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Titre :
La revue franco-américaine
Éditeur :
  • Québec :Société de la Revue franco-américaine,1908-1913
Contenu spécifique :
Cahier 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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La revue franco-américaine, 1912-05, Collections de BAnQ.

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[" + + | Tome IX \u2014No 1 ; | La Revue ranco-Américaine Publication mensuelle illustrée Mai 1912 | SOMMAIRE: Ni PAGES \u2018 GASTON de SIRVEY \u2014Printemps et Vieillesse (poésie).5 JEAN BOUFFARD \u2014 Historique de la propriété privée dans la province de Québec sous la domi- ; nation francaise.EMMANUEL DENARIE \u2014Troptot- Trop tard.23 Vte F.de FRONSAC (VI) -\u2014\u2014La Nation Franco-Normande au Ca- 4 nada.iii e eve 30 i Dr HENRI LASNIER \u2014Education ou Culture physique.43 | VALENTIN A.LANDRY \u2014Voixd'Acadie.50 | XX \u2014La Question du Maine.63 J-L.K-LAFLAMME -Les Canadiens du Maine.79 i ROMAN, ETC, i } + PRIX DU NUMÉRO: 20c ! PRIX DE L\u2019ABONNEMENT : $2.00 PAR ANNEE.i.DIRECTEUR J.-L.K-LAFLAMME MONTREAL | SOCIETE DE LA REVUE FRANCO-AMERICAINE MCMXIL a - .| Cha 22 me ee Ee am mensuelle illustrée, est pu LA REVUE FRANGO-AMERIGAINE, \u201cééeasnei mentrouce ; zaine de chaque mois L'abonnement cst de deux piastres ($2.00) par année.Toujours faire tomber le renor vellement pour le ler mai.L'abonnement, invariablement payabie d\u2019a: vance, devra étre fait par billet de banque [lettre recommandée}, par mandat de poste ou d\u2019express, par chèque payable à l\u2019ordre de la Revue Franco-Améri- caine et au pair à Montréa ou par bon postal.Quand on se sert de son chèque personnel, ajouter 15 cents pour l\u2019échange.\u2026 Pour changement d'adresse, mentionner l\u2019ancienne, écrire bien lisiblement la nouvelle, et joindre 10 centsen timbres-poste.Taux d'annoncer: 20 cents par ligne agate.Pour contrats d\u2019annonces, s'adresser à: LA REVUE FRANCO-AMERICAINE, 2487 case postale, Montréal.v Nous avons encore quelques séries complètes de la REVUE à vendre reliées et non reliées.DEMANDE Z NOS PRIX | S'il vous manque quelques numéros pour compléter votre série, c\u2019est encore ici qu\u2019il faut s\u2019adresser.- La Revue Franco-Américaine.Savez-vous que la REvUE FRANCO-AMÉRICAINE, la plus belle, la mieux illustrée, sort des presses de L'IMPRIMERIE BILAUDEAU - 197 EST, RUE NOTRE-DAME MONTREAL Avez-vous des travaux à faire faire?Oui, n\u2019est-ce pas?Alors, venez donc nous voir.\\ fol.\\\\ La Revue Franco-Américaine Ap prs addin tle tility \u2014 ae ee: + cls.rere ei po S= ere ey Beery SE Printemps et Vieillesse ! Est-il vrai ?Contre ma coutume i Jai laissé s\u2019éteindre mon feu! E Après tant de longs jours de brume i: Le soleil rit dans un ciel bleu.En m\u2019accoudant a la fenétre, Heureux de le voir apparaitre, J'ai salué son gai retour : Il brille.et réjouit la terre! Oh! si sa chaleur salutaire Me rajeunissait à mon tour! Que j'en ai vu de ces journées, Riante annonce du printemps, Pendant les nombreuses années 1 Qu\u2019emportait la marche du temps ! C'était, d\u2019abord, lorsque l\u2019enfance Voyait avec impatience Naître et mourir un an de plus Et s\u2019égayait de la pensée Qu\u2019une saison déjà passée Fuyait, avec ses jours perdus ! Grandir! avancer dans la vie Pleine de mystère et d\u2019espoir ; Epanouir l\u2019Âme ravie Que n\u2019assombrit nul voile noir! ; N'est-ce pas une joie immense j Que l\u2019éveil de intelligence Devant un si vague horizon?Elle s\u2019étend, croit, se recueille, S\u2019ouvre soudain.comme la feuille Qui s\u2019élargit sous un rayon. pp PV LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Aux jours radieux de jeunesse Le printemps nous prodigue encor Plus d\u2019illusions et d\u2019ivresse ; Il fait naître cent rêves d\u2019or.Mais du temps la marche rapide Les disperse au loin dans le vide, Comme un torrent dévastateur Qui ruinant tout, sans ressource, Emporte en sa fatale course Le chêne superbe et la fleur ! Bientôt avec l\u2019âge mûr, cesse Le désir de voir fuir le temps ; Et c\u2019est avec quelque tristesse Qu\u2019on accueille chaque printemps.On sent pourtant encor son charme ; Mais une fugitive larme Semble évoquer le souvenir, En notre âme, déjà lassée, De cette jeunesse passée Qui ne doit jamais revenir ! Alors qu\u2019en approchant du terme Sur la terre on ne compte plus, Ne voit-on pas d\u2019un œil plus ferme Les jours et les ans révolus ?Plus haut et plus loin on aspire.Du printemps l\u2019éternel sourire, Image de l\u2019Eternité, Dans sa splendeur large et féconde Nous fait rêver à quelque monde Que Dieu nous garde en sa bonté! Gaston de Sirvey.DC IP PIR ITI TIA FV HA To Historique de la propnété privée dans la province de Québec sous la domu- nation française À la différence de la France, où, comme le fait remarquer sir L.H.Lafontaine, dans son jugement sur les questions seigneuriales, les titres des propriétés publiques et privées se perdent dans la nuit des temps, nous connaissons dans notre pays la date à peu près exacte où cette partie du Nouveau Monde fut incorporée au Royaume de France.En effet, notre histoire du Canada nous enseigne que le 24 juillet 1534, le célèbre navigateur Malouin Jacques Cartier, lors de son premier voyage, prit possession de cette partie du pays qu\u2019il venait de découvrir, au nom du roi de France, en faisant solennellement planter à l\u2019entrée du port dans le Bassin de Gaspé une croix haute de trente pieds sur laquelle était écrit en gros caractères : \u201c Vive le Roi de France!\u201d | Nous savons encore que lors de son second voyage, en 1535, le grand navigateur voulant toujours étendre le royaume de Dieu et de son roi, et continuer ses découvertes, vint prendre possession du territoire environnant la bourgade d\u2019Hochelaga, du sommet de la montagne qu\u2019il appela Mont-Royal.A ce sujet, c\u2019est bien ici le temps de reproduire le témoignage d\u2019admiration rendu à Cartier par Léon Gérin, l\u2019auteur des \u201c Navigateurs français,\u201d rapporté dans Dionne, \u201c Jacques-Cartier,\u201d p.67 et 68.\u201c Le voilà donc le grand homme, car ce nom lui appar- \u201c tient à bon droit; le voilà donc à Hochelaga, le terme de \u201c ses vœux et de ses recherches.Ici tout le charme et l\u2019en- \u201cchante.Son enthousiasme lui représente cette terre \u2018\u201c comme française et chrétienne, il la conquiert du regard à \u201c son pays et à sa religion.\u201d it 658 8 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Nous savons encore qu\u2019en descendant d\u2019Hochelaga pour revenir à ses quartiers de la rivière Ste-Croix, il fait une autre prise de possession en plantant une croix sur une des îles à l\u2019embouchure de la rivière de Fouez (aujourd\u2019hui rivière St-Maurice), près des Trois-Rivières.Nous savons enfin qu\u2019avant de retourner en France, au printemps de 1536, il fit planter, le 3 mai, sur les bords de la rivière Ste-Croix, aujourd\u2019hui la rivière St-Charles, en face de la bourgade de Stadaconé, une croix haute de 35 pieds, portant l\u2019écusson fleurdelisé et l\u2019inscription : \u201c\u201cFran- ciscus primus Dei gratia, Francorum rex, regnat.\u201d Voila des actes de prise de possession bien solennels au point de vue historique, mais qui ont aussi une portée juridique bien considérable.En effet,on considérait à l\u2019époque de ces grandes découvertes que le souverain au nom duquel elles étaient faites, pouvait, d\u2019après le droit des gens reconnu dans le temps, les incorporer à son domaine.Et c\u2019est, en effet, ce qui a eu liu pour tout le territoire de 1a Nouvelle-France.Nous pouvons donc dire que le titre du roi de France a ce nouveau domaine, ce sont les actes de prise de possession faits en son nom par Jacques Cartier, et nous en connaissons les différentes dates.La Province de Québec, fait partie de cet immense territoire appelé autrefois la Nouvelle-France, et acquis au roi par les découvertes et les prises de possession faites en son nom par Jacques Cartier et ses successeurs.On peut diviser en quatre périodes distinctes sous la domination française l\u2019histoire de la propriété privée dans la province de Québec : Ie PERIODE\u2014AVANT LA COMPAGNIE DES CENT-ASSOCIES La première autorité donnée par le roi de France de concéder des terres dans la Nouvelle-France est contenue dans la commission royale du I2 janvier I598, donnée au marquis de La Roche, nommé vice-roi ès-dit pays : Cette commission donnait au sieur de la Roche le pouvoir \u201c d\u2019icelles terres faire bail, pour en jouir par ceux à ~~ AN \\ LA PROPRIÉTÉ PRIVÉF DANS LA PROVINCE DE QUÉBEC 9 \u201c\u201c qui elles sont affectées et leurs successeurs en tout droit \u2018\u201c de propriété, à savoir aux gentilshommes et ceux qu\u2019iljuge- \u201c ra gens de mérite, en fiefs, seigneuries, châtellenies, com- \u201c tés, vicomtés, baronnies et autres dignités relevant de \u2018\u2018 nous\u2026 à telles charges et redevances annuelles, qu\u2019il avi- \u201c sera, dont nous consentons qu\u2019ils en demeurent quittes \u201c pour les six premières années.\u201d Cette entreprise ne réussit pas, et il en fut de même de toutes celles qui suivirent jusqu\u2019à l\u2019octroi de la charte dela compagnie des Cent-Associés, ou compagnie de la Nouvelle- France, accordée le 29 avril 1627 par le cardinal Richelieu, ministre de Louis XIII, et confirmée par le roi le 6 mai 1628.: Il y eut cependant avant cette charte de la compagnie de la Nouvelle-France, quatre concessions seigneuriales faites dans la Nouvelle-France, sous le gouvernement des vice- rois.La premiére est la concession de la seigneurie du Sault- au-Matelot accordée par le Duc de Montmorency, vice-roi de la Nouvelle-France, le 4 février 1623, en faveur de Louis Hébert, le premier colon canadien, et confirmée, le 28 février 1626, par le Duc de Vantadour, successeur du Duc de Montmorency.C\u2019est dans ce fief que se trouvent aujour- d\u2019hui le séminaire de Québec et l\u2019Université Laval.La seconde serait une concession au Cap Tourmente- faite en 1624, à Guillaume de Caen.Cette concession fut révoquée par la Compagnie de la Nouvelle-France.Il n\u2019y a aucune trace de cette concession dans nos archives.Moreau de St-Méry, lois et constitutions françaises de l\u2019Ameri- que Vol.I, p.48.La troisième concession est la concession faite, le même jour que la concession du Sault au Matelot, au même Louis Hébert, par le Duc de Vantadour d\u2019une seigneurie sur la rivière St-Charles, connue sous le nom de St-Joseph.La quatrième est la concession de la seigneurie de Notre- Dame-des-Anges, faite aussi par le Duc de Vantadour aux Pères Jésuites, le I0 mars I626 et confirmée par la Compa- a 5 i Ph STE 10 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE gnie de la Nouvelle-France, le 15 janvier 1637 et le 17 janvier 1652.2e PERIODE\u2014LA COMPAGNIE DES CENT-ASSOCIES\u2014 1627 A 1663 Nous voilà arrivé à cette période de notre histoire où la Nouvelle-France fut mise sous un gouvernement régulier, connu dans l\u2019histoire sous le nom de gouvernement-pro- priétaire, par l\u2019octroi de la charte de la compagnie de la Nouvelle-France, en 1627 et 1628\u2014et voici à ce sujet ce que dit sir L.H.Lafontaine, dans son jugement sur les questions seigneuriales.\u201c Que l\u2019on ne perde pas de vue ce fait important que le \u201c contrat dont il s\u2019agit n\u2019était pas un contrat ordinaire, sem- \u201c blable à celui qui intervient entre de simples particuliers, \u201c et dont l\u2019inexécution donne seulement lieu à des domma- \u201c ges intérêts qui se résolvent en une somme de deniers se- \u201clon l\u2019appréciation des juges ordinaires.Le contrit de \u2018\u201c 1627-1628, n\u2019avait pas un caractère aussi privé, aussi li- \u201c mité.Il avait une plus haute portée, son but était plus \u201c grand, plus élevé.Le Roi ne contractait pas uniquement \u201c comme seigneur possesseur d\u2019un Franc-Alleu, au profit \u201c d\u2019une centaine d\u2019individus, pour n\u2019en faire que de simples \u201c vassaux, seulement tenus à la foi et hommage, et à la \u201c prestation \u201c d\u2019une couronne d\u2019or du poids de huit marcs, à \u201c chaque mutation de Roi\u201d; non, l'on ne doit pas rapetis- \u201c ser ainsi le caractère du contrat solennel de 1627-28.Il \u201c était à la fois privé et public ou politique : privé sous des \u201crapports bien restreints, mais public ou politique sous \u201c tous les autres.C\u2019était une Charte, dans laquelle le Roi \u201c parlait comme Souverain, comme législateur, donnant \u201cune constitution, une nouvelle forme de gouvernement à \u201c cette portion du Nouveau-Monde, et y établissant en même \u201c temps l\u2019institution féodale.C\u2019était de sa part un acte de \u201c Ja puissance publique dont il était revêtu, acte qui est \u201c qualifié du titre de \u201cl\u2019Edit de l\u2019Etablissement de la \u201cCompagnie\u201d dans les monuments législatifs et adminis- \u2018\u2018tratifs que nous a laissés la domination française.\u201d \u2014À 4\" LA PROPRIÉTÉ PRIVÉE DANS LA PROVIMCE DE QUÉBEC 11 La Compagnie de la Nouvelle France était donc créée en - Même temps propriétaire de la Nouvelle-France et gouvernement de la colonie.Elle participait de la puissance publique du Souverain qui l\u2019avait créée et pouvait donc disposer des choses du Domaine dans les limites de son gouvernement comme le roi lui-même.En vertu de la clause IV de sa charte, elle obtenait \u201cen \u201c\u201c toute propriété, justice, et seigneurie, le fort et l\u2019habitation \u201c de Québec, avec tout le dit pays de la Nouvelle-France, \u2018\u201c terres, mines et minières pour jouir des dites mines, con- \u201c formément à l\u2019ordonnance des ports, havres, fleuves et ri- \u201c vières, étangs, isles, islots, et généralement toute l\u2019éten- \u201c due du dit pays au long et au large, tant et si avant qu\u2019ils \u201c pourront étendre et faire connaître le nom de Sa Majesté.\u201d Par la clause V la compagnie obtenait le droit \u201c d\u2019amé- \u201c liorer et aménager les dites terres, ainsi qu\u2019ils verront \u201c être à faire, et icelles distribuer à ceux qui habiteront le \u201c dit pays et autres, en telle quantité et ainsi qu\u2019ils jugeront \u201c à propos.\u201d | - OBJETS POUR LESQUELS LA COMPAGNIE DES CENT- ASSOCIES FUT CREEE On a vu précédemment qu\u2019avant l\u2019établissement de la compagnie des Cent-Associés en 1627, aucune tentative de colonisation n\u2019avait réussi dans la Nouvelle-France, bien qu\u2019en fait il y avait eu quatre concessions de terres, en seigneurie, faites avant cela sous le gouvernement des vice- rois.Par l\u2019établissement de cette compagnie, le roi avait deux objets en vue : Amener les peuples indigènes à la connaissance du vrai Dieu, et la colonisation de ce grand pays : \u201c Le roi continuant le même désir que défunt roi Henri \u201c le Grand, son père, de glorieuse mémoire, avait de faire \u201crechercher et découvrir ces pays, terres et contrées de la \u201c Nouvelle-France, quelques habitants capables pour y éta- \u201c blir colonie, afin d\u2019essayer avec l'assistance divine d\u2019a- \u201c mener les peuples qui y habitent à la connaissance du 12 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u2018 \u201c vrai Dieu, les faire policer et instruire à la foi et religion \u201c catholique apostolique et romaine ; Monseigneur le cardi- \u201c nal de Richelieu, chef et surintendant général de la na- \u201c vigation et du commerce de France, étant obligé par les devoirs de sa charge de faire réussir les saintes inten- \u201c tions et desseins des dits seigneurs rois, avait jugé que le \u201c seul moyen de disposer ces peuples à la connaissance du \u201c vrai Dieu, était de peupler le dit pays de naturels fran- \u201c çais, catholiques, pour leur exemple, disposer ces nations à \u201c la religion chrétienne, à la vie civile, et même en y éta- \u201c blissant l\u2019autorité royale, tirer des dites terres nouvelle- \u201c ment découvertes quelqu\u2019avantageux commerce pour l\u2019u- \u201c\u201c tilité des sujets du roi (préambule de l\u2019édit d\u2019établisse- \u201c ment).