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Titre :
L'union médicale du Canada
Éditeur :
  • Montréal :[Revue L'union médicale du Canada],1872-1995
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Bulletin de l'Association des médecins de langue française de l'Amérique du Nord) ,
  • Gazette médicale de Montréal
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L'union médicale du Canada, 1942-01, Collections de BAnQ.

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[" « 4 vos IN MEMORIAM v LE DOCTEUR A.-H.DESLOGES 1874-1941 Le docteur Desloges vient de nous quitter définitivement aprés une longue et douloureuse maladie dont il avait pressenti le dé- nouement-il y a déjà quelques années.Il est allé rejoindre son excellent ami, le docteur J.-E.Dubé, qu\u2019il fréquentait assidûment et avec qui il avait l\u2019habitude de faire des voyages dans le district de Montréal et ailleurs.La Faculté de médecine a perdu un excellent ami dans le docteur Desloges.Il est né à Pembrooke le 13 juin 1874.Il est le fils du docteur J.-A.Desloges et le père du docteur Alfred Desloges, assistant dans le service d\u2019ophtalmologie et d\u2019oto-rhino-laryngologie de l\u2019hôpital Notre-Dame et de l\u2019hôpital Saint-Jean-de-Dieu.Après avoir terminé ses études classiques au collège Sainte-Marie, de Montréal, il étudie la médecine à l\u2019Université Laval, à Montréal, où il reçoit son diplôme de Docteur en Médecine en 1897.Il a exercé sa profession à St-Albans, dans l\u2019Etat de Vermont, aux Etats-Unis, où il séjourne durant huit ans.Il vint alors s\u2019établir à Montréal.L\u2019Hôtel-Dieu le nomma « chef du service d\u2019électrothérapie ».En 1919, le gouvernement de la province de Québec lui confie la direction médicale générale des hôpitaux d\u2019aliénés; il a occupé cette position jusqu\u2019en 1935 environ.Grand \u2018organisateur, il modifie aussitôt le système, jusque là admis et désuet, en y introduisant des réformes nombreuses qui contribuèrent à améliorer le sort des aliénés et le budget de l\u2019assistance prévu par le gouvernement et les municipalités.«w MER ® teens ® e °° 2% ee «* se ®e .©.ee® .LLY XY Goce oo eo.°c.\u2018ee ° ° ° °°° ° °°.tee .ane .seven, En 1920, le gouvernement de la province de Québec lui demande d\u2019organiser la lutte contre les maladies vénériennes.Avant d\u2019entreprendre cette campagne nouvelle, où il s\u2019agissait de vaincre tous les préjugés bien connus dans les différentes classes de la société, il commence par pressentir les médecins, les sociétés médicales et les universités, afin de compter sur eux d\u2019abord, car ce sont surtout les médecins qui devaient l\u2019appuyer avec le plus d\u2019autorité, de persévérance et de conviction, sans compter leur expérience et leur compétence en pareille matière.Il se tourna ensuite vers le clergé.Il s\u2019adressa aux évêques qui lui accordèrent leurs concours, en donnant à leurs curés les directives indispensables pour le succès de cette campagne où la morale joue un rôle de premier plan.Il obtint le plus grand succès.Le gouvernement lui en sut gré en l\u2019autorisant à faire appel à des autorités européennes pour intensifier cette campagne en faisant venir au pays un homme jouissant d\u2019une grande autorité: le professeur Pautrier, chargé de la clinique des maladies cutanées et vénériennes à l\u2019Université de Strasbourg.Le professeur Pautrier, homme aussi instruit que sympathique, institua des cours de perfectionnement dans nos hôpitaux, en coopération avec quelques-uns de nos professeurs à Montréal.Ces cours étaient illustrés par des films splendides \u2014 sa collection personnelle \u2014 démontrant, mieux que la parole, l\u2019aspect, la nature et la gravité des lésions mentionnées dans ses cours.Il nous faisait bénéficier, ainsi, de sa longue expérience.Il nous permit même de faire reproduire tous ses films dont la collection a été déposée à l'hôpital Notre-Dame. 2 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 Plus tard, il publia tous les cours qui furent donnés durant les 15 jours consacrés à l\u2019étude de ces maladies.Ce volume intéressant a été distribué gratuitement à tous les médecins de la province de Québec, avec le généreux concours du Gouvernement et du Ministre, l\u2019honorable Athanase David.Les activités du docteur Desloges ont pu s\u2019exercer dans bien d\u2019autres domaines.Ainsi, je rappelle à tous ceux qui l\u2019ignorent, et ils sont nombreux parmi nous, que c\u2019est lui, le premier, qui a établi des relations très étroites BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 entre l\u2019Institut Rockefeller et l\u2019Université de Montréal.Membre de l\u2019American Psychiatric Association et de la Canadian National Commission for Mental Hygiene; membre du Royal Ins- = titute of Public Health du Canadian Public Health Association, de la Canadian National Council for combatting venereal diseases, et de American Social Hygiene Association, \u2014 il eut l\u2019occasion, fréquemment, dans ces réunions annuelles, d\u2019y rencontrer des personnages importants avec qui il échangea des propos con- IN MEMORIAM cernant nos institutions canadiennes, en particulier l\u2019Université de Montréal.Il croyait, bien qu\u2019il ne fût pas un de ses professeurs, que l\u2019Université de Montréal, en particulier la Faculté de médecine, pouvait et devait bénéficier des avantages que lui procurait sa situation importante.C\u2019est ainsi qu\u2019il rencontra, un jour, un des plus hauts dignitaires du Rockefeller Institute à qui il exposa la situation précaire de l\u2019Université de Montréal et le rôle qu\u2019elle devait jouer en Amérique à cause de ses affinités avec la France dont elle suivait les méthodes d\u2019enseignement de la médecine.C\u2019est le docteur Desloges qui prépara le terrain à une entrevue entre le président de l\u2019Institut Rockefeller, le recteur de l\u2019Université de Montréal, lui-même et notre ancien doyen, feu le docteur L.de L.Harwood.Cette entrevue obtint un très grand succès, si bien que l\u2019Institut Rockefeller offrit de verser la somme de $500,000.00, peut-être de 1 million, pourvu que la Faculté de médecine revise le programme de ses études, institue le P.C.N.et réalise définitivement le projet de la construction de l\u2019Université à la Montagne où s\u2019élèvent les édifices actuels.Le président de l\u2019Institut, à cette époque, s\u2019empressa, quelque temps après, de prouver la sincérité de sa déclaration en versant à l\u2019Université de Montréal une somme de $25,000.00 par année, soit 5% d\u2019un capital de $500,000.00.L'Institut continua de verser cette somme régulièrement, durant près de dix ans.Malheureusement, l\u2019Université de Montréal, après un premier effort, très louable, subit durement les secousses de la dépression de 1929, sans compter deux incendies, et elle s\u2019immobilisa dans un statu quo regrettable mais impossible à changer.Bref, un jour, dernière et dure sommation, l\u2019Institut supprima cette allocation annuelle, nous privant ainsi d\u2019une somme très importante sur laquelle nous comptions.Notre situation s\u2019aggrava et nos problémes devinrent, bientôt, insolubles.3 Mais je veux qu\u2019on sache que c\u2019est au docteur Desloges que nous devons cette bonne fortune.J\u2019ai le devoir de le dire publiquement à une époque où la mémoire des hauts faits concernant notre Université semble complètement inhibée par les événements actuels.Le docteur Desloges a été un bienfaiteur de l\u2019Université de Montréal.Les conséquences heureuses de cette liaison ancienne entre la Faculté de médecine et l\u2019Institut Rockefeller se font encore sentir, et de plus en plus, j'ose le dire, car, chaque année, ces Messieurs viennent nous voir pour nous encourager de leurs conseils et de leur générosité.Ils font mieux: ils accordent des bourses à nos élèves, surtout à ceux qui se consacrent aux travaux de laboratoires.Ils lies dirigent aux Etats-Unis afin de les initier à toutes les techniques nouvelles dont pourra bénéficier notre enseignement lorsqu\u2019ils seront de retour au pays.Nous ne saurions trop les remercier de leur bienveillant accueil.Nos efforts constants, malgré les difficultés nombreuses semées sur notre route, méritent que l\u2019on nous accorde quelques faveurs en retour de tant de persévérance, sinon d\u2019indigence.Nous connaissons tous la loi de l\u2019Assistance Publique.Elle a sauvé nos hôpitaux de la mendicité et de la ruine; elle a autorisé le gouvernement à garantir des emprunts qui nous ont permis d\u2019agrandir ceux qui existaient déjà, tandis que nous avons pu en construire de nouveaux, luxueux et modernes.Cette loi a été un bienfait public.Sait-on qui en est l\u2019auteur: le docteur Desloges.Il en fut le promoteur; il en a rédigé les clauses importantes et il a puissamment contribué à la faire agréer par les communautés religieuses inquiètes de cette innovation dans nos coutumes hospitalières.Aujourd\u2019hui, cet organisme accomplit des miracles d\u2019assistance publique.Le docteur Des- loges eut le bonheur, à cette époque, de travailler en parfaite collaboration avec un ministre intelligent qui en saisit rapidement l\u2019opportunité, et dont il possédait la confiance.Le docteur Desloges a aussi été membre de la Société Médicale de Montréal, de l\u2019Associa- 4 L'UNION MEDICALE DU CANADA \u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal; janvier 1942 tion des M.L.F.A.N., de la Société de Prophylaxie Morale et Sanitaire de Paris.Il a fait plusieurs voyages d\u2019études en Europe où, à maintes reprises, il a représenté, trés dignement, le gouvernement de la province de Québec dans les Congrès scientifiques internationaux.| En 1900, il épousa mademoiselle Amanda Thouin.De ce mariage est né un seul fils dont nous avons parlé plus haut.J\u2019ajoute que le docteur Desloges a été directeur de l\u2019Union Médicale du Canada, et ancien président du Bureau de direction.C\u2019est avec regret que nous avons vu disparaître cette figure intéressante dans notre milieu médical.Jouissant d\u2019une activité incessante, possédant des relations internationales très importantes dont il s\u2019est servi pour promouvoir les intérêts de notre Université, il a accompli une mission féconde au Canada, parmi les médecins et ailleurs à l\u2019étranger où il nous a fait connaître et apprécier.C\u2019est au docteur Desloges que nous devons les premières bourses accordées à nos étudiants par certaines Maisons françaises.C\u2019est ® ® lui, aussi, qui obtint des postes d\u2019internes bien rémunérés dans certains hôpitaux des Etats- Unis: sanatoriums et maladies nerveuses.Plusieurs, parmi nous, qui en ont bénéficié, peuvent en témoigner.Voici donc un dossier qu\u2019il convient de dépouiller, même sommairement, pour apprécier justement l\u2019esprit d\u2019un grand animateur dont la pensée, au service de nos élites et de la race, sut s'affranchir de la routine et des préjugés à la recherche du bien commun.J\u2019adresse à son épouse et à son fils l\u2019hommage de ces quelques souvenirs qui devront durer plus longtemps que les fleurs déposées sur sa tombe, en les faisant revivre dans la mémoire de chacun de nous et de ceux qui l\u2019ont moins connu.Peut-être en ajouter d\u2019autres que j'ignore ou que j'oublie?Nous prions madame Desloges et son fils de bien vouloir agréer l\u2019expression de nos con - doléances et de nos vifs regrets.La disparition du chef de la famille est toujours pénible et douloureuse, mais lorsque sa vie a été utile et féconde, elle atténue et adoucit l\u2019amertume du lendemain.Albert LeSAGE, Doyen. BULLETIN LE MÉDECIN DANS LA MARINE CANADIENNE Lors d\u2019une courte visite à Montréal, le docteur P.Letondal me demandait si je pourrais lui faire parvenir, à l\u2019intention de la Société Médicale, quelques notes sur les activités du médecin dans notre Marine.J\u2019ai accepté en espérant que les brèves considérations qui suivront seront de nature à intéresser les confrères de la Société.Au début des présentes hostilités, le corps médical n\u2019existait pratiquement pas dans la Marine.Autant celle-ci s\u2019est multipliée depuis, autant son corps médical a pris d'expansion.Quelques médecins en service dans la dernière guerre, dont le commandant chirurgien La Roche, de Saint-Luc, ont été rappelés sous les couleurs pour le réorganiser.Les volontaires n\u2019ont pas tardé à répondre à l'appel, et encore aujourd\u2019hui ils continuent d\u2019affluer.Les conditions d'entrée étaient alors un peu plus difficiles parce qu\u2019il était nécessaire d\u2019avoir des hommes qui aient un minimum d\u2019expérience en même temps qu\u2019on recherchait, dans certains domaines, des spécialistes.Aujour- d\u2019hui, ces médecins peuvent entraîner des candidats acceptés plus jeunes et ayant moins d\u2019expérience professionnelle.Quelle que soit la spécialité des médecins, tous, excepté de rares exceptions dont Best, de Toronto, qui fait actuellement des travaux de recherches, sont assujettis à la même règle et à la même routine.Une série de cours et une période d\u2019entraînement « militaire » servent à l\u2019initiation au début.En plus d'apprendre à obéir aux ordres donnés, cette première étape a aussi pour but de développer, chez le médecin, le pouvoir de commander, en même temps que de le mettre au courant des traditions de la Marine et du genre de vie auquel lui-même, comme ses patients, aura plus tard à faire face.De là, quelques-uns sont dirigés directement outre-mer, habituellement les plus jeunes, et ils serviront dans la Marine britannique sous des chefs d'expérience.D\u2019autres sont repartis dans différentes bases navales et dans les hôpitaux.Alors que, pendant deux ans, nous devions dépendre des hôpitaux de l\u2019armée, aujourd'hui nous avons notre corps médical propre et nos hôpitaux.Ainsi, à Halifax, deux hôpitaux de 600 à 700 lits ont été construits.Un de ces hôpitaux est actuellement en opération tandis que le second le sera sous peu.À la tête de chaque département on y trouve des hommes compétents et expérimentés qui ont fait leur marque dans nos meilleurs hôpitaux à travers le Dominion.La plus cordiale collaboration existe entre les confrères.Trop peu de notre race y sont représentés mal- I\u2019 UNION MEDICALE DU CANADA \u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 heureusement.Pour ma part, je ne peux trop louer la chaude sympathie que m'ont témoignée tous ceux avec qui j'ai travaillé.La même cordialité dans la camaraderie règne aussi en dehors des heures de travail.Le stage principal auquel tous sont astreints est, sans contredit, celui que je fais en ce moment, c\u2019est-à-dire, sur mer.Tous les destroyers et quelques gros croiseurs marchands armés ont un médecin à bord.C\u2019est ici que l\u2019expérience acquise à terre, tant dans le service que dans la vie civile, s\u2019avère très-utile.Il nous faut revenir et explorer de nouveau bien des chapitres de nos manuels que nous avions laissés dans l'oubli.Hygiène, vénéréologie, épidémiologie sont nos premières préoccupations.Il faut, par les méthodes connues et usuelles, prévenir les maladies vénériennes dont le pourcentage est, d\u2019ailleurs, très bas à bord, soit 11%.Il faut inoculer tous les membres de l\u2019équipage contre la diphtérie, la typhoide, le tétanos, etc., et répéter les injections périodiquement au besoin.Les accidents au cours de la routine et des manœuvres permettent à l\u2019officier médical d\u2019exercer fréquemment la petite chirurgie, mais il doit aussi être équipé et prêt, en cas d\u2019urgence, à pratiquer des opérations majeures.Je puis citer le cas d\u2019un confrère qui a opéré et sauvé son capitaine d\u2019une mort certaine à la suite de la perforation d\u2019un ulcère d\u2019estomac.Il faut être prêt à tout.Jacques Bourgeois, le fils du professeur B.-G.Bourgeois, dans une lettre récente, ne me parle que des maladies tropicales auxquelles il a à faire face, de son teint basané, et des «shorts » qu\u2019il porte.D\u2019autres, durant ce temps, travaillent sur une mer glaciale, emmitoufflés dans les tricots que leur ont fait parvenir ces bonnes dames de la Croix-Rouge.Du traitement des pneumonies et gelures à celui de la malaria et autres fièvres des mers du Sud, il n\u2019y a que l\u2019espace d\u2019un signal par sans-fil.Un devoir du médecin qui lui fait reviser le chapitre diététique, est la composition adéquate des menus, au point de vue qualité et quantité en collaboration avec l\u2019officier en charge de l\u2019achat des vivres.L\u2019attention des autorités navales a été attirée sur ce sujet par l\u2019un des nôtres, Surgeon Lieut.Oake, qui a constaté certains effets de l\u2019avitaminose, entre autres les cécités nocturnes, par le manque de vitamines chez les signaleurs de garde la nuit.Facteur très important puisque « qui voit le premier est vainqueur, qui voit le dernier, coule ».On remédie à cette déficience, dans les zones où nous ne BULLETIN pouvons pas nous procurer des aliments frais, par l\u2019emploi de capsules vitaminées en distribuant les doses suivant la fonction de chacun.Le médecin est assisté dans ses devoirs par un infirmier diplômé et expérimenté.Il y a, à bord, une infirmerie, pas très spacieuse, qui contient tout de même deux lits ou banquettes et un assortiment assez complet de médicaments et d\u2019instruments.Le médecin est libre de se procurer ce qu\u2019il veut et d'organiser comme 1l l\u2019entend sa routine quotidienne.En cas d\u2019action, 1l a vu à disposer, à différentes stations, des équipes de brancardiers qui patrouillent le bateau et ramènent les blessés pendant que leurs camarades combattent l\u2019ennemi.L\u2019infirmier se tient à l'arrière dans l\u2019infirmerie où lui sont amenés les cas de blessures légères.Le médecin se tient à l\u2019avant, dans le Mess des officiers.La table à dîner est recouverte de draps stérilisés et convertie en table d'opération.Une torche électrique y a été installée advenant l\u2019explosion du système d'éclairage principal.À la ronde d'inspection du capitaine, l\u2019officier médical suit de près celui-ci, surveille la salubrité des quartiers de l\u2019équipage, la propreté des cuisines, et il se doit de faire des suggestions propres à améliorer l'hygiène générale et les conditions de vie.J'ai essayé d\u2019exposer, en bref, ce que signifie être médecin à bord en temps de guerre.Je serais très heureux d\u2019avoir pu vous intéresser durant quelques minutes.Notre profession doit satisfaire à bien des exigences différentes suivant les milieux où l\u2019on exerce.Dans la vie militaire, elles ne seront pas les mêmes, par exemple, dans l\u2019armée et dans l\u2019aviation que dans la marine.Ici, l\u2019on vit en communauté physique et morale.Tous partagent les mêmes mers déchaînées, les nuits froides et les risques d'attaques sournoises dans l\u2019obscurité.Tous ressentent les mêmes anxiétés, et ils sont heureux et stimulés dans leur tâche de savoir qu\u2019ils en protègent d\u2019autres.Tous communient dans le bonheur de retrouver les êtres chers lorsque notre mission sera terminée.; Je suis convaineu, comme tous mes confrères de la Marine, que J aural acquis une énorme expérience, que j'aurai augmenté mes connaissances médicales, et je voudrais être fier d\u2019avoir servi et soulagé.Dr Gaétan JARRY !.1.Ecrit à bord du HM.C.S.Hamilton.M.J t le fils d f - Try directeur de l\u2019Institut Bruchési, de Montréal.arry est le fils du professeur J-À.Jarry. LE MÉDECIN AUX ARMÉES « À lheure où tout le ciel fume de sang et d\u2019Ames.» D\u2019AUBIGNE.La guerre, mieux qu\u2019autrefois, a révélé que le seul et réel conquérant, dans tous les conflits internationaux, c\u2019est le médecin, cet inconnu.Il sauve des vies innombrables tandis que les armes les sacrifient sans relâche et sans pitié! dans un but de lucre ou d\u2019asservissement.La médecine, par ses vaccins, ses sérums et la chimiothérapie, fait disparaître ou prévient le choléra, la typhoïde, la diphtérie, le typhus, le scorbut, la pellagre, bientôt les maladies vénériennes.Ces maladies, jadis, décimaient les armées, encombraient les hôpitaux, affaiblissaient des nations entières et leurs descendants.N'est-ce pas la médecine, dont les nouvelles méthodes ont apporté tant de précision dans le diagnostic, qui a réussi à classifier l\u2019individu selon ses aptitudes en tenant compte de son état physique et mental, afin de mieux servir les exigences des armées: sur terre, sur mer et dans les airs.La chirurgie, grâce à l\u2019asepsie, à la perfection de ses techniques et à la sécurité de l\u2019anesthésie prolongée, a opéré des miracles aux armées où l\u2019observation judicieuse a recueilli des milliers de faits nouveaux qui ont servi à innover ou à nous mieux orienter dans l'application de nos méthodes, anciennes et nouvelles.Ainsi, la médecine et la chirurgie sont devenues une science autant qu'un art en s'appuyant sur la conception inébranlable de la biologie et de l\u2019anatomo-physiologie.Que de progrès accomplis depuis 1914: le traitement occlusif après nettoyage des fractures compliquées; les interventions audacieuses sur le système nerveux cérébro-spinal ; la localisation précise, en profondeur, des corps étrangers; la chirurgie du cœur et des poumons; la chirurgie plastique de la face\u2026 que sais-je?Tout est devenu possible.Les médecins ont donc tiré le bien du mal.Ils ont créé du bonheur, même dans ces hécatombes.*% kk Mais la guerre a fait mieux encore.Elle a placé en pleine lumière la personne morale du médecin aux armées; sa conception humaine de la vie; sa fidélité dans l\u2019accomplissement strict de son devoir; son abnégation en quittant sa famille et ses amis; son habileté et son stoïcisme aux grandes heures où sa vie est en péril et sa liberté menacée.Partout, dans les hôpitaux de base ou sur la ligne de feu, 1l demeure à son poste, soumis aux ordres et sourd à tout appel autre qu\u2019à celui de la souffrance, n'ayant pour toute arme que son petit arsenal médico-chirurgical. BULLETIN Médecin ou chirurgien, il ne sait que servir et se taire, en parodiant les deux vers de Corneille : Quand un «médecin »! a le don de se taire, Il a des qualités au-dessus du vulgaire.Son courage, silencieux et ignoré, indéfectible, lui assigne une fonction pleine de responsabilité à laquelle il ne peut ni ne veut se soustraire, car il dirige la grande armée des vaincus: ceux qui sont tombés au service de leur patrie: tous les blessés, qu'il s'empresse de secourir sans distinction !\u2026 Il ne saurait les abandonner, fût-ce dans la tranchée de l\u2019ennemi!\u2026 Je le tiens d\u2019un témoin digne de foi.N\u2019y a-t-il pas de la grandeur dans un tel acte?On dirait que, pour tout médecin aux armées, qui se sent une mission à remplir, il y a des clartés plus vives, plus hautes même que celles du foyer.Il subit, sans mot dire, les deux lois contraires qui dirigent le monde: « Une loi de sang et de mort qui imagine, chaque jour, de nouveaux moyens de combat pour les conquêtes violentes; et une loi de paix et de travail qui ne songe qu\u2019à soulager l\u2019humanité et à délivrer l\u2019homme des fléaux qui l\u2019assiègent.» Cette pensée est de Pasteur.Ce parallèle est d\u2019une douloureuse actualité.Aussi, Monsieur le Contre-amiral, ai-je saisi comme un honneur l\u2019occasion très opportune de votre passage parmi nous, si hautement apprécié, pour faire l\u2019apologie du médecin aux armées dont vous êtes un des membres les plus autorisés et les plus dignes.Votre belle leçon démontre, évidemment, que vous appartenez à cette élite dont je viens de proclamer le «haut savoir» et «la superbe » ! Je vous en exprime notre reconnaissance et nos remerciements au nom de la Société Médicale et de la Faculté de médecine de l\u2019Université de Montréal.Nous osons croire que vous rapporterez de votre trop court séjour au Canada l'impression d\u2019un jeune et grand pays appelé à un bel avenir pourvu qu\u2019il conserve, intacts, son territoire et son autonomie ; et celui d\u2019une province de Québec, d\u2019origine francaise mais d'\u2019allégeance britannique, dont les fils combattent, partout, en Europe, à vos côtés, tandis qu\u2019ici nous les soutenons de notre confiance et de nos deniers dans la croisade entreprise contre l\u2019hydre de la domination universelle et de l\u2019asservissement des peuples >.ALBErT LESAGE.1.Corneille a dit: une «femme », dans sa comédie Le Menteur., 2 Pour remercier le Contre-amiral Gordon Taylor, chirurgien de la marine anglaise.Séance spéciale de la Société Médicale de Montréal, le jeudi 5 décembre 1941, à l'hôpital Notre-Dame.J'ai voulu citer le médecin dont on ignore ou tait constamment les hauts faits. LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DE MONTREAL\" CONFÉRENCE DU CONTRE-AMIRAL G.GORDON-TAYLOR Allocution du Professeur B.