L'union médicale du Canada, 1 octobre 1922, Octobre
[" L\u2019UNION MEDICALE DU CANADA Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, fondée en 1872.Vol.XLXII OCTOBRE 1922 No 10 L'INSUFFISANCE GLYCOLYTIQUE () Par le Professeur CHARLES ACHARD, de Parts.Le glycose ou sucre de raisin est une substance dont l\u2019utilitu pour l\u2019organisme est prouvée par l\u2019importance de sa consommation.Dans le régime ordinaire, les hydrates de carbone ne forment pas moins de 71 pour 100 des substances alimentaires, et c\u2019est sous forme de glycose qu\u2019ils sont utilisés en majeure partie.L\u2019organisme brûle du glycose pour ses besoins caloriques, et c\u2019est pour lui le plus économique des combustibles.Cette combustion produit, directement ou par intermédiaires, de l\u2019eau et de l\u2019acide carbonique, c\u2019est-à-dire deux corps qui s\u2019éliminent avec la plus grande facilité, le premier un peu par toutes les voies d\u2019excrétion, et le second par le poumon.Donc, les déchets de la combustion du glycose ne sont pas encombrants et de plus ils ne sont pas toxiques, car l\u2019acide carbonique n\u2019a pas le temps de s\u2019accumuler assez pour devenir nuigible et sa présence en petite quantité dans le sang est même utile pour stimuler la respiration.Mais tout le glycose n\u2019est pas brûlé aussitôt introduit ou formé dans l\u2019organisme.Lorsqu\u2019il y en a trop pour les besoins immédiats, Porganigme en fait provision et le met en réserve, non seulement dans le foie, mais dans les muscles et, en petite proportion, dans d\u2019autres éléments encore.Pour en faire des réserves, il le transforme, avec l\u2019aide d\u2019un ferment, en glycogène, qui est une substance colloïde, plus stable que les cristalloïdes.Puis, quand l\u2019organisme a besoin de puiser dans sa réserve glycogénique, il transforme de nouveau ce glycogène en glycose, à l\u2019aide aussi d\u2019un ferment diasta- tique, l\u2019amylase ou ferment amylolytique.Communication au 7ème Congrès des Médecins de langue française de l'Amérique du Nord, à la salle St-Sulpice, à Montréal, le 8 septembre 1922.Js 402 L UNION MEDICALE DU CANADA En outre l\u2019organisme se sert encore du glvecse non seulement pour le brûler ou le mettre en réserve, nds aussi pour le combiner à d'autres corps, qui perdent ainsi de leur toxicité ou qui jouent un rôle dans élaboration de principes vtiles: ce sont les substances glycoconjuguées, Tous ces actes de combustion, de -tabilisation.de mobilisation.de conjugaison sont admirablement réglés, de manière à maintenir dans l\u2019organisme un équilibre constant.Aussi conçoit-on sans peine que le dérangement de ce mécanisme régulateur puisse avoir pour le pathologiste un intérêt de premier ordre.Claude Bernard.qui le premier avait vu ce mécanisme, pensait que le foie était l\u2019organe régulateur du glycose et que le diabète résultait d\u2019un trouble hépatique, notamment d\u2019une excessive transformation des réservez glvcogéniques en glycose circulant.L\u2019hyperglycémie qui s'ensuivait entraînait la glycosurie, parce que le sucre débordait en quelque sorte le rein et forcait le seuil rénal.comme nous disons aujourd'hui.Cependant tous les pathologistes n\u2019acceptèrent pas cette manière de voir.Une autre théorie pathogénique attribue le trouble principal de la glyco-régulation dans le diabète à l\u2019insuffisance de la consommation du sucre.D\u2019autre part, la découverte du diahète pancréatique chez l\u2019homme et sa reproduction expérimentale chez le chien montrèrent que le pancréas, principalement par sa sécrétion interne, devait revendiquer un rôle dans la pathogénie du diabète.A l'origine, après les travaux de Claude Bernard, on ne connaissait guère, pour apprécier \u2018chez les malades l\u2019état de la glycoré- gulation que l\u2019épreuve dite de la glycosurie alimentaire, intitulée par Colrat en 1875 et directement inspirée par les recherches de Claude Bernard.Elle consiste à faire absorber par le tube digestif une forte dose de glvcose ou d\u2019hydrates de carbone formateurs de glyeose et à rechercher dans les urines s\u2019il y passe de ce sucre.En cas de glvcosurie.on concluait que le foie n\u2019avait pas été capable d\u2019arrêter tout le glvcose pour en faire du glycogène et qu\u2019il était, par suite, insuffisant.Ce n'était pas, vous le voyez, le diabète dont on cherchait à mesurer le degré, C\u2019était une importante fonction du foie qu\u2019on prétendait explorer.Or, comme je l\u2019ai fait voir en 1897 avec mon élève J.Castaigne.(1) cette épreuve, en réalité, explorait fort mal le foie.Dans le long chemin qu\u2019on faisait parcourir an glvcose ainsi introduit dans l'organisme.l\u2019absorption digestive était variable suivant les cas: variable aussi l\u2019aptitude des tissus \u2014 et L\u2019UNION MEDICALE DU CANADA 403 non seulement du foie \u2014 a fixer et utiliser le glycose soit pour le brûler, soit en faire du glycogène ; variable enfin la perméabilité du rein ou, comme nous disons aujourd\u2019hui, le seuil rénal du glycose.Peu après, en 1898, j\u2019entrepris avec mon élève Emile Weil,(2} d\u2019explorer la glycorégulation indépendamment du foie, en introduisant du glycose sous la peau, de manière à mettre le foie hors circuit.En évitant au sucre la traversée de cet organe, on peut mieux juger comment agit l\u2019ensemble des tissus sur le glycose.Pour cette épreuve de la glycosurte par injection sous-cutanée, nous injections 10 gr.seulement de glycose pur, dose que le sujet normal utilise aisément sans en rejeter par l\u2019urine.Si dans les échantillons fractionnés d\u2019urine recueillie à la suite de l\u2019injection apparaît de la glycosurie, c\u2019est que l\u2019utilisation par les tissus est insuffisante.De cette manière nous avons reconnu que des diabétiques, prétendus guéris parce qu\u2019ils n\u2019avaient plus de sucre dans les urines, conservaient néanmoins de l\u2019inusffisance glycolytique.Nous avons aussi vu que certains sujets, qui n\u2019étaient point diabétiques ni glycosuriques, avaient néanmoins de l\u2019insuffisance glycolytique permanente.Nous avons réuni tous ces cas sous le nom de diabète fruste et nous avons admis que le diabète pouvait secondairement devenir fruste par effacement de la glycosurie, tandis que d\u2019autres fois, l\u2019insuffisance glycolytique existait primitivement, avant la glycosurie, de sorte que le diabète commençait par être fruste avant de se compléter par la glycosurie, et que le malade était alors à la période prédiabétique ou mieux préglycosurique.Enfin nous avons constaté que dans un assez grand nombre d\u2019états morbides on pouvait déceler l\u2019insuffisance glycolytique, sans qu\u2019il s\u2019agit de diabète: par exemple chez des cachectiques, des hépatiques, des cancéreux, etc, et un peu plus tard avec mon élève Loeper (3), en 1901, nous avons reconnu que l\u2019insuffisance glycolytique est même la règle dans les maladies aiguës fébriles et qu\u2019elle cesse à la défervescence.Ainsi ce trouble glycorégulatuer, considéré jusque-là comme spécial au diabète et caractéristique de cette maladie, prenait une extension beaucoup plus grande et devenait un de ces troubles élémentaires de la nutrition qui peuvent exister à des degrés très divers et dans des conditions morbides très variées.Dix ans après nos premières publications, mon collègue le professeur Gilbert et son élève A.Baudoin (4) eurent lidée d\u2019,tudier dans le sang ce que devenait le taux de la glycémie après l\u2019introduction d\u2019une certaine dose de glycose dans l\u2019organisme.Ils re- 404 IL UNION MEDICALE DU CANADA -connurent que, dans le diabète et les affections du foie, la glycémie ainsi provoquée s\u2019élève plus et plus longtemps que chez le sujet normal.Cette épreuve de l\u2019hyperglycémie alimentaire, comme ils Pappelérent, était supérieure à celle de la glycosurie alimentaire, parce qu\u2019elle ne faisait point intervenir la perméabilité rénale.Vous savez que depuis une dizaine d\u2019années nombre d\u2019expérimentateurs et de cliniciens, surtout aux Etats-Unis, ont appliqué cette épreuve et qu\u2019ils ont montré, dans de très intéressants travaux, de parti qu\u2019on en peut tirer pour le diagnostic du diabète latent, au- \u2018trement dit du diabète fruste dont je vous parlais tout à l\u2019heure, autrement dit encore, et d\u2019une façon plus générale, de l\u2019insuffisance glycolytique.Ce qui a puissamment facilité ces recherches et leur a fait prendre un grand développement, c\u2019est surtout le perfectionnement de la technique et l\u2019introduction des microméthodes dans le te que la rectriction des graisses à guérir l\u2019obésité.Cette restriction peut sans doute diminuer l\u2019hyperglycémie, effacer la glycosurie, mails elle n\u2019atteint pas la cause du trouble nutritif.Comme cette cause varie suivant les cas, le traitement ne doit pas non plus être uniforme, et c\u2019est par l\u2019étude de chaque malade en particulier que le clinicien peut avoir quelque charce de reconnaître et de combattre cette cause pathogène dont l'insuffisance glyco!ytique n\u2019est qu\u2019une manifestation accessoire ou principale.BIBLIOGRAPHIE (1) Ch.Achard et J.Castaigne.Quelques causes d\u2019erreur dans l\u2019épreuve de la glycosurie alimentaire \u2014 Bull.et Mém.de la Soc.Méd.des Hôpit.de Paris, 19 nov, 1897, p.1348.(2) Ch.Achard et Emile Weil.L'influence glycolytique.C.R.de la Soc.de biol., 29 janv.1908.\u2014 Diabète fruste.Bull.et Mém.de la Soc.Méd, des Hôpit.de Paris, 18 fév.1895, p.149.\u2014 Contrelô à l\u2019étude de l'incuffisance glycolytique.Ibid.15 avril 1898, p.327.(3) Ch.Achard et M.Loeper.Linsuffisance glycolytique étudiée particulièrement dans les maladies aiguës.Arch.de méd.expériment.janv.1901, p.127.: (4) A.Gilbert et A.Baudouin.Sur la glycémie expérimentale.C.R.de la Soc.de biol.26 déc.1908, p.710; \u2014 Sur la glycémie dans la diabète.Ibid.6 nov.1909, p.458.\u2014 A.Baudouin.Etude sur quelques glycémies.La glycémie expérimentale.Thèse de Paris, 24 déc.1908, No 116, \u2014 A.Gilbert et A.Baudouin.Influence de l\u2019alimentation hydro-car- bonée sur la glycémie normale et diabétique.L'épreuve de la glycémie alimentaire.Bull.et Mém.de la Soc.Méd.des Hôpit.de Paris, 8 juil.1910, p.71.(5) Hanriot.De l\u2019utilisation du glycose chez l\u2019homme sain et chez les glyrosuriaues.Arch.de physiol., 1893, p.247.(6) Ch.Achard et G.Debonis.Recherche clinique de l\u2019insuffisance glycolytique par l\u2019étude du quotient respiratoire.C.R.de la Soc.de biol., 22 fév.1913.