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Titre :
La revue franco-américaine
Éditeur :
  • Québec :Société de la Revue franco-américaine,1908-1913
Contenu spécifique :
Cahier 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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La revue franco-américaine, 1913-04, Collections de BAnQ.

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[" Tome X\u2014No 6 Avril 1913 Publié en juillet 1913.La Revue Franco-Américaine Fublication mensuelle illustrée SOMMAIRE: Dr ED.IMBEAUX \u2014Le secret de la confession LA DIRECTION \u2014 Notre anniversaire CHAS DUPIL \u2014Le Maine GUSTAVE LANCTOT \u2014 Henri Rochefort SAINT-JACQUES \u2014La Revue des Revues PASCAL POIRIER \u2014Origine des Acadiens (suite) XXX \u2014Pour aider a4 la solution des questions qui s\u2019agitent aux Etats-Unis et au Canada (suite) \u2014Théatre, Mode PRIX DU NUMERO: 20c.(1 franc).PRIX DE L\u2019ABONNEMENT : $2.00 PAR ANNÉE (10 frs.) MONTREAL SOCIETE DE LA REVUE FRANCO AMERICAINE MCMXIII mensuelle illustrée, est pu LA REVUE FRANCO-AMERICAINE, Sivaanes poisons ) zaine de chaque mois.L'abonnement est de deux piastres (£2.00) par année.Toujours faire tomber fe renouvellement pour le 1er mai.L'abonnement, invariablement payable d\u2019avance, devra être fait par billet de banque [leturre recommandée], par mandat de poste ou d\u2019express, par chèque payable à l\u2019ordre de la Revue Franco-Améri- caine et au pair a Montréa ou par bon postal.Quand on se sert de son chèque personnel, ajouter 15 cents pour l\u2019échange.\u2026 Pour changement d'adresse, mentionner l\u2019ancienne, écrire bien lisiblement la nouvelle, et joindre 10 cents en timbres-poste.Taux d'annonces: 20 cents par ligne agate.Pour contrats d'annonces, sadresser à: LA REVUE FRANCO-AMERICAINE, 2469 case postale, Montréal.ENVOI DE NUMEROS ECHANTILLONS DE LA Revue Franco-Americaine Quelques amis nous ont fourni une liste de personnes susceptibles de s\u2019intéresser et de s'abonner à LA REVUE FRANCO-AMERICAINE.C\u2019est ce qui explique l\u2019envoi du présent numéro.Lisez-le et faites-le lire à vos amis, et ensuite adressez-nous votre bulletin de souscription et le prix d\u2019abonnement.LA REVUE FRANCO-AMERICAINE, Case Postale 2469 MONTREAL.M.ALBERT FRIBOURG, Correspondant pour la France de la Revue Franco-Américaine 14, rue DAMREMONT, PARIS \\ \\\\ Le secret de la confession L\u2019ivrogne Wenceslas est jaloux de sa femme.Sa femme est une sainte, et le soupçon infâme Ne hante l\u2019Empereur que depuis quatre jours, Depuis qu\u2019un jeune page après les troubadours Ayant chanté le lied de fort tendre manière, Il a distinctement vu Jeanne de Bavière Lui sourire.Est-ce un signe entre eux qu\u2019il a surpris?Il a bien vu, c\u2019est sûr, n\u2019étant pas encore gris, Il doute cependant.Il faut qu\u2019il éclaircisse Au plus tôt cette affaire.Or, hier, l\u2019impératrice S\u2019est dâment confessée an bon chanoine Jean De Népomuk, saint prêtre, aumônier indulgent, Qu\u2019à la Cour Wenceslas a fait venir lui-même, Car il est vénéré de toute la Bohême.Et l\u2019Empereur, l\u2019ayant mandé, dit brusquement : \u201c Tu reconnaîtras bien, chanoine, assurément, \u2018* Que jusqu\u2019ici pour toi, je me montre bon prince : \u2018\u201c Je te paie un denier, peste, qui n\u2019est pas mince \u2018\u201c Tous les mois, sans compter tôn petit casuel, \u2018\u201c Et plus qu\u2019évêque ayant bon fief conventuel \u2018\u2018 Tu peux devenir riche ?\u2019.\u2014 \u2018\u201c Oui, Sire, je rends grâce \u201c\u201c A votre Majesté ; mais tout cet argent passe \u201c A nos pauvres de Prague, hélas, qui sont nombreux ! \u201d\u2019\u2014 \u2018\u201c A ton gré s\u2019il te plaît de nourir tous ces gueux ! \u2018\u2018 Au fait : tu vas pouvoir autrement m\u2019être utile \u2018\u2018 Qu\u2019avec tes oremus.Oh, c\u2019est chose futile : \u2018\u201c Je veux savoir ce qu\u2019hier au confessionnal \u201c T\u2019a dit Madame Jeanne.Allons ! Si c\u2019est banal, \u2018\u2018 Qu\u2019importe un vain caquet ! Mais si son cœur me cache \u2018\u2018 Quelque secret amour, prêtre, il faut que je sache ! \u2018Il faut que je punisse !.Il le faut,'eutends-tu ?\u201d\u2014 \u2018\u2018 Chacun de notre dame ici sait la vertu, \u2018\u2018 Sire, n\u2019en doutez pas ! \u2019\u201d\u2019\u2014'\u201c\u201c Moine, tu te dérobes ! \u2018\u201c Crois-tu que je me fie aux apparences probes ?\u2018\u201c Ce qu\u2019elle t\u2019a conté, redis-le point par point \u2018\u201c Ousinon.\u201d \u2014 \u2018\u201c Majesté, l\u2019homme ne trahit point \u2018* Ce qui n\u2019est dit qu\u2019à Dieu! \u201d\u2019\u2014\u2018\u2018 Tu parlerais sans doute, 474 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE \u201c* Si le pape en disait ta conscience absoute.*\u2018 J\u2019en vais écrire à Rome, ainsi qu\u2019en Avignon : *\u2018 Urbain consentira, si Clément Sept dit non ; \u201c\u2018 A moins que pour me plaire, ils soient d\u2019accord peut-être \u201d\u2019\u2014 «** Aucun pape ne peut délier aucun prêtre, ¢¢ Sire, du sceau divin de la confession \u2019\u2019.\u2014 ¢ Chansons que tout cela ! Qu\u2019on fasse exception \u201c Pour moi ! César est-il au niveau d\u2019un autre homme ?\u2019\u201d\u2019.à Or, tandis qu\u2019à cheval vers la France et vers Rome 3 Deux légats vont porter aux deux papes élus z Les lettres du César, lui ne se contient plus, Car Jeanne a derechef applaudi le beau page ; Non, il n\u2019attendra pasla réponse au message ! Eh, que lui font Urbain, Clément et cœtera ?i Il n\u2019en a qu\u2019au chanoine : il dissimulera 3 En le flattant, d\u2019abord ; aprés si Jean refuse, i Eh bien, la question est 1d pour qu'on en use ! : On en a fait tâter même au prince Henri De Waldeck, et l\u2019abbé n\u2019en est pas à l\u2019abri.Et l\u2019Empereur invite à souper à sa table Notre bon chapelain, Honneur inéluctable, Mais dangereux, dont Jean veut se défendre en vain !.\u2026.Et Wenceslas, gorgé de viandes et de vin, Espère que son hôte enfin va lui complaire : \u2018 Chanoine, tu n\u2019as bn, je crois, que de l\u2019eau claire ! \u2018 Vide-moi ce hanap d\u2019excellent hypocras, \u2018\u201c Et que ce vin délie un peu ton embarras ¢ Maintenant, dis-moi tout, et j\u2019en fais la promesse, \u2018\u2018 Avant peu tu seras évêque \u201d\u2019 \u2014 \u2018¢ Sur ce point, \u201c\u2018 Sire, excusez-moi, car je ne parlerai point \u201d\u2019.\u2014 Le Wenceslas s\u2019irrite et son sourcil se fronce : - -_ LA REVUE DES REVUES 509 plus le sentiment de la mesure; et le sentiment de la vérité, c\u2019est-à-dire de la mesure, c\u2019est ce qu\u2019on a appelé le goût.Et bien ! toutes les qualités de toutes les écoles les plus opposées, avec ce beau juste milieu de la vérité et de la mesure ; et dans un goût exquis, voilà ce que Lafontaine a eu souverainement et voilà, s\u2019il est question d\u2019étiquette, l\u2019étiquette que l\u2019on donnera définitivement à Lafontaine : c\u2019est le classique le plus original que toute la littérature classique ait pu enrégistrer dans ses illustres annales.* %* += ?M.Vincent d\u2019Indy a remporté à l\u2019Opéra un grand succès en y faisant représenter son \u201c Fervaal.\u201d Nous voulons faire écho aux appréciations louangeuses qui parurent dans les journaux et les revues.La Nouvelle Revue Française, écrivait sous la signature de H.G.les remarques suivantes : \u201c Fervaal\u201d s\u2019il rappelle invinciblement la Zétralogie, la faute n\u2019en est pas à la musique mais au livret, et il nous est réapparu.après quinze ans de repos, moins dur, moins agressif dans son système thématique et moins conforme à l\u2019esthétique de Bayreuth, que riche d\u2019inspiration personnelle.Les procédés wagnériens qui venaient en avant à une première audition, rentrent dans l\u2019ombre et laissent place à la musique.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026.\u2026\u2026 Ni la couleur arabe du rôle de Guilhen, ni l\u2019ascension religieuse de Fervaal ne portent moins la marque de M.d\u2019Indy, que le réveil de Brunehilde la marque de Richard Wagner et je voudrais qu\u2019un musicien compétent en fit la preuve.Mais si haut que l\u2019on place l\u2019œuvre de M.Vincent d\u2019Indy, avec ou sans réserves, quelque chose encore la surpasse et qui n\u2019admet aucune restriction : c\u2019est son apostolat fécond, c\u2019est ce culte qu\u2019il a voué a la musique des autres.Lorsque M.d\u2019Indy conduit les maîtres, il n\u2019est plus qu\u2019ardeur et qu\u2019amour ; c\u2019est bien la partie la plus instinctive de leurs ouvrages qu\u2019il s'efforce à faire jaillir; et Bach, Beethoven, Wagner ne lui suffisent pas encore; il sait aimer Rameau et nous l\u2019impose ; il découvre Destouches et Lalande; il ressuscite Monteverde.On se souvient de 510 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE excellent article ou, louant Pelléas, il le rapprochait d\u2019Orfeo.11 ne s\u2019en est pas tenu 1a et admirable exécution du Couronnement de Poppée, apothéose de l\u2019art le plus nu, le plus simple, le plus direct, atteste l\u2019étendue de sa compréhension et de son goût.Non, rien de la musique ne lui saurait être étranger et il vient à nous faire partager son enthousiasme.Notez ceci: la moindre partie de sa force il la donne à son œuvre et la plus grande est réservée à la diffusion de ce qu\u2019il aime.En un temps de mesquinerie, de jalousie, de quant à soi, oh ! le réconfortant exemple! J'écris ces lignes en manière d\u2019hommage, après une audition des deux premiers Nocturnes de Claude Debussy.Car voici le dernier service que nous a rendu l\u2019auteur de Fervaal : c\u2019est, en les conduisant avec une précision paradoxale, de nous en révéler la ligne et la classique proportion : nous n\u2019en connaissions encore que le charme.% x Le Mercure de France, dans un de ses derniers numéros, donnait le portrait physique et moral de Mlle Louise Read, célèbre dans les lettres françaises par son magnifique dévouement à l\u2019œuvre de Barbey d\u2019Aurevilly et à tant d\u2019autres écrivains : Mlle Louise Read est une de ces figures exquises et hautes qui marquent une place dans l\u2019histoire littéraire de leur époque.La femme est tout intelligence et bonté.\u201cSes manières sont d\u2019une princesse,\u201d disait d\u2019elle François Coppée, qui l\u2019aimait profondément.On ne cite d\u2019elle que des mots héroïques et charmants.Ceux qui, une fois seulement, ont vu cette grande dame en noir, au noble et pur visage encadré de cheveux d\u2019or léger, aux yeux bleus aussi spirituels que tendres, en ont gardé un souvenir impérissable, comme de certains peintres anglais.Cette femme de race.d\u2019une distinction souveraine,\u2014dont le frère, mort si jeune, écrivit des vers d\u2019anthologie tendres et \u201cintérieurs \u201d qui suffisent à perpétuer un nom,\u2014a édité, entre autres, un livre de pensées de Mme Ackerman, préparé par elle avec ce talent que les mots n\u2019empruntent qu\u2019à l\u2019âme.Wai Te § i 110; sn LA REVUE DES REVUES 511 Mais l\u2019œuvre de sa vie, c'est le culte qu\u2019elle n\u2019a cessé de rendre à Barbey d\u2019Aurevilly et le souci qu\u2019elle témoigne de sa gloire, en réunissant en volumes ses innombrables et étincelants articles de critique.Les Lettres françaises devront 4 Mlle Read, si pieuse au génie, une reconnaissance sans limite.\u201d\u2019 * * * M.Victor-Emile Michelet réunit en volume les études qu\u2019il fit paraître en diverses revues sur Baudelaire, Alfred de Vigny, Barbey d\u2019Aurevilly, Villiers de l\u2019Isle-Adam.Il s\u2019exprime ainsi sur la personnalité de d\u2019Aurevilly : \u201c La personnalité de Barbey doit sa vigueur à son unité.Tous ses rayons, quoi qu\u2019ils aillent toucher, partent d\u2019un même foyer.Le poète, le romancier, le critique, le polémiste, le censeur se ressemblent.Ceux qui l\u2019ont entendu, quand ils le lisent, entendent sa voix, cette voix dont l\u2019âge» quand je l\u2019entendis, avait assourdi le timbre et a molli l\u2019articulation.Il parlait exactement comme il écrivait, avec une perfection d'images incisives et chaudes.L\u2019unité frappante de la personnalité de Barbey l\u2019a fait entrer dans la gloire\u2026:.Les lisières dont l\u2019enserrent les nécessités, les fatalités, elle les fait craquer et les brise.Il faut qu\u2019elle soit pour elle-même et devant les autres.La personnalité de Barbey déborde des cadres où elle entre.On l\u2019aperçoit poète, conteur, romancier, critique.Sous ces avatars, il reste toujours lui-même.Poète il l\u2019est toujours au long de son œuvre, puisqu\u2019il a les dons essentiels, la sensibilité, l\u2019ardeur, la passion, et celui, dominateur, de saisir les rapports unissant les choses, et voir sous les apparences, la réalité.Ses dons poétiques trouvèrent leur expansion dans le roman et dans la critique, et c\u2019est par eux qu\u2019il est sacré romancier et critique de premier ordre.Les huit romans et les six fameuses D'aboliques sont des conquêtes violemment arrachées au labeur du journaliste.Aussi ont-ils la force conquérante.Après l\u2019unique Balzac, la main qui, au dix- neuvième siècle, aura le plus fortement pétri la pâte du 512 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE roman, est celle de Barbey d\u2019Aurevilly.Pour apparaître aux premiers plans, le laborieux et pénible Flaubert, si respectable que soit son effort, est dénué d\u2019âme, et sa vision ne dépasse pas un étroit horizon.Ce qui fait de Balzac et de Barbey des romanciers supérieurs aux autres de leur siècle, c\u2019est leur vision du monde surnaturel.Si les personnages qu\u2019ils créent nous attachent à eux par les liens d\u2019une ardente émotion, c\u2019est qu\u2019autour d\u2019eux nous sentons une atmosphère charriant des passions aussi vivantes que des bêtes.Leurs actes, exécutés en obéissance à des ordres dictés par de mystérieuses puissances, prolongent leurs conséquences infernalement logiques jusqu\u2019en de ténébreux domaines, impérieusement soupçonnés.Les héros de Barbey, qu\u2019il est licite d\u2019appeler héros puis- qu\u2019ils portent jusque dans la perversité ou le crime leur furieuse fierté, exhalent une odeur de sang et de soufre.Il faut excepter quelques-uns respirant un parfum d\u2019innocence.Il (Barbey) sait que les passions puisent leur énergie vitale dans le pacte que les hommes concluent avec elles et signent de leur sang, de ce sang dont elles se nourrissent comme des stryges ou des lamies.Pour descendre dans les âmes, il faut du courage comme pour descendre aux enfers.Et il faut des yeux puissants,\u2014les yeux de l\u2019esprit plutôt que ceux du corps, \u2014pour voir ce que jette en elles le monde occulte, ou tout au moins la partie de ce monde où nos idées et nos désirs plongent leurs racines pour y vivre et grandir, ce que jette en elles le royaume de la tentation \u201d.Sur le critique, M.Victor-Emile Michelet ne craint pas d\u2019écrire : \u201c J\u2019estime, en Barbey d\u2019Aurevilly, le critique plus assuré et plus complet que le romancier.Cet oeuvre critique est considérable, fécond et varié.Le monument, construit pierre à pierre au cours d\u2019une longue carrière, ne fut dévoilé que longtemps après la mort de l\u2019auteur.Il se compose d\u2019articles écrits sous le souffle de l'actualité, et soumis aux rudes conditions qu\u2019impose le journalisme, aux nécessités de l\u2019improvisation, à la gêne constante.Cet écrivain prétendait, sur les oeuvres et les hommes de son LA REVUE DES REVUES 513 temps, écrire sa pensée en pleine indépendance.Il voulait son esprit libre au milieu d\u2019une organisation qui ne tolère que des esclaves.La presse ne peut vivre qu\u2019enchaînée, par des chaînes qui ne sont méme pas toujours d\u2019or.Un écrivain fier est, dans un journal, en butte à mille difficultés, etc, etc.\u201d Il faudrait tout citer, car cette étude de M.Michelet est pleine de notations remarquables.