-G.Bourgeois Le président de la Société Médicale de Montréal et celui de la Société de Chirurgie m'ont délégué le très agréable privilège de vous présenter à l\u2019auditoire de ce soir.C\u2019est une fonction que j'apprécie hautement et qui me paraît facile dans les circonstances.Point n\u2019est besoin d\u2019insister longuement pour que l\u2019Assemblée comprenne l\u2019avantage très appréciable qu\u2019elle aura de vous entendre.En effet, depuis que vous êtes arrivé en Amérique, vous avez fait en plusieurs endroits des conférences ou des causeries dont le succès et la portée ont soulevé des témoignages de la plus haute appréciation dans les journaux et dans les comptes rendus des sociétés scientifiques.Notamment à Boston, au Congrès de l\u2019American College of Surgeons dont vous étiez l\u2019invité, où quelques-uns d\u2019entre nous, qui ont en alors l\u2019occasion de vous entendre, nous ont marqué tout l\u2019intérêt qu\u2019ils y avaient pris ct nous ont souligné, comme une éventualité très désirable, la possibilité que vous puissiez faire part un plus grand nombre de vos confrères, de l\u2019expérience incomparable que vous avez acquise au contact immédiat des misères et des horreurs de la présente guerre.De plus, l\u2019uniforme que vous portez vous identifie aux traditions d'honneur, de valeur morale et de haute efficacité qui se sont attachées, depuis des siècles, au nom de la Marine Royale.Grâce à ces traditions, le prestige de l\u2019Institution elle-même se confond avec celui des personnes et des individus qui la composent et qui, à tous les échelons de la hiérarchie, font son unité, sa force et son indéfectibilité.Finalement, vous êtes médecin.Et, à nos yeux, vous êtes le collègue distingué dont la 1.Séance spéciale tenue à l\u2019hôpital Notre-Dame, le 5 décembre 1941.valeur de ses œuvres, tant dans la pratique civile que dans la vie militaire, se reflète dans les responsabilités, lourdes et nombreuses, qu\u2019on lui a confiées et dans les honneurs et les distinctions dont on l\u2019a gratifié.Voyons donc: James Gordon Gordon-Taylor, 0.B.E., M.S., B.Ss., M.B., F.R.C.S., Frac.FACS, Late Consulting Surgeon 4th Army, British Expeditionary Force.Senior Surgeon, Lecturer in Anatomy and Lecturer in Surgery at Middlesex Hospital.Surgeon at St.Saviour\u2019s Hospital.Consulting Surgeon to the following Hospitals: W.Herts, Keltering, St.Columban, Potter\u2019s Bar, Victoria Memorial.Examiner in Anatomy.Hunterian professor and Vice-president of the Royal College of Surgeons (England).Fellow of the Royal Society of Medicine and Association of Surgeons.Rear-Admiral to the Royal Navy.Recently made an Honorary Fellow of the Royal College of Surgeons (Canada) and recewed last week an honorary degree from the University of Toronto.* * * Therefore we have good reasons to feel greatly honoured by the visit you pay us to-night and we want to express to you, Sir, a high esteem and to offer you a most sincere welcome, LE TRAITEMENT ACTUEL DES PLAIES DE GUERRE Par le Contre-amiral G.GORDON-TAYLOR, O.B.E.M.S., B.Sc., M.B., F.R.C.S., .Médecin en chef de la marine royale, Chirurgien de l\u2019hôpital Middlesex, à Londres.Le 5 décembre 1941, à l\u2019hôpital Notre-Dame, le contre-amiral G.Gordon-Taylor était l\u2019hôte d\u2019honneur de la Société Médicale de Montréal.À cette occasion, l\u2019éminent chirurgien anglais prononça, en français, une conférence avec projections sur « Le traitement actuel des plaies de guerre ».On nous saura gré de publier ce travail, basé sur une large documentation personnelle.Le conférencier fut présenté par le Dr B.-G.Bourgeois, chirurgien en chef de l\u2019hôpital No- tre-Dame et remercié par le doyen de la Faculté de médecine de l\u2019Université de Montréal, le Dr Albert LeSage.Nous profitons de la circonstance pour remercier l'Exécutif de la Société Médicale, et en particulier son dévoué secrétaire, le Dr Paul Letondal, de nous avoir procuré le plaisir de rencontrer M.Gordon-Taylor et fait parvenir le texte même de cette conférence que nous sommes heureux de publier intégralement.N.D.L.R.* * * Je viens parmi vous d\u2019outre-mer et j'aborde sur ce côté de l\u2019Atlantique, en un temps rempli d'événements extraordinaires sur lesquels dépend le sort futur des peuples, des nations et de toute la civilisation elle-même.A deux reprises déjà depuis son aurore, la civilisation a été menacée d\u2019extinction complete; tout d\u2019abord au temps de l\u2019invasion Dorienne de la Grèce et des îles de la Méditerranée, au début de l\u2019âge de fer, environ mille ans avant Jésus-Christ; ensuite lors de la chute de l\u2019empire romain, environ en l\u2019an cinq cent de « l\u2019Anno Dei ».De nos jours encore, et cela après au delà de mille ans, nous voyons les phares de la civilisation s\u2019éteindre partout chez les pays d\u2019Europe.Une fois de plus, la civilisation tremble au seuil de l\u2019abîme.C\u2019est un état lamentable pour ceux de ma génération: deux fois, nous avons connu la guerre et ses effets dévasteurs.Il faut admettre que plusieurs, poussés par un goût d\u2019aventure, ou un altruisme élevé, ou encore par le destin, ont connu le service militaire plus de deux fois.Il est aussi désolant de constater de nos jours que les ressources de la science sont employées non pas pour l\u2019avancement industriel, la solution des problèmes sociaux, et le secours des affligés, mais plutôt pour la mutilation et la destruction totale de l\u2019humanité.À travers les siècles, la cause la plus fréquente des blessures a été l\u2019instinct belliqueux de l\u2019homme.Jadis, c\u2019était le mâle qui était désigné mais avec «la guerre totale » de nos jours, il n\u2019existe plus de distinction d\u2019âge ou de sexe chez les victimes.Les tactiques de la guerre d\u2019Espagne n\u2019étaient qu\u2019un essai des méthodes que les Na- zistes et les Facistes nous réservaient pour l\u2019automne de dix neuf cent trente neuf.En face de telles tactiques, l\u2019'humanité a constaté les principes de ces bourreaux qui préconisent un « Nouvel Ordre », mais qui en vérité ne sont que des assassins.Chez les tribus primitives comme chez les animaux, le mâle n\u2019attaque que très rarement ou jamais la femelle.Par ailleurs, le bombardement sans distinction des nourrissons, des enfants, femmes et vieillards, démontre que les instigateurs de cette guerre sont d\u2019une nature satanique et plus vile encore que celle du moindre des animaux.Outre ses brutalités, la guerre apporte une désorganisation complète du courant normal des choses.Ceux de vous qui auront lu l\u2019Auguste du défunt Lord Tweedsmuir, se souviendront combien l\u2019empereur romain détestait le « désordre de la guerre ». 12 L'UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 Ce désordre s\u2019est fait également sentir dans la Médecine.Dans les pays en guerre, les cours d\u2019études et les internats ont dû nécessairement subir de grands changements.Les facilités sont amoindries, le personnel, clairsemé et la situation est sérieuse, comme elle l\u2019est d\u2019ailleurs au fait, en Angleterre dans ce moment.Chez nous, les cours d\u2019études n\u2019ont pas été tranchés, et les qualifications requises des divers candidats aux examens exigent toujours un haut mérite.Cependant, les études souffrent de la nervosité des temps, et il y a une tendance à la dispersion.L\u2019évacuation rapide des patients dans les grands hôpitaux a privé, médecins, chirurgiens et étudiants des facilités d\u2019observation prolongée et de thérapeutique clinique.Le manque de pétrole, les difficultés de transport et une multitude d\u2019autres facteurs, ont dérangé les relations normales du médecin et son patient.Les internats ont été raccourcis à six mois, et les nouveaux médecins sont assignés aux divers services de guerre.La vie du médecin a été bouleversée et sa pratique privée est presque nulle.Le bouleversement subi par la médecine a été aussi subi par l\u2019homme et la femme ordinaires.L'homme de nos jours est un « troglodyte » moderne dont parle Lord Horder.Mais malgré les difficultés qu\u2019il rencontre durant les « obscurcissements », son entrain ne l\u2019abandonne pas.On peut le blesser, le brûler, ou bombarder sa maison à plusieurs reprises, mais toujours sa force morale est inébranlable.Je traversai l\u2019Atlantique à titre de représentant du Collège Royal des Chirurgiens de l\u2019Angleterre.Cette institution située à « Lincoln Inn\u2019s Field », à Londres, renferme en ses murs la célèbre collection de Hunter, qui fut achetée par le gouvernement pour la nation et ensuite placée sous la protection vigilante du Collège Royal.Ce trésor jusqu\u2019alors précieusement conservé a été presque totalement détruit par le bombardement de mai le dix, mille neuf cent quarante et un.\u2018 Ce musée, jadis La Mecque de tous les chirurgiens par travers le monde entier, et le rendez-vous de l\u2019anatomiste, de l\u2019anthropo- logiste et de l\u2019anatomiste comparé n\u2019est plus maintenant qu\u2019une ruine totale.Au fait, de 14,000 spécimens de la collection Hunter, 4,000 seulement ont été sauvés.On ignore au juste le nombre total des spécimens au Musée, mais le chiffre en a été diversement placé entre cent et deux cent cinquante milles, dont malheureusement vingt quatre milles seulement ont pu être réchappés.Je vais maintenant vous montrer quelques projections lumineuses qui vous décriront le Collège Royal avant et après le dix de mai.* Les blessures provenant des fragments de bombe se caractérisent par leur multiplicité; elles ne sont pas nécessairement produites par le métal, mais les projectiles peuvent être des éclats de vitre, fragments de bois, morceaux de pierre, débris de saleté, etc, etc.La destruction graduelle et la disparition de la vitre, diminuent, il est vrai, la fréquence des lésions qui sont causées par elle ainsi qu\u2019aux éclats.La rareté avec laquelle la gangrène gazeuse se rencontre dans ce conflit est en contraste frappant avec l\u2019expérience d\u2019il y a un quart de siècle.L\u2019explication de ce phénomène n\u2019est pas tout à fait claire.Le débridement n\u2019est pas mieux fait aujourd\u2019hui qu\u2019il y a vingt- cinq ans.Peut être l\u2019usage des sulfamidés et du plâtre de Paris avec repos complet de la blessure sont-ils des facteurs importants.Nous n\u2019employons pas le sérum antigangré- neux de routine dans tous les cas, mais seulement dans les blessures sévères et celles où l\u2019expérience a démontré une susceptibilité à l\u2019infection gazeuse, notamment, la fesse, le périnée, les muscles du mollet.Les hémorragies secondaires ont constitué un problème sérieux au cours de cette guerre. G.GORDON-TAYLOR: TRAITEMENT ACTUEL DES PLAIES DE GUERRE 13 Dans les guerres antérieures, cette complication alarmante a été aussi un fléau.Mon expérience personnelle (et celle de mes collègues) m\u2019a convaincu que l\u2019hémorragie secondaire bien qu\u2019un fait, était cependant rare.Le tétanos est aussi extrêmement rare, grâce à l\u2019immunité provoquée.J\u2019en connais un cas chez un soldat norvégien et c\u2019est le seul que je connaisse.Les brûlures sont une lésion fréquente de cette guerre.Il y a les grandes brûlures du corps qui menacent la vie, et il y a aussi les brûlures des mains et de la face qui menacent soit la fonction ou l\u2019apparence de l\u2019individu.Dans le premier groupe, afin de sauver le patient, il est nécessaire de recourir à la thérapie par coagulation.Ceci est strictement défendu pour les mains et la face.Dans ce dernier groupe, l\u2019usage des pansements salins, des sulfamidés, du «tulle gras » semble être la mesure la plus populaire.Dans la marine une lésion fréquente est celle produite par l\u2019effet explosif des mines, particulièrement à l\u2019extrémité inférieure du corps.Le calcaneum est spécialement vulnérable et en certains cas, aux deux pieds.Tout os de la jambe inférieure peut être fracturé: tarse, métatarse, tibia ou fémur.En plus, une dislocation du genou n\u2019est pas rare.Une fracture refoulée de la première vertèbre lombaire se rencontre aussi à la suite d\u2019explosions de mines, et tout patient se plaignant d\u2019une douleur au dos, mérite un examen radiologique pour exclure une fracture à cet endroit.Dans le cas des bombes aériennes lancées sur les villes, les fragments sont pour la plupart petits; à peu près soixante quinze pour cent des fragments sont moins d\u2019un demi ou trois quarts de pouce de diamètre.Des fragments plus gros, tels que ceux réclamés autour de l\u2019hôpital Middlesex, mesuraient douze pouces carrés, et ceux-ci peuvent décapiter, démembrer ou détruire complètement tout être humain qui en serait atteint.A l\u2019abdomen, la chirurgie est surtout possible pour les lésions produites par les petits fragments.Le besoin d\u2019abondantes transfusions ou l\u2019usage des produits dérivés du sang, a été bien démontré dans les cas de choc grave.Voici un cas qui a requis l\u2019administration de onze pintes de sang et de plasma, avant que l\u2019intervention chirurgicale fut possible.Une fillette de quinze ans était dans un char-à-banes lorsque celui-ci fut anéanti par une bombe.Elle était la seule survivante, et elle fut ramassée à demi-morte sur le bord de la route et transportée à un hôpital voisin.Après les infusions sanguines, sa condition s\u2019améliora suffisamment pour permettre un examen complet.Elle avait une grosse plaie au niveau de l\u2019hypochondre gauche, et de cette plaie, sortait l\u2019estomac très dilaté, une partie du côlon et la rate qui était fragmentée.L\u2019estomac et le gros intestin furent nettoyés avec précaution et la rate enlevée.Des hémorragies répétées au fond de la plaie démontrèrent une rupture du rein gauche qui fut aussi enlevé.La fermeture de la paroi abdominale présenta un gros problème technique, mais avec l\u2019aide d\u2019autres transfusions, etc, elle eut une convalescence très satisfaisante.Ce cas est l\u2019un des cas les plus dramatiques de cette guerre.La fréquence avec laquelle les blessures de la fesse sont une porte d\u2019entrée aux blessures de l\u2019abdomen est un fait qui était déjà reconnu dans l\u2019autre guerre.Cette complication est même plus fréquente dans la guerre actuelle.Souvent la petitesse du point d\u2019entrée du projectile est si évidente, qu\u2019on oublie de songer à une lésion plus grave de l\u2019abdomen.Le cas suivant est au point et, incidemment, démontre bien la haute morale de notre nation dans le moment. 14 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 Une jeune fille appartenant à la plus vieille des professions, fut atteinte à la fesse par un morceau de bombe.À l\u2019examen, elle avait deux ruptures de la vessie et des ruptures nombreuses de l\u2019intestin.Deux de ces dernières furent traitées par suture intestinale mais une résection fut aussi nécessaire.La vessie fut également réparée et le vingt- huitième jour, c\u2019est-à-dire, quatre samedis plus tard, elle était de retour à son poste à Piccadilly.Voilà un exemple du courage de nos gens et avec de tel courage, la Grande-Bretagne ne sera jamais défaite.* * * Les blessures abdominales dans les cas de grossesse surtout dans les derniers mois de gestation, constituent un problème très grave.Une femme enceinte de neuf mois fut atteinte d\u2019une bombe au périnée: le projectile attaqua le pubis, l\u2019utérus, le fœtus, la vessie et l\u2019intestin grêle.L\u2019intestin et la vessie furent suturés.Le lendemain l\u2019utérus se vida d\u2019un enfant mort.Après une convalescence inquiétante, la patiente fit un retour complet à la santé.Un autre cas assez semblable chez une jeune fille non-mariée présenta un éclat de vitre enfoui dans la paroi utérine.Cet éclat fut enlevé, et la patiente alla très bien.Elle n\u2019eut pas, cependant, comme l\u2019autre, l\u2019avantage de se débarrasser du fœtus.* Les caractères anatomo-pathologiques des lésions de l\u2019intestin, qu\u2019on rencontre au cours de ce conflit, sont semblables à ceux de la dernière guerre.La plupart des cas réussis, tolèrent bien la suture intestinale, et dans ceux où la résection a été nécessaire, une courte ablation a généralement suffi.Je connais cependant des cas, tel que celui du Commandant d\u2019Arcy, où il lui a fallu resséquer plus de six pieds d\u2019intestin; il y à aussi un cas du docteur Bently, de Manchester, qui a enlevé avec succès, quatre pieds.Dans la dernière guerre les résections multiples comportaient une grosse mortalité, bien que cela ne fût pas mon expérience personnelle.Le seul cas de ce genre que je connaisse dans le moment est celui du docteur McArick Thomas qui en plus d\u2019une résection simultanée de plusieurs segments intestinaux, a pu faire avec succès, la réparation d\u2019une blessure à la vessie.A peu près cinquante pour cent des cas soumis à l\u2019opération pour une blessure intestinale survivent très bien.C\u2019est là bien un chiffre remarquable si l\u2019on se souvient qu\u2019à la dernière guerre, la plupart de ces cas mourraient « sur le champ » avant que tout traitement fût possible.La dilatation aiguë de l\u2019estomac est fréquemment constatée, soit comme phénomène primaire, ou à la suite d\u2019interventions chirurgicales dans l\u2019abdomen.L\u2019iléus post-opératoire est beaucoup plus fréquent maintenant qu\u2019autrefois.Les sérums intraveineux et la décompression intestinale par les tubes à succion ont réchappé bien des cas.Je pourrais vous citer de nombreux cas d\u2019héroïsme, où, par exemple, le commandant d\u2019un navire fut atteint d\u2019une blessure grave de l\u2019abdomen, et en dépit de cela, il est demeuré à son poste et conduisit son vaisseau jusqu\u2019au port de débarquement.Le commandant Joly, D.S.0., maintenant défunt, fut un tel héros; atteint d\u2019une rupture complète du foie, d\u2019une déchirure de l\u2019angle splénique du côlon, et d\u2019un hémo-péritoine, il dirigea lui-même son torpilleur en escale.Le capitaine d\u2019un vaisseau enleveur de mines, demeura à son poste en dépit de déchirures multiples du grêle et du côlon descendant.Heureusement, il a pu survivre.Cette guerre nous permet aussi de voir de temps à autre, les blessures par « éclatement » de la région de l\u2019anus.pr G.GORDON-TAYLOR: TRAITEMENT ACTUEL DES PLAIES DE GUERRE 15 * + « Blast.» On parle souvent de nos jours, de la lésion dite de « blast».Le thorax lui est beaucoup plus susceptible que l\u2019abdomen.Le poumon dans les cas de « blast », se caractérise par une expectoration et un ballonnement de la partie inférieure du thorax.L\u2019aspect radiologique en est si typique au bout de quelques heures, qu\u2019un radiologiste compétent peut en faire le diagnostic sans difficulté.Une laparotomie sous anesthésie générale en tel cas, est naturellement désastreuse.L\u2019abdomen présente aussi des lésions typiques au «blast».Tels sont: les hématomes du rétro-péritoine, les extra-vasations péri-ré- nales, inter-mésentériques encerclant la paroi de l\u2019intestin.Zuckermann à la suite de ses recherches chez l\u2019animal expérimental, à observé que les lésions pétéchiques consécutives au «blast» étaient plus fréquentes dans le côlon que dans l\u2019intestin grêle.Chez l\u2019homme, par ailleurs, c\u2019est justement l\u2019opposé.Une autre condition importante, c\u2019est celle à laquelle, le docteur MacWilliams a donné le nom de « blast par immersion ».Elle se rencontre chez les naufragés exposés aux détonations qui se font autour d\u2019eux dans l\u2019eau.Ces cas présentent souvent une rupture du grêle ou du cæcum ou du côlon ascendant.Certains de ces cas ont survéeu à l\u2019opération.* Comme l\u2019était le cas dans la dernière guerre, les lésions du côlon sont plus fatales que celles de l\u2019intestin grêle.Le prolapsus du grêle a lui seul, n\u2019est pas bien fatal, mais s\u2019il y a en plus du prolapsus, une lésion de l'intestin, la mortalité monte à environ quatre-vingt pour cent des cas.Lésions thoraco-abdominales.La proportion des cas où l\u2019abdomen et le thorax sont lésés tous les deux à la fois, demeure à peu près la même que durant la dernière guerre.À peu près soixante pour cent de ces cas survivent.Tel qu\u2019on s\u2019y attendrait, les lésions thoraco-abdominales du côté droit sont moins sévères que celles du côté gauche où le pourcentage des survies est de cinquante pour cent environ.Sur le côté gauche, l\u2019estomac, la rate et l\u2019angle splénique du côlon sont particulièrement vulnérables.La morbidité consécutive à ces lésions n\u2019est pas nécessairement considérable.Dans la vie civile, plusieurs de ces cas ont pu vivre une vie assez normale, et, en certains cas, très utile.Certaines de ces victimes ont même pu participer à une seconde guerre.À ce sujet, permettez-moi de vous signaler le cas d\u2019un colonel canadien qui avait été décoré de la « Croix Victoria » pendant la dernière guerre.Celui-ci avait été victime d\u2019une lésion thoraco-abdominale dans laquelle deux perforations de l\u2019estomac avaient été suturées par la voie thoracique.En plus, on lui avait fait une splénectomie, et un fragment d\u2019explosif avait été enlevé.Ce brave soldat passa au travers de tout cela, et il put diriger son régiment vers Cologne au temps de l\u2019armistice.À l\u2019heure actuelle, ce même soldat, ce héros et véritable Agamemnon est maintenant commandant en chef de la première division militaire canadienne outremer.Je vous ai parlé de nul autre que du major général Pearkes, V.C.* * La statue de St-Georges, le saint patron anglais, que vous voyez sur l\u2019écran, a pour nous une double signification: elle représente tout d\u2019abord la maîtrise graduelle et sûre par la Chirurgie des problèmes de médecine militaire, et elle laisse entrevoir des triomphes futurs encore plus grands.Cette même statue personnifie encore le triomphe final de nos armées victorieuses sur le Boche et ses hordes de bourreaux et d\u2019assassins qui ont répandu de par toute l\u2019Europe, le sang, le carnage et la dévastation. ACHALASIE DUODÉNALE CONSIDÉRATIONS CLINIQUES, RADIOLOGIQUES ET THÉRAPEUTIQUES Par Antonio CANTERO Les dyskinésies duodénales par leur fréquence et par les symptômes qu\u2019elles déterminent devraient prendre dans l\u2019esprit du médecin une place égale en importance à l\u2019ulcère, au cancer, aux gastrites chroniques, à la lithiase biliaire, bref à toutes les affections courantes du tube digestif et de ses annexes.Mais il arrive que le transit duodénal reste entre physiologistes, cliniciens et radiologistes un sujet de controverses animées.À l\u2019heure actuelle, on ne s\u2019entend pas sur les frontières du normal et du pathologique dans les particularités motrices du duodénum.Pour nous, les troubles de la motilité duodénale grandissent en valeur clinique à mesure que nous apprenons à les observer, à les évaluer et à les corriger.Les altérations du transit duodénal peuvent s\u2019énumérer comme suit: fermeture complète ou partielle de la lumière du conduit, stagnation, dilatation et troubles péristaltiques en amont.Classification d'après la cause La fermeture partielle ou complète de la lumière duodénale tient à deux grandes classes de causes: À, les causes mécaniques ou organiques; B, les causes fonctionnelles.A.