\u2018\u201c C\u2019est pourquoi, après avoir examiné diverses proposi- \u201c tions sur ce sujet, et ayant reconnu n\u2019y avoir moyen de \u201c peupler le dit pays, qu\u2019en révoquant les articles ci-devant \u2018accordés à Guillaume de Caen et ses associés, comme \u2018 contraires à l\u2019intention des rois, notre dit seigneur le \u2018 cardinal a convié les sieurs de Roquemont, Houel, Latai- \u201c gnant, Dablon, Duchesne et Castillon, de lier une forte \u201c compagnie pour cet effet.Ce qu\u2019ayant été par eux effec- \u201c tué, ils ont promis à nous dit Seigneur le Cardinal de \u201c dresser une compagnie de Cent-Associés et faire tous \u201c leurs efforts pour peunler la Nouvelle-France dite Canada, \u201cetc.\u201d (Edit d\u2019établissement de la Compagnie.) La compagnie fut donc formée, et, entre autres obligations, elle avait celle de faire passer au pays, deux à trois cents hommes de tous métiers dès l\u2019année 1628 et d\u2019en augmenter le nombre jusqu\u2019à trois mille, de l\u2019un et de l\u2019autre sexe, dans quinze ans ; les y loger, nourrir et entretenir de toutes choses nécessaires pendant trois ans seulement, lesquels expirés, les dits associés étaient déchargés de leur nour- \u2018 \u2018 \u2018 \u2018 6 1 _ riture et entretien, en leur assignant la quantité de terres défrichées suffisantes pour leur subvenir, avec le blé nécessaire pour les ensemencer la premiere fois, en telle sorte qu\u2019ils puissent de leur industrie et travail subsister au dit pays et s\u2019y entretenir par eux-mêmes. \u2014 LA PROPRIÉTÉ PRIVÉE DANS LA PROVINCE DE QUÉBEC 13 Pour cela la compagnie recevait en toute propriété justice et seigneurie tout le pays de la Nouvelle-France, comme un grand fief à la seule charge de la foi et hommage, et une couronne d\u2019or du poids de huit marcs, à chaque mutation de roi._ La compagnie, en vertu de sa charte, obtenait le droit d\u2019améliorer et aménager les dites terres et les distribuer aux habitants du pays, en telle quantité jugée nécessaire.Malgré le nombre assez considérable de concessions en seigneuries que la compagnie des Cent-Associés fit pendant son administration du domaine de la Nouvelle-France, de 1627 à I663, elle n\u2019avait pas rempli le but pour lequel elle avait été créée, à savoir, de coloniser le pays, et dans l\u2019acte d\u2019acceptation que le roi fit de la rétrocession des droits de la compagnie, en mars I663, il s\u2019en exprime ainsi : \u201cMais au \u201c lieu d\u2019apprendre que ce pays était peuplé comme il de- \u201c vait, vu le long temps qu\u2019il y a que nos sujets en sont en \u201c possession, nous aurions appris avec regret que non seu- \u201c lement le nombre des habitants était fort petit, mais même \u201c qu\u2019il était tous les jours en danger d\u2019en être chassé par \u201c les Iroquois, à quoi étant nécessaire de pourvoir, et consi- \u201c dérant que cette compagnie de cent hommes était pres- \u201c qu\u2019anéantie par l\u2019abandonnement volontaire du plus grand nombre des intéressés en icelle, et que le peu qui \u201c restait de ce nombre n\u2019était pas assez puissant pour sou- \u201c tenir ce pays et pour y envoyer les forces et les hommes \u201c nécessaires tant pour l\u2019habiter que pour la défendre, nous \u201c aurions pris la résolution de le retirer des mains des in- \u201c téressés en la dite compagnie,\u201d etc.Du mois de mars 1663, date de la retrocession des droits de la compagnie des Cent-Associés au roi, jusqu\u2019au mois de mai 1664, date de la création d\u2019une nouvelle compagnie connue sous le nom de compagnie des Indes-Occiden- tales, il n\u2019y eut que deux ou trois concessions et seigneuries faites par le gouverneur et l\u2019évêque.3e PERIODE\u2014LA COMPAGNIE DES INDES OCCIDENTALES.Cette compagnie fut formée en mai 1664 pour une période de temps de 40 années.Elle obtenait par l\u2019article XXII h W b Er Fr J .i; RE: Es Ë A i J Bi na Mi i SA A 14 LA REVUE FRANCO-AMXRICAINE de sa charte : \u201c le droit de vendre ou inféoder les dites \u201cterres, à tels cens, rentes et droits seigneuriaux qu\u2019elle \u201c jugera bon et à telles personnes qu\u2019elle jugera a propos.\u201d Et par l\u2019article XXIV : \u201c jouira la dite compagnie de toutes \u201c les mines minières, caps, golfes, ports, barres, fleuves, ri- \u201c vières, isles et islots, dans l\u2019étendue des dits pays concé- \u201c dés, sans être tenu de nous payer pour raison des dites \u201c mines et minières aucun droits de souveraineté, desquels \u201c nous lui avons fait don.\u201d Cette compagnie comme celle des Cent-Associés obtenait donc le droit de disposer des terres du domaine public et c\u2019est ce qu\u2019elle a fait effectivement.Un grand nombre de concessions seigneuriales furent faites de I664 à 1674, date de la démission de la compagnie.Bien que les concessions de terres eussent pu être faites au nom de la Compagnie, elles le furent cependant au nom de l\u2019Intendant, et surtout de l\u2019Intendant Talon, en vertu d\u2019un arrangement intervenu entre l\u2019agent général de la compagnie M.LeBarroys et l\u2019Intendant Talon.Les termes de cet arrangement sont donnés dans le 26ième article de la requête présentée par M.Le Barroys au nom de la compagnie, au marquis de Tracy, vice-roi demandant une définition exacte des droits et des pouvoirs de la compagnie.Voici ce qui était demandé par cet article : \u201c XXVI.Que des concessions qui se feront à l\u2019avenir seront *\u201c données par mon dit sieur l\u2019intendant et, tels cens et rentes \u201c qui sera par lui jugé à propos, en présence du dit agent ou \u201c commis général de la dite compagnie, au nom de laquelle \u201c tous les titres de concessions seront passés !\u201d ¢ Cet article fut accepté par le vice-roi, le gouverneur et l\u2019intendant dans les termes suivants : \u201cRien ne parait plus \u201c conforme aux intentions de Sa Majesté; ainsi il semble \u201c très juste d\u2019accorder ce qui est demandé par cet article.\u2019 Quand on connaît la politique de l\u2019intendant Talon sur ces questions de concession de terres, son intention de fonder des colonies mi-partie militaires et mi-partie civiles, à l\u2019exemple des \u201c preadia militaria\u201d des colonies romaines, | LA PROPRIÉTÉ PRIVÉE DANS LA PROVINCE DE QUÉBEC 15 On n\u2019est pas surpris de cette intervention directe du gouvernement royal dans la concession de terres sous la compagnie des Indes Occidentales.C\u2019est dans les titres de concession de ces seigneuries qu\u2019on trouve la condition imposée aux concessionnaires \u2018\u2018 de tenir feu et lieu dans sa seigneurie dans l\u2019année et de stipuler la même condition dans les concessions faites par le Seigneur à ses censitaires.\u201d La compagnie des Indes Occidentales fut revoquée par édit royal du mois de décembre 1674, dix ans après son établissement\u2014et elle fut remplacée par le gouvernement royal direct qui subsista jusqu\u2019a la fin du régime français en I760.4e PERIODE\u2014LE GOUVERNEMENT ROYAL DE 1674 A 1760 La même politique quant à la concession des terres sous le système de la tenure seigneuriale fut continuée pendant cette quatrième période.La concession des terres fut faite par le gouverneur et l\u2019intendant conjointement, aux mêmes conditions que sous la compagnie des Indes Occidentales.Un grand nombre de concessions furent faites de 1674 à 1760, date de la fin du régime français.Les conditions de ces concessions visaient surtout à la colonisation et au peuplement des terres concédées.REMARQUES GENERALES SUR LE SYSTEME DE LA TENURE SEIGNEURIALE L'institution féodale, ou le système de la tenure seigneuriale dans notre pays, date de l\u2019établissement de la compagnie des Cent-Associés.Il n\u2019entre pas dans le cadre de mon travail de faire de grandes considérations sur la valeur de ce système.Il parait cependant bien admis que pour un pays nouveau il n\u2019était de meilleur système d\u2019octroyer les terres de la manière voulue par la tenure seigneuriale, telle que constituée en Canada par les autorités françaises. 16 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE oqo a: Voici ce que disait à ce sujet Andrew Stewart, président d\u2019une commission législative chargée de faire enquête sur l\u2019administration des terres publiques, dans un rapport soumis aux Chambres en 1820 : \u201c Le système des seigneuries est propre à produire et à \u201c produit en ce pays une division égale des terres, chose favorable au bonheur des hommes, aux bonnes mœurs, aux \u2018\u2018 habitudes d\u2019industrie, à la stabilité des lois du gouverne- \u201c ment et à la force militaire du pays.\u201d Et sir L.H.Lafontaine, dans son admirable jugement sur les questions seigneuriales, apprécie le système seigneurial en ces termes - \u201c L\u2019institution féodale introduite au Canada par les rois \u201c de France, telle que modifiée ensuite par des lois spécia- \u2018les, pour l'adapter à l\u2019établissement d\u2019un pays nouvelle- \u201c ment acquis à la Couronne de ces rois, pays couvert de \u2018\u201c forêts gigantesques soumis à un climat très rude, habité \u201c uniquement par des hordes sauvages, a été regardée par \u201cdes hommes impartiaux comme éminemment calculée, \u2018\u2018 dans l\u2019origine à assurer le succès de cet établissement.\u2018\u201c En effet, dans les circonstances où la colonie de la Nou- \u2018\u201c velle-France a été fondée, on ne pouvait s\u2019attendre que la \u2018 masse des premiers colons, qui tôt ou tard devait devenir \u2018\u2018 propriétaire du sol, pit apporter avec elle d\u2019autre moyen \u201c que son énergie, et son amour du travail, pour concourir \u201c\u201c 3 jeter les fondements d\u2019une nouvelle patrie dans la Nou- \u201c velle-France.\u201d A tout événement, c\u2019est le système féodal qui a servi de base au mode de concession des terres pendant toute la domination française.La Compagnie des Cent-Associés s\u2019en est servie tout le temps qu\u2019elle a administré le domaine public dans la Nouvelle-France.Elle a fait un assez grand nombre de concession seigneuriales de I627 à 1664.La compagnie des Indes Occidentales a fait la même chose pendant toute sa durée de 1664 à 1674, et le gouvernement royal qui a succédé à la compagnie a aussi suivi la même politique et a fait un grand nombre de concessions seigneuriales de 1674 jusqu\u2019à la fin de la domination fran- wl = \u2014 apa.\u2014\u2014 ar + eo LA PROPRIÉTÉ PRIVÉE DANS LA PROVINCE DE QUÉBEC 17 caise en 1760.On trouvera dans l\u2019appendice d\u2019un ouvrage que je vais publier prochainement sur cette question une liste de toutes les concessions seigneuriales ou autres faites sous tous les différents régimes qui ont administré le gouvernement de la Nouvelle-France pendant la domination française, et aussi les quelques concessions seigneuriales faites sous la domination anglaise.Nous donnons dans cette liste, pour chaque seigneurie, un extrait du titre de concession, faisant voir à première vue à qui appartient les droits de rivières, de pêche et de mines entre la Couronne et les propriétaires des terrains ainsi concédés.DES OBLIGATIONS DES SEIGNEURS ENVERS LA COURONNE La principale obligation de ceux qui obtenaient des concessions de terre en seigneurie, c\u2019était la reddition de la \u201cFoy et hommage,\u201d véritable serment d\u2019allégeance.Cette obligation naissait à chaque changement de propriétaire d\u2019une seigneurie, à quelque titre que se produisait ce changement.Cette obligation était imposée par l\u2019article 33 de la Coutume de Paris.Pour faire la Foy et hommage, le seigneur est tenu de se rendre vers son seigneur suzerain et là \u201c pour se faire il met \u201c un genouil en terre, tête nue, sans épée et éperons, et dit - \u201cJe viens porter Foy et hommage que je suis tenu de ren- \u201c dre à cause de mon fief et seigneurie mouvant de vous.\u201d Il doit déclarer à quel titre il tient le dit fief, et requérant à ce qu\u2019il plaise au seigneur le recevoir, et ensuite faire serment de bien et fidèlement servir son seigneur.(Cugnet, Traité des fiefs, p.I).Dans les titres de concessions seigneuriales faites par la compagnie des Cent-Associés, le fort St-Louis de Québec et le greffe de la sénéchaussée à Québec sont indiqués comme le lieu où devait se rendre la Foy et hommage, et dans tous les autres titres accordés sous le gouvernement de la compagnie des Indes Occidentales et sous le gouvernement royal jusqu\u2019en 1760, c\u2019est au Château St- Louis à Québec que cette formalité devait s\u2019accomplir. 18 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Une autre obligation des propriétaires d\u2019une seigneurie, par suite d\u2019un changement de propriétaire, c\u2019était de produire sous 40 jours de la reddition de la Foy et hommage, son aveu et dénombrement\u2014c\u2019est-a-dire une description de tout ce qui est contenu dans son fief, le nom, la paroisse où il est situé, le principal manoir, le nom de ses censitaires, la quantité de terre appartenant à chacun d\u2019eux, et les cens et rentes payables par le censitaire, et la quantité de terres en culture ou autrement améliorées.(Cugnet, Traité des fiefs p.7).Cet aveu et dénombrement est un véritable cadastre de la seigneurie et très détaillé.On peut consulter dans les archives du département du secrétaire provincial les nombreux volumes où sont enregistrés les actes de\u2014Je suis parti pour Paris, C\u2019est à Paris que je veux d\u2019abord aller, Paris ! Paris ! C\u2019est Paris qu\u2019il me faut.\u2018\u2018Paris\u2019\u2019 qui chaque jour allume un soleil et éteint une gloire,\u201d\u2019 Il avait lu Victor Hugo pour la première fois de sa vie et était tombé sur l\u2019opuscule \u2018\u2018Paris\u2019\u2019.\u2019 Il était lancé sur Paris avec l\u2019impulsion d\u2019une chose inerte, il fallait le laisser aller.Demain soir nous nous rencontrerons au grand Hôtel du Louvre, Nous allons nous saluer à Rouen, voir si la couronne déposée par les Canadiens, 1l y a quelques années, au tombeau du bienheureux LaSalle, en compagnie de M, Herbette, n\u2019est pas trop fanée et s\u2019il n\u2019y aurait pas moyen de la remplacer par une autre un peu plus sincère, \u201c Puis, ajouta un de nos compagnons, il y a un vieux cheval blanc qui ne meurt pas, que j'aime toujours aller saluer à Rouen, c\u2019est le tableau de Rosa Bonheur au musée.Un vieux cheval dans un pré, regardant passer un détachement de cavalerie au loin, A côté se trouve un portrait de cheval aussi par Detaille, le fameux peintre de batailles, \u2018\u201c Ces deux petits tableaux sont le sujet d\u2019études et d\u2019observations toujours renouvelées, Pas un artiste ne visite le musée sans aller saluer cette \u2018\u201c\u201c magnifique comparaison\u2019\u2019 de deux artistes, deux talents différents, mais également célèbres, Et tu as la prétention d\u2019être artiste :\u2014Naturellement.\u2014Espèce de snob, val \u2014 (est bien! dirent les autres en chœur, nous irons le voir ton vieux cheval blanc, et la ~ Oe enceae\u201d couronne du.bienheureux, pardon, du père e EDUCATION OU CULTURE PHYSIQUE 49 Herbette, au bienheureux LaSalle.\u201d Et nous avons vécu là à Rouen deux des journées les plus précieuses de notre vie, Nous avions marché et admiré, L'esprit, le cœur et l\u2019estomac avaient eu leur aliment.Oui, disons pour terminer cette étape du voyage et ne pas nous éloigner trop de nos moutons, ce qu\u2019il faut répéter à cette classe de malade, c\u2019est la nécessité du mouvement, C\u2019est le retour à la loi de l\u2019effort physique pour reconquérir la santé, la santé qui ne s\u2019achète pas par l'argent, mais se conquiert par le chemin des sueurs, par les efforts personnels, le mouvement ; la culture physique, qui refait les organes et rappelle des facultés éteintes ; le mouvement qui ramène la vie à tel point, qu\u2019il l\u2019a fait identifier avec elle et dire aux savants: \u201cLe mouvement c\u2019est la vie.