* * % La raison et la poésie.On avait bien un peu songé qu\u2019elles étaient deux choses différentes, et qui, n\u2019étant pas nécessairement ennemies, s\u2019exerçaient dans des domaines propres à chacune.Mais les théoriciens étaient venus et ils avaient fait tant de bruit que leur logique avait semblé forte, inattaquable.Puis les pédants se levèrent en masse avec leurs formules toutes faites, toujours les mêmes, captieuses et non dépourvues d\u2019ingéniosité, et qu\u2019ils appliquent encore à toutes les oeuvres.Voici, au sujet de la logique et de la poésie, quelques lignes d\u2019un sens très juste.que nous détachons d\u2019un article de M.André Suarès : \u201c On ne peut rien dire contre la raison logique dans son ordre.Elle est la vérité, mais dans son ordre seulement.Et cet ordre n\u2019est que celui des conditions, où l\u2019ordre intérieur se soumet pour se faire connaître.L\u2019ordre intérieur est tout autre, et un autre monde.L'art seul et la religion en sont la méthode.Le bon artiste est comme un prêtre de la vie: prêtre de tous les cultes, depuis la folie charnelle des Bacchantes jusqu\u2019à l\u2019office mystique de Melchisédec.Toujours au fond des coeurs: Je n\u2019ai pas d\u2019autre loi.Voilà Shakespeare et Dostoïevski, Verlaine et Dante, Ram- brandt et toute la musique.Dieu n\u2019est géomètre que dans l\u2019esprit du philosophe.Allons-nous renoncer à la musique, parce qu\u2019un sourd nous y convie ?Que le cœur prenne conscience de lui-même.Et que l\u2019artiste connaisse enfin sa puissante dignité : lui seul a les lumières de l\u2019être.Lui 514 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE seul détient la promesse.Il est aux sources de l\u2019espérance.Il a Dieu, comme on dit, même s\u2019il ne le cherche pas.Nous ne vivons pas de théorèmes.Le bon du peuple, c\u2019est qu\u2019on a beau l\u2019égorger, il ne s\u2019en refaît pas.On croirait parfois qu\u2019il se laisse faire, la bonne bête ; mais les géomètres n\u2019y entendent rien: avec tous leurs théorèmes, ils ne savent pas entraver la vie ; ils n\u2019en prévoient jamais les bonds: la bête rompt ses liens, et d\u2019une ruade elle vous envoie la géométrie et les politiques à tous les diables.Passion de la vie et des objets, mille autres raisons d\u2019être pour l\u2019artiste.Le monde extérieur me frappe et m\u2019enivre d\u2019autant plus, que je n\u2019y crois pas.Mystère, surprise, admiration qui ne sauraient finir.Une curiosité infinie m\u2019attache à la possession de l\u2019enivrante merveille.Il faut s\u2019en rendre dupe et, je le sens, c\u2019est une œuvre d\u2019amour.Les objets ne sont réellement qu\u2019à la mesure où on les crée.La pensée en médite le renouvellement avec ivresse, et l\u2019œuvre d\u2019art en accomplit la création.Nous ne voulons être nous-mêmes que pour sauver ce rêve prodigieux, pour en étendre la suprême beauté et la mieux connaître, enfin pour le créer sans cesse et le recréer.\u201d * * 3k Il n\u2019est bruit que du Théâtre des Champs-Elysées.On n\u2019a pas encore vu un pareil effort artistique: couronné de plus vifs et plus mérités succès.Il est heureux de vivre à Paris dans un moment si riche d\u2019émotions esthétiques.Et cette fête d\u2019art ne doit pas finir Après avoir applaudi la Pavlova qui est une merveille de grâce et de caprice dansant après des concerts magnifiques où Beethoven, Bach, Vincent d\u2019Indy, Fauré, Debussy ont été glorifiés, voilà la saison russe qui va nous apporter des frissons nouveaux.Miginsky, la Karsaniva et toute cette troupe merveilleuse de danseurs russes, viennent d\u2019arriver à Paris.La foule se précipite au Théâtre des Champs-Elysées où tous les soirs un enthousiasme renouvelé acclame les pensionnaires de M.Gabriel Astruc.i LA REVUE DES REVUES 515 La Pénélope de M.Gabriel Fauré a remporté un succès prodigieux.Les critiques d\u2019art ont salué comme un chef- d\u2019œuvre ce poème musical.Les Nocturnes de M.Claude Debussy ont arraché les applaudissements.Saint-Jacques, Paris, 1913.9 Ouen pensez-vous ?(1) Le Pays après tous nos confrères canadiens-français, publie la note suivante : \u201cLe Pas\u2019\u2019 et non \u2018\u201c The Pas.\u2019\u201d\u2019\u2014\u201c\u201c La découverte récente d\u2019une plaque enfouie par La Vérendrye rappelle l\u2019origine fran- caise du nom \u2018\u201c\u2018\u201cLe Pas.\u2019\u201d\u2019\u2019 Le chevalier de La Vérendrye, découvreur de la riviére Saskatchewan en 1743, 1\u2019appela \u2018\u2018 Rivière du Pas,\u2019\u2019 en honneur de sa mère Marie Dandonneau de l\u2019Isle du Pas.\u201d Alors, ce n\u2019est pas \u2018\u2018 Le Pas\u2019\u201d\u2019 mais \u2018\u2018 Du Pas,\u2019\u2019 qu\u2019il faudrait dire.Furet.(1) 31 mai 1913.Saas PS © ET? VIEUX DOCUMENTS Ongine des Acadiens Par PASCAL POIRIER IX.\u2014DE 1671 à 1713 MARTIN LEJEUNE ; ENAUD SAINT-CASTIN ET UN DE SES COMPAGNONS (Suate) Telle a été la descendance des seuls Français de l\u2019Acadie qui se soient mariés à des sauvagesses : Martin Lejeune, dont la race s\u2019est éteinte sans avoir influé en aucune manière sur le sang des Acadiens de Port-Royal, de Beaubassin, des Mines et de la Baie Verte, ancêtres de la race actuelle; Enaud qui n\u2019eut pas d'enfants ; Saint-Castin dont la lignée a été brisée, et dont un faible rameau s\u2019est conservé dans la tribu des Abénaquis de Pénobscot ; et Pierre Martin dont il a été question au recensement de 1671.Ces mariages qui, de prime abord, promettaient un fort mélange entre les Abénaquis et les Acadiens, et une falsification considérable du sang de ces derniers, n\u2019y apportent finalement aucune altération.M.Rameau, dans ses recherches généalogiques, s\u2019était convaineu sans doute de ce fait important ; c\u2019est pour cela que prudemment, il n\u2019a pas tenté d'opérer la fusion des deux races au moyen de ces mariages.X.\u2014DE 1671 A 1713 (Suate) ÉTAT DE L'ACADIE ; FORBANS ANGLAIS ; SAUVAGES ; DIVERSES ACCUSATIONS ; MISSIONNAIRES ; SIÈGE ET PRISE DE PORT-ROYAL Quoique le gouvernement français eut fait quelque chose, en 1670 et 1671, pour l\u2019Acadie abandonnée depuis près de ORIGINE DES ACADIENS 517 vingt ans, la condition du pays ne s'améliorait guère, et l'immigration européenne continuait à contribuer pour peu de chose dans son développement.De 1686 à 1689, le chiffre de la population accuse un décroissement assez considérable.Port-Royal qui, à cette première date, comptait 592 âmes, n\u2019en a plus que 461 en 1689, et seulement 485 en 1703.Il faut cependant tenir compte d\u2019un certain courant d'émigration qui s\u2019était établi entre cette ville et les nouveaux établissements français de la Baie Fundy, Cobéguit, Beaubassin et surtout les Mines.Rien de plus misérable que Port-Royal à cette époque.Une garnison composée d\u2019une trentaine de soldats, des chaumières de la plus chétive apparence, une église, un curé et un gouverneur : tout cela ensemble constituait la capitale de l\u2019Acadie à la fin du dix-septième siècle (1), Aussi l\u2019'Evêque de Québec, dans une courte visite qu\u2019il fit dans ces provinces en 1686, n\u2019en rapporta pas une impression des plus favorables.Denonville, gouverneur du Canada, écrivant peu de temps après au ministre de Louis XIV, renchérit sur le rapport de Mgr de Saint-Valier, ou plutôt en change la nature pour le faire cadrer avec ses plans sur l'amélioration du pays.\u201c Monseigneur, écrit-il, est de retour de I\u2019Acadie.Il vous rendra compte de la grande quantité de désordres qui se font dans les bois par les malheureux libertins qui font comme des sauvages depuis longtemps, sans avoir rien fait du tout pour la culture des terres (2).J'apprends qu'il n\u2019y a pres- (I) \u201c\u2018 Je reconnus des bords de l\u2019onde \u2018\u201c Que ce Port n\u2019était pas le mieux nommé du monde.\u2019 Dierreville, Voyage en Acadie en 1699.(2) A cette même date les Acadiens étaient cependant presqu\u2019aussi avancés en agriculture que les Canadiens, quoiqu\u2019ils fussent encore mal remis des suites de la domination anglaise; Entre 885 personnes, population totale de tout le pays, ils avaient 896 arpents de terre défrichée, 986 bêtes à cornes, 759 montons, 608 cochons, etc.; au Canada où le temps était bon relativement, il y avait 24,427 arpents de terre en valeur et seulement 600 moutons, 6,936 bêtes à cornes, pour 9,710 personnes. 518 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE que plus de sauvages, qu'ils sont presque tous crevés (sic) des débauches d\u2019eau -de-vie \u201d (1).Outre l'exagération visible de ce récit, il est évident que Denonville confond avec les colons de l\u2019Acadie, les pêcheurs hivernants et les traitants de la côte du sud, depuis le Cap Sable jusqu'à Chedabouctou ; encore dépasse-t-il ici même de bien loin les bornes du vrai.Voici le récit de l\u2019Evêque, fait sur le rapport de M.Petit, curé de Port-Royal, daté 1686 :\u2014\u201c Les Acadiens sont des gens d\u2019un caractère doux et porté à la piété, parmi lesquels on ne voit ni jurements, nz débauches de femmes, mi ivrognerie.Je les ai trouvés sur ce pied là quand je suis arrivé ici (peu après 1671) et cependant ils avaient été quinze à seize ans sans prêtres sous la domination anglaise \u201d (2).Le témoignage de Denonville est d'autant moins valide que, de l\u2019'aveu même de l\u2019auteur, il est greffé ou basé sur celui-ci.Que les sauvages de l'Acadie fussent presqu\u2019entièrement exterminés à l'époque où écrit le gouverneur, il n\u2019y a là rien de contraire à la vérité historique : que les Acadiens, ceux de Port-Royal surtout, vécussent souvent dans les bois et négligeassent, un grand nombre d\u2019entre eux au moins, la culture de la terre, rien de surprenant encore ; ce qui est faux, c'est que ces mêmes sauvages eussent crevé des débauches d'eau-de-vie, et que les Acadiens vécussent comme des sauvages.Dierreville raconte qu'arrivant à Port-Royal, en 1699, le vaisseau qu'il montait fut pris par les habitants pour un corsaire.\u201c Aussitôt chacun d'eux de se retirer dans les bois et d\u2019y emporter ses effets les plus précieux.\u201d Voila \u201cla vie des sauvages \u201d que les malheureux Acadiens ont menée pendant deux siècles sur la terre qu'ils appelaient leur chère Acadie.Sans cesse exposés aux incursions des Bostonais, aux coups (1) 2me Séric.vol.V, pp.259-60.Lettre de Denonville au Ministre.[2] Cité par Ferland, vol.VI, p.152, et ailleurs.4 SL Ce NO COE OIC Md ta aes ORIGINE DES ACADIENS 519 de main des pirates et forbans anglais, il leur fallait être tou- E jours aux aguets, toujours prêts à se sauver dans les bois aux E premières alertes (1).pi Nous avons vu comment, en 1674, un corsaire flamand À avait pillé Pentagoët, faisant prisonnier Chambly, et emme- E; nant avec lui à Boston, Marson qu\u2019ils avaient attaqué et pris- E dans son fort de la rivière Saint-Jean.Par cet acte de pira- E; terie, l\u2019Acadie tout entière était passée entre les mains des Anglais : Pentagoët, en était alors le chef-lieu, et la résidence du commandeur.Six ans plus tard, en 1680, l\u2019Acadie tombe encore au pouvoir des Bostonais qui ravagent Penta- E goét, Saint-Jean et Port-Royal, au moment où Chambly ve- i nait de prendre en main le gouvernement du Canada.An- p dros et Randolf, dans une excursion de plaisir, surprennent et pillent Pentagoët en 1688.En 1690, Phipps s'empare de l\u2019Acadie tout entière ; Chedabouctou méme (2) et 1'Ile Percée- sont saccagés, puis brûlés A Port-Royal, des sauvages.avaient donné l'alarme, et les habitants avaient pu sauver une partie de leurs effets avant l\u2019arrivée de la flotte anglaise.Quelques semaines plus tard, deux corsaires tombent à l'im- \u2019 proviste sur la ville démantelée, détruisant et emportant ce- Ë qui avait échappé aux soldats de Phipps.i Ces actes de piraterie ne s'accomplissaient pas sans une- 4 rude résistance de la part des Acadiens.Sous le feu de leurs.a Hil [1] Le souvenir de ces jours d\u2019alarmes s\u2019est conservé dans la mémoire- 4 des Acadiens.Souvent, pendant les longucs soirées d\u2019hiver, les enfants.E ÿ et les petits enfants font cercle autour du feu, et l\u2019aïeul, assis au milieu Et d\u2019eux, leur raconte.non sans émotion, quelque épisode de ce temps de malheur et de détresse :\u2014l\u2019arrivée imprévue d\u2019un forban anglais tombant sur le village ; les femmes et les enfants se sauvant dans les bois avec ce qu\u2019ils pouvaient emporter de provisions et de richesses ; les ee hommes restant au village pour combattre, et souvent obligés de s\u2019en- A fuir à leur tour dans les bois, où ils demeuraient une semaine, un mois, EL jusqu\u2019à ce que les forbans, après avoir détruit ce qu\u2019ils ne pouvaient em- | porter, eussent enfin levé l\u2019ancre et disparu.d [2] Près du passage de Canso, à l\u2019est de la Nouvelle-Ecosse, PET Er Th RARES a 520 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE mousquets, ou le tranchant de leur hache, tombaient chaque fois un grand nombre d\u2019agresseurs, Mais eux aussi ils étaient moissonnés par les balles des ennemis.C\u2019est là ce qui explique comment Port-Royal qui renfermait en 1686, 592 habitante, n'en comptait plus que 461 en 1689.De leur côté, les sauvages, pour venger leurs amis, allaient avec Saint-Castin semer la mort jusque dans le cœur de la Nouvelle-Angleterre.Le 15 et le 14 août 1676, Pémaquid, New Harbour, Corbin\u2019s Sound et Windgins, fort et villages tres importants dans le comté de Devonshire, sont par eux dévastés et brûlés.Rien ne peut apaiser ces redoutables vengeurs, et les Anglais de Sagadahock n\u2019obtiennent de trève qu'à la condition de leur payer un tribut annuel.À de nouvelles incursions il fallait de nouvelles représailles.La prise et le sac de Pentagoët par Andros en 1688, furent suivis par la destruction et l\u2019incendie de Fort Charles et de Jamestown, par les Abénaquis; et leurs chefs dans le délire de la vengeance, criaient : \u201c Donnez-nous deux cents Français et nous brûlerons Boston.\u201d Pour se dédommager de ne pas brûler, faute d'avoir deux cents Français, la capitale de la Nouvelle-Angleterre, ils se jetèrent sur quatorze autres forts de moindre importance qu\u2019ils détruisirent, et s\u2019en retournèrent après avoir fait un massacre épouvantable de cranes anglais.Quelques années plus tard Chubb, autre gouverneur anglais, fit charger de chaînes et égorger, pendant un pourparler de paix, quelques-uns de leurs sagamos.Aussitôt ils déterrent la hache avec une fureur inouïe, et vont porter le fer et le feu jusque dans Grotton, sous les murs mêmes de Boston, Mais ces expéditions coûtaient la vie à beoucoup de leurs guerriers ; et les Anglais, plus nombreux et mieux armés, prenaient quelques fois d\u2019éclatantes revanches.Wallis et Bradford, avec six compagnies de soldats, exterminèrent dans un seul combat livré en 1799, sur les bords de la rivière Ké- nébec, 700 Abénaquis. prmpcencanana ORIGINE DES ACADIENS 521 Ils ne sont guère plus épargnés, dans un autre sens, par les autorités françaises qui ne manquent pas une occasion de les pousser aux armes et de les placer toujours aux premiers rangs, se croyant justifiées de les sacrifier ainsi parce qu'elles leur envoyaient périodiquement quelques présents (1).À chacune de leurs querelles privées ou publiques, les Abéna- quis prennent part ; ils sont de toutes les excursions, dans toutes les batailles à tous les assauts; en Acadie, à la Nouvelle-Angleterre, au Canada, à Terre-Neuve.Ces guerres de tous genres, sans cesse renouvelées, les avaient décimés au point qu\u2019en 1703, Brouillau, gouverneur de l'Acadie, écrivait au gouvernement français toujours prodigue du sang de ces tribus dévouées: \u201c Il ne faut pas croire que l'on puisse rassembler les sauvages comme vous me le marquez, en cas d\u2019attaque par les Anglais ; ils sont répandus en des endroits bien différents et trop éloignés pour pouvoir les avoir en deux mois\u201d (2).C\u2019est là l\u2019eau-de-vie qui faisait crever les fidèles alliés de la France ; eau-de-vie dont, hélas ! grâce à l\u2019égoïsme du gouvernement, ils ont été trop souvent abreuvés, Le rapport de Denonville avait produit son effet a la cour, non pas qu'il eut déterminé le Grand Roi a envoyer en Aca.die des soldats ni même des colons, mais il avait alarmé I'Ame du vieillard, ou, selon l'expression de ses biographes, du soleil à son coucher.Une chose est remarquable dans l'établissement de l\u2019Acadie vis-à-vis la France.Il semble que les rois, pressentant les malheurs qui devaient s'abattre sur cette malheureuse colonie, n'aient songé qu'à y préparer des martyrs, pendant qu\u2019il eut été si facile d'y susciter des dominateurs ; et que, pour [1] Encore ces présents, consistaient-ils pour la plupart, en fusils, poudre et plomb.