\u2014 LES STASES MÉCANIQUES sont connues depuis deux siècles et davantage.En 1733, Calder (7) décrit l\u2019atrésie congénitale du duodénum; en 1752, Boernerus (5) observe l\u2019iléus de ce segment digestif; en 1762, De Haen (10) rapporte un cas de compression par le pancréas.Par la suite, la liste des stases organiques du duodénum s\u2019allonge vite, surtout au début du présent siècle, grâce aux constatations chirurgicales, radiologiques et nécropsiques.Les agents de stase organique du duodénum se résument par le tableau ci-dessous.et Albert JUTRAS (Montréal).De toutes ces causes, la compression par l\u2019artère mésentérique supérieure et le pédi- cule du mésentère est la plus communément invoquée.Rokitansky (24) exposa cette possibilité dès 1863 et la décrivit comme entité morbide.Plus tard, Glénard (16) (1889) et Kundrat (19) (1891) en rapportèrent des cas.A l\u2019avènement de la radiologie le syndrome raviva l\u2019intérêt, Albrecht (2) (1899); le passage retardé du liquide opaque pouvait se constater à l\u2019écran.Bien qu\u2019on trouve des contributions:à cette étude dans toutes les langues, c\u2019est assurément en France qu\u2019on a donné le plus de foi à la pince ou compas mésentérique comme agent strangulateur du duodénum.Outre la thèse de L.-A.Petit (22) en 1900, mentionnons, d\u2019une façon toute spéciale, les travaux de Pierre Duval, J.-Chs, Roux et H.Béclère (11).Au Canada français, les études de cette question se limitent aux publications de Achpise et Com- tois (1) et de Pierre Smith (26), sans compter un travail en collaboration avec M.Fauteux *.Chez tous les auteurs de tous les pays on retrouve les mêmes descriptions du mécanisme de cette compression.La troisième portion du duodénum d\u2019une part s\u2019appuie en arrière sur l\u2019aorte abdominale et sur la convexité du rachis lombaire; d\u2019autre part, elle est croisée en avant, sur la ligne médiane, par le pédicule du mésentère et le tronc de l\u2019artère mésentérique supérieure.Une autre artère croise en avant le duodénum: la colica media, première branche de la mésentérique supérieure.Elle se dirige en bas et à droite pour s\u2019épanouir sur le côlon ascendant.On suppose que si l\u2019angle hépatique du gros intestin tombe dans le bas-fond abdominal, 1.Jutras, A.Cantero, A., et Fauteux, M.: « Statique duodénale et gastroptose», Union Méd.Can., 64: 1045, 1935. CANTERO Er JUTRAS: ACHALASIE-DUODÉNALE - 17 STASES MÉCANIQUES DU DUODÉNUM atrésie Malformations < coudures.~ intrinsèques ; tumeur Lésions ; extrinsèques (compression) | observation très courante chez les longilignes asthéniques, la traction sur ce vaisseau détermine une compression assez forte pour oblitérer la lumière du duodénum qui passe derrière.Ainsi la branche mobile et antérieure de ce que l\u2019on nomme la pince ou le compas mésentérique se forme de deux artères: le tronc de la mésentérique supérieure et sa collatérale, la colica media.D\u2019après un mécanisme très simple, on a été conduit à penser que tous les facteurs de ten- ( complète, partielle.brides ou adhérences congénitales.ectopies, malpositions.mobilité anormale, laxité péritonéale.{ tumeurs bénignes ou malignes.duodénite, - inflammation ulcération, réactions fibro-plastiques.diverticule.déglutis, corps étrangers caleuls biliaires.estomac, foie, voies biliaires, pancréas, reins, péritoine, etc.néoplasiques, adénopathies inflammatoires.brides péritonéales inflammatoires.hydro-cholécyste.rein ptosé.anévrysme de l'aorte, compression par l\u2019artère mésentérique supérieure, la colica media et le pédicule du mésentère.sion sur l\u2019une ou l\u2019autre de ces artères ou sur le pédicule du mésentère a pour effet de coincer le duodénum: ptose colique, ptose rénale, insuffisance de la sangle abdominale, mésentère court, malpositions coliques droites, etc.Sans nier la pince mésentérique, nous croyons son action beaucoup moins fréquente qu\u2019on ne l\u2019a dit; cela pour plusieurs raisons.1.Dans la plupart des cas, la stase procède par intermittences [obstruction chronique intermittente des Américains Case (8), Frie- PE 18 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 FIG.1 STASES DUODENALES MECANIQUES BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 STASES DUODENALES FONCTIONNELLES 9 1.Genu superius inversé par mobilité anormale.\u2014 2.Dilatation sus-vatérienne par appui excessif sur le mésocôlon transverse.\u2014 3.Duodénum mobile et inversé avec stase au point déclive.\u2014 4.Atrésie complete en D3; se rencontre chez le nouveau-né et entraîne la mort en quelques jours.\u2014 5.Rétrécissement irrégulier par cancer primitif; extrêmement rare.\u2014 6.Occlusion duodénale par calcul biliaire passant par fistule vésiculo-duodénale.\u2014 7.Spasme trés marqué en D3; avec stase et dilatation en amont.\u2014 8.Même phénomène à un degré moindre.\u2014 9.Premier degré de l\u2019achalasie duodénale.denwald et Feldman (14)]; autrement dit, le sujet n\u2019ayant aucunement changé de position, on voit tout-à-coup la stase s\u2019interrompre pour reprendre après un intervalle indéterminé.S'il s\u2019agissait vraiment et seulement d\u2019une action mécanique, le trouble ne devrait pas cesser sans raison au cours d\u2019un même examen, disparaître le lendemain pour revenir le surlendemain.2.La position genu pectorale ou à quatre CANTERO ET JUTRAS: ACHALASIE DUODÉNALE 19 pattes qui théoriquement ouvre le compas mésentérique ne met fin au phénomène ni avec la fréquence ni avec la netteté qu\u2019on a prétendu.3.Les suspensions chirurgicales du côlon et du rein droit pour lever la compression et rétablir le flux duodénal aboutissent, à ce dernier point de vue, plus souvent à l\u2019insuccès qu\u2019à la Duvd erm P.be nresent.Fig.2.\u2014 Le compas artériel périduodénal (3e portion) ; en arrière, l\u2019aorte; en avant, la mésentérique supérieure.(Pierre Duval, J.-C.Roux et H.Béclère : Etudes médico-radio-chirurgicales sur le duodénum.Masson et Cie, édit, Paris, 1924.) réussite d\u2019après nos propres observations comme d\u2019après beaucoup d\u2019auteurs.C\u2019est notamment l\u2019opinion de Robertson (23), de Balfour et Gray (3), qui soutiennent que, dans l\u2019obstruction duodénale chronique, il faut chercher ailleurs qu\u2019à l\u2019artère mésentérique la cause de la stase puisque la duodéno-jéjunostomie leur a fourni peu de résultats satisfaisants.On a démontré, soit par moulages (Connor) (9), .soit par des recherches mécaniques sur le cadavre (Halpert) (17), qu\u2019il est impossible d\u2019oblitérer les segments D* et D* en essayant de les comprimer contre le rachis par traction sur le mésentère et l\u2019artère mésentérique supérieure.Pour y parvenir il faudrait une lordose lombaire excessivement accentuée.L\u2019inutilité des ceintures orthopédiques constitue un autre argument contre la corde mésentérique cause commune de stase duodénale.Enfin, s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une simple action physique, il faudrait expliquer pourquoi on obtient plus de guérisons par le traitement médical que par la chirurgie.Quand l\u2019écrasement mécanique du duodénum est mis hors de cause, il ne reste guère d\u2019autre alternative que de s\u2019en prendre à une perturbation du système nerveux autonome.B.\u2014 LES STASES FONCTIONNELLES.\u2014 Nous avons donc été amenés, dans la plupart de nos malades, à considérer la stase duodénale comme un trouble neuro-musculaire tantôt rat- tachable à une lésion coïncidente (ulcus, lithiase, cancer gastrique, appendicite, côlite, annexité, périviscérite, etc.), tantôt comme entité pure, essentielle, idiopathique.Physiopathologie des stases fonctionnelles Nous savons déjà que les dilatations duodénales secondaires à des lésions à distance comme le cancer de la petite courbure gastrique, l\u2019uleus du bulbe, le cholécystite, etc.agissent par l\u2019inhibition du pneumogastrique (Fraser) (13).Il est une notion élémentaire en physiologie digestive: quand un sphincter se spasme, il se produit une dilatation dans le segment immédiatement situé au-dessus; C\u2019est ainsi qu\u2019on observe la distension de l\u2019æsophage dans le cardiospasme, la dilatation de l\u2019estomac dans le spasme du pylore, ete.Hurst (18) a donné le nom d\u2019achalasie à ce défaut de relâchement des sphincters.Nous avons pensé qu\u2019il pouvait s\u2019agir de ce phénomène dans les stases idiopathiques du duodénum et c\u2019est ce qui nous a déterminé à utiliser le mot comme titre du présent travail.Mais existe-t-il un sphrincter anatomique sur les segments distaux du duodénum?Oschner (21) a écrit des épaississements en anneaux de la musculeuse entre les 3 et 10 centimètres qui suivent l\u2019ampoule de Vater.Cette découverte simplifierait les explications; Boothby (6) l\u2019a niée en se basant sur des études histologiques.N\u2019empêche que l\u2019on tend de plus à reconnaître l\u2019existence de sphincters purement physiologiques; en d\u2019autres termes, on pourrait avoir des groupes de fibres museu- laires que les dissections les plus fines et les examens microscopiques les plus poussés n\u2019auraient identifier mais qui se contractent en toute indépendance quand les parois des sec- 20 L'UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 teurs voisins se distendent [ (Wheelon et Thomas (27), Salmond (25)].Personnellement, nous avons maintes fois constaté, en injectant du baryum sous forte pression à l\u2019aide d\u2019un tube introduit dans le grèle, qu\u2019une brusque dilatation segmentaire entraînait une contraction vive et durable au-dessous.Chose curieuse, cette expérience engendre aussitôt un état nauséeux qui rappelle un des symptômes les plus communs de l\u2019achalasie duodénale.Fait plus important à notre avis, le spasme ne se produit pas toujours à la même distance de l\u2019extrémité libre du tube; tout se passe comme si l\u2019on se trouvait tantôt trop avancé, tantôt pas assez, dans un certain segment aux extrémités duquel existerait un équivalent sphinctérien.Le tractus digestif serait donc divisé en secteurs anatomiques par des sphincters macroscopiques bien connus tels que os- tium cesophagien, cardia, pylore, valvule iléo- cæcale, anus, ainsi qu\u2019en secteurs physiologiques par des shincters strictement fonctionnels.Ces sphincters latents apparaissent dans des zones où ni le vague, ni le sympathique, ne prédomine d\u2019ordinaire; mais, qu\u2019il se produise une excitation anormale sur l\u2019un ou l\u2019autre de ces systèmes le comportement musculaire s\u2019en trouvera déréglé.Le désaccord s\u2019exprimera d\u2019une part, par la fermeture prolongée de courts secteurs (achalasie), d\u2019autre part par la dilatation des segments intercalaires.L\u2019explication paraît vraisemblable pour l\u2019a- chalasie duodénale.L\u2019anatomie nous apprend que le muscle de Treitz se divise en trois parties: 1, une portion supérieure constituée de fibres striées qui se fondent dans le pilier gauche du diaphragm (Heifmuskel) ; 2, une courte portion moyenne qui est formée de tissu fibro-élastique et donne attache en haut aux fibres striées de la portion supérieure, en bas à la troisième portion; 3, cette troisième portion se compose de fibres musculaires lisses qui continuent les fibres longitudinales de la musculeuse duodénale.Les fibres de la troisième portion s\u2019atrophient plus ou moins chez l\u2019adulte mais elle conservent leur innervation sympathique qui peut s\u2019étendre jusqu\u2019au voisinage de D3.Ainsi se conçoit un mécanisme de dérèglement analogue à ce qu\u2019on peut produire sur le grêle par distension brusque ou autre excitation.Si l\u2019on veut aller plus loin dans l\u2019analyse du phénomène il faut considérer quelques notions pharmacodynamiques.On säit que l\u2019excitation du vague ne peut se transmettre sans la présence d\u2019acétylcholine de même que le sympathique ne peut agir en l\u2019absence de sympathine.On sait aussi qu\u2019il existe normalement dans les tissus une enzyme qui détruit par hydrolyse l\u2019acétylcholine; c\u2019est la choline estérase.L\u2019excès de cet estérase en un point donné empêche l\u2019action cholinergique du vague et détermine la prédominance sym- pathergique.Nous basant sur les concepts ici résumés, nous avons cherché dans l\u2019acétylcholine le moyen de rétablir l\u2019équilibre vago-sympathi- que; les résultats paraissent confirmer nos vues.Symptomatologie Rien n\u2019est moins sûr que le diagnostic clinique de l\u2019achalasie primitive du duodénum; c\u2019est en définitive la radiologie qui l\u2019établit.Il est très rare, en effet, que les requêtes d\u2019examen radiologique mentionnent la stase duodénale comme hypothèse.On pense plutôt à l\u2019ul- eus gastro-duodénal, à la sténose pylorique, à la lithiase biliaire, etc.Il n\u2019existe de l\u2019affection aucun signe physique qui ait un caractère distinctif.Tout au plus peut-on noter de la sensibilité à la pression sur l\u2019épigastre et une certaine contraction locale de défense de la paroi abdominale.Deux grands groupes de symptômes permettent d\u2019orienter le diagnostic: 1° ceux qui tiennent de la stase elle-même; 2° ceux qui résultent de l\u2019auto-intoxication.: 1° La stase et la dilatation se manifestent par une sensation de plénitude, de tension épigastrique.Cette gêne apparaît d\u2019ordinaire au cours du repas ou peu après, souvent même dès les premières bouchées.Ces malades, qui se mettent à table avec appétit, se trouvent pré- CANTERO ET JUTRAS: ACHALASIE DUODÉNALE - 21 maturément satisfaits; ils éprouvent même des nausées qui peuvent conduire au vomissement.Les sujets contractent l'habitude de petits repas fréquents ou d'ingestions extrêmement espacées.| Bien qu\u2019une aérophagie réflexe se produise dans certains cas, le plus communément les patients se croient à tort en aérogastrie et cherchent à éructer des gaz qu\u2019ils n\u2019ont pas.Si par hasard ils parviennent à expulser un peu d\u2019air, le soulagement n\u2019a rien de comparable en intensité et en longueur au bien-être que les vrais aérophages accusent après s'être dégonflés.Ce sont 13 des constatations très faciles à la fluoroscopie.La sensation de tension devient parfois une forte douleur allant jusqu\u2019à simuler la colique.Naturellement quand la crise aboutit au vomissement, il s\u2019en suit une grande prostration avec céphalée.2° Parmi les conséquences de l\u2019auto-intoxication duodénale, signalons en premier lieu les migraines.Duval, Roux et Béclère (11) reconnaissent trois variétés de migraines duodénales: a, l\u2019une très violente, coïncidant en général avec des douleurs abdominales et se terminant par des vomissements et de la diarrhée; b, des migraines très fortes qui durent de 12 à 24 heures et s'accompagnent de vomissements mais non de douleur; c, des céphalées prolongées pendant plusieurs semaines, avec nausées mais sans vomissement important.On comprend en outre que des individus, s\u2019abstenant de manger ou ne pouvant le faire en raison de leurs malaises, maigrissent et se débilitent.Chez les longilignes, les plus souvent frappés, la ptose et l\u2019atonie viscérales plus ou moins latentes ou amorcées, s\u2019accusent progressivement.Ainsi se trouve réalisé un cercle vicieux: la stase agrave la ptose et la ptose augmente la stase.Cette déchéance graduelle de l\u2019organisme, cette dénutrition très affaiblissante finit par retentir sur le psychisme du malade.Alors que c\u2019est souvent un trouble moral, une émotion forte, un chagrin prolongé, le surménage intellectuel qui ont déclenché le syndrome, ce dernier perturbe à son tour les facultés et le caractère; l\u2019entourage finit par croire à une psychopathie.D\u2019autres symptômes, tenant d\u2019une mauvaise excrétion hépato-biliaire et pancréatique, s\u2019ajoutent au tableau précédent.Il faut en effet considérer que les canaux du foie et du pancréas aboutissent à l\u2019ampoule de Vater.Sous l\u2019influence de la pression augmentée dans le duodénum, l\u2019extrémité commune de ces conduits se trouve comprimée, ce qui gêne le drainage en amont.Un jour, on démontrera peut- être que la stase duodénale est à l\u2019origine de certaines maladies du foie et du pancréas.Nous en avons la prescience dans la belle observation de Louis-H.Gariépy (15) qui a vu un diabète ancien et sérieux disparaître chez une de ses patientes opérée avec le diagnostic d\u2019ulcus duodénal alors qu\u2019elle n\u2019avait qu\u2019une dilatation idiopathique du duodénum.Si l\u2019intoxication duodénale dépend surtout d\u2019une absorption prématurée de polypeptides ainsi que des sécrétions pancréatiques et biliaires, elle s\u2019explique encore par la flore microbienne dont la virulence s\u2019exagère à la faveur de la stagnation; on est en droit de supposer que des produits septiques sont absorbés en quantité plus ou moins marquée.Voilà pourquoi la symptomatologie s\u2019enrichit des malaises propres à la duodénite chronique qui peut dériver de la stase duodénale comme les gastrites chroniques de la sténose du pylore.Examen radiologique La complexité des facteurs qui favorisent l\u2019achalasie duodénale et des conséquences locales ou à distance de cette pertubation, font que le clinicien ne peut se passer des renseignements de la radiologie; en d\u2019autres mots, si la clinique fait présumer la stase duodénale c\u2019est l\u2019examen aux rayons X qui en donne la certitude et en établit la modalité.La fluoroscopie fournit dans cette recherche les signes les plus nombreux et les plus précis.Les radiographies en séries avec et sans compression, serviront toutefois à enregistrer des images caractéristiques lesquelles permettront 22 L'UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 de scruter à fond le relief muqueux et y découvrir les fines altérations suggestives de duodénite.Radiologiquement, la stase duodénale se manifeste à des degrés variables sans qu\u2019il y ait parellélisme entre l'importance des signes radiologiques et des signes cliniques.Ceci dit, voyons done ce qui se passe.Une première bouchée de bouillie opaque a franchi le pylore; le bulbe se dessine, se dilate un moment, se contracte et se vide; le baryum descend dans la deuxième portion du duodénum et vient choir au point déclive du genu inferius; au lieu de progresser il reste là et Fig.3.\u2014 Stase duodénale vraiment causée par la pince mésentérique.Il faut noter les caractères du rétrécissement.Rappelons, au préalable, que le passage du hol alimentaire dans un duodénum qui fonec- tionne normalement est trés rapide.Sans vouloir poser une limite rigoureuse, disons qu\u2019un transit duodénal qui dure plus de trente secondes doit être estimé comme retardé.Feld- man (12) soutient qu\u2019on peut parler de rétention quand le baryum séjourne dans le duodénum pendant plus de deux cycles complets de péristaltisme stomacal.prend la forme d\u2019une cuvette.Après une attente plus ou moins longue selon l\u2019activité de l\u2019estomac et les manipulations de l\u2019examinateur, de nouvelles quantités de liquide viennent s\u2019ajouter.À mesure que la baryte augmente, les dimensions de la lumière duodénale deviennent excessives.On se trouve déjà ea possession de deux renseignements: arrêt dans la progression du bol alimentaire et dilatation dans les segments où la stase a lieu. CANTERO ET JUTRAS: ACHALASIE DUODÉNALE En recherchant ce qui s\u2019oppose à la marche en avant, on voit d\u2019ordinaire dans le secteur de transition entre la troisième et la quatrième portion, un changement plus ou moins brusque dans la morphologie de la colonne opaque.Quand l\u2019obstruction est complète, ce qui est exceptionnel, la masse barytée dessine une extrémité boudinée dont la tangente est habituel- 23 compression soit strictement régulier.En outre, comment expliquer que subitement, sans motif décelable, la constriction disparaisse, laisse libre passage et se reconstitue après quelques secondes?Un écrasement sur deux faces n\u2019aurait pas cette régularité concentrique et devrait persister aussi longtemps que s\u2019exerce la pression.La sténose est loin de toujours Fig.4.\u2014 Achalasie duodénale du premier degré: spasme en D°-D*; légère distens:on en amont; péristaltisme violent \u2014 de lutte.lement verticale en face du rachis.En présence d\u2019un tel aspect, il semble bien difficile, en première analyse, de rejeter l\u2019action de la pince mésentérique.| Mais voilà! Sous l\u2019influence d\u2019une tension trop forte et avec un peu de temps, l\u2019obstruction cesse d\u2019être absolue; on voit alors un mince filet de 2 à 3 em.de longueur continuer l\u2019axe du cylindre opaque et joindre une quatrième portion tout à fait normale par son calibre, sa situation et le relief de sa muqueuse.On conçoit alors avec peine qu\u2019une pince à branches inégales de grosseur produise premièrement un rétrécissement circulaire plutôt qu\u2019angulaire; secondement, que cet anneau de posséder les caractères qui viennent d\u2019être mentionnés.Le plus souvent la troisième partie du duodénum se présente comme un cône irrégulier qui se dirige obliquement de bas en haut vers l\u2019hypocondre gauche; la pointe du cône empiète rarement sur la quatrième portion ; cette dernière dans l\u2019intervalle des relâchements spasmodiques offre l\u2019image en feuille de fougère caractéristique de la muqueuse duodénale retenant un peu de baryum dans ses replis.Dans les stases légères c\u2019est simplement une nuance dans le degré d\u2019opacification entre la troisième et la quatrième portion. 24 L'UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 Si la sténose siège le plus souvent au point théorique d\u2019 entrecroisement de l\u2019artèré mésentérique supérieure il se trouve aussi plus loin ; on rencontre même l'obstacle de temps à autre au voisinage immédiat de l\u2019angle duodéno- jéjunal.Les troubles de la motricité sont toujours semblables dans le syndrome radiologique de la torsions.Si l\u2019obstacle résiste à çes heurts précipités, les contractions renversées font revenir le baryum vers le bulbe qui peut se décharger à son tour dans l\u2019estomac.Un antipéristaltisme net avec reflux du contenu duodénal dans l\u2019estomac est pour certains auteurs la manifestation indiscutable d\u2019un état pathologique; pour Barclay (4) le phénomène resterait sans si- Fig.5.\u2014 Image courante de stase duodénale par achalasie au troisième stade.Le genu inferius est dilaté, atone avec muqueuse affaissée.stase duodénale.Dans les formes les plus atténuées, on constate une série de contractions inefficaces dans l'intervalle desquelles la baryte revient vers le genu inferius selon les seules lois de la pesanteur, semble-t-il.À un stade plus avancé, il existe de véritables contractions à rebours; cet antipéristaltisme, alternant avec le péristaltisme normal en un jeu de va-et-vient rapide, produit un brassage qui donne au genu inferius un balancement pendulaire ou des con- gnification chez ceux qui n\u2019accusent aucun symptôme digestif.Comme la stase duodénale apparaît le plus couramment chez les sujets a biotype longiligne le pôle inférieur de l\u2019estomac opacifié, en descendant bas, vient se superposer et masquer les troisième et quatrième portions.On dégage celles-ci soit en pivotant l\u2019examiné en position oblique antérieure droite, soit en pressant l\u2019estomac vers le haut.Au cours de cette CANTERO ET JUTRAS: ACHALASIE DUODÉNALE 25 dernière manœuvre, on auräà soin de ne pas exagérer la compression du duodénum sur la colonne vertébrale.Si on procède avec douceur, c\u2019est-à-dire en évitant de créer une vraie stase par action mécanique, on voit le spasme se relâcher par moments ce qui prouve, une fois de plus, que le phénomène n\u2019est pas extrinsèque mais intrinsèque.En outre, les positions à quatre pattes et genu pectorale, qu\u2019on a préconisées pour ouvrir le compas mésentérique, ne paraissent que rarement ouvrir la barrière.Il en est de même de la technique de Hayes qui consiste à presser l\u2019abdomen de bas en haut et de droite à gauche en vue de soulever le cæcum pour diminuer la traction sur le pédicule mésentérique et ses Vaisseaux.Le décubitus dorsal ne favorise pas davantage le transit duodénal puisqu\u2019il met la deuxième portion et le genu inferius sur un plan inférieur à la troisième portion qui s\u2019appuie alors fortement sur le rachis qu\u2019elle croise.Dans les cas les plus légers, on ne constate que l\u2019hésitation du baryum à franchir la jonction D?