L'union médicale du Canada, 1 décembre 1918, Décembre
[" L\u2019UNION MEDICALE DU CANADA Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, fondée en 1872, \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\"->< pm en PUBLIEE PAR MM.R.BOCLET, M.A.LeSAGE, MM.L.de L.HARWOOD, J.E.DUBE, A.MARIEN, Tout ce qui concerne la rédaction doit être adressé à M, le Dr A.LeSAGE, 46, Avenue Laval, Montréal.Rédacteur en chef Tout ce qui concerne l\u2019administration doit être adressé à M.T.VALIQUETTE, 2734 Christophe-Colomb ou Boite Postale No 3026.Téléphone St.Louis 1767.RE Vol.XLVII DECEMBRE 1918 No 12 Considérations cliniques de la grippe de 1918 (1) par EF _.P.Benoit Professeur de clinique médicale, médecin chef de service à l'hôpital Notre Dame L\u2019épidémic de grippe ou d\u2019influenza que nous venon< de subir s'est distinguée des précédentes non pas tant par son étendue, pourtant remarquable, que par l\u2019intensité de ses symptômes et l\u2019extrême gravité de ses complications, surtout de ses complicatons pulmonaires.Les personnes atteintes l\u2019ont été, pour la plupart, d\u2019une façon sérieuse ; beaucoup ont succombé rapidement à de brusques complications, le plus souvent thoraciques.La statistique nous donne à Pheure qu\u2019il est, en chiffres ronds, 30,000 cas et 3,000 décès pour la ville de Montréal, et pour toute la province de Québec plus de 460,000 cas et 13,000 décès, soit une mortalité générale de 2 p.100, et pour Mont- tréal, de 10 p.100.C\u2019est Pépidémie la plus sérieuse qui nous ait encore visités, oo La profession médicale, durant cette période de grande fatigue et de grande responsabilité, s\u2019est montrée à la hauteur de sa tâche.Les médecins qui ont fui leur poste, pendant l\u2019épidémie, ne sont pas nombreux ; plus de vingt-cinq d\u2019entre nous, et quelques uns des meilleurs, ont payé de leur vie leur travail, et leur dévouement.Tous, nous avons réalisé que se dressait devant nous un adversaire des plus robustes et des plus déterminés, contre lequel toutes les ressources de la thérapeutique ne réussissaient qu\u2019à force de décision et de persévérance.(1) Communication à la Société Médicale de Montréal, séance de Nov.1916. L'UNION MÉDICALE DU CANADA or -> = lt combien souvent, malgré tous nos efforts, n\u2019avons nous pas vu nous échapper brusquement des cas.que nous espérions sauver! T\u2019expérience est une chose qu'on acquiert à ses dépens et qui cert la prochaine fois.lLncore faut-il, pour qu\u2019elle serve, qu\u2019on ait su en tirer da leçon qu\u2019elle contient.Nous avons tout intérêt, après cette grave épidémie, à résumer notre récente expérience de la grippe, à analyser ce que nous avons vu et vécu, afin d'en tirer les indications nécessaires, Permettez-moi done de vous donner les considérations cliniques de la grippe de 1918, telles que me le: suggère mon expérience personnelle durant l\u2019épidémie d\u2019octobre et novembre derniers.Je diviserai ces considérations en trois groupes, laissant de côté toute question d'hygiène et de prophylaxie: 1° la nature de la grippe: 2° la nature de ses complications pulmonaires ; raux «du traitement et son application.I1\u2014LA NATURE DE LA GRIPPE.3° les principes géné- Nous savions que la grippe est une maladie infectieuse.Ce que nous n\u2019avions peut-être pas complètement réalisé, est jusqu\u2019à quel point la grippe peut-être toxique, lorsque sa virulence cest renforcée par une épidémie.Infection de la muqueuse des voies respiratoires, oui: et qui peut s'accompagner de septicémie et de suppuration, cela est certain.Mais aussi intoxication rapide cet profonde de tout l\u2019or- canisme dont le système nerveux subit le premier les atteintes, dont ln circulation et la nutrition supportent tout le contre-poids, ct qui taxe à leur maximum le tube digestif ot les glandes émonctoires.Dans son remexquable article de la Nouvalle Pratique Médico- (hirurgicale, Emile Bois qualifie la grippe ou influenza de maladie to.ririnfectieuse générale.Tlépidémie de 1918 a démontré Pexacti- tude de cette définition cn nous donnant une grippe très infecticuse et irès toxique, dont les symptômes prédominants ont été pulmonaires.mais qui-nous a fait connaître toutes les formes cliniques et toutes les complications possibles de la grippe.- La plupart des grandes infections rencontrées en pratique conrante\u2014 la diphtérie, la fièvre typhoïde.la fièvre puerpérale\u2014 ont une évolution bien déterminée et nne allure caractéristique.pour eânsi dire classique : ce sont des infections surtout septicémiques, qui ne produisont dex formes toxiques que par exception.C\u2019est la toxhémie, à mon sens, qui permet à la grippe d\u2019être aussi capricieuss dans son allure.AUSSI protéiforme dans ses manifostations ct surtont de faire éclater subit>- ment des complications très graves d\u2019emblée, dont la marche peut étre t L'UNION MÉDICALE DU CANADA 573 remarquablement rapide.Seule, la toxhémie, par son action sur les ceutres nerveux et sur les viscères, peut expliquer ces paralysies raso- motrices et ces congestions suraigués qui compromettent, en vingt- quatre heures, les fonctions d\u2019un organe ct donnent en deux ou trois Jours des lésions de degénérescence cellulaire très marquées.Deux faits cliniques importants me paraissent établir, dans la grippe, la prédominance de l\u2019intoxication sur la septicémie.C\u2019est que les congestions aiguës apparaissent souvent chez les grippés qui ont peu de fièvre, ou dont la fièvre est tombée.C\u2019est aussi que les grippés atteints de complications aiguës n\u2019ont souvent ni l\u2019altération des traits ni les changements d'allure qu\u2019on remarque toviours dans les grandes septicémies.Enfin, et C\u2019est un autre point à retenir, si des grippés ont eu des complications suppurées tardives, assez vite réglées par la chirurgie, la plupart, comme conséquence de leur toxhémie, ont présenté une grande dépression, une convalescenca lente, quelquefois pénible, exigeant beaucoup de précautions et toutes les ressources d\u2019une thérapeutique patiente et avisée.Certains grippés ont fait pendant leur convalescence de la néphrite aiguë aussi facilement qu\u2019un enfant relevant de la scarlatine.Tout le monde aussi a remarqué la fréquence ct la facilité des rechutes et des récidives, et cela sans cause de réinfection apparente ; il suffisait souvent du premier lever, de la première sortie, d\u2019une augmentation peu considérable de la diète pour ramener des symptômes grippaux caractérisés surtout par des congestions pulmonaires et des insuffisances fonctionnelles hépatiques ou rénales.Il faut une intoxication générale profonde pour laisser derrière elle une fragilité physiologique aussi grande.\u2018La nutrition elle-même devenait insuffisante après l\u2019attaque de grippe, ct beaucoup de grippés ont présenté de l'hypothermie et de l\u2019adynamie persistantes pendant leur convalescence, autre preuve do l\u2019intoxication profonde de l\u2019organisme.Cet ensemble de faits constitue une leçon qu'il me faut pas perdre.Dans une épidémie à virulence renforcée comme celle de 1918, les manifestations infecticuses, sceptiques ou toxiques, prennent une intensité remaryuable, évoluent avec une rapidité inattendue, exigent de la part (lu praticien une observation attentive, minuticuse et toujours en éveil.Jamais la règle d\u2019or de la pratique\u2014l\u2019observation constante du malade \u2014ne s\u2019est imposée davantage que pendant cette épidémie.Seule, elle a permis aux médecins consciencieux et surmenés de conserver le contrôle efficace de leurs malades, de dépister les manifestations multiples oh L'UNION MEDICALE DU CANADA de la toxi-infection grippale, d'empêcher très souvent les complications soudaines et grâves d'emblée et surtout de conserver l\u2019initiative thérapeutique, aussi importante, pour mater une maladie aussi souple.aussi maligne, aussi sournoise, que d\u2019initiative militaire «ur de champ de bataille est nécessaire pour paralyser un ennemi dangereux.II.\u2014LA NATURE DES COMPLICATIONS PULMONAIRES De tous les ennemis morbides qui Sattaquent à l\u2019homme, on peut affirmer sans crainte que l'influenza est celui qui possède le plus de ressources pathologiques et ait le mieux multiplier les attaques séricuses, grâce à la virulence de son germe et a l\u2019abondance de ses toxines.lt rien nest plus instructif à cet égard que les manifestations thoraciques de la grippe.Jc regrette beaucoup, pour ma part, que les élèves de la faculté n'aient pas eu l\u2019opportunité d\u2019observer les malades pendant l\u2019épidémie.Les manifestations pulmonaires, ont été si nombreuses, si variées, elles nous ont offert une telle richesse d'observation, que les leçons d\u2019auscultation en auraient été à la fois très complètes et très profitables.Toutes les formes cliniques des inflammations aigués des voles respiratoires ont défilé devant nous: laryngtes, trachéo-bronchites, bronchites simples, bronchites capillaires généralisées, broncho-pneumonies, pneumonies lobaires, congestions actives et splénisations, oedèmes.fluxions de poitrine, pleuro-pneumonies, \u2018pleurésies simples, empyèmes.La richesse thoracique de la grippe a été, cette année, quelque chose de remarquable.\u2018Ç On a accusé le climat de es méfaits, T\u2019hiver avait été long.rigoureux, lo printemps ct lété pluvieux et froids, a-t-on dit; les constitutions étaient affaiblies, les votez respiratoires irritées d\u2019avance.Je ne crois pas que ceci ait joué un rôle dans la virulence pulmonaire de la grippe qualifiée, après son passage en Espagne, de grippe espagnole.Il ne faut pas oublier que la voie respiratoire est la voie de pénétration de la grippe, et que Tes symptômes pulanonaires lui sont habituels.S'ils ont revêtu ure intensité spéciale, en 1918, c\u2019est que l'infection grippale, comme il arrive souvent dans les pandémies, dans ses passages successifs à travers le monde, s\u2019était renforcée et qu'elle a, sûr le terrain pulmonaire, \u2018développé toute son action.Evidemment, certains grippés à thorax affaibli ont payé plus cher que les autres, et ont donné beau jeu aux associations microbiennes.Chez eux, les staphylocoques, les streptocoques, les pneumocoques, le bacille de Koch sont venus prêter main forte au bacille de Pfeiffer ct intensifier ou L'UNION MÉDICALE DU CANADA 577 continuer son action.Mais n\u2019oublions pas que le plus grand nombre de ceux qui sont morts, dans la présente épidémie, étaient des plus jeunes et des plus vigoureux.Ce qui les à terrassés, ceux-là, qui n\u2019avaient aucune tare organique, c\u2019est la virulence extrême de la toxi-infection grippale.L\u2019anatomie pathologique et la clinique nous en ont fourni des preuves irrécusables.Les autopsies pratiquées à l\u2019hopital Notre-Dame par le Dr Derôme - nous ont montré quelquefois les lésions pulmonaires correspondant exactement aux signes physiques observés, par exemple l\u2019hépatisation là où il y avait des râles crépitants et du souffle tubaire.Mais le plus souvent, lorsque nous avions noté des râles sous-crépitants aux deux temps, une respiration soufflante ou bronchique, et pensé à