-fran- cals, que nous ignorons les richesses et les ressources de notre langue.Cette lamentation est ici classique ; et le sujet n\u2019en est que trop véritable.Et nous essayons de nous excuser, et de nous justifier par toutes sortes de raisons dont quelques-unes peut-être ne sont apportées que pour masquer notre paresse ou nos négligences.Faisons plutôt un état exact de notre conscience grammaticale.Avons-nous assez cultivé notre langue, et l\u2019avons-nous assez méthodiquement étudiée?avons-nous le courage de chercher toujours à la plier aux exigences de la pensée, et apportons-nous à surveiller notre conversation et notre plume une assez grande diligence?Si notre vocabulaire est si pauvre, et notre syntaxe si défectueuse, c\u2019est que peut-être nous commençons par trop dédaigner de bien parler et de bien écrire.Quant à nous, professeurs, interrogeons-nous aussi avec sincérité ; voyons si nos méthodes d\u2019enseignement sont les meilleures, et si vraiment nous avons suffisamment tâché, depuis la huitième jusqu\u2018à la philosophie inclusivement, à former des éléves qui sachent écrire.\u201d Mon cher directeur, je n\u2019ennuierai plus vos lecteurs avec cette question.J\u2019ai signalé les faiblesses de nos éducateurs ; il ne m\u2019appartient pas d\u2019entrer dans le détail de ce qu\u2019ils devraient faire ; ils le savent mieux que personne.Ils n\u2019ont qu\u2019à vouloir.Les rétrogrades m\u2019accuseront peut-être de vouloir enlever l\u2019enseignement au clergé.Je me disculpe tout de suite.Personne ici n\u2019attaque le clergé.Ceux qui lui font du tort, ceux qui réussissent parfois à l\u2019arrêter dans ses bons mouvements, ce sont les fabricants de cas de conscience, les défenseurs de grands principes jamais attaqués, les saintes 422 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE mouches du coche clérical.Ceux qui nuisent à l\u2019Eglise, ce sont les ultramontains qui changent use.ce grand temple en petite chapelle.Personne, parmi les amis de l\u2019instruction, ne songe à supplanter le clergé.Je suis sûr que les hommes publics, pénétrés de cette vérité qu\u2019il vaut mieux marcher avec un courant que de le refouler, qu\u2019il est plus politique d\u2019utiliser une partie du travail déjà fait que de refaire à neuf un travail complet, Je suis sûr, dis-je, que nos hommes publics, si jamais ils ont la chance et les moyens de régénérer l\u2019enseignement secondaire, ne penseront pas un instant à laisser dans l\u2019ombre le clergé, ce corps respectable à qui le pays doit tant.Ces deux grandes forces, l\u2019Eglise et l\u2019Etat, après s\u2019étre fait la cour pendant des siècles, feront un mariage de raison.Et c\u2019est l'Etat qui fera les premiers pas : s\u2019il a des propositions à faire, s\u2019il a de l\u2019argent à donner, il ira tout de suite trouver le vieux prêtre qui dessert l\u2019église, sans faire attention aux grimaces des bedeaux de chapelles.Agréez, etc., | Paul Gérard Québec, 12 février, 1909. Une page d'histoire franco-américaine Un Rapport de M.Carroll D.Wright sur Puniformité des heures de travail en 1881 (1) Lia mort récente de M.Carroll D.Wright, président du Clarke College de Worcester, remet en mémoire un incident qui fit grand tapage dans toute la Nouvelle-Angleterre il ya plus d\u2019un quart de siècle.Une génération est déjà passée depuis cette époque, mais il reste encore des contemporains de cette période troublée qui ont alors pris part activement à la grande agitation soulevée parmi les Canadiens de la Nouvelle-Angleterre ou en ont eu connaissance.Nous voulons parler du fameux rapport officiel de M.Carroll D.Wright, alors commissaire des statistiques du travail & Boston, sur les heures uniformes de travail.Au cours de ce rapport, qui fut publié en 1881 et contenait une masse d\u2019informations et chiffres recueillis parmi les patrons et les employés, les Canadiens-français immigrés (1) Carroll Davidson Wright naquit & Dunbarton, N.-H., le 25 juillet 1840, fils du Rév.Nathan R.Wright et de Eliza Clarke.Il commenca & étudier le droit en 1860, mais deux ans plus tard il abandonnait ses études légales pour s\u2019enrôler comme soldat dans le 14e Régiment des Volontaires du New-Hampshire.Montant de grade en grade, il devint bientôt le colonel de son régiment.Après la guerre de Sécession l\u2019état délabré de sa ; santé l\u2019empêcha de se livrer à la pratique du droit avant 1867.Cette | année-la il vint s\u2019établir à Boston.Il fut sénateur du Massachusetts durant les sessions de 1872 et 1873, puis il devint chef du Bureau des Statistiques du Travail du Massachusetts, position qu\u2019il occupa jusqu\u2019à 1888.En 1880 il était nommé surveillant du recensement fédéral pour le Massachusetts.En 1885 le président Cleveland l\u2019appelait à Washington pour lui confier la charge de Commissaire du Travail, position qu\u2019il occupa pendant vingt ans.M.Wright était aussi à la tête du bureau qui compléta le onzième recensement.* Comme secrétaire de la commission qui régla la grève du charbon anthracite, il y a quelques années, ses décisions ont été beaucoup critiquées par le travail.Depuis 1904, M.Wright était président du Clark College de Worcester, Mass.Il avait été aussi chargé de cours sur les statistiques et l\u2019économie politique à l\u2019Université Catholique d\u2019Amérique, à Washington, Jt au Columbian College et à l\u2019Université Harvard, et il est l\u2019auteur de plusieurs ouvrages qui font autorité sur les mêmes sujets.Quatre collèges lui avaient conféré le degré de LL.D.Il avait été honoré de décorations par plusieurs gouvernements étrangers, notamment la Légion d\u2019Honneur de France.Il est mort à Worcester le 20 février 1909, dans la 68e année de son âge, après une carrière toute de travail et & dévouement consacrée à son Etat et à son pays, et généralement regretté par tous ceux qui étaient venus en contact avec lui. 424 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE sont appelés les Chinois des Etats de l\u2019Est.La nouvelle d\u2019une aussi étonnante comparaison faite dans un document officiel ne tarda pas à se répandre parmi les centres de la Nouvelle-Angleterre et de l\u2019Etat de New-York où les nôtres étaient en nombre.On peut mieux s\u2019imaginer que dépeindre le mouvement d\u2019indignation et de colère qui s'empara de tous les esprits dans les rangs déjà fort nombreux des immigrés canadiens-francais.Mais n\u2019anticipons pas et faisons d\u2019abord la genèse du rapport qui eut le don de soulever une pareille tempête de protestations.Le rapport en question était une partie du douzième rapport annuel du Bureau des Statistiques du Travail du Massachusetts et forme une brochure, format ordinaire, de plus de 150 pages.C\u2019était un travail considérable qui demandait une grande somme d\u2019attention et d\u2019application.Aussi les intérêts en jeu étaient d\u2019une importance capitale, comme on pourra en juger par la résolution de la législature du Massachusetts, approuvée le 17 mars 1880, relativement à un système uniforme des lois en certains Etats, régularisant les heures de travail.Voici la traduction du texte de cette résolution : \u201cRésolu, Que le Bureau des Statistiques du Travail est par le présent chargé de recueillir des renseignements et obtenir des témoignages des patrons et employés dans les Etats du Maine, New-Hampshire, Massachusetts, Rhode Island, Connecticut et New-York, relativement à un système uniforme de lois pour réglementer les heures de travail dans les Etats mentionnés, et de présenter les résultats de ses investigations à la législature dans son prochain rapport annuel.