\u2014 D*, quelques mouvements de brassage et d\u2019antipéristaltisme.À un degré plus marqué la dilatation est plus forte, les troubles moteurs mieux caractérisés et le genu inferius forme une petite cuvette d\u2019atonie tout à fait identique à ce qui se présente dans l\u2019ectasie de l\u2019estomac.Dans ces deux premiers stades, on n\u2019observe que par exception de la rétention gastrique et duodénale à la sixième heure après le repas opaque; le plus souvent l\u2019_évacuation est complète dès la troisième ou la quatrième heure.Mais, retenons-le bien, pendant toute la durée de la vidange stomacale on trouve du baryum stagnant dans le duodénum.Au troisième degré, que nous appellerons la forme extrême, l\u2019excessive dilatation s\u2019accompagne d\u2019une grande paresse de la- musculeuse; les mouvements antipéristaltiques eux-mêmes sont sans force et peu fréquents.L\u2019augmentation de calibre se fait non seulement sur le diamètre transversal mais dans le sens longitudinal ce qui augmente la distance du genu supe- rius au genu inferius; le bulbe lui-même peut participer à la dilatation et on le trouve souvent doublé ou triplé de volume.Dans les formes frustes, le relief de la muqueuse n\u2019est guère changé.Quand il commence à se modifier c\u2019est dans le sens de l\u2019hypertrophie; les plis paraissent plus nombreux, plus épais et portent une multitude de petites aréoles claires qui traduisent le gonflement des follicules lymphatiques.C\u2019est le stade de l\u2019hypertonie de la museuleuse qui augmente sa vigueur pour lutter contre un obstacle; c\u2019est aussi la période où la muqueuse met en jeu ses moyens de défense antimicrobienne.Lorsque l\u2019épuisement se manifeste, la muqueuse perd son relief.Les plis deviennent rares, étroits et.bas; par des traits clairs, ils dessinent un lacis à larges mailles, une mosaïque que l\u2019on a comparée au dos de la tortue; dans certains cas, ils s\u2019effacent complètement.Dans cette atonie extrême du duodénum le péristaltisme et l\u2019anti- péristaltisme sont très faibles sinon absents; c\u2019est alors qu\u2019on trouve de la rétention gastro- duodénale après la sixième heure.S1 les plis de Kerkring sont irréguliers dans leurs contours, interceptés dans leur trajet, mal définis, grossiers ou complètement effacés, il y a tout lieu de croire à une duodénite associée.Dans ces conditions, il devient difficile de préciser si l\u2019achalasie est cause ou conséquence de l\u2019inflammation muqueuse.Sur le duodénum dilaté par spasme à l\u2019union de D* et D*, on découvre souvent des diverticules de toutes dimensions.L\u2019observation est conforme & la théorie de Lins- mayer (20) qui, à l\u2019aide d\u2019un très gros matériel d\u2019autopsie, prétend que les sacculations du duodénum résultent d\u2019une pression augmentée sur des parois affaiblies en certains points par des îlots aberrants de pancréas con- génitalement inclus.| Quelle que soit l\u2019intensité de la stase, le palper manuel ou instrumental du duodénum sous contrôle fluoroscopique provoque assez généralement de la douleur; tout au moins, il exagère les malaises, en particulier les nausées; parfois, 11 déclenche le vomissement. 26 L'UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 Tous ces symptômes radiologiques sont enregistrés avec une grande fréquence par les radiologistes qui se donnent la peine de les rechercher.Reste à discuter dans quelle mesure on doit leur attribuer une importance pathologique.Avec une expérience de plusieurs centaines de cas de toutes variétés, nous croyons devoir dire ceci: quand la stase duodénale coexiste avec d\u2019autres lésions évidentes comme l\u2019uleus du bulbe, la cholécystite caleuleuse, l\u2019appendicite chronique, ete, elle passe au second plan et il est légitime d\u2019espérer sa disparition par la guérison de la lésion organique.Nous en possédons de nombreux exemples.Si l\u2019on ne peut établir la preuve de maladies organiques dans les viscères abdominaux, la stase duodénale prendra la préséance dans les préoccupations du thérapeute.La coïncidence de la gastro-coloptose se constate à un taux élevé.Ce n\u2019est pas contre cet état qu\u2019il faut lutter en premier lieu; c\u2019est contre la stase duodénale.Par le traitement indiqué plus loin, nous avons assisté à des transformations tellement éclatantes que nous avons fini par croire que dans la ptose gastro- intestinale le foyer des troubles siège au duodénum.Etiologie La fréquence de la stase duodénale varie avec les auteurs et avec le sens qu\u2019on donne à ce vocable.Avec notre manière d\u2019évaluer ce trouble moteur, nous le rencontrons à l\u2019état pur ou associé à d\u2019autres affections abdominales, dans 20% environ des malades soumis à notre examen radiologique.L\u2019âge exerce une influence incontestable.Plus les sujets vieillissent, plus ils sont exposés, à cause de la déchéance des tissus en général, de la musculature en particulier.Nous avons observé des formes graves d\u2019achalasie duodénale chez des enfants de neuf et de douze ans; mais ces cas sont rares.Chez les vieillards le trouble est commun.Comme la plupart de nos malades se recrutent dans l\u2019âge moyen, c\u2019est-à-dire de vingt à cinquante ans, c\u2019est naturellement dans ce groupe que se constitue le gros du contingent.Le sexe féminin prédomine dans notre statistique.Sur un total de 323 cas, Feldman (12) compte 178 femmes et 145 hommes.Faisons cependant remarquer que plus de femmes que d'hommes subissent l\u2019exploration radiologique.Ajoutons enfin que le beau sexe possède un système neuro-musculaire plus fragile.Evolution et pronostic La duodéno-achalasie procède par poussées de plusieurs semaines à plusieurs mois au cours desquels le sujet maigrit, pâlit, jaunit, perd des forces et le contrôle de ses nerfs.Durant cette période, la menace d\u2019infections intercurrentes se fait grave en raison de l\u2019affaiblissement des résistances.Nous avons vu des formes torpides de tuberculose pulmonaire prendre alors une allure accélérée et conduire à la mort en quelques semaines.Dans l\u2019ensemble, le pronostic est bon.Tout à coup, le plus souvent pendant les vacances ou après la disparition des soucis ou du surmenage, la face des choses change: le malade se met à manger, engraisser et dormir; les migraines s\u2019atténuent progressivement; le tonus moral et physique revient.Les gains en poids se chiffrent d\u2019habitude de quinze à vingt livres, ce qui représente les pertes subies au cours de la phase troublée.Tout ira bien jusqu\u2019au jour où reviendront les inquiétudes, les chagrins, les excès de travail; dès lors, le cycle recommencera.Si la dyspepsie nerveuse existe, l\u2019achalasie duodénale en est l\u2019expression la plus authentique.° Traitement Il va sans dire que les stases duodénales par obstruction mécanique ne guérissent que par la chirurgie.Dans les compressions par brides, adénopathies, tumeurs bénignes, ete., il suffit de lever 'obstacle extrinséque; quand la pince mésentérique peut vraiment étre la cause de la gêne, la duodéno-jéjunostomie apparaît comme l\u2019opération logique bien que ses résultats à date soient médiocres.S\u2019il y a lésion intrinsèque, une résection segmentaire s\u2019impose CANTERO ET JUTRAS: ACHALASIE DUODÉNALE 27 avec des abouchements qui varient selon la localisation.La stase duodénale fonctionnelle, l\u2019achala- sie dont nous avons parlé, relève d\u2019un traitement purement médical.Le principal élément de guérison est le tubage suivi de la douche transduodénale.Pour le tubage duodénal, nous employons exclusivement la sonde de Levine par voie transnasale.Cette sonde franchit le pylore avec beaucoup plus de facilité que le tube d\u2019Einhorn et nécessite moins souvent la vérification fluo- roscopique de la mise en place.Elle suit sans difficulté la voie gastrique et si, par hasard, elle bute sur un pylore contracté, il suffit d\u2019injecter un peu d\u2019huile d\u2019olive chaude pour obtenir passage.Le drainage du duodénum doit se faire uniquement par gravité.Lorsque le tube atteint la deuxième portion, on amorce l\u2019écoulement soit par quelques aspirations à la seringue, soit par l\u2019injection d\u2019une petite quantité d\u2019eau ou mieux d\u2019huile d\u2019olive chaude pour provoquer l\u2019excrétion biliaire et pancréatique.Une fois le siphonage en marche, le malade se couche sur le côté droit et l'extrémité libre du tube pend au-dessus du réceptacle qui doit recevoir le liquide.On laisse couler jusqu\u2019à l\u2019évacuation complète de la bile B, ce qui prend rarement plus d\u2019une heure.C\u2019est alors qu\u2019on procède à la douche ou lavage transduodénal.Un bock avec système goutte-à-goutte est adapté au tube.En deux heures (temps nécessaire pour éviter les nausées de distension par accumulation), on laisse passer de deux à trois cents centimetres cubes d\u2019une solution très diluée de permanganate de potasse (1/100,000), d\u2019argyrol (1/5,000) d\u2019eau oxygénée (1/1,000) ou de toute autre substance antiseptique.L'action de la douche est double: 1° balayage mécanique; 2° effet légèrement antiseptique et cicatrisant sur les microlésions secondaires.Cette combinaison de drainage et de douche doit être répétée deux ou trois fois par semaine pendant quelques mois, en moyenne deux ou trois.Il est habituel d\u2019entendre les malades avouer un bien-être extraordinaire durant les deux ou trois jours qui suivent chaque opération.De plus, on constate que la constipation rebelle de certains sujets s\u2019amende d\u2019étonnante façon.Médication.\u2014 Après avoir expérimenté la multitude des substances réputées pour leurs propriétés régulatrices du système nerveux autonome, notre choix s\u2019est fixé sur l\u2019acétylcho- line.Les bons résultats de cette substance ont grandement contribué à nous confirmer dans l\u2019idée que la stase chronique intermittente du duodénum est plutôt fonctionnelle qu\u2019organique et que le dérangement est d\u2019ordre vago- sympathique.Nous employons l\u2019acétylcholine de deux ma- niéres.Quand cela convient, nous administrons la solution aqueuse en injections intramusculaires à la dose d\u2019un centigramme tous les jours jusqu\u2019à la subsaturation, c\u2019est-à-dire jusqu\u2019à l\u2019apparition de vaso-dilatation périphérique et ralentissement du pouls.Quand les injections intramusculaires sont impraticables pour raisons sociales ou autres, nous donnons l\u2019acétvi- choline par voie buccale sous une forme bro- murée (Mecholyl) à la dose de deux cents milligrammes trois fois par jour, après les repas.Pour atténuer les réactions de l\u2019acétylcholine, nous lui associons la Prostigmine à la dose de quinze milligrammes trois fois par jour entre les repas *.Comme on a toujours affaire à des malades débilités et amaigris, il faut recommander un régime généreux et reconstituant: viandes, hydrates de carbone, vitamines, sels minéraux.Les graisses seront supprimées a cause de leur action ralentissante sur le transit.La sieste post-prandiale est préconisée.On défendra le surmenage sous toutes ses formes.Conclusions La stase duodénale s\u2019accompagnant de dila tation et de mouvements antipéristaltiques constitue une entité morbide qu\u2019il faut connaître, admettre et traiter.1.Pour nos expériences, le Mecholyl nous a été gracieusement fourni par Merck & Co.; l\u2019acétylcholine injectable et la Prostigmine par Hofimann-La Roche. 28 Elle se trouve souvent à l\u2019état isolé, c\u2019est- à-dire sans association d\u2019ulecus, de lithiase, de cancer, d\u2019appendicite ou d\u2019autre lésion abdominale.Le pincement mésentérique n\u2019explique qu\u2019un nombre restreint de stase duodénale.La stase duodénale est alors essentielle.La clinique fait soupçonner l\u2019affection par le syndrome de l\u2019intoxication duodénale et par ure sensation de plénitude gastrique dès le début du repas; c\u2019est la radiologie qui en fait la preuve.Le pronostic est rarement grave quant à la vie; mais, la stase duodénale entretient un état de dénutrition et de débilité qui amoindrit la résistance aux infections éventuelles.Les traitements chirurgicaux (gastro-entérostomie, duodéno-jéjunostomie, néphro ou colopexie) donnent rarement satisfaction.Le traitement médical, pourvu qu\u2019il soit poursuivi avec fidélité et précision, finit ordinairement par réussir.Ce traitement médical comporte: 1° un régime reconstituant (protéines, glucides, sels minéraux, vitamines) ; 2° le repos moral, mental et physique, ainsi que la vie au grand air; 3° le drainage et la désinfection du duodénum par la sonde de Levine (dégorgement du foie et du pancréas; topiques sur la muqueuse secondairement enflammée) ; 4° une médication d\u2019équilibre vago-sympathique, notamment l\u2019acétylcholine et la Prostigmine.BIBLIOGRAPHIE 1.ACHPISE, COMTOIS: Union Méd.Can, 56: 76 (février) 1927.2, ALBRECHT, P.A.: Virch.Arch.pathol.Anat., 156: 285, 1899.3.BALFOUR, D.C.et GRAY, H.K.: Surg.Clin.N.A, 12: 862, 1932.L'UNION MEDICALE DU CANADA \u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 .BARCLAY, À.E.: T'he Digestive Tract, Cambridge University Press, 1936.BŒRNERUS, F.: Acta Nat.curios.Norimb., 10: 225, 1752.BOOTHBY, W.M.: Boston M.et S.J., 117: 80, 1907.CALDER, J.: Med.Essays and Obst.Soc.Edinburgh, 1: 203, 1733.8.CASE, J.T.: Radiology, 9: 1, 1927.9.CONNOR, L.A.: Am.J.Med.Sc.10.11.12.13.14.ROKITANSKY, K.: .SALMOND, R.W.A.: Proc.Roy.8.Med., 21: .SMITH, P.: Union Méd.Can., 61: .WHEELON, H.et THOMAS, J.E.: Am.J.Phy- 33: 345, 1907.De HAEN, A.: Fatio Med, 3: 15, 1762.DUVAL, P., ROUX, J.C.et BECLERE, H.: Etudes Médico-Chirurgicales sur le Duodénum, Masson et Cie, Paris, 1924.FELDMAN, M.: Clin.Rœntg.Dig.Tract, W.Wood and Co., Baltimore, 1938.i FRASER, J.: Brit.M.J., 1: 359, 1926.FRIEDENWALD, J.et FELDMAN, M.: Arch.and Verdauungskr., 53: 20, 1933.GARIEPY, L.H.: Soc.Méd.Montréal.Union Méd.Can., 67: 75 (janvier) 1938.GLENARD: Presse Méd.Belge., 41: 57, 1889.HALPERT, B.: Bull.John Hopk.Hosp., 38: 409, 1926.HURST, A.F.: Guy\u2019s Hosp.Rep., 72: 436, 1921- i 1922., j .KUNDRAT: Wien.Med.Wchnschr., 41: 351, 1891.LINSMAYER, H.: Verch.deutsch.path.Ge- sellsch., 17: 445, 1914.OCHSNER, A.J.: Tr.Am.Surg.Ass., 23: 314, 1905.PETIT, T.A.: Thése de Paris, no.67, 1900.ROBERTSON, G.: Surg., Gyn.and Obst., 40: 206, 1925.Lehrbuch f.palh.Anat.Vienne, 1863.31: 1928.1141-1234- 1300 (oct.nov.déc.) 1932.siol., 59: 72, 1922. LA NÉPHRITE.QUELQUES-UNS DE SES ASPECTS! Par René DANDURAND, Médecin à l\u2019Hôtel-Dieu de Montréal.Il est presque impossible de résumer le chapitre des néphrites dans un espace de temps aussi court que celui qui nous est accordé au- jourd\u2019hui.Nous essaierons de considérer en peu de mots quelques aspects généraux des troubles fonctionnels rénaux.Nous parlerons de quelques types de néphropathies ou d\u2019affections rénales particuliers a un certain age de la vie, voire de 10 à 30 ans.Ces types de néphropathies sont les plus intéressants à éudier, les plus importants à connaître, dont l'utilité pratique est, à mon sens, considérable.La néphrite est un terme qui désigne une lésion rénale dont les troubles sont fonctionnels.La néphrite est une néphropathie compliquée d\u2019insuffisance fonctionnelle quant à l\u2019azote uréique ou au chlorure de sodium, ou à l\u2019acide-base du sang, ou à l\u2019eau, etc.A côté de cette néphropathie compliquée, ou de la néphrite, il existe des néphropathies simples chez lesquelles les lésions rénales ne s\u2019accompagnent pas de troubles des fonctions de l\u2019organe.Ainsi la néphropathie simple albumineuse, ou hématurique ou hypertensive.Que cette néphropathie vienne à se compliquer, comme c\u2019est la règle, d\u2019insuffisance rénale, elle deviendra néphrite.Dans le groupe de néphropathie simple, nous y faisons entrer l\u2019albuminurie orthostatique, l\u2019albuminurie bénigne constatée au cours de la scarlatine et même, a la rigueur, la néphrose lipoidique, etc.Dans ce groupe, les tests de l\u2019insuffisance rénale sont négatifs.Vous les connaissez tous ces tests.Ce sont: la constante d\u2019Ambard, le test de Van Slyke, le P.S.P., la recherche de l\u2019azote uréique dans le sang, du chlorure de sodium dans le sang.L\u2019analyse des urines révélera l\u2019existence d\u2019une néphrite aiguë albuminurique ou d\u2019une néphro- 1.Travail présenté au VIe Congrès de l\u2019Association Médicale Franco-Américaine, Boston, ler octobre 1941.se.La présence de globules rouges démontrera un phénomène congestif intense au niveau des glomérules.L\u2019albuminurie sera le signe d\u2019une lésion rénale soit au niveau des glomérules (néphrite) soit au niveau des tubes contournés (néphrose).La présence de cylindres hyalins n\u2019a pas plus de valeur que la présence d\u2019albumine.Les cylindres granuleux sont d\u2019un pronostic plus grave.Ils sont formés d\u2019albumine et de cellules épithéliales.Les cylindres graisseux se rencontrent au cours de la néphrose dans les corps biréfringents.Il est inutile de prolonger la liste.Il sera donc facile de déterminer l\u2019existence de telle ou telle néphrite ou de telle ou telle néphropathie simple.Ce type de néphropathie simple doit être connu, car la néphrite chronique typique, survenant sans cause vers quarante ou cinquante ans, n\u2019est souvent que le résultat d\u2019atteintes légères du rein qui ne laissent à leur suite aucun trouble fonctionnel, tant que le nombre des îlots atteints n\u2019est pas assez élevé pour mettre le rein en état d\u2019insuffisance.Mais lorsque ces atteintes se répètent assez souvent, lorsque les plages tubulaires lésées ne sont pas trop nombreuses, brusquement, sans une cause en apparence futile, l\u2019insuffisance fonctionnelle peut apparaître.La plupart des néphrites chroniques de causes inconnues qui sont si fréquentes, relèvent de ce mécanisme.Au début, nous avons laissé entendre que nous parlerions de quelques types de néphropathies particuliers à un certain âge de la vie.Nous avons choisi les néphropathies arrivant entre 10 et 30 ans, de l\u2019adolescence et des premières années de la vie adulte.Les plus graves sont les néphrites hypertensives consécutives à la scarlatine ou à une grippe, les néphroses lipoïdiques, le nanisme rénal; les plus bénignes, l\u2019albuminurie osthostatique, l\u2019hémoglobinurie paroxystique essentielle.Certes, ces maladies se rencontrent 30 L'UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 à tout Âge de la vie.Au début de leur évolution elles se rencontrent surtout à l\u2019adolescence ou aux premières années de la période adulte.Voilà pourquoi nous aurions voulu mettre comme titre: « Les néphropathies de l\u2019adolescence » pour bien étudier un néphritique dans son milieu ambiant, avec ses réactions extérieures, etc.Avoir à traiter un jeune homme atteint de néphrite hypertensive grave, ayant à ses yeux toute une vie à vivre avec toutes ses promesses, est une toute autre chose que de soigner un brightique de 60 ans dont tous les systèmes organiques ont eu le temps de s\u2019adapter peu à peu à sa maladie, tant le système cardio-vasculaire que le système nerveux périphérique ou central.Cet homme d\u2019âge mûr peut souvent prolonger sa vie de 10 ou de 20 ans, sl on a soin de ménager toutes ses fonctions, soit à la faveur d\u2019une hygiène alimentaire appropriée, soit à la faveur d\u2019un régime de vie idéal.Les néphrites les plus courantes à cet âge sont les néphrites azotémiques hypertensives, c\u2019est-à-dire les néphro-scléroses de Van Slyke.Au contraire, chez le jeune homme, le problème est différent.Les syndromes rénaux revêtent souvent la forme grave, qui peut parfois entraîner la mort; c\u2019est pourquoi il est important de faire un diagnostic juste.Nous nous permettrons de signaler tout d\u2019abord l\u2019affection rénale offrant le tableau le plus dramatique: le nanisme rénal.(Cf.fig.1.) Il nous a été permis d\u2019en observer sept à huit cas, dont deux récemment.* * * Observation 1.Dans le premier, il s\u2019agissait d\u2019une jeune fille de vingt ans qui, au moment de son arrivée à l\u2019hôpital, présentait tout le syndrome du coma et de l\u2019insuffisance cardiaque aiguë.Inconsciente, elle respirait bruyamment et sa pression artérielle était de 180/120.Il existait un bruit de galop au cœur.Les poumons étaient en œdème aigu.Il y avait absence d\u2019ædème aux membres ou à toute autre partie du corps.À l\u2019examen, il ne semblait pas y avoir de tares osseuses; les urines étaient rares, l\u2019azotémie à 6 grammes, la réserve alcaline à 25 volumes.L\u2019examen microscopique des globules nous donne le chiffre de 1,025,000 globules rouges, de 7,000 globules blancs, de 91% de polynucléaires; le Bordet-Wassermann est négatif.Aucune maladie infectieuse antérieure n\u2019est signalée.Pas de scarlatine, ni de typhoïde, ni de diphtérie, ni de grippes sévères.Les antécédents antérieurs de la malade sont donc négatifs.Au dire des parents, la jeune fille paraissait en bonne santé jusqu\u2019à un mois précédant son entrée à l\u2019hôpital.La céphalée a été le premier symptôme, puis ensuite la dyspnée, enfin l\u2019inconscience.La mort survint sept semaines après le début des premiers symptômes cliniques.Le diagnostic posé fut de nanisme rénal pur.L\u2019autopsie a confirmé, comme vous le verrez par le cliché.B: Reins.A: Surrénales.Fig.1 Le protocole de l\u2019autopsie se lit comme suit: « Hypertrophie légère du cœur qui est atteint de dégénérescence graisseuse.Atélectasie pulmonaire.Atrophie du foie avec dégénérescence graisseuse au début.Reins anormalement petits, pesant chacun 30 grammes.Sclérose splénique. DANDURAND: NÉPHRITE 31 Examen histologique Reins extrêmement petits, montrant des lésions complexes.1) Néphrite chronique foyers, avec sclérose.2) Lésions parcellaires de glomérulo-né- phrite.3) Néphro-angiosclérose marquée avec hya- lisation de quelques artères glomérulaires et des anses capillaires correspondantes.4) Aspect infantile ou plutôt fœtal de quelques glomérules.L\u2019extrême petitesse des reins et l\u2019état fœtal de quelques glomérules démontrent qu\u2019il devait exister un état primitif d\u2019hypoplasie rénale (Nanisme rénal).» (Signé) Dr J.-L.Riopelle.interstitielle en Observation 2.L\u2019autre observation concerne une jeune fille de 14 ans qui entre dans le service de chirurgie en vue d\u2019une opération.Elle se plaint d\u2019un goitre kystique bénin.L\u2019interne rapporte l\u2019existence d\u2019une hypertension légère: 135/80 et en avertit le chirurgien qui demande le dosage de l\u2019azote dans le sang, qui revient à 0.85.Les urines sont indemnes de tout élément pathologique.La diurése est de 1200 c.c.par jour.Le métabolisme est à 0.L\u2019azote résiduel est diminué.Le «maximum clearance» du Van Slyke est 4 13.La phosphatémie est à 3 mg.La calcémie & 13 mg.La calciurie de 150 mgm.en 24 heures.La réserve alcaline à 28 vol.Nous vous faisons grâce des autres analyses.Un mois plus tard, toutes les analyses ont été reprises.Toutes étaient sensiblement les mêmes, sauf que l\u2019azotémie était 1.60.Depuis ce temps, cet élément a constamment augmenté.La malade meurt deux ans après sa première admission.Au cours de l\u2019évolution, la malade n\u2019a jamais présenté de symptômes subjectifs, sauf quelques vomissements et nausées au dernier mois de sa maladie.La fin a été sensiblement la même que pour la malade précédente: œdème aigu pulmonaire, insuffisance cardiaque.Ce qui nous a frappé chez cette malade, ce fut, d\u2019une part l\u2019augmentation constante de l\u2019azotémie jusqu\u2019à 4 grammes sans signes subjectifs appréciables, et d\u2019autre part la coexistence d\u2019une série de troubles humoraux montrant une anémie et une hyperparathyroïdie.Comme nous vous le faisions remarquer il y a un instant, la phosphatémie était 3 mgm.et la calcémie à 13 mgm.Cette hypercalcémie et cette hypophosphatémie pouvaient nous faire pressentir l\u2019existence d\u2019une hyperparathyroi- die.Ces analyses ont été répétées plusieurs fois et toujours avec le même résultat.