la.congestion active, l\u2019autopsie constatait bien l\u2019existence de cette congestion généralisée, mais elle trouvait aussi, derrière elle et masqués par elle, des foyers plus ou moins étendus de broncho-pneumonie, ou de: penumonie franche.Cette association morbide a donné, à la pneumonie grippale, une gravité exceptionnelle ; eHe a été le facteur le plus important de la dyspnée extrême, de la défaillance du coeur, de la cynanose et de l\u2019asphyxie.Les malades, étranglés dans leurs poumons, bloqués dans leur circulation cardio-pulmonaire, la figure cyanosée, succombaient rapidement, au grand effroi de notre population rurale, qui croyait au retour de la peste noire.Il est arrivé aussi que des malades, auseultés deux ou trois jours avant leur mort, et ne donnant que des râles nombreux et généralisés, présentaient à l\u2019autopsie un épanchement séro-fibrineux ajouté pendant les dernières heures à leur pneumonie congestive, nouvelle preuve de l\u2019intensité de l\u2019inflammation.Enfin, chez les grippés où la septicémie dominait l\u2019intoxication, la paralysie de la fonction pulmonaire relevait surtout de l'encombrement des bronches par le pus, de la dégénérescence du tissu pulmonaire lui-mé- me, donnant une hépatisation jaune ou grise assez spéciale, ou de la présence dans la plèvre de larges gâteaux purulents ou d\u2019un empyème franchement constitué.Et pour bien marquer tous les droits d\u2019une toxi-infection généralisée, les lésions pulmonaires s'accompagnalent presque touours d\u2019une forte congestion de la rate, d\u2019une hépatite infectieuse, d\u2019une péricardite avec épanchement ou d\u2019une congestion gastro-intestinale.En face de ces lésions nombreuses et multiples, fruits pathologiques d\u2019une toxi-infection très virulente ct très active, le praticien ne s\u2019étonne plus que ses constatations cliniques, pendant la dernière épi- dénie d\u2019influenza, aient été si variées ct parfois si déconcertantes. 275 L'UNION MÉDICALE DU CANADA C\u2019est le propre des grandes épidémies de nous surprendre par l\u2019intensité et la rapidité des coups qu\u2019eiles portent, et nous sommes trop occupés, pendant la durée du combat, pour nous arrêter à réfléchir longuement sur le point du départ de ces assauts multipliés ; il faut sortir du champ de bataille pour apercevoir nettement les causes et le résultat des hostilités, et réaliser à quel ennemi puissant nous avions affaire.Jamais épidémie ne nous aura mieux enseigné que celle de 1918 la nécessité d\u2019être sur ses gardes.Et jamais l\u2019on n\u2019aura mieux constaté ce que vaut, pour le malade, pour le médecin, un examen complet, méthodique, raisonné et persistant.Je crois qu\u2019il est possible d\u2019éviter, dans bien des cas, les fluxions de poitrine et les complications thoraciques grâves, et que ces manifestations n\u2019ont pas toujours la soudaineté que l\u2019on pense.Avant d\u2019éclater bruyamment, dans toute leur force, elles se préparent et s\u2019annoncent par certains symptômes, certains signes physiques qu\u2019il faut savoir rechercher.Dans mon service à Notre-Dame, par exemple, où les cas de grippe étaient auscultés à leur entrée d\u2019une façon systématique, nous avons souvent été surpris, chez des malades entrant au début de l\u2019attaque, qui n\u2019accusaient pas de troubles pulmonaires, qui ne toussaient pas, de trouver déjà aux bases ou dans certaines régions limitées et presque toujours du côté droit des râles congestifs très nets, très marqués, de la matité, une respiration soufflante parfois même un véritable souffle tubaire.Nous avons constaté également qu\u2019avec un traitement actif, ces signes locaux dispareässaient rapidement en même temps que s\u2019uccusait l\u2019amélioration: générale.Combien de ma- ledes en ville, ont pensé que la grippe se guérit tout seule et n\u2019ont appelé le médecin que lorsqu\u2019éclatait une pneumonie grippale qu\u2019ils avaient soigneusement dorlotée dans son berceau.Souvent aussi le médecin trop confiant, ou très surmené, s\u2019est laissé surprendre par une congéstion soi-disant brusque, inattendue dans tous les cas, mais qu\u2019il aurait- certainement vu venir en mettant Poreille sur le thorax du grippé.Très souvent auzsi chez certains malades, l\u2019intensité des troub'es fonctionnels, du point de côté, de la toux, de la cyanose, et particulièrement de la dyspnée était disproportionnée ct faisait contraste avec la peu d\u2019étendue ou le peu de netteté des signes physiques.Je parle évidemment du début des premiers jours de la grippe.Il y avait là, en quelqüe sorte, une avertissement, dont il valait mieux tenir compte.Cela signifiait évidemment, que si les signes extérieurs éta'ent peu bruyants, \u2018par contre l\u2019attäque intérieure, profonde, des oeuvres vives L'UNION MÉDICALE DU CANADA 579 était commencée, et que la toxi-infection faisait déjà valoir ses droits.Le médecin qui n'aurait pas tenu compte de cet avertissement pour la direction de sa thérapeutique aurait laisser passer là une de ces occasions précieuses qui ne reviennent jamais.Ensuite apparaissalent très rapidement, même au début, mais surtout lorsque les grandes manifestations thoraciques avaient éclaté, les défaillances fonctionnelles secondaires: l\u2019arythmie ou l\u2019asystolie entraient en scène, la néphrite aiguë s'établissait rapidement, l\u2019insuffisance hépatique ou l\u2019hépatite même modifiait la nutrition générale ou le tracé de la température.Et c\u2019est encore l\u2019examen suivi du malade qui nous faisait constater la modification du rythme cardiaque ou des urines, l\u2019albuminerie, la présence des cylindres, l\u2019hypertophie du foie, le teint sub-ictérique, l\u2019altération de la formule chimique de Purine, la présence de l\u2019urobiline dans ce liquide, ete, etc.La encore, nous avons une preuve démonstrative de l\u2019intensité, de Ja gravité, et de la multiplicité des manifestations d\u2019une toxi-infection très active, agissant à Ja fois par ses microbes et par ses toxines, et pouvant porter ses coups à la fois sur tous les grands systèmes, atteindre simultanément ou successivement tous les viscères importants.Devons-nous inscrire tous ces méfaits au compte de la.grippe seule, où, pour préciser davantage, au crédit du bacille de Pfeiffer.C\u2019est certainement lui le premier et le plus grand coupable: la spécificité du hacille de Pfeiffer n\u2019est guère contestée aujourdhui.Seulement, comme tous les grands coupables, il trouve facilement des associés.Il semble même avoir le don particulier de les stimuler au mal, ct de les attirer rapidement à son aide.Nulle maladie ne témoigne mieux que, au méningocoque ete, ct ces cas sont les plus fréquents.Il est clations microbiennes dans les infections.Les recherches bactériologiques faites pendant l\u2019épidémie sont à ce sujet des plus instructives.Les symptômes septiques et toxiques de la grippe relèvent, tantôt uniquement du bacille de Pfeiffer et ces cas sont les moins nombreux, tantôt du bacille de Pfeiffer associé au pneumonoque, au straptoco- que, au méninigocoque, ete, ct ces cas sont les plus fréquents.Il est arrivé même souvent cette année, que dans les complications suppurées da la grippe, le streptocoque a joué le rôle de l\u2019associé qui devient le maître.Un dernier fait clinique me paraît confirmer, comme lez précédents, l\u2019action toxi-infectieuse de la grippe simple ou associée.(Vest la fragilité fonctionnelle des organes pendant la convalescence ot leur 580 L'UNION MÉDICALE DU CANADA aptitude remarquable à développer tardivement des complications aiguës, Ce n\u2019est pas tant la pratique hospitalière qui nous fournit ces exemples que la pratique en ville.Tous les grippés, quelle qu\u2019ait été la forme de leur maladie, grâve et longue ou bénigne ot court, sont demeurés pendant leur conval-scence dans un état de po-srbilité petho- \u201cogique qui «e manifestait à la moindre occasion.Le grippé se levait- il un peu tôt, se fatiguait-il un peu vite, mangeait-il un peu plus qu\u2019il ne fallait ou subissait-il le plus léger refroidissement, aussitôt Pon voyait la fièvre se rallumer, la toux réapparaître, le pouls s\u2019altérer, l\u2019albuminurie revenir, Souvent la toxi-infection reprenait plus intense que da première fois et déterminait des complications grâves ou mortelles.Toujours le malade ne sortait de ces rechutes qu\u2019avec peine et misère.Preuve évidents d> l'altération profonde de l'orgu- ni=me par une matadie généralisée.\u2018 Aussi, pour se défendre contre une pareille toxi-infection, l\u2019organisme avait besoin de toutes ses ressources \u2018physiologiques.Tous les éclopés, tous les tarés, tous les blessés de la vie, dans Pépidémie actuelle, n\u2019ont pas cu grande chance.Une lésion valvulaire, une ré- phrite chronique, l\u2019état de grossesse rendaient particulièrement difficile le traitement de la grippe et le plus souvent assuraient la mort.les personnes saines au moment de contracter la grippe ne se défendaient bien qu\u2019à une condition: c\u2019est que la toxi-infection n\u2019ait pas le temps d\u2019eïtérer profondément un organe.Tout congestion généralisée, toute inflammation aiguë constituait, dans la grippe, une menace de mort.Et comme toute personne atteinte de grippe devenait menacée d\u2019une congestion ou d\u2019une inflanmmation aiguë pouvant rapidement supprimer la fonction de l\u2019organe atteint, malheur au malade qui ne se soignait pas à temps, qui n\u2019évitait pas les imprudences, malheur au médecin qui ne se tenait pas sur ses gardes et n\u2019établissait pas sa thérapeutique sur des fondations solides.IIIL\u2014LES PRINCIPES GENERAUX DU TRAITEMENT ET SON APPLICATION.Pour considérer le traitement de la grippe, nous prendrons done comme base les principes fondamentaux suivants: 1° l\u2019influenza est une toxi-infection générale: 2° ses possibilités pathologiques sont très grandes, à cause ide la virulence de la toxi-infection, très marquée dans les pandémies, à cause de la voie de pénétration de l\u2019infection par les voies respiratoires, à cause aussi des associations microbiennes, très fréquentes: 3° l\u2019infection en sé généralisant peut amener progressive- L UNION MEDICALE DU CANADA 381 ment la mort par les lésions suppurées dégénératives qu\u2019elle établit, mais les grippés peuvent aussi mourir brusquement, tués par les mani- lestations aiguës localisées de la toxhémie, supprimant rapidement, par congestion ou oedème, des fonctions physiologiques importantes (asphyxie, asystolie, urémie).Dans quels sens ces principes généraux doivent-ils orienter la thérapeutique, aux diverses périodes de la maladie?Considérons d\u2019une façon brève et dans ses grandes lignes, le traitement de la grippe au début, à la période d\u2019état et pendant la convalescence.1° AU DEBUT.Lo vieux Peter diseét, avec son scepticisme thérapeutique ordinaire, que \u201cla grippe est une maladie dont on guérit les pieds sur les chenets.\u201d C\u2019est une formule trop simple dont il faut se défier.Je trouve mieux appropriée la recommandation du Dr Roux: \u201cRestez lit, mangez peu, buvez chaud.