[2] Brouillan au Ministre, 3me Série, vol.II, p.606.Le gouverneur Philippe écrit à peu près la même chose à Craggs en 1720 ; Nova-Scotia Archives, p.32. 522 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE se justifier de faire répandre a tout propos le sang des indi- genes, ils alent cru assez faire en leur fournissant des missionnaires qui les tinssent toujours préts a mourir, comme ils I'étaient toujours a combattre.Nous savons avee quel soin on avait donné aux premiers colons des prétres et des religieux pour les instruire et en méme temps évangéliser les sauvages ; nous avons vu quel choix sévère était fait, non- seulement des colons, mais aussi des gouverneurs ; Poutrin- court et Biencourt son fils, traduisant aux sauvages les prières et instructions religieuses des missionnaires ; La Saussaye, Madame de Guercheville et les Jésuites, formant de concert un établissement à Saint-Sauveur.Quand il eut été décidé par la compagnie des Cent Associés de reprendre, en 1632, l'établissement de l\u2019Acadie, le gouverneur qu\u2019on y envoya avec une colonie \u201c d'élite,\u201d était un saint, Razilly, chevalier de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem aussi pieux, que marin habile et guerrier intrépide.Nous avons vu La Tour perdre tous ses droits et propriétés en Acadie, sur accusation d\u2019avoir débauché quelques Souri- quoises, puis réhabilité en entier, lorsqu\u2019il eut été prouvé que les accusations qui l'avaient perdu étaient mensongères.Nous avons dit aussi que le Roi, dans chacun de ses édits, commissions, lettres et mandements aux gouverneurs, leur recommandait avant tout de travailler au salut des âmes, à la conversion des naturels, de veiller à ce que les Français leur montrassent bon exemple en toutes choses ; nous allons voir ici, en réponse au rapport de Denonville, les mémes ordres et recommandations renouvelés.\u201c La principale vue de Sa Majesté dans ces établissements,\u201d commence-t-il par écrire au gouverneur de l\u2019Acadie, \u201c consiste principalement en la gloire de Dieu et à faire connaître la vérité de notre sainte Religion aux nations du pays.\u201d Il lui recommande ensuite, d'une manière trop détaillée pour que je transcrive sa lettre en entier, la plus grande vigilance pour la répression de tout désordre de la part des colons français au milieu des DOC ES: ORIGINE DES ACADIENS 523 sauvages.Pour prévenir toute occasion de débauche, les débauches surtout dont Denonville lui avait fait un récit, il lui défend de laisser aller les habitants dans les bois et sur les rivières faire la traite avec les sauvages ; \u201cmais ils devront se contenter de négocier avec eux lorsqu'ils viendront dans leurs habitations et demeures.\u201d Le gouverneur verra à ce que ce négoce soit fait avec douceur, bonne foi \u201cet surtout empêchera que les Français ne débauchent les sauvagesses.\u201d Cependant, il lui permet d'accorder \u201c quelques permissions limitées mais en connaissance de cause avec beaucoup de précaution et de retenue, à quelques particuliers vivant dans l\u2019ordre et soumis à une bonne discipline, soit à cause de leur pauvreté, ou bien pour leur donner moyen de continuer et augmenter leur entreprise pour la pêche et la culture de la terre.\u2019.\u2026.\u201c En cas qu\u2019il permette cette traite, il fera savoir à Sa Majesté les raisons qu'il aura de le faire, et le nombre de ceux qu'il en aura gratifiés.\u201d Ces ordres sont-ils assez détaillés, assez formels ?Tout cela pour empêcher les Acadiens de donner scandale aux sauvages en courant les bois ; pour prévenir ce qu\u2019au Canada il n\u2019était plus possible de réprimer.Le roi ne borne pas là ses recommandations \u201c Sa Majesté est informée, continue-t-il, qu\u2019il y à un petit nombre de particuliers prétendant avoir des concessions exclusives sur de grandes étendues du pays.qui ne se sont employés jusqu'à présent ni à la culture de la terre, à la nourriture des bestiaux, ni à faire aucun greffe, et qu'ils se sont uniquement occupés à la traite dans les baies, et dans une débauche scandaleuse, en exerçant aussi des violences contre les Français sous prétextes de dites concessions.Sa Majesté informe le gouverneur de faire repasser en France ceux qui ne voudront pas travailler sans retard à la terre et à la pêche, et ceux quil trouvera dans la débauche et autres désordres.et qui ne seraient pas jugés propres à contribuer aux desseins de Sa Majesté dans les établissements solides du pays.et de ne point 524 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE souffrir de gens oisifs ni débauchés\u201d (1).Au nombre de ces \u201c particuliers prétendant avoir des concessions,\u2019 etc, et que le Roi ordonne au Gouverneur de faire \u201c repasser en France,\u201d on peut, je crois, sans trop hasarder, mentionner le seigneur Enaud, et un autre seigneur établi vers Chedabouctou.Tous ces rapports et ces informations d\u2019un côté, ces instructions et ces ordres de l'autre, ne laissent pas lieu à supposer l\u2019existence d'aucun commerce illicite entre les Acadiens et les Souriquoises.Les gouverneurs, munis d\u2019ordres aussi sévères et de pouvoirs aussi étendus que ceux que leur donnait le roi, ne pouvaient permettre ni tolérer des abus qui eussent mis en danger la colonie tout entière.Le roi recommande au gouverneur de donner avis de tels désordres à l\u2019Evêque de Québec et à Sa Majesté.Or ces avis étaient donnés, non seulement par les gouverneurs, mais aussi par les nombreux inissionnaires que l\u2019Evêque de Québec, moyennant une pension sur le Trésor, entretenait à Pen- tagoët, à la Rivière Sainte-Croix, à la Rivière Saint-Jean, à Port-Royal, aux Mines, ct dont les dessertes embrassaient en outre les établissements français de moindre importance, et tous les campements et résidences des sauvages.Nous avons dans ces relations de tous genres le détail de ce qui se passait dans la colonie, et nulle part nous ne voyons qu'aucun Acadien, excepté ceux dont les recensements font mention, se soit uni, d\u2019une manière légitime ou autre, aux filles des Sou- riquois et des Abénaquis.Et cependant personne n'\u2019osera avancer que les missionnaires et les gouverneurs se sont montrés tolérants à l'égard de tels abus, ou d'abus quelconques, et disposés à couvrir plutôt qu'à mettre au grand jour, les griefs ou les semblants de griefs que les uns pouvaient avoir contre l'administration ou la conduite des autres.Frontenac accuse à la cour les missionnaires de l\u2019Acadie \u201cde [1] Instructions de Louis XIV à de Maneval, datées § avril 1687.3ème Série, vol.1, pp.146-7-8, etc.8 ORIGINE DES ACADIENS 525 s'occuper de choses qui ne sont point de leur fait\u201d (1); Saint-Castin accuse Perrot, gouverneur de Port-Royal, d\u2019être d\u2019intelligence avec le gouverneur de Boston (2), et Villieu accuse Saint-Castin de faire entrer les Anglais dans le commerce des pelleteries (3) ; Villieu formule de fortes plaintes contre Villebon lui-même, et contre les missionnaires Saint- Gautins et Saint-Cosme (4).De leur côté les missionnaires ne cachaient pas plus, dans leurs lettres, les désordres des laïques que ceux-ci ne se montraient disposés à les laisser outrepasser les limites de ce qu\u2019ils appelaient leur juridiction.En 1694, les enfants de Pamours, conseiller au Conseil Souverain, furent accusés d\u2019avoir pris, avec les sauvagesses de la rivière Saint-Jean, des permissions interdites même aux Seigneurs.Aussitôt on ordonna des investigations à ce sujet ; et Champigny, qui en était chargé, fit au ministre du roi un rapport, qu\u2019il accompagna des plus minutieux détails sur le compte des accusés, avec un certificat du Père Simon, missionnaire de l'endroit, attestant \u201c que c'était mal à propos qu\u2019on avait mandé au Ministre que les enfants de Pamours menaient une vie licencieuse avec les sauvagesses, que leur conduite était fort bonne, etc.\u201d (5).Le bruit s\u2019était accrédité que le Sieur Bonaventure entretenait une fille de 18 à 20 ans, et partant menait une vie scandaleuse.Il n\u2019en fallait pas davantage pour lui intenter un procès à Québec, puis à la cour.Brouillan, alors gouverneur de l\u2019Acadie, dut inter- [1] 2me Série, Vol.VII, p.169.[2] 2me Série, vol.V, p.285.[3] 3me Série, vol.II, pp.431-5.Saint-Castin passe en France en 1701 pour se justifier ; 2me Série, vol.IX, p.338.~ [4] 2me Série, vol.VII, pp.130 à 132.\u2018\u2018 Quelques habitants se sont rendus jusqu\u2019a Québec porter leurs plaintes.\u201d\u201d 2me Série, vol.VII, p.262.[5] 2me Série, vol.VIII, p.261.; à A ; i À 526 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE venir, et dans son rapport au Ministre, il dément formellement toutes les imputations faites contre ce prétendu séducteur, comme étant fausses et sans fondement (1).Le serupule à l\u2019endroit des mariages mixtes fut poussé si loin, que Maneval, en 1689, écrivant au roi, impute a crime a deux gentilshommes de Port-Royal, Soulègre et Desgoutins de fomenter, quant au premier, des actes de mutinerie contre Pautorité, et au second \u201c de s\u2019être sottement marié à la fille d\u2019un paysan \u201d (2).C\u2019est ce sot mariage qui a sans doute inspiré à Dierreville le quatrain suivant : Plus qu'ailleurs on s\u2019y mésaillie (à Port-Royal) On ne regarde point à la condition, Dans son transport On se marie, Rien ne rebute et tout est bon.(3) \u2018 Dierreville visitait l\u2019Acadie en 1699.Dans le rapport qu\u2019il a laissé de son voyage, écrit ici en vers, là en prose, il envisage surtout le côté ridicule des choses.Tout ce qui offre matière à blâme ou à commentaire n'échappe pas à sa verve satirique.ll raconte, à propos des unions entre les Canadiens et les sauvagesses, des choses & sensation.L\u2019Acadie est traitée avec guère plus de ménagements.Mais de mariages mixtes et de libertinage il n\u2019a pas un mot, même pour faire pendant à ce qu\u2019il dit à ce sujet du Canada.Or, Dierre- ville abonde en informations détaillées et exactes sur la condition de l\u2019Acadie et des Acadiens.Cependant Port-Royal, affaibli par les nombreuses expéditions des Anglais, et surtout par les ravages deux fois renouvelés en 1690, ne se relève que très lentement de ses ruines.Cobéguit, au contraire, Beaubassin et les Mines, plus retirés vers le fond de la Baie Fundy, et moins exposés aux coups de main, prennent une importance relative assez [1] 3me Série, vol.III, pp.t18-9.[2] 3me Série, vol.I, pp.173-4.[3] Dierreville, pp.74-5.»,, ul ORIGINE DES ACADIENS 527 considérable.La grande fertilité des terres, l'avantage de riches et vastes marais, y attirent chaque année quelques immigrants de France, auxquels vient se joindre de temps en temps un habitant ruiné de Port-Royal.Cette dernière ville, ou plutôt ce fort, ne renfermait encore, en 1693, que 500 habitants; mais les Mines en comptaient déjà 307, et Beau- bassin 119.Les établissements de la côte du sud et de l\u2019est ne marquent aucun progres sensible.Au Cap Sable, la population, composée presqu\u2019exclusivement des descendants de la famille La Tour par sa seconde femme est de 32 âmes : il y a 12 colons établis à Port Razoir (3) ; 7 à la Hève ; 7 à Pasma- quoddie (4) ; 21 à la rivière Saint-Jean, et 20 à Pentagoët, y compris Saint-Castin et ses sept enfants.Quelque peu considérables que fussent ces divers noyaux d'habitants, établis comme ils l\u2019étaient sur tous les points de l\u2019Acadie, ils auraient pu fournir de grandes ressources en temps de guerre, si le gouvernement français eut pris soin d\u2019en favoriser le développement.Mais qui songeait alors à l\u2019Acadie ?Colbert était mort: les magnificences du Grand Roi laissaient la France épuisée et incapable de soutenir la seule guerre légitime portée pendant ce long et glorieux règne, la guerre de la succession d\u2019Espagne prête à éclater.Vauban seul traçait sur le papier, pour le succès et l\u2019avenir des colonies, de vastes plans qui ne devaient jamais se réaliser.Au Canada les esprits n'étaient pas encore remis du massacre épouvantable fait à La Chine par les Iroquois ; et loin de pouvoir prêter assistance aux Acadiens, le pays prêt à périr, n\u2019était sauvé que par le bras de Frontenac.Malgré cet abandon où elle était laissée et malgré tous les désavantages de sa position, l\u2019Acadie ne laissait pas de croi- [3] Aujourd\u2019hui Roseway, Nouvelle-Ecosse.[4] Sur la rivière Sainte-Croix, entre l\u2019Etat du Maine et le Nouveau- Brunswick. 528 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE tre et de se développer d'une manière remarquable.En 1703, les Mines comptaient 427 habitants, Beaubassin 245 et Cobéguit 87 ; mais Port-Royal n\u2019en renfermait que 485.La population entière de l'Acadie s'élevait à 1,300 âmes, ou à peu près.Ce chiffre, si peu important qu\u2019il paraisse au lecteur, semblait néanmoins formidable aux autorités bostonaises qui basaient leurs calculs moins sur le nombre que sur la valeur des colons, Il n\u2019en avait pas fallu autant, en 1696, pour démanteler leurs principales forteresses.La Nouvelle-Angle- terre était, du reste, sérieusement menacée du côté des Canadiens qui, depuis le grand traité de 1700 avec les Iroquois, avaient pris l\u2019offensive avec des succès alarmants.Hertel de Rouville et Beaubassin avaient successivement promené de petits corps d'armée depuis Casco jusqu'à Wells, depuis les monts Alleghanys jusqu'à Durfield et Portsmouth, dans le Massachusetts, et fait de tous les forts et bourgades de ces parages autant de monceaux de ruines.Trop faibles ou trop peu confiants dans leurs forces pour attaquer tout d\u2019abord le Canada, les Anglais résolurent d'en finir au moins avec l\u2019Acadie.Les Acadiens avaient prévu le coup dont ils étaient menacés ; ils sentaient que le moment était venu de décider sur le champ de bataille auquel des deux peuples, anglais ou français, devait rester l'empire du Nouveau-Monde.Mais en vain sollicitèrent-ils quelques secours d'armes, pour frapper les premiers coups, envahir la Nouvelle-Angleterre et prendre Manhatte (1).Cette héroïque détermination ne fut ni [1] Manhatte, aujourd\u2019hui New-York.La population des! colonies anglaises à cette époque s\u2019élevait à 262,000 âmes ainsi reparties : Massachusetts, 70,900 Connecticut, 30,000 New Jersey, 15,000 Rhode Island, 10,000 Pennsylvanie, 20,000 New Hampshire.10,000 Virginie, 40,000 New-York, 30,000 Caroline du Nord, 5,000 Maryland, 25,000 \u201c \u201c Sud 7,000 Colonies centrales, 175,000 Colonies méridionales 87,000 Le Canada et l\u2019Acadie, réunis, ne comptaient que 18,000 âmes ! ORIGINE DES ACADIENS 529 comprise ni secondée.Les Anglais, sur ces entrefaites, vinrent mettre le siège devant Port-Royal.Il n'entre pas dans le cadre de cet ouvrage de faire le récit de cette guerre, une des plus mémorables par la résistance des assiégés, dont il soit fait mention dans les colonies frangaises d\u2019Amérique.Je dirai seulement que les Anglais, avec des flottes et des soldats plus nombreux de moitié que la population entière de toute l\u2019Acadie, vinrent trois fois se briser contre Port-Royal.Cette ville n\u2019avait pour défenseurs, au-dedans des murs, que 50 soldats joints à 150 habitants et une centaine de flibustiers; et au-dehors Saint- Castin avec sa petite troupe d\u2019Acadiens et d\u2019Abénaquis, et une soixantaine de Canadiens.» Les préparatifs de la quatrième invasion prirent trois ans, Connecticut, New-York, New-Jersey, furent épuisés d\u2019hommes et d'argent.Pour en assurer le succès, on envoya d'Angleterre le général Nicholson, avec un régiment de marine, se mettre a la tête de l'expédition.Le 24 septembre 1710, une cinquantaine de navires montés par 3,400 soldats entrèrent dans la rade de Port-Royal et mirent le siège devant la ville.Subercase, gouverneur du pays, n\u2019avait que 300 hommes, soldats et habitants, à lui opposer ; et pour comble d\u2019infortune, Saint-Castin était en France.Après vingt-deux jours de blocus, Subercase dût rendre à l\u2019ennemi son fort à quatre bastions.Ainsi tomba la capitale de l\u2019Acadie après une défense qui laissait la Nouvelle-Angleterre à demi ruinée.On peut se faire une idée de l'acharnement que mirent les Anglais à abattre cette colonie, par le fait qu\u2019il leur en avait déjà coûté, en 1703 et 1704, au rapport de Hildreth, plus de £1,000 sterlings par chevelure abénaquise (1).Qu'avait-on fait pour l\u2019Acadie pendant cet intervalle ?Le gouvernement y avait dirigé quelques recrues dont Suber- [1] Hildreth, vol, II, p.253. \u201cTl EET oii m= x 530 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE case dut renvoyer le plus grand nombre à cause de mutinerie.La chute même de Port-Royal réveilla à peine l'attention de la Cour, tout absorbée dans les guerres continentales sous le poids desquelles la France était prête à succomber.En vain le fils de Saint-Castin extermine-t-il un escadron anglais, en vain une levée de 400 Acadiens demande-t-elle un officier pour les commander dans l\u2019audacieux projet de reprendre Port-Royal ; personne ne peut leur en fournir, et Port-Royal reste au pouvoir de la garnison britannique pour n\u2019en plus sortir.Deux ans plus tard fut signé le traité d\u2019Utrecht par lequel la France cédait à l\u2019Angleterre l\u2019Acadie \u2018\u201c conformément à ses anciennes limites \u201d (1).