À ce moment là, la phosphatase se maintint à 6.6 unités.La cytologie est normale.Il n\u2019existe alors aucune lésion du fond de l\u2019œil: pas d\u2019exsudat, pas de lésion hémorragique.Six mois plus tard la malade revient dans le même état physique apparent.L\u2019azotémie est alors à 1.25 grammes, la phosphatémie à 14 mgm., la calcémie à 13 mgm., la phosphatase & 6 unités, la réserve alcaline à 25 volumes.Il y a déjà changement dans les résultats venant du laboratoire.Avec évidence, les reins sont moins perméables et retiennent dans le sang les phosphates que la malade urinait auparavant.Six mois plus tard, syndrome clinique encore négatif.La pression artérielle est à 190/130.L\u2019azotémie est maintenant à 3.90.La réserve alcaline à 25 volumes.La phosphatémie à 16 mgm., la calcémie & 12 mgm.Mais la phos- phatase s\u2019est élevée à 10 unités.Y aurait-il déja atteinte du parenchyme hépatique?Les radiographies osseuses ne révèlent rien d\u2019anormal.Les globules rouges sont à 2,760.000, l\u2019hémoglobine à 55%.À ce moment nous prescrivons de l\u2019extrait total de l\u2019hypophyse antérieure (Polyansen d\u2019Ayerst).Après 10 injections de 1 c.c.la malade revient avec une azotémie de 1.60.Ce n\u2019est que temporaire.Le 11 mai 1940, soit 3 mois après, l\u2019azotémie est à 2.35.Nous apprenons sa mort survenue dans sa famille.* * * Nous vous montrons là deux observations de nanisme rénal qui n\u2019est pas aussi rare qu\u2019on le pense.Le pronostic de cette maladie est toujours grave.Les malades ne dépassent jamais 32 L'UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 21 ans.Le début est insidieux, sournois; il date des premières années de la vie.Ordinairement, il existe en même temps un hypo-développe- ment osseux et génital.Dans nos deux observations cet hypo-développement fait défaut.L\u2019étiologie est incertaine.Une infection, c\u2019est possible.Une insuffisance glandulaire, c\u2019est probable.On discute actuellement sur le rôle des parathyroïdes dans l\u2019infantilisme rénal.On constate une hypophosphatémie et une hypercalcémie dans notre deuxième observation; c\u2019est l\u2019indice d\u2019un hyper-fonctionnement para- thyroïdien.Carnot a déjà trouvé un adénome parathyroïdien au cours d\u2019un cas de nanisme rénal.Certains auteurs attribuent plutôt l\u2019hypertrophie parathyroïdienne aux lésions rénales.Dans notre deuxième cas, l\u2019absence de signes osseux nous a empêché d\u2019explorer les parathyroïdes.Le temps ne nous permet pas de développer cette question.Quoi qu\u2019il en soit, le nanisme rénal existe; il faut le retenir, retenir ses symptômes, la gravité de son évolution.* * * La seconde affection rénale que l\u2019adolescent présente est la néphrite chronique azoté- mique sèche, consécutive à une néphrite aiguë due à une infection grippale ou à une autre infection, telle la scarlatine, telle la toxi-infec- tion intestinale, telle la diphtérie, telle l\u2019amygdalite hypertrophique, streptococcique.Son évolution est très variable, lente ou rapide suivant l\u2019origine de l\u2019infection.Elle s\u2019achemine presque toujours vers l\u2019hypertension maligne.Suivant la précocité de l\u2019apparition et la malignité de l\u2019hypertension, l\u2019échéance fatale arrive entre 25 et 40 ans.À la période de terminaison elle prend la forme digestive (vomissements ou diarrhée) ou la forme hémorragique (hématémèse, pancréatite hémorragique, apoplexie) ou la forme cardiaque (bruit de galop, insuffisance cardiaque), la forme nerveuse (contracture, délire).L\u2019azotémie est toujours élevée.L\u2019albuminurie est abondante ou non.Les urines sont pâles, la R.A.est basse.Le Van Slyke est bas.Toutefois, il y a un fait particulier sur lequel nous voudrions appuyer, c\u2019est la ressemblance marquée qui existe souvent entre cette maladie et la néphrose lipoïdique.En effet, à certaines périodes de son évolution, la néphrite s\u2019accompagne d\u2019cedéme à la figure, aux membres, à l\u2019abdomen, œdème blanc avec godet; sans beaucoup d\u2019ascite.Il s\u2019établit alors un syndrome lipido-protéidique tout comme au cours de la néphrose lipoïdique.Les urines contiennent des corps biréfringents; la sérine est diminuée dans le sang, la globuline est augmentée; le cholestérol est augmenté: l\u2019albuminurie obtient un chiffre parfois de 15 grammes.Bref, c\u2019est le vrai syndrome de la néphrose lipoïdique avec, en plus, les signes humoraux de la néphrite: hypertension, hy- perazotémie, cylindrurie.Ce qui est plus frappant, c\u2019est que ces symptômes humoraux et cliniques sont influencés par le traitement thyroïdien et par la diète carnée.Cependant, la pression artérielle est élevée, l\u2019azotémie également, ce qui démontre l\u2019existence d\u2019une influence rénale.Le syndrome lipido-protéidi- que est dû à la lésion rénale.Ce n\u2019est pas un trouble du métabolisme.Retenons que la possibilité de l\u2019existence d\u2019un syndrome lipi- do-protéidique peut survenir au cours d\u2019une néphrite chronique.Le médecin doit être averti et doit suivre attentivement ce malade, lui faisant constamment des examens de laboratoire.Le traitement change à chacune des phases de la maladie.* * Il faut donc faire le diagnostic différentiel avec cette troisième maladie particulière à l\u2019adolescence, la méphrose lipoïdique.Cette maladie, moins grave que les autres, vient d\u2019un trouble du métabolisme d\u2019abord et non de la lésion rénale.Il existe une dégénérescence aux tubes contournés, c\u2019est vrai, mais ce n\u2019en est pas la cause.Les deux symptômes prédominants sont l\u2019œdème et l\u2019albuminurie.L\u2019ædème est blanc, non douloureux.Il est ordinairement géant, envahissant toutes les parties du corps avec une intensité échappant à toute loi; les séreuses DANDURAND: NÉPHRITE sont également envahies: hydrothorax, ascite, ete.Il peut infiltrer les viscères, le cerveau, le poumon, l\u2019æil, ce qui explique les nombreux troubles que l\u2019on peut observer avec une richesse symptomatique inouïe: troubles nerveux, pulmonaires, gastro-intestinaux.L\u2019examen du sang ne décèle pas d\u2019hyper- azotémie.Les lipides sont augmentées: le cholestérol atteint un chiffre élevé (6 grammes).L\u2019albumine sanguine diminue d\u2019une manière sensible.L\u2019inversion du rapport de la sérine et globuline est caractéristique.: L\u2019évolution est favorable.Cette néphropathie peut guérir, ou bien elle s\u2019achemine vers la néphrite azotémique hypertensive, dont le tableau clinique ressemble au tableau que nous avons décrit il y a un instant.| L\u2019anatomie pathologique de cette maladie souléve encore quelques points de discussion.Plusieurs auteurs prétendent qu\u2019il existe des lésions glomérulaires et tubulaires, tandis que d\u2019autres ne trouvent que des lésions tubulaires.Ce qui est certain, c\u2019est que les tubes contournés sont toujours affectés et surtout dans la partie terminale; la branche large de Henle et le segment intermédiaire sont peu touchés, la branche grêle ne l\u2019est pas, les tubes droits non plus.L\u2019altération caractéristique consisterait en une infiltration de graisses neutres et de lipoïdes biréfringents avec des cellules desquamées.Le traitement doit être institué précocément si le médecin veut obtenir un résultat.L\u2019extrait thyroïdien agit favorablement.Pour cela 1l faut prescrire des doses allant jusqu\u2019à 0.25 et même 0.85 par jour.Le régime hypograrsseux et hypercarné est essentiel à la guérison.Il faut donc de la viande.* * Cette néphrose lipoïdique est facile à diagnostiquer.Cependant il ne faut pas la confondre avec l\u2019albuminurie orthostatique, qua- 2-e \u2014e 33 trième maladie particulière à l\u2019adolescence.Elle s\u2019observe chez le jeune en période de croissance.Le malade est ordinairement un longiligne.Il se présente au bureau du médecin, se plaignant de courbature, de fatigue généralisée.Il à peine à suivre ses compagnons de classe; le professeur lui reproche sa paresse, l\u2019empresse de jouer, ce qui épuise davantage le jeune homme qui sent plutôt le besoin de se coucher.Son entourage le prend pour un névropathe, si ce n\u2019est pas le médecin lui-même qui l\u2019étiquette de cette façon.Son apparence est celle d\u2019un tuberculeux et pourtant tous les examens reviennent négatifs.Si vous avez l\u2019idée d\u2019analyser ses urines du matin et du soir, vous trouverez dans l\u2019échantillon du soir une quantité considérable d\u2019albumine.L\u2019échantillon du matin est indemne.Il y a là une anomalie pouvant expliquer les troubles de votre malade.C\u2019est le seul symptôme pathognomonique de cette maladie.Heureusement, cette maladie est bénigne.Elle disparaît avec l\u2019âge.Cependant, il faut demander le repos à votre malade.La bonne alimentation et le port d\u2019une ceinture sont les autres conseils que le médecin peut adresser.* k Xx J\u2019ai essayé de vous exposer quelques aspects de la néphrite ou des néphropathies.J\u2019ai essayé de donner quelques exemples des néphropathies.Comme je vous l\u2019ai dit, j'ai choisi celles de l\u2019adolescence à cause de leur importance du point de vue pronostic.J\u2019ai appuyé sur le nanisme rénal; je m\u2019en excuse; le travail semble être ainsi imparfaitement ordonné, mais comme son existence semble être moins connue, j'ai pensé qu\u2019il était peut- être préférable de saisir l\u2019occasion pour le développer davantage.C\u2019est à ce seul point de vue que je me suis placé en agissant ainsi.Bien diriger un malade est quelquefois le seul geste que le médecin peut faire.Ne pas nuire c\u2019est déjà beaucoup. RECUEIL DE FAITS SYNDROME DE GRADENIGO OU DE LA POINTE DU ROCHER AU COURS DE L\u2019OTITE SUPPURÉE ' Par Roma AMYOT et Jules BRAHY, Hôpital Notre-Dame (Montréal).Le syndrome de Gradenigo est caractérisé par une triade de symptômes qui sont les suivants: 1) Otite moyenne aiguë ou chronique; 2) Algies dans le domaine du trijumeau, du même côté que l\u2019otite; 3) Paralysie du moteur oculaire externe, également homolatérale.Il fut individualisé par Gradenigo en 1904 dans une communication à l\u2019Académie de Médecine de Turin.Il se rencontre au cours des infections du rocher ou «pétrosites».Si on se rappelle l\u2019anatomie de la région de la pointe du rocher où l\u2019on trouve le ganglion de Gasser dans le cavum de Maeckel, à la face antéro- supérieure, et le nerf moteur oculaire externe (VIe) qui, le long de son parcours, vient en contact intime avec cette partie du rocher, on comprend parfaitement qu\u2019une lésion de l\u2019apex de la pyramide pétreuse peut faire naître une paralysie du moteur oculaire externe et des phénomènes algiques du trijumeau par irritation du glanglion de Gasser.C\u2019est bien ce qui crée le syndrome de Gradenigo.Très souvent, la localisation infectieuse s\u2019étendant jusqu\u2019à l\u2019apex, on dit qu\u2019il s\u2019agit d\u2019apexite qui lèse le ganglion de Gasser et la VIe paire.Dans d\u2019autres cas, une pachy-méningite ou un abcès extra-dural de l\u2019apex détermine les phénomènes pathologiques.Enfin, le syndrome certainement plus bénin pourra être relié à une simple fluxion, à une congestion réactionnelle des méninges à la région de la pointe.ps 1.Communication aux Journées Médicales de la «Société Médicale de Montréal», hôpital Notre- Dame, 2 octobre 1941.Les symptômes se manifestent par la présence d\u2019une otite, par des algies qui se détachent complètement dans le temps et surtout l\u2019espace de la douleur oto-mastoïdienne.Ces douleurs sont localisées, soit à tout le territoire innervé par le trijumeau, soit, le plus souvent, à une zone relevant d\u2019une de ses branches.Les douleurs orbito-oculaires sont fréquentes et les douleurs dentaires se ren- \u2018contrent aussi.Elles précèdent habituellement la paralysie de l\u2019oculo-moteur externe.Dans les otites aiguës, la douleur oto-mastoïdienne se manifeste d\u2019abord, puis apparaissent les algies trigéminales à l\u2019hémiface homolatérale et, enfin, la paralysie du moteur oculaire externe se constitue.Le syndrome apparaît rarement avant la fin du premier mois de l\u2019évolution de l\u2019otite aiguë.L\u2019on recourt à une radiographie du crâne selon certaines incidences permettant de bien visualiser la pointe du rocher.Il arrive qu\u2019on puisse constater, dans le seul cas d\u2019apexite cependant, un aspect tout à fait anormal, lacunaire, de la région.Il va sans dire que le pronostic varie selon les cas, mais, en général, un syndrome de Gra- denigo éveille toujours l\u2019idée d\u2019un réel danger; il peut très souvent précéder l\u2019avènement d\u2019une méningite.Dans tous les cas, la récupération fonctionnelle du moteur oculaire externe est longue à se faire.Les phénomènes douloureux peuvent disparaître beaucoup plus rapidement quand, bien entendu, on applique un traitement approprié.- Quelle que soit la nature exacte de la lésion apexienne qui cause directement les troubles ou les lésions des nerfs crâniens intéressés, le ES gra AMYOT Er BRAHY: SYNDROME DE GRADENIGO 35 syndrome dont il s\u2019agit indique incontestablement une infection grave de l\u2019oreille qui s\u2019étend au tissu osseux du rocher avec tendance, si elle ne s\u2019y trouve pas déjà, à se propager vers la profondeur, vers l\u2019apex et (ce qui est infiniment plus sérieux) vers les méninges.- Le traitement chirurgical doit donc s\u2019adapter à la situation ; paracentèse large, si le tympan n\u2019est pas ouvert, puis mastoïdectomie.Le plus souvent, l\u2019évidement pétro-mastoïdien devient nécessaire; même parfois, on se verra dans l\u2019obligation d'effectuer le drainage du foyer apexien en atteignant la pointe.L'observation que nous rapportons, illustre bien ces brèves remarques préliminaires.Observation.J.T\u2026, 43 ans, venant d\u2019une petite ville de la province, arrive à l\u2019hôpital Notre-Dame vers la mi-février.Le patient est malade depuis Noël, alors qu\u2019il fit une grippe compliquée d\u2019un violent mal d\u2019oreille droite.Deux ou trois médecins lui prescrivent, tour à tour, des gouttes chaudes dans l\u2019oreille, mais les choses vont de mal en pis au cours des semaines, jusqu\u2019à ce que, s\u2019éveillant un matin, il s\u2019aperçoit qu\u2019il « voit double ».Il consulte alors un quatrième médecin qui nous le réfère immédiatement.A l'examen, nous constatons une paralysie du droit externe de l\u2019œil droit avec diplopie.L\u2019examen de l\u2019oreille est plus intéressant (si on se rappelle ce qui vient d\u2019être dit), car le conduit auditif externe est complètement obstrué par un gros bouchon de cérumen que nous enlevons par irrigation ou lavage de l\u2019oreille, ce qui nous permet alors d\u2019apercevoir un tympan bombé et très rouge.Une paracentèse donne issue à un pus jaunâtre bien constitué qui coule abondamment.Le patient se plaint, en plus, de douleurs dans tout le côté droit de la face.Une requête en neurologie amène le docteur Roma Amyot qui porte alors le diagnostic de syndrome de Gradenigo, en suggérant pour le moins une intervention chirurgicale mastoïdienne d\u2019urgence, sinon un évidement pétro- mastoïdien complet.Nous avons d\u2019abord pratiqué une large mas- toïdectomie dans un tissu osseux spongieux rempli de pus (véritable ostéite), établissant une large communication avec la caisse.Le patient fut alors soumis à un traitement sul- famidé mais, un peu plus tard, il a fallu intervenir plus largement en pratiquant un véritable évidement pétro-mastoïdien, remontant très haut.Le malade reçut encore des sulfa- midés et la plaie opératoire guérit en temps normal, c\u2019est-à-dire environ deux mois et demi.Revu en mai et juin, le patient accuse de moins en moins de diplopie ; les mouvements du globe oculaire droit, vers la droite, sont de plus en plus normaux, mais les douleurs hemi-crânien- nes persistent jusqu\u2019en juillet, alors que nous recevons le témoignage écrit du patient qu\u2019il «n\u2019a plus mal à la tête ».Maintenant en octobre et sans autres nouvelles, nous considérons notre patient comme guéri.Ce malade a présenté une lésion de la pointe du rocher altérant le ganglion de Gasser et le moteur oculaire externe qui sont en contact intime avec cette partie de la pyramide pétreuse, On ne peut avancer d\u2019emblée que le processus d\u2019ostéite du rocher s\u2019étendait jusqu\u2019à la pointe et causait, par lui-même, les lésions des nerfs.L\u2019évolution favorable de l\u2019affection et la récupération fonctionnelle du trijumeau et du moteur oculaire externe ne favorise vraiment pas cette conception.Les cas d\u2019ostéite de la pointe sont généralement plus rebelles et les auteurs sont d\u2019avis qu\u2019elle nécessite une intervention particuliére permettant au chirurgien 36 de se rendre jusqu\u2019à l\u2019apex afin d\u2019y nettoyer la région et expulser le tissu purulent et nécrosé.Il est plus vraisemblable d\u2019admettre que dans notre cas le processus de mastoïdite déclencha soit la formation d\u2019une réaction méningée inflammatoire de voisinage ou même une méningite circonscrite, ou encore un abcès extra-dural de la pointe.Le drainage de la mastoïde permit la résolution de l\u2019inflammation et, s\u2019il s\u2019agisait d\u2019un abcès, sa résorption.La régénération fonctionnelle assez rapide du trijumeau, beaucoup plus longue du moteur oculaire externe, n\u2019a rien qui puisse étonner, même dans le cas de disparition assez rapide de la cause qui modifia ou inhiba leur activité.En effet, en ce qui concerne notamment le moteur oculaire externe dans le cas présent, la lésion du nerf parut profonde, du moins L'UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 suffisamment pour produire une dégénérescence de son segment distal; ce qui nécessita une régénération des fibres et un laps de temps d\u2019une durée permettant la repousse de ces dernières.Ce syndrome n\u2019a rien de bien complexe; il est de compréhension facile, il ne pose aucun problème pathogénique sérieux.Il comporte, d'autre part, une topographie lésionnelle bien précise; mais, par-dessus tout, il assombrit le pronostic de la mastoïdite concomitante et indique à l\u2019otologiste une ligne de conduite assez définie.La méningite aiguë généralisée est imminente.Le foyer d\u2019ostéite est profond ou tend à envahir tout le rocher; il sera ardu de la contrôler; on doit l\u2019évider largement et même ne pas hésiter, parfois par une technique des plus délicates et laborieuses, à se rendre jusqu\u2019à la pointe. LE CHIEN, BIENFAITEUR DE L\u2019HOMME SOUFFRANT \u201c Par Walter B.CANNON et Chaque année, des projets de loi sont présentés devant les législatures dans le but d\u2019interdire l\u2019usage des animaux pour fins d\u2019expérimentation scientifique.En chacune de ces occasions, des médecins, membres du corps professoral des universités, et des profanes avertis doivent s\u2019exténuer pour justifier l\u2019emploi de ces bêtes dans la recherche médicale, réalisant à quel péril le bien-être public serait exposé si de pareilles lois étaient jamais adoptées.Depuis quelque temps, les adversaires de la vivisection ont restreint leurs demandes à un seul animal, le chien.Leur propagande peut s\u2019appuyer ainsi sur l\u2019attachement séculaire qui unit cet animal à l\u2019espèce humaine et faire appel à la sentimentalité qui trouverait, certes, moins de place s\u2019il s\u2019agissait de toute autre bête.La plupart d\u2019entre eux ont cependant la franchise d\u2019admettre qu\u2019ils espèrent que l\u2019abolition de l\u2019expérimentation sur le chien sera le prélude d\u2019une offensive subséquente dans le but d\u2019obtenir la proscription par l\u2019état, de toute expérimentation animale.Les instigateurs de pareils mouvements se gardent bien cependant de mentionner les avantages que peuvent procurer à l\u2019homme et aux chiens eux-mêmes les observations qui résultent de l\u2019expérimentation sur un nombre restreint de ces animaux.Hélas! trop de maux affligent encore l\u2019homme et les bêtes parce que nos connaissances sur la nature et le traitement de ces maladies sont encore trop incomplètes.Les législateurs devront décider si une méthode de travail destinée à améliorer nos connaissances sur les causes et le traitement des maladies, méthode appuyée sur le sens commun et forte des résultats obtenus par le passé, doit être entravée par des protestations sentimentales.1.Traduction de Léonard-F.Bélanger, à l\u2019invitation du Doyen Albert LeSage, et avec l\u2019autorisation des auteurs.Cecil DRINKER Dans nos laboratoires scientifiques modernes, les chiens et autres animaux en expérience sont traités avec beaucoup plus d\u2019égards et de soins que n\u2019en reçoivent les animaux de la rue et des champs.Les expériences elles-mêmes sont exécutées dans un esprit de prudence et d\u2019humanité! Le public gagnerait à se renseigner sur l\u2019importance des méthodes et des résultats actuels de la recherche médicale.En effet, grâce à une amélioration continue, notre manière de vivre a été profondément modifiée, notre vie a été prolongée et rendue plus agréable.CONTRIBUTION DU CHIEN AU SOULAGEMENT DE LA SOUFFRANCE S1 notre automobile s\u2019arrête, fonctionne irrégulièrement ou fait entendre des bruits étranges, on la fait voir par un expert.Celui-ci connaît la fonction de chaque partie de la machine; il suit les signes qui marquent un dérèglement; il a appris également à y remédier.Toutes ces choses lui sont devenues familières parce qu\u2019il a regardé la machine en mouvement et a pu établir quels sont les facteurs qui président à son bon ou mauvais fonctionnement.Les conditions sont les mêmes pour la machine humaine.Les experts dans la connaissance du corps humain ont cependant peu d\u2019occasions d\u2019observer son fonctionnement propre.Ils doivent par conséquent étudier les corps des animaux inférieurs.Dans le but de connaître le fonctionnement normal et les dérangements de l\u2019organisme animal, les chercheurs se sont adressés à une grande variété d\u2019animaux: rats, souris, cobayes, lapins, chats, chiens, singes.Certains adversaires de la vivisection affirment que même lorsqu\u2019un animal est sous anesthésie, l\u2019homme n\u2019a pas le droit d\u2019ouvrir son corps pour en apprendre le fonctionnement.D'autres, au contraire, trouvent que cette façon de procéder est admissible.mais avec tout autre animal que le chien. 