\u2019 Ramenez le mouvement aux hommes de bureau, vous leur rappellerez la santé, (4 suvwre) Voix d\u2019Acadie ISOLEMENT DE CERTAINS GROUPES La race française, la première arrivée et implantée dans l\u2019Amérique du Nord, fit de la Province de Québec son principal centre, l\u2019Acadie ayant vu ses fils dispersés comme les feuilles sous les rafales d\u2019automne\u2026 Des groupements plus ou moins nombreux s\u2019étaient formés de Français de diverses provinces, jusqu\u2019en Louisiane Et si l\u2019on considère la Province de Québec comme la grande source de ces groupements, ceux-ci forment par là- même ses affluents.Mais longtemps, longtemps, la province soeur parut iigno- rer tous ses frères, tous ses propres enfants.Se suffisant à elle-même, étant parvenue par sa persévérance et sa force à s'imposer au vainqueur, elle jouissait de la plénitude de ses droits et s\u2019administrait par ses propres lois.Elle s\u2019endormit sur ses lauriers, dans une fausse sécurité, sans se soucier des souffrances des autres Français de l\u2019Est et de l\u2019Ouest, des Etats limitrophes des Etats-Unis.L\u2019assimilateur qui toujours veille, lui, en profita pour donner libre cours à ses instincts d\u2019oppresseur.Il s\u2019était fait la main en Acadie d\u2019où partirent tous les genres de vexations par des hommes de toutes les positions élevées, soit de la hiérarchie religieuse, soit de la hiérarchie civile.De là il transporta ses opérations dans l\u2019Ouest et, presque simultanément en Ontario, après, toutefois, avoir soumis à son caprice toute la Nouvelle-Angleterre\u2014qui, étant hors du Canada, n\u2019avait pas grand\u2019chance de faire entendre ses cris de la province de Québec.En Ontario, on le vit s\u2019unir à ses plus mortels ennemis, les Orangistes, afin de dépouiller même les pères de famille de leurs droits naturels de pères. VOIX D'ACADIE 51 Malheureusement pour lui, l'Ontario se trouvait trop près de Québec, et les Canadiens-Français de cette province, peu disposés à se laisser traiter comme un vil bétail, crièrent trop fort.Québec vit sa faute et, s\u2019éveillant à demi, crut arriver à sauver la situation en convoquant un grand Congrès de la langue française, où elle rallierait tous les membres éparpillés de sa race.A mesure que ce projet prenait corps, Québec vit mieux le mal qu\u2019elle avait fait en ne soutenant pas les isolés, et, cette fois, elle se réveilla tout à fait.Elle voit, aujourd\u2019hui, la province de Québec, que non seulement son devoir impérieux était de défendre les Français opprimés, en quelque lieu qu\u2019ils fussent ; mais encore que c\u2019était une réelle nécessité pour sa propre sauvegarde.Les colons qu\u2019elle envoyait dans l\u2019Ouest, puis en Ontario, se trouvèrent noyés parmi des éléments hostiles.Quand, en nombre, ils parvenaient à fonder une paroisse, ils avaient presque toujours un prêtre de leur sang, de leur langue, qui s\u2019efforçait de maintenir en eux l\u2019amour et du pays et de la langue maternelle, les gardant par là à l\u2019E- glise catholique romaine.En dépit de la vigilance, de la fermeté de leurs guides spirituels, ils voyaient l\u2019assimilateur s\u2019allier à leurs pires ennemis, aux mortels ennemis de la religion ; et bientôt, l\u2019assimilateur s\u2019imagina que le moment de les détruire était venu, grâce à l\u2019apathie de ceux de Québec d\u2019abord à l\u2019enseignement de leur langue; celle-ci disparue, leur Foi ne survivrait pas longtemps.Tel était le calcul des Fallonistes, des Chevaliers de Colomb, du clergé de langue anglaise, des Orangistes, des Foy et autres Murphy et Fitzpatrick.Les difficultés surgissent : elles sont encore trop récentes pour qu'on les ait oubliées.Encouragé par le fanatisme d\u2019un très petit groupe d\u2019Anglais, l\u2019assimilateur rêva d\u2019écraser le français dans toute l\u2019Amérique du Nord.Il commença par mettre le grappin sur tous les sièges épiscopaux qu\u2019il put atteindre, se servant pour cela de gens à tout faire dont l\u2019ingratitude était la première vertu, comme on le vit 52 LA REVUE FRANCO-AMÉRICIANE par le fait de Mgr Ireland, élevé par charité par Mgr Crétin, Evêque français de Saint-Paul, le dit Mgr Ireland s\u2019emparant de ce siège par des moyens qu\u2019il vaut mieux ne pas qualifier ; par le siège de Burlington, illustré par l\u2019Evêque français toujours regretté par la nombreuse population française de ce diocèse, Mgr le Marquis de Goësbriant.De l\u2019énorme fortune que celui-ci avait personnellement, il resta DEUX PIASTRES à sa mort : les pauvres savent où est allé le reste.\u2014Que l\u2019on cite un seul évêque irlandais, depuis Edmund Burke jusqu\u2019au dernier qui a rendu son âme à Dieu, comparable à ce saint Evêque de Burlington, comparable à n\u2019importe quel Evêque français du Nouveau-Monde, depuis Mgr de Laval, de sainte mémoire, le premier Evêque de Québec et de toute l\u2019Amérique du Nord ! Par l\u2019intrigue, par le mensonge comme en Acadie et en certains diocèses de la Nouvelle-Angleterre et de l\u2019Ontario, l\u2019assimilateur s\u2019était introduit dans ce qui fut le bercail des Evéques de Québec.Ce travail de pénétration préludait au travail de désorganisation dont nous sommes journellement les témoins aujourd\u2019hui encore.UN MOT D\u2019EXPLICATION Je ne sais ce qui me pousse à donner, ici, une explication que d\u2019aucuns prendront peut-être pour une justification.Peu importe.L\u2019 Administration de la vaillante REVUE FRANCO-AME- RICAINE est-elle prévenue contre mes affirmations ?A-t- elle peut-être été intimidée à ce sujet?\u2014Je ne sais.\u2014 Lui a-t-on dit ou fait entendre que j\u2019exagère ?\u2014Dans les faits que j'ai rapportés contre l\u2019assimilateur clerc ou laïque, je n\u2019ai pas dit tout l\u2019odieux de ces faits, j'ai même retenu des détails pouvant ajouter à cet odieux.Les reproches faits à l\u2019Administration à mon endroit n\u2019émanent-ils pas, peut-être, de certaine personne élevée par l\u2019assimilateur, façonnée à son moule, devenue semblable à lui ?Me sera-t-il permis de dire que je signe mes articles de mon vrai nom; que, par conséquent, je veux en assumer seul toute la responsabilité ; que s\u2019il y a quelque reproche, \u2014\u2014 rr _\u2014_ VOIX D\u2019ACADIE 53 quelque blâme à décerner, on doit me les faire à moi-même ; que ma résidence est toujours à Moncton, dans ma demeure, où s\u2019imprimait l\u2019ancienne, \u201c Evangéline,\u201d où se trouvent les bureaux et les ateliers de la nouvelle, à laquelle je n\u2019ai rien à voir, mais qui peut servir à me trouver si l\u2019on me cherche.Depuis le premier article publié sous mon nom dans la REVUE FRANCO-AMERICAINE, dès que l\u2019Administration eut bien voulu accorder un certain espace aux choses navrantes d\u2019Acadie, je mets au défi qui que ce soit, Irlandais, plat valet de l\u2019assimulateur, trembleur quelconque ou compatriote même, de m\u2019accuser d\u2019avoir faussé la vérité, d\u2019avoir été violent, d\u2019avoir exagéré n\u2019importe quel fait.J'ai été assez réservé pour ne donner généralement qu\u2019une partie de ce que je pouvais et peut-être devais donner; et cette réserve, je me l\u2019imposais à cause même de la grande bienveillance de l\u2019Administration de la REVUE, afin de ne la gêner en rien.La responsabilité pleine et entière que j\u2019assume de mes écrits m\u2019affranchit de toute contrainte.Je demande à la Providence de m\u2019accorder assez de temps pour tout dévoiler\u2014et j'espère y arriver.Nos compatriotes eux-mêmes, surtout lorsque surgit la \u201ctriste affaire de notre.premier collège acadien, le collège de Memramcook, crurent que nous nous mettions en mauvaise posture en divulguant l\u2019incroyable déni de justice accompli en ce coliége contre notre sang, contre notre langue, en faveur d\u2019un élève que surpassaient plusieurs élèves acadiens.Alors aussi on nous taxa de violence, de manque de respect envers l\u2019autorité religieuse.Malgré tout, nous continuâmes : s\u2019il y eut péché, Dieu le sait et voit lesinten- tions.Aujourd\u2019hui que nous sommes retirés de l\u2019arène, le peuple comprend et il approuve notre attitude d\u2019alors.Au plus fort de l\u2019action, quand on croyait que nous marchions à notre perte, nous recevions des lettres pleines d\u2019encouragement des hommes les plus marquants, prêtres et laïcs, de tous les points du Dominion, de l\u2019Ouest, de l\u2019Ontario, des Etats-Unis, d\u2019Europe même.Je donne ici copie a i 54 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE d\u2019une de ces lettres, d\u2019un membre en vue de notre clergé, qui avait été lui-même élève en ce collège : \\ L'ACADIE PARLE ENCORE M.le Rédacteur, \u2014Bien que je vienne peut-être à la dernière heure vous dire mes impressions sur l\u2019affaire de notre collège, je n\u2019en ai pas moins suivi avec un très vif intérêt les développements qu\u2019a pris cette triste affaire.Quelques personnes ont écrit sous leur propre nom ; d\u2019autres ont préféré un nom de guerre.Il y a des temps où le peuple doit parler ouvertement, où tout correspondant doit signer de son nom ce qu\u2019il veut faire publier : c\u2019est lorsque la cause est grave et concerne chaque individu constituant la nation.Dans un cas comme le cas actuel, les défenseurs des droits de tous devraient apposer leurs noms à Jeurs écrits.Cependant, cette fois j'emploierai moi aussi le nom de plume : mais si c\u2019était nécessaire, s\u2019il y avait raison grave invoquée, je vous permettrais volontiers de divulguer mon nom.Votre première sortie, annonçant le méfait de l\u2019institution qu\u2019on croyait nôtre, a éclaté comme une bombe sur nos têtes.Le coup était terrible, et il vous fallait beaucoup de courage pour yous lancer ainsi dans l\u2019action.Mais je ne m\u2019accorde pas du tout avec ceux qui vous ont dit que c\u2019était trop violent.Probablement que je donne au mot \u201c violent \u201d un autre sens que le sien.Que veut dire \u201cviolence\u201d ?\u2014 Vous pouvez l\u2019employer dans plusieurs sens.Il signifie, si je ne me trompe, \u201c qualité de ce qui agit avec force\u201d ou \u201c\u201cqui se fait sentir avec force,\u201d etc.Sans ces qualités, M.le Rédacteur, l\u2019effet était nul, vous passiez à côté du but.Si vous eussiez écrit avec sage modération, pour employer une expression courante si vous eussiez mis des gants pour dire la vérité, l\u2019ennemi tout réjoui se fût écrié : \u201c Ces Acadiens sont de bonnes gens : ils laissent faire tout ce que l\u2019on veut.Ils sont pleins d\u2019une noble insouciance en ce qui les regarde et, comme par le passé, ils rendront le bien pour le mal.\u201d Vous n\u2019avez pas enfreint les convenances dans vos articles : vous avez dit avec vivacité des choses très dures sans » 5 VOIX D\u2019ACADIE 55 vous départir de la vraie politesse.Il suffit de vous lire pour s\u2019en convaincre.Vous avez bien dit que l\u2019Acadie est en émoi, car la gravité de l\u2019offense est ressentie par tout le peuple.Le coup mortel qu\u2019a voulu infliger à notre peuple le directeur de notre institution dépasse en cruauté l\u2019attentat commis par la dispersion.On se servait, en ce temps néfaste, des armes et des soldats ; aujourd\u2019hui on emploie des moyens plus efficaces pour replonger notre nation dans l\u2019oubli : la saxo- nisation et l\u2019assimilation, c\u2019est-à-dire la mort pour jamais du plus faible ! Vous avez entrepris une tâche extraordinaire mais doublement noble, vous avez fait entendre que vous assumiez toute responsabilité, dussiez-vous tomber : si c\u2019eût été agir contre le sentiment de l\u2019Acadie.Nous ne permettrons pas que l\u2019œuvre si bien commencée, si vaillamment conduite pour nous\u2018 défendre soit interrompue.Nous ne laisserons pas supposer à l\u2019ennemi qu\u2019il peut recommencer à faire ce qu\u2019il lui plaît.Co Je n\u2019entrerai point dans les détails ni n\u2019exposerai ce que je connais personnellement de cette institution.D\u2019autres l\u2019ont fait.Je viens simplement vous presser la main et vous dire que vous avez la nation à vos côtés.Il nous manque des hommes de cœur pour vous soutenir hautement : la question est d\u2019une si grande gravité que les principaux eussent dû être avec vous visière haute, comme vous le faites vous-même.Je ne parle pas du clergé pour qui la situation est très délicate et cependant qui parlerait s\u2019il fallait absolument en venir à ce point.Ce n\u2019est point, ici, une question de politique : tout ce qui porte le beau nom d\u2019Acadien sent que c\u2019est une question de vie ou de mort.Cette question se dresse pour tout peuple, depuis le plus haut jusqu\u2019au plus bas de l\u2019échelle sociale et personne ne peut rougir du nom d\u2019Acadien à moins que d\u2019être un traître ou un lâche : ce qui, Dieu merci, ne se rencontrera pas parmi nous, je l\u2019espère.Si nous voulons conserver notre nom et arriver à posséder nos droits, il nous faut nous lever et dire à l\u2019ennemi : \u201c Halte-là ! vous êtes allés assez loin, vous ne passerez pas!\u201d Le directeur de 56 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE notre institution a été incité à son acte par ceux qui veulent notre perte : tous ceux qui laisseraient faire seraient des lâches et nous n\u2019en avons pas parmi nous.L\u2019ennemi a toujours escompté notre timidité, notre bonté, notre patience, ne s'imaginant pas que nous relèverions la tête, ne pensant pas que nous aurions des défenseurs vigilants capables de les arrêter.Ne craignez pas de frapper quand s\u2019offre l\u2019occasion : vous êtes l\u2019organe du peuple acadien et le peuple le reconnaît.Dans la défense de nos droits nous comptons sur vous.Vous avez bien fait de dire à nos ennemis que nous sommes fatigués du rôle de dupes, de leur déclarer que nous sommes résolus désormais à la résistance.UN OBERVATEUR.Fort Beauséjour.Je l\u2019ai dit et le répète : ce n\u2019est pas le seul document de ce genre que je puisse mettre au jour.Cela démontre que nous ne sommes pas ailés trop loin, que nous n\u2019avons pas été trop violent.Quand ces questions furent soulevées par \u201cL\u2019Evangé- line,\u201d quelle que fût notre peine, nous dûmes marcher.Si les coups sont tombés sur le supérieur de ce collège, ce ne fut pas notre faute.Et lorsque la bourse d\u2019Oxford fut attribuée à un jeune homme d\u2019autre race et le moins méritant entre plusieurs autres, ceux-ci de notre sang, il fallut bien se rendre à l\u2019évidence et reconnaître que notre collège était perdu pour nous.Bien que cela me répugne, il me faut mettre au jour un fait peu connu et où certains des nôtres, on ne peut comprendre leur aberration, jouèrent un triste rôle.Peu après l\u2019acte inqualifiable que nous venons de rappeler, il y eut assemblée des directeurs de l\u2019institution : naturellement, il y fut question surtout de l\u2019émoi causé par les articles de \u201cL\u2019Evangéline.\u201d Mais ces messieurs, dans leur haute sagesse, décidèrent qu\u2019il ne fallait pas, à ce moment demander le rappel du supérieur en cause\u2014\"\u201d afin que \u201c L\u2019E- vangéline\u201d n\u2019allât pas s\u2019attribuer la victoire.\u201d Le lecteur jugera.WPI\" pr VOIX D\u2019ACADIE 57 On laissa donc s\u2019écouler bien des \u201cmois encore, durant lesquels les élèves diminuèrent dans des proportions telles qu\u2019il y eut lieu de craindre sérieusement pour l\u2019avenir du collège.On finit alors par où l\u2019on eût dû commencer et l\u2019on remplaça le supérieur.Bien que nous n\u2019ayons pas voix au chapitre, nous oserons faire observer que l\u2019épuration du corps professoral ne fut pas assez complète.Quant au nouveau Supérieur, je suis heureux de dire publiquement que c\u2019est un homme choisi, un prêtre dont l\u2019éloge est dans la bouche de tous ceux qui le connaissent.Si notre premier collège nous est rendu, c\u2019est à ce bon prêtre, digne successeur des Lafrance et des Lefebvre, que nous le devons.C\u2019est grâce à ses efforts, à l\u2019impulsion qu\u2019il a su imprimer au collège, que le nombre des élèves s\u2019accroît de jour en jour.Descendu à cent environ dans la dernière période néfaste, le chiffre de la population du collège dépasse deux cent cinquante au- jourd\u2019hui, et l\u2019on songe à construire de nouveau, les locaux étant trop exigus.UN PEU DE LUMIERE - Au sujet de notre prétendue violence, je ferai remarquer que, dans les affaires des élections du comté de Kent, je n\u2019ai pas mentionné le vol des boîtes, \u2018\u2018 avant \u2019\u2019 le jour du vote, par les soudoyés de l\u2019assimilateur.Ils pénétraient dans les maisons et, sous un prétexte quelconque, éloignaient un peu les gens, et s\u2019emparaient de ces boîtes.Quant au comté de Gloucester, si je voulais donner tous les détails de la révolte fomentée par les chefs de ce comté, ennemis jurés des Acadiens, on se rendrait immédiatement compte que j'ai été beaucoup trop modéré, beaucoup au-dessous de tout ce qui s\u2019est passé et que là encore, j\u2019ai dit à peine la moitié des faits.Je mets la main sur un numéro du \u2018\u2018 New Freeman \u2019\u2019 de St- Jean, N.B., du 3 février 1906, où, en première page, se trouve un \u2018\u2018 interview\u2019 de Mgr le comte Vay de Vaya, Evêque hongrois.La direction du journal de Mgr Casey, de St-Jean, en prenant la peine de traduire du \u201c Figaro\u2019 de Paris cet important article, le fait sien par là-même, lui donne son entière approbation. 