\u201d Ce sont des précautions dont Heckel nous donne la raison d'une façon saisissante lorsqu\u2018il écrit: \u201cA ses «débuts, une grippe promenée conduit souvent au cimetière.\u201d On aurait tort en effet, surtout en temps d\u2019épidémie, de traiter légèrement une toxi-infection dont les possibilités pathologiques sont si grandes et qui tend au malade, en débutant, un piège si dangereux : la rémission du troisième jour.Un peu de coryza, un peu de toux ou oppression, du malaize, et voilà qui, le troisième jour, la fièvre tombe d'elle-même.Le malale se sent mieux pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures.T1 demande à manger, il veut se lever, sortir, recommencer son travail.Que de grippés se sont laissés prendre à ces apparences trompeuses et ont subi, dans un mauvais état de défense, la recrudescence fébrile et tout son cortège de complications! Quelle erreur que de ne pas traiter énergiquement, dès son début, la gripp?sous toutes ses formes, ct si bénigne qu\u2019elle soit en apparence! C\u2019est méconnaître profondément la nature de la grippe que de ne pas s\u2019efforcer, alors qu\u2019il en est temps encore, de l\u2019arrêter dans son évolution, et celà d\u2019une façon complète, certaine, efficace.Je sais bien que l'on n\u2019y réussit pas toujours.Nous n\u2019avons pas de médicament spécifique de la grippe.Mais je sais bien aussi que quelques petites doses de quinine, ou d\u2019aspirine, ou de phénacétine ne sont pas une protection suffisante.On a trouvé, en France, qu\u2019une injection ou deux de cacodylate de soude, ou de cacodylate de gaiacol, faisaient bien mieux l\u2019affaire.Et les métaux colloïdaux agissent aussi très bien, mais plus sûrement quand l\u2019organisme est on état de les uti- hiser que lorsque la toxi-infection est profonde et compromet déja la vi- 282 1 UNION MEDICALE DU CANADA talité, C'est mon expérience personnelle que 1 ce d'or colloidal ou 5 ce d\u2019argent colloïdal, par voie intraveineuse, agissent plus sûrement quand l\u2019état général est encore bou que 10 ou 20 ce d'électrargol lorsque les complications grâves sont survenues et que l\u2019état du malade est désespéré.Le lantol aussi est bon, et bien moins déprimant que la gaïar- cine.On sait comnrent une grippe commence: ON ignore toujours comment elle finira.11 faut done être sur ses gardes, et se mettre du bon côté.Cela veut dire: ne rien négliger, agir énergiquement.Le malade et le médecin doivent s\u2019appliquer tous les deux à leur affaire, con- ciencieusement, sans défaillance.Le malade doit comprendre que son organisme commence une lutte dont l\u2019issue est loin d'être certaine, et que nous avons le droit d\u2019exiger de lui qu\u2019il ne fasse rien pour gêner la défense de son organiane.Le médecin, lui, doit choisir, parmi son arsenal thérapeutique, les meilleures armes, les plus actives et en même.temps les moins dangereuses pour le combattant.On peut formuler Jes prescriptions du traitement de la grippe à son début de la façon suivante : 1.\u2014 Ménager les forces vitales par le repos au lit, la températui uniforme dans la chambre, la diète légère.2 \u2014 Faciliter l'éliminuition par les boissons diurétiques, les bains d\u2019éponge, les daxatifs.3.\u2014Combattre la tori-infection par les meilleurs antiseptiques généraux, les moins toxiques ct les plus stimulants, c\u2019est-à-dire les métaux colloïdaux.4.\u2014N\u2019employer les antithermiques, les toniques cardiaques, les stimulants nerveux, les expectorants, etc, que comme traitement symptomatique ct tout à fait accessoire, C\u2019est par un traitement rationnel de ce genre basé sur la nature toxi-infectieuse de la grippe, que l\u2019on arrive à arrêter la maladie dès son début, lorsqu\u2019on est appelé à temps, et que l'on peut espérer, si l\u2019or- canisme est sain, vigoureux, et répond bien à la médication, exempter les symptômes graves et les complications.Pour celà, il faut: (a) ne pas perdre de temps; (b) ne pas commettre d\u2019imprudence; (c) suivre attentivement at bien observer son malade.2° A LA PERIODE D'ETAT C\u2019est la période des grands symptômes et des complications, car une grippe arrêté à son début est une grippe avortée, même si l\u2019avortement dure plusieurs jours.La fièvre est grande, l\u2019adynamie marquée, L'UNION MÉDICALE DU CANADA 283 le malaise profond, la toux opiniâtre, la congestion installée déjà au moins dans les bronches, sinon dans le poumon, l\u2019albumine apparue dans l'urine, l'inappétence à peu près absolue et le tube digestif embarrassé.Beaucoup de douleurs, d\u2019agitation, et parfois du délire.La toxi-infection bat son plein.Doit-on abandonner les prescriptions de la période du début?Bien au contraire.Elles sont plus nécessaires, plus urgentes que jamais.Elles suffiront peut-être encore à juguler la maladie.Mais en même temps, les traitements secondaires passent au premier plan, et il faut être prêt à traiter vivement les accidents aigus qui ne tarderont pas à survenir.Le traitement antiseptique de la grippe est plus urgent que jamais, parce que l\u2019infection fait du chemin, que l'organisme perd peu à peu ses moyens de défense.Il faut redoubler d\u2019activité, rapprocher les doses, les augmenter, recourir de préférence à la voie intraveineuse.Les métaux colloidaux, même à hautes doscs, sont préférables aux hydrocarbures et à la quinine, parce qu\u2019ils sont morns toxiques, Moins irritants, moins déprimants, parce qu\u2019ils ne taxent pas autant les organes éliminatoires, et surtout parce qu\u2019ils agissent plus vite et plus sûrement.Evidemment, leur action est moins certaine qu\u2019à la période du début; la lutte est beaucoup plus sérieuse ; mais la médication antiseptique est encore la seule qui puisse assurer la guérison ; il ne faut pas qu\u2019elle cède le pas au traitement symptomatique.On ne guérit pas la penumonie grippale en la traitant comme une simple pneumonie.Des cas ainsi traités ont guéri, oui, mais grâce à la merveilleuse résistance du sujet ct maleré l\u2019inactivité du médecin traitant.D'un autre côté, il faut bien s\u2019entendre.La nrédication - antisap- tique est urgente, nécessaire, conserve toujours la première place; mais, lorsqu\u2019une complication apparaît, la médication secondaire passe au premier plan, devient importante, elle aussi, sans annuler la première.LI faut traiter tout aussi énergiquement les complications que l'influenza elle-même, sans négliger le moins du monde l\u2019influenza.Cela est évident pour tous les organes, mais en particulier et spécialement pour l'appareil respiratoire.C\u2019est là surtout que les possibilités pathologiques de la grippe sont imminentes et nombreuses.On a pliquera donc avec le plus grand soin le traitement qui convient à la bronchite, à la broncho-pneumonie, à la pneumonie, à la pleurésie, etu.On doit le faire.Mais c\u2019est une erreur de s\u2019arrêter là, de croire que la grippe s\u2019est dédoublée, qu'elle renonce à ses pouvoirs généraux pour ne réclamer que ses droits pulmonaires.C\u2019est nn piège, c\u2019est encore un 03-4 L'UNION MÉDICALE Dl) CANADA piège.La grippe conserve tonte sa virulence, et même ses manifestations pulmonaires en revétiront une allure spéciale, seront tenaces, graves d\u2019emblés, auront une tendance spéciale vers la suppuration.Combien de raisons, et des meilleures, pour ne rien abandonner de son activité thérapeutique, pour redoubler d\u2019ardeur sur tous les fronts, pour repousser l\u2019envahissement pulmonaire tout en multipliant les assauts contre la toxi-infection.Et pendant cete lutte épique, il faut être prêt à toute heure, et sans perdre de temps, à combattre les assauts imprévus, je veux dire les congestions sur-ajoutées, les fluxions, les ocdèmes, qui peuvent s1 rapidement briser la résistance vitale.Dans cette maladie si fertile en surprises, c'est là le plus grand piège.Rappelons-nous bien que ces accidents pulmonaires aigus se surajoutent habituellement à des lé- Isons pulmonaires déjà constituées, qu\u2019ils ne sont pas, par eux-mêmes, toute la maladie, qu\u2019ils ne doivent nous masquer ni la toxi-infection, cause de tout le mal, ni les localisations infecticuses «le cette toxi- infection.Reconmaissons aussi qu\u2019ils sont la plupart du temps des accidents toxiques aigus, très graves à cause des conditions dans lesquelles 1ls se produisent, et donnant souvent le coup fatal à des malades qui jusque là se défendaient bien contre l\u2019infeetion grippale et ses localisations broncho-pulmonaires.Et alors nous avons tous les principes nécessaires pour formuler le traitement général de la période d'état: 1° Employer contre les congestions aiguës, les fluxions, les oedèmes, les moyens les plus rapides, les plus énergiques (saignée, ventouses scarifiées, grands enveloppements humides ct sinapisés, révu.- sion), afin de dégager au plus vite l\u2019organe menacé.2° Soutenir énergiquement le malade pendant cette lutte dangereuse, par les décongestionnants, les toniques cardiaques, les diurétiques: poudre de Dover, expectorants diffusibles, ergotine, digitale.huile camphrée, caféine, éther.3° Ne pas commettre la faute, pendant cette lutte locale, d\u2019abandonner le traitement de la cause déterminante, de la toxi-infection ; au contraire, redoubler le traitement antiseptique en augmentant le volume ou la fréquence des doses d\u2019électrargol, de collabiase d\u2019or, de lantol.4° Ménager le dégagement des toxines en surveillant tout particulièrement les émonctoires, surtout le rein.5° Empêcher l\u2019épuisement nerveux par les calmants, les hypnotiques, les stimulants, en se basant sur les indications symptomatiques (douleurs, insomnie, dépression\u2019). L'UNION MÉDICALE DU CANADA 585 6° Ne rien abandonner des prescriptions hygiéniques: repos absolu, diète réduite, température égale.7° Lorsque l\u2019attaque aiguë est brisée, que le danger s'éloigne, traiter avec le plus grand soin les organes blessés, c\u2019est-à-dire appliquer le traitement habituel des broncho-pneumonies, des empyèmes, des myocardites, des néphrites, des hépatites, de l\u2019asthénie nerveuse, des otites suppurées.3° PENDANT LA CONVALESCENCE La lutte n'est pas finie lorsque les manifestations grippales se sont calmées.C\u2019est la victoire, évidemment.Les faibles, les blessés ont succombé ; cardiaques, pulmonaires, brightiques, débiles sont restés en route.Les autres, les indemnes, Tes forts ont triomphé.Mais ils sortent de la affaiblis, meurtris, épuisés; ils requiérent encore des soins ; ils ont besoin qu'on s\u2019occupe d\u2019eux.C\u2019est la période de réparation.: Deux faits, à ce moment, méritent d\u2019attirer notre attention : a) la fragilité fonctionnelle des organes touchés par la toxi-in- fection ; b) la facilité des rechutes, toujours possibles, toujours à craindre.Quel que soif le bon état apparent des grippés, la convalescence, après l\u2019attaque, n\u2019est jamais courte.Il faut, pendant des jours et des semaines, éviter non seulement les rechutes, mais les sequelles, les complications tardives.La prudence est nécessaire ; la prévoyance est ici la mère de la sûreté.La convalescence de la grippe ressemble, à ce point de