\u2019 L'objet de cette résolution (Chap.29, Résolutions de 1880) était de fournir au public des renseignements assez précis pour que la question de l\u2019établissement d\u2019un système uniforme de lois dans les Etats de l\u2019Eest et les principaux Etats de l\u2019industrie textile, régularisant les heures de travail, pût être discutée d\u2019une manière scientifique ; et, à cette fin, le Bureau des Statistiques avait recueilli tous les faits qui pouvaient être obtenus, portant d\u2019un côté et de l\u2019autre, de la manière la plus complète possible par les moyens à sa disposition.Pour bien se rendre compte du motif principal de cette enquête ordonnée pars la législature du Massachusetts en 1880, il convient d\u2019exposer suscinctement en quel état se LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 425 trouvait la question du travail à cette époque dans les Etats de l\u2019Est.Il y a vingt-cinq ou trente ans la condition ouvrière était bien différente de ce qu'elle est aujourd hui.Le travail n\u2019était pas aussi organisé, les syndicats ouvriers n\u2019avaient pas la puissance qu\u2019ils ont de nos jours et les heures de travail étaient plus longues.Aussi c'était une lutte et un antagonisme presque perpétuels entre le capital et le travail, ces deux grands leviers de la civilisation et du progrès qui devraient être plutôt toujours dans les relations de la plus complète harmonie.çÇ Cette époque était fertile en conflits ouvriers et en grèves désastreuses, d\u2019où sortaient rarement les travaillants avec avantage.Les législateurs du Massachusets avaient résolu d\u2019essayer de porter remède à la déplorable condition ouvrière qui régnait non seulement en cet Etat, mais aussi dans toute la Nouvelle Angleterre, et pour arriver à ce but ils avaient demandé le concours des Etats voisins.En 1880 le Massachusetts était dans une position désavantageuse vis-à-vis des autres Etats de l\u2019Est quant à la durée du travail.La semaine de travail était de 60 heures, soit une moyenne de dix heures par jour.Lies syndicats ouvriers demandaient une réduction (subséquemment la loi de 8 heures fut votée), mais les manufacturiers s\u2019y opposaient énergiquement en raison même de la position désavantageuse dont nous venons de parler et qui résultait de la moyenne de 66 heures de travail par semaine en vigueur dans les autres Etats.Les manufacturiers avaient demandé que l\u2019on fit des efforts pour induire les autres Etats à diminuer cette moyenne de 66 heures avant de songer à diminuer les 60 heures de cet Etat.Ils alléguaient, probablement avec raison, qu\u2019ils luttaient déjà depuis longtemps avec des armes inégales contre la concurrence des industries similaires des autres Etats de l\u2019Est, notammen de l\u2019industrie textile.(1) C\u2019est alors que, conformément à un ordre législatif, le Bureau des Statistiques du Travail du Massachusetts, dont M.Carroll D.Wright était le chef, procéda à l\u2019enquête dont nous avons plus haut exposé l\u2019objet.Le Bureau mit plusieurs agents en campagne.Chacun d\u2019eux avait deux séries (1) La moyenne des heures de travail dans les autres Etats est maintenant de 60 heures par semaine.L'Etat de New-York fut, croyons-nous, le premier à réduire ses heures de travail à 60 heures, pendant que le Massachusetts tombait à 58 heures. 426 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE de questions auxquelles les patrons et les employés respectIvement devaient répondre.Dans ses conclusions, M.Wright dit qu\u2019il est évident que le Massachusetts, avec dix heures de travail par jour, produit autant par homme ou par métier ou par broche, si l\u2019on considère les qualités égales, que les autres Etats avec onze heures et plus, et que les salaires sont aussi élevés ici, sinon plus, que dans les Etats où les fabriques fonctionnent plus longtemps.Il n\u2019y a pas de raison, déclare M.Wright, pour que les filatures dans le New-York, le Connecticut, le Rhode Island, le New-Hampshire et le Maine ne fonctionnent pas pas sur la base de dix heures conformément au système qui prévaut dans le Massachusetts avec de bons résultats.Nous voici maintenant à l\u2019endroit psychologique du rapport, celui où sont employés les malheureux termes \u2018\u2018\u201cChinois de l\u2019Est\u2019\u2019 pour désigner les Canadiens-français.Le rapport dit que l\u2019enquête serail incomplète SANS DONNER LES EXPERIENCES DES AGENTS EMPLOYES, EN AUTANT QU'IL S\u2019AGIT DES TEMOIGNAGES QU'ILS ONT RECUEILLIS.Le compilateur a soin de prévenir que ses agents ont recueilli beaucoup d\u2019informations 1nci- dentes et qu\u2019à bien des points de vue elles forment le côté le plus important de leur travail.Il était naturel, dit-il, que d'abondants matériaux importants fussent recueillis par des hommes observateurs au moyen des conversations qu\u2019ils avaient avec les manufacturiers et les ouvriers, lorsque tous, sans restrictions aucunes, parlaient à cœur ouvert.Voilà comment il se fait que les termes \u2018\u2018Chinois de l\u2019Est\u2019\u201d se trouvaient intercalés dans le rapport.Ils se sont tout simplement trouvés dans l\u2019appréciation d\u2019un agent que le rapport contient avec beaucoup d\u2019autres détails.Nous traduisons ci-après la partie du rapport qui est consacrée particulièrement aux Canadiens-francais.; Il n\u2019avait été trouvé que trois objections sérieuses contre l'adoption de dix heures dans les Etats en dehors du Massachusetts.La première provenait des petites fabriques.Leurs propriétaires s\u2019écriaient avec un ensemble parfait : \u201cLa journée de dix heures serait notre ruine.\u2019 La seconde objection pouvait se traduire par les trois mots, Whisky, Tabac, Désœuvrement.En d\u2019autres termes, les manufac- furiers ne voulaient donner aucune recréation à leurs employés sous le prétexte qu\u2019ils emploieraient ce temps à boire, LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 427 fumer et fainéanter.Une curieuse raison, dira-t-on aujour- d\u2019hui, mais il parait qu\u2019elle avait un certain poids dans l\u2019esprit d\u2019un grand nombre de manufacturiers.\u201cTa troisième objection, dit le rapport, aux dix heures est la présence des Canadiens-français.Partout où ils apparaissent, leur présence est donnée comme une ralson pour que les Heures de travail ne doivent pas être réduites à dix.]1 ne faut pas aller loin pour en chercher .la cause.