[1] C\u2019est-à-dire la Nouvelle-Ecosse proprement dite.Cette expression \u2018\u2018anciennes limites,\u201d devint plus tard l\u2019objet de longues et infruc\u201d truieuses négociations entre l\u2019Angleterre et la France.(A suivre.) Li Pour aider à la solution de questions qui sagitent aux Etats-Unis et au Canada MEMOIRE adressé à Sa Sainteté Pie X, aux Eminentissimes Cardinaux, ainsi qu\u2019aux principaux archevêques et évêques des Etats-Unis et du Canada intéressés dans la matière et à leurs conseillers.\u2014\u2014 SECTION III.\u2014DE LA CONSERVATION DE LA LANGUE MA TERNELLE PAR RAPPORT A LA CONSERVATION DE LA FOI CHAPITRE I.(Surte) Comme les consulteurs et les curés inamovibles ont la part initiale dans l\u2019élection des évêques, \u2014qui souvent sont choisis parmi les consulteurs eux-mêmes\u2014et comme il sont censés agir d\u2019après le désir du clergé, on comprend leur action dans la création d\u2019évêques 77/andais.Et comme les évêques de la province.en général, sont aussi irlandais, au moins en majorité, il est bien difficile qu\u2019un prêtre non- irlandais ait des suffrages suffisants surtout comme dignis- simus ou dignior, Grâce à ces causes et grâce aussi à divers moyens qu\u2019emploient les assimilateurs pour réussir, telle la représentation qu\u2019ils font au Saint Siège des raisons d\u2019opportunité de choisir un Irlandais et des dangers politiques (imaginaires) qu\u2019il y aurait à agir autrement, grâce, dis-je, à ces causes et à ces moyens, il se fait qu\u2019il y a aux - \u2014 FS EE - 532 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Etats-Unis et au Canada plusieurs diocéses ou la grande majorité des fidéles est franco-canadienne et ou pourtant on aun évêque irlandais.Il se fait qu\u2019aux Etats-Unis, bien qu\u2019ils y soient environ I,200,000, ils n\u2019ont qu\u2019un évêque de leur race.Il se fait qu\u2019au Canada, malgré que les trois quarts des catholiques soient franco-canadiens, il n\u2019y a que 4 archevêques et IS évêques de leur nationalité, tandis que l\u2019autre quart a 4 archevêques et I0 évêques.Il se fait qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019évêque, fils des Acadiens, race glorieuse entre toutes, qui forme un groupe puissant, opiniâtrement fidèle à ses traditions catholiques, comptant 250,000 représentants et qui avait déjà la majorité dans le Nou- veau-Brunswick en IQOI et l\u2019a actuellement dans les trois provinces maritimes, lesquelles constituent la province ecclésiastique d\u2019Halifax avec un archevêque et 4 évêques.La manie de dominer et d\u2019assimiler, produite par les causes exposées plus haut, \u2014auxquelles nous pouvons joindre l\u2019esprit de race\u2014se manifeste dans une foule d\u2019autres choses qu\u2019il serait trop long et trop fastidieux de décrire ; elle exerce son influence d\u2019une manière inconsciente même sur des personnes qui sont en principe opposées à l\u2019assimilation.Elle aveugle ceux qui en sont atteints et les conduit à voir, dans les opinions et les actes de leurs adversaires, des choses qui ne s\u2019y trouvent nullement; nous en verrons un exempte plus bas en parlant de la pétition présentée par Cahensly.Tout cela, je le répète, est connu ; et certains assimilateurs ne cachent nullement leurs desseins.J'ai sur ces divers faits de nombreux documents publics et privés.Après avoir lu tout ce qui a été dit dans le présent chapitre, qui ne comprend quelle doit être l\u2019indignation des Canadiens-Français qui réfléchissent à ces choses, quel doit être leur désir de se libérer de ce qu\u2019ils appellent \u201cl\u2019esclavage et la tyrannie irlandaise \u201d! Qui n\u2019excusera pas ceux d\u2019entre eux qui dans la revendication des droits de leur race, dans la lutte pour la conservation de leur langue, de leurs traditions, de leur foi, se laissent aller quelquefois à employer contre leurs adversaires des expressions POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 533 dures, offensantes, et dans le feu de la discussion pèchent par inexactitude ou exagération, vices d\u2019ailleurs qui se rencontrent aussi bien dans le parti opposé.(Voir plus haut nn.31 et 32).Qui ne comprend également combien les agissements des assimilateurs doivent nuire à la religion, faisant perdre le respect dû aux supérieurs, éloignant de l\u2019église, causant des doutes, etc.Déjà nous avons parlé de ces choses ; et il est temps de traiter du mauvais effet général de l\u2019assimilation, c\u2019est-à-dire de la grande part qu\u2019elle a eue et continue à avoir dans la perte de la foi chez des millions de catholiques.CHAPITRE II 83.Certains admirateurs européens ou américains des institutions des Etats-Unis, dans leur engouement, portent jusqu\u2019aux nues les progrès, d\u2019après eux merveilleux, que l\u2019Eglise catholique a fait dans ce pays.Ils les attribuent à la séparation de l\u2019Eglise et de l\u2019Etat, à la grande liberté dont y jouit l\u2019Eglise, au fait que le catholicisme a pu s\u2019y soustraire aux haines politiques, etc.; ils oublient l\u2019immigration, l\u2019accroissement naturel par les naissances, l\u2019accession de nouveaux territoires.Celui qui connaît la vraie histoire ne partage pas leur admiration, mais éprouve un tout autre sentiment en constatant le triste fait que des millions y ont perdu la foi ; et dans son zèle, s\u2019il en a, il recherche les causes et les remèdes à ce mal.Ecoutons à ce propos l\u2019Æxtension Magazine (Vol.V, n.11), bulletin de la Société pour l\u2019extension de l\u2019Eglise catholique (The Catholic Church Extension Society) des Etats-Unis, dans un article reproduit par la Catholic Fornightly Review, Ier mai IQII, p.270 ss.L\u2019écrivain citant [a Correspondance de Rome du 13 janvier IOII, dit : \u201cIl faut être tout-a-fait au courant des faits pour porter un jugement sur l\u2019avenir du catholicisme dans ce grand pays, mais surtout pour régler le présent.\u201d \u2018\u201cL\u2019éditeur de la Fortnightly (Mr Preuss) est d\u2019opinion que les pertes subies sont réelles, et dit que lorsqu\u2019il exprime 534 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE cette opinion, il est dénoncé comme un toqué sans patriotisme, pessimiste et alarmiste.M.Preuss se consolera peut-être en apprenant qu\u2019il n\u2019est pas le seul dans ce cas.Le fait est que les neuf-dixièmes d\u2019entre nous ne veulent réellement pas connaître la vérité.\u201c Y a-t-il eu des pertes dans l\u2019Eglise aux Etats-Unis ?Il y en a eu tant, mes frères, que vous seriez terrifiés d\u2019apprendre quelle serait votre part, si la responsabilité était divisée entre ceux qui sont restés fidèles; et nous n\u2019arrivons pas à comprendre comment on puisse penser qu\u2019il y ait du mérite à cacher le fait ou comment on puisse s\u2019attendre à arrêter un mal dont on tâche d\u2019ignorer l\u2019existence.\u201c En face des critiques la tendance naturelle des catholiques des Etats-Unis, mis ainsi sur la défensive, est de nier le tout en bloc et de couvrir de fleurs de rhétorique des faits désagréables.Nous qui connaissons la situation nous gémissons intérieurement quand nous sommes témoins des félicitations que nous nous adressons dans les congrès, les banquets et les occasions de ce genre, non pas parce que nous n\u2019aimons pas le parfum des fleurs, mais parce que nous savons que si la chose hideuse qui est en dessous reste là plus longtemps, le parfum d\u2019un million de fleurs,renforcé par toute l\u2019eau de Cologne de la terre, n\u2019empêchera pas des suites troublantes pour la tranquillité de notre esprit et la paix de notre conscience.\u201d 84.Dicté par le même zèle est l\u2019article du Père O.M.Shinnors, missionnaire irlandais des Oblats de Marie-Im- maculée, paru dans l\u2019Zrish Eccl.Record, ensuite résumé et reproduit en partie dans le Zable de Londres, IS fév.1902, p.261s.En voici un extrait que, après l\u2019avoir comparé avec l\u2019original du Z'ablet, je transcris de la traduction qu\u2019en donne le Père Ch.Maignen, Nouveau catholicisme et nouveau clergé, 2e éd., Paris 1902, p.472 ss.\u201cQuelle est la proportion des catholiques irlandais tombés ainsi dans le gouffre noir de l\u2019incroyance ?On ne peut la conjecturer avec quelque semblant d\u2019exactitude.Mais POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 535 il n\u2019y a pas de doute que la proportion soit grande.Il y a toute raison de craindre que la grosse majorité des apostats soit de race irlandaise et même, pour un bon nombre, nés en Irlande, car les Irlandais semblent se laisser américaniser plus aisément que tout autre peuple et s\u2019américaniser (j'emploie le mot comme de juste, dans le sens qui se présente de lui-même) c\u2019est se décristianiser\u2026 \u201cLes Irlandais n\u2019ont malheureusement pas une langue qui les préserve, et la conséquence est qu\u2019ils prennent les habitudes, les manières et les modes de parler de ceux qui les entourent.Ils deviennent, quelques mois après leur arrivée, plus Américains que les Américains eux-mêmes.Beaucoup d\u2019entre eux sont pris par l\u2019esprit d\u2019irréligion qui transpire partout autour d\u2019eux, et, s\u2019ils ne rejettent pas formellement ila foi, ils y deviennent insensibles et indifférents, et peu à peu ils élèvent leurs enfants sans aucune connaissance de Dieu et de son Eglise.\u201c C\u2019est, je crois, l\u2019un des plus tristes faits de notre triste histoire.Le peuple qui dans ses foyers mourrait joyeusement pour sa foi comme ses pères, se dépouille délibérément de ce précieux trésor en Amérique, comme un sacrifice à l\u2019esprit d\u2019impiété du pays.Pour l\u2019esprit d\u2019un prêtre, pour l\u2019esprit de tout vrai catholique, peut-il y avoir un argument plus fort contre l\u2019émigration ?Notre cœur se serre et notre sang s\u2019enflamme quand nous lisons des milliers et milliers d\u2019hommes de notre sang qui mouraient de la fièvre il n\u2019y a seulement qu\u2019un demi-siècle, dans la traversée de l\u2019Atlantique, et dont les os n\u2019ont à cette heure pour sépulture que ples profondeurs de \"Océan.Au point de vue chrétien, eur sort n\u2019était-il pas enviable comparé à celui des émigrants irlandais d\u2019aujourd\u2019hui qui ne traversent les flots de l\u2019Océan dans l\u2019un de nos vapeurs-salons que pour perdre la foi et pour perdre leur âme sur l\u2019autre rivage ?\u201c Depuis ma courte excursion en Amérique, j'ai été plus que jamais attristé à la vue des départs d\u2019émigrants, car je ne puis m\u2019empêcher de les regarder comme se précipitant dans la mort spirituelle.Quel brise-cœur que cette procession constante de notre peuple vers Queenstown ou Li. 536 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE verpool pour New-York, que cette perte continue du sang d\u2019une nation qui mérite de vivre, mais qui, de jour en jour, s\u2019achemine vers la mort.Voyez cette foule de beaux jeunes gens, pleins de foi, pleins de piété, dont le visage respire la candeur, l\u2019honnêteté, le courage, l\u2019espoir, la mâle pureté de leur âme! Que seront-ils dans quelques années, au milieu des influences corruptrices d\u2019une grande ville d'Amérique?Mais combien plus douloureux encore de voir nos jeunes filles d\u2019Irlande, vraies enfants de Marie- Immaculée, modèles de douceur, de grâce et d\u2019innocence, se vouer inconsidérément à leur perte, pour le temps et pour l'éternité.\u201d ; 82.Il est nécessaire de parler un peu plus des pertes qu déplorent tous ceux qui sont animés de zèle.Je citerai d\u2019abord Jules Tardivel, La situation religieuse aux Etats-Unis, Paris, 1900, p.258 ss.On a tort de nous représenter le développement du catholicisme aux Etats-Unis comme prodigicux, C\u2019est une assertion absolument contraire a la vérité historique.Ce qui est prodigieux, c\u2019est le nombre d\u2019enfants que l\u2019Eglise a perdus sur la terre de la grande République.\u2018\u201c Elle a commencé à en perdre dès les premiers jours des colonies ; elle en a perdu après ; elle en perd encore\u2026 \u201cTe cite une histoire de l\u2019Eglise aux Etats-Unis, écrite par un Américain (Irlandais).Je cite la sixieme édition de cette histoire ; c\u2019est-à-dire une édition examinée, critiquée et soigneusement revue.Dans la préface de la quatrième édition, l\u2019auteur fait la déclaration suivante : \u201c Chaque ligne, chaque fait, chaque date a été soumise à une critique minutieuse et sévère.J\u2019ai fait des changements et même une nouvelle rédaction a été donnée à des paragraphes entiers.J'ai reçu des observations et des corrections de tous côtés.Quelques-unes des plus hautes autorités ecclésiastiques du pays m\u2019ont honoré de leurs conseils ; et dans chaque cas j'ai fait volontiers les corrections et les modifications qu\u2019on me conseillait de faire.\u201d \u201c C\u2019est donc un livre qui offre, dans sa sixième édition, une autorité plus qu\u2019ordinaire. POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 537 \u201c Voici maintenant ce que nous y lisons au sujet des pertes que l\u2019Eglise a faites aux colonies anglo-américaines, avant la guerre de l\u2019Indépendance : \u201c\u201c Avant la Révolution, l\u2019Eglise a fait de grandes pertes dans les colonies anglaises de l\u2019Amérique.À part beaucoup de catholiques d\u2019autres nationalités, il est certain que gquel- ques centaînes de mille catholiques irlandais ont débarqué sur nos rives pendant les cent cinquante ans qui ont précédé la Déclaration de l'Indépendance.\u201c Après la guerre de l'Indépendance et l\u2019établissement du gouvernement de la République, l\u2019Eglise s\u2019est organisée régulièrement, et les pertes ont dû, dès lors, diminuer.Cependant, elles n\u2019ont jamais cessé.De tout temps elles ont été terribles.Elles le sont ercore à l\u2019heure présente.\u201c Dès 1848, un auteur français, hostile à l\u2019Eglise, il est vrai, Guillaume Tell Poussin, ministreplénipotentiaire aux Etats-Unis, fait cette observation : \u201c L\u2019influence démocratique et puritaine est telle aux Etats-Unis, que je suis d\u2019opinion que le nombre des catholiques romains diminuerait sensiblement s\u2019il n\u2019était recruté d\u2019une manière démesurée par les émigrants catholiques qui, chaque année, arrivent de l\u2019Europe, particulièrement de l\u2019Irlande.