vue, à celle de la fièvre typhoïde et de toutes les grandes infections.Un grippé ne doit pas quitter le lit trop tôt.Il doit attendre, pour se lever, que la fièvre l\u2019ait laissé depuis huit ou dix jours, qu\u2019il n\u2019y ait plus d\u2019albumine dans son urine, que l\u2019élimination soit terminée, que toute trace d\u2019infection ait disparu, que la respiration soit facile, que le pouls soit stable, régulier et fort, que sa nutrition ait repris son aplomib et que l\u2019équilibre de son système nerveux soit enfin rétabli.Le piège, ici, serait une confiance trop grande, une réjouissance trop précoce, une reprise prématurée de la vie normale, avant que les fruits de la victoire ne soient assurés.Un grippé ne doit pas manger trop vite.Les glandes sont toujours malmenées dans une toxi-infection.Les secrétions digestives ne reprennent que lentement leur efficacité première.Les glandes émonctoires, hépatiques ou rénales, surmenées, irritées, endommagées plus qu\u2019on ne croit, ont des réparations à faire.Elles ont besoin « ménagement.Elles ne sont pas encore capebles d'un travail plein et 586 L'UNION MÉDICALE DU CANADA régulier.: Un grippé ne doit pas se remettre immédiatement au travail.La faiblesse organique est trop grande.Le systéme nerveux est trop épuisé.Il n\u2019est pas encore en état d\u2019escompter ses forces et son énergie.Le grand régulateur de la vitalité demande encore un peu de temps pour rétablir dans tous les systèmes cette belle harmonie fonctionnelle s: profondément altérée par la toxi-infection.C\u2019est pendant la période de convalescence, et à son début surtout, afin de l\u2019aiguiller solidement dans la bonne voie, qu\u2019il faut ménager les forces par le repos continué, rétablir progressivement les fonctions digestives, prescrire, s\u2019il le faut des toniques appropriés, et ne permettre la reprise du travail que lorsque les forces et l\u2019équilibre physiologique sont complètement rétablis.Et cette heureuse terminaison ne sera certaine que si le médecin, conscient de sa responsabilité, a pris la précaution, au déclin de la maladie, au début de l\u2019amélioration, de faire une revue complète du champ de bataille, pour s\u2019assurer qu\u2019il ne reste pas, tapi dans quelque repaire, quelque ennemi silencieux, attendant sa chance de recommencer la lutte et ne demandant souvent, pour déguerpir, que le coup de bistouri du chirurgien.Montréal, décembre 1918. Sur quelques autopsies de gr.ppe (1) par Wilfrid Derome.Professeur de Médecine Légale et pathologiste de Phôpital Notre-Dame > A la bonne fortune d\u2019avoir échappé aux atteintes de l\u2019épidémie de grippe, qui vient de ravager si cruellement notre population, sans excepter la profession médicale, s\u2019est ajoutés pour nous, une autre bonne fortune qui est celle d\u2019avoir pu pratiquer vingt- deux autopsies de grippés., C\u2019est le résultat de notre humble travail sur cettd grave affection que nous désirons soumettre à votre haute appréciation.Ces vingt-deux cas se répartissent d\u2019abord, quant au sexe, en Ÿ femmes et 15 hommes.; Cette première constatation confirme sur une petite échelle, ce fait déjà mis en évidence par la atatistique générale du Bureau d'Hygiène de la ville.de Montréal, à savoir: que l\u2019épidémie a été plus meutrière pour l'homme que pour \u201ca femme.Une autre constatation intéressante, c\u2019est que l\u2019âge des vingt- deux victimes, à l\u2019exception de trois, était compris entre 20 et 45 ans.preuve que agent infectieux.quelque infirme qu\u2019il soit, sait parfois s'attaquer \u2018avec succès et d\u2019une facnn en quelque sort: élective, à la classe de sujets d'ordinaire les plus résistants.Nous laissons à d\u2019autres confrères, mieux p'acés que nous pour observer.le soin de faire connaître les autres caractères générerix de cette épidemiè, ainsi que les analogies qu\u2019ils peuvent avoir avec ceux déjà notés au cours des éridémies de grippe antérieures, nous contentant de rapporter strictement, ce que nous mêmes avons pu observer ent laboratoire et à la salle d\u2019autopsie de l\u2019hopital Notre-Dame.BACILLE DE PFEIFFER C\u2019est en janvier 1532, deux ans par conséquent après la dernière grande épidémie de grippe.qui porta ses ravages sur les divenses contrées de l\u2019Europe.que Pfeiffe- réussit.le premier, à isolar dans le muco-pus bronrniqque des grippés.un microbe qui porte le nom de de son décourreur, ot qui depuis a été généralement accepté comme l\u2019agent spécifique de la grippe.(1) Communication à la Société Médicale de Montréal.Séance de Déc.1918. 288 L'UNION MÉDICALE DU CANADA La découverte de Pfeiffer à été depuis confirmée par maints auteurs, entre autres , par Kitasato, Canon, Weichelbaum, ete, Nos recherches personnelles au cours de cette épidémie nous portent aussi à admettre l\u2019exactitude des affirmations de Pfeiffer.Nous avons, en cffet, pu observer le microbe «le Pfeiffer, a\u201csocié toujours à d\u2019autres germes saprophytes et en particulier au pneumocoque, dans les secré- tions masales, dans les crachat.dans \u201ca sérosité bronchique.dans les épanchement- pleurétiques et même dans le sang.(1) , Le baciile do Pfeiffer est un batonnet droit et très-petit: n\u2019excédant pas 1.5mm en longueur et 0.3mm en largeur.Ses extrémités arrondies retiennent plus fortement que le centre la matiére colorante.ce qui, au premier abord, le fait ressembler à un coccobacille, nom sous lequel or Je désigne fréquemment.Il se colore plutôt difficilement par les colorantes.basiques ordinaires; il est décoloré par la méthode de Gram.Une solution étendue (1 dans 10) de fuchsine phéniquée.appliquée durant 5 à 10 minutes, le colore parfaitement.D\u2019après notre expérience.le hacille de Pfeiffer se retrouve facilement ct en grand nombre dans les crachats et les seérétions nasales, durant toute lapériode d\u2019acuité de la maladie; nous l'avons même observé à plusieurs reprises, dans l\u2019expectoration de personnes chez lesquelles avait prsisté, après cessation de la fièvre, une toux légère mais temacè.Son meilleur milieu de culture, indiqué par Pfeiffer lui-même.consiste dans de la gélose pure à la surface de laquelle on a laissé couler une goutte de sang.Le microbe y forme après vingt-quatre heures à une température de 37° C.de petites taches circuleéres, à peu près transparentes et à peine visibles à Poeil nu.Nous avons \u2018réussi à obtenir des cultures pures de ce baci'e dans le sang des grippés, en déposant une goutte de sang du malade, à la surface de la gélose pure.M.le Docteur Arthur Bernier, professeur de bactériologie à l\u2019Université Laval et bactériologist: du Conseil d'Hygiène Provincial, a bien voulu se charger de corroborer sur ce Point noz constatations, et nous faire ainsi bénificier de sa haut: compétence.Nos constatations tendent donc à établir que le microorganisme découvert par Pfeiffer, outre qu\u2019il cireule à un moment donné dans (1) Suivant A.Netter (Traité de Médecine, Brouardel et Gilbert, page 376), Pfeiffer n\u2019aurait jamais vu ni cultivé ce microbe dans le sang des sujets atteints d\u2019influenza ; par contre, Canon aurait réussi à le cultiver dans le sang de six malades.; L'UNION MÉDICALE DU CANADA 589 le song des grippés.se montre d\u2019une façon constante, dans les lésions et les exsudats inflammatoires d\u2019origine grippale.Maintenant, de ces faits, est-on en droit de conclure que le bacille Pfeiffer jour le rôle principal sinon unique dans les altérations grippales?C\u2019est une question qui n\u2019est pas encore parfaitement élucidée et que l\u2019épidémiz actuelle à de nouveau posée à la sagacité des savants.ANATOMIE PATHOLOGIQUE.On sait qu\u2019au point de vue clinique.la grippe se présente sous des formes différentes: sudorals, nerveuse, cardiaque, intestinale, pulmonaire, etc; mais ces distinctions, si elles sont souvent justifiées par les symptômes, le sont beaucoup moins souvent par les déterminations morbides, Aussi, dans la description que nous eillons entreprendre.des lésions anatomiques rencontrées au cours de nos vingt-deux autopsies de grippés, nous ne nous préoccuperons aucunement des formes cliniques.Lésions pulmonaires \u2014Les voies respiratoires sont le siège prinei- pal et d ordinaire premier.des altérations grippales.La muqueuse du nez, du larynx, de la trachée, des grosses ct des petites bronches est tuméfiée et parfois oedématiée ; elle est recouverte d\u2019un exsudat muco-purulent assez épais, mais peu adhérent.Cet exsudat est surtout abondant dans les petites bronches, au point que si on comprime entre les mains, un poumon dans lequel on à pratiqué une ou deux sections, on voit sourdre des mille petits orifices bronchiques, un liquide rosé et tellement abondant qu\u2019on a impression de comprimer un poumon de noyé.\u2019 L\u2019examen microscopique de cet exsudat montre la présence de globules de pus, de globules rouges, de cellules épithéliales desquamées, enfin de microbes divers, parmi lesquelles, de bacille de Pfeiffer, le pneumocoque, le streptocoque, etc.Les poumons présentent des lésions variables.Tantôt on rencontre sculement de la congestion avec de l\u2019oedem ; plus souvent cette congestion est associée soit avec de la pneumonie lobaire, soit avec de ia broncho-pneumonie, soit avec les deux à Ja fois.Dans deux cas seulement sur vingt-deux, la congestion existait seule; dans cinq cas, elle était accompagnée seulement de foyers de broncho-pneumonie; dans les quinze autres cas, la congestion ct la pneumonie existaient, associées trois fois avce des noyaux de hroncho- pneumonie. 290 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Cette congestion, nous l'avons toujours trouvée nettement marquée dans les deux poumons; mais dans certaines zones, variables dans leur localisation, elle présentait un caractère particulier d\u2019intensité: Le tissu pulmonaire était noirâtre, compact et friable comme le tissu splénique.Les foyers de condensation pulmonaire qui, comme nous l'avons dit, se sont montrés vingt fois chez nos vingt-deux autopsiés, siégeaient soit dans un seul lobe\u2014et alors, c\u2019était toujours dans le lobe infé- rieur\u2014soit dans plusieurs lobes du même côté ou des deux côtés.Douze des victimes portaient à des degrés divers, des lésions de condensation dans les deux poumons.La pneumonie lobaire de la grippe ne paraît différer de la pneumonie franche, par aucuns caractères essentiels.Le tissu ne crépite plus et est devenu compact et pesant comme celui du foic.On a ceperidant signalé macroscopiquement, un aspect plus lisse\u2014 et aussi plus humide, pourrions-nous ajouter\u2014de la coupe, dû à l\u2019absence des granulations qui, dans la pneumonie classique, constituent l'altération essentielle de l'hépatisation rouge.Au microscope, on trouve les alvéoles distendues par un exsudat formé de cellules embryonnaires, de globules rouges, de cellules pulmonaires desquamées, mais ne contenant que peu ou pas de fibrine.Nous avons observé plus d\u2019une fois dans ces foyers de comlcsa- tion, d\u2019abord de la décoloration du tissu pulmonaire, puis au microscope un état vacuolaire des cellules marquant le passage de ces éléments au stade de dissolution (hépatisation grise).La plupart des auteurs que nous avons consultés, s\u2019accordent à dire que la pneumonie lobulaire est plus fréquente que la pneumonie lobaire Nos constatations ne nous permettent pas de partager cette opinion.En effet, sur vingt-deux cas, nous avons observé 15 fois la pneumonie lobaire et 8 fois seulement des noyaux de broncho-pneumonie, seuls ou associés avec de la pneumonie.Quant à la tendance plus marquée dont parle A.Netter (1), de ces noyaux de broncho-pneumonie, à la suppuration ou au sphacèle.nous avouons n\u2019avoir observé que deux fois de la sphacèle sur les 8 cas de pneumonie lobulaire.Dans sept cas, la plèvre était atteinte de pleurésies soit sèches (4 cas), soit avec épanchements purulents (3 cas).La pleurésie purulente était bilatérale dans deux cas.