\u2014 Recherches sur l'utilisation des sucres à l\u2019état pathologique.Arrh, de méd.expériment.mars 1914, p.105.(7) Ch.Achard et Léon Binet.Recherche clinique de l\u2019insuffisance glyrolvtique nar les échanges respiratoires.C.R.de la Soc.de biol., 10 juin 1922, p.52.(8) Ch.Achard, A.Ribot et Léon Binet.Sur l\u2019utilisation du glycose dans les maladies aiguës.C.R.de la Soc.de biol., 28 juin 1919.n.775.(9) Ch.Achard, A.Ribot et Léon Binet.Action des extraits d\u2019organes sur l'hyperglycémie provoquée.C.R.de la Soc.de biol.5 juil.1919, p.788.Recherches ou adreneiin diabèste.The Lancet 16 juil.1921.IT, p.139.\u2014 Recherches sur l\u2019hyperglycémie adrénalinique.Rev.de méd.sept.- oct.1921, p.44.(10) Ch.Achard.A.Ribot et Léon Binet.L'épreuve de l\u2019hyperglycémie provoquée dans les altérations pancrétiques expérimentales C.R.de la Sor.de biol., 29 nov.1918, p.1232.Réciproquement l\u2019extirpation préalable des capsules surrénales empêche l\u2019extirpation de pancréas de provoquer le diabète.\u2018romme l\u2019ont constaté peu de temps après E.Hédon et G.Giraud: Relation entre le panrréas et les capsules surrénales au point de vue du diabète.C.R.de la Soc.de biol., 23 oct.1920, p.1310. LES AUTOPLASTIES DANS LES MALFORMATIONS CONGENITALES (1) Par M.le Docteur OMBREDANNE, Professeur agrégé à la Faculté de Médecine de Paris, Délégué de la Société de Chirurgie.Messieurs, Il est une des branches de notre art chirurgical dont, depuis longtenips déjà, je m\u2019occupe avec prédilection : c\u2019est la chirurgie répa- ratoire, et en particulier la restauration des malformations congé- Litales.Toutes les opérations qui visent ce but sont en définitive des autoplastres.L\u2019autoplastie n\u2019est pas une opération créatrice: le pouvoir de créer est surhumain.C\u2019est une opération d\u2019adaptation, qui se propose de prendre le tissu le moins utile pour en faire un tissu indispensable.Si l\u2019autoplastie ne crée pas un organe, du moins elle fait d\u2019un organe inutilisable un organe fonctionnellement utile et suffisant, grâce à des artifices infiniment variés.Mais l\u2019économie humaine n\u2019est pas, à tous les âges, un terrain également favorable à l\u2019exécution des opérations plastiques, et c\u2019est seulement de ces conditions variables avec l\u2019âge des enfants que je veux parler brièvement.C\u2019est souvent dès sa raissance, ou fort peu d\u2019heures après que nous sommes appelés auprès de l\u2019enfant mal formé.Que peut faire la chirurgie plastique chez le nouveau-né?Voici quelque 10 ou 12 ans, à la suite des publications d\u2019Arbu- noth Lane, je m\u2019appliquai à corriger les fissures congénitales de la face dans les jours qui suivaient la naissance.J\u2019ai dû y renoncer, parce que, si les résultats immdéiats étaient acceptables, les résultats éloignés n\u2019étaient point satisfaisants: j'en ai montré des exemples à la Société de Chirurgie.Mais de ces essais, une notion s\u2019est dégagée pour moi, que j\u2019estime de toute première importance.C\u2019est l\u2019admirable résistance à un acte opératoire que présentent les bébés pendant les 3 ou 4 premiers jours de leur vie.(1) Communication au 7iéme Congrès des Médecins de langue fran- caise de l\u2019Amérique du Nord, le 8 septembre 1922, à la Salle St-Sulpice, à Montréal. 1 UNION MEDICALE DU CANADA 411 Songez d\u2019ailleurs à l\u2019effroyable traumatisme que représente leur venue au monde, les traces de contusions formidables qu\u2019ils offrent à leur naissance parfois encore aggravées par l\u2019intervention de l\u2019art: et ils ne s\u2019en \u2018portent pas plus mal; aussi cette résistance au trau- mnatisme, à l\u2019hémorrhagie même, n\u2019a rien qui doive surprendre.Aussi ne faut-il pas hésiter à opérer le nouveau-né, quand l\u2019indication est formelle, quand se rencontrent les aplanis de la paroi abdominale, ou les imperforations de l\u2019aditus postérieur, par exemple.Bien plus, j'ai gardé de mes opérations antérieures une habitude- que je crois excellente : c\u2019est, en cas de fissure grave du massif facial, de raccorder dès la naissance l\u2019arcade gingivale, de ramener en position correcte le tubercule incisif, qu\u2019il soit entièrement libre, ou seulement disjoint d\u2019un seul côté : la tâche chirurgicale ultérieure en est grandement facilitée, et le risque opératoire ainsi réduit au minimum, car ce raccordement est moins grave à ?jours qu\u2019à 4 mois.Dans cette voie pourtant ,il ne faut pas aller plus loin.Les autoplasties chez les nouveau-nés donnent des résultats très médiocres, pour ne pas dire plus.D\u2019abord, parce que les téguments du nouveaw né donnent de vilaines cicatrices: pourquoi, je l\u2019ignore, mais le fait est évident.Ensuite, parce qu\u2019il est presque impossible d\u2019ajuster- convenablement une lèvre avant l\u2019âge de 3 mois.Tant que l\u2019enfant a ses téguments rouges, on distingue fort malaisément le bord rouge labial de la lèvre blanche; et un décrochement d\u2019un millimètre à cet.Âge donnera 4 ou 5 m/m d\u2019écart quand l\u2019enfant aura 12 ans.Je dis à mes élèves de ne point opérer les peaux rouges.C\u2019est vers 4 mois qu\u2019on peut exécuter une très bonne autoplastie labiale.Mais ne croyez pas, ne dites pas que c\u2019est là une opération absolument bénigne.Le professeur Panas a dit un jour: la chirurgie infantile, c\u2019est de la chirurgie d\u2019enfant: un mot d\u2019esprit créait une légende, qui a exposé bien des chirurgiens à de cruels mécomptes.La chirurgie du nourrisson expose à des accidents redoutables,.qui, au point de vue de la fréquence, me paraissent de l\u2019ordre de grandeur des accidents d\u2019embolie après intervention pour fibrome.On ne- le dit pas assez, et les livres classiques sont à peu près muets à ce sujet.Mais il en va tout autrement si l\u2019on interroge les vieilles surveillantes qui depuis 30 ans assurent nos services de chirurgie infantile.| L\u2019accidens dont je vous entretiens, je l\u2019appelerai \u201cla mort rapide des nourrissons opérés, avec paleur et hyperthermie\u201d.Toute autre: 412 L'UNION MEDICALE DU CANADA dénomination plus simple serait à mon avis prématurée.Voici comment les choses se passent : Dans la matinée, un nourrisson a été opéré: tantôt sous anesthésie à l\u2019éther ,au chloroforme, tantôt même sans aucune anesthésie.La journée se passe bien, et tout semble aller pour le mieux.Vers 3 ou 4 heures, on donne même un biberon.Mais vers 5 heures, la*température s\u2019élève, progressivement, atteint 39°5, puis 40° ; l\u2019enfant est pâle; sa respiration s\u2019accélère.Quelquefois surviennent des accidents convulsifs, par crises.Très \u2018vite, la mort peut survenir, parfois 1 heure seulement après le début «des accidents.Dans d\u2019autres cas, la température continue à s\u2019élever, atteint 41°, quelquefois 42°.La mort survient la plupart du temps entre minuit et le lendemain matin.Pratique-t-on l\u2019autopsie ?on ne trouve absolument rien.L\u2019affirmation classique, disant que ces accidents sont la traduction d\u2019une Ddroncho-pneumonie suraiguë n\u2019est donc pas exacte, la plupart du temps.Mais alors, quel est le mécanisme de l\u2019accident terrible qui nons occupe Remarquons d\u2019abord que le genre d\u2019opération subi par le nourrisson n\u2019a pas une importance absolue.Pourtant ,les interventions pour bec de lièvre y sont exposées plus que toutes les autres: très graves aussi sont les opéraations sanglantes destinées à l\u2019ablation des petits angiomes de la face.Mais l\u2019accident a été observé après des opérations de phimosis, de hernie inguinale, de lymphangiome du cou, après l\u2019opération de Phelps-Kernisson.Après l\u2019intervention pour invagination intestinale, vous voyez signalé dans tous les livres l\u2019élévation de température à 40 ou 41° le soir de l\u2019opération : on l\u2019attribue à la résorption brusque des produits toxiques accumulés en amont de l\u2019obstacle, et rendus à la libre cireu- lation par la manoeuvre chirurgicale.À mon avis, il s\u2019agit tout simplement des mêmes accidents de pâleur avec hyperthermie survenant chez le nourrisson opéré, mais souvent atténués, et susceptibles de se terminer par guérison : car il semble exister des formes moins brutales, des formes curables de ce singulier accident.Le rôle de l\u2019anesthésie générale dans sa génèse est probablement important: pourtant j'ai eu connaissance d\u2019une mort survenue chez un nourrisson opéré sans anesthésie. L'UNION MEDICALE DU CANADA 413 Il ne saurait étre question d\u2019anémie par hémorrhagie: le pouls reste excellent après l\u2019opération qui souvent n\u2019a donné que quelques gouttes de sang.On a incriminé ,dans les opérations de la bouche le rôle toxique du sang dégluti; il s\u2019agirait alors d\u2019une grave intoxication alimentaire par ingestion d\u2019albuminoïdes chez un enfant qui jusque là n\u2019avait jamais ingéré que du lait.Mais ,nous l\u2019avons dit, l\u2019accident s\u2019observe aussi dans les interventions portant sur la périphérie du corps.| Ce qui me paraît le plus vraisemblable, c\u2019est une corrélation étroite entre le début des accidents et la première ingestion de lait: pour le nourrisson opéré le lait est devenu toxique, et parfois hyper- torique.Pourquoi?Peut-être l\u2019anesthésie générale amène-t-elle tels troubles dans le foie, dans les glandes à sécrétion interne, dans le thymus, dans le territoire du nerf sympathique, qui rende toxique le elait.Peut-être le sang dégluti, agissant comme albumine hétérogène ingérée, détermine-t-il des accidents de choc colloïdoclasique.Tout cela n\u2019est qu\u2019hypothèse ; mais il me semble bien que la relation est constante entre le début des accidents, et la première ingestion de lait, fut-ce le lait de la mère; et je ne puis pas ne pas rapprocher ce fait d\u2019autres accidents d\u2019anaphylaxie pour le lait signalés cette année par Ribadeau Dumas ,chez des nourrissons non opérés, et qui se sont ter- 10inés par la mort.Aussi le traitement préventif consiste-t-il essentiellement à ne donner au nourrisson opéré que de l\u2019eau, pendant 24 ou 48 heures, et de ne reprendre son alimentation qu\u2019en donnant seulement quelques gouttes de lait dans les 90 grammes d\u2019eau d\u2019un biberon : agir en somme comme on fait pour éviter l\u2019anaphylaxie chez des sujets sensibilisés.Jusqu\u2019à présent ,j\u2019ai l\u2019impression que cette précaution est efficace.Quand les accidents ont déjà éclaté les lavements froids peuvent bien abaisser la température, mais le plus souvent ne suffisent pas à enrayer leur progression fatale.Tels sont les accidents redoutables qui rendent si angoissante l\u2019opération chirurgicale chez le nourrisson.Ils sont rares, très rares même, si on prend des chiffres absolus ; ce n\u2019est point une raison pour se laisser surprendre par eux, et ne pas prendre toutes les précautions possibles pour les éviter.Mais l\u2019enfant grandit, et sa résistance augmente.C\u2019est vers 6 à 8 ans que, d\u2019une façon générale, il se trouve dans les conditions les meilleures pour subir les opérations plastiques destinées à cortiger ses malformations. 