\u201d \u201c M.Claudio Jannet cite un écrivain d\u2019origine irlandaise, le Rév.Stephen Byrne, qui, dans un écrit intitulé : \u201c Irish emigration to the United States.What it has been and what it is (1873, n.7, p.56), déclare que \u2018sans ces funestes déperditions de forces, les catholiques seraient aujourd\u2019hui trois fois plus nombreux qu\u2019ils ne le sont aux Etats-Unis.\u201d \u201c Je reviens à la sixième édition de l\u2019histoire populaire de l\u2019Eglise aux Etats-Unis, par Murray, à cause des garanties d\u2019exactitude qu\u2018elle offre.A la page 581, nous lisons : \u201c Qu\u2019est-il arrivé pendant les cinquante ans qui ont suivi la Révolution ?Les pertes se sont continuées.Mgr England, évêque de Charleston, fut le premier qui étudia cette question avec soin et patience.En 1836, il estimait la population catholique des Etats-Unis à I,200,000.\u201cNous devrions, disait l\u2019illustre prélat, s\u2019il n\u2019y avait pas eu de pertes, comp- man ER IEE Lo wee 538 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE ter cing millions de catholiques, et nous avons moins d\u2019un million et un quart ; il doit y avoir une déperdition de trois millions et trois quarts.Et les personnes ainsi perdues se trouvent dispersées au sein des diverses sectes, en trois fois plus grand nombre que la population catholique de tout le pays.J'estime que, dans mon diocèse, il y a moins de I2,- 000 catholiques, et que les descendants des catholiques appartenant aux différentes sectes sont au nombre de 38,000 à 40,000.\u201d \u201c Qu\u2019on veuille bien le remarquer, il y a 63 ans que Mgr England évaluait les pertes de l\u2019Eglise des Etats-Unis à 3,750,000.\u201cVoici ce que Murray nous dit de l\u2019époque qui a suivi ce premier recensement fait par le grand évéque de Charleston : \u201c Les derniéres quarante ou cinquante années ont également connu des pertes.L\u2019immigration catholique arrivait par flots pressés en ce pays.Les pertes immenses qu\u2019a subies le catholicisme en Amérique sont mieux connues de ceux qui ont mieux étudié le sujet.Nous ne pouvons pas les nier\u2026 Traduites en chiffres, quelles ont été réellement nos pertes ?demandera-t-on.Vu l\u2019état peu satisfaisant de la statistique en ce pays, il est impossible de donner une réponse absolument exacte et certaine.Mais, sans crainte de se tromper, on peut dire que, pendant les deux cent cinquante dernières années, le nombre des catholiques qui ont abandonné la foi est plus considérable que le nombre de ceux qui la professent.\u201d \u201c L\u2019archevêque Spalding, cité par Murray, page 583, estimait que, pendant l\u2019époque écoulée entre 1780 et 1876, l\u2019Eglise des Etats-Unis avait perdu beaucoup plus qu\u2019elle n\u2019avait gagné.\u201c A la page 639, M.Murray reproduit, en note, sans en garantir l\u2019exactitude, un intéressant tableau préparé par M.Ford, directeur de l\u2019/r:sh World, de New-York, et publié le 25 juillet 1884.\u201c M.Ford, affirme M.Murray, est bien connu pour le soin avec lequel il étudie les questions se rapportant à la statistique.\u201d D\u2019après ce tableau, en 1870, la population POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 539 des Etats-Unis, alors de 38,500,000, se composait comme suit : élément celtique, 24,000,000 ; élément irlandais séparément, 14,325,000 ; élément anglo-saxon, 4,522,000 ; autres éléments : Allemands, Hollandais, Scandinaves et Noirs, 9,078,000.\u201c On peut dire sans crainte, ajoute-t-il, que les 24 millions de l\u2019élément celtique sont des descendants, à peu d\u2019exceptions près, d\u2019ancêtres qui étaient catholiques lorsqu\u2019ils sont arrivés en Amérique.\u201d \u201c Ce chiffre paraîtra peut-être excessif; et, encore une fois, l\u2019historien Murray n\u2019en garantit pas l\u2019exactitude ; mais il doit estimer que les calculs de M.Ford ont une certaine valeur, puisqu\u2019il s\u2019est donné la peine de les reproduire dans la sixième édition de son livre.Si le tableau avait paru absolument fantaisiste aux dignitaires ecclésiastiques qui ont examiné cette histoire populaire de l\u2019Eglise, il n\u2019est guère probable que M.Murray l\u2019eût inséré dans une édition soigneusement revue et corrigée de son ouvrage.\u2018\u201c Je ferai remarquer qu\u2019outre les 24 millions de race ce/tique qui, presque tous, descendaient d\u2019ancêtres catholiques, il y a aussi l\u2019élément catholique d\u2019origine allemande, flamande, élément très important.Cela ferait plusieurs millions de plus à ajouter aux chiffres de M.Ford.\u201d 86.Voici un autre témoignage de non moins de valeur.Tout récemment un certain Joseph McCabe, à ce qu\u2019on dit prêtre apostat, publia aux Etats-Unis un ouvrage intitulé The Decay of the Church of Rome (La décadence de l\u2019Eglise romaine).Ce livre excita bien des controverses et inspira les réflexions qui suivent à l\u2019American Eccl.Review, mars 1910, p.357 s.: \u201cS'il y a lieu de s\u2019enorgueillir de l\u2019augmentation spontanée de la population catholique dans notre pays, parce qu\u2019on y peut voir la promesse de vertus civiques plus vivantes grâce à la pratique de la morale très élevée par la religion catholique, nous devons aussi admettre le fait indiscutable que la foi a fait des pertes immenses parmi les gens qui devraient réclamer cette foi catholique comme un droit de naissance.Nous pouvons supposer que les déclarations d\u2019écrivains comme Joseph McCabe, bien qu\u2019il se 540 LA REVUE FKANCO-AMERICAINÉ vante de faire remonter la cause de ces pertes jusqu\u2019à Rome, sont suffisamment exactes.Le fait qu\u2019elles sont présentées avec partialité et dans le but de nuire à l\u2019Eglise, ou le fait que leur auteur en tire de fausses conclusions ne les infirment en rien.nous croyons que, suivant une citation de M.McCabe donnée par le New-York Freeman's Journal, \u201c pas moins :de 20,000,000 de gens d\u2019extraction catholique dans les Etats-Unis défendent aujourd\u2019hui la cause protestante sous une forme ou sous une autre.\u201d Que cette perte continue de se produire faute de prêtres, ou faute de méthodes et de zèle quand les prêtres sont suffisamment nombreux» cela ne fait plus de doute quand nous voyons la foule énorme des personnes ne professant aucune religion bien que leurs noms et celui de leur patrie d\u2019origine nous donnent les signes non trompeurs de longues lignées de catholiques.(Traduction prise de la Revue Franco-Américaïne, 1er juillet I9I0, p.228 s.).87.Nous ne pouvons passer sous silence le témoignage de Mgr McFaul, évéque de Trenton.Voici comment parle 7Z%e Review de S.Louis (22 sept.1904, p.576): \u201cMgr McFaul, évéque de Trenton, dans son allocution à la 49e Assemblée annuelle du catholique Cen- tralverein allemand à S.Louis, le II septembre, a dit qu\u2019il pensait que les catholiques aux Etats-Unis devraient être actuellement au moins 40 millions, tandis qu\u2019en réalité ils ne sont que de I2 à IS millions.Il dit qu\u2019il ne voulait pas dans cette occasion rechercher les causes de ces défections, mais que c\u2019est absolument indéniable qu\u2019elles ont eu lieu dans des proportions effrayantes\u201d.Mgr McFaul a répété la même chose dans d\u2019autres circonstances : voir par exemple 7%e Catholic Fornightly Review, Ier août I9IO, et la Montreal Tribune, 24 nov.1910.88.Finissons par le haut témoignage de la Catholic Encyclopedia, v.VIII, p.135 ss., qui indirectement nous fait connaître les pertes : \u201cCes considérations, croyons-nous, légitiment la révision et la correction du chiffre de l\u2019immigration irlandaise « dans les Etats-Unis (pour la période 1820 a 1913), lequel POUR AIDER À LA SOLTTION DE QUESTION 541 jusqu\u2019aujourd\u2019hui a été officiellement fixé à environ 4 millions.Nous dirions que prenant toute la période depuis le commencement de la guerre d\u2019Indépendance (1776) jusqu\u2019à l\u2019année I908 inclusivement, l\u2019immigration irlandaise s\u2019élève facilement à 554 millions\u2026 \u2018\u201c\u2026ÔLe recensement officiel de 1870 donne aux Etats-Unis une populatiou totale de 38,696,954, et l\u2019/ris\u201d World de New- York (22 juillet 1824), parlant du recensement, maintient que les deux tiers des habitants sont celtes de naissance ou d\u2019origine et que seulement environ un neuvième sont anglo-saxons.Dans une table des parties composant la population, ce journal porte à 14,325,000 pour I870 la somme résultant de l'élément irlandais colonial et de l\u2019immigration subséquente (y compris celle qui a lieu par le Canada).(Pris de O\u2019Kane Murray, History of the Catholic Church in the United States, p.611).\u201c.Depuis 1870, 1,749,460 immigrants sont arrivés d\u2019Irlande,\u2014selon les statistiques officielles citées plus haut\u2014 outre ceux qui sont venus par le Canada; et si le chiffre de la population irlandaise indiqué plus haut pour l\u2019année 1870 s\u2019est seulement doublé et pas plus, il semble qu\u2019il n\u2019y aurait maintenant aux Etats-Unis pas moins de 30 millions de personnes d'origine irlandaise.\u201d Or nous savons qu\u2019il y a actuellement aux Etats-Unis tout au plus 5 millions de catholiques d\u2019origine irlandaise, et que d\u2019un autre côté l\u2019immense majorité des Irlandais qui émigrèrent aux Etats-Unis étaient catholiques.Il s\u2019ensuit que le chiffre des pertes s\u2019élève au moins à 20 millions.Je pourrais confirmer plusieurs des données qui précèdent sur les pertes en apportant d\u2019autres témoignages et surtout en reproduisant un travail de statistique fait avec le plus grand soin par deux ecclésiastiques américains, mais c\u2019est un document trop long pour être inséré ici.Prenant toujours les chiffres les plus bas, ils arrivent à la conclusion qu\u2019il y a certainement aux Etats-Unis pour le moins 19 millions de personnes d\u2019origine irlandaise, dont plus de 14 millions représentent les pertes subies par l\u2019Eglise aux Etats-Unis seulement dans la race irlandaise. 542 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE 80.Les pertes ont été immenses ; et, quoi qu\u2019en disent certains optimistes, elles continuent à avoir lieu, bien que dans des proportions beaucoup moindres.Les faits sont là et le seul examen des causes suffirait amplement pour démontrer la chose: les mêmes causes produisent les mêmes effets., Passons à l\u2019investigation de ces causes, Cette recherche nous fera connaître aussi le principal remède du mal, qui consiste à en faire disparaître les causes connues.Comme résumé de centaines de pages écrites par divers auteurs sur cette matière, voici les causes principales.a) Le manque de prêtres et leur éloignement des fidèles, disséminés dans les campagnes, dans les villages protestants, etc.Souvent les fidèles restaient de longs mois, même des années, sans voir le prêtre: de là s\u2019ensuivait le manque partiel, ou total, de catholicisme pour les enfants, d'instructions, de sermons pour les adultes, d\u2019assistance à la messe les dimanches et jours de fête, de fréquentation des sacrements, en un mot, des principaux moyens ordinaires qui alimentent la foi et maintiennent l\u2019esprit de religion.b) Le manque de prêtres parlant la langue propre des immigrants, connaissant leurs besoins, s\u2019adaptant à leur caractères, à leurs traditions nationales.L'influence de cette cause, ainsi que celle de quelques autres, seront mieux comprises après l\u2019exposé des considérations qui montrent combien la conservation de la foi est aidée par la conservation de la langue maternelle et de diverses choses qui constituent la nationalité.c) Pour un certain nombre de fidèles la privation de la vie de famille ; pour un nombre énormément plus considérable la privation de ce que nous pouvons appeler la vie paroissiale avec son église, où l\u2019on a été baptisé, où l\u2019on a fait la première communion, à côté de laquelle reposent les cendres des parents, etc.; \u2014 avec ses fêtes, ses usages spéciaux ;\u2014avec l\u2019exemple des autres, l\u2019entraînement qu\u2019il produit ;\u2014avec un curé qui vous connaît, vous visite, vous reprend au besoin; etc.En grande partie cette cause se POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 543 réduit à la précédente considérée sous un autre aspect.On dira peut-être que certains de ces gens n\u2019étaient pas dans leur pays d\u2019origine des catholiques bien fervents ; que même il y en avait qui accomplissaient à peine ce qu\u2019il faut pour être considéré comme catholique Ipratiquant et étaient retenus dans l\u2019Eglise plus par l\u2019influence de leur entourage et des traditions locales, que par la foi: Cette observation, dont j\u2019admets la justesse, ne change rien à la présente question.Ces gens ont de fait perdu la foi pour eux-mêmes et leurs descendants ; cela n\u2019aurait pas eu lieu ou serait arrivé seulement dans des cas très rares, si la cause dont nous parlons n\u2019avait pas exercé son action : telle est la présente question.d) Le milieu avec ses mille influences diverses: journaux, livres, théâtres, compagnons de travail, amis, etc.Tout aux Etats-Unis, en dehors de l\u2019Eglise catholique, était et est encore imprégné de protestantisme, de matérialisme, de naturalisme, de rationalisme, d\u2019agnosticisme, de scepticisme, d\u2019indifférence religieuse, d\u2019incrédulité.Que de choses il y aurait à dire sur l\u2019action délétère des journaux, qui sont les seules productions littéraires que la plupart des habitants de là lisent, et qui, en tous cas, constituent en général le principal aliment intellectuel de la population qui parle anglais.Il n\u2019y a encore aucun journal quotidien catholique en anglais (il y en a plusieurs en allemand, en français, en polonais, etc.).Il se fait ainsi que ceux qui ne savent que l\u2019anglais, et même beaucoup d\u2019autres, lisent les journaux non-catholiques ; lesquels, sans être positivement anticatholiques, sont parfois plus dangereux que s\u2019ils étaient tels, et la plupart du temps, par une action lente et insensible, produisent de mauvais fruits pour la foi.Et quelle n'est pas l\u2019influence des rapports avec des compagnons de travail, des amis protestants, sceptiques, indifférents, etc.On devient comme eux sans le remarquer.\u201c Dis-moi qui tu hantes et je te dirai qui tu es.\u201d On commence par rougir de sa religion, on la renie ensuite croyant 544 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE sottement s\u2019élever ainsi au niveau de la société des gens de bon ton, des gens d\u2019esprit.\u201d À l\u2019influence du milieu nous pouvons rattacher celle des écoles publiques, des mariages mixtes et des sociétés se- crêtes ; mais, à cause de l\u2019importance de ces choses, jai cru opportun d\u2019en parler à part, et même de chacune d\u2019elles en particulier.Les Souverains Pontifes et les conciles en ont traité plusieurs fois, et les livres sont remplis de considérations et d\u2019exhortations à leur égard.e) Les écoles publiques, où l\u2019atmosphère est protestante, indifférente ou athée.Que d\u2019enfants, que de jeunes gens, que de jeunes filles furent perdus par suite de cette cause, qui continue d\u2019agir sur une échelle plus vaste que ne le croient certains optimistes du genre de ceux que blâme I\u2019 Extension Magazine (plus haut, n.83).Il y en a qui sont tellement optimistes ou tellement imbus d\u2019un esprit spécial qui certainement n\u2019est pas celui de l\u2019Eglise catholique, qu\u2019ils ne font aucun effort sérieux pour avoir des écoles catholiques ou même n\u2019en veulent pas.D\u2019après un travail de statistique sur les écoles paroissiales aux Etats-Unis, travail que j'ai sous la main, il y a là seulement 4,592 écoles paroissiales pour I5,812 paroisses et missions./) Les mariages mixtes, c\u2019est-à-dire entre une partie catholique et l\u2019autre non catholique.C\u2019est relativement très rare que la partie catholique convertisse l\u2019autre; c\u2019est plus souvent le contraire qui arrive, ou bien ni l\u2019un ni l\u2019autre n'a lieu.mais la partie catholique devient tiède et les enfants, au contact de tels parents.deviennent de mauvais catholiques qui fréquemment finissent dans l\u2019indifférence religieuse, le scepticisme, etc.