(1) Op.cit.2 L'UNION MÉDICALE DU CANADA 591 Nous avons eu à maintes reprises, l'occasion d\u2019examiner de ces exsudats purulents obtenus par ponction chez des grippés traités à l\u2019hôpital Notre-Dame, et invariablement nous y avons trouvé outre des leu cocytes polynucléaires, des globules rouges et des cellules endothéliales, l\u2019association microbienne suivante: le pneumocoque, le bacille de pfeiffer et assez raremnt le streptocoque.Lésions associées.\u2014 Nous avons noté dans quelques cas une rate hypertrophiée et molle (rate infectieuse).Les.reins ont présenté les altérations des néphrites infectieuses avec prédominance dans la plupart des cas, de phénomènes congastifs ; plus rarement le tissu rénal avait pris une apparence grisitre indiquant la présence de lésions dégénératives.Ces lésions rénales expliquent suffisamment la quantité notable d\u2019albumine que nous avons observée chez tous les grippés fortement atteints.Les altérations rencontrées dans le foie ne diffèrent guère de celles des reins.Tantôt il est augmenté de volume et fortement hyper- hémié, tantôt son volume est normal, sa coloration pâle et grisâtre.Nous n\u2019avonz rien noté du coté du coeur.du tube digestif et des centres nerveux.| Afin d\u2019illustrer autant que faire se peut, les lésions que nous venons de décrire, nous avons apporté un certain nombre de prépera- tions histologiques que nous vous engageons fortement à examiner.Elles vous feront saisir mieux que toute description, la marche progressive du -processua morbide.depuis la congestion jusqu\u2019à l\u2019hépatisation. De la vision chez les noirs de l'Afrique (1) Par le Docteur J.-N.ROY, Médecin de l\u2019Hôtel-Dieu de Montréal, Ex-chargé de mission par le Gouvernement Canadien, Lauréat de l\u2019Académie de Médecine de France.Lors d\u2019un récent voyage d\u2019études autour du Continent Noir, où nous avons parcouru vingt-deux différentes colonies, nous avons eu l\u2019occasion d\u2019examiner, au point de vue anatomique, physiologique et pathologique, environ cinq mille négres appartenant à une centaine de tribus diverses, et c\u2019est le résultat de nos recherches sur la vision de ces indigènes que nous désirons rapporter dans ce travail.Après avoir abordé la question de la réfraction, de l\u2019acuité visuelle pendant le jour et la nuit, et de l\u2019accommodation, nous comparerons très rapidement les yeux des noirs avec ceux des individus qui font partie des autres races de la terre.L\u2019échelle métrique qui a servi à nos travaux est celle bien connue de de Wecker,\u2014construite sur le même principe que l\u2019échelle de Snellen\u2014dont les plus petits caractères sont normalement perçus à une distance de cinq mètres.Comme la plupart de nos sujets ne savaient pas lire, nous avons fait usage de son tableau renfermant un certain nombre de carrés de grandeurs différentes où un côté, qui est laissé en blanc, représente, pour les besoins de la démonstration, l\u2019ouverture de chaque carré.Pratiqués de cette façon, nos examens furent très simples et précis, et à la vue de ces carrés, mêmes les moins intelligents pouvaient nous indiquer avec la main l\u2019ouverture en haut, en bas, à droite ou à gauche.Pour nos réfractions, nous nous sommes aidés de la skyascopie, car l\u2019ophtalmomètre aurait été trop encombrant pour être transporté un peu partout, comparé aux services qu\u2019il aurait pu nous rendre.Comme la lumière africaine est intensive et l\u2019atmosphère très limpide, nous sommes venus à la conclusion, après des expériences, qua la vision chez une même personne est supérieure en Afrique qu\u2019en Europe.Un oeil emmétrope qui, au moyen d\u2019un fort éclairage du Jour ou électrique, peut reconnaître dans un pays septentrional des caractères lui donnant une acuité visuelle de 5/5 ou même de 6/5, s\u2019il est réellement bon, doit voir dans les régions péri-équatoriales À un mètre de plus, c\u2019est-à-dire à 7/5.Cette unité de 7/5 sera donc considérée dans ce travail comme représentant la vision normale d\u2019un européen en Afrique ou dans un pays tropical.(1) Communication à la Société Médcale de Montréal, séance de Déc.1918. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 593 Si nous jetons maintenant un rapide coup d\u2019oeil sur le Continent Noir au point de vue géographique et ethnique, dans un but d\u2019enquête pathologique, nous voyons que les différentes races qui l\u2019habitent sont venus en contact les unes avec les autres d\u2019après certaines circonstances que nous allons rappeler.Les nègres du Sénégal - Soudan se sont mélangés avec leurs voisins du Nord, les Berbères et les Arabes, et leurs descendants, les Maures, ont peuplé surtout la Mauritanie.Ceux du Nord-Est se virent peu à peu envahis par les Egyptiens, toujours en guerre avec- les Ethiopiens et de leur union avec les Fellahs, naquit la race des.Peuhls et des Foulahs, vivant dans les environs du fleuve Sénégal, de: la partie haute du Niger, et dans le Fouta Djalon, en Guinée Française.Les Arabes du Yémen firent plusieurs incursions en Afrique, et, traversant Ja Côte des Somalis, se rendirent jusqu\u2019à Harar, la capitale du pays des Gallas en Abyssinie, dont ils furent pendant très longtemps les maîtres.Ces nègres qui vinrent en contact avec ces différents peuples, héritèrent entr\u2019eutres choses de la syphilis et du trachome.Nous aurons d\u2019ailleurs l'occasion, dans un travail futur, de présenter la question de la vérole dans ce continent.La variole a aussi fait, chez ces indigènes, de terribles ravages, notamment dans cette partie désertique ou les moyens de communications sont naturellement plus faciles que dans la grande forêt; et d'après ce même raisonnement, nous pouvons dire la même chose au sujet de l'ophtalmie purulente.Aussi, nous avons constaté que, d\u2019une manière générale, les noirs qui habitent au nord du cinquième degré latitude nord, ont de moins bons yeux que ceux qui vivent au sud de ce par- rallèle, parce que l\u2019ophtalmie purulente, la variole, le trachome et l\u2019irritation conjonctivale entretenue par les poussières sablonneuses, ont été la cause de nombreuses altérations oculaires.Le strabisme, qui est la plupart du temps la conséquence de taies cornéennes chez les nègres, ou d\u2019une amblyopie résultant d\u2019une autre maladie de l\u2019oeil, est beaucoup plus fréquent dans la partie septentrionale que dans la méridionale.En résumé, après avoir fait le tour de l\u2019Afrique et avoir pénétré à l\u2019intérieur, quelques fois à une grande distance de la côté, nous sommes revenus avec l'impression que les indigènes du sud ont été infectés par ceux du nord, qui, eux, le furent d\u2019abord par les indo- européens.Ce serait sortir de notre sujet que de nous attarder à parler \u2014 même au point de vue du mélange des races et de la contagion qui souvent en résulte \u2014 de ce continent qui jadis reliait probablement 594 L'UNION MÉDICALE DU CANADA l\u2019Asie avec le sud de Afrique, et dont les Iles de la Sonde en seraient les derniers vestiges.Les ITottentots et les Buschimans qui ont dans leurs veines une certaine quantité de sang mongol, sont une preuve vivante de cette hypothèse et les derniers descendants de ces deux tribus, de nos jours presque éteintes, vivent groupés ensemble, principalement sur les frontières de la Rhodésie, du Sud-Ouest Africain Allemand et de l\u2019Angola Portugaise.En examinant attentivement 1\u2019oeil du noir, nous sommes frappés de la quantité très considérable de pigment qu\u2019il renferme.Dans certains cas nous en trouvons sur la conjonctive oculaire, surtout vis- à-vis le cantus externe, et l\u2019iris et la choroïde semblent en être saturés.Nous mentionnerons \u2018également, en passant, un état physiologique de mélanose du voile du palais et quelquefois des gencives chez un certain nombre d\u2019entr\u2019eux.En faisant la réfraction de ces nègres, nous constatons que leurs yeux sont presque tous emmétropes, en autant qu\u2019aucune maladie du segment antérieur n\u2019est venue modifier la courbure cornéenne.D\u2019après nos statistiques, la myopie simple se rencontre seulement dans une proportion d\u2019environ 1.5 pour 100 de la population et encore à un degré très faible.Jamais dans nos corrections n\u2019avons-nous trouvé plus ide 4 dioptries, et c\u2019était chez des albinos.Cette anomalie pigmentaire cest beaucoup plus fréquente en Afrique que partout ailleurs, et nous avons mêrie observé à Lagos en Nigérie une famille, de la tribu des Yorubas, composée de cinq enfants dont un noir et quatre albinos.Au point de vue progéniture, il était intéressant de sav.r si les albinos se mariaient entr\u2019eux; aussi malgré une enquête des plus complètes, 11 nous a été impossible de constater cette union.Etant donné la manière différente dont ils sont traités dans leurs villages, la chose s'explique facilement, puisque en certains endroits, ils ne jouissent d'aucun prestige, en d\u2019autres, ils sont considérés comme attirant la malchance, et quelquefois sacrifiés à leur naissance, et enfin en certains lieux sont-ils regardés comme des fétiches.L'astiymatisme myopique s\u2019observe à peu près dans les mêmes proportions que la myopie, c\u2019est-à-dire dans 1.5 pour 100 des cas et\u2018 jamais nous avons dû nous servir d\u2019un clyindre supérieur à\u20142.50 pour obtenir une vision parfaite.D\u2019après nos nombreux examens le kératocône et le kératoglobe semblent ne pas exister en Afrique.Quant à l\u2019hypermétropie simple et à l\u2019astigmatisme hypermétro- pique, nous l\u2019avons rencontré un peu plus souvent que la myopie, soit environ 2.5 pour 100 dans les deux cas, L'UNION MÉDICALE DU CANADA 595 Le plus fort degré d\u2019hypermétropie que nous ayons eu à corriger l'a été par un+-3.50 et un cylindre de+2.50 a toujours été suffisant dans l\u2019astigmatisme hypermétropique le plus prononcé.De temps à autre, nous avons trouvé de l\u2019astigmatisme composé, surtout chez les albinos, mais nous n\u2019avons jamais observé d\u2019astigmatisme mixte et irrégulier.Tout ce que nous venons de dire sur l'astigmatisme et de son pourcentage, se rapporte naturellement à «des cornées absolument transparentes, car une inflammation quelconque de cett: membrane est susceptible en Afrique, comme partout ailleurs, à en changer sa