38 Ces animaux, d\u2019autre part, sont assez volumineux pour qu\u2019il soit'possible de les opérer dans des conditions semblables aux nôtres.Enfin, ils vivent confortablement dans des milieux propres à la plupart des recherches scientifiques.: Le chien et nos connaissances sur la circulation, la respiration et la digestion Le merveilleux essor de la science médicale moderne a débuté il a 300 ans dans le laboratoire de Harvey, par la découverte de la circulation sanguine.Parmi les animaux sur lesquels celui-ci put observer les mouvements visibles du cœur, on trouve le chien.Depuis cette époque, cet animal a été l\u2019instrument de plusieurs découvertes sur la physiologie et la pathologie du cœur.Les résultats obtenus sont appliqués tous les jours par les cardiologues modernes.Sir Thomas Lewis, qui est probablement le plus éminent spécialiste actuel sur la question, affirme que le sacrifice sans souffrance d\u2019une faible quantité de bêtes, nous a fourni une grande richesse de connaissances à l\u2019aide desquelles la science médicale pourra, jusqu\u2019à la fin des temps, continuer à produire pour l\u2019humanité, des bienfaits immenses et durables.Au moment où l\u2019homme arrive au seuil de l\u2019âge mûr, il est guetté par un fléau qui s\u2019appelle l\u2019hypertension artérielle.Heureusement, lorsque le médecin découvre cette condition à temps, il peut prescrire une hygiène salutaire qui saura éviter un dénouement catastrophique.La méthode la plus couramment employée aujourd\u2019hui pour déterminer l\u2019état de la tension artérielle chez l\u2019homme, a été mise au point chez le chien.Chaque fois que le médecin applique le brassard au bras de son patient, tous deux devraient se souvenir de leur dette envers le chien.Tout le monde connaît aujourd\u2019hui la technique de la respiration artificielle utilisée pour ranimer les victimes de l\u2019onde, de l\u2019électricité ou des gas nocifs, méthode que nous devons à Schafer, professeur de physiologie à l\u2019Université d\u2019Edimbourgh.L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA -\u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 L'efficacité de cette technique a été éprouvée pour la première fois chez le chien, sujet de choix à cause de la grande élasticité de sa paroi theracique.Une fois démontrée, cette méthode a permis de sauver d'innombrables vies humaines; l\u2019avenir lui réserve encore de multiples succès.Nous devons également au chien, des notions fondamentales sur la physiologie digestive.Le grands physiologiste russe Pavlov, qui fut le père des principaux travaux en ce domaine, reçut en récompense le prix Nobel, section Médecine, pour l\u2019année 1904.La connaissance du fonctionnement normal de l\u2019appareil digestif a conduit la médecine à des améliorations considérables dans le traitement des maladies de cet appareil.Le rachitisme a été longtemps une maladie mystérieuse et son traitement rationnel devait attendre la découverte de la déficience, dans l\u2019alimentation, d\u2019une certaine graisse phosphorée d\u2019origine animale.Cette découverte fut le résultat de variations multiples de la diète de jeunes chiens.L\u2019application du principe déficient à la diète des enfants a permis de sauver d\u2019innombrables vies.Comme, d\u2019autre part, le rachitisme est une maladie commune à toutes les espèces animales, le vétérinaire peut appliquer à sa clientèle, des traitements employés dans les hôpitaux d\u2019enfants.Le chien et les progrès de la chirurgie Aucun domaine des sciences médicales n\u2019a montré des progrès plus rapides et plus utiles pour l\u2019'humanité, en ces dernières années, que la technique chirurgicale.Chaque fois qu\u2019une nouvelle opération doit être entreprise, elle est accompagnée, va sans dire, de risques considérables.Dans un cas semblable, qui donc, de l\u2019homme souffrant ou d\u2019un animal inférieur, doit en porter le fardeau?Les petits animaux étant inadéquats pour la technique chirurgicale, encore ici le chien fut le mieux approprié à l\u2019expérimentation opératoire. CANNON gr DRINKER: LE CHIEN, BIENFAITEUR DE L\u2019HOMME .39 Harvey Cushing, chirurgien du systéme nerveux de renommée universelle et auteur de la technique pour opérer sur l\u2019hypophyse, nous avoue que sans les quelques chiens sacrifiés à la mise au point de cette technique, les victimes des désordres de cette glande seraient condamnées à la cécité qui en est un aboutissant fatal.On a pu déterminer, d\u2019autre part, par des expériences sur le chien, quelle était la proportion du rein ou du tractus digestif qu\u2019il était possible d\u2019extirper d\u2019un individu sans nuire au fonctionnement des organes.Dans le même ordre d\u2019idée, le chien nous a fourni des méthodes pratiques pour réunir des sections d\u2019intestin ou encore pour aboucher l\u2019intestin à l\u2019estomac.A la suite d\u2019essais sur les chiens, les chirurgiens ont appris à opérer sur les organes thoraciques.La chirurgie cardiaque, née à l\u2019aide du chien, est passée en pratique humaine.Une contribution récente à cette science a pour but de soulager le douleur effroyable qui marque la crise d\u2019angine de poitrine.En opérant sur le chien, on a localisé les nerfs qui sont responsables de la douleur et on a pu les sectionner sans nuire aux mouvements de l\u2019organe.Les angineux peuvent donc, à la suite d\u2019une pareille intervention, obtenir un soulagement qui n\u2019était possible antérieurement qu\u2019à l\u2019aide de doses considérables de drogues.Le chien et le traitement du diabète Un autre état très grave pour l\u2019humanité est cette maladie caractérisée par une utilisation fautive des hydrates de carbone.On savait dès 1889 que les chiens acquéraient ce désordre si leur pancréas était extirpé.On essaya de traiter la maladie en ajoutant à la diète la substance pancréatique.Cependant aucune amélioration sensible ne put être obtenue avant la découverte de Banting et Best, au Canada, en 1922.Ceux-ci réussirent à fabriquer, au moyen de pancréas de chiens, un extrait qui, administré au malade, avait la propriété d\u2019abaisser le taux du sucre dans son sang: c\u2019est l\u2019insuline maintenant universellement connue et employée.Le docteur Elliot P.Joslin, auteur américain remarquable, a écrit des pages splendides sur la découverte de Banting et Best: « L\u2019insuline a révolutionné le traitement du diabète.Avant la découverte de ce médicament, les diabétiques mouraient véritablement de faim et de soif.Un enfant diabétique était pour ses parents et son médecin un sujet de désespoir.Un pédiatre américain célèbre avouait dans le temps qu\u2019il souhaitait ne jamais avoir tel patient, tant était angoissant le spectacle de ce pauvre petit être mourant de faim.L'enfant diabétique pouvait alors vivre un an, deux ans tout au plus.Maintenant la scène est passablement modifiée.C\u2019est peut-être difficile à croire, mais c\u2019est tout de même une consolante vérité: ce n\u2019est plus en jours que je caleule maintenant les chances de vie de mes jeunes diabétiques, c\u2019est en dizaines d\u2019années.» Il est intéressant de remarquer qu\u2019environ un an avant la découverte de l'insuline, le docteur Minot, principal artisan dans le traitement nouveau de l\u2019anémie pernicieuse par le foie, constata qu\u2019il souffrait de diabète.Lorsque l'insuline prit place dans l\u2019arsenal thérapeutique, il se fit traiter avec ce produit.Ainsi donc des expériences faites chez le chien et conduisant à la découverte de l\u2019insuline, devaient sauver l\u2019homme qui à la suite suite d\u2019autres expériences sur le chien, mit en pratique une méthode de contrôle pour une autre maladie primitivement fatale, l\u2019anémie pernicieuse.Aux Etats-Unis, environ un million d\u2019individus souffrent actuellement de diabète ou en seront atteints un jour.À cette imposante multitude, nos connaissances acquises par l\u2019expérimentation sur les chiens, ont rendu le confort, l\u2019espoir et une vie utile.Ne lui eût-il rendu que cet insigne service, le chien mériterait déjà la reconnaissance éternelle de l\u2019homme qu\u2019il aura sauvé de ce mal effroyable. 40 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 Le chien et le traitement de l\u2019anêmie pernicieuse Il y a quelques années, un autre fléau épouvantable guettait les pauvres humains: c\u2019est l\u2019anémie pernicieuse.Habituellement cette maladie attaquait des adultes en bonne santé apparente.Tout en prenant un temps considérable pour les achever, elle ne manquait jamais ses victimes.De nos jours, le malade atteint d\u2019anémie pernicieuse peut mener une vie heureuse et utile.Des expériences faites, à l\u2019aide de rats et autres animaux, ont permis de démontrer qu\u2019une diète riche en foie, favorise la croissance de façon anormale.Par ailleurs, les médecins qui s\u2019occupaient d\u2019anémie pernicieuse savaient que leurs patients manquaient d\u2019une certaine substance nécessaire à la fabrication du sang; cependant, on n\u2019avait aucune idée de la nature de cet agent.Le docteur Whipple et ses assistants à l\u2019Université de Californie entreprirent, pour leur part, l\u2019étude du sang dans des conditions diverses, à l\u2019aide de chiens rendus anémiques par des saignées.En 1922, ces études les amenèrent à constater que les chiens, nourris avec du foie, avaient le pouvoir de récupérer le sang perdu, plus rapidement qu\u2019avec tout autre aliment.À la suite de cette découverte, réalisée par l\u2019expérimentation chez les chiens, deux médecins de Boston, les docteurs Minot et Murphy, découragés par leurs insuccès répétés dans le traitement de cette maladie, instituèrent chez leurs malades, un régime riche en foie.L'effet fut presque miraculeux.L\u2019anémie pernicieuse combattue par l\u2019ingestion de foie avait cessé d\u2019être une maladie fatale.Au début, les patients ont dû ingurgiter du foie frais; par la suite, les méthodes de concentration du principe anti-anémique, s\u2019améliorèrent graduellement et, de nos jours, de petites capsules contenant des extraits hépatiques peuvent être fournies aux malades.Ces extraits absorbés quotidiennement permettent une vie absolument normale.Le chien et l\u2019essayage des médicaments et des appareils protecteurs Une utilisation importante du chien consiste dans l\u2019essayage des médicaments.Le degré d\u2019activité de quelques-uns des plus importants agents pharmaceutiques peut être connu seulement à la suite d\u2019épreuves sur les animaux.Par exemple, le gouvernement américain exige que l\u2019épinéphrine, dite encore adrénaline, soit standardisée par des injections au chien.Cette substance, comme l\u2019on sait, est utilisée universellement pour arrêter les hémorragies et abolir la détresse de l\u2019accès d\u2019asthme.Le cannabis indica, sédatif très employé, doit subir de semblables épreuves.Les dangers qui résultent de l\u2019usage de plusieurs agents chimiques d\u2019usage courant ont été découverts par des expériences sur les chiens.Ainsi il fut possible de constater que l\u2019alcool méthylique est une substance toxique, capable d\u2019amener la cécité et la mort.Les chiens ont été d\u2019une valeur indispensable pour connaître la dose de gaz toxiques, tel le monoxide de carbone, qui peuvent être tolérés dans l\u2019atmosphère des tunnels, des mines ou dans certains établissements industriels.Les chiens ont joué un rôle également important dans la mise au point des appareils protecteurs portés dans des atmosphères contenant des gaz empoisonnés, dans le travail en plongée ou dans l\u2019air comprimé.Le chien et le traitement de ses propres maladies Non seulement s\u2019est-on servi du chien pour atténuer la souffrance humaine, mais on a pu obtenir également des résultats importants pour les chiens eux-mêmes.Nous pouvons illustrer cette affirmation par les deux faits suivants.Oxyures des chiens.Jusqu\u2019en 1915, il n\u2019y avait aucun traitement satisfaisant permettant de débarrasser les chiens de leurs oxyures, l\u2019atteinte par ces parasites était chose commune dans tous les Etats-Unis. CANNON gr DRINKER: LE CHIEN, BIENFAITEUR DE L\u2019HOMME | 41 » Cette condition était si sérieuse dans certaines régions du Sud, qu\u2019il était impossible d\u2019y élever des chiens avec succès.A la suite d\u2019expériences sur les chiens, le docteur Hall, du bureau de l\u2019industrie animale à Washington, découvrit que le tétrachlorure de carbone était un agent efficace pour débarrasser les chiens de leurs vers.Pour se rendre compte de l\u2019effet de ce produit, il fallut sacrifier 30 chiens.Après avoir reçu des doses variables du médicament, ces animaux furent tués sans souffrance au bout de quatre jours.On put déterminer l\u2019efficacité du traitement en examinant les vers passés à la suite de l\u2019administration du médicament et en recherchant dans l\u2019intestin du chien, la présence ou l\u2019absence du parasite.Depuis 1921, un autre corps, le tétrachloré- thylène, a été découvert à la suite d\u2019essais sur le chien.Ce produit a été, depuis, largement utilisé par le corps vétérinaire, non seulement pour d\u2019innombrables chiens mais également pour les chats, les renards et les moutons.Souvent les adversaires de la vivisection essaient de faire croire que le chien est si diffé- rent de l\u2019homme qu\u2019il ne peut fournir aucune notion nouvelle importante.Les résultats du traitement des oxyures est un des nombreux arguments contre cette doctrine.Le tétrachlorure de carbone et le tétrachlo- réthylène, découverts par des expériences sur le chien, expériences faites dans le but de traiter la maladie du chien lui-même, sont au- jourd\u2019hui les médicaments employés chez l\u2019homme.Le bien accompli par ces médicaments est mis en évidence par l\u2019amélioration de la santé de millions d\u2019individus qui seraient sans ce traitement souffrants ou handicappés.Catarrhe des jeunes chiens (distemper).Le catarrhe est une maladie éminemment contagieuse chez les chiens, atteignant de préférence les individus de quatre semaines à une année d\u2019âge.La mortalité est toujours très élevée; la plupart des auteurs mentionnent le taux de 50% comme étant conservateur.Il est maintenant inutile de faire la description d\u2019un pauvre animal atteint de catarrhe; qui donc, en effet, n\u2019a pas constaté «de visu » les souffrances variées qui sont le partage de ses victimes?Si le jeune chien ne meurt pas, il sera irrémédiablement marqué par quelque désordre nerveux comme la chorée ou une forme quelconque de paralysie.Heureusement pour nous, cette maladie n\u2019atteint jamais l\u2019homme.Pour quelle raison, croyez-vous, tant de personne ont-elles contribué au «Field Distemper Council», organisation britannique, qui, de 1923 à 1928, avait organisé des travaux dans dans le but de découvrir la cause et le traitement de cette maladie?C\u2019était sûrement parce que ces personnes considéraient les chiens comme leurs amis et désiraient les sauver des souffrances dont la prévention s\u2019avérait possible.Ces souscripteurs étaient des hommes, des femmes, des enfants de toutes les classes de la société.Ils donnèrent généreusement, sachant que leur offrande serait employée à faire de l\u2019expérimentation animale, de la vivisection pour employer la terminologie des adversaires, dans le but d\u2019essayer de protéger les chiens contre le fléau.Ils étaient prêts au sacrifice de quelques individus pour le bien général.Cette conception intelligente fut récompensée.Les savants britanniques découvrirent un vaccin préventif et un sérum curatif pour le catarrhe.Le vaccin, abondamment utilisé chez nous, est efficace dans 99% des cas.On estime de cette manière, que plusieurs dizaines de milliers de chiens aux Etats-Unis ont eu la vie sauve.LA GRANDE GUERRE CONTRE LA SOUFFRANCE La profession médicale est constamment engagée dans un combat gigantesque contre la douleur, l\u2019infirmité et la mort précoce de l\u2019homme et des animaux.Les grandes victoires récemment remportées contre la maladie sont les résultats des connaissances acquises grâce à l\u2019expérimentation animale. 42 L'UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 Aux Etats-Unis, toutes les institutions qui emploient les animaux pour fins de recherches ont adopté des règlements dans le but de pourvoir au confort des animaux et au maintien sanitaire de leur habitat.Toutes les opérations doivent être sanctionnées par les directeurs du laboratoire qui se rend compte de l\u2019importance des problèmes étudiés et de l\u2019opportunité des méthodes utilisées.Au surplus, les règlements demandent que toute opération douloureuse soit faite sous anesthésie et dans les cas où l\u2019animal doit être sacrifié, que la mort soit sans douleur.Seul le directeur du laboratoire peut décider des exceptions à ces ordonnances, dans les cas où l\u2019anesthésie et la mort seraient indésirables dans l\u2019expérience.% * * Tous les faits que nous venons de décrire prouvent que le chien a joué un rôle considérable dans la lutte contre la mort et la maladie.Que de maux cependant affligent encore l\u2019homme et les animaux à cause de notre ignorance à leur sujet! La mortalité par le cancer est très élevée chez l\u2019homme; elle l\u2019est encore plus chez le chien.Des travaux récents ont démontré en Angleterre que les mêmes traitements peuvent agir dans les deux cas.Les cancers de la peau chez le chien comme chez l\u2019homme répondent aux traitements par les rayons X et le radium.Dans ces cas, ce fut chez l\u2019homme que le remède fut d\u2019abord essayé pour être ensuite appliqué au chien.La loyauté, l\u2019affection et l\u2019esprit de sacrifice du chien ont été l\u2019objet de maints discours.Ce que nous venons de raconter prouve d\u2019autre part que les sacrifices faits par les chiens ont apporté une riche contribution au bien- être de l\u2019homme et des animaux.Il est évident que nous avons encore beaucoup à faire cependant avant que nous soyons délivrés des plaies qui menacent notre santé et notre existence.Parce que le chien nous a rendu des services aussi signalés par le passé, nous nous adressons à lui en espérant d\u2019autres bienfaits.William James a écrit, au sujet du chien de laboratoire, ces lignes qui témoignent d\u2019un sentiment élevé: « Si son pauvre cerveau pouvait seulement saisir pour un instant l\u2019intention de son maître, tout ce qu\u2019il a en lui d\u2019héroïsme se soumettrait généreusement! » C\u2019est à nous qui pouvons comprendre les immenses bienfaits qui peuvent résulter de ces intentions, de rendre hommage au chien grâce à qui nous pouvons les mettre en pratique. UN CAS DE MYOPIE RÉGRESSIVE ! Par Emile BLAIN, Hôpital Notre-Dame (Montréal).Les auteurs récents prétendent que la myopie doit être considérée comme un phénomène biologique, en même temps que pathologique; que c\u2019est un syndrome à étiologie complexe; et qu\u2019en somme, c\u2019est la résultante d\u2019une maladie des membranes profondes de l\u2019œil, surtout du segment postérieur.Ils disent encore que dans cette affection, c\u2019est le fond de l\u2019æil beaucoup plus que la réfraction, qui entre en ligne de compte dans la classification et le diagnostic.Ils semblent d\u2019opinion unanime, que la myopie dite progressive en est une qui est produite par l\u2019allongement ou la distension de la sclérotique postérieure; et que la myopie appelée stationnaire en est une qui affecte plutôt les courbures transparentes de l\u2019œil.Les traités contemporains s\u2019accordent à dire qu\u2019à la naissance, l\u2019hypermétropie domine; qu\u2019avec le temps, l\u2019organe en se développant, élimine son défaut primitif pour devenir emmétrope; et que la myopie n\u2019est finalement que le résultat d\u2019un processus de croissance, qui ne s\u2019arrête pas à temps.Je veux vous présenter un cas de myopie, que j'ai intitulée régressive, faute de meilleure appellation.Il n\u2019a qu\u2019un intérêt académique, en ce sens qu\u2019il vient en contradiction avec à peu près toutes les données scientifiques courantes.C\u2019est un divertissement qu\u2019on peut se permettre, en petit comité, quitte à prétexter l\u2019avancement de l\u2019ophtalmologie, pour se disculper de mettre en si mauvaise posture les auteurs sérieux, 1.\u2018Travail présenté à la réunion de l\u2019« Association des Ophtalmologistes canadiens-français», tenue à Québec, le 11 octobre 1941.Observation.Une demoiselle de 14 ans consulte un oculiste en 1936.Elle se plaint alors, de céphalée, de mauvaise vision à distance, et de fatigue oculaire qui rend bien difficile, son application en classe.Elle fait aussi mention d\u2019autres symptômes généraux, apparemment d\u2019origine glandulaire.Une réfraction, faite sous atropine, révèle alors une myopie bilatérale de \u2014 2.00; et l\u2019examen du fond d\u2019œil n\u2019accuse rien autre, qu\u2019un petit croissant myopique temporal.Une correction de \u2014 2.00, pour chaque œil, lui donne une acuité de 20/20, et elle est dirigée chez un médecin, pour plus ample examen.En juin 1938, la jeune fille demande une autre vérification de sa vue.Ses verres ne lui permettent plus que 20/40 d\u2019acuité, et pour remonter sa vision à 20/20, il faut lui prescrire pour chaque ceil, un minimum de \u2014 3.50.Son fond d\u2019œil ne laisse voir rien de spécial, sauf les constatations faites au premier examen.L\u2019état général de la patiente est meilleur qu\u2019il y a deux ans.En décembre 1940, la jeune cliente accuse des troubles visuels marqués, qui la conduisent chez un optométriste, et celui-ci nous la réfère.Elle vient à la consultation en janvier 1941, et un examen aussi attentif que possible, nous met en face du tableau suivant: Œil droit: 2/3 d\u2019acuité, avec \u2014 3.50, non améliorable.Œil gauche: la skiascopie nous montre une .hypermétropie franche de + 2.50, sous homa- tropine; une sphère de + 1.50 porte l\u2019acuité à 1/10.Sans correction, la vision est égale à 0, et un verre de \u2014 3.50 donne une acuité nulle. 44 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 La santé de la patiente est très satisfaisante.Un questionnaire assez serré n\u2019aboutit à rien, pas même à faire découvrir le plus petit traumatisme; les milieux transparents semblent normaux, à l\u2019œil et à la lampe-à- fente; la tension est bonne et les recherches de laboratoire sont négatives.Après bien des hésitations, nous prescrivons à l\u2019œil incriminé, une shpère de + 1.50, nous attendant à n\u2019importe quoi, par la suite.Mais à notre grande surprise, la patiente, revue 60 jours plus tard, affiche dans cet œil, une acuité de 20/100; ne se plaint pas de diplopie; et semble avoir, malgré tout, un certain degré de vision binoculaire.En juin dernier, la vision de l\u2019æil gauche était montée à 20/50, sans qu\u2019il ne se soit produit aucune modification dans l'œil droit.Mais, la patiente accusait de l\u2019alternance de la vision, et la binocularité était disparue.Je n\u2019ai pas revu la jeune dame depuis.On me dit qu\u2019elle habite maintenant Québec; et il est fort probable qu\u2019un de nos amis de la capitale, la retrouve à son bureau, un de ces jours.N\u2019est-ce pas que cette myopie, un moment progressive, et se transformant d\u2019un côté, en une hypermétropie subséquente, améliorable, vient un peu à l\u2019encontre de nos théories?Il ne s\u2019agit ici, ni de spasme de l\u2019accomodation, ni d\u2019intoxication diabétique ou médicamenteuse, ni de troubles endocriniens importants.Vraiment, je ne cherche pas à vous en donner la moindre explication.Je ssumets simplement le problème à votre curiosité.C\u2019est une perle pathologique qui ferait bien dans un musée, ou mieux encore, dans un récit à sensations, genre Arsène Lupin, qu\u2019on pourrait appeler: « L\u2019œil qui se métamorphose.» 47 ET LA CHOLÉCYSTITE CALCULEUSE CHEZ L\u2019ENFANT ! Par Christophe BISSON, Chirurgien de l\u2019hôpital Sainte-Justine (Mentréal).Observation.Le 26 août 1941, était admise à Sainte-Jus- tine, une fillette de 9 ans, (dossier n° 77-805), avec l\u2019histoire suivante.Une semaine avant son admission, l\u2019enfant a présenté une crise abdominale avec vomissements.Ces symptômes durèrent trois à quatre jours et s\u2019atténuèrent graduellement à tel point que l\u2019avant-veille de l\u2019admission, la journée fut des plus normales au dire des parents.La veille de son entrée à l'hôpital, la patiente commence à vomir, (sept vomissements de nature imprécise), se plaint de douleurs abdominales non localisées, douleurs qui l\u2019empêchent de dormir.De plus, elle souffre de constipation modérée et elle n\u2019a jamais présenté aucune modification des selles.Dans son passé, cette fillette n\u2019a été atteinte par aucune maladie grave, elle n\u2019est pas encore menstruée et n\u2019a pas uriné de sang depuis le début de la maladie actuelle.À son arrivée, la température est de 99.1 et le pouls de 76.Nous la voyons trois heures plus tard; à ce moment, la température est de 101.3 et le pouls de 112.Les urines contiennent des traces de glucose et de leucocytes.La formule sanguine est la suivante: gl.rouges: 5,000,000 gl.blancs: 24 400 hém.: 90% va.gl.: 0.9% poly.: 90% lym.: 8% L\u2019inspection nous met en présence d\u2019un enfant couchée, les genoux fléchis et ayant de fréquentes nausées.La coloration des téguments et des conjonctives semble normale.L\u2019examen ne révèle rien de particulier au niveau de la gorge et des poumons.La palpation de l\u2019abdomen réveille une douleur vive au ni- 1.Travail présenté à la Société de Chirurgie, le 12 novembre 1941.veau de tout l\u2019hémi-abdomen droit avec maximum à l\u2019union du tiers supérieur et des deux tiers inférieurs.Il y a contracture des muscles de cette région.Le toucher rectal est négatif.Devant cet ensemble de symptômes, nous posons le diagnostic d\u2019abcès sous-hépatique d\u2019origine probablement appendiculaire et nous décidons d\u2019intervenir à l\u2019instant.Laparatomie para-médiane droite haute.