58 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Or, l\u2019Evêque hongrois, \u2018énumérant les causes.de la perte de la Foi de ses compatriotes et, en général, de la Foi de tous les immigrants en Amérique du Nord, a soin de mentionner en tout premier lieu la \u201clangue inconnue \u2019\u2019 dans laquelle les prêtres américains enseignent la religion.Cette langue inconnue \u2014l\u2019anglais\u2014décourage et bientôt dégoûte l\u2019immigrant qui, même s\u2019il finit par apprendre cette langue par nécessité d\u2019affaires, abandonne bientôt l\u2019Eglise, puis toute pratique religieuse.Et la morale de cet article :\u2014 Pourquoi, en Acadie, en Ontario, en Nouvelle-Angleterre, nos chefs spirituels agissent-ils dans un sens diamétralement opposé à ce que réclamait Mgr le comte Vaya pour les immigrants d\u2019Europe\u2014et que semblait approuver le journal de Mgr Casey\u2014?\u2026.EN ONTARIO Durant un voyage que je fis cet hiver à Ottawa, j'eus le plaisir de rencontrer un des Inspecteurs français des Ecoles de l\u2019Ontario.Naturellement, la conversation tomba sur les Eco- les bilingues, M.l\u2019Inspecteur avait lu les articles que je publiais, le printemps dernier, dans le \u201c Moniteur\u2019\u2019 de Hawkes- bury.Naturellement encore, il s\u2019était fait une très fausse idée de ce que j'avais dit dans ces articles et, selon lui, j'étais entièrement opposé à l\u2019enseignement bilingue.Jai dit qu\u2019 \u201cau début,\u2019 l\u2019enseignement doit être donné à l\u2019enfant, de quelque race qu\u2019il soit, en sa langue maternelle : en cela, les Anglais sont nos maîtres et nous montrent que, de cette manière seulement, on peut arriver à un résultat pratique.Et cet enseignement de la langue maternelle dans la langue maternelle doit durer au moins quatre ou cinq années, Après cela, l\u2019enseignement d\u2019une seconde langue était beaucoup plus facile et plus avantageux.M.l\u2019Inspecteur était d\u2019avis que l\u2019enseignement de l'anglais dès les premières années donnerait à l\u2019enfant la bonne prononciation de l\u2019anglais.Mais là précisément gît le danger pour notre langue, Et c\u2019est une des causes les plus efficaces de la disparition du français non seulement en Ontario et dans l\u2019Ouest\u2014comme on peut s\u2019en convaincre par l'exemple de IE OOK rier iit VOIX D\u2019ACADIE 59 nos frères des Etats-Unis forcés, presque partout, de mettre leurs enfants dans les écoles publiques : grâce à l\u2019indolence des parents souvent, du mauvais vouloir de leurs guides spirituels, etc.Si je suis bien renseigné, il paraîtrait que dans la Province de Québec on enseigne généralement les deux langues dès le début, même dans les couvents, Il y a là, évidemment, une erreur monstrueuse, un danger imminent pour notre langue dans la province la plus française de toute l\u2019Amérique.En premier lieu, l\u2019enseignement simultané de deux langues à de tout petits enfants amène une surcharge, un surmenage, qui arrêtent le développement de l\u2019intelligence : tous les esprits éclairés sont d\u2019accord sur ce point.En second lieu, l\u2019anglais n\u2019offrant aucune difficulté grammaticale est bien plus facile à apprendre que le français : l\u2019enfant le constate et se dégoûte de la langue maternelle qui lui demande du travail, tandis que l\u2019autre favorise sa paresse.En troisième lieu, l\u2019attrait de la nouveauté, l\u2019esprit de contradiction qui se trouve au cœur de tout homme, poussent le petit Français à s\u2019échiner à baragouiner la langue étrangère de préférence à celle de sa mère.Dans la ville réputée si française de Québec, vous pouvez constater ce fait à chaque pas que vous faites dans la ville.De là ces affirmations récentes d\u2019Italiens et d\u2019Irlandais haut placés dans la hiérarchie religieuse : \u201c Que le français est destiné à disparaître de l\u2019Amérique du Nord.\u201d De là aussi ces paroles arrachées à Mgr Sbarretti et à Mgr Tampieri par l\u2019évidence \u201cextérieure \u2019\u2019 en nos \u201c presbytères français, en nos villages français, dans toutes les rues de Monc- ton, la ville où il y a le plus de Français des trois provinces de l\u2019Est : \u201c\u201c Mais ils ne savent plus le français, ces gens-là ! Il ne parlent que l\u2019anglais chez eux et dans les rues.Pourquoi se mettre à plat-ventre devant I\u2019Anglais, 1a-méme où nous sommes les maîtres incontestés ?\u2014Il nous en méprise que davantage! Leur raisonnement, dans les choses de la vie civile, à notre égard, est absolument le même que celui d\u2019'ull 60 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE protestant très haut placé des provinces maritimes disant à un de nos prêtres français : \u2018 Nous rions bien, nous, protestants, en voyant la platitude et les courbettes devant nous de vos Evêques ! Mince résultat de la conciliation à outrance, on eu conviendra! Mais je me hâte de reconnaître que les nobles Evêques français de Québec et du Dominion tout entier sont à peu près les seuls à ne rien sacrifier des droits de notre langue.Et si la langue française parvient à repousser les assauts qui lui sont livrés de toute part sur ce nouveau continent et par ceux-là même qui, presque tous, doivent aux Français ce qu\u2019ils sont, elle repoussera ces assauts grâce à nos Evêques et à nos prêtres français.Les K.of C.auraient-ils pu prendre l\u2019ascendant qu\u2019ils ont pris s\u2019ils ne se fussent alliés à leurs pires ennemis, les Orangistes?Est-ce qu\u2019ils*ne sont pas en grande partie responsables de la crise de race et de religion qui sévit en Ontario et partout ?\u2018\u201cL\u2019Action Sociale \u201d elle-même, dont les attaches aux K.of C.ne sont un mystère pour personne, est forcée de reconnaître le travail \u2014au moins d\u2019omission, bien que nous sachions qu\u2019il y a eu, en Ontario, celui de commission\u2014néfaste de cette société, ainsi que l\u2019a dit si vaillamment du haut de la chaire, le 30 mars dernier, le Rév.P.Doyon, Dominicain de St-Hya- cinthe.Et nous osons espérer qu\u2019il ne cédera pas aux menaces de ces énergumènes qui veulent qu\u2019il se rétracte.Il n\u2019a dit que la vérité.J\u2019ai dit que \u2018\u2018 L\u2019Action Sociale \u2019\u2019 a reconnu le travail néfaste des K.of.C.;le 3 avril courant, elle publiait en dernière page, 5ième colonne, un article du très vaillant \u2018\u2018 Patriote de l\u2019Ouest \u2019\u201d qui demande \u2018\u2018 où étaient ces fameux K.of C.lors de l\u2019injustice commise à l\u2019égard de la minorité catholique du Keewatin \u201d ?\u2014Ah! oui! ils s\u2019en fichent bien des catholiques et de leurs droits! Qu\u2019on se rappelle leur vote d\u2019une quarantaine de mille piastres pour inonder de livres anglais les écoles de l\u2019Ontario.Etait-ce au moins des livres catholiques qu\u2019ils voulaient acheter ?\u2014II n\u2019en était aucunement question. VOIX D'ACADIF, 61 Et c\u2019est là-dedans que vont se fourrer certains Acadiens, des gens qui se prétendent de la classe dirigeante chez les nôtres, et qui font montre du plus pur (!1?) patriotisme.une fois tous les cing ans ; et qui, le reste du temps, travaillent contre leurs frères aux élections ou lors des demandes de division de paroisses.Vrai, cela vous donne des nausées ! Il faut être aveugle de naissance\u2014ou plutôt aveugle volontaire : ce qui est plus inguérissable que le premier\u2014pour ne pas voir que l\u2019Irlandais est au fond de toutes les choses subversives qui ont cours aux Etats-Unis et s\u2019infiltrent déjà au Canada.La majorité des socialistes, c\u2019est parmi eux que vous les trouvez ; les principaux des dynamitards qui ont terrorisé les Etats-Unis, c\u2019est chez eux qu\u2019ils sont, et les grands chefs dynamitards, les McNamara, c\u2019étaient des K.of C.; l'avocat avait un haut rang parmi eux! Ils devaient souscrire une somme considérable pour la défense de leur Grande Association, lorsque les aveux de celui-ci ont arrété le mouvement.Les gréves : si vous cherchiez bien, vous y rencontreriez encore, en majorité, l\u2019assimilateur et ses sociétés de tortionnaires.C\u2019est à cela que nos bons Acadiens, à l\u2019exemple de nos malheureux frères de Québec, vont porter leur argent, argent perdu à tout jamais, argent qui sert contre nous, contre notre langue, contre notre Foi, argent que l\u2019on voudrait consacrer à corrompre la gustice pour sauver un ignoble et lâche assassin |\u2014 Est-ce encore de la violence ?L\u2019Irlandais, s\u2019il fournit le plus fort appoint au Socialisme, fournit aussi l\u2019appoint le plus considérable à tout ce qui bat en brèche l\u2019autorité de l\u2019Eglise de Rome.Je dis l\u2019Eglise de Rome : ils veulent, en effet, une Eglise américaniste, et un pape, fût- il anti-pape.Leurs Cardinaux subventionnent des Opéras pu« blics, et chassent nos religieuses françaises se dévouant pouf les petits Orphelins.L'archevêque Ireland trouvait que Léon XIII ne savait ce qu\u2019il disait lorsqu\u2019il condamnait l\u2019Américanisme, aussi vivace aujourd\u2019hui qu\u2019alors et renforcé du Modernisme ; auprès de Pie X, il essayait la \u2018\u2018 persuasion de l\u2019or \u2019\u2019 pour obtenir un chapeau de cardinal.Grâce à Dieu, il s\u2019adressait fort mal ! 62 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Le Ier février dernier, une dépêche d\u2019un journal anglais quelconque d\u2019Ontario nous apprenait que le curé irlandais de la très grande paroisse française de l\u2019Immaculée-Conception de Windsor, M.l\u2019abbé J.P.Downey, a notifié à ses paroissiens français \u2018 qu\u2019ils n\u2019ont pas le droit de s\u2019adresser à Rome directement ; qu\u2019ils doivent en avoir eu la permission de leur évêque, Mgr Fallon.\u201d Mgr Fallon et M.Downey \u2018savent\u2019\u2019 qu\u2019ils n\u2019ont pas le droit d\u2019empécher le plus humble, le plus petit des catholiques, de \u2018\u2018s\u2019adresser directement au Pape;\u2019\u2019 par-dessus la tête de tous les évêques, dans les affaires où la religion est en cause, Mais ne savons-nous pas que les Fallon, les Scollard, les Ireland, les Coleman, les Downey sont bien au-dessus du Pape\u2014 et de Dieu lui-même ?\u2014 Demandez cela à Mgr Carroll, évêque d\u2019Helena, il vous apprendra des choses qui renversent toute la création ! V.À.Landry. La question du Maine UNE ETUDE DE LA SITUATION PAR UN COLLABORATEUR DE LA \u2018\u2018 CATHOLIC FORTNIGHTLY REVIEW.\u201d LES FAITS JUGES PAR UN IRLANDAIS CATHOLIQUE L\u2014L\u2019INTERDIT DE PORTLAND ET LA \u2018\u2018 CORPORATION SOLE \u201d (I) Les catholiques de tout le pays ont été péniblement impressionnés, il y a quelques mois, d\u2019apprendre que Mgr Louis-S.Walsh, évêque de Portland, dans le Maine, avait Jancé l\u2019interdit contre plusieurs laïques de son diocèse.Depuis lors nous n\u2019avons vu nulle part aucune mention de l\u2019affaire dans les journaux séculiers, en dehors des journaux français de la Nouvelle-Angleterre et de quelques périodiques canadiens.La presse religieuse de ce pays a presque entièrement évité de la discuter.Néanmoins, pour ne point parler de la question qui se pose touchant le mérite intrinsèque de cet interdit, on ne saurait oublier que l\u2019affaire intéresse au plus haut degré tous les fidèles du diocèse de Portland, ainsi que ceux d\u2019autres diocèses de la Nouvelle-Angleterre où les catholiques canadiens-français sont le plus grand nombre.On ne saurait non plus fermer les yeux sur les conséquences, désastreuses pour l\u2019Eglise et la religion, qui pourront résulter des relations tendues qui existent maintenant entre l\u2019évêque et la plus grande partie de son troupeau.Ces faits donnent un aspect si sérieux à la question, qu\u2019il peut être utile dans l\u2019intérêt de la justice que les faits principaux en soient connus des lecteurs de la Revue.**x En 1887, la Législature de l\u2019Etat du Maine adoptait un acte incorporant l\u2019Evêque Catholique Romain de Portland (1) Catholic Fortnighily Review, Techny, Ls.vol, XIX, No 6, 1912 Voir article du directeur de la Revue. 64 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE et ses successeurs comme \u201c corporation simple \u201d (Corporation Sole) avec le pouvoir d\u2019acquérir, détenir et administrer tous les biens ecclésiastiques du diocèse.Cette loi fut passée sur les instances de l\u2019évêque d\u2019alors, Mgr James-A- Healy.Comme résultat, toutes les propriétés des différentes paroisses du diocèse de Portland lui furent transférées sans retard ; il devait les administrer toute sa vie.À sa mort, son successeur, le présent cardinal-évêque de Boston, hérita de tous ces biens pour les administrer à son tour, jusqu\u2019au moment où 1l fut remplacé, en 1906, par le présent évêque, Mgr Walsh.Durant tout ce temps, les Canadiens-français, qui formaient la grande majorité des laïques de ce diocèse, demandèrent fermement des pasteurs de leur race, ou au moins capables de parler leur langue.Lorsque le siège de Portland devint vacant, en 1905, ils espéraient que le nouvel évêque serait un homme de leur race et de leur langue.Au lieu de cela, ce fut Mgr Walsh, jusque-là surintendant des écoles à Boston, qu\u2019on leur envoya.Un autre prêtre irlandais fut fait vicaire-général et la majorité des \u201c con- sulteurs \u201d nommés étaient irlandais.Déjà, à cette époque, les laïques se plaignaient de l\u2019administration des biens de l\u2019Eglise et des écoles paroissiales et du fait d\u2019être complètement exclus des conseils du diocèse.On alléguait que des dettes inutiles avaient été contractées et imposées au peuple.Durant l\u2019administration de Mgr Walsh, ces plaintes ne firent qu\u2019augmenter.Autre cause sérieuse de mécontentement, le fait qu\u2019un grand nombre de paroisses importantes, où l\u2019élément français prédominait, étaient confiées à des prêtres irlandais qui ne pouvaient pas parler le français et qui n\u2019avaient que peu ou point de sympathie avec leurs ouailles; que leur langue était proscrite non seulement dans les églises qu\u2019ils avaient construites, mais aussi dans les écoles paroissiales qu\u2019ils avaient établies pour leurs enfants.Les griefs formulés à cet égard furent le sujet de remontrances adressées à l\u2019évêque, au délégué apostolique et subséquemment à Rome.Maintes et maintes fois on réclama LA QUESTION DU MAINE 65 une enquête mais toujours en vain.Alors, en vue de trouver un remède aux maux dont ils se plaignaient, les Franco- Américains tinrent successivement des conventions à Le- wiston en 1906, à Waterville en 1907, à Brunswick en 1909, a Biddeford en IOII cette dernière peu après l\u2019interdit).Ces conventions se composaient de délégués représentant les catholiques de langue française de presque chaque comté de l\u2019Etat.Un comité, nommé par elles, reçut instruction de ne rien épargner pour faire cesser les griefs dénoncés.Ce comité décida de demander à la Législature de l\u2019Etat du Maine, par pétitions, le rappel de la loi créant la Corporation Sole pour y substituer un mode différent d\u2019administration des biens temporels de l\u2019Eglise.L'activité déployée par ce comité en vue de mettre à exécution les décisions de la convention de Brunswick, semble avoir été la cause de l\u2019interdiction.La pétition qu\u2019il prépara fut signée par quatre laïques, qui s\u2019intitulaient les membres dûment autorisés du Comité Exécutif des Catholiques Français de l\u2019Etat du Maine.Elle était accompagnée d\u2019un projet de loi comportant le rappel de ce qu\u2019on appelait \u201cl\u2019Acte de l\u2019Evêque de 1887 \u201d et l\u2019incorporation séparée des différentes paroisses, qui seraient ainsi à même de se prévaloir de la permission conférée par la nouvelle loi , * * Ce projet de loi contenait douze articles, affectant deux questions savoir : (I) L\u2019abolition du mode existant de tenure et administration des biens d\u2019églises corporatives (Corporation Sole) et (2).L'établissement d\u2019un nouveau système en vertu duquel chaque paroisse, dès qu\u2019elle aurait été incorporée, devait avoir le contrôle de ses propres biens, ainsi que la propriété des biens jusque-là détenus par l\u2019E- vêque.Au mois de mars dernier, cette pétition, appuyée de la signature de 6,000 catholiques canadiens-français, fut présentée à la Législature du Maine par M.J.