414 L'UNION MEDICALE DU CANADA S'il s'agit de fissure de la voûte et du voile, la voûte palatine plate du nouveau né s\u2019est transformée en une voûte ogivale à grande profondeur, et l'urano-plastie devient facile à exécuter.Les téguments ont pris, d\u2019une façon générale, une valeur beaucoup meilleure au point de vue plastique.Mieux vascularisés, plug épais, ils se prêtent à la confection de lambeaux qui ne tendent plus à s\u2019ulcérer au niveau des sutures comme il arrive chez de trop jeunes enfants: c\u2019est le moment de procéder aux autoplasties contre la syn- dactilie par exemple.Les organes génitaux ont pris un développement suffisant pour permettre l\u2019exécution de l\u2019orchidopéxie, de l\u2019hypaspadias, de l\u2019épis- padias: dans la suite, les lambeaux qui ont servi aux restauratious grandiront avec l\u2019enfant.Le tissu cellulaire sous-cutané n\u2019est plus cette masse adipeuse énorme qu\u2019elle était chez le nourrisson.Les plans fibro-aponénotiques ont pris une résistance déjà considérable.C\u2019est l\u2019âge aussi de procéder aux cures radicales des hernies inguinales et ombilicales, si des accidents n\u2019ont point encore joué la main de l\u2019opérateur.Quoiqu\u2019on en ait dit, le résultat d\u2019une cure radicale est beaucoup meilleur à 3 qu\u2019à 18 mois \u2014 et si parfois cette classique opération donne chez les enfants des récidives, c\u2019est presque toujours après des interventions exécutées chez le nourrisson.Le squelette est encore bien peu avancé dans son évolution : pourtant déjà vers 8 ans, les transplantations uniformes de blocs ossenx taillés dans les pieds bots congénitaux, comme l\u2019a conseillé Albée, donnent d'excellents résultats.Messieurs, je ne veux pas insister davantage sur les applications de l\u2019autoplastie à la restauration des malformations congénitales, et je voulais seulement vous signaler la période opératoire favorable qui suit la naissance et permet des interventions graves en apparence, et aussi des accidents graves encore mal connus dans leur cause, qui peuvent venir tragiquement terminer une opération chez un nourrisson, onération dont tout semblait permettre d\u2019escompter la parfaite bénignité.L\u2019avenir nous dira si la mesure préventive que je viens de vous indiquer est efficace, comme je l\u2019espère.- OUVERTURE DU Vlilème CONGRES DES MEDECINS DE LANGUE FRANCAISE (1) Le Professeur ACHARD, de Paris, Chef de la délégation française.M.le Ministre, M.le Recteur, M.le Président, Mesdames, Messieurs, \u201c J\u2019ai le très grand honneur de prendre la parole en cette cérémonie au nom du Gouvernement français dont le Ministre de l\u2019Instruction publique et des Beaux-Arts et le Ministre de l\u2019Hygière, de l\u2019Assistance et de la Prévoyance sociales m\u2019ont tous deux délégué à ce Congrès, pour marquer le très vif intérêt qu\u2019ils portent à votre Association.Je parle encore au nom de l\u2019Académie de médecine, qui m\u2019a confié la charge de secrétaire général, au nom de l\u2019Université de Paris, où je suis professeur de clinique médicale et au nom de la Société des hôpitaux de Paris, qui m\u2019a élu, pour cette année, son président.Voilà certes un poids bien lourd pour une seule tête.Heureusement quelques collègues ont bien voulu me prêter leur assistance.MM.les Drs Ombrédanne et Desmarest, agrégés de la Faculté de médecine, représentent aussi l\u2019Université de Paris et en outre, la Société de chirurgie.M.le Dr Marcel Pinard est délégué ar la Société médicale des hôpitaux et M.le Dr Gastou par notre Association pour le développement des relations médicales internationales, qui ne pouvait manquer de s\u2019intéresser à cette réunion.Malgré le précieux concours de mes collègues, je crains fort que ma modeste personne vous paraisse bien insuffisante à représenter assez dignement tant d\u2019institutions de cette importance.Aussi je vous prie instamment de ne point faire attention au modeste figurant que je suis et à ne voir dans ma présence au milieu de vous que le témoignage de la très haute estime et de la profonde affection que la France entière éprouve pour le Canada.En venant à vous, nous entendons inaugurer dans nos relations mutuelles une nouvelle période, et nous espérons que vous voudrez bien aussi vous associer aux cérémonies médicales qui prochainement auront lieu sur le sol de notre France.Un Congrès français de mé- (1) Discours prononcé à l\u2019ouverture du Congrès, le jeudi, 7 septembre 1922, à Montréal, salle St-Sulpice. 416 L'UNION MEDICALE DU CANADA decine va se tenir dans un mois à Paris, c\u2019est le congrès, permettez- moi de le rappeler, qui devait, sans la guerre, se réunir il y a six ans dans votre ville et qui, nous le souhaitons y tiendra quelque jaur ses assises.À la fin de décembre, l\u2019Institut Pasteur et l\u2019Académie de Médecine commémoreront le centenaire de la naissance de l\u2019illustre savant qui créa la microbiologie.Quelques mois plus tard, une solennité internationale, organisée par notre gouvernement, aura lieu aussi en l'honneur du grand homme dans une ville chère à tous les coeurs franççais, à Strasbourg.En vous priant de participer à ces diverses cérémonies, c\u2019est à peine une invitation que nous vous adressons, car vous ne ferez que venir occuper au foyer de la médecine française une place déjà marquée comme celle de parents très chers.Vos ancêtres sont les nôtres.Notre mère commune a veillé sur votre berceau ; elle a guidé vos premiers pas et vous a fait épeler vos premiers mots.Le destin vous a séparés d\u2019elle en votre prime jeunesse et vous avez grandi sous une autre tutelle, en prouvant que, selon le vieux dicton de chez nous, bon sang ne peut mentir.Vous vous êtes montrés dignes de garder votre personnalité spirituelle.Vous conservez intacts votre langue, vos traditions, votre génie, et nous sommes fiers de voir sur des rives lointaines s\u2019épanouir en une floraison nouvelle les robustes vertus de notre vieux pays.La France, vous ne l\u2019ignorez pas, était naguère mal jugée tr- souvent par l\u2019étranger.Si l\u2019on consentait à lui reconnaître dans l» domaine de l\u2019esprit quelque avantage, sa valeur morale était fort discutée.Vanité, légèreté, insouciance, indiscipline, versatilité, soif de plaisirs, relàchement des moeurs: tels étaient les fâcheux attributs que beaucoup sur la surface du globe prêtaient à nos compatriotes, non sans y voir les signes certains d\u2019une infériorité manifeste et d\u2019ure inrémédiable décadence.TI a fallu la terrible guerre et l\u2019effort si dur de notre patrie, son indomptable énergie, ses cruels sacrifices supportés sans fléchir, pour convaincre le monde que nous étions capables de vigueur dans l\u2019action, de volonté tenace, de longue patience, de continuité dans les idées et de haute tenue morale.Mais vous, Ca- radiens-francais, trop peu connus de l\u2019étranger, n\u2019aviez-vous pas déjà d'inontré avec éclat les qualités foncières de notre peuple.Sous un rude climat, n\u2019aviez-vous point fait d\u2019un sol presque inhabité un territoire peuplé, d\u2019une terre inculte et désolée, un pays fertile et prospère?N°étiez-vous point le témoignage vivant de la vitalité de notre race et de la solidité de nos vertus françaises?Combien nous vous æ@ a8 o> - = = me.= L'UNION MEDICALE DU CANADA 41% devons de reconnaissance pour nous avoir rehaussés dans l\u2019esiire d» l\u2019univers, en nous rassurant nous-mêmes sur la valeur de notre nation \u2018 Français qu\u2019on accuse d'inconstance, nous avons pourtant à leg de quiconque la fidélité dans les sentiments, au point que les blessures sentimentales sont pour notre peuple les plus douloureuses.Il arrive même que le sentiment chez nous l\u2019emporte sur l\u2019intérêt, ou du moirs nous estimons souvent que notre intérêt est plutôt le bénéfice moral! d\u2019une noble idée que le profit d'un gain matériel.Dévoués aux justes c.uses, fidèles à la foi jurée, nous ne le sommes pas moins à nos ami- tice.Cette fidélité française dans l'affection, vous nous en avez donné toujours les plus touchantes assurances depuis que la politique sous a séparés de la mère-patrie.Pendant de longs siècles, la France et l\u2019Empire britannique se sout combattus un peu partout dans le vaste monde, sur les continents comme sur les mers.Aujourd\u2019hui ces deux puissänces sont heureusement amies et l\u2019amitié des peuples sait résister aux épreuves que parfois lui infligent les vicissitudes de la politique.Or, parmi les fils de l\u2019Empire britannique, devenus tous nos amis, vous êtes et vous avez été toujours, Canadiens-francais, des enfants chéris.Comment ne pas aimer ceux qui nous aiment si fidèlement?Comment ne pas aimer ces frères de race qui nous font tant d\u2019honneur?Comment ne pas aimer ceux qui parlent si purement notre langue, éprouvent nos sentiments, pensent nos idées?