\u201cA quelques exceptions pres, les Canadiens-français \u2018sont les Chinois des Etats de l\u2019Est.Ils n\u2019ont aucune considération pour nos institutions civiles, politiques ou d\u2019éducation.Ils ne viennent pas pour s\u2019établir parmi nous, pour faire acte de citoyens avec nous, et ainsi devenir partie de nous-mêmes ; mais leur but est simplement de séjourner quelques années comme étrangers, n\u2019ayant des rapports avec nous que sur un seul point, celui du travail, et lorsqu\u2019ils ont gagné assez d\u2019argent chez nous pour satisfaire leurs fins, de s'en retourner à la place d\u2019où ils sont venus et y placer leurs gains, Ils sont une horde d\u2019envahisseurs industriels, non un courant de migrateurs stables.Lie vote, avec tout ce que le mot implique, ils ne s\u2019en occupent nullement.Rarement l\u2019un d\u2019entre eux se fait naturaliser.Ils n\u2019enverront pas leurs enfants à l\u2019école s\u2019ils peuvent s\u2019en dispenser, mais ils s\u2019efforcent de les entasser dans les fabriques à l\u2019âge le plus tendre possible.Pour cela, ils trompent au sujet de l\u2019âge de leurs enfants avec une impudente effronterie.Ils trompent aussi au sujet de leur fréquentation de l\u2019école, déclarant qu\u2019ils ont été à l\u2019école le temps légal, quand ils savent que ce n\u2019est pas le cas et n\u2019ont pas l\u2019intention de les y envoyer.Et lorsque à la fin ils sont poussés au pied du mur par les officiers scolaires et qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019autre issue, ils ramassent les quelques effets qu\u2019il ont et s\u2019en vont à quelque autre endroit où ils ne sont pas connus, et où ils espèrent, par une répétition des mêmes tactiques frauduleuses, échapper entièrement aux écoles, et tenir leurs enfants à l\u2019ouvrage assidûment dans les fabriques.\u201d [ Voilà assurément un jugement fort sévère et d\u2019une exagération outrageante, et nous croyons bien qu\u2019un officier public y penserait deux fois aujourd\u2019hui avant de l\u2019insérer dans un document officiel.L'\u2019agent qui avait obtenu ces renseignements au cours de ses conversations n\u2019a dû parler qu\u2019avec des gens prévenus contre les Canadiens et nourrissant des pré- 428 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE jugés contre notre race ; cela est de toute évidence.Il pourrait se faire qu\u2019en certains cas des familles canadiennes fussent dans la situation et la mentalité décrite par l\u2019agent, mais celui-ci faisait grandement erreur en concluant du particulier au général.Et cela ne le justifiait aucunement de comparer les Canadiens-français aux Chinois.C\u2019était un outrage qui -fut vivement ressenti et eut un immense retentissement dans la Nouvelle-Angleterre partout où il y avait un groupe de Canadiens-francais.Le bon trait, mais le seul, que reconnaissait aux Canadiens l\u2019agent de M.Wright en ajoutant qu\u2019ils sont d\u2019infatigables travailleurs et dociles, ne tempéra en rien la légitime colère et l\u2019indignation qui soulevèrent toute une race se sentant déjà assez forte, dans le milieu où elle était fixée, pour revendiquer hautement son honneur outragé et sa fierté blessée, par le fait d\u2019employés publics salariés, aux yeux des autres nationalités.Mais immédiatement après, le rapport continuait en représentant les Canadiens comme des gens venant ici à la curée, ne demandant qu\u2019à travailler, peu importe le le nombre d\u2019heures de travail, vivant de la manière la plus sordide afin de dépenser le moins possible pour leur subsistance et apporter hors du pays ce qu\u2019ils pouvaient ainsi épargner.Voilà, disait le rapport, le but des Canadiens- français dans nos districts manufacturiers.On ne peut nier que de tout temps, depuis que les Canadiens ont commencé à émigrer aux Etats-Unis, un certain nombre d\u2019entre eux s\u2019en sont retournés avec leurs familles sur leurs terres de la Province de Québec avec l'argent ramassé ici.Mais cela a toujours été l\u2019exception.Un grand nombre partait du Canada avec l\u2019idée de revenir, mais une fois acclimatés et acoutumés aux nouvelles conditions de vie, sous l\u2019influence bienfaisante surtout, en certain cas, de la paroisse comme celle qu\u2019ils avaient laissée, ils perdaient l\u2019esprit de retour et bâtissaient la grande famille franco- américaine dont nous constatons aujourd\u2019hui la merveilleuse expansion.Cela c\u2019est de l\u2019histoire, et l\u2019histoire dira aussi que malgré toutes les injustices et les avanies qui ont assailli le peuple canadien-français et catholique des Etats-Unis dans l\u2019ordre religieux comme dans le domaine civil, peut-être plus dans le premier que dans le dernier, ce peuple n\u2019a pas failli à sa mission et à la fin confondait ses ennemis et ses oppresseurs par une fidélité et un attachement inébranlables à ses \u2014\u2014FP ss LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 429 coutumes et à sa langue, la plus sûre gardienne de sa foi religieuse.(3) Nous avons dit que la colère et l\u2019indignation soulevèrent tout le peuple canadien-français de la Nouvelle-Angleterre.On tint naturellement responsable de l\u2019outrage l\u2019homme qui se donnait comme l\u2019auteur du rapport, M.Carroll D.Wright.Les principaux Canadiens dans les différentes villes se concertèrent pour se rendre en même temps et se rencontrer à un jour désigné à Boston.M.Wright ayant été avisé de la visite prochaine des délégués, comprenant des membres du clergé, des hommes de profession, des journaliste et autres, M.Ferdinand Gagnon, rédacteur du \u2018\u2018Travailleur\u2019\u2019 de Woreester, recevait du chef du Bureau des Statistiques du Travail, au mois d\u2019octobre 1881, la letre suivante : \u201cJe ne chercherai aucunement à faire la preuve qui m'a été soumise l\u2019automne dernier.Mes agents ont eu raison de me faire connaître tout ce qu\u2019ils avaient appris, et ils n\u2019étaient pas préjugés.Mais il est possible que les personnes qui ont donné leur témoignage aient été elles-mêmes préjugées.Si l\u2019état de chose dont on se plaint n\u2019existe pas, J'en serais très heureux.Rappelez-vous que le rapport de ce Bureau ne se rapportait qu\u2019aux Etats où le système de dix heures de travail ne prévaut pas, et les faits dont on se plaint n\u2019ont aucune relation avec le Massachusetts.\u201d Cette lettre, publiée dans les journaux du temps, faisait bien voir que le commissaire Wright était bien disposé à l\u2019égard des Canadiens, qu\u2019il ne demandait pas mieux qu\u2019on lui démontrât la fausseté des accusations qui avaient été portées contre toute leur race.En effet, les agents n'avaient pas inventé ; ils ont rapporté fidèlement ce que leur avaient déclaré des personnes qui détestaient les Canadiens et qu\u2019ils croyaient dignes de foi.Cette antipathie non déguisée ne résultait pas seulement de la différence de langue et de nationalité ; les Canadiens étaient aussi parfois l\u2019objet de la réprobation de leurs compagnons de travail de langue anglaise par le fait qu\u2019ils étaient, au gré des derniers, trop réfractaires à l'union.Les membres de langue anglaise des syndicats ouvriers rendaient les Canadiens responsables de leurs échecs, lorsque la lutte était engagée contre les patrons pour l\u2019ob- (3) Depuis la publication du rapport de M.Wright en 1881, on estime que la population franco-américaine de la Nouvelle-Anglettrre a triplé.ER 430 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE tention de gages plus élevés ou de meilleures conditions dans le travail.Il est donc plausible qu\u2019ils aient profité de l'occasion du passage des agents de M.Wright pour dire tous les griefs qu\u2019ils croyaient avoir contre eux.