£) Les sociétés secrètes, qui sont si nombreuses aux Etats-Unis et ont tant d\u2019attraits.On énumère quelques autres causes, mais ce sont des causes à effets beaucoup moindres; telles sont les suivantes: le manque de zèle d\u2019un certain nombre de prêtres, les scandales que donnèrent quelques-uns d\u2019entre eux.99.Celui qui connaît à fond le système que suivent ou veulent suivre les Canadiens-Français, comprendra immé- POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 545 diatement que dans ce système les causes principales des défections sont exclues ou au moins ont une influence beaucoup moindre, et qui est neutralisée presque totalement.Les Canadiens-Français dès qu\u2019ils se rendent dans un endroit, s\u2019ils n\u2019y trouvent pas une église canadienne déjà bâtie, se hitent d\u2019en construire une; ils demandent un curé ; après ils érigent une école paroissiale.Conservant l\u2019usage de leur langue maternelle et de leurs traditions nationales, lisant les journaux rédigés par les leurs en français, subissant continuellement à l\u2019église, au foyer, dans leurs relations avec des gens ayant la même religion et la même nationalité, diverses influences salutaires à la conservation de la foi et à la pratique de la religion, ne fréquentant la société non-catholique que pour les affaires, ils sont, cela se comprend facilement, placés en dehors de l\u2019action funeste des causes de défection, ou sont beaucoup moins en danger de subir cette action que ne le sont ceux qui ne parlent que l\u2019anglais et qui n\u2019ont pas les mêmes préservatifs.Le Canadiens-Français ne lisent pas les journaux non-catholiques anglais, ou s\u2019ils le font, grâce aux antidotes, ils subissent beaucoup moins leur mauvaise influence.Ils contractent beaucoup moins facilement des relations qui conduisent aux mariages mixtes ; ils sont peu en danger d\u2019être entraînés à faire partie des sociétés secrètes ; etc.Tout cela sera confirmé par ce qui sera dit au chapitre Ill sur les bienfaits de la conservation de la langue maternelle et de la nationalité par rapport à la conservation de la foi.De ce qui a été dit sur les causes des pertes il apparaît clairement que le système des assimilateurs crée et maintient la plupart d\u2019entre elles.QI.On objectera peut-être qu\u2019aussi dans le Canada il y a des pertes, et qu\u2019en conséquence le système suivi par les Canadiens-Français n\u2019offre pas le remède à ce mal.On prouvera facilement qu\u2019il y a des pertes dans ce pays: il suffira de citer par ex.la lettre du Rév.Theol.Spetz, C.R., 546 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Berlin, Ontario, reproduite dans la Catholic Fornightly Review, Ier juin IOII, p.342s.Nous y lisons ce qui suit: \u201cIl est possible que la province de Québec ne mérite pas ce reproche; je l\u2019ignore.Quant au reste du Canada, les pertes ont toujours été et sont encore très grandes.Je viens d\u2019être occupé pendant un à deux ans avec les missions des Allemands de l'Ontario dans le but d\u2019en écrire l\u2019histoire.Jusqu\u2019ici je n\u2019ai pas pu étendre mes recherches beaucoup au- delà de notre district de Waterloo.Hélas! je dois dire que presque dans chaque village et hameau, là où l\u2019action de l\u2019église et de l\u2019école catholiques n\u2019a pu s\u2019exercer, nous avons à déplorer des pertes qui épouvantent.Des familles entières, des colonies complètes de gens dont les ancêtres étaient catholiques ont abandonné la foi, et cela non seulement ça et là, mais partout.Dans l\u2019Ouest l\u2019état de choses est le même parmi toutes les nationalités, mais particulièrement parmi les Galiciens, les Ruthènes et les Hongrois, comme le Catholic Register and Canadian Extension de Toronto nous l\u2019a dit si clairement.Dans les grandes villes du Canada les Italiens doivent être l\u2019objet de beaucoup d\u2019attention et de zèle si l\u2019on ne veut pas qu\u2019ils soient perdus en masse.\u201d En puisant dans le matériel que j'ai en mains, je pourrais facilement apporter bien des faits qui montrent que ce qui a lieu pour les Allemands, est arrivé aussi dans certains endroits pour les Canadiens-Français qui se sont trouvés sans église, sans école paroissiale et surtout sans prêtre parlant leur langue.Pour que l\u2019objection eût de la valeur contre la thèse qui a été établie, il faudrait montrer que là où ces défections ont eu lieu le système des Franco-Canadiens était en vigueur.On ne peut prouver cela, mais on prouverait aisément le contraire, au moins pour le plus grand nombre des cas.Les Canadiens-Français ont déjà eu, comme on le sait diverses difficultés avec les autorités civiles et ont été souvent empêchés d'appliquer leur système.En outre dans la plupart des endroits des pays où l\u2019on constate des per- POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 547 tes, ce ne sont pas eux qui exercent le pouvoir ecclésiastique.Là où ils sont assez maîtres nous avons vu plus haut n.77 ce qu\u2019ils font.CHAPITRE II 92.La population catholique des Etats-Unis de l\u2019Amérique du Nord est composée dans sa presque totalité de gens qui sont arrivés là depuis moins de I00 ans et de leurs descendants; même la grande immigration est de date encore plus récente.Cette immigration n\u2019a pas cessé et chaque année voit débarquer aux Etats-Unis des centaines de milliers de personnes venant de tous les points du globe terrestre.Le plus grand nombre des immigrants ne savent pas ou ne savent qu\u2019imparfaitement l\u2019anglais ; mais leurs enfants, au moins ceux qui sont nés et ont été élevés aux Etats-Unis, en général le savent très bien ou au moins suffisamment pour leurs besoins : c\u2019est que parents et enfants, quoique n\u2019aimant peut être pas trop la langue anglaise, sentent qu\u2019elle est nécessaire.On comprend que tous ces gens, les parents surtout, aient conservé beaucoup de choses de leurs nationalités respectives : langue, certains usages, une certaine affection pour leur pays d\u2019origine, où ils ont laissé tant de souvenirs: chers, etc.Mais leurs descendants peu à peu s\u2019américanisent, au moins autant qu\u2019il le faut pour être des citoyens vrais et loyaux des Etats-Unis.Les catholiques allemands, slaves, canadiens-français, etc,, ont la prétention d\u2019être aussi bons citoyens des Etats- Unis que leurs confrères, les Irlandais.Ils obéissent et veulent obéir aux lois de leurs patrie adoptive ; lesquelles.comme ils le savent très bien, ne leur sont aucunement contraires dans leurs désirs légitimes.Mais, bien qu\u2019ils veillent à ce que leurs enfants apprennent l\u2019anglais, ils tiennent aussi à ce qu\u2019ils sachent la langue maternelle, qui est pour eux la langue de l\u2019église et du foyer, l\u2019anglais servant principalement pour les relations avec les gens 548 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE d\u2019autres races et pour les affaires.Ils sont attachés à leur langue maternelle et à certains de leurs usages.Ils ne sont pas opposés à l\u2019américanisation, au moins raisonnable, de leurs descendants, mais ils estiment qu\u2019elle doit se faire graduellement, sans rien forcer, et qu\u2019elle n\u2019implique nullement une abdication complète de leur langage, pas plus que celle de certains usages indifférents et inoffensifs et d\u2019un certain amour platonique pour un autre pays où reposent les cendres de leurs ancêtres, où vivent leurs cousins.Ils tiennent à tout cela pour des raisons de cœur et surtout pour des motifs religieux très graves, comme nous le verrons bientôt.Ils pensent que les Irlandais n\u2019ont pas le droit de dominer les autres races, et cela pour bien des raisons.En effet, les Irlandais sont aussi des immigrés et ils ne constituent pas la majorité catholique ; ils ne furent pas plus les premiers pionniers de l'Evangile que les autres, ou plutôt ils le furent moins que certains d\u2019entre eux.Les Etats-Unis, dès leur fondation, ont reçu toutes les races et leur ont donné les mêmes droits; ou, pour mieux dire, toutes ces races ont formé les Etats-Unis, tels qu\u2019ils sont actuellement.Les catholiques allemands, canadiens-fran- çais, etc., demandent seulement ce qui leur appartient strictement et ce que les Irlandais se sont toujours attribué à eux-mêmes comme une chose due (V.n.709).Du côté des Canadiens-Français il y a en outre les jraisons spéciales - qui furent exposées plus haut au nn.76-80.Les catholiques allemands, canadiens-français, etc, gémissent et sont indignés des manières d\u2019agir des assimilateurs.Ils voudraient être laissés en paix quant à la question de la langue.Ils voudraient avoir des prêtres de leur nationalité.Ils voudraient aussi que leurs prêtres ne fussent pas pratiquement exclus de l\u2019épiscopat, mais fussent élevés à cette dignité aussi bien que les Irlandais.93.Comme il est souvent parlé de la conservation de la nationalité, des bienfaits de cette conservation, etc, je crois nécessaire, avant d\u2019aller plus loin, d\u2019expliquer ce qu\u2019il faut entendre par nationalité.Ecoutons Hamon, S' J., op.c., p.66: \u201c C\u2019est un ensemble d\u2019idées, de traditions, de ma- POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 549 nières d\u2019être qui donne à un peuple une physionomie spéciale, distincte de celles des autres peuples.Cette union des intelligences et des cœurs ne connaît ni les limites du temps, ni les séparations de la mort.Vivants et morts ne forment qu\u2019un seul peuple.Les ancêtres, les grands hommes de la patrie revivent pour nous, et par l\u2019histoire de leurs belles actions, et par les monuments littéraires ou artistiques qu\u2019ils nous ont laissés, leurs noms nous sont familiers dès l\u2019enfance, leurs statues parlent à nos yeux sur les places publiques, leurs œuvres nourrissent notre intelligence et font battre nos cœurs.Nous le sentons, nous sommes de la même famille, leur gloire est notre gloire, c\u2019est un héritage commun qui passe des pères à leurs descendants.\u201d D\u2019aprés MM.Desrosiers et Fournet, op.c., p.290, trois qualités constituent d\u2019ordinaire un peuple, lui donnent son caractère national, à savoir l\u2019unité de la foi, l\u2019uniformité des mœurs et la communauté de langage.Plus ces trois facteurs sont vigoureux, plus le caractère national est marqué.Ils sont ainsi unis entre eux que l\u2019affaiblissement de l\u2019un apporte nécessairement l\u2019affaiblissement des deux autres.Parfois on prend le terme nationalité pour signifier seulement un ensemble d\u2019usages, de traditions, sans y comprendre le langage et la religion.Si, en outre, il y a l\u2019unité politique, le caractère national est certes renforcé; mais ce facteur n\u2019est pas nécessaire, et nous voyons beaucoup de peuples qui ont conservé leur nationalité malgré l\u2019absence de ce facteur.Comme on le comprend déjà de ce qui a été dit plus haut, diverses nationalités peuvent très bien coexister sous un même régime politique sans créer aucun danger pour la paix, tels les peuples divers de la Suisse, de la Belgique, de l\u2019Espagne, etc.Nous verrons bientôt que cette coexistence offre divers avantages.94.Ce qui a été dit aux nn.86-91 montre déjà que le système suivi par les assimilateurs produit de nombreuses défections ; je veux maintenant confirmer cette vérité de fait en exposant les principaux motifs religieux sur lesquels se 550 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE basent les catholiques canadiens-français lorsqu\u2019ils désapprouvent les agissements des assimilateurs et veulent sui vre un système opposé quant à la conservation de la langue et de la nationalité propres, quant à la nomination de curés canadiens-français pour les fidèles de cette race, etc.La plupart des choses qui seront dites s\u2019appliquent aussi au cas des catholiques allemands, polonais, italiens, etc.Les témoignages des hommes distingués que je vais faire parler, abstraction faite de leurs arguments intrinsèques, constituent déjà une preuve très grave d\u2019autorité en faveur de la thèse que je défends.Ecoutons, en premier lieu, un membre de l\u2019épiscopat canadien, Mgr Racine, évêque de Sherbrooke, dans son /Mémoire sur la situation des Canadiens-Français aux Etats-Unis de l'Amérique du Nord, présenté au Préfet de la Propagande le 29 février 1802, et édité à Paris la même année, par la Librairie de l\u2019Œuvre de Saint-Paul, rue Cassette, 6 : \u201cIII.\u2014Le fait seul de l\u2019émigration, de la transplantation d\u2019un peuple, sur une terre étrangère, du sol où il a pris naissance et à longtemps vécu, ébranle chez lui l\u2019organisme moral trop profondément, pour qu\u2019il soit prudent d\u2019accroi- tre l\u2019intensité de ces ébranlements par des attaques inutiles à de vieilles et fortes traditions.Il en est ainsi pour tous les peuples, mais nous croyons pouvoir affirmer que la chose existe a fortiori pour le peuple canadien-frangais, a raison des circonstances particuliéres dans lesquelles il est né et a grandi.\u201c Arraché, en quelque sorte au sortir de l\u2019enfance, aux relations avec la mère-patrie, voyant son pays cédé à une nation puissante qui ne partageait pas sa foi, n\u2019entretenant guère de commerce avec le monde extérieur, ayant à concentrer ses forces pour conserver son existence nationale et religieuse, le peuple canadien a dû vivre à l\u2019écart, de sa vie propre, retiré au sein de ses œuvres patriarcales ; pour résister aux séductions et aux attaques de l\u2019hérésie, pour s\u2019emparer du sol et étendre autour de lui ses colonies, il s\u2019est attaché à son admirable système paroissial, il a fondé, malgré les plus grands obstacles, ses écoles françaises, où mm er POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 551 le catholicisme règne en maître; il s\u2019est réuni en masse compacte sous la direction de ses prêtres, qu\u2019il entoure du respect que l\u2019on doit à des amis bienfaisants, à des protecteurs, à un père ; en sorte que le Canadien-Français s\u2019est habitué à regarder ses coutumes, sa langue, ses traditions et sa discipline comme le dépôt d\u2019un héritage sacré et même le prolongement extérieur de ses croyances.Qui s'attaque à cet ensemble de choses qui lui sont chères, in directement s\u2019attaque à sa foi.Sa force de résistance devant le protestantisme, devant l\u2019athéisme, devant l\u2019indiffé- rentisme est grande ; mais Otez-lui cet entourage protecteur de ses vieilles coutumes, il en est de lui, pouvons-nous dire, comme de Samson dépouillé de sa chevelure: il est déjà au pouvoir de l\u2019ennemi.\u201c Les exemples de cette triste expérience ne sont que trop fréquents.Lorsque les Canadiens-Français n\u2019ont pas dans leur voisinage de prêtres qui leur administrent les sacrements et leur donnent l\u2019instruction dans leur langue, trop souvent il cessent de fréquenter l\u2019église régulièrement et, petit à petit, ils glissent dans l\u2019indifférence la plus complète.Imposez-leur des prêtres qui sont adverses à leurs traditions, ils deviennent mécontents, insubordonnés, incontrôlables ; et leur cœur se trouve ouvert aux plus mauvaises influences de l\u2019hérésie.Pour ces causes, avant qu'il n\u2019y eût un évêque à Burlington, le Vermont a vu, parlant l\u2019anglais et protestantes, de nombreuses familles dont les pères étaient Français et catholiques.Le mal une fois causé est irréparable.\u201c Au contraire, donnez-leur des prêtres zélés qui parlent leur langue et qui connaissent leurs mœurs, et vous aurez comme on le voit aujourd\u2019hui dans un très grand nombre de centres manufacturiers de la Nouvelle-Angleterre, des congrégations ( paroisses) ferventes, généreuses, qui bâtissent des églises superbes, des écoles catholiques séparées, des couvents, des institutions de bienfaisance et de charité, faisant fleurir la foi au milieu de circonstances quelquefois très difficiles.Un mode d\u2019être qui produit d\u2019aussi bons effets mérite d\u2019être conservé. 