À l\u2019ouverture de l\u2019abdomen, nous trouvons un appendice entouré d\u2019un tissu d\u2019organisation comme l\u2019on en rencontre dans les lésions anciennes de cet organe: appendicectomie.À l\u2019exploration, nous trouvons une vésicule biliaire surdistendue, rénitente qui ne se vide pas à la pression.Nous ponctionnons cette vésicule et nous retirons environ 25 c.c.d'une bile plutôt fluide.La palpation à travers les parois affaissées de la vésicule nous permet de constater qu\u2019il y a des petits calculs.Nous en retirons quatre dont la grosseur varie entre un grain de café à celui d\u2019un pois.Nous abouchons la vésicule à la paroi: fermeture et drainage.L'évolution post-opératoire est des plus normales.Dès le deuxième jour après l\u2019opération, la température est tombée à 99° et depuis lors n\u2019a jamais dépassé 99.4.Le troisième jour après l\u2019opération, la glycémie donne 1 gramme 90 et le 3 novembre les urines ne contenaient aucune trace de sucre.L\u2019examen histologique de l\u2019appendice donne le rapport suivant: «appendicite ayant suppuré avec petit abcès folliculaire en organisation et de date relativement ancienne.» Aujourd\u2019hui la fistule est presque fermée.En vous présentant cette histoire incomplète, je me propose les trois buts suivants: 1.attirer votre attention sur une maladie ignorée pendant fort longtemps et qui, à mon sens, serait plus fréquente si on la recherchait plus souvent; 46 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 BULIETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 2.montrer la difficulté de diagnostic préopératoire; 3.enfin, le diagnostic au cours de l\u2019acte opératoire n\u2019est pas chose facile.I.Je viens de dire « maladie ignorée pendant fort longtemps », en effet, les anciens manuels considéraient cette affection plutôt comme une curiosité et n\u2019y attachaient que peu d\u2019importance.Ainsi, Pfaundler et Schlossman, dans leur traité de « Diseases of Children » qui comprend 5 volumes de 575 pages, consacrent une demi page sur les maladies du système biliaire.Babonneix et Nobécourt, dans un traité similaire, ne rapportent que des cas de lithiase congénitale découverte fortuitement à l\u2019autopsie et dont la formation intra-utérine serait due à une strésie des voies biliaires, laquelle aurait entraîné une stase biliaire et la formation de calculs à base de mucine et de bili- verdine.| Evidemment il ne faut pas exagérer et il est fort certain que la lithiase biliaire n\u2019est pas aussi commune chez l\u2019enfant que chez l\u2019adulte, mais les communications étant de plus en plus nombreuses sur le sujet, (à date, 456 cas de maladies de la vésicule sont rapportés) je me demande si la chirurgie biliaire infantile n\u2019est pas de plusieurs années en arrière sur les symptômes.Ainsi, si l\u2019on faisait des histoires fouillées chez les jeunes adultes atteints de cette affection, je ne serais pas surpris de constater que leurs premiers symptômes remontent à l\u2019enfance.: II.Maintenant aurions-nous pu faire ! diagnostic pré-opératoire dans le cas présent?Tout d\u2019abord, il faut se rappeler le grand principe de chirurgie infantile: lorsque l\u2019on se trouve en présence des symptômes suivants: douleurs abdominales, nausées, vomissements, température, hyperleucocytose, ete, il s\u2019agit toujours d\u2019appendicite jusqu\u2019à preuve du contraire.L\u2019examen clinique minutieux avait éliminé la pneumonie et la réaction lymphoïde à distance due à une amygdalite.Les orifices herniaires étaient normaux et l\u2019on pouvait éliminer les différentes variétés de péritonite: péritonite à gonocoques (il n\u2019y avait pas de vulvite), péritonite à streptocoques (il n\u2019y avait pas d\u2019histoire de scarlatine), péritonite a pneumocoques (aucune infection rhino-pharyngée ni abcès bleuté de la région ombilicale).Il en était de même pour ce qui regarde le volvulus et l\u2019invagination (pas de signes d\u2019occlusion, pas de douleurs intermittentes, pas d\u2019aspect spécial de l\u2019abdomen, pas d\u2019émissions sanglantes par l\u2019anus).Le système urinaire pouvait-il être mis en cause?À vrai dire, la pyélonéphrite aiguë pouvait être éliminée facilement à cause de la température peu élevée que présentait la patiente et l\u2019absence de douleurs aux fosses rénales.Toute anomalie de l\u2019uretère droit par vaisseau aberrant ainsi que la lithiase rénale n\u2019auraient pu être incriminées en raison de la localisation de la douleur, de la leucocytose élevée et de l\u2019absence de sang dans les urines.Enfin, il fallait éliminer le système biliaire.Du fait que notre patiente ne présentait pas d\u2019ictére nous pouvions retrancher toutes les causes d\u2019obstruction telles que: a) L\u2019atrésie congénitale des canaux biliaires qui se rencontre dans les trois premiers mois de la vie et qui se manifeste par un ictère et une décoloration des selles depuis la naissance.b) L\u2019obstruction des canaux biliaires par bouchons muqueux, affection plutôt rare qui se différencie de la précédente par l\u2019intermittence des signes d\u2019obstruction.c) La compression par ganglions qui amène une dilatation des voies biliaires.d) Le calcul du cholédoque.Mais 1l restait à songer aux calculs de la vésicule.Pour nous y aider, résumons les notions qui sont connues à date: 1.Chez l\u2019enfant, la douleur ne s\u2019irradie pas à la région scapulaire comme chez l\u2019adulte.2.Les caleuls ne produisent jamais d\u2019obstruction complète, c\u2019est pourquoi il n\u2019y a pas de selles blanches.3.Brennemann prétend que 50% des enfants porteurs de calculs biliaires font de la jaunisse, jaunisse qui n\u2019est pas due à l\u2019obstruction mais à l\u2019inflammation ou au spasme des conduits BISSON: CHOLÉCYSTITE CALCULEUSE CHEZ L\u2019ENFANT 47 biliaires.Toujours selon le même auteur, le diagnostic serait impossible si le malade n\u2019affiche pas d\u2019ictère.4.Selon Ladd.de Boston, la cause de la l:- thiase chez l\u2019enfant serait la production excessive de pigments au cours d\u2019une anémie hémolytique; c\u2019est pourquoi il faudrait traiter non seulement la lithiase mais aussi la cause qui résulte en un désordre sanguin.Ainsi donc, il faudrait d\u2019abord pratiquer une splénectomie pour empêcher la formation de nouveaux calculs et dans un second temps pratiquer une cholécystostomie ou une cholécystectomie.Si l\u2019on se rapporte à la formule sanguine de notre malade, on n\u2019y trouve aucune modification pouvant faire croire à une anémie hémolytique.Nous croyons donc qu\u2019il était fort difficile de poser un diagnostic avant l\u2019opération.III.En terminant, j'aimerais à souligner que la conduite à tenir au cours de l\u2019acte opératoire n\u2019est guère plus facile.Tout d\u2019abord, l\u2019exploration doit être minutieuse afin de déceler toute anomalie congénitale.L\u2019erreur la plus facile à commettre serait de confondre une dilatation idiopathique du cholédoque avec une distension vésiculaire, alors que la vésicule elle-même est toute petite et enlisée dans le tissu hépatique.Ces dilatations du cholédoque peuvent être de toutes dimensions jusqu\u2019au point d\u2019atteindre le volume d\u2019une tête d\u2019enfant avec contenu d\u2019un à deux litres.Par ailleurs, il faudrait savoir quand l\u2019on doit considérer une vésicule d\u2019enfant comme normale, et quand on doit dire qu\u2019elle est légèrement dilatée.Enfin, lorsque l\u2019on se trouve en présence d\u2019une vésicule franchement dilatée, doit-on impunément ponctionner celle-ci pour s\u2019assurer s\u2019il n\u2019y a pas un ou des calculs indécelables à la palpation?Si la vésicule n\u2019en contient pas, doit-on simplement enfouir la zone ponctionnée ou faire une cholécystostomie en posant un diagnostic peu satisfaisant de distension vésiculaire aiguë d\u2019origine X?Voilà autant de questions que le chirurgien doit solutionner au cours de l\u2019acte opératoire.À mon sens, aucune ligne de conduite adéquate ne pourra être formulée tant que nous n\u2019aurons pas à notre portée l\u2019expérience et les connaissances nouvelles pour nous conduire, d\u2019abord à un diagnostic pré-opératoire et ensuite à une thérapeutique sûre.BIBLIOGRAPHIE 1.BRENNEMANN: Practice of Pediatrics.Vol.III, chap.II.2.FEVRE: Chirurgie infantile d\u2019urgence.1933.3.LADD et GROSS: Abdominal surgery of infancy and childhood.1941.4.NOBECOURT et BABONNEIX: Traité de médecine des enfants.1934.5.OMBREDANNE: Précis de chirurgie infantile, 1923.6.PFAUNDLER et SCHLOSSMANN : The diseases of children.1937.7.POTTER: «Gall bladder disease in young subjects.» Surg.Gyn.and Obst., 47: 795, 1928.8.POTTER: «Biliary disease in young subjects.» Surg., Gyn.and Obst., 66: 604, 1938. REVUE GÉNÉRALE ANESTHÉSIE RACHIDIENNE ! Par Raymond-E.SENECAL, New Bedford (Massachusetts).Dans le court temps qui nous est assigné pour discuter un sujet aussi étendu, il nous faut nécessairement limiter nos faits.Nous nous en tiendrons donc aux points les plus saillants et pratiques.L\u2019anesthésie spinale ou l\u2019anesthésie sous- arachnoïdienne est l\u2019insensibilité d\u2019une région du corps produite par l\u2019injection de substances anesthésiques locales dans l\u2019espace sous-arach- noïdien spinal.Les racines sensorielles sont anesthésiées là où elles se rencontrent dans le canal rachidien.L'historique et la physiologie de ce sujet pratique sont intentionnellement omis de notre discussion qui s\u2019en tiendra à l\u2019aspect clinique que nous baserons sur nos quatorze années d\u2019expérience.Les produits dont on fait usage le plus communément sont la néocaïne, la novocaïne, la pontocaïne, la nupercaïne et la scurocaine.Celui que nous avons adopté est la scurocaine.Ainsi que ceux mentionnés précédemment, c\u2019est un des dérivés de la pontocaïne, et il fait de cette dernière son principal constituant.Nous avons restreint son usage à des cas inférieurs au diaphragme et ses effets ont toujours été uniformes et satisfaisants, de sorte que nous n\u2019avons jamais eu de motif ou de tentation de changer de produit.Si l\u2019on s\u2019en tient aux lois de l\u2019anesthésie spinale, sa technique devient très précise.Avant de se servir de cette forme d\u2019anesthésie, dont le Dr Frank Lahey a dit: «C\u2019est le plus grand pas en avant de la chirurgie moderne dans les cas aigus de l\u2019abdomen », on doit respecter les règles cardinales suivantes: d\u2019abord, l\u2019observation personnelle; puis une préparation sérieuse; une connais- ,L 1.Conférence donnée au sixième Congrès annuel de l\u2019Association Médicale Franco-Américaine, à Boston (Massachusetts), le ler octobre 1941.sance des dangers à courir; l\u2019adaptation de routines pour anticiper ou surmonter ces écueils, et, à toute heure, des assistants compétents qui sont au courant des moyens de sûreté à prendre.Dans des cas d\u2019urgence où il n\u2019a pas été possible de préparer de longue main nos patients, la tâche devient plus exigeante; mais dans les cas de patients admis le jour précédent et bien préparés, il arrive très souvent qu\u2019ils ne se rendent pas compte de la fin de l\u2019opération avant le moment de réintégrer le lit.En administrant l\u2019anesthésie spinale, nous ne nous en tenons à aucune posture déterminée.Il s\u2019agit plutôt de permettre aux circonstances de dicter si elle doit être verticale ou l\u2019une ou l\u2019autre des latérales.Dans la plupart de nos cas, cependant, nous faisons l\u2019injection dans la position verticale.Le dos du patient est courbé par l\u2019assistant qui place son bras autour de la tête du malade et qui, en pressant les bras croisés du patient contre son abdomen, agrandit les espaces entre les vertèbres (1).Le site de l'injection est marqué avec l\u2019ongle du pouce gauche et l\u2019aiguille est introduite sans anesthésie préalable.Convaineus que nous sommes, qu\u2019il vaut mieux prévenir les complications que de les traiter, nous appliquons, à partir de ce point jusqu\u2019à six heures après opération, une série de moyens prophylactiques, afin d\u2019empécher les complications (2).L\u2019aiguille dont on se sert pour injection spinale est du plus fin calibre qui puisse s\u2019obtenir.Cela empéche le suintement du liquide céphalo-rachidien et prévient le mal de téte subséquent.On ne retire aucun liquide au moment de 'injection.Si l\u2019on désire un effet plus fort et plus durable, on recourt au barbotage.Dans l\u2019anesthésie spinale, le principe physiologique fondamental repose sur des dérangements cir- SENÉCAL: ANESTHÉSIE RACHIDIENNE 49 culatoires et des tentatives d\u2019amoindrir par la posture la précipitation de tels dérangements; il est donc impérieux de placer le patient dans la position Trendelenburg immédiatement après l\u2019injection (3).Ce point de technique qui peut prévenir l\u2019anémie du cerveau est, de tous les aides, le facteur par excellence pour empêcher la dépression circulatoire et l\u2019on devrait s\u2019en servir pendant au moins trois heures.Nous gardons toujours le pied du lit élevé durant 6 heures après l\u2019opération.Dans chaque cas, le patient reçoit dans les cuisses 1,000 c.c.de solution saline par voie sous-cutanée et, dans la majeure partie des cas, nous donnons en plus du glycose intraveineux (1,000 c.c.ou plus).Nous injectons toujours immédiatement une ampoule de Coramine.L\u2019oxygène est à la main pour prévenir les nausées.La tâche est alors remise entre les mains d\u2019un assistant compétent qui distrait et surveille le patient.Nous sommes d\u2019avis que ce n\u2019est qu\u2019à ce moment qu\u2019il est sage de commencer l\u2019opération.Nous avons préféré cette forme d\u2019anesthésie chez tous les types de patients pour les opérations en bas du diaphragme.Elle est indiquée spécifiquement là où d\u2019autres formes d\u2019anesthésie seraient contre-indiquées, comme dans les cas de maladies pulmonaires: bronchites, bronchectasies, emphysème, tuberculose, asthme, diabète; d\u2019affections rénales; de chirurgie trans-urétrale; de hernie étranglée et de chirurgie pour syndrome abdominal aigu; en obstétrique, particulièrement dans l\u2019opération césarienne, excepté dans le cas peu commun de tension artérielle diminuée qui s\u2019accompagne de résistance généralement réduite (4).Cette anesthésie est contre-indiquée chez les patients dont la tension artérielle est de l\u2019un ou de l\u2019autre extrême; et dans les cas de syphilis cérébro-spinale; chez les patients rendus débiles par l\u2019hémorragie ou par un choc traumatique; chez les patients affectés de cachexie cancéreuse ; chez ceux où 1l y à tendance à la méningite, ou chez ceux où cette dernière est développée; en présence d\u2019infection au site de l\u2019injection (5).Il y a aussi contre-indication dans les cas de difformité de la colonne vertébrale, d\u2019anémie sévère, de néoplasme du cerveau ou de la moelle.Si jamais l\u2019on s\u2019en sert chez de tels patients, la dose doit être bien moindre que celle donnée aux personnes jeunes et robustes.Les avantages pour le patient et le chirurgien sont innombrables.La technique est plus \u2018 facile, le risque est moindre, le repos de l\u2019abdomen est absolu (silence abdominal).La détente musculaire est complète, il y à aussi une stimulation péristaltique désirable (6).Les lésions ou complications anesthésiques sont simples.Cette forme d\u2019anesthésie réduit le temps de l'opération de 30% ou plus.Elle diminue les complications pulmonaires et rénales, elle rend moins grave le choc chirurgical.Cette anesthésie décroît la mortalité et la morbidité.Elle empêche l\u2019éruption des anses intestinales par la plaie opératoire, on se sert de moins d\u2019éponges, il y a moins de tractions sur les viscères et moins d\u2019adhérences subséquentes (7).Elle raccourcit la convalescence et le séjour à l'hôpital.Il y a peu de désavantages.La durée de l\u2019effet est incertaine; il peut cesser avant que l\u2019opération ne soit complétée.Il y a également incertitude quant à la dose exacte nécessaire pour produire l\u2019effet voulu dans un cas donné (8).Le chirurgien ne peut se prononcer absolument sur les conséquences de l\u2019injection.Si l\u2019effet de cette dernière est malencontreux chez des individus nerveux, il ne peut être maîtrisé dans les cas de douleur psychique, de nausées et d\u2019autres dérangements.Il faut aussi songer à la blessure possible et à l\u2019irritation de la moelle et de la racine des nerfs (9).Ces inconvénients sont toutefois rares et l\u2019expérience nous apprend à les surmonter presque complètement.Dans notre série d'environ 3,000 cas, dont plus de 100 chez des enfants, nous sommes sûrs que bien des opérations n\u2019auraient pas réussi avec d\u2019autres méthodes d\u2019anesthésie.Nous en avons fait usage avec de bons résultats chez un enfant de trois mois pour une hernie étranglée; ainsi que chez une femme de 77 ans souffrant du même mal.L\u2019anesthésie spinale a sauvé un garçon de 50 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 trois ans qui était moribond et souffrait d\u2019une pneumonie lobaire compliquée de péritonite causée par un appendice perforé.Une primipare, âgée de 32 ans, rendue à terme et souffrant d\u2019une thrombose cérébrale, d\u2019un œdème pulmonaire et d\u2019hypertension artérielle subit avec succès une opération césarienne au moyen de cette forme d\u2019anesthésie.W.E.Studdi- ford (10) mentionne quatre cas d\u2019iléus paralytique qui furent traités avec succès par cette anesthésie.Dans «l\u2019abdomen aigu », surtout s\u2019il y a un état toxique prononcé, elle est incomparable.Dans les cas d\u2019iléite terminale, d\u2019obstruction causée par le néoplasme, dans les cas de grossesse extra-utérine non avancée, de cholécystite suppurée, ce type d\u2019anesthésie rend grand service.Les abcès péri-néphrétiques, les amputations, les calculs rénaux, la prostatite, toutes ces affections s\u2019opérent plus facilement par l\u2019anesthésie spinale qui offre un grand champ d\u2019actions.Si un chirurgien doit ajouter ce mode d\u2019anesthésie a son arsenal et s\u2019en servir avec sûreté, il lui faut se familiariser avec la drogue qu\u2019il choisit, prendre la responsabilité de la technique, posséder des connaissances complètes pouvant faire face à toute situation d\u2019urgence et comprendre toutes les contre-indications (11).Si l\u2019on en fait usage rationnellement, nous croyons que c\u2019est l\u2019anesthésie la plus sûre.Conclusions (a) Le chirurgien doit prendre la responsabilité de l\u2019anesthésie.(b) Le patient doit être bien calme (la drogue choisie doit être sûre et toutes ses propriétés physiologiques scrupuleusement étudiées).(c) Il faut se servir d\u2019une technique définie, connaître la dose exacte en rapport avec l\u2019âge, le poids et le liquide céphalo-rachidien.(d) Prévenir les complications en prenant, comme routine, des mesures prophylactiques et en utilisant tous les moyens de sûreté.(e) Avoir une expérience illimitée, acquise par une connaissance complète de toutes les indications et les contre-indications.(f) 12 « In choosing an anesthetic the dominant consideration must be the safety of the patient, not for the anesthesia alone but for the complete cycle of anesthesia, operation and convalescence.» BIBLIOGRAPHIE 1.MANDEL et WEINSTEIN: «One thousand cases of spinal anesthesia.» Medical Journal and Record, 1: 7 (1 juin) 1932.2.Gerald H.PRATT: « The safety factor in spinal anesthesia.» Surgery, Gynecology and Obstetrics, 64: 695 (mars) 1937.3.Gaston LABAT: «Elimination of dangers of spinal anesthesia.» Published by Anglo-French Drug Co.(USD) Inc., 1270 Broadway, N.Y.4.George H.VEHRS: Spinal anesthesia.Technique and clinical application.Text Book Published by the C.V.Mosby Co.St.Louis, Mo.1: 110; 1934.5.Earl GARSIDE: «Some cbservations on spinal anesthesia.» Medical Journal and Record, 1930.1: 563 (4 juin) 1939.6.Richard B.STOUT: «Spinal anesthesia, volume control and blood pressure control.» Abstract of original article published in Wisconsin Medical Journal and American Journal of Surgery.7.Daniel A.ORTH: « Spinal anesthesia.» American Journal of Surgery, Jan.1925, p.39.8.Arnold S.JACKSON: «Spinal anesthesia in major surgery.» Medical Journal and Record, 1: 573 (4 juin) 1939.9.Harry KOSTER et MORRIS: «Complications of spinal anesthesia.» The American Jowrnal of Surgery, 8: 1176 (juin) 1930.10.W.E.STUDDIFORD, cité par George T.Spencer: «Spinal anesthesia in paralvtic ileus.» Medical Journal and Record, 1: 572 (4 juin) 1930.11.Daniel H.BESSESEN: « Safety of spinal anesthesia.» Medical Journal and Record, 1: 567 (4 juin) 1930.12.L.F.SISE et P.0.WOODBRIDGE (Lahey Cli- nie, Boston, Mass.) : « Choice of anesthesia.» New England Journal of Medicine, 201: 506 (12 septembre) 1929.pee ARTHRITES SUPPURÉES NON TRAUMATIQUES ' Par Jean TREMBLAY, Chirurgien de l\u2019hôpital Notre-Dame (Montréal).Dans un sujet aussi vaste que celui des arthrites infectieuses, il faut nécessairement poser des jalons et fixer des bornes.Ce sujet où une classification n\u2019est pas encore établie, où les dénominations ne sont pas exactes, ce que les Français appellent arthroses, les Américains l\u2019appellent «arthritis of low grade infections », d\u2019autres les appellent arthrites déformantes.Un point aussi très important, c\u2019est celui du traitement des arthrites dans ce vaste champ qu\u2019est cette question controversée.Il y a à peine cinq ans, cette question était rangée parmi les sujets cliniques dont le traitement était depuis assez longtemps défini: immobilisation, plâtre, vaccins, interventions chirurgicales \u2014 l\u2019arthrite était du ressort chirurgical, c\u2019est-à-dire, manipulations et interventions.Mais depuis l\u2019apparition des sulfa- midés, la question s\u2019est transformée en une question médico-chirurgicale, où de plus en plus le médicament obtient des guérisons qui sont rapportées dans tous les coins du globe et où, de plus en plus, le bistouri reste en suspens et fait place à l\u2019expectative armée.C\u2019est done aujourd\u2019hui et à bien des points de vue une question difficile à traiter que celle des arthrites infectieuses.Voyons la classification pour éliminer certaines formes: Voici la dernière classification de certains auteurs américains: 1.Arthrites aiguës; 2.Arthrites déformantes (Low grade infections.) ; 3.Arthrites par dyscrasie sanguine; 4.Arthrites néoplasiques; ,Ç 1.Communication au 6e Congrès annuel de l'Association médicale franco-américaine, Boston, ler octobre 1941.5.Anomalies congénitales.Voici une autre classification plus simple de Pemberton: Les arthrites vraies, celles où il se produit un changement pathologique dans les articulations sont de deux sortes: 1.Arthrites atrophiques: proliférations articulaires.2.Arthrites hypertrophiques: ostéo-arthri- tes dégénératives.3.Mixtes: une combinaison des deux, 4.Autres classes: gonocoque, pneumocoque, staphylocoque, streptocoque, T.B., traumatique, goutte chimique, scorbutique, hémophi- lique, neurogène, fièvre rhumatismale, arthralgie de la ménopause.Ces classifications montrent l\u2019étendue et la complexité du sujet.Notre intention n\u2019est pas de vous amener dans les dédales de toute cette pathologie, aussi bornerons-nous notre sujet à la question des arthrites infectieuses appelées par Huet, arthrites suppurées non traumatiques.Ainsi nous éliminerons toutes les arthrites à «low grade infections », arthrites déformantes, tuberculeuses ou syphilitiques.Il faut définir notre point de vue.L\u2019arthrite alguë suppurée non traumatique est caractérisée par la présence de pus vrai dans l\u2019articulation.Nous éliminons les arthrites a épanchement puriforme aseptique.Le pus est constitué par un liquide.Le sérum du pus contient en suspension et laisse déposer par décantation des leucocytes, particulièrement des polynucléaires, plus ou moins gravement altérés et des microbes de quantité et de race variable suivant l\u2019infection considérée et plus ou moins facile à mettre en évidence.