+ Et puis c\u2019est dans la peine qu\u2019on connaît ses amis.Ce fidèle amour de la France, ne venez-vous pas de le pousser jusqu\u2019au sacrifice héroïque?C\u2019est avec une profonde émotion que je me souviens encore d\u2019avoir entendu pendant la guerre, dans le grand amphithéâtre de la Faculté de médecine de Paris, l\u2019un des vôtres, M.de Martigny, proclamer avec les accents d\u2019une vibrante éloquence que vous vrniez d\u2019outre-mer vous dévouer avec joie pour le salut de notre pays.Enten- dez-vous, nous disait-il, le canon d\u2019Ypres?C\u2019est celui des Canadiens vos frères, accourus à travers l\u2019océan pour défendre le sol sacré de leurs ancêtres.Ils tombent pour le triomphe de votre cause, heureux de savoir que leurs os reposeront dans la terre maternelle du pays de la liberté! Tous ceux à qui fut donnée l\u2019heureuse fortune d\u2019entendre ces nobles paroles sentirent déborder dans leurs coeurs la reconnaissance et comprirent que de pareils liens entre les hommes ne sauraient se dénouer.Fréres de race et fréres d\u2019armes, c\u2019est le méme sang qui coule dans nos veines et c\u2019est le méme sang qu\u2019ensemble nous avons versé 418 \u2019 L'UNION MEDICALE DU CANADA pour la liberté des peuples et le salut de l\u2019humanité.Aujourd\u2019hui la paix nous trouve plus unis que jamais.Mais la paix n\u2019est pas le repos: c\u2019est le travail fécond.D\u2019autres combats nous appeller:, et c\u2019est'auesi coude à coude et coeur à coeur que nous devons désormais lutter contre les pires fléaux du genre humain: la maladie et la misère.Est-il cause plus noble, est-il idéal plus français?Ensemble nous mènerons ce bon combat et, tandis que le vert laurier couron- rera nos nouvelles victoires, nous goûterons à l\u2019unisson les fruits savoureux de la franche amitié.Petits-fils de France, Français du Nouveau-Monde, la France du vieux continent, votre arrière-patrie, salue avec fierté votre vigueur.Elle applaudit à vos succès et vous apporte ses voeux de prospérité.Soyez assurés de son maternel amour et, comme le petit enfan* dont parle le divin Virgile, à son sourire connaissez votre mère ! L'HONORABLE ATHANASE DAVID Secrétaire Provincial.Monsieur le doyen, C\u2019est une belle pensée celle qui, depuis déjà quelques années, réunit en de tels congrès, les médecins de langue française de l\u2019Amérique du Nord.C\u2019est une affirmation, où jamais n\u2019entra la moindre intention de défi, mais qui s'inspire, certes, d\u2019une légitime fierté; fierté d\u2019origine, dont il ne sied pas de s\u2019excuser puisque française, et qui prend ici, ce soir, il me semble, une expression particulièrement émouvante.En dépit de la séparation politique, un même fonds atavique et un même esprit nous forcent, irrésistiblement, à nous retrouver, de même que les courants s\u2019établissent naturellement, malgré les obstacles, et se transmettent dès que s\u2019apparentent, si j'ose dire, en profondeur aussi bien qu\u2019en altitude, des antennes sensibles.Vous le saviez, messieurs, qui êtes des savants, et ne vous en étonnez pas trop.Mais peut-être vous souviendrez-vous d\u2019un temps où les communications furent interrompues?Pendant longtemps nous fimes de vains signaux qui n\u2019étaient pas recueillis.Nous étions isolés.Soudain, il y a vingt, trente, quarante ans, on vit des hommes \u2014 il s\u2019en trouve ici ce soir, peut-être, \u2014 des médecins, anxieux et décidés, s\u2019ingénier à trouver le moyen de passer en France.Quelques-uns furent héroïques, tout simplement.Je sais l\u2019histoire de l\u2019un d\u2019entre eux qui s\u2019engagea, à bord d\u2019un transport lent, comme garçon-bouvier afin de gagner ainsi son passage.Ceux-là, messieurs, nous leur devons beaucoup; ce sont ces médecins, je le dis hautement, qui ont rétabli nos relations.Ils portaient l\u2019étincelle.A leur retour, notre vie sociale aussi bien que notre vie professionnelle s\u2019imprégna tout-à-coup de l\u2019enseignement qu\u2019ils rapportaient.Hautement convaincus, dès lors, du rôle admirable de la France dans le domaine scientifique, fiers de son goût littéraire comme de son sens artistique, ceux qui revenaient ne pouvaient que créer autour d\u2019eux cet atmosphère spirituel propre à l\u2019épanouissement de la pensée, de la délicatesse, et de l\u2019idéal français.C\u2019est ce qui fait aussi qu\u2019il n\u2019est pas de classe professionnelle mieux préparée à se comprendre, mieux faite pour s\u2019entendre, et plus apte, partant, à contribuer à l\u2019établissement d\u2019une durable liaison 420 : L UNION MEDICALE DU CANADA intellectuelle, liai-on dont les médecins restent les officiers.En effet, tous ont conservé avec leurs maîtres de France des relations qui, si elles n\u2019ont pas toujours été suivies, font que l\u2019on se reconnaît et s\u2019accueille en se revoyant.; .Et d\u2019avoir constaté cette féconde intimité entre vous, messieurs, est né l\u2019espoir, en train de se réaliser, que cela est aussi possible dans les autres domaines de l\u2019activité professionnelle.Au lendemain de la reprise des deux provinces où, pendant quarante-quatre ans, s\u2019était poursuivie une tentative quotidienne d\u2019assi- imilation, n\u2019est-il pas vrai que les deux éléments restés le plus profondément français étaient les vieillards, les hommes de 70 qui n\u2019avaient désespéré de revoir, un jour, le drapeau de leur enfance flotter de nouveau sur la cathédrale de Strasbourg; et les jeunes, que leur foi rendaient encore plus audacieux, et qui n\u2019hésitèrent pas, leur instruction à peine terminée, à se diriger vers le grand centre de la pensée et du génie français, Paris.Poussés par un besoin inextinguible, ils allaient se plonger en plein courant d\u2019intellectualité française pour retrouver le degré d\u2019affinement que leur origine leur faisait désirer ardemment.Et done la souffrance, chez les uns, et le désir de supériorité, chez les autres, firent que, d\u2019un élan spontané, malgré l\u2019étreinte du territoire, se tendirent vers le France les coeurs alsaciens-lorrains.Il n\u2019en va pas autrement ici.Mais souffrez que je n\u2019use pas inutilement le scalpel, et que je me fie plutôt à votre habitude du mi croscope ; je ne veux, tout au plus, que palper une seconde, avec votre touche, si je puis, messieurs les chiurgiens, non plus une plaie, mais une cicatrice.Le mal fut fait un jour de 1760 ; mais bientôt le peuple, déchiré et blessé à l\u2019âme, sut cependant se guérir grâce surtout à une habitude qu\u2019on dirait franççaise : l\u2019observance du traité qui les cédait, ct Pexigence des privilèges qu\u2019on lui concédait.Comme se font les opérations, cela se passa dans le calme et le silence, sans que les échos de votre presse en fussent même attristés.Et il arriva qu\u2019on perdit de vue le malade pour ne le retrouver que guéri, et épanoui de santé.N\u2019ayant rien de mieux à faire, nous avons suivi l\u2019axiome qu\u2019on vous applique, non sans malice : \u201cMédecin ! gué- ris-toi toi-même !\u201d ; Le désir de vivre hâta notre convalescence pendant que nous fortifiait, \u2014 si vous voulez toute la vérité, \u2014 un sentiment religieux profond et sincère.Nous réalisions, dès lors, ce que Louis Hémon, L'UNION MEDICALE DU CANADA 421 l\u2019auteur de notre première épopée, traduisit plus tard: \u201cCes gens-!à sont d\u2019une race qui ne sait pas mourir!\u201d Et nous nous devions à nous- même de le prouver ; nous étions restés ici \u201ccomme un témoignage\u201d.Comme*remède pour nous récupérer complètement, nous savions bien qu\u2019il aurait fallu une sorte de transfusion nous permettant du participer à votre surabondance de vie ; nous pressentions que, même à petit dosage, nous pourrions puiser dans votre littérature des princi- ves actifs.Mais nous n\u2019aurions pas même eu les prescriptions de votre Molière, n\u2019eût été l\u2019ardeur fiévreuse de quelques-uns qui, au cours de longues veilles, s\u2019appliquèrent à copier à la main les grands classiques.Et ceux qui, sans être vieux, ont quelque peu vieilli, vous diront, messieurs, que sans remonter plus loin que 1860, ou même 1865, alors que vous possédiez déjà de magnifiques éditions de luxe et des éditions populaires à portée de tous, c\u2019est dans des manuscrits, qu\u2019on se passait de main à main, qu\u2019on lisait ici Corneille, Racine, et que l\u2019on s\u2019amusait, messieurs les médecins, du \u201cMalade Imaginaire\u201d.Nous prîmes vivement conscience, dès lors, que si nous pouvions affirmer, au milieu d\u2019une population d\u2019une langue différente, la.supériorité de l\u2019intelligence française, c\u2019en serait fait du rêve de quelques assimilateurs voulant étouffer la minorité, ce qui, pour eur, soyons justes, voulait dire un Canada complètement anglais.Je me hâte d\u2019ajouter que, Dieu merci! ils sont aujourd\u2019hui nombreux les Anglais qui, témoignant d\u2019une fervente admiration pour l\u2019art, la littérature, la musique française, comprennent que nous nous acharnions a vouloir en faire comme un capital dont les bénéfices profitent non seulement à nous, mais à eux aussi pour le plus grand avantag- du Canada.Cette manie française seule peut expliquer que, placés comme nous l\u2019étions, éloignés, oubliés de vous, \u2014 vous ne m\u2019en voudrez pas de le dire sans amertume, \u2014 nous n\u2019ayons cessé de nous souvenir, et nous ayons duré pour le plaisir peut-être de durer, et que, lorsque vous revenz, nous puissions vous dire dans une langue qui est bien la vôtre, malgré qu\u2019elle ait conservé, direz-vous, certains archaïsmes, certaines formes anciennes, certains mots usagés que l\u2019on n\u2019enteud plus sur le boulevard, mais que l\u2019on y a que trop remplacés, dans une langue, dis-je, que vous entendrez puisqu\u2019elle trouve naturellement les mêmes mots d\u2019accueil, le même accent simple et cordial qui doit vous donner l\u2019illusion d\u2019être entrés dans une bonne vieille maison normande : \u201cAsseyez-vous.messieurs ! Il y a longtemps que \u2019on vous attend!.\u201d 422 L'UNION MEDICALE DU CANADA Pour le plaisir de vous dire aujourd\u2019hui ces simples mots, sonrez qu\u2019il y a 160 ans que nous luttons ! Mais une précision ne laisse pas ici d\u2019être à propos, et vous intéressera peut-être : Notre ascension vers les sommets fut lente et difficile; pénible, cette montée vers l\u2019acropole de la supériorité.C\u2019est que la fortune ne nous vînt pas par surcroît à nous qui, un siècle durant après la conquête, nous étions consacrés corps, âme et intelligence, à la sauvegarde du patrimoine national que nous ne voulions pas abandonner.Mais aujourd\u2019hui, de grâce regardez! Oh! n\u2019allez pas craindre que j'aille, indiscrètement, faire de comparaisons.Mais je vous prie, tout simplement, des hauteurs où vous vous tenez, de regarder dans la plaine, Québec, aux, prises avec son désir de ne céder le pas à qui que ce soit, sur ce continent, dans le développement de l\u2019intelligence de son peuple.Je me garderai d\u2019amplifier sachant que je m'adresse à des esprits embrassant rapidement une synthèse.Mais qu\u2019il me suffise de vous indiquer le mouvement et la vie d\u2019en bas.Il semble que c\u2019est véritablement le règne de l\u2019esprit qui commence.La fortune, que nous détenons maintenant, nous permet les initiatives les plus inespérées.Qui aurait cru possible, en un pays d\u2019Amérique, institution par le gouvernement d\u2019un prix de littérature?L\u2019instruction progresse dans le peuple; la curiosité intellectuelle s\u2019affirme de plus en plus, en même temps que les tendances artistiques.Et voyez ce flot de jeunes gens, de plus en plus