| Peu de jours après la réception de la lettre de M.Wright par M.Gagnon, un foule de délégués de tous les centres 1m- portants de la Nouvelle-Angleterre et de l\u2019Etat de New- york se rencontraient au Tremont House & Boston.C'était le 24 octobre.Le lendemain, 25, les délégués, auxquels le commissaire Wright avait accordé une audience, à l'Hôtel du Gouvernement, faisaient leurs protestations et rétablissaient les faits si outrageusement travestis pour satisfaire des haines et des préventions absolument injustifiables.Nous ne pouvons citer les noms de tous ceux qui se sont alors présentés devant le commissaire.Nous en mentionnerons cependant quelques-uns qui, en ce temps-là, formaient partie de cette phalange d\u2019élite, tant ecclésiastiques que laïques, si remarquable par le patriotisme et le dévouement.Il y avait là l\u2019abbé J.B.H.V.Milette, curé de la paroisse Saint-Louis de Gonzague de Nashua, N.-H.; J.D.Montmarquet, de Lewiston, Me.; J.Misaël Authier, de Cohoes, N.-Y.; Ferdinand Gagnon, de Worcester, Mass.; H.A.Dubuque, de Fall River, Mass.; l\u2019abbé P.J.B.Bédard, curé de la paroisse Notre-Dame de Lourdes de F'all River, Mass.; Léandre Boudreau et P.C.Miville, de Manchester, N.-H.; Joseph Bouvier et O.T.Paradis, de Woon- socket, R.-1.(4) Après l\u2019audience, le commissaire Wright félicita chaleureusement les Canadiens d\u2019avoir eu le courage et l\u2019esprit public de défendre leurs droits lésés, et il leur donna 1\u2019assurance que son prochain rapport rendrait justice pleine et entière aux protestations des délégués.Ce rapport donnait effectivement (4) Quelques-uns de ces hommes aujourd\u2019hui sont disparus de la scène du monde.L'un des plus remarquables d\u2019entre eux est le curé P.J.B: Bédard, le fondateur de la paroisse de Notre-Dame de Lourdes de Fall River, le prêtre patriote, le grand cœur, l\u2019athlète qui eut à soutenir une lutte de tous les instants contre d\u2019implacables adversaires et qui en est mort prématurément à la peine.M.le curé Milette dessert encore vaillamment la même paroisse Saint-Louis de Gonzague de Nashua.Ferdinand Gagnon fut l\u2019un des pionniers du journalisme français dans la Nouvelle Angleterre, et ce fut lui qui, par la plume et la parole, attira le plus l\u2019attention sur nos compatriotes des Etats-Unis.Depuis un grand nombre d\u2019années M.H.-A.Dubuque est procureur de la ville de Fall River ; il a repré- sonté aussi un district électoral pendant plusieurs années à la législature de oston. i LA REVUE FRANCO-AMERICAINE 431 satisfaction complète et devait avoir pour effet de dissiper la mauvaise impression qui avait pu avoir été créée par le rapport précédent.| Le commissaire Wright ne nourrissait certainement pas de préventions contre les Canadiens jusqu\u2019au point d\u2019être injuste à leur égard.Il aurait peut-être agi avec plus de sa-\u2019 gesse s\u2019il avait élagué de son rapport les expressions blessantes à l\u2019adresse de notre élément.Mais nous devons lui rendre cette justice que lorsqu\u2019on lui eût fait la lumière sur notre compte, il s\u2019est empressé de se rendre à l\u2019évidence et de reconnaître franchement que ses agents avaient été trompés.Plus tard M.Wright, dont les vastes connaissances et la grande expérience dans les statistiques lui avaient attiré une réputation nationale, accepta la position de commissaire du travail que lui offrait le gouvernement de Washington.Au mois de juin 1889 un journal franco-américain (5) de la Nouvelle-Angleterre recevait la visite d\u2019une femme à l'emploi du Bureau des Statistiques de Washington pour le recensement des Etats-Unis.La mission de cette femme, expressément envoyée par M.Wright, était de parcourir les centres franco-américains afin d\u2019étudier la situation sociale, économique: et religieuse de notre élément et faire rapport.Elle fait les plus grands éloges de nos compatriotes ; elle déclare que nous occupons une position plus enviable que n'importe quelle classe d\u2019immigrants et que nous avons progressé plus rapidement que les autres éléments de la population.Quant à la loyauté des citoyens de langue française envers la république, cette dame dit que les Etats-Unis n\u2019ont pas de citoyens adoptifs plus loyaux que nos compatriotes.Elle est allée dans les familles ; elle y a constaté une politesse et une déférence exquises.Voilà la substance du rapport qu'elle fit à son chef et qui est consigné dans les archives du Bureau de recensement.Sur l'initiative de M.Wright, les qualités de notre race étaient mises en vive lumière et comportaient dès lors une reconnaissance nationale.Le 5 mars 1907, M.Alexandre Belisle, de Worcester, faisait devant la Socité des Antiquaires de Worcester (Worcester Society of Antiquity) une conférence sur \u2018\u2018Les Cana- (5) \u201c L\u2019Indépendant \u201d de Fall River. 432 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE diens-francais dans le développement des Etats-Unis.\u201d (6) Cette conférence fut imprimée et mise en pamphlet, dont l\u2019auteur envoya un exemplaire à M.Wright, qui exerçait les fonctions de président du Clark College de Worcester depuis 1904.M.Wright accusa réception de ce pamphlet par la lettre suivante à M.Alexandre Belisle que nous traduisons : \u2018Cher M.Belisle,\u2014Je vous remercie beaucoup de votre très intéressant et précieux travail sur les Canadiens-fran- çais dans le développement des Etats-Unis que vous avez eu la si bonne idée de m'envoyer.\u2018J\u2019ai trouvé dans mes études que pas une nationalité ne s\u2019est développée si rapidement et d\u2019une manière si satisfaisante, en venant en ce pays, que l\u2019ont fait les Canadiens- français, et je suis convaineu qu\u2019ils ont eu beaucoup à faire dans le développement du pays.\u2018\u201cA vous très sincèrement, (Signé) : CARROLL D.WRIGHT.\u201d Nous avons cru qu\u2019il était utile de remettre en lumière des faits qui ont fait grand bruit, il y a près de trente ans, dans les centres canadiens de l\u2019Est, à l\u2019occasion de la mort de l\u2019homme distingué qui y a figuré au premier plan.Comme on vient de le voir, on ne pouvait pas appeler M.Wright l\u2019ennemi de notre race; cela lui aurait évité le désagrément d\u2019entendre les protestations indignées des nôtres.Tout de même cet incident dans le temps eut pour effet de montrer à la face du pays que les immigrés canadiens-français étaient dès lors bien résolus à ne pas s\u2019en laisser imposer par ceux qui les considéraient comme des intrus.Lorsque M.Wright fut mis en demeure de rétracter les allégations injurieuses faites contre les nôtres, lorsqu\u2019on lui en eût démontré la fausseté et la malice, il s\u2019emipressa de le faire loyalement, comme un homme d'honneur et occupant une position responsable envers le public.Plus tard, comme (6) Cette conférence de M.Alexandre Belisle est un travail d\u2019un très grand mérite.Faite en anglais, devant un auditoire de langue anglaise, elle attira à l\u2019auteur de chaudes félicitations.Cette étude constitue un document historique de la plus haute importance et elle est une source précieuse pour ceux qui veulent se renseigner parfaitement sur les débuts et la marche progressive de notre élément en ce pays. LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 433 nous l\u2019avons indiqué, au cours de sa carrière publique au service du pays et comme président du Clarke Collège de Worcester, il donna des preuves absolument concluantes