-B.Couture, de Lewiston, un Franco-Américain bien connu, en même temps que le projet de loi en question.Ce projet fut référé 66 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE pour examen au comité législatif compétent en la matière.Une audience eut lieu; les avocats du bill y assistaient, de même que l\u2019évêque et quelques membres de son clergé.Les représentants entendirent les arguments de côté et d\u2019autre ; l\u2019évêque lui-même dénonça le bill et les représentants des banques témoignèrent de l\u2019excellent crédit de la Corporation Sole comme emprunteur d\u2019argent.Après quelque délibération, le comité de la Législature décida de ne pas recommander le bill.Cette décision, adverse à la pétition des Canadiens-fran- çais, mettait fin à la querelle, du moins pour cette session de la Législature.Vint l\u2019ajournement des Chambres, et, le dimanche, I5 mal IQII, une lettre épiscopale, datée du 9 mai, était lue dans toutes les églises du diocèse de Portland, annonçant - que les quatre membres du Comité Exécutif des Franco- Américains, qui avaient signé la pétition avec le représentant Couture et un autre laïque, six en tout, étaient frappés de interdiction des droits et privilèges de l\u2019Eglise, ce qui impliquait naturellement la privation des sacrements la vie durant, et de la sépulture chrétienne en cas de décès, pour ne rien dire de la honte et de l\u2019opprobre qui pouvait rejaillir de là sur eux et leurs familles, non plus que du tort qu\u2019ils pouvaient en éprouver dans leurs affaires ou leur profession.\u2014 Dans cette lettre à son clergé, ainsi lue publiquement, l\u2019évêque expose comme suit la raison de son acte: \u201cNous avons, dit-il, pris cette détermination à cause du grave scandale donné par leurs différentes paroles et leurs différents actes, lors d\u2019une récente attaque contre l\u2019autorité, la propriété de l\u2019Eglise et la loi ecclésiastique dans le diocèse de Portland.\u201d Mais il ne donnait aucune explication au sujet des paroles et des actes repréhensibles dont ils se plaignait ainsi.En ce pays le pouvoir de proclamer une interdiction personnelle a toujours été exercé avec discrétion et cela, croy- ons-nous, pour le plus grand bien de l\u2019Eglise.De fait, à LA QUESTION DU MAINE Gi cet égard, dans les temps modernes, les rigueurs premières de l\u2019Eglise se sont beaucoup adoucies.Quand un certain nombre de laïques, bien connus et de bonne réputation dans leurs milieux, sont interdits publiquement et nommément, le cas est si rare et la punition si sévère, que les catholiques intelligents et impartiaux sont naturellement portés à rechercher sur quels motifs l\u2019évêque a basé sa décision et jusqu\u2019à quel point les faits justifiaient son intervention.Saint Thomas déclare que la loi, pour lier la conscience de l'individu, doit être en accord avec la droite raison.Le décret d\u2019interdiction d\u2019un évêque, comme tout arrêt, peut se juger par ce critérium.Et cela est particulièrement vrai dans le cas présent, où l\u2019intention manifeste était d\u2019empêcher la grande masse des laïques, dont les chefs étaient ainsi condamnés, de continuer l\u2019agitation autour d\u2019une question dans laquelle ils avaient un légitime intérêt, et lorsqu\u2019ils ne cherchaient qu\u2019un soulagement à ce qu\u2019ils croyaient être une injustice.Les autorités diocésaines se rendirent évidemment compte de la nécessité ou de l\u2019utilité de donner de plus amples renseignements au public à l\u2019égard de ce malheureux incident» car peu après (juin I9II) une lettre adressée au clergé du diocèse de Portland fut écrite par l\u2019évêque Walsh et publiée dans le Providence Visitor, comme justification de sa conduite.x°% La grande question qui se pose ici semble être de savoir si la conduite des catholiques canadiens-français du diocèse de Portland en demandant (a) le rappel de la loi de l\u2019Evêque (Corporation Sole) et (b) l\u2019adoption d\u2019une nouvelle loi qu\u2019ils proposaient, était tellement répréhensible, au point de vue moral, qu\u2019elle méritât le châtiment de l\u2019interdiction.Quant à la première partie de cette question, il ne peut y avoir divergence d\u2019opinion.La décision de la Sacrée Congrégation, récemment annoncée de Rome, recommande l\u2019adoption de la corporation de paroisse comme la meilleure méthode d\u2019administration des biens d\u2019église.En substance elle exige que le système des Corporation Sole soit RRR 68 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE abandonné partout aussitôs que la chose sera praticable, afin que les laïques puissent être admis à participer à l\u2019administration des biens paroissiaux.Ce que Rome a approuvé en principe, il ne pouvait y avoir crime pour les Franco-Américains à le demander.Loin d\u2019être une attaque contre l\u2019autorité de l\u2019Eglise, leurs efforts pour obtenir l\u2019abrogation de la Corporation Sole paraissent maintenant, bien au contraire, avoir été conformes aux vues de la plus haute autorité ecclésiastique, tel qu\u2019on devait le voir depuis.Plus que cela, bien avant l\u2019interdit, la tenure des propriétés d\u2019église et leur administration par l\u2019évêque exclusivement, laquelle est le principe de la Corporation Sole, avaient été abandonnées dans un grand nombre de diocèses du pays en faveur du système des corporations de paroisse, et cela, même, sur la recommandation des archevêques.Sans doute l\u2019évêque de Portland a jugé qu\u2019il y avait de bonnes raisons pour qu\u2019il gardât entre ses mains le contrôle des propriétés d\u2019église dans son diocèse au moyen de la Corperation Sole, mais la décision des archevêques doit être considérée comme ayant plus de poids.Cette décision est d\u2019application générale et ne comporte aucune exception en faveur de Portland.Ainsi les Franco-Américains ne sont donc en aucune sorte à blâmer pour avoir essayé d\u2019obtenir l\u2019abrogation de ce régime dans le diocèse.Au cours d\u2019une entrevue publiée par la Patrie, de Montréal, le 7 novembre 1911, l\u2019évêque Walsh est cité comme ayant dit que ce décret ne le lie pas.\u201cComme je Iai dit, ce décret ne me lie pas.Il y a peut-être des Etats où le décret de Rome sera efficace, je n\u2019en doute pas, mais, croyez-moi, cette loi ne nous lie pas.\u201d Il n\u2019est donné aucun motif pour l\u2019exception ainsi invoquée, et nous ne pouvons que conjecturer sur quelles raisons l\u2019évêque s\u2019appuie pour s\u2019exempter des obligations du décret de Rome.* * * Quant à l\u2019autre partie de la question, savoir : le caractère du bill proposé à la Législature du Maine, nous ne pouvons en parler avec la même faveur.La forme de corporation LA QUESTION DU MAINE 69 proposée dans le bill n\u2019a pas de contre-partie dans aucun des Etats de l\u2019Union, en autant que nous sachions, ni pour ce qui a trait à l\u2019organisation des paroisses, ni pour ce qui a trait à leur administration.Ce bill, tel que proposé, stipule qu\u2019une corporation de paroisse peut être organisée par un vote de la majorité des membres d\u2019une paroisse à une assemblée convoquée par un juge de paix sur la demande de cinq paroissiens, indépendamment de i\u2019approbation ou du consentement de l\u2019évêque.Il prévoit la création d\u2019un bureau de directeurs composé de trois membres laïques, choisi par les paroissiens, avec le curé comme président.Par cette prépondérance numérique, le bill accordait aux laïques un droit presque exclusif à la perception et à la disposition des revenus de la paroisse, ainsi qu\u2019en toutes matières de finances.Il y a d\u2019autres clauses qui, dans leur ensemble, auraient pour effet de priver l\u2019évêque et le curé de leur influence dans l\u2019administration des finances de l\u2019église et, d\u2019une façon générale, de ses intérêts temporels.Ces particularités du bill s\u2019expliquent par le fait que ses auteurs, exaspérés du traitement auquel ils étaient astreints par la Corporation Sole, voulurent faire table rase de tout l\u2019ancien régime.Malheureusement, le remède qu\u2019ils proposaient était trop radical.Il aurait pu mener à des conséquences funestes dans le cas où les affaires temporelles d\u2019une paroisse seraient tombées sous le contrôle de laïques abusés ou mal inspirés.C\u2019est dans un esprit tout à fait amical envers les catholiques français du Maine que nous faisons ces remarques.On nous permettra de formuler aussi l\u2019espoir que, quand on reviendra à la charge pour faire abolir par la Législature la Corporation Sole, on aura soin d\u2019éviter ces clauses dangereuses.+ x * L'évêque, selon nous, était donc fondé en droit à combattre ce bill.Mais il ne s\u2019ensuit pas que les efforts des Franco-Américains pour obtenir une telle législation dus sent leur attirer l\u2019interdiction.L\u2019un des objets du bill, savoir: le a 70 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE l\u2019abolition de la Corporation Sole, était, comme nous l\u2019avons vu, entièrement justifiable.Ils avaient également le droit de pétitionner en vue d\u2019obtenir une forme quelconque de loi, autorisant les corporations de paroisse, sous l\u2019empire de laquelle les laïques seraient admis à participer à l\u2019administration des fonds prélevés pour le soutien de l\u2019église et de l\u2019école.L\u2019évèque était opposé à ces deux propositions, si nous l\u2019entendons bien.De fait, sa résistance à l\u2019abrogation de la \u201c Corporation Sole\u201d implique nécessairement une opposition à toute forme de loi nouvelle, quelles qu\u2019en pussent être les clauses.Il ne semble avoir tenté aucun effort pour réconcilier les vues des parties adverses ou pour les amener à s'entendre sur une quelconque forme de loi qui eût rendu possible l\u2019établissement de corporations de paroisse.De leur côté, les Franco-Américains affirment que les pétitions et protestations adressées à leur évêque ont été méconnues et qu\u2019un comité envoyé par leur convention a subi le refus d\u2019une audience; que les gritfs dont ils se plaignaient n\u2019ont pas été redressés et que leur agitation pour effectuer un changement dans la loi fut dénoncée comme un péché.Il est difficile, pour quiconque connaît la situation telle qu\u2019elle se présente, de croire que cette hostilité irréductible à tout changement dans la loi n\u2019était pas malavisée.Malgré tout ce que l\u2019on pourra dire contre le bill en question, il restera toujours à voir si, dans leurs différends antérieurs avec Mgr Walsh, les Franco-Américains du Maine avaient tenu une conduite répréhensible et qui semblât indiquer chez eux de la mauvaise foi, ou si au contraire cette interdiction n\u2019a pas été portée contre eux sans aucun motif sérieux.C\u2019est ce que nous examinerons dans un prochain article sur la situation des laiques dans le Maine.II.\u2014LA CAUSE DES CANADIENS-FRANGAIS (I) Le diocèse de Portland comprend comme territoire tout l\u2019E- tat du Maine.Fondé en 1855 avec Mgr David W.Bacon (1) Catholic Fortnightly Review, Techny, Ills, Vol.XIX, No 8, 1912. LA QUESTION DU MAINE 71 comme premier évéque, il était un rameau détaché du diocese de Boston dont le premier évéque, Jean Lefebvre de Cheverus, un Frangais de vieille souche, fut non moins fameux par son savoir et sa sagesse que par la simplicité de sa vie et le zèle qu\u2019il déploya à répandre les semences de la foi dans toute la Nouvelle-Angleterre.Ses plus précieux collaborateurs furent deux savants prêtres français, les révérends Pères François A.Matignon et Jacques Romagné qui, suivant l\u2019exemple de leur évêque, et bien que remplissant les fonctions les plus humbles, menèrent une vie de privation et de pauvreté, le partage obligé des missionnaires de cette époque.Aujourd\u2019hui que l\u2019Eglise récolte les fruits de cette semence, il est bon de rappeler par qui le grain fécond a été mis en terre.En 1823 Mgr de Cheverus, ruiné de santé, quittait Boston pour obéir à ses médecins et sortait de son diocèse anssi pauvre que lorsqu\u2019il y était entré vingt-sept ans auparavant.Lorsqu\u2019il visita pour la première fois l\u2019Etat du Maine, l\u2019évêque trouva son troupeau, petit et dispersé, sans prêtre ni église.Des immigrants irlandais construisirent à New Castle une église dont le Père Romagné fut le premier pasteur, et ce même prêtre zélé partagea avec son évêque le soin de desservir les Indiens du Maine possédant encore la foi qui leur avait été prêchée par les Jésuites français à une époque antérieure, En 1825, Mgr Fenwick, successeur de Mgr de Cheverus, relatant les conditions religieuses de l\u2019Etat du Maine, mentionne les petites églises de Damariscotta et de Whitefield desservies par le Rév.M.Dennis Ryan, un prêtre irlandais formé et ordonné par Mgr de Cheverus\u2014à part les églises de Oldtown et de Passamaquoddy construites par les Indiens catholiques qui étaient alors sans pasteur.Ces Indiens, au nombre d\u2019environ 700, formaient la plus grande partie des catholiques du Maine à cette époque.(Shea, History, vol.4, pp.140-141).A Ver- gennes, en 1829, Mgr Fenwick (Ibid., p.456) précha en français et eu anglais.En 1833, lorsqu\u2019on y fit la dédicace de la première église, il y avait \u2018\u2018un petit_troupeau de 250 catholiques \u2019\u2019 à Portland.(Ibid., p.472).| Dans la suite la population catholique du Maine augmenta plus rapidement grâce à une immigration composée pour la 72 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE plus grande partie de Français venus du Canada et d\u2019Irlandais débarqués'soit au Canada soit à Boston.Et ce sont eux et leurs descendants auxquels se sont mêlés un certain nombre d\u2019Italiens, de Polonais et de quelques autres nationalités, qui composent en substance la population catholique actuelle de cet Etat.Aujourd\u2019hui , d\u2019après l'Annuaire Catholique de 1911, la population catholique du diocèse de Portland est de 123,547 âmes.Sur ce nombre environ 95,000 (certains disent 100,000) sont ca- nadiens-français de naissance ou d\u2019origine.Plusieurs sont les descendants de ces Acadiens dont la religion, non moins que la race, les a fait expulser de leurs foyers dans des circonstances qui forment une des pages les plus honteuses de la conquête britannique, Il y avait quelque quatre ou cinq mille de ces Acadiens dans le Maine en 1859.