nombreux, qui se dirigent chez vous, vers le foyer de la science.IL y avait, à Paris, l\u2019an dernier, 125 jeunes étudiants canadiens, dont 120 de la province de Québec.De ce nombre étaient les boursiers du gouvernement.Et voici que, grâce à la vision d\u2019un homme à l\u2019âme et à l\u2019intelligence clairement française, l\u2019hono- 1able Alexandre Taschereau, premier-ministre de la province, le nombre des bourses est augmenté; de sorte que, chaque année, 10 jeunes gens iront, dans vos grandes universités, étudier qui le droit, qui les sciences, qui les lettres, les arts, ou la médecine.Et je dois vous dire que la part est faite plus que généreuse aux médecins.De tous les boursiers, ce sont actuellement les plus nombreux.Je m\u2019en voudrais de ne pas noter, en passant, que nos collèges classiques et'nos universités envoient constamment de jeunes ecclé- slastiques se former là-bas comme professeurs.Ai-je besoin de dire les avantages qu\u2019offre, à tous points de vue, cette migration en masse d\u2019une brillante élite?Ai-je besoin d\u2019insister Pr =~ L\u2019UNION MEDICALE DU CANADA 423 sur le fait que tous ces jeunes gens, qui façonneront notre avenir, auront votre âme et votre esprit, et qu\u2019à leur retour, ils tiendront si haut le flambeau de la culture française que le peuple entier marchera à leur suite?Mais nous avons fait plus.Chaque fois que, dans nos maisons d\u2019enseignement supérieur ou technique, nous avions besoin d\u2019éléments pédagogiques que, sans fausse honte, nous reconnaissions ne pas posséder encore, et pour cause, nous sommes allés tout droit frapper chez vous.Dans un autre domaine encore, celui du théâtre qui, à condition d\u2019être sain, constitue un des meilleurs moyens d\u2019éducation qui soit, nous n\u2019avons pas hésité non plus, au prix de sacrifices financiers considérables, à assurer enfin le règne du théâtre français dans notre province.Ce n\u2019est pas à dire que cette suprématie intellectuelle que nous cherchons nous fasse négliger le domaine pratique.Tout au contraire, les nôtres, vous le constaterez, s\u2019y trouvent de plus en plus à l\u2019aise.Et pour prouver que nous n\u2019y sommes pas, non plus, arriérés, je n\u2019aurais qu\u2019à citer l\u2019achat récent d\u2019un gramme de radium par le gouvernement de la province.En somme, messieurs, le blé jeté en terre, il y a trois siècles, a bellement mûri, et ceux qui le jetèrent d\u2019un geste courageux, s\u2019ils pouvaient voir, trouveraient sûrement que la moisson dépasse aujour- d\u2019hui leurs plus fiévreuses anticipations.n C\u2019est, je crois, le plus bel hommage que nous puissions rendre À ceux dont le dévouement inspira un passé dont nous sommes légitimement fiers, et prépara un avenir dont nous sommes raisonnablement assurés.Que je précise cet hommage, vous le comprendrez et me le pardonnerez, car il me semble que c\u2019est quasi un devoir.Quand vous serez retournés, et que l\u2019on vous demandera, messieurs, à quoi tient la persistance de notre attachement intellectuel français, voulez-vous, s\u2019il vous plaît, dire que la femme de chez nous, la mère canadienne, fut toujours comme la femme de France durant la grande tourmente, l\u2019instigatrice du plus pur patriotisme et la consolatrice des plus grandes afflictions.L\u2019humble paysanne de chez nous, aussi bien que la femme de haute famille, sentit dès le premier jour, et sait encore, Dieu merci! comme ce pays a le droit de compter sur elle.\\ 424 L'UNION MEDICALE DU CANADA A côté d\u2019elle, notre reconnaissance embrasse dans le même hommage, le prêtre.Quand vos ancêtres reprirent le chemin de France, ils étaient Lien modestes nos hameaux, nos bourgs, nos villages ; mais ils étaient bien modestes aussi ceux-là du clergé qui restaient avec nous.Hommes du peuple, ils comprenaient le peuple; ils s\u2019unirent à lui, l\u2019instruisirent, le consolèrent, le dirigèrent.Et c\u2019est pour cela, c\u2019est à cause de l\u2019effort puissant dans le passé, et encore aujourd\u2019hui, dans nos collèges classiques et nos universités, c\u2019est à cause de leur effort persistant, constant, qui nous tient dans les limites d\u2019une saine tradition, que méme le plus noble des Castillans, devant eux, ferait comme nous, et n\u2019hésiterait pas a se décou- Vrir.| Pour qu\u2019un peuple existe, il faut des hommes; pour qu\u2019il survive, il faut l\u2019instruction.| Or la femme a voulu que nous existions; et le prétre a fait que nous survivions ! Exister, pour un peuple comme pour un individu, ce n\u2019est encore qu\u2019aller au hasard des heurts et des chocs sans réagir.Mais vivre, c\u2019est organiser la défense sociale, nationale et politique, de telle sorte que l\u2019existence se déroule, en son ensemble, dans un ordre déterminé par des actes et une résistance active.C\u2019est l\u2019argument positif.d\u2019une famille nationale, si l\u2019on veut, qui affirme son respect du passé.et la légitimité de ses droits sur l\u2019avenir.Regardez, messieurs, et dites si je n\u2019ai pas le droit d\u2019affirmer que nous vivons ?Et nous vivrons, grâce à une communion plus intime avec votre âme et votre génie, grâce à des relations plus suivies entre nous.Votre présence ici, qui nous réjouit profondément, en est l\u2019heureux augure.Le petit peuple que nous sommes y trouvera, sans doute, le plus grand avantage; mais le grand peuple que nous serons en éprouve, dès maintenant, une vive reconnaissance envers le cher et grand pays que ne cessera jamais d\u2019être la France.Elle ne saurait être médiocre, a-t-on dit.Nous voulons prouver que nous tenons d\u2019elle.Et comme l\u2019on s\u2019est étonné parfois, tant on avait accoutumé de la voir penchée sur quelque faiblesse, de voir la France se redresser, allez dire, messieurs, que comme elle aujourd'hui VoUS nous avez trouvés vivants, debout ! LE PROFESSEUR ARTHUR ROUSSEAU Doyen de la Faculté de Médecine Laval, de Québec.La Faculté de Médecine de Québec est profondément touchée de l\u2019acte de courtoisie, dont je m\u2019empresse de remercier le Président de notre association, qui me vaut l'honneur de saluer ici ce soir la venue des Maîtres illustres que la France nous a délégués.Jamais elle ne nous aura témoigné avec plus d\u2019éclat l\u2019attention qu'elle daigne accorder aux efforts faits par les Ecoles de Montréal et de Québec pour établir, sur le continent américain, des foyers de culture scientifique française.Nous devons à l\u2019amitié généreuse de la France pour le Canada français, plutôt qu\u2019à notre mérite, la faveur d\u2019une aussi brillante délégation, et nous lui en sommes vivement reconnaissants.Si honorés et si réjouis pourtant que nous soyions de votre présence, Messieurs les Délégués, nous ne nous défendrions pas de sentiments de gêne et de regret à la pensée des fatigues que vous avez supportées et des sacrifices que vous avez faits pour venir à nous, si nous vous laissions retourner sans vous pénétrer de l\u2019importance de votre mission.Elle sera, je l\u2019espère, de la plus haute portée dans les destinées de ces deux petites écoles médicales de la province de Québec, qui, bien simplement, sans aucune prétention, vous font part de leurs grandes ambitions.Je n\u2019ai quelqu\u2019autorité que pour vous parler de l\u2019Ecole de Québec.Mais je ne vous dirai rien qui ne reçoive, j'en suis sûr, l\u2019entière approbation de mes Collègues de Montréal.Les deux Ecoles de Montréal et de Québec sont nées d\u2019un même idéal patriotique.de la même volonté d\u2019assurer dans un développement supérieur la survivance de la race française en Amérique; et pour l\u2019accomplissement de cette oeuvre, elles forment une association fraternelle qu\u2019aucune divergence de pensée ou de sentiment ne saurait jamais rompre, et il importe qu\u2019elles soient unies ainsi, sans cependant se confondre, pour qu\u2019une noble émulation les fasse sans cesse s\u2019empresser vers des réalisations supérieures.Mais ne pouvant créer d\u2019elles-mêmes cette supériorité à laquelle elles aspirent, elles sont forcées d\u2019aller l\u2019emprunter ailleurs.Notre histoire témoigne que, pour assurer leur développement numérique, les Canadiens-français n\u2019ont aucunement besoin des doctes 426 L'UNION MEDICALE DU CANADA conseils des Facultés Etrangères; mais ils reconnaissent volontiers que, dans l\u2019ordre intellectuel, ils ne sauraient progresser dans l\u2019isolement; et, depuis la fondation de nos Universités surtout, chaque année s\u2019accroît la théorie de nos pèlerins qui vont, spécialement auprès de votre Faculté de Paris, demander accès aux sources fécondes du génie français.Ainsi, Messieurs les Délégués, avez-vous été jusqu\u2019ici nos éducateurs, avez-vous fourni pour nos institutions des modèles suivant lesquels nous avons commencé à les édifier, suivant lesquels nous prétendons les développer.Nous avons donc déjà contracté vis-à-vis de vous une dette immense que la reconnaissance de vos milliers d\u2019élèves canadiens proclame aux échos fidèles de ce vaste pays.Cependant nous allons vous demander plus encore dans l\u2019avenir que vous ne nous avez gratuitement donné dans le passé.Les relations existantes entre les écoles françaises, spécialement l\u2019école de Paris et les écoles canadiennes-françaises doivent, dans l\u2019intérêt commun se développer et se resserrer davantage.Les grandes institutions américaines nous invitent à nous initier à leur savoir, et, plus près de nous, nos compatriotes de langue anglaise mettent gracieusement à notre disposition, les vastes ressources de leur organisation universitaire.Mais, tout en appréciant les avantages qu\u2019ils nous offrent, nous ne voulons pas dépendre uniquement d\u2019eux pour notre culture supérieure; j\u2019ajoute que nous ne le pouvons pas, car le sentiment des générations qui se sont succédées depuis la conquête anglaise nous domine.Le sort en est depuis longtemps jeté; aussi bien que notre sang, notre esprit sera de pure formation française.Des affinités irrésistibles nous attirent à vous.N°est-il pas naturel que, par un courant de sens contraire, vous ne veniez à nous avec une attraction égale, quelqu\u2019indignes que nous en soyions individuellement.Près d\u2019un siècle et demi d\u2019une séparation politique définitive, Français de France et Canadiens-français, nous nous retrouvons unis comme au premier jour, dans le culte des souvenirs qui nous sont communs pour la plus grande partie de votre histoire et de la nôtre, dans la fidélité aux traditions, dans la continuité des moeurs qui font le charme de notre civilisation latine.Votre patrie sans doute n\u2019est plus la nôtre, votre patrie terrestre ; mais, dans les sphères supérieures la France et le Canada français ne se doivent plus distinguer; il n\u2019y L'UNION MEDICALE DU CANADA 427 a qu\u2019une France: Français et Canadiens-français se confondent dans une entité spirituelle qui est la grande âme, l\u2019âÂme collective de la France.Aussi sommes-nous véritablement des frères.Mais vous êtes les grands frères et, à ce titre vous n\u2019êtes pas sans quelqu\u2019obligation de pourvoir à notre développement.Nous vous prions de nous aider sans craindre d\u2019être indiscrets ou de blesser des susceptibilités quelconques.L'esprit souffle où il veut; lorsqu\u2019il vient de France, il souffle où il doit; et vous voyez bien que le domaine où nous nous plaçous est naturellement dans la sphère d\u2019influence française.Ainsi se trouve justifiées à la fois par des raisons de sympathies et de nécessité les relations que nous osons vous demander de resserrer entre la glorieuse Université de Paris et nos modestes institutions.Comment le sort de nos Universités serait-il indifférent aux Universités françaises?Qu\u2019on y consente ou pas, nous sommes, par une volonté qui désormais ne saurait fléchir, les représentants de la culture française en Amérique.Bien qu\u2019elle y brille d\u2019un éclat incomparable à votre passage, Messieurs, c\u2019est par nous seuls qu\u2019elle jettera une lumière permanente sur ce continent et le prestige du génie fran- .