de l\u2019estime et de la considération qu\u2019il éprouvait pour l\u2019élément franco-américain.Dans les lignes qui précèdent nous croyons l\u2019avoir suffisamment démontré.Et c\u2019est l\u2019hommage que nous portons à la mémoire d\u2019un homme qui fut vraiment un bon citoyen, un serviteur dévoué de l'Etat et du pays, un esprit imbu des principes de justice et une intelligence d\u2019élite.J.G.LeBoutillier.Worcester, Mass., 6 mars, 1909. Revue des faits et des œuvres La politique dans la province de Québec L'ouverture du parlement provincial à Québec, le 2 mars dernier, a provoqué un intérêt qu\u2019on avait perdu l\u2019habitude d\u2019accorder à cet événement.Et la législature siègeait depuis à peine huit jours que les citoyens\u2014du moins le petit nombre de ceux qui avaient pu se faire admettre aux séances\u2014 déclaraient avec joie que nous étions en train de revivre l\u2019époque brillante de Chapleau et de Mercier.Et libéraux comme conservateurs s\u2019en réjouissent ouvertement.On sait que depuis quelques années \u2014depuis une couple d\u2019années surtout \u2014un élément nouveau a fait son apparition dans la politique provinciale.A la suite de M.Henri Bourassa, ancien député de Labelle au fédéral et actuellement député de St-Hyacinthe à Québec, quelques hommes, éloquents, jeunes et déterminés, ont entrepris de semer à travers la Province de Québec des idées nouvelles, et pour la plupart très pratiques, sur ce qui doit constituer l'idéal des Canadiens-français.Reprenant la vieille formule \u2018\u2019Emparons-nous du sol\u201d qui est devenue pour les nôtres un des articles essentiels de leur Code national, les apôtres du nouvel évangile se sont faits en mêmes temps les défenseurs du domaine national contre certaines pratiques ruineuses et imprévoyantes.Ils ont prêché la conservation ou, du moins, l\u2019exploitation raisonnée du domaine forestier de la province de Québec, et dénoncé le système par lequel le pillage des forêts a été fait depuis nombre d\u2019années sous l\u2019œil indifférent de nos législateurs ; ils ont prêché une politique de colonisation intensive opposée à la pratique actuelle qui ne semble accorder aux colons que ce que les colons peuvent enlever, à force de procédure, à ceux qui leur mesurent la terre de la patrie ; ils ont prêché d\u2019une façon générale une politique plus sage au sujet de nos ressources naturelles, mines, pouvoirs d\u2019eau, forêts, etc., en s\u2019appuyant sur le fait que nos richesses nationales assurent à notre provincé, pour un avenir très rapproché, qu\u2019elle sera la grande force industrielle du continent.= \u2014\u2014\u2014\u2014 ee = 7e == 472 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Petite, nous l\u2019avions eue très peu avec nous ; grande, elle n\u2019avait pas un instant pour s\u2019absenter, la dame qui la, payait disait ne pouvoir se passer d\u2019elle.On se heurtait a tout, on était frappé par tout.On aurait dit, Madame, qu\u2019une misère en appelait une autre, qu\u2019une souffrance faisait naître une autre souffrance ; que les choses, les hommes, le Ciel même étaient sans pitié.Notre Suzanne écrivait chaque jour quelques lignes d\u2019une lettre qui nous arrivait une fois par semaine.Sa mère semblait ne vivre que le jour où le facteur tirait cette lettre de son sac.Y avait-il du retard?Notre Madame avait l'esprit aux champs: \u2018\u2018Suzanne serait-elle malade ?Allait- elle mourir comme notre Max?\u2019 Vous jugez tout ce qu\u2019on invente alors.Nous devenions de plus en plus misérables ! Enfin la lettre arrivait ! Nous la lisions, et parfois elle nous mettait encore bien à l\u2019envers, elle nous frappait au cœur.Nous n\u2019étions pas du même avis avec notre Suzanne.Les gens, les Monti-Ville nous empoisonnaient cette lettre, comme ils nous empoisonnaient tout.Marianne montrait le poing à des ennemis invisibles, et reprenait : \u2014Madame entrait en fantaisie si Mademoiselle les nommait.Elle répondait aussitôt par des phrases mécontentes qui devaient faire également de la peine quand on les lisait.L'écriture, c\u2019est parfois traître ; on s\u2019en sert pour frapper de loin, sans savoir le mal que l\u2019on fait.On frappe, et les larmes coulent, le cœur est blessé jusqu\u2019au sang.Si l\u2019on voyait ce dont on est cause, bien sûr on s\u2019arrêteraït et l\u2019on dirait d\u2019autres mots, de ceux qui consolent.on s\u2019expliquerait, et tout serait changé.mais on ne voit rien, alors.Ah! ces choses, croyez-le, Madame, m\u2019ont consolée souvent de ne pas savoir écrire ! ajouta avec élan la bonne Marianne.Cette conclusion me fit rire.La bonne femme ne s\u2019en troubla point, et continua : \u2014Vou pourriez me demander pourquoi Mademoiselle parlait des Monti-Ville?.Elle aurait pu s\u2019en taire, n'est-ce pas, et c\u2019eût été mieux.Mais elle avait son idée, parce que, comme dans leur système de paraître rendre le bien pour le mal, ils avaient été bons pour elle, pour son frère, elle eût voulu convertir notre Madame à ne plus leur en vouloir.\u2014C\u2019était enfantin, dis-je.\u2014 Autant aurait valu jeter du pétrole sur le feu.Mais voilà, notre Suzanne était entourée de gens qui la faisaient I LA REVUE FRANCO-AMERICAINE 473 penser d\u2019unc facon, tandis que nous pensions d\u2019une autre.L'endroit où l\u2019on vit, c\u2019est comme les cases de couleurs chez un teinturier; parce que l\u2019étoffe est dans l\u2019une, ellé sort bleue, parce qu\u2019elle est dans l'autre elle sort rouge.Le tissu à beau \u2018être de la même pièce, ça n\u2019est plus pareil.Ainsi de notre Suzanne et de nous.Je tenais toujours le petit cahier cartonné dans ma main et le considérais, de plus en plus perplexe._ \u2014 Quand donc la baronne a-t-elle écrit ceci ?demandai-Je.\u2014Après vous avoir vue pour la première et la dernière fois, Madame.Elle écrivait soufflant trés fort, comme si elle venait de beaucoup courir.Et parce que je la trouvais si agitée, je la suppliais de s\u2019arrêter; mais elle ne m\u2019écoutait pas, elle s\u2019entêta et me répondit : ; \u2018\u2018\u2014Tu me dis de ne point me hâter.Mais vois donc qui vient.Regarde qui est à la porte.\u201d J\u2019y courus, épouvanté, tandis qu\u2019elle continuait : \u2018\u201c\u2014TLa mort !.la mort!.Je la sens, elle me prend.elle me guette, m\u2019attend.Et il faut que j'écrive ceci pour que ma fille le lise un jour!\u201d Je répondis alors : \u201c\u201c\u2014Depuis le temps que vous lui en racontez des choses, comment vous en reste-t-il encore à lui apprendre?\u201d Mais elle répétait, sans m\u2019écouter : \u2018\u2014Il faut que, lorsque je ne serai plus, ceci soit comme ma voix qui sortirait de la tombe pour rappeler à mon enfant ce qu\u2019elle ne peut et ne doit oublier.\u2019 Alors, ne sachant que faire pour l\u2019empêcher d\u2019écrire, la voyant suffoquer de fatigue comme si elle allait mourir, je lui dis, impatiente : \u201c\u2014Dr\u2019ailleurs, qu\u2019est-ce que vous pouvez tant mettre sur ce papier, puisque, par moments, vous-même croyez vous tromper ?\u201d \u2019 Cette fois, elle jeta sa plume et crispa sa main sur sa poitrine, comme si je lui avais porté un coup de couteau : \u201c\u201c\u2014C\u2019est vrai, si je me trompais?.