corbure physiologique.Si ces chiffres, que nous donnons comme moyenne de la réfraction des indigènes de tout le continent, sont peut-être un peu trop faibles pour certaines colonies où des écoles sont établies depuis longtemps pour l\u2019instruction des nègres, en retour ils sont certainement trop élevés pour d\u2019autres endroits où presque tout le monde est emmétrope.De plus, lorsque nous sommes en présence d\u2019un cas d'amétropie, il est presque toujours corrigé par un verre très faible.Nous avons été étonnés de l\u2019excellente acuité visuelle des noirs.Dans certaines circonstances \u2014d'\u2019ailleurs très rares\u2014où ils avaient besoin d\u2019une lentille concave ou convexe de deux à trois dioptries, nous avons observé qu\u2019avec ce verre quelques-uns d\u2019entr\u2019eux pouvaient même avoir une vision qui variait de 9/5 à 11/5.La plus forte acuité visuelle que nous ayons rencontrée chez un oeil normal a été une fois de 20/5 et encore c\u2019était chez un sujet atteint de la maladie du sommeil.Cette affection fera plus tard l\u2019objet d\u2019une communication dans laquelle nous montrerons la très grande résistance des yeux des noirs dans la trypanosomiase humaine.D\u2019après nos statistiques, nous pouvons dire que la moyenne de la vision des indigènes cmmé- tropes de I\u2019Afrique est de 12/5.Nous mentionnerons également en passant le fait qu'ils peuvent en plongeant voir à une grande profondeur, faculté que possède cette race à nulle autre pareille.De plus, nous n\u2019avons jamais observé d\u2019altération du sens des couleurs, ct d\u2019hémianopsie, malgré les examens approfondis que nous ayons faits, surtout chez ceux qui présentaient des lésions oculaires, et qui, pour nous rencontrer, venaient quelquefois de trés Join.Il nous fait plaisir de témoigner ici notre reconnaissance à tous nos confrères de toutes nationalités avec lesquels nous sommes venus en contact, qui, rivalisemt d\u2019amabilité lorsque nous changions de colonie, nous ont énormément aidés dans nos recherches par leurs organisations de tous genres. 296 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Ayant remarqué la facilité avec laquelle les nègres pouvaient reconnaître les objets la nuit, nous nous sommes livrés à une série d'expériences dans le but de comparer leur vision avec celle des blancs.D'abord après nous être renscignés sur la réfraction des curopéens qui devaient servir à notre enquête visuelle nocturne, et avoir éliminé tous ceux qui n\u2019étaient pas emmétropes ou qui présentaient «les lésions oculaires, nous avons répété ce même travail chez les noirs.Comme il s\u2019agissait d'employer une méthode très simple pour être bien compris de ces primitifs aborigènes, nous avons fait, avec du papier blanc, un certain nombre de figures représentant un carré, une croix, les lettres I.I.V.'T., ete.Ces figures blanches étant placées alternativement par nous sur un fond noir, nous allions rejoindre notre groupe à examiner qui se tenait à une grande distance de l\u2019objet qui «devait être regardé.Nous procédions ensuite de la manière suivante.Tout le monde était mis en ligne, les européens sur la droite, ct personne ne devait bouger, sans notre autorisation.Une période d\u2019une minute environ était allouée à chaque distance ct si au bout de ce temps aucun n'avait vu, nous faisions avancer toute la ligne d\u2019un pas seulement ct ainsi de suite.Lorsque quelqu\u2019un croyait reconnaître l'objet en question, il devait simplement nous avertir en «lisant: je vois; et alors étant pris à part, il nous expliquait, en se servant de ses mains, si la chose était nécessaire, ce qu\u2019il avait pu distinguer.Si une erreurr était commise, nous l\u2019envoyions rejoindre les autres, mais si au contraire la réponse était exacte, il était retenu seul dans un lieu d'où nous pouvions plus tard faire nos caleuls.Toutes les personnes qui composaient le rang, ayant pu se rendre compte de la forme de ce caractère, chacune à des endroits plus ou moins variés, nous en prenions note, et recommencions ensuite la même chose avec une figure différente.Nos expériences poursuivies «le cette manière, et répétées souvent un peu partout, nous permettent de dire que les noirs voient la nuit entre deux à quatre fois mieux que le: blancs.Ce fait étant connu, 1l était tout naturel d\u2019essayer d\u2019en trouver la raison.Comme 1l nous arrivait, de temps à autre, de pratiquer des énucléations, nous evons profité de ces interventions pour nous procurer un certain nombre d'yeux qui devaient servir à des étude: histologiques, surtout au point de vue rétinien.SI nous jetons un rapide coup d\u2019oeil sur l\u2019anatomie comparée.nous voyons que la seule différence entre les yeux des animaux diurnes et nocturnes existe dans les bâtonnets de la rétine (1).Schultze (1) J.N.Roy.\u2014Anatomie et physiologie comparées de l\u2019oeil et de ses annexes.Archives d\u2019Ophtalmologie de Paris.Juillet-août 1912. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 597 avait d\u2019abord émis l\u2019opinion que ces derniers n\u2019avaient pas de cônes rétiniens ; toutefois, la chose a été reconnue erronée, puisque la plus grande partie des reptiles qui sont nocturnes, possèdent plus de cônes- que de bâtonnets.En attendant une meilleure explication, nous sommes forcés de constater seulement que les bâtonnets des animax nocturnes sont baucoup plus longs et fins que ceux des diurnes.Ceci étant admis, nous avons fait diriger les recherches principalement sur cette couche rétinienne.Malheureusement, les histolo- gistes qui ont bien voulu se charger de ce travail délicat, n\u2019ont rien trouvé qui puisse augmenter nos connaissances sur ce point.À part une accumulation de pigment beaucoup plus considérable dans l\u2019oeil du noir que dans celui du blane, rien a noter,\u2014et les bâtonnets chez: ces deux races semblent avoir la même forme.En conséquence, nous: sommes forcés de croire que l\u2019excellente acuité visuelle des nègres, lu nuit, est due à la plus grande habitude qu\u2019ils ont que nous à sortir dans les ténèbres.Nous avons fait aussi la même constatation chez les Indo-Chinois, les Malais, les Peaux-Rouges ct même chez les Hindous, dont l\u2019origine est aryenne.Nous avons pris un intérêt tout particulier à l\u2019amplitude d'accommodation chez les nègres.Ces expériences physiliologiques furent très faciles, puisque nous avions à notre disposition, à maints endroits, des écoliers qui savaient suffisamment lire pour nous permettre d\u2019être le témoin de frëts positifs.Comme nos travaux sur ce sujet nous ont convaincus que le pouvoir d\u2019accommodation est meilleur chez les indigènes du Continent Noir que chez les blancs, en nous rapportant au tableau de Donders que nous nous permettrons tout à l'heure d\u2019apprécier, nous désirons maintenant soumettre une cinquantaine d'observations, puisées au hasard dans notre statistique qui seront une preuve illustrée non-seu'ement de ce phénomène, mais aussi de tout ce que nous avons avancé jusqu\u2019à ce moment.Toutes ces observations se ressemblent.ct fa seule sélection que nous ayons faite se rapporte uniquement aux cas emmétropes.lour mesurer la réfraction maxima du globe oculaire adapté pour son punctum proxi- mum.nous nous sommes servis des plus fins caractères de l\u2019échelle métrique de de Wecker, lus avec un seul oeil, car l\u2019optomètre à fils nous aurait donné des résultats qu'il aurait été, chez ces indigènes, plus difficiles à contrôler. 1\u2014Homme, tribu Ouolofs, II\u2014 ILI\u2014 IV\u2014 V\u2014 VI\u2014 VII\u2014 VIII\u2014 IX\u2014 N\u2014 AL\u2014Femme XIT\u2014 XIII X1V\u2014 XV XVI\u2014 XVII\u2014 XVITI\u2014 XIX\u2014 XX\u2014 XXI\u2014Homme, XXII\u2014 XXIII\u2014 XXIV\u2014 XXV\u2014 XXVI\u2014 XX VII\u2014 XX VIII\u2014 XXIX\u2014 ec 3 tous dolichocéphales.Nos études poursuivies chez les y rincipales races de la terre nous permettent de dire que cette théorie cst fausse.En dehors des anomalies de la réfraction qui sont sous (1) L.Steiner.Coup d'oeil sur 3.104 cas de maladies des yeux chez les Malais.Geneeskundig tydschrift voor Ned.Indie XXXVI, 1.(2) C.P.Jones \u2014A study of one hundred refraction cases in in dians fresh from the plains.\u2014The journal of the American Medical Association, July 25th, 1908. 604 L'UNION MÉDICALE DU CANADA ia dépendance d\u2019une courbure cristallinienne anormale, ou d\u2019une in- {lammation qui a pour propriété de ramollir le segment postérieur du globe, et par conséquent de l\u2019exposer à une modification de son diamètre antéro-postérieur, aucune règle n\u2019existe pour expliquer les causes de l\u2019amétropie, autre que lhérédité directe dans certains «as où Phérédité du terrain oculaire transmis par les ascendants Ce terrain subit dans la vie l'influence de la fatigue des yeux, amenée par un travail délicat, -une lésion cornéenne, un éclairage défectueux, et l\u2019usage constant et prolongé d\u2019objets imprimés avec de mauvais caractères.D'ailleurs si nous nous reportons aux mensurations orbitaires de Broca, nous voyons que les Hollandais, avee leurs cavités très peu profondes ont souvent de la myopie, et que les Esquimaux, avec leurs immenses orbites, sont presque tous emmétropés.L\u2019acuité visuelle des différents peuples, qui cest naturellement sous la dépendance de la réfraction, est aussi proportionnée à leur développement intellectuel.En prenant la race blanche comme point de comparaison, nous voyons que les Chinois et les Japonais ont une vision à peu près semblable à la nôtre, et que de tous les jaunes, il représentent ceux dont cette faculté est la moins bonne.Les Esquimaux et les Lapons, habitant des contrées septentrionales, viennent \u2018ensuite avec un pouvoir visuel légèrement supérieur à celui de leurs ancêtres ; et les Phillippins, les Hovas, les Malais et les Peaux-Rouges ont des yeux encore meilleurs.Le climat chaud nous paraît avoir une influence sur le développement du pigment oculaire qui, chez les individus de même race, nés en divers endroits, est plus considérable dans les tropiques que dans les zones froides, et par le fait même, absorbe une certaine quantité de rayons lumineux et favorise la perception des objets.II est bien entendu que nous faison- à l\u2019intensité de la lumière la part qu\u2019elle mérite.En étudiant les métis et les mulâtres, au point de vue moral ct physique, nous voyons qu\u2019ils héritent du blanc non-seulement de tous ses défauts, mais aussi de son atavisme pathologique.Do ses qualités, lorsqu\u2019ils en possèdent, c\u2019est l\u2019exception, et encore sont-elles bien peu développées.Quant à leurs yeux, ils ne sont pas aussi bons que ceux des Peaux-Rouges et des nègres, et doivent plutôt être comparés aux nôtres.Nous aurons peu de choses à dire sur l\u2019amplitude d\u2019accommodation des jaunes ; cependant, cette fois encore \u2014 comme chez les blancs \u2014 ce pouvoir est supérieur aux chiffres indiqués par Donders.Aussi L'UNION MÉDICALE DU CANADA 605 notre statistique chez ces deux races nous donne relativement le même résultat, et il en est de même pour les mulâtres et les métis.En terminant, nous attirerons