(Voir la France aux colonies, Etudes, etc., par E.Rameau p.7.) Depuis, grâce à l\u2019immigration venant du Canada tout aussi bien que par l\u2019augmentation naturelle leur nombre a atteint le chiffre actuel et continue de grandir.Séparés seulement par une ligne géographique de leurs frères catholiques de la province de Québec, qui borne l\u2019Etat du Maine sur deux côtés, ils ont conservé non-seulement les manières mais aussi la langue de leurs ancêtres avec tout ce que cela comporte d'œuvres sociales et de traditions religieuses et historiques.A la vérité, leur religion est identifiée à leur langue, Bien que beaucoup parmi les hommes parlent ou comprennent l\u2019anglais, les autres et plus spécialement les femmes et les enfants ne connaissent pas cette langue assez pour comprendre un sermon ou une autre instruction religieuse.Le francais est la langue de leurs familles, de leurs foyers, de leurs relations sociales, des livres et des journaux qu\u2019ils lisent aussi bien que c\u2019est la langue qu\u2019ils parlent à la manufacture ou à l\u2019usine où ils sont employés.Qu'ils veuillent conserver la langue de leurs ancêtres, c\u2019est non seulement naturel mais légitime et digne de louanges.Depuis qu\u2019ils sont venus s\u2019établir dans cet Etat, ils ont prouvé leur dévouement à la religion en bâtissant des églises et des écoles répondant aux besoins de leurs paroisses.Des trente et une écoles paroissiales du diocèse les laiques canadiens-français i SNE.Le a LA QUESTION DU MAINE 73 réclament en avoir fourni au moins les trois quarts, et sur le total de la propriété ecclésiastique du diocèse évaluée à 16 millions de dollars, ils prétendent qu\u2019ils ont contribué dans une pas moindre proportion, ou soit, $12,000,000 et cela avec de pauvres salaires gagnés péniblement et par un travail ardu dans les manufactures.Dans leurs centres nombreux ils se sont montrés partout respectueux de la loi, des citoyens honnêtes et industrieux, dévoués à leur religion, soucieux de donner une éducation chrétienne à leurs enfants, et prêts en tout temps à contribuer généreusement au maintien de l\u2019église et de l\u2019école.Parlant des catholiques canadiens-français, l\u2019auteur de (M.H.D.) \u2018\u2018 Life of Bishop Bradley,'\u2019 le premier évêque de Manchester, New Hampshire (qui fit partie du diocèse de Portland jusqu\u2019en 1884), dit (p.27): \u2018\u2018 Pendant tout ce temps les catholiques canadiens-français marchaient de pair avec leurs frères de langue anglaise.A mesure qu\u2019ils grandissaient en nombre, leurs institutions de bienveillance et de religion se multipliaient\u2026.Toutes ces entreprises reçurent le chaleureux encouragement de l\u2019évêque et personne n\u2019était plus fier que lui de notre population catholique canadienne.Dans ses visites pastorales il ne manquait jamais de précher en francais ou en anglais, ou dans les deux langues selon que les circonstances l\u2019exigeaient \u201d (p.95).Nous avons insisté plus particulièrement sur le fait que les catholiques canadiens-français étaient profondément attachés à leur langue maternelle, parce que ce fait joue un rôle important dans l\u2019acrimonieuse controverse qui existe actuellement entre eux et l\u2019évêque.Comme question de fait, c\u2019est le mépris de cette caractéristique de la race qui semble reposer à la racine des difficultés en face desquelles se trouve l\u2019Eglise dans le Maine.Constituant, comme ils le sont, les quatre cinquièmes de la population catholique du diocèse de Portland, les Canadiens- français se sont attendus avec raison à ce que là où ils seraient la majorité ou plus dans une paroisse, cette paroisse serait considérée paroisse de langue française, que leur curé serait de leur race ou au moins capable de parler leur langue, de façon à le RENE 74 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE ce que le français\u201dpût être employé pour les sermons et les instructions religieuses et généralement dans l\u2019administration des sacrements, tout comme l'anglais est employé dans les paroisses de langue anglaise ; ils comptaient aussi que le français serait enseigné dans leurs écoles paroissiales par des professeurs compétents.Dans les paroisses où les Canadiens-fran- çais étaient en nombre, bien que ne constituant pas la majorité, ils ont demandé que le français fût enseigné aussi bien que l\u2019anglais dans les écoles paroissiales, de sorte que leurs enfants eussent le moyen de conserver leur langue maternelle et avec elle leur attachement pour leur religion.À ce trait, naturellement, on peut reconnaître une phase de la question des écoles bilingues qui a été agitée depuis des années dans diverses parties du Canada.La, il faut se le rappeler, la langue française est, sur un pied d'égalité avec l\u2019anglais, langue officielle au Parlement et dans les cours de justice, et doit être enseignée dans les\u2019 écoles quand un nombre suffisant de parents canadiens-français le désirent, Dans la province d\u2019Ontario, où les Canadiens-français ne sont pas aussi nombreux que dans la province de Québec, c\u2019est devenu une question politique brûlante, pour les Canadiens-français et le clergé irlandais, et quelques-uns de leurs évêques ont pris sur ce sujet des positions diamitralement opposés, Il en est re- sulté un ressentiment profond de la part des catholiques cana- diens-français envers certains membres de l\u2019épiscopat et du clergé, qui sont irlandais de naissance ou d\u2019origine, et dont la façon de train les laïques canadiens-français placés sous leur juridiction est, assure-t-on, non seulement injuste, mais quelque fois arbitraire et despotique.Ainsi, la \u2018\u2018 Revue Franco- Atnéricaine,\u2019\u2019 qui a épousé la cause des Canadiens-français du Maine, cite le cas d\u2019un curé irlandais (juin 1911) qui a refusé d\u2019admettre certains enfants à faire leur première communion, parce qu\u2019ils ne pouvaient pas réciter leur catéchisme en anglais, bien qu\u2019ils fussent en état de le réciter parfaitemerit en français ; elle cite encore plusieurs exemples de paroisses en grande partie de catholiques de langue française, où les pasteurs ont refusé de se conformer à la loi exigeant l\u2019enseignement du français dans l\u2019école paroissiale, jusqu\u2019à ce qu\u2019ils aient | I LA QUESTION DU MAINE 75 été forcés de le faire par les commissaires d\u2019école de leur district.L'histoire de cette contreverse, et de sa portée politique est trop considérable pour être traitée ici; nous ne ja mentio- nons que pour faire voir que la division entre catholiques français du Maine et leur évêque, semble être une extension de la dispute existant déjà au Canada sur la question de langue dans l\u2019éducation des enfants, et le choix de curé de langue française pour les paroisses de langue française.Dans cette lutte l\u2019évêque de Portland a été publiquement proclamé l\u2019allié de ceux qui combattent les écoles bilingues, et les catholiques canadiens-français accusent ouvertement leur évêque de se montrer partial et hostile à leur race et à leur langue, Vraiment, le désir des catholiques de langue française du Maine, d'avoir des pasteurs capables de les desservir dans leur propre langue, et de faire instruire leurs enfants dans cette même langue nous parait si naturel et si convenable, qu\u2019il est impossible d\u2019imaginer une bonne raison pour le leur refuser, Il va sans dire que s\u2019il faut enseigner les vérités de la religion aux nations, ces vérités doivent être communiquées dans un langage qui peut être compris par ceux auxquels cet enseignement s\u2019adresse.Et quand un peuple a reçu la foi, quand il a appris sa religion dans une langue qui est encore vivante, d\u2019un usage courant, dans une langue que le peuple désire conserver, non seulement l\u2019Eglise ne s\u2019oppose pas à cette aspiration, mais elle la favorise et l\u2019encourage.Les catholiques polonais de nos jours luttent contre la suppression de leur langue ancestrale, tentée par l\u2019Allemagne d\u2019un côté et la Russie de l\u2019autre.L\u2019Alsase-Lorraine parle toujours français, malgré qu\u2019on y ait proclamé officielle la langue allemande.En Irlande le mouvement pour la renaissance de la vieille langue maternelle a fait des progrès merveilleux, on y trouve maintenant 3,000 écoles où le gaélique (de même que l\u2019anglais) est enseigné ; et la ligue gaélique, qui a lancé le mouvement a reçu le plus cordial encouragement de la hiérarchie et du clergé.\u2019Tous ces exemples (et nous pourrions en citer d\u2019autres) montrent que la foi des peuples est intimement liée à 76 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE l\u2019histoire de leur race et de leurs traditions, toutes deux exprimées dans une même langue dont il est impossible de les séparer, C\u2019est pour reconnaître ce principe que les diverses nationalités formant la population de ce pays sont, chaque fois que cela peut se faire, munis de pasteurs et d\u2019instituteurs de leur race et de leur langue, de façon à ce que Allemands, Italiens, Polonais, Slaves, Grecs, Espagnols et Syriens aient des paroisses qui leur soient propres et des pasteurs capables de leur parler dans leur langue maternelle, Dans le Maine, beaucoup de paroisses de langue française ont des curés qui se servent du français pour prêcher et instruire le peuple, Mais, s\u2019il faut en juger par les plaintes des catholiques Canadiens-français, cette pratique est loin d\u2019être universelle.Ils citent un cas à Water- ville où une paroisse composée de 1200 canadiens-français et de 200 autres, pour la plupart Irlandais, a été déclarée paroisse de langue anglaise et confiée à un pasteur irlandais.À Dexter, où la paroisse est presque exclusivement française, on a nommé un curé irlandais en promettant au peuple que cette nomination n\u2019était que temporaire, en attendant la nomination prochaine d\u2019un curé canadien-français.Plus de deux ans se sont écoulés et, aux dernières nouvelles, le curé irlandais était toujours à son poste etla paroisse n\u2019avait pas d\u2019école paroissiale.South Brewer, paroisse presque entièrement française, a un curé irlandais.Il en est de méme pour Sanford, avec 3%000 Canadiens-français et à peine quelques Irlandais.Au sujet des écoles, on prétend que les Canadiens- français ont été traités injustement à Lewiston, Biddeford, Waterville, Skowhegan et autres endroits ; dans un cas, on cite le fait de la fermeture d\u2019une école paroissiale fréquentée en grande partie par des enfants canadiens-français, qui ont ainsi été forcés d\u2019aller à des écoles non catholique afin de continuer leur éducation.Naturellement, ne connaissant pas personnellement les faits, nous ne pouvons pas dire jusqu\u2019à quel point ces accusations sont fondées, mais nous les trouvons avec d\u2019autres semblables et d\u2019autres encore concernant l\u2019administration financière des paroisses, publiées et répétées dans divers journaux français ee es \u2014\u2014 LA QUESTION DU MAINE 77 de la Nouvelle-Angleterre, et dans les derniers numéros de la \u2018 Revue Franco-Américaine, Dans ces différentes publications, les griefs des laïques canadiens-français donnent assez de détails de temps, de lieux et de circonstances, pour qu\u2019il soit facile de s\u2019en acquérir de façon à ce qtfe si leurs griefs sont fondés, il puisse, comme il convient, y être porté remède.D\u2019un autre côté il était prouvé que les laïques canadiens-français ont porté contre leur évêque des accusations qu\u2019ils ne peuvent pas maintenir, c\u2019est un fait qui devrait être établi afin que l\u2019autorité épiscopale soit vengée et la conduite de l\u2019évêque justifiée aussi publiquement qu\u2019elle a été critiquée, Il est indéniable que le ton de plusieurs des journaux français publiés dans la Nouvelle-Angleterre, depuis l\u2019interdit, indique non seulement un manque de respect, mais un manque absolu de confiance de la part des laïques envers l\u2019évêque Walsh et ses partisans ; les laïques sont encouragés à continuer leurs efforts, afin d\u2019amener un changement dans les conditions dont ils se platgnent ; des appels contre l\u2019interdit ont été portés à Rome, et, à défaut de redressement dans l\u2019Eglise, les chefs déclarent qu\u2019ils vont s\u2019adresser aux tribunaux civils et à la législature, Un des paroissiens interdits a fait le voyage de Rome, afin de protester contre l\u2019interdiction dont il avait été frappé avec ses collègues, et est mort quelque temps après son retour ; mais le fait que l\u2019évêque a refusé que les funérailles lui fussent faites dans son église paroissiale a augmenté le ressentissement dont les laïques étaient déjà animés à son regard, Assurément, on ne peut trop s\u2019empresser de mettre fin à ces conditions déplorables dans l\u2019intérêt de tous les partis intéressés, de même que pour le bien général de la religion.Mais à cause de l\u2019état de choses existant on ne peut pas espérer y mettre fin, sans une enquête sur toutes les questions débattues et sans entendre les deux côtés ; sans une enquête qui soit faite avec tant de justice que la décision qui en sortira commande l\u2019appui de tous les catholiques bien pensants, non seulement de la Nouvelle-Angleterre, mais d\u2019ailleurs (1).(1) Pour montrer l\u2019importance du sentiment public affecté pour cette controverse, on peut mentionner qu\u2019il y a des catholiques canadiens-fran- çais dans tous les diocèses de la Nouvelle-Angleterre.Le Rhode Island, RS 78 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Pouvons-nous espérer que Monseigneur Bonzano, le nouveau délégué apostolique, lorsqu\u2019il arrivera dans ce pays, aura été pleinement averti de la gravité de la situation et qu\u2019il regardera le règlement de cette question comme un des sujets les plus importants qui attendent sa considération ?le plus petit des Etats, en compte environ 60,000 dont l\u2019un (le gouverneur Pothier) occupe le plus haut poste dans l\u2019Etat.Différents calculs, dont quelques-uns venant de source non catholique, indiquent queleur nombre, y compris ceux de New-York et du Michigan, n\u2019est pas moins d\u2019un million. \u201cà êté [es Canadiens du Maine Ce sujet n\u2019est pas neuf pour les lecteurs de la REVUE FRANCO-AMERICAINE.Mais c\u2019est un sujet qui prend chaque jour plus d\u2019intérêt à cause des développements quelquefois imprévus ou encore des révélations étonnantes qu\u2019il provoque sur les tactiques employées par les ennemis des Franco-Américains.On sait, du reste, que ces ennemis, grâce aux faveurs signalées dont ils ont été l\u2019objet de la part des autorités romaines, sans mérite notoire, et souvent contre toute apparence de justice, déploient une activité extraordinaire.Ce sont des gens qui se hâtent de mettre à profit les malentendus dont ils profitent, les ambitions qu\u2019ils exploitent, les bonnes volontés dont ils abusent afin de pouvoir, plus tard, invoquer le fait accompli.Ils comptent, en gagnant du temps, casser les revendications.Il ne faut pas oublier que les assimilateurs ont prédit, il y a bientôt cinquante ans, que de nos jours le français ne serait plus parlé dans la Nouvelle-Angleterre.Le temps a fait mentir cette cynique prophétie, mais sans enlever un seul des espoirs qu\u2019elle a fait naître.Ceux qui l\u2019ont faite sont morts après avoir constaté la vitalité invincible de ceux qu\u2019ils voulaient détruire.Pour quelques-uns elle a re- veillé jusque sur leur couche funèbre de cuisants remords.La mort de l\u2019évêque Hendricken, de Providence, au lendemain du triomphe des patriotes de Fall River, a donné un exemple que personne n\u2019a voulu suivre, ou au moins qu\u2019on n\u2019a pas voulu comprendre.Un jeune ecclésiastique franco-américain appliquait un jour aux assimilateurs ce vers de Cooper \u201cSkulls that cannot teach and will not learn.\u201d Ce jeune homme pourra écrire beaucoup dans sa vie\u2014et je souhaite qu\u2019il le fasse, parce qu\u2019il a un beau talent de plume\u2014mais je doute qu\u2019il puisse faire jamais une citation plus heureuse. 80 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Les Franco-Américains du Maine ont plus que tous leurs compatriotes de la Nouvelle-Angleterre ressenti cette disposition d\u2019esprit propre aux assimilateurs ; ils ont, plus que tous les autres, souffert de cette politique insensée qui voue à la destruction nationale les trois quarts d\u2019un diocèse qui pourrait faire honneur à l\u2019Eglise et qui en sera l\u2019éternelle honte.Pourtant, s\u2019ils ont jusqu\u2019à ce jour montré beaucoup de courage, ils devront en montrer bien davantage s'ils veulent remporter la victoire qui leur appartient aussi sûrement qu\u2019elle appartient à la justice, s\u2019ils veulent attendre, retranchés dans leur droit, l\u2019heure de la rétribution qui vient toujours mais se fait parfois très longtemps désirer.Qu'ils restent assurés de ceci, c\u2019est qu\u2019ils triompheront, s\u2019ils le veulent.Et, ma foi, ils ont fait jusqu\u2019ici trop de sacrifices pour qu\u2019ils songent à reculer.Seulement, ils doivent s\u2019attendre à de cuisantes épreuves.Tous les moyens susceptibles de les réduire n\u2019ont pas été employés.Au traitement barbare qu\u2019on leur a fait endurer, sur vingt points de leur diocèse, succéderont des moyens plus barbares encore.\u201cJe les écraserai,\u201d a dit Mgr Walsh après leur démarche auprès de la législature du Maine pour en obtenir l\u2019abolition de la *\u201c Corporation Sole.