\u201d Et brusquement redressée, semblant grandie, elle répéta : \u201c\u2014Oui, si je me trompais?.mais alors l\u2019auteur de tous nos maux ce serait moi?J'aurais dépouillé les miens, causé la mort de mon fils, décidé l\u2019éloignement de ma fille, voulu l'abandon où je suis.Ce serait trop, trop!\u201d Et, retombant, les bras jetés sur ce qu\u2019elle venait d\u2019écrire, la tête dans ses bras, elle sanglotait, elle aussi désespérée : 474 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u2018\u201c\u2014Oh ! la vérité, la vérité.!.savoir la vérité.\u201d Et ce fut un moment terrible.Marianne s\u2019absorba dans ce souvenir, et moi, très émue aussi, je restai, comme elle silencieuse.Au bout d\u2019un temps, elle reprit, baissant la voix et rapprochant sa chaise : Pourtant, mon avis est que si notre dame a écrit tout cela, elle n\u2019a peut-être pas eu tort et que ce qu\u2019elle a mis là-dedans pour que je vous l\u2019apporte, d\u2019autre auraient donné beaucoup pour avoir.Ecoutez encore, je n\u2019ai dit ceci et je ne le dirai qu\u2019à vous : Quelques jours- après l\u2019enterrement de la défunte, M.et Mme Monti-Ville, comme le jour que vous les avez rencontrés, étaient chez nous et causaient devant la cheminée avec notre Suzanne, qu\u2019ils voulaient décider à repartir avec eux pour Paris, le soir même\u2014ce qu\u2019elle a fait, du reste.\u2014A-t-elle eu tort, a-t-elle eu raison?.Qu\u2019est-ce que vous voulez, Madame, je l\u2019ai laissée en décider.Rien ne la retenait ici, tout était fini, la huitaine était dite.La maison était relouée.Ainsi l\u2019avait désiré la défunte.J\u2019y dois demeurer, afin que si quelque chose arrive à notre Suzanne, elle puisse avoir un coin pour se réfugier et quelqu\u2019un pour la soigner.Marianne tamponna de nouveau son visage inondé de larmes, puis recommença : \u2014Je disais donc que M.et Mme Monti-Ville étaient là.Lui me dit tout à coup, de sa voix traînante et fatiguée : \u2018\u201c\u2014Qu'\u2019est-ce que faisait Mme de Mertens durant ces derniers jours?\u2018Elle écrivait.\u201d Il se tait un instant, puis demande : \u2018Où se trouve ce qu\u2019elle écrivait ?\u201d Je le regarde avant de répondre : ses yeux brillent, terribles et durs ; 11 les fixe sur moi, comme s\u2019il voulait m\u2019obliger à dire ce que je ne voulais pas.J'ai vu un jour un serpent qui, avec des yeux pareils, cherchait à paralyser un oiseau.On ne me paralyse pas moi, et de vouloir prouver cela me rend aussitôt hardie.Que Dieu me pardonne ce mensonge, je déclare, vite : \u201c\u201c\u2014A peine ayait-elle fini d\u2019écrire qu\u2019elle a tout brûlé !.\u2026.Lui me regardait toujours de la même.manière.Je savais qu\u2019il ne me croyais pas, \u2014mais qu\u2019est-ce que ça pouvait me faire, puisque j'étais sûre qu\u2019il n\u2019en saurait pas plus long! 3 im te Se andl mea A \u2014\u2014\u2014\u2014 \u2014\u2014 +\" \u2014\u2014\u2014rn-effl LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 475 Plus tard, comme sa dame et notre Suzanne allaient partir, lui revient vers moi et, faisant tinter de l\u2019or dans son gousset, 1l murmure : \u201cVous étes bien sûre, Marianne, que tout ce qu\u2019écrivait la baronne, elle l\u2019a brûlé ?Je réponds avec colère : : \u2018Ah çà! me croyez-vous de ceux qui mentent pour de l\u2019argent?Ce qui est dit est dit\u2014Voilà ! À ces mots, la dame se retourne et dit, pleurant presque de fatigue et d\u2019ennui : \u2018\u2018\u2014Ce n\u2019est donc pas fini?.Qu\u2019est-ce qu'il y a encore, Georges ?\u201d Et, sans rien expliquer, il la rejoignit.\u2014C est évidemment curieux, fis-je captivée par ces derniers détails.Que concluez-vous de cela, Marianne?\u2014Qu\u2019il y a au fond de ces choses-là des histoires terribles, Madame ! Reprise de serupules, je balbutiai : \u2014Je suis vraiment trop une étrangère pour oser interve- Elle répondit, indignée : \u2014 Vous repousseriez ce qui a été la dernière pensée, la dernière espérance de notre mourante.Vous feriez ça?.Oh! Madame ! Et cela fut dit avec tant de force, avec tant de révolte, que Je crus y retrouver l\u2019écho même de la voix de la baronne.À vivre avec elle pendant de longues années, Marianne avait retenu certainement quelques inflexions de voix de sa maîtresse et un peu de sa manière passionnée et douloureuse de s'exprimer.Cela fit que dans mon souvenir se précisa mieux l\u2019image de la pauvre femme.Je revis l\u2019expression heureuse qu'avait eue son égard et dont s\u2019était éclairé son visage ravagé, quand nous avions parlé de sa fille et que j'avais promis de m\u2019intéresser à elle.Et je songeais à trahir ma promesse, à reculer devant ce qu\u2019elle pouvait m\u2019imposer d\u2019obligations !.Je me mis à marcher nerveusement dans ma chambre.\u2014 Oui, ce qu\u2019on me demande était étrange; mais pouvais-je m'y dérober?.Je réfléchis un instant puis, d\u2019un geste résolu, ouvrant mon secrétaire, J'y enfermai le dépôt qui venait de m\u2019être confié.\u2014Oh ! serrez-le bien, mettez-le sous deux ou trois serrures ; criait Marianne, entrousiasmée de m'avoir convaincue.Soyez plus fine qu\u2019eux, que cet homme, que ces gens! 476 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u2014On ne viendra pas fouiller dans mes affaires ! fis-je en riant.Et elle, la voix de nouveau haineuse et menaçante, répliqua : \u2014I1 y a des gens capables de tout! Sa mission étant terminée, Marianne me rappela l'offre que Je lui avais faite de se restaurer.Elle accepta un peu de pain et de viande ; mais se refusa à les manger devant moi et les mit au fond de son cabas, affirmant.que ça lui ferait un peu de provision pour le chemin.\u201d Puis, son parapluie sous le bras, elle fut prête à franchir à pied l\u2019énorme distance qui la séparait de Mertens.Mais elle me supplia de l\u2019accompagner jusqu\u2019à la sortie de l\u2019hôtel, jusqu\u2019à la rue, pour se défendre de la férocité du chasseur, des rires de ceux qu\u2019elle rencontrerait et d\u2019une foule d\u2019autres dangers aussi abominables.v Le chalet que Mme Malmenet avait loué à Arcachon était situé dans les pins, sur la route du Mouleau.D\u2019épaisses haies de lauriers très hauts, très verts, emmuraient son joli jardin et l\u2019isolaient complètement d\u2019autres chalets et d\u2019autres jardins.\u2014Qui donc habite près de vous, ma chère Thérèse?fut une de mes premières questions, lorsqu\u2019à son appel je vins retrouver ma charmante amie dans sa villégiature.Elle s\u2019amusa de ma demande et s\u2019écria avec un joli rire : \u2014Que voilà bien une préoccupation de romancière !.Les chalets voilés de verdure parlent à votre imagination et vous semblent tous cacher de mystérieuses choses, comme il ne s\u2019en passe qu\u2019au théâtre ou dans les romans?.Détrompez- vous.Les trois quarts du temps, l\u2019aspect de mystère qu\u2019ils ont ne sert qu\u2019à faciliter la vie, parfaitement régulière, de pauvres malades et leur permet de respirer, à l\u2019abri des regards curieux et en tenue négligée, l\u2019exquis parfum que met dans l\u2019air le voisinage des pins et de la mer.Quand vous aurez passé huit jours ici, cette préoccupation ne vous hantera plus.Gagnée par le calme et la paix de ces lieux, vous oublierez que ces lauriers ne sont pas le bout du monde et ne chercherez à rien voir audelà.Alors ce sera pour vous une salutaire Restcure, comme chaque fois qu\u2019on perd de vue EEE EE mrt vam a ve - LA REVUE FRANCO-AMERICAINE 477 l\u2019horrible cohue qui se presse sur la terre.Du reste je crois les deux habitations qui nous sont voisines inoceupées pour le moment.Cependant, lorsqu\u2019un matin un omnibus couvert de bagages s\u2019arrêta devant la grille de Tonovio, le chalet le plus voisin, ce fut Mme Malmenet, et non moi, que cela intrigua fort.Je raillai : \u2014 Vous voilà loin de la belle indifférence que vous me prêchiez l\u2019autre jour.Elle me répondit : \u2014 Pour tout vous avouer, j'ai peur de quelques gêneurs.Nous sommes trop heureuses, cela ne peut durer.Je la calmai de mon mieux.Elle sortit.Jaurais gagé qu\u2019elle allait aux nouvelles.En effet, quelques instants plus tard, les bres levés au ciel, le visage animé, elle entrait en tourbillons dans ma chambre.