une dernière fois l\u2019attention sur le merveilleux appareil visuel des nègres, comparé à celui des autres peuples qui vivent encore plus ou moins à l\u2019état primitif, ou qui ont atteint lc plus haut degré de civilisation.Après des recherches très attentives, nous sommes venus à la conclusion que plus les êtres humains s'élèvent dans l\u2019échelle sociale, plus leur cerveau se développe au détriment de leurs organes des sens, et surtout de la vision cl de l\u2019audition qui peuvent être contrôlées d\u2019une manière mathématique: le genre de vie de ces derniers, où l\u2019hygiène de la vue ct de l\u2019ouie est forcément mise de côté par des lumières artificielles puissantes ct des bruits nocifs variés, où les diathèses se transmettent de générations en générations, où l\u2019alimentation considérable 1cnferme trop de substances fermentescibles, où des excès en tous genres épuisent l\u2019organisme, où enfin des besoins de l\u2019instruction nécessitent dos études très longues et fatiguantes, est naturellement propice à influencer leur physique à leur désavantage.Au contraire, rien de tout cela chez les primitifs qui mènent une existence matérielle très simple, inspirée seulement par des besoins urgents de la nature.ct qui n\u2019ont aucune aspiration élevée.De tous ces êtres, les noirs sont, sans aucun doute, ceux qui représentent le dernier échelon de da civilisation, et leurs yeux, \u2014 ainsi que leurs oreilles -\u2014 sont développées de telle sorte qu\u2019ils possèdent le maximum de fonctions physiologiques qu\u2019il est possible de rencontrer.Après eux viennent ensuite les jaunes qui habitent les îles de l\u2019Océanie, ceux de d\u2019Indo-Chine, les Peaux-Rouges du Mexique, de l\u2019Amérique Centrale et de l\u2019Amérique du Sud, les Lapons ct les Esquimaux, et enfin les Chinois et les Japonais.Lies blancs arrivent en dernier lieu avec une vision médiocre, comparée à celle des deux autres races, et encore est-elle beaucoup influencée, comme nous avons eu déjà l\u2019occasion de le dire, par leurs différents degrés d\u2019instruction ct Phérédité de leurs ascendants.Le pigment oculaire semble jouer un rôle dans la perception des objets, ct nous croyons qu\u2019il est, chez les nègres, un des agents importants qui expliquent leur excellente acuité visuelle, en absorbant une certaine quantité de rayons lumineux, et en neutralisant ceux qui sont réfléchis d\u2019une manière irrégulière sur la rétine.Avec la civilisation qui leur est apportée par les européens qui se sont partagés presque totalement l\u2019Afrique, avec leur genre de 606 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA vie qui de ce fait est modifié, surtout au point de vue «le l'absorption d\u2019une plus grande quantité de viandes avariées, et de boissons alcooliques \u2014 car ils en fabriquent eux-mêmes \u2014 avec l\u2019instruction qui leur est donnée au moyen d\u2019écoles et d\u2019ateliers, avec enfin en certains endroits, l\u2019usage de la lumière artificielle, nous nous demandons pendant combien de temps encore les aborigènes de ce continent pourront conserver leur pouvoir visuel, de nos jours si parfait.oO APRES LA GUERRE Protestation des savants de Lille contre les actes de barbarie des allemands ACADEMIE DE MEDECINE 29 Octobre 1918 M.A.Calmette, en son nom ct en celui de MM.H.Parenty, Aimé Witz, Duret et Laguesse, représentant la presque unanimité de leurs collègues retenus à Lille pendant l\u2019occupation allemamde, adressent à l\u2019Académie de Médecine la protestation suivante dens laquelle ils signalent les actes de violence et de barbarie accomplis à Lille sur les ordres de l\u2019autorité militaire allemande pendant la durée de Poccupation.\u201cMonsieur le Secrétaire perpétuel de l\u2019Académie de Médecine \u201cMonsieur le Président et chers Collègues, \u201cLes plus hautes autorités morales auxquelles des hommes de science français puissent s\u2019adresser sont les Académies, \u201cC\u2019est pourquoi nous avons résolu de soumettre à votre appréciation quelques-uns des actes de l\u2019autorité militaire allemande dont nous avons été pendant quatre longues années, en territoire français occupé, des témoins et les victimes, \u201cIl nous paraît que ces actes, actuellement ignorés ou mal connus, contraires non seulement au droit des gens, mais aux plus élémentaires sentiments d\u2019humanité, doivent être publiquement flétris par les Sociétés savantes de toutes les nations civilisées.\u201cNous ne voulons formuler aucune plainte contre les faits qui peuvent trouver une apparente justification, \u2014 ou même une excuse pour nos ennemis d\u2019hier, \u2014 dans l\u2019Apreté des combats ou dans les nécessités de Pattaque, comme dans celles de la défense.\u201cCest au tribunal de l\u2019Histoire qu\u2019il appartiendra d\u2019apprécier l\u2019utilité militaire de la destruction méthodique de toutes nos usines et de leur matériel, de l'enlèvement de nos machines, du pillage de nos meubles, de nos matelas, de nos vêtements, de nos objets d\u2019art, de nos ustensiles de ménage, de l'emprisonn°ment ou de la déportation d\u2019une 608 L UNION MEDICALE DU CANADA multitude de nos concitoyes pour simple refus de travailler pour l\u2019armée allemande.\u201cMais il ne nous apparaît pas qu\u2019on puisse excuser ou justifier des tortures crucllement et froidement infligées à toute une populetion sans défense, et nous estimons que ceux qui les ont ordonnées doivent être rendus moralement et civilement responsables.(Très bien!) \u201cParmi ces tortures, dont la simple énumération remplirait un volume, nous voulons surtout retenir ici quelques-unes de celles qui ont le plus violemment soulevé l'indignation publique et Ja nôtre.\u201cLa plus odieuse a été, pendant toute la semaine de Pâques 1918.l\u2019enlèvement en masse d\u2019environ 10.000 jeunes filles et jeunes femmes par le 64e régiment d\u2019infanterie poméranien.\u201cSuccessivement ou simultanément, tous les quartiers, toutes ls rues de la ville de Lille, furent barrés dès 2 heures du matin par des soldats en armes, avec mitrailleuses dans les carrefours.Dans chaqu2 maison, un officier ou sous-officier, accompagné de quelques hommes, pénétrait, examinait tous les habitants qu\u2019il faisait réunir dans une des chambres ou dans un vestibule, et désignait ceux qui devaient partir.Les victimes avaient une heure pour préparer un paquet de vêtements.Un soldat, baïonnette au canon, venait alors les prendre.Il les conduisait à un lieu de rassemblement et, de là, à la gare.Elles furent ensuite réparties par groupes dans quelques localités des départements de l\u2019Aisne, des Ardennes et de la Meuse et, sous la garde cons- jante de soldats en armes, traitées comme du bétail, soumises, sans aucun ménagement, à l'impudique et ignomineuse visite sanitaire, contraintes à des travaux agricoles, profitant surtout à l\u2019armée allemande qui s\u2019eppropriait la presque totalité des récoltes.Ni l2s prières des familles, ni les supplications et les larmes des mères, ni les réclamations adressées par la suite à l\u2019autorité allemande, ne purent empêcher ou atténuer l\u2019exécution des ordres donnés par le quartier-maître général Zollner.Ce général, dont le nom doit être voué à l'exécration des Peuples, fut l\u2019inspirateur ou l\u2019ordonnateur de presque toutes les persécutions cruelles subies par les malheurseux habitants des territoires français occupés.Il fut d\u2019ailleurs très activement secondé dans son oeuvre odieuse par un officier spécialement chargés des services de police et d\u2019espionnage à Lille, le capitaine IZimmel (alias libraire à Berlin) qui, pendant les quatre années de son séjour an milieude nous, ne semble pas avoir poursuivi d\u2019autre tâche que celle qui consistait à nous infliger les plus douloureuses tortures ct les plus révoltantes humiliations. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 609 \u201cC\u2019est ainsi que, sans le moindre égard pour nos personnes, ni pour nos institutions scientifiques, ni pour nos familles, nous avons été, à plusieurs reprises, l\u2019objet de perquisitions.domiciliaires aussi complètes et outrageantes qu\u2019on peut les imaginer.Au cours de une de ces perquisitions, l\u2019un de nous fut immobilisé pendant deux heures dans un coin de vestibule, gardé par un factionnaire en armes qui avait ordre de ne Jui laisser faire aucun mouvement.Nos appareils scin- tifiques, nos mechines, nos instruments, ne furent pas même respectés, et nos collègues de la Faculté Médecine ont été brutalement expulsés, en quelques heures, de leurs laboratoires, avec leurs collections, pour faire place à des bureaux., \u201cUn autre d\u2019entre nous, sous le prétexte qu\u2019il n\u2019avait pas spontanément livré à la police militaire quelques appeæeils appartenant au service des manufactures de l\u2019Etat français \u2014appareils dont l\u2019intendance allemande lui avait d\u2019ailleurs emtérieurement laissé la garde, \u2014 à dû subir, pendant une semaine entière, des violences analogues et, après avoir été dépouillé de ses objetz personnels les plus précieux, s\u2019est vu frapper d\u2019une amende de mille marks ou de cent jours d\u2019emprisonnement.\u201cEt que dire des abominebles traitements infligés, sous nos yeux, à tant de malheureux simplement suspects de ne pas avoir obéi avec assez d\u2019emprisonnement aux ordres de l\u2019autorité allemande ?Que dire, surtout, de l\u2019atroce cruauté avec laquelle presque tous nos enfants, de 14 à 18 ans, ont été crrachéy a leurs familles et éloignés des écoles pour aller, en même temps qu\u2019un grand nombre de vieillards de 60 à 65 ans, former, sur la ligne de feu, des bataillons de travailleurs?Roués de coups, affamés quand il se refusaient à obéir, on les obilgeait à creuser des abris souterrains, à frire des routes, à transporter des munitions.Le nombre est immense de ces pauvres enfants et de ces pauvres vieux que nous n\u2019avons plus revus, ou dont la santé est irrémédiablement compromise.\u201cEnfin, sous prétexte de représailles à exercer contre le Gouvernement français, parce que 72 fonctionnaires allemands d\u2019Alsace- Lorraine étaient soi-disat indûment retenus en France, nous eûmes la douleur de voir emmener en captivité comme otages mille de nos concitoyens, dont 600 hommes et 400 femmes, choisis parmi les personnalités les plus marquantes ou les plus utiles de la région du Nord occupée: grands industriels, prêtres, doyens ou professeurs de nos Facultés, femmes de plusieurs d\u2019entre nous, =rms considération pour leur âge ni pour leur état de santé. 610 L'UNION MÉDICALE DU CANADA \u201cLes 6 ct 12 Janvier 1918, par un froid rigoureux de plein hiver, les hommes furent transportés en Pologne, les dames au camp d\u2019internement d\u2019Holzminden, dans le Brunswick.