\u201d Et l\u2019évêque de Portland n\u2019aurait-il que cette énergie farouche de résister, par haine de notre race, aux plus justes réclamations, qu\u2019il l\u2019aura cette énergie, complète et tenace, au risque d'attirer sur son église les pires catastrophes.Qui vivra verra ! Nos lecteurs connaissent suffisamment cette question du Maine.Aussi me contenterai-je, aujourd\u2019hui, de mettre sous leurs yeux, d\u2019ajouter à leur documentation deux petits documents qui montreront dans quelle phase aiguë cette question est entrée.Le premier m'intéresse plus particulièrement, mais on me pardonnera de le citer, parce qu\u2019il est une preuve évidente que si les partisans de la cause nationale du Maine emploient quelquefois le mot énergique et sonore, Mgr Walsh st = ca.vs 0 = ex A STS Tn TENT DEEE NAT TT TR, San IE - LES CANADIENS DU MAINE 81 lui-méme n\u2019est pas sans apporter une certaine ardeur dans ses arguments.Vous vous rappelez, sans doute, cette longue interview.publiée par la \u201c Patrie,\u201d de Montréal, quelques semaines après la convention de Biddeford, et dans laquelle on rapportait l\u2019opinion exprimée par l\u2019évêque de Portland sur le décret de Rome concernant la tenure ecclésiastique des biens paroissiaux.L'interview, rédigée par un jeune el brillant journaliste de Montréal, M.Léopold Houlé, donnait aussi la version de Monseigneur de Portland sur les troubles existant dans son diocèse.Il y était fait une mention voilée, bien qne d\u2019une gaze légère, d\u2019un journaliste franco-américain passé au Canada, et j\u2019eus la curiosité de demander à mon jeune confrère de qui il s\u2019agissait.Et M.Houlé a eu l\u2019amabilité de me rédiger la déclaration suivante : \u201c Le vendredi, 3 novembre IOII, j'étais envoyé par la \u2018\u2018 Patrie \u201d\u2019 en mission spéciale à Biddeford, Me, aux fins d\u2019assister à une assemblée où le groupe des interdits de Mgr Walsh, à la demande du \u2018\u201c Comité National Franco-Américain,\u201d\u2019 formé de tous les délégués de la convention de juin, devait exposer le programme de leur politique en rapport avec la \u2018 Corporation Sole \u2019\u2019 et le dernier décret de Rome ; d\u2019interviewer les intéressés et de faire une rapide enquête sur la situation des Franco-Améri- cains catholiques dans l\u2019Etat du Maine.Je considérai de mon devoir professionnel d\u2019interviewer Mgr Walsh.Cette interview que Sa Grandeur m\u2019a accordée au Palais Episcopal de la rue Congress, à Portland, a paru \u201c\u201c in extenso \u201d\u2019 dans la \u2018\u2018 Patrie\u2019\u2019 du mardi 7 novembre.\u2018Je déclare donc que Mgr Walsh en s\u2019entretenant avec moi sur la situation générale de ses diocésains, m\u2019a expliqué que tous les troubles qu\u2019il déplorait amèrement avaient été cansés dans son diocèse par des journalistes guidés dans leurs écrits par Satan.Et parmi ceux-là il a insisté particulièrement sur M.J.L.-K.Laflamme, directeur de la \u2018\u2018 Revue Franco-Américaine,\u201d un autre journaliste \u2018\u2018 inspiré par Satan.\u201d LÉOPOLD HOULÉ.Montréal, 3 janvier 1912.Voilà, certes, un certificat auquel je ne m\u2019attendais guère et, cependant, je n\u2019en veux pas trop à l\u2019évêque de Portland d\u2019avoir voulu aussi gracieusement étendre le cercle de mes relations. 82 LA REVUE FRANCO AMÉRICAINE Pour compléter le procès, il faudrait maintenant savoir ce que le diable lui-même pense du régime imposé aux catholiques franco-américains du Maine par leur impitoyable évêque.Je serais fort surpris qu\u2019il s\u2019en plaigne beaucoup.Il ne doit pas voir sans une certaine satisfaction émue les paroissiens dépouillés de leur bien, les écoles catholiques fermées, les orphelins dispersés, la morale foulée aux pieds par les gardiens de la vertu, des curés ivrognes et libertins chassés par les pouvoirs publics et protégés par l\u2019évêque, la rage assimilatrice poursuivant jusque dans la tombe les meilleurs citoyens et les plus fervents catholiques, toute une race de pionniers de la foi persécutée à cause de son origine, de sa langue, de ses traditions et chassée d\u2019une église dont elle a jeté les bases et dont elle est encore, malgré les évêques assimilateurs, le plus ferme soutien ! Si ce sujet l\u2019intéresse, Monseigneur de Portland n\u2019aura qu\u2019à regarder autour de lui pour trouver une empreinte du pied fourchu bien autrement profonde que dans les articles de la REVUE FRANCO-AMERICAINE ou des journaux français de la Nouvelle-Angleterre.Et je passe au deuxième document dont il a été question plus haut.Il indique une nouvelle phase de la question du Maine, l\u2019intervention ?de Rome dans le règlement des dettes paroissiales aux Etats-Unis.C\u2019est un petit article de la \u201cJustice,\u201d de Biddeford, intitulé: \u201c Rome ordonne de payer $5,000 sur la dette de la paroisse St-Joseph,\u201d et se lisant comme suit : \u201c Dimanche dernier, au prône de l\u2019église St-Joseph, le Révd P.E.Dupont annonçait qu\u2019il avait reçu des autorités romaines instruction de voir à payer annuellement 5000 dollars pour l\u2019extinction de la dette de la pa roisse qui est actuellement de $10,500 ou 4 peu prés.\u201c M.le curé de St-Joseph a annoncé qu\u2019il dirait plus tard quels moyens il prendrait afin de prélever ces argents en question.Du train que vont les collectes présentes c\u2019est à peine, et avec beaucoup de peine, si on peut payer 1000 dollars par an à compte de la dette et nous est avis que, dans les circonstances, plus on forcera les paroissiens de payer, moins ils paieront, et la dette ne se paiera pas plus vite.\u201c Mais quelle sera la conséquence de notre refus de payer?\u201c\u2018 Voici où se découvre le stratagème de Mgr Walsh dont les idées despotiques et vengeresses sont toujours dressées comme l\u2019épée de Damo- clès au-dessus de la tête du vénéré et dévoué curé de St-Joseph.- LES CANADIENS DU MAINE 83 \u2018* C\u2019est un fait patent que dans le public Mgr Walsh persécute de toute façon le curé de St-Joseph et cette dernière flèche du Parthe a frappé M.Dapont au coeur, car il sait bien qu\u2019il ne pourra prélever cette somme annuellement, et Mgr voyant qu\u2019il est incapable de faire payer sa paroisse ce que Rome exige\u2014a la suggestion de Mgr Walsh\u2014dira à M.Dupont de se démettre de sa charge, et alors il nous arrivera un autre curé qui se chargera de percevoir ce que M, Dupont n\u2019aura pu faire, les 5000 dollars exigés.\u201c Etant donné la condition d\u2019esprit qui existe dans la paroisse, nous doutons fort qu\u2019il y ait un seul prêtre canadien capable de nous faire payer ce que nous ne voulons pas payer.S\u2019il y en a un, c\u2019est bien le Révd Père Dupont, mais Mgr Walsh le soupçonne de favoriser les mécréants de la cause nationale, et c\u2019est pour continuer sa persécution à l\u2019égard de l\u2019ancien curé de St-Joseph, qu\u2019il a fait ratifier son exigence par Rome afin de pouvoir tout simplement le mettre à la porte, s\u2019il est incapable de payer 5000 dollars sur la dette.\u2018\u201c Mais quel peut donc être le motif qui porte Mgr Walsh à presser le paiemeut d\u2019une si petite dette ?Nous l\u2019ignorons en fait, mais nous soupçonnons à bon droit et à bon escient qu\u2019il veut libérer la dette de la paroisse pour pouvoir nous endetter davantage par l\u2019achat de la propriété des religieuses du Bon-Pasteur, pour les expulser ensuite et nous donner de l\u2019assimilatiou à forte dose par l\u2019entremise de religieuses irlandaises.\u2018* C\u2019est ce qu\u2019on verra !\u2019\u201d Les commentaires que ce fait nouveau invite seraient- trop longs.Et puis, il pourrait entraîner sur un terrain dangereux, porter à des observations plutôt hardies quand il ne faut pas oublier qu\u2019il est ici question d\u2019un évêque.Mais pouvait-on rêver quelque chose de plus cruel que la situation qui vient d\u2019être faite aux paroissiens de Biddeford ?On peut déjà voir dans l'article de la \u201cJustice\u201d avec quelle douleur profonde ces compatriotes se voient placés entre un devoir rigoureux a accomplir a Paffection filiale, gagnée par un quart de siècle de dévouement, qu\u2019ils portent à leur vieux curé.Et pourtant leur devoir est tout tracé; la \u201c Justice \u201d indique déjà qu\u2019ils n\u2019y failliront pas.Nous nous réjouissons avec eux.Qu'ils ne cèdent pas.Le Père Dupont est un vieux héros qui a trop souffert pour la cause nationale, qui a trop donné de vie aux siens pour qu\u2019il ne soit pas préparé au sacrifice suprême.Il souffrira, sans doute, et c\u2019est bien ce qui torture l'âme de ses enfants, mais il bénira Dieu au fond 84 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE de son âme de patriote pour cette souffrance nouvelle, pour ce nouveau martyre qui mettront une auréole de plus sur sa tête vénérable.À ceux qui ont inventé le procédé d\u2019en porter la responsabilité.L\u2019exemple n\u2019est pas nouveau dans l\u2019histoire de l\u2019E- glise, de la torture des saints par les souffrances de ceux qu\u2019ils aiment.Et si vous retournez à l\u2019ère des catacombes, réjouissez-vous, compatriotes de Biddeford, vous retournez en même temps vers le triomphe du Maître.Votre foi simple et robuste vaut encore la religion modernisée d\u2019un évêque de Providence chargeant inutilement ses théologiens de condamner un article contre la danse appuyé sur les Pères de l\u2019Eglise, ou un évêque de Boston subventionnant une maison d\u2019opéra ou éblouissant Rome avec l\u2019argent arraché aux sueurs des pauvres gens et au sang qui coule par toutes les blessures faites au corps meurtri de l\u2019Eglise américaine.J.-L.K.-Laflamme.NOTE\u2014Nos lecteurs trouveront dans une autre partie de la Revue la traduction de deux articles publiés sur la question du Maine par la \u201c\u201c Catholic Fortnightly Review\u2019 de Techny, Illinois, l\u2019excellente revue de M.Arthur Preuss que l\u2019on appelle admirablement le \u201c Veuillot de la presse américaine.\u201d L\u2019auteur, M.Peter Condon, un écrivain irlandais catholique de très haute culture, y montre un grand souci d\u2019exactitude et d\u2019impartialité La même mesure de justice appliquée au règlement des questions franco-américaines assurerait le triomphe de la justice attendu depuis si longtemps par les nôtres.Il juge Mgr Walsh avec une sévérité qui n\u2019a pas été dépassée par les journalistes de la Nouvelle-Angleterre, ou même par la Revue Franco- Américaine.C\u2019est un article qu\u2019il faut lire, mais qu\u2019il faut surtout conserver.On y relèvera bien quelques erreurs de détail, mais elles n\u2019ébranlent en rien la solidité de l'argumentation.C\u2019est enfin la vérité qui monte et se prépare à se montrer au grand jour.La justice suivra.Les Franco-Américains ne demandent pas autre chose.J.-L.K.-1.RE PIC AO ER CRE RE EE \u2014\u2014tipnce\u2014 Les deux Filles de Maître Bienaimé (SCENES NORMANDES) PAR Marie Le Mière (Suite) Et avec un rictus de douleur exaspérée : \u2014J\u2019avais trois enfants, je n\u2019en ai plus que deux : voila tout.DEUXIEME PARTIE CHAPITRE PREMIER LA SAINT-LOUIS - \u2014 Maintenant, dit la maîtresse de maison au domestique qui vient de déposer sur la table deux bouteilles solidement cerclées de fil de fer, va chercher tout le monde.Le salle à manger sent les roses, et resplendit de lumière : ni les vieux meubles de chêne, ni les teints brunis n\u2019ont peur x du soleil; il entre à torrents par les fenêtres, avec l\u2019air du jardin ; il baigne la nappe et la rend aveuglante, il accroche des paillettes aux porcelaines immaculées, à l\u2019argent des couverts massifs, anciens, un peu bossués, il se colore superbement aux facettes des cristaux.C\u2019est la Saint-Louis de juin c\u2019est la fête du maître.La réunion de famille se prolonge, très cordiale ; il y a deux heures qu\u2019on est à table, et le dessert vient seulement d\u2019apparaitre.Pour causer à l\u2019aise, pour resserrer les liens de la parenté et de l'affection, on est si bien, assis en cercle, dans cette atmosphère de joie franche ! C\u2019est, d\u2019ailleurs, un repas plantureux, dont le menu, combiné en vue d\u2019appétits robustes ne conviendrait, certes ni à des dégénérés ni à des neurasthéniques ! Les douze convives ont fait honneur au bouillon clas.\u2019 - 86 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE sique, au bouilli servi à la bonne franquette, à la rouelle de veau imprégnée d'un jus savoureux, aux jeunes poulets tout blancs dans la sauce crémeuse, à l'énorme gigot doré, à la salade cueillie dans le jardin, au cidre limpide comme de l\u2019eau- de-vie, et versé par un domestique vigilant qui tournait sans cesse autour de la table afin de remplir les, verres aussitôt qu\u2019un vide s\u2019y produisait.Maintenant Jeanne Arcent, une fillette de douze ans, à l\u2019air sage et avisé, découpe la galette au beurre, pétrie par la ménagère, tandis que Marthe Chaumel, la voisine de Louis, plongeant une cuiller dans une Jjatte, sert l\u2019entremets, la \u201c douce crème,\u201d recueillie sur les chaudières par un effleurement léger.Toutes deux s'acquittent, avec un grand sérieux, du rôle dévolu à leur jeunesse dans une intention aimable et flatteuse.Et voilà qu'on vient d\u2019apporter le cidre en bouteille, le champagne normand, la liqueur mousseuse, à la fois Apre et caressante, qui garde en elle, semble-t-il, tout le parfum du pays, toute la vertu de son sol, tout le pétillement de sa verve.Louis Chaumel s\u2019écarte un peu de la table et débouche les bouteilles avec précaution.La porte s'ouvre ; tous les domestiques entrent dañs la salle.Tendez les verres ! ordonne le jeune homme.Les chaises se poussent, les bras s'allongent ; il verse le cidre à tour de rôle : l\u2019éeume blanche au pâle reflet d\u2019or s\u2019enfle, et parfois déborde avec un susurrement.Mme Jacques, nullement vieillie, plus digne que jamais sous sa coiffe des grands jours donne le signal des toasts.\u2014 A ta santé, mon enfant ! Que le bon Dieu te bénisse # Alors c\u2019est un tumulte ; tout le monde est debout pour trinquer ; dans le tintement des verres, les compliments, les vœux se croisent, dominés par l'acclamation des serviteurs.\u2014 À votre santé, Maître Louis ! Bonne fête on vous souhaite ! Longue vie ! Beaucoup de bonheur ! Tout ce que vous méritez ! 1 nca de LES DEUX FILLES DE MAITRE BIENAIMÉ 87 Une ombre glisse, rapide comme un coup d\u2019aile, sur les traits du cultivateur ; mais bien vite il relève ses yeux, dont l'expression profonde donne à sa physionomie un cachet frappant.\u2014 Merci, répond-il, approchant de ses lèvres la mousse piquante ; merci, mes braves gars, toujours si courageux à la besogne ! Encore un coup ; vous l\u2019avez bien gagné.\u2014 I] faudrait voir qu'on ne vous contenterait pas! se récria énergiquement un jeune valet.Un homme comme vous, si bon, si juste ! Vive Maître Louis Chaumel ! Et, sous les poutres de chêne, tonne un chœur triomphal : \u2014Vive Maître Louis ! Vive la Haie-d\u2019Epine ! Il tend ses mains, qu'on serre avec fougue ; il sourit, très intiment remué par cette simple scène, car il lit plus que du respect, plus que de l'affection sur ces figures 1lluminées.Louis Chaumel est l'idole des siens ; il a su, avec une intuition merveilleuse, les choisir eb se les attagher.Il se sentent compris, jusque dans leurs aspirations les plus obscures, par ce maître dont l'âme répond fraternellement à leur âme, malgré les différences d'éducation et de fortune, par cet homme qui pourrait se borner à la surveillance, mais préfère payer de sa personne pour être plus proche de ses gens et leur donner l'exemple.Par son intelligence, par son cœur surtout, il obtient d'eux cette soumission libre, toute confiante, aboutissant à des résultats que la contrainte n\u2019atteindra jamais.Aussi, la Haie-d'Epine est une exploitation modèle, qu'on cite et qu\u2019on envie à bien des lieues de là.\u2014 Merci, mes amis, répète le jeune homme ; je suis très heureux de vous entendre parler comme cela; me dire que vous vous plaisez chez moi, c\u2019est me dire que vous aimez votre pays, et que vous aimez la terre.\u2014Pour sûr qu\u2019on se plaît chez vous, appuie le grand valet, déjà grisonnant, qui remplissait les mêmes fonctions du temps du père Chaumel ; je n\u2019en sortirai pas, quand le Président de la République viendrait me prier d\u2019aller \u2018chez lui ! 88 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Après ce que vous m\u2019avez fait, nom d\u2019un tonnerre.\u2014Veux-tu bien nous laisser tranquilles, avec tes vieilles histoires ! \u2014Des vieilles histoires qui sont de l\u2019année dernière, et qui seront toujours jeunes pour moi, je vous le garantis ! riposte avec feu le vieux serviteur, éloignant de lui son verre où le cidre mousse encore, et fixant les regards questionneurs attachés sur le sien.Je vais l\u2019apprendre à ceux qui ne le savent pas, que Maître Louis a reçu pour moi un coup de pied de cheval, et un bon, encore! Il en est resté couché huit jours.Oui, Madame Arcent! .Oui, Mademoiselle Marthe.Je revenais sur un banneau vide, la bête a peur, recule contre la \u2018\u2018 berne,\u201d et menace de me jeter dans le creux, entre la chaussée et le marais ; Maître Louis, qui avait pris les devants, se retourne et se met à courir \u2014\u201c N\u2019approchez pas ! \u201d que je lui crie, en me cramponnant comme je peux, car le cheval fait des sauts à casser la voiture.Ah ! bien oui.Le voilà qui arrive et vous empoigne aux naseaux l'animal qui se cabre et lui défonce à moitié le côté, d'un coup de sabot ! Croyez-vous qu\u2019il a bronché, celui-là ! Je ne saurais pas dire, ma foi, comment ça s\u2019est fait, mais, en moins d\u2019une demi-minute, la bête était matée, et je descendais juste à temps pour recevoir Maître Louis qui s\u2019en allait, blanc comme ça!.couclut le valet, désignant la nappe, tandis qu'un murmure d\u2019émotion circulait dans la salle, que Mme Chaumel s\u2019essuyait furtivement les yeux, et que son fils, tout simplement, haussait les épaules./ \u2014 Et vous avez été bien malade, mon cousin ?fit la voix douce de Marthe.