çais s\u2019y trouve subordonné à notre développement.Aussi croyons-nous que la France se doit à elle-même plutôt qu\u2019elle ne nous le doit, de favoriser nos oeuvres intellectuelles, de les soutenir moralement de son crédit, de les animer de son souffle.Pour devenir les fidèles interprètes de la science médicale française et surtout pour s\u2019associer à sa gloire, nos écoles de Médecine, nous le savons mieux que personne, demandent une longue préparation.Elles ne se sont guère appliquées jusqu\u2019à présent qu\u2019à un travail de vulgarisation.L\u2019expérimentation scientifique y a été à peu près nulle, de même l\u2019observation originale poussée au delà des limites des connaissances acquises.Mais voilà que depuis quelques années un esprit nouveau se révèle.25 ans trop tard! Nous étions devancés pas nos émules de langue anglaise.Trop confiants dans les méthodes, certes éprouvées et qui furent excellentes dans un autre âge, nous nous étions immobilisés dans un enseignement qui, au cours da progrès, avait cessé de répondre aux besoins d\u2019une formation scientifique.Nous n\u2019acceptons pas cette infériorité ; notre fierté de race se révolte à l\u2019idée que nous occuperions ici une position subalterne dans 428 L'UNION MEDICALE DU CANADA l\u2019ordre intellectuel.Aussi voyez le magnifique sursaut d'énergie française dont nos collègues de l\u2019Université de Montréal nous donnent le spectacle.1l leur a suffi d\u2019une année pour rebâtir leur école, en transformer l\u2019organisme et la pourvoir matériellement d\u2019une façon à peu près complète.Québec les suivra cette année même dans cette voie.Mais Montréal sait aussi bien que Québec que c\u2019est en hommes d\u2019abord et surtout que se fonde une école.Aussi de part et d\u2019autre rivalisons-nous d\u2019activité dans la recherche des maîtres futurs de nos facultés renouvelées, professeurs de carrière et praticiens entraînés à l\u2019observation scientifique.Nous confions à la sollicitude des maîtres français ces jeunes gens qui vont représenter auprès de vous, Messieurs, nos espérances d\u2019avenir et portent en même temps la fortune de la pensée française en Amérique.Faites d\u2019eux, nous vous en prions, des disciples dignes de vous, afin que dans dix ans, dans vingt ans, ils reprennent, amplifiée à votre mesure, la tâche incomplète que nous aurons remplie en les attendant.Nous demandons bien encore aux écoles francaises de nous guider dans nos organisations matérielles, dans l\u2019élaboration de nos méthodes; mais, je le répète, nous attendons principalement d\u2019elles que, dans une coopération réelle, intéressée à nos oeuvres universitaires, elles s'appliquent avec soin à nous former des maîtres, à nous en prêter même au besoin.Certes vous nous avez jusqu\u2019à présent, vous avez comblé nos élèves de tant de bienfaits qu\u2019il semblerait juste enfin d\u2019épargner votre bienveillance.Mais les nobles paroles que vous prononciez, monsieur le professeur Achard, à la séance d\u2019ouverture de ce congrès, excusent d\u2019avance les exigences de nos ambitieuses écoles.Vous disiez: \u201cIl arrive que le sentiment chez nous l\u2019emporte sur l\u2019intérêt, ou du moins nous estimons souvent que notre intérêt est plutôt le bénéfice moral d\u2019une noble idée que le profit d\u2019un gain matériel\u201d.Nous abusons peut-être de ces dispositions généreuses.mais ce ne sera pas du moins sans vous donner l\u2019assurance que nos écoles de Montréal et de Québec, s\u2019appropriant votre idéal, vont s\u2019orienter vers les sommets que vous nous montrez, où elles rêvent de reproduire, de prolonger dans l\u2019espace les gestes glorieux de la France. Le Professeur de LOTBINIERE HARWOOD Doyen de la Faculté de Médecine de l'Université de Montréal.Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, Messieurs, Voici déjà que nos travaux touchent à leur fin.Un Congrès de ce caractère, groupant des hommes qu\u2019une étude constante a dès longtemps préparés, constitue une précieuse collaboration.N°est-ce pas une sorté d\u2019examen professionnel, librement institué et subi, et dont la matière est l\u2019expérience acquise au cours des années de recherches isolées ?Science d\u2019observation, la Médecine se nourrit de la pratique et des applications que la réalité impose.C\u2019est un combat de tous les instants que nous conduisons par devoir d\u2019état contre les manifestations de la souffrance humaine.L\u2019art nous retient ainsi, comme attachés aux circonstances et aux faits qui le sollicitent.Devant la maladie notre préoceupation quotidienne est l\u2019action.Il est bon que l\u2019esprit s\u2019arrête de temps à autre et réfléchisse sur les résultats ainsi obtenus par la pratique de chaque heure; que les constatations faites par les spécialistes soient comme réunies en faisceau et prennent la force de principes; que la doctrine s\u2019élabore sur les données que fournissent les tâches individuelles victorieusement accomplies.Voilà pourquoi nos réunions révèlent une parfaite unité d\u2019idéal sous la diversité des opinions; et pourquoi nous réalisons, dès le moment où nous nous rencontrons, l\u2019harmonie nécessaire aux grandes oeuvres.Malheureusement, le temps est court que nous pouvons consacrer à ces entretiens.Praticiens, l\u2019art nous réclame.A la joie du travail poursuivi en commun, à la satisfaction éprouvée au service de la science pure, l\u2019appel de la fonction met trop vite un terme et mêle au noble plaisir que nous partagions le regret de la séparation.Pourtant les congrès ne finissent pas sur de stériles adieux ; ils ne doivent pas aboutir à de simples formules gravées dans des résolutions.Ayant cherché à établir des principes et à dégager des théories, ils doivent s\u2019en remettre à d\u2019autres de continuer leur tâche et de la mener à bien.L\u2019enseignement universitaire, qu\u2019il tombe de la chaire 430 \u2019 L'UNION MEDICALE DU CANADA ou qu\u2019il naisse de la clinique, reçoit mission de les prolonger.J°Université demeure le centre qui conserve et perpétue notre pensée.Aussi est-ce sans doute pour cela que vous avez convié des professeurs à vos assises, et que vous avez confié ce soir, à des doyens d\u2019université l\u2019honneur d\u2019exposer devant vous les réalisations et les espoirs de notre enseignement professionnel.Parlant au nom de la Faculté de Médecine de l\u2019Université de Montréal, vous comprendrez que mon premier mot soit à l\u2019éloge de la science française.Cette science nous faisons mieux que la vanter par des paroles qui passent ; nous la mettons en oeuvre, et il suffit de parcourir nos salles de cours, de regarder les titres qui voisinent sur les rayons de nos bibliothèques, d\u2019interroger les certificats d\u2019origine de nos appareils, de suivre sous des écritures, souvent rébarbatives, la Lature de nos prescriptions, d\u2019observer l\u2019ensemble de nos méthodes et d\u2019écouter nos professeurs comme de les retrouver dans leurs initiatives, pour comprendre que notre attachement n\u2019a rien de platonique mais qu\u2019il se révèle dans toutes nos activités et depuis des années.Des facteurs qu\u2019il est inutile d\u2019analyser bien longuement ont marqué notre jeune nation canadienne de caractères ethniques fortement accusés.Mais la communauté de la langue et notre lointaine origine, aussi bien que nos sympathies nous attachent à l\u2019école de médecine française.Et nous avons essayé d\u2019un effort soutenu, après en avoir reconnu sur place, la supériorité, d\u2019en maintenir ici les meilleures traditions.C\u2019est done avec une émotion bien compréhensible que je salue à mon tour, au nom de notre Faculté de Médecine, les éminents reprê- sentants de la France à notre Congrès.Nous sommes profondément touchés de leur sympathie, et heureux du concours qu\u2019ils ont bien voulu nous apporter.Leurs noms les avaient précédés chez nous: et nous les avons retrouvés comme d\u2019anciennes connaissances.Leurs oeuvres ont été commentées du haut de nos chaires et le meilleur d\u2019eux-mêmes, leur pensée, a été depuis longtemps avec nous.Leur présence à nos réunions aura pour conséquence d\u2019ajoutér encore à leur influence.Nous les citerons désormais avec la mémoire du coeur.Nous ne sommes que d\u2019hier et nous avons dû vivre d\u2019abord et durer.Et si nous l\u2019avons fait, du moins je l\u2019espère, avec le secours du médecin, nous n\u2019atons pu que plus tard nous arrêter à organiser l\u2018enseignement sur de larges bases.Ceux qui connaissent la vie des L\u2019UNION MEDICALE DU CANADA , 481 pays neufs savent quel effort de préparation il faut mener avant de songer de jeter en terre la fleur des grandes civilisations.Après les difficultés inhérentes à tout début, nous avons pu grouper les énergies éparses et constituer, il y a un demi siècle, la Faculté de Médecine que j'ai l'honneur de représenter ce soir aan milieu de vous.Les progrès furent rapides.Au moment où en 1919, nous nous séparions de la vieille Université Laval de Québec, et désormais indépendants nous