\u201cAprès un voyage extrêmement pénible qui dura huit jours et huits nuits, en chemin de fer, nos malheureux concitoyens, épuisés de fatigue, furent répartis dans deux localités voisines de Wilna et soumis, d\u2019abord, pendant quarante jours, à un régime dit \u201cde représailles\u201d.Ils eurent à supporter les plus atroces souffrances.ntas sés dans une sorte de grange, couchant tout habillés sur des paillasss de fibre de bois superposées en trois étages, si étroites et si rempro- chées qu\u2019il leur était impossible de se retourner ou de s'asseoir, a=- trcint= pendant le jour aux travaux les plus peribies et les plus dégra- dan*s, dévorés de verm ne, privés d\u2019cav potable, n\u2019avant pour toute nourriture qu\u2019uns soupe de choux-raves ou d\u2019orges, privés de tou: en- ver de France et de toute correspondaner avec leu: farnil!s, sars médecins, sans médicaments, le n\u2019avatent 2ueune possibilité de se plaindre car Pofficier qui les surveillait avait une âme de bourreau.25 d\u2019entre eux mourrurent dès les premières semaines, entre autres le professeur Buisine, directeur de l\u2019Institut de chimie de la Faculté des Sciences de Lille.Cet infortuné collègue, âgé de 62 ans, souffrait depuis longtemps d\u2019intermittences cardiaques ct d\u2019un rétrécissement de l\u2019oesophage.Sa femme crut devoir attirer sur son état l\u2019attention du médecin-major allemand qui exeaninait les partants.Ce médecin-major (Dr Krug) répondit: \u201cMadame, cn n\u2019est pas contagieux pour l\u2019armée allemande\u201d.\u201cNos malheureuzes compagnes, transportées à Holzzminden, n\u2019eurent pas beaucoup moins à souffrir de l'atroce cruauté allemande.Elles durent faire, d\u2019abord, en pleine nuit, dans la neige, à pied, le trajet de 3 kilomètres qui sépare la gare du camp d\u2019internement.Ensuite, on les enferma pendant deux jours, sans feu, sans couvertures, dans une baraque commune où elles durent coucher, tout habillées, sur des paillasses de fibre de bois.On leur fit sibir une fouille complète après les avoir dézhabillées et on les répartit finalement, par groupes, dans des chambrées étroites garnies de lits de camp superposés en étagères, sans autre meuble quo des petits bane de boiz.Elles durent vivre ainsi dans lez conditions hygiéniques, matérielles ot morales les plus pénibles.pendant plus de six mois, astreintes, comme des condamnés de droit commun, à des appels quotidiens et à des revues de détail, privées de toute possibilité de correspondre avec lours maris ou leurs enfants restés en France occupée. L'UNION MÉDICALE DU CANADA G11 \u201cPeut-on concevoir qu\u2019en notre siècle, les dirigeants d\u2019un peuple prétendument civilisé accomplissent des actes aussi honteux, aussi férocement crucls, sans la moindre appréhension du jugement des autrs peuples ?\u201cComment nous serait-il possible d\u2019oublier ou de pardonner toutes ces horreurs ?\u201cCeux qui, dans la France restée libre, n\u2019en ont pas souffert, ne peuvent pas comprendre ls raisons profondes de notre ressentiment.Certains admettraient volontiers que le peuple allemand n\u2019est pas responsable de l\u2019infamie des chefs de son Armée.Nous voudrions que cela fût vrai.Mais quand on a vu, comme nous, l\u2019empressement le zèle même avec lesquels de tout jeunes et de vieux soldats de la Landsturm, ou des officiers qui ne sont pas des militaires professionnels, des médecins par exemple, accomplissent les actes les plus odieux sans un mot d\u2019excuse, de regret ou de pitié, on est bien obligé de reconnaître que, d\u2019une manière générale, et sauf de trop rares exceptions, le coeur allemand est inaccessible aux sentiments nobles, généreux ou simplement humains.\u201cLes dirigeants de la politique allemande ont voulu cette guerre, mais le Peuple en armes l\u2019a approuvée et l\u2019a résolument poursuivie avec les moyens les plus férocement cruels, sans serupules de conscience, sans sursauts d\u2019indignation.Ce peuple, qui méritait Pestime du monde pour son activité laborieuse autant que pour l\u2019oeuvre de progrès intellectuel et social accomplie par ses savants, ses philosophes, ses musiciens, ses poètes, ne (peut plus inspirer que des sentiments de dégoût et d\u2019effroi pour les Crimes dont il s\u2019est rendu coupable.\u201cAussi, sommes-nous résolus, pour notre part, à ne collaborer désormais à aucune publication allemande, à ne participer à aucune réunion scientifique, à aucun congrès international, aux côtés de collègues allemands qui n\u2019emraient point préalablement marqué, par une manifestation publique, leur désapprobation des actes anti-sociaux accomplis à l\u2019occasion ou au cours de cette guerre par leur Gouvernement.\u201cNous demandons à nos collègues des cinq Acerlémies de l\u2019Institut de France, de l\u2019Académie de Médecine et de l\u2019Académie d\u2019Agriculture, de vouloir bien 3e solidariser avec nous, individuellement ou collectivement, dans l\u2019expression de cette volonté.Nous les prions d\u2019inviter les Sociétés savantes de toutes les Nations civilisées du monde à accueillir notre protestation et à l\u2019enregistrer dans leurs actes.\u201d 612 L'UNION MEDICALE DU CANADA Les membres et correspondants de l\u2019Institut, de l\u2019Académie de Médecine et de l\u2019Académie d\u2019Agriculture retenus à Lille pendant l'occupation allemande : Dr A.CALMETTE, Correspondant de l\u2019Académie des Sciences, Membre associé de l\u2019Académie de Médecine.IL.PARENTY, G.LAGUESSE, Correspondant de l\u2019Institut Correspondant Académie des Sciences.de l\u2019Académie de Médecine.Dr DURET, AIME WITZ, Membre affilié de l\u2019Académie Correspondant de l\u2019Acadéimnie des de Médecine Sciences.A la suite de la lecture de cette protestation, l\u2019Académie décide d\u2019en renvoyer l\u2019examen immédiat à une commission composée de MM.Quénu, Letulle, Pinard, Laveran et Dupré.Quelques instants plus tard, M.Dupré, au nom de la Commission, donne connaissance du rapport suivant, qui a adopté à l\u2019unanimité par l\u2019Académie : \u201cL\u2019Académie de Médecine, émuc de la lecture de la Protestation de ses collègues Lillois et indignée au récit de tels crimes, déclare sc solidariser avec les signataires.Comme eux, elle est décidée: \u201cà ne collaborer, désormais, à aucune publication allemande, à ne participer à aucune réunion scientifique, à aucun congrès international aux côtés de collègues allemands qui n\u2019auraient point, préalablement, marqué par une manifestation publique.la désapprobation des ertes antisociaux accomplis au cours de cette guerre par leur Gouvernement.\u201d \u201cL\u2019Académie, admirant la fermeté, d\u2019ames des victimes, leur adresse son salut fraternel ct flétrit leurs bourreaux.\u201d NOTE :\u2014Qu\u2019on ne vienne plus nous dire que le peuple allemand ne voulait pas cette guerre et n\u2019est pas responsable des meurtres innombrables dont ses soldats se sont rendus coupables.2 EXTRAIT Sur l\u2019ambitlon L\u2019ambition montre à celui qu\u2019elle aveugle, pour termes de ses poursuites, un état florissant où il n'aura plus rien à désirer, parce que ses voeux seront accomplis, qu\u2019il goûtera le plaisir le plus doux pour lui ct dont il est le plus sensiblement touché; savoir, de dominer, d'ordonner, d\u2019être l\u2019arbitre des affaires et le dispensateur des grâces, de briller dans un ministère, dans une dignité excitante; d\u2019y recevoir l\u2019encens du public et ses soumissions; de s\u2019y faire craindre, honorer, respecter.Tout cela rassemblée dans un point de vue, lui trace l\u2019idée la plus agréable et peint à son imagination l\u2019objet le plus conforme aux voeux de son coeur; mais dans le fond, ce n\u2019est qu\u2019une idée, et voici ce qu\u2019il y a de plus réel; c\u2019est que, pour atteindre jusque là, il y a une route à tenir, pleine d\u2019épines et de difficultés: mais de quelles épines et de quelles difficultés! C\u2019est que, pour parvenir à cet état où l\u2019ambition se figure tant d\u2019agréments, il faut prendre mille mesures toutes également gênantes, et toutes contraires à ces inclinations; quill faut se miner de réflexion et d\u2019étude; rouler pensées sur pensées, desseins sur desseins, compter toutes ses paroles, composer toutes ses démarches; avoir une attention perpétuelle et sans relà- che, soit sur soi-même, soit sur les autres.C\u2019est que, pour contenter une seule passion, qui est de s\u2019élever à cet état, il faut s\u2019exposer à devenir la proie de toutes ses passions; car y en a-t-il une en nous que l'ambition ne suscite contre nous?Et m\u2019est-ce pas elle qui, selon ses différentes conjonctures et ses divers sentiments dont elle est émise, tantôt nous aigrit des dépits les plus amers, tantôt nous envenime des plus mortelles minutes, tantôt nous enflamme des plus violentes colères, tantôt nous accable des plus profondes tristesses, tantôt nous dessèche des mélancolies les plus noires, tantôt nous dévore des plus cruelles jalousies, qui fait souffrir à une âme comme une espèce d\u2019enfer, et qui la déchire par mille bourreaux intérieurs et domestiques?C\u2019est que, pour se pousser à cet état et pour se faire jour au travers de tous les obstacles qui nous ferment les avenues, il faut entrer en guerre avec des compétiteurs qui v prétendent aussi bien que nous, qui nous G14 L'UNION MÉDICALE DU CANADA .éclairent dans nos intrigues, qui nous dérangent dans nos projets, qui nous arrêtent dans nos voies: pour qu'il faut opposer crédit à crédit, patron à patron, et pour cela s\u2019assujettir aux plus ennuyeuses assiduités, essuver mille rébuts, digérer mille dégoûts, se donner mille mouvements, n\u2019être plus à soi.et vivre le tourment et sa confusion.C\u2019est que, dans Pattente de «tt état, où Pon n\u2019arrive pas tout d\u2019un coup, il faut supporter des retardements capables non sculement d\u2019exercer, mais d'épuiser toute la patience: que durant de longues années, il faut languir dans Pincertitude du succès, toujours flottant entre l\u2019espérance et la crainte, et souvent, après des délais presqu\u2019infinis, ayant encore l\u2019affreux déboire de voir toutes ses prétentions échouer, et ne remportant, pour récompense de tant Ge pas malheureusement perdus, que la rage dans le coeur et la honte devant les hommes.Je dis plus: c\u2019est que cet état, si l\u2019on est enfin assez heureux pour s\u2019y ingérer, bien loin de mettre des bornes à l'ambition et d'en êtein- dre le feu ne sert, au contraire, qu\u2019à la piquer davantage et qu\u2019à l\u2019allumer; que d\u201dun degré on tend bientôt un autre, tellement qu\u2019il n\u2019y a rien où l\u2019on ne se porte, ni rien où l\u2019on se fixe; rien que l\u2019on ne veuille avoir ni rien dont on ne jouisse; que ce n\u2019est qu\u2019une perpétuelle succession de vues, de désirs, entreprises, et, par une suite nécessaire, qu\u2019un perpétuel tourment.(Bourdaloue\u2014Sermons).© - BIBLIOGRAPHIE Gun-shot fractures of the extremities par Joseph A.Blake.Licutenant-Colon 1, Medical Corps U.S.A.1 vor lume de 150 pages ave 10 figures originales (Masson et Cie, Edi- teurs, 120, Bd S+-Gormain, Paris).£ fr.Majoration en sus 10% La \u2018ibrairie Masson et Cie, de Paris, publie presque simultanément deux volumes, Pun en francais Pautre en anglais sur 1 traitement des fractures de guerre par les méthodes de suspension anglo-américai- nes, 1 premier est signé de MM.Desfo
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