\u2014Bah ! bah! n\u2019écoutez pas le Vieux Paul ; il est Marseillais, en ce moment-ci.\u2014 Riez tant que vous voudrez, Maître Louis; vous ne me tiendrez pas la langue.Je sais bien, moi, ce qu\u2019on a oublié de vous souhaiter, et que je vous souhaite de tout mon coeur : une gentille dame, une petite famille ! Il est temps, LES DEUX FILLES DE MAÎTRE BIENAIMÉ 89 sapristi ! que vous nous donniez une jeune maîtresse ! À bientôt la noce, j'espère ! Et les acclamations, les vivats recommencèrent tandis qu\u2019on trinquait de nouveau ; cette fois, le verre de Marthe trembla en touchant celui de son cousin : aux dernières paroles du domestique, la jeune fille avait rencontré le regard involontaire, mais très significatif de Mme Chaumel.Elle en avait rougi si ardemment que ses paupières en brûlaient.Cependant, cette timidité ne la rendait, aujourd\u2019hui, ni trop embarrassée, ni trop malheureuse ; avec les années, elle avait acquis, peu à peu, une certaine aisance de manières, une certaine confiance en elle-même, et son front très blanc, contrastant avec des cheveux presque noirs, ses joues rondes et régulières, ses belles dents, sa taille joliment prise, lui composaient un extérieur agréable.Les domestiques s\u2019éloignaient ; la mère de Marthe les suivait des yeux.\u2014De bonnes gens, murmura-t-elle ; avec eux, il n'y a jamais de difficulté.Tout le monde n'a pas cette chance-là ; regardez votre voisin, par exemple.Ça fait de la peine, vraiment, de voir une si belle ferme qui tombe , soupira le vieux Chaumel de Saint-Damien.Ce que c\u2019est que le malheur ! \u2014JI s'en affecte beaucoup, dit Mme Arcent ; il se vieillit, et c\u2019est ça le pire.Je l\u2019ai rencontré l\u2019autre ; on m'a dit que c'était lui.J'en suis restée !.\u2014Ces pauvres Brissot.fit Mme Chaumel.Je les avais invités pour \u2018\u201c à midi,\u201d mais ils n\u2019ont pas le coeur à fêter, ni à voisiner, ça se comprend.Encore du sucre, Marthe ma fillette ?~ \u2014Ce serait plus triste encore, s\u2019il prenait des habitudes.poursuivit Mme Arcent entre haut et bas ; mes neveux l'ont croisé jeudi, comme il revenait de Lithaire.Il \u201cen avait,\u201d à ce qu'il paraît.: La maitresse de maison interrompit net. 90 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u2014Laissons ça; ce n\u2019est point notre affaire.Maître Brissot est bien à plaindre.Si, par moments, il s\u2019oubliait à force d\u2019avoir de la peine et du tracas, il serait plus excusable que d'autres ! Louis ne prit aucune part à cette conversation : elle remuait en lui des profondeurs trop sombres.Le soir, quand les invités furent partis, il visita ses champs dont l'herbe, déjà bonne à faucher, étalait sa masse immense, légère et comme fluide.Les pompons des graminées avaient des bruissemients de soie, des reflets argentés et mauves ; la campagne tremblait à la brise, dans un bain d\u2019or lumineux.À le voir avancer dans cette splendeur calme, parmi les foins où ses mains se plongeaient avec une satisfaction instinctive, on eût dit, à-coup sûr : Voilà un homme heureux ! Son cœur vibrait encore des témoignages d'amour reçus en cette journée ; ses yeux se reposaient sur la fécondité de ces belles terres qui étaient à lui.Tout lui réussissait ; on le comptait au nombre des éleveurs de marque ; certains procédés de culture, inaugurés par lui dans la région, lui avaient valu des distinctions flatteuses ; la laiterie coopérative, fondée par ses soins, luttait avantageusement contre une industrie étrangère établie dans le voisinage.À ce beau garçon, dont l\u2019avenir semblait être une route unie, toujours plus large et plus ensoleillée, quelque chose, vraiment, pouvait-il manquer ?Il arrivait à un angle du champ ; tout à coup il détourna la tête, et un sourire amer contracta son visage.Là-haut, au-dessus de l\u2019abreuvoir, dans l\u2019écartement des saules, une forme charmante s'était posée.Un sourire avait lui dans cette ombre verte.Ici même, près de la barrière, il avait tenu dans sa main une petite main qu'il croyait bonne, qu\u2019il espérait garder toujours.Lui, un homme heureux ! Ah! Dieu le savait : les souhaits de bonheur, les voeux si débordants de sincérité et d'enthousiasme, avaient sonné à son oreille comme des ironies.FRS TRE ARRET OUT COR ETUI -_ LES DEUX FILLES DE MAIiTRE BIENAIME 91 Oui, elle lui avait fait du mal; chaque jour, depuis dix-.huit mois, il le constatait mieux.Il souffrait en silence, avec une simplicité mâle et chrétienne, sans doute, car cet être de santé physique et morale n\u2019avait rien d\u2019un René ; mais c'était une souffrance âpre qui glaçait et décolorait toutes choses : c\u2019était la désolation d\u2019avoir aimé un fantôme, d\u2019avoir prodigué en pure perte les trésors les plus frais de son coeur jeune.Oh ! il ne la regrettait pas ; il regrettait ce qu'elle lui avait pris, ce qu\u2019elle avait tué en lui, ce qui ne renaîtrait Jamais.Non, jamais plus, il n\u2019aimerait une jeune fille.Adieu la croyance au bonheur humain, la confiance rayonnante, absolue, condition essentielle de l\u2019amour ! Adieu le rêve, que le ciel permet pourtant, et qu\u2019il bénit chez d\u2019autres.Il n\u2019y avait, certes, en Louis Chaumel, aucun découragement.La foi religieuse, l\u2019affection des siens, l\u2019œuvre à continuer, la terre, la bonne terre, si douce à la douleur : c\u2019étaient là des raisons de vivre ! Elles lui suffiraient.Il ne se marierait pas.Et, comme il répétait : \u201c Jamais, jamais,\u201d le jeune homme, brusquement, fut saisi d'un malaise.Il lui parut que, de cette terre amie, une protestation, un reproche montaient.Une impression violente changea soudain le cours des pensées de Louis; on chantait dans le champ voisin ; une voix masculine s'élevait, à la fois rude et sourde, entrecoupée d'éclats stridents.Le maître de la Haie-d'Epine écouta deux secondes, et bondit : L'Internationale ! Qui done osait profaner ainsi la pureté du soir, lancer, dans la tranquillité de la campagne, cet immonde hoquet de haine ! \u2014Ah ! gronda le cultivateur, tout son sang au visage, tu vas voir si je te fais taire, toi ! Louis Chaumel se cambra, et lui, qui depuis dix-huit mois n'avait plus chanté dehors, jeta, de toute la puissance de ses poumons, de toute l\u2019indignation de son âme, le refrain de la Nationale, composée sur le même air : Saluons l\u2019espérance De la paix, car demain 92 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Tous les vrais fils de France De donneront la main ! L'organe magnifique du terrien domina immédiatement l\u2019autre, à tel point que les deux voix semblaient chanter la Nationale à l\u2019unisson.Louis distingua un blaspheme court, étranglé, un grincement de barriere, un pas sur le chemin qui desservait les deux clos.A travers la haie, il voyait sans étre vu.\u2014Le Molineau ! murmura-t-il.Tiens! tiens! L'homme atteignait déjà la route et dévalait lourdement la côte : c\u2019était un véritable colosse, aux traits durs, assez réguliers.Ayant fait un détour pour éviter la Closerie, il déboucha par une ruelle en face de la rivière.Sur l\u2019eau éblouissante, deux gabares dormaient, chargées de pierres, contre le quai ; personne ne se montrait le long du chemin.L'individu se dirigea vers une maisonnette dont la porte ouverte était surmontée de cette inscription : \u201c Veuve Hochard.\u201d Une touffe de gui de pommier se balançant à l\u2019enseigne, apprenait aux passants qu'ici l\u2019on vendait du cidre.Molineau entra tout droit, en habitué, dans la salle déserte, et frappant sur le comptoir avec un gros sou : \u2014Un café ! cria-t-il.Aussitôt, du fond de la maison, çurgit une femme d'environ quarante ans, très blonde, un peu replète, au visage arrondi, coloré, à la mise propre et campagnarde.C'était la débitante, installée à Clairville depuis près d\u2019un an.\u2014Tout de suite, répondit-elle, de sa voix flûtée sans aucun vestige de l'accent du pays.La salle un peu délabrée exhalait un relent de tabac et de beuverie, mais elle n\u2019était pas mal tenue ; on avait soigneusement frotté les toiles cirées, portant l\u2019empreinte des fonds de verres, et les chromos grossiers appendus aux murs, n'avaient rien de choquant.La femme allait et venait presque sans bruit, posait devant Molineau le café et l\u2019eau-de-vie ; ses yeux, très pâles, LES DEUX FILLES DE MAÎTRE BIENAIMÉ 93 très mobiles, erraient de-ci de-là.L'homme s\u2019était assis sur un tabouret de paille, et ayant jeté sa casquette sur le bout de la table, il enfonçait les mains dans sa toison drue.\u2014Tu sais, ricana-t-il enfin, que j'en ai assez de la boîte ! \u2014Chut ! fit la débitante, lançant un coup d'oeil effrayé vers la cuisine dont elle ferma prudemment la porte.Puis elle tira d\u2019un geste prompt les rideaux quadrillés qui garnissaient l\u2019unique fenêtre.\u2014Le patron ?continuait Molineau, tout en se versant copieusement l\u2019eau-de-vie, un tyran qui nous talonne du matin au soir, qui s'amène comme un diable au moment où on y pense le moins.C\u2019est pis que chez les Cosaques.Et dire qu\u2019il faut tendre le dos, se manger le sang.Ah! tas de canailles! conclut l'individu, montrant le poing à des ennemis invisibles.Elle le regardait, demi-narquoise, et une étrange similitude eût frappé en ce moment un observateur attentif.Au premier abord, les types de ces deux êtres semblaient différer autant que possible.L'homme, dans ses proportions gigantesques, était plutôt maigre, tout en os et en muscles ; ses cheveux et le bas de son visage rasé avaient le noir de la suie.Mais dans cette face taillée comme en un bois sombre et dans la figure aux lignes douces de la veuve Hochard, s\u2019ouvraient les mêmes yeux, presque incolores, animés d\u2019un mouvement perpétuel.\u2014du n'es qu\u2019un imbéeile ! déclara-t-elle nettement ; tâche de rester où tu es et de te tenir tranquille, si tu ne veux pas qu\u2019on te reconnaisse.\u2014Puisqu'il faut turbiner, j'aimerais mieux le faire ailleurs ! gronda le colosse.Tiens, chez toi, par exemple ! \u2014C'est impossible, tu sais bien pourquoi.D'abord, en buvant, on parle trop.Tes opinions mettraient ma clientèle en fuite.On est encore arriéré, par ici ! \u2014 Ça changera ! proféra Molineau, reprenant sa casquette qu'il enfonça d\u2019un coup de poing.On la verra, la revanche : 94 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE et les gros proprios qui ont des mille et des cent, comme cet insolent de la Haie-d\u2019Epine, ne se permettront plus de donner des leçons aux gens qui ne leur disent rien ! Je l\u2019écraserai aussi, celui-là ! Je les écraserai tous! grinça-t-il, avec dans les yeux un effrayant éclair de haine.\u2014Les écraser ! Ça t'avancerait bien! Tw as mieux a faire.En attendant, sauve-toi : voilà du monde ! Deux toucheurs de bestiaux, \u2014deux \u201c cacheux \u201d comme on dit en patois \u2014entraient, vêtus de longues blouses bleues, le fouet à l\u2019encolure, le bâton dans la main.Avenante, souriante, la veuve Hochard s\u2019empressa : \u2014 Qu'est-ce que vous désirez, Messieurs ?Toute à votre service.Molineau franchissait la barrière de la Closerie.Il paraissait très noir dans la lueur du couchant rouge, si rouge qu'on eût dit que la ferme flambait.II LE REVE Le long du boulevard de Strasbourg, entre les marronniers qui jetaient au soir gris leurs dernières feuilles, et les devantures luxueuses qui commençaient à s\u2019illuminer, s\u2019avançait une jeune et jolie passante ; si jeune qu'on s\u2019étonnait de la voir seule, à pied, sur cette grande voie parisienne et que nul n'aurait songé à l'appeler \u201c Madame \u201d; si jolie, que sa beauté blonde, très délicate, nullement factice, se faisait remarquer au milieu de la foule élégante qui encombrait le trottoir.Elle était mise avec une recherche raffinée : un tailleur de drap léger et souple moulait sa petite taille aux lignes harmonieuses comme celles d\u2019une idéale statuette ; un boa de plumes neigeuses frissonnait sur sa nuque blanche.A travers le réseau aérien de la voilette, les yeux, pareils à des étoiles d\u2019or, scintillaient, avec une expression de curiosité naïve.lls suivirent le va-et-vient de la rue à cette heure de circulation intense ; ils s\u2019arrêtaient, éblouis, sur les splendeurs des étalages ; + Vr.vet LES DEUX FILLES DE MAÎTRE BIENAIMÉ 95 ils se levaient pour mesurer la hauteur des édifices.L'éclat, la richesse, la fièvre de Paris grisaient encore la petite Clair- villaise après de longs mois de séjour ; elle devait faire effort pour retenir ses exclamations.En arrivant au carrefour, entre la gare de l\u2018Est et la prison Saint-Lazare, elle hésita plusieurs secondes à s\u2019aventurer sur la chaussée : ces torrents de véhicules, débouchant de toutes les rues et se croisant dans tous les sens, lui causaient toujours un secret émoi.Pourtant, sa mince personne exécuta, sans encombre, la manœuvre périlleuse ; quelques minutes plus tard, elle s'arrêtait rue Lafayette et pénétrait dans un immeuble coquet, en face du square Montholon.Elle gravit deux étages, rasant les degrés comme un oiseau.Une femme de chambre parut, coiffée d\u2019un délicieux chiffon de dentelle.\u2014 Monsieur est-il rentré ?\u2014 Non, Madame, pas encore.\u2014II est pourtant six heures et demie, fit sa maîtresse en tirant une montre, bijou exquis et rare, où la rosée des dia- marts étincelait.Tout est prêt, n'est-ce pas ?\u2014Oui, Madame.La jeune femme passa dans la salle à manger, exiguê et claire, au mobilier \u201c art nouveau.\u201d Le lustre électrique inondait d\u2019une lumière de fête la table où quatre couverts s\u2019étalaient sur les broderies autour d\u2019un surtout portant une ma- gnifiqne gerbe d'orchidées.Ayant donné à l\u2019ensemble un regard satisfait, elle se retira dans sa chambre et se mit à sa toilette.Comme elle glissait à son corsage de liberty un bouton de rose soufre, un coup de timbre la fit tressaillir.Elle se retourna, s'élança riante vers la porte, et se dressa sur la pointe du pied pour présenter son front à celui qui apparaissait au seuil.\u2014Roger ! mon Roger ! bonsoir 96 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u2014 Bonsoir, mignonne, répondit-il, effleurant du bout de sa moustache ce visage rayonnant.\u2014 Elle recula d\u2019un pas, avec une moue enfantine.\u2014Oh ! tu m\u2019embrasses mal! Et tu ne me dis pas seulement que je suis jolie ! \u2014Irrésistible, irrésistible.Mais voilà bien une autre affaire ! J\u2019ai reçu un petit bleu tout à l'heure : les Ferron ne viennent pas ! \u2014Ah ! mon Dieu ! qu\u2019est-ce qu\u2019il y a donc?s\u2019écria Léa soudain prête à pleurer.\u2014Un deuil, tout simplement.La grand\u2019'mere est morte; ils s\u2019embarquent à huit heures pour Dijon.C\u2019est là ce qui s'appelle un contre-temps fâcheux, déclara Daubreuil, revenant avec sa femme vers la salle à manger et contemplant d'un oeil de regret l\u2019ordonnance du couvert.J'avais pourtant bien fait les choses! Il a.parfois de bonnes idées, ton petit .mari ! \u2014 Des idées adorables! appuya-t-elle, caline.Mais il se détacha de la main qui retenait la sienne, et arpenta la pièce, tordant sa moustache, répétant : \u201c Fâcheux ! fâcheux ! désagréable!\u201d Il paraissait vraiment contrarié énervé même.\u2014Je vais te dire, fit Léa, prenant tout à coup son parti ; nous en serons quittes pour diner en tête, et nous n'en perdrons ni le boire ni le manger.Les orchidées vont me rappeler notre voyage de noces.l'hotel de l'Ambassade.Le premier soir, tu te souviens ?\u2014Je me souviens ! prononça le jeune homme, s'installant et dépliant sa serviette.Le diner est arrivé, je suppose ?Veux-tu sonner ?Je n'ai pas une faim dévorante ; cette petite douche m\u2019a refroidi considérablement ! Il jouait, d\u2019un geste de bellâtre, avec une des fleurs du surtout ; il ne s\u2019était pas encore déshabitué de poser devant sa femme ! Il aurait posé tout seul, dans un désert, pour le plaisir.(A sure.) FE "]
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