prenions le soin de nos propres destinées, notre tâche nous apportait déjà de nombreuses et solides satisfactions.Nos cadres étaient tracés, nos cours organisés, nos cliniques multipliées.Chaque année notre Faculté délivrait ses diplômes à des médecins de langue française qui allaient exercer au sein de divers groupes de notre population.Les oeuvres sociales ont trouvé en eux des concours assurés.On les retrouve dans les hôpitaux, les dispensaires, les zouttes de lait, heureux de se dépenser sans compter.C\u2019est le cas ou jamais de le dire, plus préoccupés de leur belle fonction que de leurs intérêts personnels, plus fiers du témoignage de leur conscience professionnelle que de la fortune qu\u2019ils auraient pu amasser.: Je me refuse, pour ma part, à faire commencer notre Faculté à l\u2019année 1919.Si les circonstances nous ont alors puissamment aidés, si nous avons pu accomplir davantage à partir de ce moment, il ne faut pas oublier que ce succès n\u2019eut pas eu lieu si des professeurs, pendant les années précédentes, n\u2019avaient pas apporté leur science et leur dévouement inaltérable à la constitution d\u2019une faculté et à son organisation.Nous avions autrefois des rêves que nous avons réalisés depuis; mais nous possédions des réalités qui subsistent aujourd\u2019hni, D\u2019ailleurs plusieurs de nos maîtres avaient depuis 1890, pris la route de Paris, et leur apport avait été considérable pour nous.Comment oublierai-je également ce que nous apportait en prestige et en autorité l\u2019Université Laval de Québec) Cette Université demeure notre mère.La séparation n\u2019a rien brisé des liens de cordialité qui nous unissent.Indépendants.nous entendons respecter le foyer même de notre origine; et nous prions, en toute sincérité, l\u2019Université de Québec de nous faire l\u2019honneur d\u2019accepter avec notre admiration toujours vive et notre respect, notre filiale collaboration.Un fait brutal, l\u2019incendie, orienta notre nouvelle carrière.Je crois que je puis risquer cette vérité.Aussitôt après, un appel puissant fait au neuple canadien-français, donnait à l\u2019Université une large part des ressources qui lui avaient manqué jusque là. 432 .L'UNION MEDICALE DU CANADA Ce fut un beau mouvement national.Dévoué aux choses de l\u2019instruction, le gouvernement de cette province, représenté ce soir par un de ses membres les plus distingués et sincère ami de notre cause, l'honorable Athanase David, voulut apporter son appui à l\u2019oeuvre universitaire: il joignit sa subvention aux fonds recueillis auprès du grand public.Il vient encore par un geste non moins généreux de confier à notre Université un gramme de Radium, ce qui permet à nos savants de faire des travaux de recherches dont les conséquences méme économiques pourraient être considérables, et assure à nos hôpitaux et dispensaires l\u2019émanation nécessaire aux applications thérapeutiques dont on attend tant de bien.C\u2019est la première fois que j'ai l\u2019occasion de rappeler ces initiatives; el je désire, au nom de la Faculté de Médecine, exprimer à tous ceux qui se sont portés vers nous et qui ont ainsi compris l\u2019importance pour cette race de l\u2019enseignement professionnel, les sentiments de vive reconnaissance que nous leur gardons.Deux opinions se heurtaient au lendemain de cette souscription, fallait-il construire aussitôt une nouvelle université ou attendre et organiser d\u2019abord l\u2019enseignement ?D\u2019une part, les bouleversements de la vie économique avaient provoqué une formidable augmentation des prix; d\u2019autre part, des réformes paraissaient essentielles à ceux qui désiraient le progrès de l\u2019instruction supérieure.D\u2019accord avec les souscripteurs, la cuns- truction fut momentanément retardée et les autorités universitaires, tout en reportant vers l\u2019avenir les travaux qu\u2019elles eussent aimé poursuivre tout de suite, décidèrent sagement d\u2019aller au plus pressé et d\u2019augmenter autant que possible nos facilités d\u2019enseignement.La Faculté de Médecine reçut sa bonne part des deniers ainsi réservés à l\u2019instruction ; car on comprit en haut lieu, toute l\u2019importance, toute la portée sociale de l\u2019enseignement médical.Une Faculté des Sciences fut d\u2019abord créée, à qui nous pouvions confier les nouvelles directions.Cette faculté, parfaitement autonome mais intimement liée à la faculté de médecine, puisque nous y retrouvons comme professeurs plusieurs de nos collègues, accepta d\u2019organiser le P.C.N.et de recevoir les élèves inscrits à notre année prémédicale.C\u2019était porter à six ans la durée de nos études.Nous n\u2019avons pas hésité à le faire, quoique nous sachions d\u2019avance que cette attitude exigerait de nous certains sacrifices.Je ne crois pas que l\u2019on puisse L'UNION MEDICALE DU CANADA 433 exagérer l\u2019importance des travaux scientifiques comme préparation à l\u2019exercice de la médecine.L\u2019étude de la physique, de la chimie, de la biologie, des sciences naturelles doit être à la base même de nos recherches professionnelles.Ainsi l\u2019a compris l\u2019Université, et avec raison.Nous avons fait de même et, depuis deux ans près de 90 élèves suivent chaque année les cours spéciaux de la Faculté des Sciences.Ils peuvent ainsi parfaire à loisir leurs connaissances en physique et en chimie; et se préparer à l\u2019étude de la physico-chimie en laquelle tant d\u2019excellents spécialistes placent aujourd\u2019hui la plus grande confiance.Ils peuvent encore approfondir la biologie et la botanique et poursuivre en ces deux sciences, d\u2019intéressants travaux d\u2019application.C\u2019est, pour le dire en passant, à un maître de l\u2019enseignement français, M.Dalbis, que nous avons confié la biologie; et je me plais à rendre hommage à son esprit de décision comme à sa fermete d\u2019organisation.Il a, pour lui appliquer un mot qui lui est familier, rempli chez nous le rôle de catalysant.La fondation de ces cours est encore récente; mais déjà nous en apprécions les effets.Nos élèves de première année médicale sont mieux préparés, plus disposés à comprendre l\u2019enseignement pratique, plus ouverts à la méthode scientifique.Je n\u2019hésite pas à croire que la nouvelle génération de médecins que nous allons former bénéfi- ficiera singulièrement de cette addition au programme général de nos études.L\u2019installation des laboratoires a retenu également tout notre attention.Nous n\u2019avons pas cherché à organiser, à coup d'argent, des laboratoires de luxe où il y a trop de choses pour qu'on y place par surcroît le travail sérieux.Nous avions un plus sûr modèle à suivre, pour nous abandonner complètement à certaines extravagances.Le laboratoire français est modeste et tout entier disposé vers la pratique et l\u2019enseignement.C\u2019est ce que nous avons voulu réaliser.Nous n\u2019avons pas non plus cherché à multiplier les laboratoires de recherches ; cela viendra à son heure.Pour le moment, nous formans des professionnels.Si toutefois quelques-uns de nos élèves désirent pousser d\u2019avantage leurs études, aborder la recherche, faire des travanx d\u2019analyse ou de synthèse, nous serons heureux de les y aider ; mais ces savants en herbe ne poussent qu\u2019en bonne terre, déjà préparée ct fécondée.Nous sommes, pour l\u2019instant, une faculté d\u2019enseignement.Nous avons profité des travaux de reconstruction pour réclamer et obtenir plus d\u2019espace.Vous avez pu visiter notre salle de dissection, nos salles d\u2019anatomie que nous améliorons cette année même, 434 L'UNION MEDICALE DU CANADA nos laboratoires de physique, de chimie, de biologie, de bactérivlogie, de physiologie.ll s\u2019est accompli là, depuis deux ans, un travail sérieux dont le mérite revient à nos chefs de service et à leurs dévonés assistants.Modeste, notre ambition est satisfaite, si notre désir de faire mieux encore n\u2019est pas assouvi.Et certaines comparaisons que nous avons pu établir, même avec nos voisins immédiats, n\u2019ont pas toujours été à notre désavantage.Quant à la spécialisation professorale, elle nous a toujours paru être, pour nous, d\u2019une importance capitale.Nous ne pouvons pas tout demander à la fois à nos professionnels.Chez nous, comme ailleurs, la vie pratique commande et l\u2019existence même pose ses exigences.Nous avons procédé longtemps comme procédalent autrefois les universités américaines, mênre celles-là qui, aujourd\u2019hui ont un certain renom.Nous avons demandé au praticien de se faire professeur.La plupart du temps, son expérience acquise dans l\u2019exercice de sa profession, lui permettait de donner des leçons pratiques.Il joignait d\u2019ailleurs à son enseignement tous les dévouements.Sa tâche était difficile, souvent ingrate, et nous serions mal venus à lui offrir en retour autre chose qu\u2019un témoignage d\u2019admiration.A leurs côtés, nous désirons placer le spécialiste et, autant que faire se peut, le professeur de carrière.Pour cela, nous encourageons fortement nos jeunes gens à aller parfaire leur étude sous des maîtres, en France particulièrement.Déjà plusieurs sont partis d\u2019eux- mêmes.(Combien depuis 1890?un grand nombre sûrement.Depuis trois ans, notre gouvernement provincial distribue des bourses d\u2019étude dont nos jeunes médecins ont profité dans une bonne mesure.Sur les 120 étudiants qui sont actuellement à Paris, il y en a 50 au moins qui sont des médecins.Un mouvement intéressant se dessine ainsi, dont l\u2019enseignement professionnel et, par contre-coup, notre population tire son profit.Certes, tous ces étudiants en terre lointaine, ne pourront pas être attachés à notre faculté dès leur retour au pays; mais nous trouverons parmi eux, demain ou plus tard, les spécialistes, maîtres de leur science, excellents professeurs du type de ceux que nous possédons déjà et que la France nous a rendus.Puissent les Universités de Franc: nous aider à former ces hommes précieux pour notre oeuvre. L'UNION MEDICALE DU CANADA .435 Nos jeunes gens qui vont chercher en France les éléments d\u2019une culture supérieure, constituent, revenus au Caanada, de véritables témoins.La science française ne saurait se désintéresser de cette influence qu\u2019elle peut exercer pour le bien.Les quelques difficultés que nos étudiants ont rencontrées ne sont souvent que des difficultés d\u2019ordre administratif.Sans demander un régime de faveur pour les nôtres, nous estimons que leur caractère français et le but qu\u2019ils rêvent d\u2019atteindre en allant étudier en France leur doit gagner toutes les agissantes sympathies des autorités.Voilà, Messieurs, ce que nous avons accompli avec le concours de nos professeurs et des amis de notre Université.Dois-je ajouter que nous ne sommes pas sans savoir qu\u2019il y a encore beaucoup à faire?Nous nous plaisons cependant à recueillir l\u2019encouragement que veulent bien nous donner ceux qui ont suivi nos progrès.Hier, la Foundation Rockefeller, en des termes non.