\u2014Ah ! très chère, avais-je raison de m\u2019inquiéter, ce matin, en voyant s\u2019ouvrir les grilles de Tonovio!.Savez-vous par qui le chalet est loué ?.Par mes voisins de campagnes, les Battant, les Georges Battant : nous n\u2019avons plus qu\u2019à fuir.fuir.fuir.Je ne dus point paraître saisir toute l\u2019horreur de la situation, car Mme Malmenet poursuivit avec plus de feu : \u2014F'igurez-vous qu\u2019ils m\u2019écrivent, il y a quelque temps, pour avoir des renseignements sur Conchita, ce grand chalet au bord de la mer.Je leurs réponds quatre pages lffl-dessus ; style imagé, description enthousiaste, méritée du reste\u2014 et cela avec d\u2019autant plus d\u2019entrain que j\u2019espérais ainsi les décider à se loger loin de moi.et ils louent, sans m\u2019en rien dire,Tonovio, là.là.de l\u2019autre côté de ma haie!.: Finis notre paix, notre calme, ma belle.Mme Battant étant toujours malade de puis que, sur la foi d\u2019une annonce, elle a suivi un affreux régime pour se faire maigrir, a besoin de distraction et en cherche constamment.Nous allons, vous et moi, être sans cesse sur la brêche, thés, bridge, parties de bateau.Mais, au fait, poursuivit-elle à demi consolée déjà, ce voisinage va peut-être vous ravir, au contraire ! Il y a auprès de Mme Battant une jeune fille à laquelle vous vous intéressez, la petite Mertens ! \u2014 Suzanne de Mertens?\u2014J\u2019éprouvai une secousse. 478 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Si je n\u2019ignorais pas que Mlle de Mertens était toujours auprès de Mme Battant ; si, de temps en temps, Marianne me donnait des nouvelles de la jeune fille par des lettres, vrais rébus, vrais casse-tête chinois\u2014elles les faisait écrire\u2014 destinées à me rappeler ce que je ne devais pas oublier, tout en ne révélant rien de ce qu\u2019elle et moi étions seules à savoir, prise moi-même par des travaux, des voyages, j'avais quelque peu perdu de vue la mission qui m'avait été, un an et demi auparavant, confiée.Allais-je donc voir s\u2019ajouter un chapitre à cette singulière et pénible histoire?Il m\u2019en vint un battement de cœur.Un peu plus tard, je lisais dans le salon.Mme Malmenet, qui vantait beaucoup le calme de son jardin et la paix goûtée à l\u2019ombre de son mur de lauriers, mais, en réalité, ne restait jamais chez elle et n\u2019y revenait que pour en ressortir aussitôt, fit une nouvelle entrée bruyante.\u2014Oui, oui, ce sont les Battant, j\u2019en ai la certitude : je viens de voir le beau Charles !.Il installe sa femme, repart ce soir pour Paris, puis reviendra, dans quelques jours, s\u2019adonner au yachting.Sur la porte de Tonovio, on va donc pouvoir écrire : COMPLET.Il y a Mme Battant, son frère, le petit Tavoix\u2014vous savez bien, Boby Tavoix, qui s'occupe d\u2019aviation\u2014un ami de Tavoix, les enfants, deux petits êtres insupportables qui ont noms Minnie et Dicky ; leur institutrice, Mlle de Mertens qui, par parenthèse, avec eux, doit gagner le ciel.plus une foule de serviteurs.Kt avec ca, automobile, chevaux, poney, tonneau pour les enfants, phonographe, etc., etc.J\u2019en passe ! \u2014Comme c\u2019est beau la fortune !.\u2014Si nous quittions Arachons, ma belle?\u2014Comme vous voudrez ! fis-je, sachant que la proposition n\u2019était pas sérieuse.\u201c Ma réponse fut étouffée par la sonnerie du téléphone.\u2014 Bon ! Qu\u2019y at-il?Déjà Mme Malmenet était à l\u2019appareil.\u2014Allo!.Oui.libre, en effet.Pensez donc! Ici, rien à faire.Enchantée du voisinage.ravie.vais bien, merci et vous?.Ah! la, la, la, la! C\u2019est ennuyeux.Donnez-moi un quart d\u2019heure et j\u2019arrive.Mais oui, certainement.ça va de soi.enchantée.\u2014A qui parlez-vous?.\u2014 Mais à Blanche Battant ! \u2014Tiens.je croyais. LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 479 \u2014 Voyons, auriez-vous préféré que.Mais, très chère, il n\u2019y aurait plus de relations possibles, si on se démasquait ainsi!.= Et, souriante encore de ce sourire de cérémonie que certains prennent méme au téléphone, elle accrocha les rcep- teurs.| \u2018 Enfin, nous allons tâcher de tirer de la situation le meilleur parti possible, finit-elle, et faire contre mauvaise fortune bon cœur, n\u2019est-ce pas?J'acquiesçai d\u2019un signe de tête.\u2014Et nous n\u2019avons plus qu\u2019à commencer.On m'attend pour un bridge.Vous venez aussi, J'espère ?J\u2019alléguai une préférence très marquée pour une promenade au bord du bassin.\u2014Âme poétique, vous allez admirer la nature !.Prenez garde, les impressions du crépuscule sont malfaisantes ; elles favorisent les retours sur soi-même, l\u2019éveil des souvenirs, les regrets de ce qui aurait pu être et n\u2019a pas été, de ce que l\u2019on a désiré sans jamais pouvoir l\u2019atteindre.Pour ma part, je fuis ce qui dispose à ce genre de rêveries et met l\u2019âme à l\u2019envers.Après tout, peut-être faut-il avoir l\u2019âme à l\u2019envers pour bien écrire?.\u2018Adieu, charmante amie.Bon! où donc est mon petit sac?.Et pétulante, gracieuse, toujours en mouvement, Mme Malmenet me quitta, laissant de sa présence dans le salon comme une odeur de poudre à la Maréchale et ce quelque chose de gai, de sain, d\u2019heureux que semblent mettre les gens bien équilibrés là où ils vivent.Peu de temps après, je sortis à mon tour.C\u2019est vrai que le crépuscule est l\u2019heure des rêveries tristes.Accoudée sur l\u2019estacade, j'en fis une fois de plus l\u2019expérience.A l'horizon, le soleil disparaissait dans une gloire que s\u2019efforçait de faire sans rayons une méchante brume.Tantôt, les rayons perçaient le brouillard, et c\u2019était sur l\u2019eau une féerie de couleurs, de traînées lumineuses.Puis tout s\u2019éteignait pour renaître, pour mourir encore.La brume montait, tromphante, poussée par un vent humide et acre.; Serrant contre moi ma jaquette, je demeurai là cependant.Aux pilotis de l\u2019estacade, l\u2019eau se brisait en bouillonnant et des barques se heurtaient avec des bruits de chaînes.Au loin.ce fut l\u2019appel désespéré d\u2019une sirène.Une pinasse passa, et l\u2019eau frappée par les rames se gaufra de remous. 480 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u2014 Vite, Minnie, Dicky.sauvons- nous, il va faire noir! \u2014 Nous voulons les attendre ! répondirent des voix volontaires.