552 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE \u201cIV.\u2014L\u2019homme échappe difficilement aux influences du milieu dans lequel il vit; comme malgré lui, il en subit les doctrines et les habitudes.\u201cQuelles sont les doctrines qui ont généralement cours, pour la grande masse de la population, dans le monde intellectuel et moral des Etats-Unis?Les doctrines du protestantisme, de l\u2019indifférence religieuse ou de l\u2019athéisme.La soif de l\u2019or domine tout, la fièvre des richesses envahit presque toutes les âmes; et ce courant matérialiste est favorisé par ce qu\u2019on y voit, par ce qu\u2019on y entend, par les journaux, par les revues et surtout par le système des écoles communes, qui est de soi pour la jeunesse catholique une cause de ruine ou d\u2019affaiblissement de la foi.S\u2019ily a de nobles exceptions, c\u2019est le cas de dire que l\u2019exception prouve la règle générale.\u201c Quelles sont, generaliter loguendo, les habitudes du pays ?Des habitudes de confortable, de vie aisée et facile, de jouissances matérielles ou de travail fiévreux à la poursuite de la fortune.Virtus post nummos, \u2018\u201c Ayant à se mouvoir au sein d\u2019une pareille atmosphère, il est bien difficile pour les catholiques de n\u2019en pas subir les influences délétères, au moins quelque peu, tout en conservant l\u2019intégrité de la foi, et même un zèle très vif pour la religion, de ne pas se laisser aller inconsciemment aux mœurs pratiques et aux tendances intellectuelles de leurs compatriotes.N'\u2019arrive-t-il pas quelquefois que, loin de chercher à se défendre contre ces tendances, ils ne les favorisent par la trop grande sympathie qu\u2019ils professent pour les manières d\u2019être de la société américaine, imprégnée après tout de la morale protestante et d\u2019un tolérantisme énervant.On compte par milliers les âmes que cet indifférentisme en matière de croyance religieuse a enlevées, aux Etats-Unis, à la vraie foi.Et si, dans ces derniers temps, la religion a pris un grand accroissement, cela n\u2019est pas dû précisément aux conversions qui se sont faites dans l\u2019élément protestant, mais bien, plutôt, à l\u2019immigration catholique qui arrivait, à flots pressés, de l\u2019Irlande, de l\u2019Allemagne, du Canada et, depuis quelques années, de POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 553 l\u2019Italie.L'organisation rapide de ces forces éparses par un épiscopat habile, et la constatation retentissante de cette importance numérique jusqu\u2019ici inconnue, ont pu faire croire à la propagande envahissante de l\u2019Eglise au sein des populations américaines ; mais, malheureusement, on ne peut se le cacher, le nombre des perversions dépasse de beaucoup celui des conversions.\u201cOr, contre l\u2019envahissement de ces influences pernicieuses, leurs coutumes et leur langue pour les Canadiens- Français, en les tenant à l\u2019écart, sont un rempart, une digue puissante, digue et rempart qu\u2019il est sage de maintenir et de fortifier, bien loin de travailler à les abattre.On voit se produire, chez eux, pour les mêmes causes, les mêmes résultats que l\u2019on constate chez les Maronites du Liban ou chez les fidèles polonais de la Prusse ou de la Russie.\u201c VI1\u2014 Avant de terminer, nous indiquerons brièvement, en faveur de cette politique de bienveillance paternelle, quelques motifs d\u2019intérêt général : \u201c1° Cet esprit si profondément catholique des populations canadiennes, si on sait le conserver avec ses garanties actuelles, peut servir de contrepoids à l\u2019esprit d\u2019indif- férentisme qui pénètre de toutes parts le peuple de la République américaine, et devenir avec le temps un bon levain dans la masse de la nation.\u201c29 L\u2019énergie et la générosité avec lesquelles les Canadiens bâtissent et soutiennent leurs écoles françaises et catholiques et leurs principes invétérés sur la question des écoles séparées, peuvent être d\u2019un grand appoint et d\u2019un puissant secours aux évêques américains dans les efforts qu\u2019ils feront, selon les temps et les circonstances, pour mettre en pratique sur ce sujet les décrets du troisième concile de Baltimore.3° Le zèle et l\u2019esprit d\u2019apostolat qui sont un des traits caractéristiques de la race française en Amérique, le grand nombre de prêtres, de religieuses, de missionnaires qui sont sortis de son sein, démontrent qu\u2019il est de bonne politique de conserver, sous la forme qui lui est propre, cette 554 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE pépinière de vocations sacerdotales et religieuses, qui a tant fait dans les deux siècles passés et qui fait tant encore à l'heure présente pour l\u2019extension du nom chrétien sur le nouveau continent.\u201c 4° La croissance rapide des Canadiens, quand on leur permet de se développer librement à l\u2019ombre de leurs institutions paroissiales, fera que, avant longtemps, le catholicisme dominera dans plusieurs Etats de la grande République.Sur ce sujet de la puissante natalité des Français d\u2019Amérique, pour l\u2019information de Votre Eminence, nous annexons à ce mémoire deux opuscules, courts, précis, nourris de faits et de chiffres : \u201c Du mouvement de la population catholique dans l\u2019Amérique anglaise et Colonies canadiennes.\u201d Ils sont d\u2019un penseur, d\u2019un chercheur infatigable, d\u2019un esprit philosophique qui sait remonter des effets à la cause, d\u2019un chrétien solide: M.E.Rameau de Saint-Père (Paris, France).\u201c 5° Enfin, les sentiments profondément catholiques et romains des Canadiens-Français, qui ont échappé, par le bonheur des circonstances providentielles, aux erreurs gallicanes ainsi qu\u2019aux influences du jansénisme, du protestantisme et de l\u2019athéisme moderne, à un moment donné, dans des conjonctures difficiles que pourrait faire naître l\u2019avenir en Amérique, certainement seraient d\u2019un grand secours au triomphe des vues, de la politique et des directions de la Curie romaine.\u201d 95.Entendons aussi trois autres membres de l\u2019épiscopat du Canada, dans une lettre qu\u2019ils adressèrent à la Propagande.\u2018\u201c Nous prenons respectueusement la liberté de signaler à votre E.un danger qui menace, non pas nos provinces ecclésiastiques du Canada, mais une partie de la population canadienne-française émigrée de ces provinces aux Etats-Unis, et à laquelle, par un motif de charité chrétienne, nous nous intéressons vivement.\u201cDe temps en temps, surtout en ces dernières années, sont arrivés à nos oreilles, de la part de nos compatriotes établis dans la République américaine, des cris de dé- wx _ F. POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 555 tresse, des expressions de mécontentement, qui nous inspirent, pour l\u2019avenir, les craintes les plus sérieuses.Ces Canadiens se'plaignent, dans les termes les plus amers, de leurs chefs hiérarchiques.Ils allèguent que ces derniers, du moins, mus par un désir excessif d\u2019unification, n\u2019hésitent pas à prendre toute sorte de moyens, même injustes et déloyaux, affirment-ils, pour les anglifier, pour leur enlever l\u2019usage de leur langue maternelle, la langue française, dans les églises et les écoles.De là, des animosités faciles à comprendre, des dissentiments regrettables, une lutte tantôt sourde, tantôt ouverte, contre ces tentatives d\u2019américanisation ; lutte qui, nous le prévoyons, se prolongera longtemps, au grand préjudice de l\u2019honneur de l\u2019Eglise et du bien des âmes.\u2018\u201c Les injustices et les tyrannies dont nos compatriotes se disent les victimes, se produisent surtout à l\u2019occasion de divisions et de démembrements de paroisses, de nominations, dans les paroisses canadiennes, de curés irlandais parlant très peu et très mal le français, de règlements et de procédés hostiles à la langue française dans l\u2019enseignement des couvents et des écoles.Ces Canadiens ne s\u2019expliquent pas comment des hommes chargés, par leur ministère, de procurer avant tout le bien de la religion, puissent de gaîté de cœur, sacrifier à des vues purement nationales les intérêts les plus graves de l\u2019Eglise et de la foi chrétienne.\u201cIl ne nous appartient pas, sans doute, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un pays qui n\u2019est pas le nôtre, d\u2019instituer des enquêtes et d\u2019examiner dans quelle mesure ces plaintes et ces cris peuvent être fondés : nous nous contentons de constater et de signaler à V.E.un malaise qui grandit et qui menace, dans plusieurs localités des Etats-Unis, de compromettre irrémédiablement l\u2019avenir religieux de nos compatriotes.\u201c Le Canadien-Français, nous sommes heureux de le dire, garde partout où il va un amour profond pour la religion de ses pères, et cet amour, en son cœur, s\u2019associe à une sorte de culte pour le prêtre de sa race, qui, issu d\u2019un même sang, parle la même langue que lui. i mf am = 556 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE \u201c\u201cNous n\u2019irons pas jusqu\u2019a vouloir établir une relation essentielle et nécessaire entre la langue et la croyance religieuse d\u2019un individu ou d\u2019une nation : la chose serait évidemment fausse.Nous ajouterons, cependant, et c\u2019est là chez nous une conviction intime, que, de /ait et à raison des circonstances diverses, les Canadiens-Français des Etats- Unis trouvent dans leur langue, une des sauvegardes le plus efficaces de leur foi.A quoi cela tient-ils?A plusieurs causes, dont nous ne voulons mentionner ici que les principales.\u201cTout d\u2019abord, la perte de la langue francaise chez nos compatriotes leur ouvre toute grande la porte des mariages mixtes et ces mariages constituent l\u2019un des plus redoutables dangers qu\u2019ait à courir le catholicisme dans ce pays d\u2019Amérique, où le protestantisme et l\u2019indifférence religieuse font tant de victimes.\u201c En second lieu, l\u2019anglais étant la langue propre de la grande majorité protestante et infidèle du peuple des Etats- Unis, cette langue par les milles influences qu\u2019elle exerce, par le journal, par le théâtre, la littérature, par les relations d\u2019affaires et de société dont elle est l\u2019instrument, crée partout une atmosphère pernicieuse, malsaine anti- chrétienne.Le Canadien qui y est jeté, après avoir perdu sa langue, peut-il longtemps résister aux séductions dont il est entouré ?\u201c Ajoutons que, pour un Canadien, perdre l\u2019usage de la langue française, c\u2019est perdre, en même temps, le souvenir des nobles traditions religieuses de son pays ; c\u2019est perdre le souvenir des héroïques sacrifices faits par ses ancêtres pour la conservation de sa foi et du dévouement admirable des premiers missionnaires, pionniers de Catholicisme sur ce continent.\u201d 96.La question qui nous occupe est traitée aussi de main de maître par M.Tardivel (op.cit.), homme si bien renseigné dans ces matières.Par raison de brièveté, je ne prends de lui que les courts passages suivants : \u201c L\u2019attachement d\u2019un peuple à sa langue est merveilleusement fort ; tellement fort que, si vous violentez ce senti- Ep mé Le fig x gi POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 557 ment, vous pouvez causer des malheurs irréparables.\u201d (p.206).\u2018\u201cD\u2019abord ils ont pour eux le grand argument des /aiüts, L'expérience prouve que là où l\u2019on ne groupe pas les catholiques selon leurs nationalités, là où l\u2019on ne leur donne pas une organisation paroissiale distincte, avec des prêtres capables de les \u2018\u201c soulager en parlant leur langue \u201d, l\u2019expérience prouve, dis-je que partout où l\u2019on ne cherche pas à conserver la langue maternelle des catholiques, la foi se perd.Ce qui prouve combien Mgr Schroeder, ancien professeur de l\u2019Université catholique de Washington, avait raison d\u2019écrire, dans le Catholic World de novembre 1800, p.267: \u201c Personne n\u2019ignore la relation étroite qui existe entre les traditions domestiques, les coutumes particulières et spécialement la langue maternelle, et la conservation et l\u2019exercise pratique du sentiment religieux.\u201d (p.212-213).\u2018\u201c La relation mystérieuse qui existe entre la langue maternelle et la conservation de la foi est si forte et si manifeste, qu\u2019autrefois, avant que la manie de l\u2019américanisation à outrance ne se fût emparée d\u2019un certain nombre de catholiques, on cherchait même à conserver aux Irlandais leur cachet national et leur parler particulier.On le sait, les Irlandais ont, pour la plupart, perdu leur langue primitive.Ils ont adopté l\u2019anglais.forcément, comme leur langue nationale, mais ils le parlent avec un accent plus ou moins marqué, selon le degré d\u2019instruction qu\u2019ils ont reçu.Eh bien ! cet accent irlandais\u2014le brogue \u2014 absolument caractéristique, très difficile à imiter et qui ne manque pas certes de charme, on voulait autrefois le conserver comme moyen efficace de mieux garder la foi chez les Irlandais.Faute d\u2019une langue propre, le drogue, l\u2019anglais parlé à l\u2019irlandaise, remplaçait chez les Irlandais, la langue maternelle des autres peuples ; et il existait une relation très étroite entre le maintien du drogue et la conservation de la foi dans toute sa pureté et sa force.Ce double fait: conservation de la foi avec conservation du drogue, s\u2019impose à l\u2019attention de tous ceux qui ont vécu aux Etats-Unis et qui ont observé les hommes de près.Et j\u2019insiste sur ce point: ag EOE ca par KE 5 v 8 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE autrefois on admettait volontiers l\u2019à-propos de conserver aux Irlandais leur cachet national et leur parler particulier ble aussi longtemps que possible.On le reconnaissait jadis, i et je me rappelle avoir lu maints articles dans ce sens.\u201d Jee (A suvwre) pr \\ HON PR Paris.\u2014 Chronique Théatrale (Mai) \u2014 Ambigu.\u2014 Mon Ami l\u2019assassin, drame en 5 actes et 6 tableaux de MM.Serge Basset et Antoine Yvan.\u2014C\u2019est un drame à gros effets et dans lequel pour intéresser plus spécialement le public, on a intercalé la reproduction d\u2019une actualité : la reconstitution du sac de l\u2019agence de Chantilly par la fameuse bande tragique.L'action est bien menée et soutenue par l\u2019interprétation avec MM.Armand Bour, Damorès, Lorrain, \u2018Mmes Carmen de Raysy et Guyta Réal.Comédie Française.\u2014 Vou/oër, comédie en 4 actes en prose de M.Gustave Guiches, Le premier acte faisait augurer d\u2019une suite meilleure ; en effet les actes suivants sont un peu brouillés et hésitants.Richard Lemas, apôtre de la Volonté, agit sur son beau-frère Philippe devenu mélancolique à la suite de la mort de sa femme.Pour achever la guérison il obtient l\u2019aide d\u2019une jeune veuve Laurence qui épouse Philippe ; après maints épisodes où Philippe se débat de nouveau et où un instant le ménage semble rompu, les deux époux sont ramenés l\u2019un à l\u2019autre par Richard qui se sacrifie malgré l\u2019amour qu\u2019il épreuve pour Laurence, Excellente interprétation avec MM.De Féraudy, Georges Grand, Siblot, Henry Mayer, Mmes Cécile Sorel, Maille et Devoyod.Théâtre Apollo.\u2014 La Jeunesse dorée, opérette en 3 actes de MM, Henri Verne et Gabriel Faure, musique de M.Marcel Lattès \u2014Nous revoyons avec plaisir la jeunesse dorée de 1840 avec Milord l\u2019Arsouille, l\u2019Opéra de la rue Le Peletier, etc, Quoiqu\u2019il n\u2019y ait pas d\u2019action, la pièce est remplie d\u2019esprit et les couplets bien tournés sont soutenus par une musique habile.Bonne interprétation avec MM.Defreyn, André Lefaur Mlle Brigitte Regent, Athénée.\u2014La reprise du Bourgeon de M, Georges Feydeau a eu un très vif succès.Ce vaudeville traite un sujet assez délicat : La crise de la puberté chez un jeune homme élevé loin du monde par une mère pieuse.Le succès a été partagé par l'excellente interprétation : MM, Guyon fils, André Brulé, Mme Marie Laure et Mlle Madeleine Carlier.