équivoques, exprimait sa satisfaction et décidait de nous accorder encore son assistance pour l\u2019avenir.Comment serions-nous indifférents à ce témoignage, et je saisis avec empressement l\u2019occasion qui s\u2019offre d\u2019exprimer à la Foundation Rockefeller notre profonde gratitude.Ainsi encouragés nous allons poursuivre notre tâche avec ardeur, et rendre pleine justice, nous l\u2019espérons, à nos élèves aussi bien qu\u2019à la profession à laquelle ils se destinent.© BULLETIN Le 7ème Congrès des Médecins de Langue Française à Montréal, les 7, 8 et 9 Septembre 1922 Après le magnifique congrès que nous avons eu à Montréal et qui a groupé un si grand nombre de médecins, il ne reste plus qu\u2019à tirer les conclusions qui s'imposent.lin premier lieu, nous devons des félicitations aux organisateurs de ce congrès, en particulier au président, le Dr Dubé, ainsi qu\u2019au secrétaire le Dr St-Pierre, et au trésorier le Dr Aubry.Le programme à été suivi avec ordre, l\u2019intérêt ne s\u2019est pas ralenti un seul instant, et le ton des communications et des discussions a créé la meilleure impression chez tous les auditeurs.Pour la première fois les rapports généraux ont été imprimés et distribués aux membres à l\u2019ouverture du congrès.Nous avions même entre les mains le texte des communications qui devaient être lues à chacune des séances.Les rapports généraux ont été remarquables de précision.Les rapporteurs ont fait les commentaires utiles, illustrés de transparents qui facilitaient leur tâche et augmentaient l\u2019intérêt pour les auditeurs.Le travail dans les hôpitaux a démontré une fois de plus l\u2019importance des travaux pratiques et des observations cliniques.Ceci est une orientation nouvelle dont nous devrons tenir compte à l\u2019avenir.ll en est du médecin comme de l\u2019élève.Ce qui- l\u2019intéresse et l\u2019instruit, c\u2019est, avant tout, le malade dons les aspects si variés sont autant d\u2019énigmes à résoudre.Les helles dissertations appartiendront bientôt à l\u2019histoire.L?éloquence du fait est plus féconde que 1\u2019éloquence du verbe.Enfin, nos relations avec la France sont devenues plus étroites, grâce à la brillante délégation française présidée par le professeur Achard, et composée des docteurs Ombrédanne et Desmarest, agréés de la Faculté de Médecine de Paris, chirurgiens des hôpitaux, du docteur Gastou, chef des travaux pratiques à Saint-Louis, du Dr Pinard, médecin des hôpitaux, et du Dr Guinez, spécialiste renoramé à Paris.Ces messieurs ont reçu ici l\u2019accueil qu\u2019ils méritaient à cause de leur réputation de savants et aussi à cause de leur attitude si sympathique durant leur séjour au milieu de nous.De part et d\u2019autre nous nous souviendron:. L'UNION MEDICALE DU CANADA 437 Le professeur Achard a étudié tout le rouage de notre enseignement universitaire; il a visité nos laboratoires et nos cliniques, il a étudié nos méthodes; il part satisfait de ce qu\u2019il a vu, et il sera, pour nous un excellent conseiller, un avocat éclairé même, si nous avons des voeux à formuler pour nos élèves qui vont étudier là-bas.Le congrès a marqué une étape nouvelle dans nos relations avec la Faculté de médecine de Paris.Enfin, le voeu exprimé d\u2019asseoir notre Association sur des bases permanentes et d\u2019étudier les moyens d'inscrire sur les listes de l\u2019Association des médecins de langue française d\u2019Europe, indique un but que nous pourrions atteindre facilement avec de la persévérance.Enfin, à l\u2019issu de ce congrès, les districts de Québec et de Montréal ont jeté les bases d\u2019une collaboration active non-seulement au point de vue professionnel mais aussi au point de vue universitaire.En terminant ces courtes notes, nous adressons un hommage particulier au docteur Léo Parizeau, pour son splendide travail sur l\u2019oeuvre de Pasteur.Rarement nous avons vu la science, la poésie et le patriotisme parés avec tant de grâce et d\u2019esprit.Puisqu\u2019il y a tant de sève chez nous, pourquoi, un jour, l\u2019arbre de la science ne porterait-il pas les fruits qu\u2019on attend depuis si longtemps ?: A = AVIS L°hôpital Ste-Justine vous serait reconnaissant si vous vouliez bien annoncer gratuitement dans l\u2019Union qu\u2019il y a une place de libre pour un médecin interne à l'hôpital, et qu\u2019il faut adresser les applications au Bureau Médical.o SOCIETE MEDICALE DES TROIS-RIVIERES Rapport du Secrétaire pour l\u2019année 1921-1922.Durant l\u2019année 1921-1922, la Société médicale des Trois-Riviè- res a tenu 16 réunions dont 14 à Trois-Rivières, une à Grand\u2019Mère et une à Louiseville.Le comité nommé pour l\u2019étude de la question du charlatanisme a tenu deux réunions.17 causeries médicales furent faites: Dr J.-O.Belisle.\u201cLe rhumatisme \u201d.Dr O.Tourigny.\u201c La pratique de la médecine \u201d.Dr A.Achpise.(a) \u201c Les indications opératoires dans les abcès fétides du ligament large\u201d, (b) \u201c Congestion pulmonaire et œdème aigu du poumon \u201d.Dr J.-H.Choquette.\u201c L\u2019ictère \u201d.Dr A.-J.Aubin.\u201c Quelques considérations sur le système nerveux \u201d.| Dr O.Desjardins.\u201cLe charlatanisme versus la profession médicale \u201d.Dr C.-A.Bouchard.\u201c Commentaires sur le diagnostic et le traitement de la blennorrhagie \u201d.Dr Georges Godin.\u2018\u201c Du symptôme inflammatoire dans quelques maladies de l\u2019oeil \u201d.Dr E.-F.Panneton.\u201c Discussion sur l\u2019allaitement maternel \u201d Dr J.-E.Dubé, de Montréal.\u201c Le traitement du cardiac \u201d.Dr Normand.\u201c Des hémorrhagies utérines \u201d.Dr Beaudry.\u201c Allaitement artificiel \u201d.Dr DeBlois.\u201c Les moyens d\u2019éviter l\u2019autointoxication \u201d.Dr uiboGrd, de Grand\u2019Mère.\u201c Le pronostic et le traitement de la tuberculose rénale \u201d.Dr Tourigny.\u201c La pratique imaginaire de la médecine dans la ville imaginaire de Utopreville \u201d.Dr O.Desjardins.\u201c Des rapports du médecin de Santé avec la profession médicale \u201d.En outre la société a discuté la question du charlatanisme soulevée par une pétition de l\u2019Association médicale d\u2019Arthabaska, et à ce sujet a entendu M.le docteur A.-J.Boisvert, président de cette associaion.Dans ce domaine, la Société a accompli un certain travail et a pris quelques poursuites contre les rebouteurs.De plus la Société a appuyé la résolution de la Société médicale de Chicoutimi et Lac Saint-Jean au sujet de la durée du cours d\u2019é tudes médicales.OMER-E.DESJARDINS, Secrétaire. BIBLIOGRAPHIE TRAITEMENT MEDICAL DES MALADIES DES FEMMES\u2014 Par A.Robin, professeur de thérapeutique à Paris, et Dalché, médecin de l\u2019Hôtel-Dieu, chez Bijon & frères, éditeurs, à Paris.5ème édition.Ce livre s\u2019adresse aux étudiants et aux praticiens.Tout médecin, à notre époque, doit connaître la gynécologie au même titre que les autres branches de la pathologie.Les immenses progrès de la chirurgie dans le traitement des affections gynécologiques donnent aujourd\u2019hui le droit d\u2019intervenir d\u2019une façon que ne soupçonnalent pas nos prédécesseurs et que sont venus justifier de merveilleux résultats.Mais l\u2019intervention sanglante, si utile et même indispensable pour de nombreux cas, est-elle l\u2019inévitable aboutissant de la plupart sinon de toutes les maladies des femmes, et devons-nous considérer qu\u2019elle soit l\u2019unique ressource dont puisse disposer l\u2019art de guérir ?Nous ne le pensons pas.Bien des troubles de la matrice et de ses annexes trouvent leur cause hors de la sphère génitale; d\u2019autres, d\u2019une origine utéro-ova- rienne indiscutable, sont exagérés par l\u2019altération de systèmes étrangers à l\u2019appareil sexuel, altération dont ces troubles subissent les effets.Le traitement de l\u2019état général domine alors les indications thérapeutiques ou vient compléter le traitement local.Par des soins minutieux, le médecin peut rendre les plus grands services à nombre de malades, et souvent il leur évitera de graves opérations; mais sans perdre en hésitations un temps précieux, il doit savoir aussi leur imposer une intervention chirurgicale, des que celle-ci devient nécessaire.| En gynécologie, le rôle de la thérapeutique médicale demeure considérable, et c\u2019est parce qu\u2019il paraît avoir été obscurci dans ces dernières années, que nous avons tenus à le mettre en relief de nouveau.Nous ne nous dissimulons pas que cette tentative soulèvera des protestations et sera peut-être qualifiée de rétrograde; mais un esprit impartial reconnaîtra que le traitement de toutes les maladies des femmes ne rentre pas dans le domaine exclusif de la chirurgie, et que le médecin dispose de moyens d\u2019action beaucoup trop négligés. 440 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Dans la rédaction de cet ouvrage, toute la partie plus spécialement gynécologique, le traitement hydrothérapique et la séméiologie des fausses utérines appartiennent à Paul DALCHE ; Albert ROBIN a écrit les chapitres plus généraux relatifs au diagnostic et au traitement des fausses utérines ainsi qu\u2019au traitement hydrominéral.Albert ROBIN, Paul DALCHE.Juallet 1900.Figure No.1: Disposition de la substance blanche et de la substance grise de la moelle épinière.: faisceau pyramidal direct du cordon antérieur.: faisceau pyramidal croisé du cordon latéral.: faisceau de Fleschig ou cérébelleux direct.: faisceau de Gowers.: cordon postérieur (faisceau de Goll & Burdach}.: faisceau fondamental du cordon antéro-latéral.En sombre: la substance grise (cornes ant.& post.).Figure No.2: indiquant la distribution des fibres des cellules de la corne grise postérieure.: faisceau pyramidal direct du cordon antérieur.: faisceau pyramidal croisé du cordon latéral.: faisceau de Fleschig.: faisceau de Gowers.: cordon postérieur.: faisceau fondamental du cordon antéro-latéral.: fibres motrices de la corne grise antérieur.: fibres sensitives pour le Fleschig.: fibres sensitives pour le Gowers.: fibres spino-spinales.CI.C: colonne de- Clarke.R.P.: racine postérieure avec ses deux faisceaux de fibres.SY UT HD OH US oR Oo Lt WW "]
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