\u2014 Vous ne savez pas quand ils reviendront et votre maman sera tourmentée.Co » \u2014 Elle a dit qu'on pouvait les attendre, elle l\u2019a dit! répétèrent les voix.Et j\u2019aperçus au-dessous de moi, sur la plage, une jeune fille en noir, traînant deux enfants de sept à huit ans, grognant et pleurnichant, accrochés à chacun de ses bras.Au même instant un canot automobile fendit le flot avec un bruit léger de soie qu\u2019on déchire.\u2014Ties voilà ! crièrent les enfants, abandonnant la jeune fille.Elles les rejoignit au moment où tous deux étaient prêts à entrer dans l\u2019eau.Le canot accosta plus loin.\u2014Allons-y !.faut-y aller?.maman l\u2019a dit.La jeune fille s\u2019y opposait.\u2014II faut rentrer, je vous en prie, voyez comme il est tard ! disait-elle avec force.* Lies enfants lui échappérent.Grimpant l\u2019escalier de l\u2019estacade, ils coururent en avant.\u2014Je sais où il faut aller pour les voir.tant pis si vous ne suivez pas.Viens, Dicky, cria la jeune fille.L'institutrice les poursuivit, et je ne vis plus rien.Bientôt, quittant l\u2019estacade, je rentrai à pas lents.Lorsque je fus à la hauteur de l\u2019église, je vis un groupe bruyant déboucher d\u2019une rue.Je reconnus Mlle de Mertens et ses élèves.Ils accompagnaient deux jeunes gens, dont l\u2019un portait des poissons dans un filet et marchait devant, avec, suspendue à son bras, la petite fille , laquelle sautillait et disait à tout venant : \u2014 Oncle Boby a pris des poissons.il a pris des poissons\u2026 Derrière venait l\u2019autre jeune homme, celui-ci faisant de visibles efforts pour régler son pas sur celui de l\u2019institutrice.(A suivre) LA SOCIETE DE LA REVUE FRANCO-AMERICAINE 27 RUE BUADE, QUEBEC. TABLE DES MATIERES PAGES ANGLICISATION (L'\u2019) et ses luttes d\u2019après l\u2019histoire du Canada, Charles Dupil.Be 32 Assurance (L\u2019) fraternelle et ses garanties de succes.J.L.K.-La- LOL A 162 AUX DAMES FRANÇAISES DE LA CROIX ROUGE (Poésie).Stephen Liegeard.321 B Bravo ! LES FRANCO-AMÉRICAINS.1112202010 LLLLLLLLLLLLL Le 13 Colonie franco-américaine d' Estcourt.15 Chemin de fer de Québec et ile d'Orléans, Jean Colon.19 BaGuE (La), Poésie.Francois Coppée.Si BisriograrHIE:\u2014L\u2019Ile de France contemporaine.398 Restons chez-nous.aan 399 C CRÉDIT (LE) FONCIER CANADIEN.00.191 La colonie d\u2019Estcourt.a LL LL LL Le 193 Le chemin de fer de Québec et de I'Tle d'Orléans.198 MM.Auger & Lefebvre.Jean Colon.202 Ce qui ne dure pas, (saynète).Henri Lavedan.253 D PAGES DEVANT UN CALVAIRE (Poésie).Louis Tiercelin.241 E En pEux Mors (Roman).Champol.70-142-226-309 H HISTOIRE FRANCO-AMERICAINE.tiie iia nee 261 L LE BOIS, VOILA L\u2019ENNEMI ! Etude d'économie sociale et politique.Fr.Th, Couet, O.P.iia 334 LE PONT KErLo (Poésie).Auguste Brizeuzx.69 LA PROVINCE DANS LE ROMAN.Réné Bazin.170 LES ÉTRENNES DE MON ONCLE (Monologue).Jeanne Cotinet.223 LA COLONIE FRANCO-AMÉRICAINE D'ESTCOURT.Jean Colon.348 LA FRANCE VUE DE L'ILE DE FRANCE.Hervé de Rauville.\u2026.355 LA FORCE CACHÉE (Roman).Jean Thiery.378\u2014462 L'ARBRE (Poésie).Marc Legrand.ee 401 P POLITIQUE (LA) DANS LE RHoDE IsraxD\u2014Un candidat américain.J.L.K.-Laflamme.iii.7 PAGES OUBLIÉEs:\u2014Le bien qu\u2019on a dit des enfants (Berçeuse).Clo- thilde de Surville.ee 61 L'Amour paternel.Douchmanta.62 Jouez, enfants! V.Hugo.LL anna aa aan 62 Souvenir, Edgar Pol.i.63 Adam et Eve, H.de Balzac.63 Les nombreuses familles, Montesquieu.64 Les yeux de la mère, À.de Lamartine.64 Le petit savoyard, Alexandre Giraud.64 Le mal qu'on a dit des enfants.65 Pauvres poupées | P.J.Stahle.65 Vœu d'égoïsme, Montaigne.66 Psychologie enfantine, La Bruyere.67 L\u2019agneau et le verger, Mme Desbordes-Valmore.67 Filles et garcons, Alphonse Karr.68 L\u2019éducation, J.J.Rousseau.69 La nuit tragique (conte pour Noé&l), Camille Saint-Saens.135 Le bon fonctionnaire récompensé (conte pour le réveillon), Alphonse Allavs.LA A ea da ea de das a a ae ea eee 138 Politique canadienne-frangaise, Paul Gérard (I).186 Pin Sauvage (Le); Réné Bazin.cooiiii ii.412 Politique canadienne-frangaise, Paul Gérard (II).417 Q QUESTIONS ACTUELLES:\u2014L assimilation dans la Nouvelle-Angleterre.J.L.K-Laflamme.0.iii.243 QuEsTIoN (LA) DES LANGUES ET L\u2019ÉPISCOPAT DANS LA NOUVELLE- ANGLETERRE.J.L.K.-Laflamme.324 Rr REevEs amBITIEUX (Poésie).Josephin Soulary.31 REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES (Léon Kemner)\u2014La statistique vitale et nos compatriotes d\u2019Ontario.0202000001 caca ee 41 La langue et la nationalité.aa 42 Curiosité littéraire.ci 44 La population frangaise aux Etats-Unis.46 Relations canado-américaines.aa LL 114 Le gouverneur Pothier.LL.115 A propos de sociétés neutres.220000eL casa eee 117 Les oubliés aux fétes de Québec.a , 119 Les élections canadiennes.a 120 FeulJ.B.Rouilliard.122 Etudions notre province.124 Un mois tragique.oooii 0 LL La aa aa ae 205 Les franco-américains du Maine.:.206 Les franco-américains du Connecticut.209 Des vers de Frangois Coppée.Loom La politique anglaise.a.272 | \u2018 Les juifs et les socialistes en Autriche.; co.274 Le francais sera la langue internationale.5 .278 : Le miracle canadien.CL .280 \u201c , Mort du cardinal Lecot.\u2026.281 in qe En Belgique : le succès des catholiques.LL.a 28%\" : a e N L\u2019évêque de Burlington.285,,, na L\u2019émigration dans I\u2019Amérique du Nord.360 PAGES Les catholiques aux Etats-Unis.0000004 4 see cannes es 362 Le centurion.1000200000 004 a as aa aa ae ea ea ee a eee eee 364 Lendemain de catastrophe.i 366 Alcool et Littdrature.«ooo aa ea Lea aa eee 368 L\u2019embassadeur Bryce et les traités.370 La défense du frangais en France.371 L'Irlande Amérique.o.oo eee ee aan 374 Mieux que I'Extension Society.375 Mgr.Bruchési et la question des écoles.376 La colonie d\u2019Esteourt.o La a aa aa aa e ee 376 La politique dans la Province de Québec.ee 434 L\u2019Idéal franco-américain.o.oo 436 La France immortelle.o.oo ea ee a ae sa ee eee 439 La mutualité française.00244040 4e esse aa e a as ae 443 Le Gaélique et l\u2019université irlandaise.- LL LL ee 444 Les catholiques dans les pays de langue anglaise.446 S SONNETS DE CHAssE (L'ouverture)\u2014L\u2019écumeur de sillons\u2014Fusil neuf (Poésie), Arséne Vermenouze.i.5 SocrÉTÉ (LA) DE SECOURS MUTUEL ET L'ASSURANCE-VIE.J.L.K.- SAMUEL DE CHAMPLAIN (Conférence).James P.Baxter.94 SCENE D'INTÉRIEUR (Poésie).André Theuriet.161 U ULTRA AMÉRICAINS (LES) et les missions catholiques au Japon.J.L.K -Laflamme.\u2026.000200000 4e as ane ea en es ana aa aa sec 6 403 UNE PAGE D'HISTOIRE FRANCO-AMERICAINE.\u2014Un rapport de M.Carroll D.Wright.J.G.Leboutillver.URE 423 V f VOILA LES ANCETRES (Revuette).Jean Valter.25 VIEUX ARTICLES ET VIEUX OUVRAGEsS:\u2014Raisons qui militent en faveur du choix d\u2019un évêque franco-américain à Fall-River.49 Notes biographiques sur Messire P.J.B.Bédard, P.U.Vaillant.A A A A A a RL ae a a Lee 126-212-287 oo son = pbs Er: oe dE .: A irs ee ey a.JN 2200 PRIE FPP = \u2014 Pre \u2014 = etre nla = ie oe Yea \u2014n es a os or STAT cs se = a ==>, = fa 2 po SR ess >= = pm Che ee eakeSe ses 2e sata SEES pa Seti 3a TY 7525 es 2 pes $ rip oo \u201cem a es = = Fay - » = * = 7 24 Bi A.= - == par iE pus - 1908 * 7811 [] .A No Revue franco-americaine Auteur Titre \u2014 Re - TH A Æ Ria {or pd detre 7 ax Done ET 2 Cri EE & = & \u20ac \u2014 = Zz 2 a ste LR px.AR.RS ay: ck 2 SO - Bow SPENT ny LEI 200.0 Te GD YW CREB ~NEW P-GP Gane AF "]
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