| [a Mode à Paris (ler Juin) Nous voici à l\u2019époque la plus brillante de la Saison Parisienne : les soirées, les réceptions, les thés, les garden-parties et les courses, se succèdent sans interruption, et c\u2019est le moment que choisissent naturellement toutes nos élégantes pour arborer, par les premières belles journées de l\u2019été, leurs plus nouvelles et plus séduisantes toilettes.Aux robes sombres, de charmeuse ou de taffetas noir ou bleu-marine, qui ont eu toutes les faveurs au début du printemps, succèdent maintenant toute la théorie des robes blanches, légères et mousseuses, de linon, de mousseline et de linon.| La silhouette de la Parisienne a la mode, est de plus en plus souple, avec un certain laisser-aller, et les mouvements des jupes drapées, remontant en avant, lui donnent une allure des plus nouvelles et des plus amusantes.Ainsi qu\u2019on peut le voir par le joli modèle reproduit dans ce numéro, à l\u2019intention de nos lectrices, et qui est une des plus charmantes créations que j'ai vue à la dernière réunion de Longchamp, on porte beaucoup, pour accompagner les robes, des petits vêtements drapés, très serrés du bas.Celui- ci, ainsi que la jupe, était fait d\u2019un très nouveau tissu d\u2019été, j d\u2019aspect velouté, d\u2019un joli ton bleu roy, et l\u2019on apercevait tout le haut du corsage en mousseline écrue garnie de broderies bulgares bleu et vieux-rouge.- Tanine.hi: Pour tous renseignements concernant la mode dont nos lec- 3 trices auraient besoin, elles peuvent s\u2019adresser à Mme Fri- i bourg, 14 rue Damrémont, à Paris, femme de notre corres- = pondant pour la France, qui sera heureuse de pouvoir leur a être utile, ° Index des Attractions Parisiennes LES THEATRES.Opéra.\u2014 Place de l\u2019Opéra, Comédie Française.\u2014Place du Théâtre Français, Opéra Comique.\u2014Rues Favart et Marivaux, Odéon.\u2014 Place de l\u2019Odéon.Gaité Lyrique.\u2014 Square des Arts et Métiers, Comédie Marigny.\u2014 Champs Elysées.Porte St-Martin.\u2014 Boulevard St-Martin, Renaissance.\u2014 Boulevard St-Martin, Variétés.\u2014 Boulevard Montmartre.Vaudeville.\u2014 Boulevard des Capucines, Sarah-Bernhardt.\u2014Place du Châtelet, Trianon Lyrique.\u2014 Boulevard Rochechouart, Théâtre Antoine.\u2014 Boulevard de Strasbourg.Gymnase.\u2014 Boulevard Bonne, Nouvelle, Théâtre Réjane.\u2014Rue Blanche, Palais-Royal.\u2014Rue Montpensier, Ambigu.\u2014 Boulevard St-Martin.Grand Guignol.\u2014Rue Chaptal, Comédie Royale.\u2014Rue Caumartin, Athénée.\u2014Kue Boudreau, Châtelet.\u2014 Place du Châtelet.Bouffes Parisiens.\u2014Rue Monsigny.Théâtre Apollo.\u2014Rue de Clichy.Folies Dramatiques.\u2014Rue de Bondy.Théâtre du Château d\u2019Eau.\u2014Rue du Château d\u2019Eau, Théâtre Impérial.\u2014Avenue des Ch, Elysées. 562 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Nouveau Théatre.\u2014Rue Fontaine, Théatre des Capucines.\u2014Boulevard des Capucines, Théatre Cluny.\u2014 Boulevard St-Germain.Théatre Déjazet.\u2014Boulevard du Temple.Théâtre Femina.\u2014Avenue des Ch, Elysées, MUSIC HALLS ET CONCERTS.Boite à Fursy.\u2014 Rue Pigalle.Folies Bergères.\u2014 Rue Richer.La Cigale.\u2014 Boulevard Rochechouart.Olympia.\u2014 Boulevard des Capucines.La Scala.\u2014 Boulevard de Strasbourg.CIRQUES.Nouveau Cirque.\u2014Rue St-Honoré, Pour répondre au désir d\u2019un certain nombre d\u2019abonnés, nous établissons une EDITION DE LUXE sur beau papier sur-glacé.Hors la force et la qualité du papier, il n\u2019y aura aucune difference entre l\u2019édition de luxe et l\u2019édition ordinaire.Cette dernière garde toute sa valeur.Le prix de cette édition de luxe est fixé à $3.00 ou 15 frs.a RR RR TT I WIR TIO TA AVIS Nous annoncions, dans le dernier numéro de la \u201c Revue\u201d, le catalogue des \u201cGrands Magasins du Louvre\u201d, de Paris.Quelques-uns de nos abonnés ont cru que nous avions ces catalogues en mains, pour distribution, et nous en ont fait la demande.D\u2019après entente, nous ne faisons que transmettre ces demandes à Paris.Si nos amis préféraient s\u2019adresser directement à Paris, voici l\u2019adresse: MM.les Directeurs, Grands Magasins du Louvre, Paris, France.\u2019Toutefois, nous leur conseillons de se réclamer de la \u2018\u2018 Revue Franco-Américaine.\u2019 À cet effet nous publions, la liste des Catalogues : fascicules, catalogues spéciaux et planches de cette importante maison, la plus importante du monde entier.Ainsi l\u2019on aura qu\u2019à spécifier et l\u2019on sera servi à souhait.+ We Grands Magasins du Louvre PARIS Indépendamment des Catalogues des saisons, qui sont adressés à toute la clientèle, les Grands Magasins du Louvre envoient franco sur demande les fascicules et planches 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des revendications nationales.Vous la trouverez, en Amérique, dans au-delà de 400 cercles, salons de lecture, clubs, unions, etc., ainsi que dans toute famille aisée, d\u2019origine française.OUS n\u2019avez pas le temps ni le moyen de combattre, comme vous le voudriez, pour conserver les droits acquis à notre nationalité, alors, par votre souscription à notre œuvre, vous aurez au moins fait une partie de votre devoir.A Revue Franco-Américaine devrait se trouver dans toutes les salles d\u2019attente des hommes de profession, avocats, médecins, notaires, etc, dans tous les presbytères et couvents.Elle devrait être le ralliement, le signe infaillible que vous avez à faire avec un patriote chaque fois que vous la verrez dans une famille d\u2019origine française.MEL ENTRER SEE ABONNEZ-VOUS et faites ABONNER vos amis.La Revue Franco-Américaine Bureaux : 7la rue St-Jacques, Montréal.Téléphone Main 3496 2469, case postale, Montréal +++\" Bit, \u2014 CARTES PROFESSIONNELLES AD.ARCHAMBAULT EUG.L.JALBERT ARCHAMBAULT & JALBERT Avocats et Notaires pour les Etats de Rhode-Island et Massachusetts, et Commissaires pour la légalisation des Actes pour le Canada.Chambre 10, Longley Building, WOONSOCKET, R.I.Tel.233=R LAURENT MOISAN| i eoce mown sos mses J.LABRECQUE & Cie MARBRE ARTIFICIEL AGENTS POUR LE 946-950 Rue St-Valier, Québec.CHARBON Manteaux de Cheminées, Comptoirs, Groix haut relief, Tables de Commu.DIAMANT nion, Piédestaux, Monuments pour A ULEIS complats dapres plane.LC\u201d NOIR .Les Dessins, Modèles, Modelage et Sculpture sur Bois et Coulage en Plâtre recevront une attention toute spéciale.NN EXECUTION PROMPTE A DES PRIX TRES BAS 141 Rue olfe Une visite est respectueusement sollicitée.TEL.3251 MONTREAL Fonderie de Cloches BIRON ARMAND BLANCHET Ingénieur des Arts et Manufactures 287, rue St-Martin, Paris.Pour éviter les intermédiaires, qui prennent 25% de commission, au moins, pourquoi ne pas transiger directement avec la Fonderie pour vos Cloches Monumentales, 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EMILE J.HEBERT.Agent Général du Trafic-Voyageur | pour les Paquebots.pour le Chemin de Fer.MONTREAL.MONTREAL.Agent Général Dépt.des Voyageurs Fondé en 1895 ABONNEZ -VOUS AU JOURNAL Le Passe-Temps | Dans chaque numéro on trouve : SEPT OU HUIT CHANSONS DEUX OU TROIS MORCEAUX DE PIANO Aussi : MUSIQUE DE VIOLON, Etc.Abonnement : Un an, Canada, $1.50 ; Etats-Unis, $2.00 Un numéro : 5 cts \u2014 En vente partout ° \u2019 Adresse : 16, rue Craig Est Montréal Demandez notre Catalogue de Primes RESEAU DE CHEMIN DE FER DU GRAND TRONC HORAIRE DES TRAINS PASSAGERS QUITTANT LA GARE BONAVENTURE JUSQU\u2019A NOUVEL ORDRE.a b b a 0 jo] » oc UT TT Uo TU AENTooSo RT op MoN » puon 0 » a a a Cc map 1.16 A.M.\u2014Pour Richmond et gares intermédiaires, 7.20 A.M.\u2014Pdur St-Jean, Rouses Point, Albany, via D.& H.7.26 A.M.\u2014Pour Laprairie, Hemmingford, Ste-Martine, Howick, Ormstown, Huntingdon, Fort Covington et Massena Springs.8.00 A.M.\u2014Pour Ste-Anne de Bellevue, Coteau Jct., Valleyfield Glen Robertson, Ottawa et gares intermédiaires.8.01 A.M.\u2014Pour Richmond, Sherbrooke, Portland; tous les jours, dimanche excepté, pour Lévis (Québec.) 8.05 A.M.\u2014Pour Laprairie, Hemmingford, Ste-Martine, Howick, Ormstown, Huntingdon et Fort Covington.8.31 A-M.\u2014Pour St Jean, St-Albans, Burlington, Springfield, Boston et New-York via C.V.8.32 A.M.\u2014Pour Chambly, Marieville, Farnham, Granby et Waterloo.3.50 A.M.\u2014Pour St-Jean, Plattsburg, Troy, Albany et New-York.aia D.&H, 9.00 A.M.\u2014Pour Cornwall, Brockville, Kingston, Toronto, Hamilton, Niagara Falls, Buffalo, Détroit et Chicago.9.10 A.M.\u2014Pour Ste-Anne de Bellevue, Coteau Jct., Alexandria et Ottawa, 9.10 A.M.\u2014Pour Ste-Anne de Bellevue, Vaudreuil, Coteau Jct., Valleyfield et gares intermédiaires.9.11 A.M.\u2014Pour Chambly, Marieville, Farnham Granby et Waterloo.9.40 A.M.\u2014Pour Vaudreuil, Cornwall, Preseott, Brockville, Kingston, Belleviile, Toronto et gares intermédiaires.19.00 A.M.\u2014Pour St-Jean, Rouses Point, Albany, New-York.via B.& H.1.00 P.M.\u2014Pour St-Jean, Rouses Point, Plattsburg, Albany.1.30 P.M.\u2014Pour Cornwall et gares intermédiaires.1.35 PM.\u2014Pour St-Jean, Iberville, St-Albans, via C.V.1.45 P.M.\u2014 Pour St-Hyacinthe et gares intermédiaires.1.47 P.M.\u2014Pour Laprairie, Ste-Martine, Howick, Ormstown, Huntingdon, Fort Covington et gares intermédiaires.3.05 P.M.\u2014Pour St Jean, Rouses Point Pilattsburg, Troy, Albany et New-York.via D.& H.4.00 P.M.\u2014Pour Ste-Anne de Bellevue, Coteau Jct., Valleyfield, Alexandria, Ottawa, et gares intermédiaires.4.11 P.M.\u2014Pour St-Jean, St-Albans et W.R.Jct.via C.V., 4.15 P.M.\u2014Pour Vaudreuil, Valleyfield, Cornwall, Brockville et garesintermédiai- res.4.16 P.M.\u2014Four St-Hyacinthe, Richmond, Lévis (Québec), Sherbrooke et Island ond.4.40 P.M.\u2014Pour Laprairle, Hemmingford, Ste-Martine Howick, Ormstown, Huntingdon, Fort Covington et Massena Springs.4.55 P.M.\u2014Pour Chambly, Marieville, Farnham, Frelighsburg, Granby et Waterloo.5.15 P.M.\u2014Pour Ste-Anne de Bellevue, Vaudreuil, Coteau Jct., Valleyfield et gares intermédiaires.= 5.20 P.M.\u2014Pour St-Hyacinthe et gares intermédiaires.5.30 P.M.\u2014Pour St-Jean, Iberviile, Rouses Point et gares intermédiaires.6.25 P.M.\u2014 Pour St-Lambert, Chambly, Marieville et St-Césaire.7.25 F.M.\u2014Pour St-Jean, Rouses Point, Plattsburg, Troy, Albany et New-York, via D.& H.7.30 P.M.\u2014Pour Cornwall, Brockville, Kingston.Belleville et Toronto et gares intermédiaires.8.05 P.M.\u2014Pour Ste- Anne de Bellevue, Coteau Jct., Alexandria, Ottawa.et gares intermédiaires 8.10 P.M.\u2014Pour St-Jean, Rouses Point, Plattsburg, Troy, Albany et New-York, via D & H.8.15 P.M.\u2014Pour St-Hyacinthe, Richmond, Lévis, (Québec), Sherbrooke, Island Pond et Portland.8.30 P.M.\u2014Pour St-Jean,St-Albans, Burlington, Springfield, Boston et New-Ycrk, i Vv via C.V.10.30 P.M.\u2014Pour Brockville, Kingston, Toronto,Hamilton, Niagara Falls, Buffalo, London, Detroit et Chicago.Co 12.10 P.M.\u2014Pour St-Hyacinthe et gares intermédiaires.: Tous les jours.b: Tous les jours, dimanche excepté.: Dimanche seulement.d: Samedi seulement.: Tous les jours excepté le samedi et le dimanche, Pourbillets, taux, mappes, indicateurs, wagons-lits, et toute autre information s'adresser au bureau de la compagnie, No.122, rue St-Jacques, Tél, Main 6905, à Hotel Windsor oa à la gare Bonaventure, Tel,:Main 4779. TABLE DES MATIERES VOL.X NOVEMBRE 1912 à AVRIL 1913 > Sommaire, Novembre 1912 Pages Dr ED.IMBEAUX.\u2014Les filles du Roi et les filles de l\u2019Evêque (poésie).5 LA DIRECTION.\u2014Retour de vacances .7 LEON De ST-CASTIN.\u2014ILettre de France .\u201810 SAINT-JACQUES.\u2014La Revue des Revues.14 Général des CHASTELLUX .\u2014La Colonisation en 1781 .16 PASCAL, POIRIER.Origine des Acadiens.21 GENERAL TURREAU.\u2014Le Canada sous Napoléon Ier.34 F.AGOSTINI.\u2014Le Canada vu par un Fran- _ çais de France.\u2026 44 CHARLES BOURGOIN.Chronique financière.: .53 J.A.LEFEBVRE._ Commerce franco.cana- diem.60 XXX .\u2014Pour aider à la solution des questions qui s\u2019agitent aux Etats-Unis et au Canada.63 J.A.LEFEBVRE.Ie Salon de la \u201cRevue\u201d 83 * gw Sommaire, Décembre 1912 Pages Dr ED.IMBEAUX.\u2014Wolfe et Montcalm (sonnet).Sg TAPRI,X DES MATIEREHS T, SAINT-PIFRRE.\u2014Ie nombre des descendants français aux Ftats-Unis.Vte F.de FRONSAC.\u2014La Nation Franco- Normande au Canada.Cee I,EON De ST-CASTIN.\u2014ILettre de France.J.-L.K.LAFLAMME.7 Pusqu'aux Monta- gnes-Rocheuses.IFON KEMNER.\u2014Revue des faits et des œuvres : \u2019Télesphore\u2019 Saint-Pierre ;.Les petits drapeaux ; Prédictions sur les Ftats-Unis et le Canada ; Le nouveau cabinet américain ; Catholiques cana- diens-français ; L'inventeur du céléphor ne.: PASCAL POIRIER.\u2014Origine des Acadiens.(suite).FE.AGOSTINI.\u2014Te Canada vu par un Français de France (suite ).XXX .\u2014Pour aider à la solution des questions qui s\u2019agitent aux Etats-Unis et au Canada (suite).Chronique théatrale.I73 Bibliographie, ete.I77 + 5e Sommaire, Janvier 1913 Pages JACQUES NORMAND.\u2014Le jour de Madame.(poésie).185 SAINT-JACQUES.\u2014Revue des \u2018Revues.187 RAYMOND POINCARE.\u2014Petite et grande Patrie.197 PAUL BOURGET.Ta : psychologie du, miliar- daire.199 LEON KEMNER .\u2014Revue des \u2018faits et des œuvres : Plus de garçons que de filles.\u2014TL'enfant prodige\u2014La germanisation de la France\u2014Monsieur Poincaré et les jeunes\u2014Banquet de journalistes \u2014M.Bourassa et les Irlandais\u2014Le nouveau TABLE DES MATIERES ministère français\u2014Pourquoi ne pas créer un marché pour ce qui reste\u2014No- tre documentation.204 PASCAL JR Origine des Acadiens.(suite).217 E.AGOSTINI.\u2014ILe Canada vu par un Fran cais de France (suite).231 XXX.\u2014Pour aider a la solution des questions qui s\u2019agitent aux Etats-Unis et au Canada (suite).2.2.+ .245 Théâtre, Mode, Bibliographie, ete.269 ° i \u2014e Sommaire, Février I913 Pages FRANÇOIS COPPEE.\u2014Un baiser au rapeau (poésie).281 GUSTAVE LANCTOT.\u2014I,a fin d\u2019une légende.283 A.D.DECELLES.\u2014Notre Avenir.292 LECN KEMNER.\u2014Revue des faits et des ceuvres.\u2014ILes races au Canada.\u2014Ie paquebot Imperator.\u2014ILes catholiques aux Ftats-Unis.308 PASCAL POIRIER.\u2014OQOrigine des Acadiens.(suite).314 FE.AGOSTINI.\u2014Ie Canada vu par un Français de France (suite).326 XX X.\u2014Pour aider à la solution des questions qui s\u2019agitent aux Etats-Unis et au Canada (suite) .341 L'EMPIRE BRITANNIQUE ET SES COLO- NIFS.\u2014Fxamen du Docteur Benjamin Franklin devant la Chambre des Com- < munes, sur le rappel de l\u2019acte du tim- : bre, en.1766.353 Théatre, Mode.| 366 ee Es ae -\u2014 TABLE DES MATIERES Sommaire, Mars 1913 Pages Dr ED.IMBEAUX.\u2014Ies Cendres de Jeanne D\u2019Arc (poeésie).- 377 J.-L.K.LAFILAMMF.\u2014 Cartier et son temps (conférence).Co.37 T.de MONTIGNY.\u2014Colonies Militaires.403 Les écoles \u2018bilingues au Canada.406 MAX.de NANSOUTY.\u2014Pauvres Acadiens.407 BIBLIOPHILF.\u2014Notes Bibliographiques.408 PASCAL POIRIER.\u2014Origine des Acadiens.(suite).409 E.AGOSTINI.\u2014Le Canada vu par un Fran- cais de France (suite).420 XXX.\u2014Pour aider a la solution des questions qui s\u2019agitent aux Etats-Unis et au Canada (suite).436 L\u2019EMPIRF BRITANNIQUE ET SES COLO- NIFS.\u2014Fxamen du Docteur Benjamin Franklin devant la Chambre des Communes, sur le rappel de l\u2019acte du timbre, en 1766 ( suite et fin).447 * PF - Sommaire, Avril 1913 Pages Dr ED.IMBEAUX.\u2014Le secret de la confession.473 LA DIRECTION._ Notre anniversaire.477 CHAS DUPII,\u2014Le Maine.481 GUSTAVE LANCTOT.\u2014Le Mythe de la création chez les Hurons.488 Henri Rochefort.,( 503 SAINT-JACQUES.\u2014La Revue des Revues.505 PASCAI, POIRIER \u2014Origine des Acadiens.(suite).519 XXX.\u2014Pour aider a la solution des questions qui s\u2019agitent aux Etats-Unis et au Canada ( suite).531 Théatre, Mode.558 fois > mn \u2014 SC Fin so Fi NR pau > Se es 28 5 a pos ES Rd Pme \u2014 \u2014\u2014 = er ee dû 7 em Fee Sr \\\" = \u20ac Ye a g > = & > = = = ë & = EU wali acs ld a "]
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