(Huet.) Nous devons donc comprendre dans ce cadre ainsi défini, les arthrites à épan- 52 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 chement louche, où des germes existent à l\u2019état vivant (arthrite streptococcique), certaines arthrites à anaérobis, les arthrites gonococ- ciques, tandis qu\u2019inversement certaines arthrites à épanchement purulent aseptique telles les arthrites de certaines maladies infectieuses, les arthropathies tabétiques, doivent en être distraites.Il faut comprendre que toutes ces arthrites n'auront pas la même allure clinique ni la même évolution: c\u2019est affaire de microbes, de virulence du germe, du caractère massif de l\u2019inoculation et de résistance de l\u2019organisme.ETIOLOGIE GENERALE En dehors des infections articulaires par traumatisme et plaie « in situ », les causes des arthrites suppurées sont de deux ordres: les causes chirurgicales et les causes médicales.I.Les causes chirurgicales: infetions du voisinage.A) La synoviale articulaire et ses relations avec: ; 1.Les bourses séreuses qui communiquent plus ou moins avec l\u2019articulation.2.Le réseau lymphatique membre.3.Les gaines synoviales des tendons péri- articulaires.Il s\u2019ensuit qu\u2019une infection du voisinage (bursite, téno-synovite, lymphangite, phlegmon) constitue une cause importante de l\u2019infection articulaire.B) L\u2019ostéomyélite chez l\u2019enfant et l\u2019adolescent constitue la cause la plus fréquente de l\u2019infection articulaire.L\u2019ostéomyélite est épiphysaire chez le nourrisson, de sorte que l\u2019articulation est envahie d\u2019emblée.Chez l\u2019adolescent, elle atteint le bulbe de l\u2019os, perfore le cartilage ou monte par les lymphatiques pour inoculer l\u2019articulation.II.Causes médicales.Toutes les infections graves, toutes les septicémies, toutes les maladies infectieuses peuvent avoir des répercussions articulaires.Les déterminations articulaires sont diverses: rhumatisme infectieux, arthrites puriformes septiques ou aseptiques.profond du Streptococies d\u2019origine chirurgicale, médicale, obstétricale: angine, endocardite, maladie éruptive.Staphylococies: furonculose, panaris, ostéomyélite.Pneumococies; colibacilloses: pyélonéphrite, typhoïde, scarlatine, variole.Enfin la blennorragie que nous traiterons plus tard.Les arthrites aiguës suppurées se présentent, selon Payer sous les formes suivantes: 1.L\u2019empyème articulaire.2.Le phlegmon capsulaire.3.L\u2019ostéo-arthrite et les formes compliquées de fusées purulentes péri-articulaires.L\u2019empyème répond aux formes purement sy- noviales: épanchement abondant, lésions discrètes et superficielles de la synovicale.Il n\u2019intéresse ni la couche celluleuse, ni les muscles, ni les ligaments.Cette forme est susceptible d\u2019une excellente récupération.Le phlegmon capsulaire est une forme grave de l'infection, l\u2019infection n\u2019est plus limitée à la cavité articulaire; dans la couche celluleuse et dans la capsule se sont constituées des œdè- mes, des thromboses vasculaires, voire des abcès véritables.Cette forme est susceptible de guérir par sclérose massive.Les ostéo-arthrites, primitives ou secondaires, présentent des ulcérations de cartilages avec souvent atteinte des os.| Quant aux fusées purulentes, c\u2019est l\u2019effondrement de la capsule par le pus qui suit les projections tendineuses et s\u2019infiltre dans les gaines.Quant aux symptômes, ils sont variables suivant l\u2019intensité de l\u2019affection et la résistance du sujet.Le malade attire l\u2019attention sur l\u2019articulation douloureuse; la douleur existe toujours, la température et l\u2019état général se modifient selon les formes. TREMBLAY: ARTHRITES SUPPURÉES NON TRAUMATIQUES 53 Dans l\u2019empyème articulaire, il n\u2019y a pas d\u2019infiltration péri-articulaire; l\u2019épanchement distend plus ou moins la capsule.Le membre se place dans la position la plus confortable donnant à la synoviale sa capacité maxima (position de Bonnet).La mobilisation du membre, active et passive, est possible, la douleur est tolérable, la température modérée et l\u2019état général satisfaisant.Dans le phlegmon capsulaire, forme plus grave, le malade a l\u2019aspect d\u2019un grand infecté: la température est élevée, le pouls est rapide, frissons et sueurs.Les urines sont rares et contiennent de l\u2019albumine.L\u2019infiltration s\u2019étend aux tissus périarticulaires.La mobilisation est impossible, elle arrache des cris au malade; douleur à la pression; les os eux- mêmes sont douloureux.Dans l\u2019ostéo-arthrite, en général, ce sont des formes qui évoluent depuis longtemps, où l\u2019on note des ulcérations de cartilages, des pincements articulaires avec des frottements et des craquements articulaires.Dans les cas avec fusées purulentes, il ne faut pas attendre les grands décollements ou les fistules à la peau.L\u2019évolution de ces diverses formes d\u2019arthrites aiguës nous conduira vers la guérison avec en général un bon résultat fonctionnel dans l\u2019empyème.Le phlegmon capsulaire guérit en laissant derrière lui une raideur et souvent une ankylose.Les formes avec ostéo-arthrite ankylosent fatalement.Les formes avec fusées purulentes et les formes septicémiques se terminent très souvent par la mort.Au cours de route, notons les complications qui sont: les fusées purulentes, les lymphangites profondes, les adénopathies suppurées et dans les cas où les ligaments sont disparus, les luxations pathologiques.Le diagnostic n\u2019est pas toujours facile à faire, car il faut éliminer le rhumatisme articulaire aigu, les tuberculoses aiguës, l\u2019arthopathie tabétique.La ponction exploratrice et la recherche microbienne est d\u2019un grand secours.La ponction de l\u2019articulation est d\u2019un grand secours et l\u2019on ne doit jamais sous prétexte de danger s\u2019en passer, avec une stricte asepsie.Elle évitera souvent des interventions excessives.La radiographie doit toujours être faite pour aider le diagnostic et se rendre compte des lésions d\u2019ostéo-arthrite.Dans l\u2019arthrite aiguë suppurée les traitements sont multiples et variés, il ont aussi donné, les uns comme les autres, de bons et mauvais résultats.Il est certain que l\u2019immobilisation, à condition d\u2019être rigoureuse, agit sur les manifestations inflammatoires des arthrites aiguës.Le plâtre amène une sédation de la douleur, la fièvre tombe rapidement, l\u2019état général s\u2019améliore, l\u2019appétit et le sommeil reviennent.L\u2019appareil plâtré, en plus de ces mérites, prévient les attitudes vicieuses et les luxations pathologiques, si l\u2019on a mis le membre en position dite fonctionnelle; aussi si l\u2019ankylose survient elle sera du moins en bonne position.On a accusé le plâtre de favoriser l\u2019ankylose.Lecène et de nombreux auteurs protestent contre cette affirmation et on peut citer plusieurs cas où l\u2019immobilisation a amené de bons- résultats.Cependant, avec la guerre, en 1916, apparaît une méthode préconisée par Willems, chirurgien aux armées américaines, qui est une technique de mobilisation précoce.Cette méthode semble abondonnée à l'heure actuelle, car on ne peut obtenir d\u2019aussi bons résultats dans la pratique civile que dans la chirurgie de guerre.Cette méthode est loin d\u2019être toujours applicable; inutile dans les cas bénins, elle est insuffisante dans les cas graves. 54 L'UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 BULIETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 Aujourd'hui, la majorité des auteurs semblent se rallier à la méthode suivante: A) Immobilisation d\u2019abord jusqu\u2019à cessation des phénomènes inflammatoires, puis mobilisation douce, méthodique, surveillée.B) Les interventions.1.La ponction peut être suffisante dans les cas ou le pus est fluide, où il n\u2019y à pas de fausses membranes dans l\u2019articulation, \u2018qui rendent l\u2019évacuation impossible.2.L\u2019arthrotomie-ponction avec le bistouri; c\u2019est l\u2019arthrotomie économique qui assure déjà un meilleur drainage.3.L\u2019arthrotomie vraie: dans les cas graves, où le pus est épais, où il faut évacuer les fausses membranes.Il y a des procédés particuliers pour évacuer chaque articulation.L\u2019arthrotomie doit être large et suivie de lavage, souvent de suture immédiate.Il faut éviter les gros drains intra- articulaires qui provoquent des ulcérations cartilagineuses.4.Résection de drainage.Dans les articulations serrées, si le drainage se fait mal, si l\u2019état général périclite, il faut recourir aux résections ou aux hémi-sections.C\u2019est une arme d\u2019une remarquable efficacité dans les arthrites suppurées graves.5.Amputations.Il ne faut pas pratiquer les amputations trop tardivement; l\u2019amputation sauve bien des cas, mais dans les septicémies elle est souvent pratiquée trop tard.C) Méthodes biologiques.La valeur de la vaccinothérapie est problématique.La bactériothérapie est énigmatique; la sérothérapie inactive et abandonnée.Voilà l'opinion résumée de l\u2019école française.Les transfusions, surtout avec du sérum de patients immunisés ont donné de bons résultats, la vitamine C (Preston Robert) a été conseillée.D) Chimiothérapie.Il sera question de la chimiothérapie dans les arthrites aiguës lorsque nous aborderons la question très importante du traitement de l\u2019arthrite blennorragique.Arthrites gonococciques Nous nous inspirerons de Mondor « Les arthrites gonococciques» qui dit que les arthrites gonococciques sont souvent méconnues.Leurs porteurs ont reçu sans succès durant des semaines, des doses élevées de salycylate de soude et, faute de traitements utiles, ils nous arrivent partiellement ankylosés, en attitude vicieuse, parfois avec des luxations pathologiques et des déformations squelettiques graves.Et il ajoute: « Le gonocoque fait en quelques semaines ce que le bacille de Koch met quelquefois des années a faire.» L\u2019arthrite gonocoque est grave et nécessite une étude particuliére.Le gonocoque ordinairement est en cause.Cependant, comme nous le verrons, il faut rechercher le gonocoque souvent très loin dans les antécédents des patients qui ont oublié leur uréthrite ou leurs lésions génitales apparemment guéries.Les organes génitaux constituent la porte d\u2019entrée, mais on peut noter les conjonctives et les rectites.Notons qu\u2019il n\u2019y aura pas de relations entre la gravité de l\u2019arthrite blennorragique et l\u2019écoulement.Ceux qui coulent abondamment, dont les pertes vaginales sont abondantes, ne présentent pas d\u2019arthrite.D\u2019autres, au contraire, à manifestations urinaires fugaces, au point d'être parfois méconnues sont atteints d\u2019arthrite à forme grave et sévère.C\u2019est que les vésicules séminales chez l\u2019homme, le corps, le col utérin, les trompes chez la femme, constituent des repères presque inexpugnables où le gonocoque persiste longtemps sans manifester sa présence, tout en restant capable, sous des influences peu connues, d\u2019aissaimer vers les articulations.Le traumatisme est incriminé.Quand ne l\u2019est-il pas?Certains traitements de la blennorragie le sont aussi.Toutes les articulations, petites ou grandes, peuvent être touchées; genou, hanche, épaule, cou-de-pied. TREMBLAY: ARTHRITES SUPPUREES NON TRAUMATIQUES 55 L\u2019anatomie pathologique nous préte a considérer la synoviale.Elle devient hyperhé- miée, saignante, charnue; une coque fibreuse remplit les culs-de-sac; les franges baignent dans le pus; puis des logettes se creusent, s\u2019unissant par du tissu fibreux: fibrose qui ankylosera.Le liquide.En abondance plus ou moins grande, soit filant jaune clair ou louche, séro- purulent ou pus franc.Les cartilages.D\u2019abord ternes, puis ulcération en coups d\u2019ongle.Plus tard, ils se perforent.Le décollement dans les cas graves dénude l\u2019os sur une grande surface, amorçant ainsi l\u2019ankylose osseuse.Les tissus péri-synoviaux sont aussi atteints dans les formes graves: la capsule est infiltrée avec perte de sa souplesse, les ligaments peuvent s\u2019ossifier.Les altérations ligamenteuses sont la source des luxations pathologiques; l\u2019ædème inflammatoire peut s\u2019étendre aux tendons, aux muscles, aux bourses séreuses.Les lésions peuvent s\u2019étendre au périoste: périostéose, périostite hypertrophiante, ostéo- périostite diaphysaire suppurée.ETUDE CLINIQUE L\u2019arthrite gonococcique présente un polymorphisme extraordinaire, mais toutes ses formes présentent les mêmes caractères: tena- cité, tendance à la chronicité, à l\u2019ankylose, aux rétractions fibreuses.Avec Mondor, considérons: L\u2019arthralgie.L\u2019hydarthrose.Les formes aigués: polyarticulaire rhumatismale; mono-articulaire; arthrite suppurée; formes septicémiques.Les Les manifestations péri-articulaires.formes chroniques: plastique ankylo- sante; noueuse déformante; spondylose rhyzomélique; ostéopériostique diaphyso-épiphysaire.L\u2019arthralgie caractérisée par les douleurs tolérables, c\u2019est au début la forme pseudo- rhumatismale.L\u2019arthrite avec épanchement est d\u2019une chronicité désespérante.L\u2019hydarthrose récidive après résorption, elle laisse comme désordre grave, soit la raideur ou la laxité articulaire.La forme polyarthrite rhumatismale se rencontre dans 82% des cas; elle peut évoluer et regresser sans séquelles, mais parfois elle est le prélude de la diffusion gonococcique; mais souvent, c\u2019est une artieu- lation qui subit une atteinte sévère.Nous arrivons à la véritable arthrite gono- coccique qui est la mono-arthrite phlegmon- neuse: forme essentielle de l\u2019arthrite blennorragique.Elle débute par la forme pseudo-rhumatis- male ou par l\u2019arthralgie simple.La douleur est d\u2019une violence extrême; il y a gonflement; l\u2019impotence est absolue, la mobilisation est impossible, le moindre mouvement du lit arrache des cris.La tenacité et la persistance des symptômes sont un caractère essentiel; la tuméfaction s\u2019étend au delà des limites de l\u2019articulation; infiltration œdémateuse de toutes les parties molles.L'évolution se fera vers: 1) Formes prolongées: a) forme rebelle aux médicaments; b) forme rebelle aux vaccins, à la sérothérapie; c) évolution vers l\u2019ankylose.2) Formes à rechute: nouvelle blennorragie; récidive; 3) Formes tardives: réveil de l\u2019infection guérie il y a 10 ans; l\u2019arthrite blennorragique.Les formes septicémiques sont très graves, elles évoluent par accès intermittents.Le gonocoque est décelé dans l\u2019hémoculture.Le plus souvent, le patient présente des métastases cardiaques, des lésions articulaires, formes qui conduisent souvent à la mort. 56 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.\u2014 Montréal, janvier 1942 L\u2019arthrite chronique gonococcique; forme chronique d\u2019emblée.1.Plastique ankylosante.2.Noueuse déformante décrite par Fournier, frappant les articulations des doigts, de la main et du pied, le gros orteil.Elle se présente comme une tuméfaction lisse, arrondie, dure sans irrégularité comme les tophi.3.Arthrite vertébrale.Elle évolue par poussées et étapes successives, ankylosant le rachis, les hanches, les épaules, les articulations tem- poro-maxillaires, les articulations sternales.Elle se caractérise par la raréfaction osseuse d\u2019une part et la calcification ligamenteuse d\u2019autre part.4.Formes généralisées, ankylosant successivement toutes les articulations, amenant lentement la mort par carbexie.L\u2019arthrite blennorragique évolue, soit vers la guérison sans séquelles, ou le plus souvent vers l\u2019ankylose amenant l\u2019atrophie musculaire qui sera un obstacle à la récupération fonctionnelle.Dans ces conditions, il faut entendre que le pronostic fonctionnel est toujours réservé en raison de la tendance à l\u2019atrophie musculaire, de la tendance à l\u2019ankylose, aux luxations pathologiques, aux attitudes vicieuses.Le point le plus important est celui du diag- nostie, car de ce fait déroule le traitement.Le diagnostic de l\u2019arthrite blennorragique est très souvent difficile, il se base sur la clinique, le laboratoire et la radiologie.Par la clinique, il faut s\u2019empêcher de croire au rhumatisme articulaire aigu: question difficile qu\u2019il ne faut pas résoudre à doses répétées de salycylate de soude, car le gonocoque ne présente pas d\u2019arthrite particulière; il peut donner le change et ses formes sont des plus variées, Il faut s\u2019aider du laboratoire et ne pas attendre l\u2019apparition d\u2019une endocardite mortelle.Le laboratoire par la bactériologie mettra le gonocoque en évidence.On le recherchera: 1.au niveau des surfaces articulaires, dans le liquide d\u2019épanchement synovial.On a soutenu que le microbe ne vit pas longtemps dans l\u2019épanchement.On le trouve en prenant certaines précautions indispensables, soit par examen direct, soit par culture, soit sur des coupes en se souvenant que le gonocoque meurt rapidement par refroidissement dès sa sortie de l\u2019organisme ; 2.au niveau de la porte d\u2019entrée: examiner l\u2019urètre, la vulve, le vagin, les vésicules séminales après massages, la spermoculture; recourir à l\u2019épreuve de la bière.Souvent l\u2019expérience est décevante et ce n\u2019est qu\u2019après des « tests » répétés que l\u2019on trouve le gonocoque rebelle; | | 3.dans le sang, au cours des septicémies.Epreuves par le vaccin (qui n\u2019est pas encore au point): cette réaction est sans valeur.4.par la réaction de fixation: la gono-réac- tion qui est positive dans 82% des cas d\u2019arthrite gonococcique.Etude radiographique.Elle a une valeur réelle pour délimiter le bilan anatomique des surfaces articulaires.L\u2019appréciation de l\u2019écart des surfaces articulaires par comparaison avec le côté sain renseignera sur l\u2019état des cartilages.Le pincement indique une ulcération, l\u2019élargissement s\u2019observe dans les épanchements.Les os peuvent présenter de l\u2019ostéoporose: décalcification marginale et diffuse; aspects flous et nuageux.On pourra voir des exostoses, des hyperos- toses, des périostoses.L\u2019interprétation des images radiologiques associée à l\u2019examen clinique et au laboratoire confirmera le diag- nostie d\u2019une façon positive.TRAITEMENT Le traitement de l\u2019arthrite est souvent de- cevant.Ce traitement varie à l\u2019infini.On peut dire qu\u2019il y a des formes relativement bénignes qui guérissent à peu près seules, ce qui explique le succès de toutes les méthodes.Il y a aussi des formes graves, pseudo-phlegmo- neuses, plastiques ankylosantes, destructives, subluxantés dans lesquelles la plupart des traitements ont donné des résultats médiocres. TREMBLAY: ARTHRITES SUPPURÉES NON TRAUMATIQUES 57 1) Traiter d\u2019abord l\u2019urétrite.a) Le traitement de la lésion génitale est la meilleur prophylaxie des lésions articulaires.b) Le traitement de la lésion génitale améliore les lésions articulaires.2) Traitement local.a) Immobilisation rigoureuse par appareil platré appliqué dans les formes mono- articulaires, pseudo-phlegmoneuses, plastiques ankylosantes: formes atrocement douloureuses.Si l\u2019on reprend la mobilisation trop tôt, on voit réapparaître les phénomènes septiques ce qui prouve l\u2019efficacité du plâtre; une fois le plâtre réappliqué, l\u2019inflammation et son cortège disparaissent.Le plâtre empêche les attitudes vicieuses.Souvent, à la hanche, on doit employer l\u2019extension continue.b) Mobilisation.Quelques auteurs la conseillent, mais elle est difficilement réalisable dans les formes douloureuses.c) Massage.Il n\u2019est pas à conseiller dans les formes aiguës, mais après refroidissement des lésions, son effet est indiscutable.d) Ponction.Elle sert à évacuer l\u2019épanchement hydarthrosique ou purulent, il est évident qu\u2019elle rend de grands services, associée ou non aux lavages articulaires.e) La radiothérapie a une action calmante, analgésiante dans l\u2019arthralgie, elle diminue les phénomènes inflammatoires.3) Traitement général.a) Auto-bémothérapie et l\u2019auto-sérothéra- pie semblent avoir fourni de bons résultats.b) Protéinothérapie, sous forme de peptone, de lait est une méthode efficace qui sert surtout à renforcer l\u2019effet des vaccins.c) Sérothérapie.Le sérum antiméningococ- cique possède à son crédit de nombreux succès, de multiples échecs aussi.d) Sérum anti-gonococcique.Par les injections sous-cutanées et intramusculaires, il donne des résultats inconstants.Par les injections intraveineuses, les résultats sont plus probants, mais le choc est violent; c\u2019est une méthode dangereuse.e) Vaccinothérapie.Par voie buccale, elle est sans effet.Par voie sous-cutanée, les résultats sont inconstants.Par voie intra-articulaire, elle donne une réaction violente; elle ajoute une sur-infection.Elle constitue une médication à ne multiplier qu\u2019avec prudence.4) Traitement chrurgical.Consistant en: arthrotomie avec ou sans fermeture immédiate; synovectomie ; résections précoces ou retardées; amputations.L\u2019arthrotomie permet d\u2019évacuer les moules fibrineux.Après le lavage articulaire doit-on suturer immédiatement.Il faut condamner le drainage par tube qui ulcère les cartilages et expose à une infection secondaire.Dans les cas où le pus n\u2019est pas trop épais, on peut suturer immédiatement, quitte à ponctionner les jours suivants.Quand le pus est épais, on laisse tout ouvert et on pratique la méthode de Willems (mobilisation précoce).Les auteurs ne s\u2019entendent pas sur la question de mobilisation précoce post-opératoire.Mondor, Lucien, Huet appliquent des plâtres dans les jours qui suivent l\u2019opération, prétendant que la méthode de Willems ne doit pas être appliquée dans son intégrité.La synovectomie ne semble plus être pratiquée.Les résections précoces, dans les articulations serrées; retardées dans les formes avec tendance à l\u2019ankylose en mauvaise position, dans les formes à poussées inflammatoires récidivantes; elles donnent de bons résultats et surtout l\u2019ankylose se fait en bonne position et est solide (ankylose osseuse).Les amputations sont exceptionnelles, heureusement. 58 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 BULLETIN A.M.L.F.A.N.-\u2014 Montréal], janvier 1942 * * * CHIMIOTHÉRAPIE DES ARTHRITES AIGUËS Il nous reste pour terminer à traiter de la question toute récente de la chimiothérapie des arthrites aiguës.Dans l\u2019arthrite aiguë, il n\u2019y avait que les médicaments de chocs, et dans la blennorragie on y adjoignait avec succès d\u2019ailleurs la gona- crine.Mais la question est bien remaniée depuis la venue, il y a \u2018quelques années à peine, des sulfamidés: protonsyl, sulfanilamide, sulfa- pyridine, sulfathiazol.L'action de ces médicaments semble diminuer la douleur, aide à la récupération fonctionnelle, diminue la fièvre; mais retenez le bien: une fois les lésions de périostite constituées, elles ne peuvent plus être supprimées par les médicaments.Les principes qui guident cette chimiothérapie parfois dangereuse sont définis par Brown («Canadian Medical Journal », mai 1941) : 1) «Hit quickly », parce que les microbes se développent vite; 2) « Hit hard », pour assurer le maximum de bénéfice; 3) «Keep on hitting », parce qu\u2019un arrêt subit prendra l\u2019organisme en défaut.Ceci dans la phase d\u2019incubation.Dans la phase chronique, si l\u2019on n\u2019obtient pas de résultats avant 72 heures, la chimiothérapie est ineffective soit dans sa qualité, soit dans sa quantité.Il faut alors lui adjoindre autre chose.Dans les dernières publications de 1939, Robert Preston « American Journal of Surgery » discutant le traitement de l\u2019arthrite à staphylocoque ne parle pas de chimiothérapie.Il est en faveur de petites transfusions répétées avec adjonction de vitamines de façon à remonter la résistance du sujet, ainsi que du traitement usuel: ponction et immobilisation.Cependant depuis l\u2019apparition du sulfathia- zol, ce médicament a été employé avec succès dans les arthrites à staphylocoques.Les arthrites à streptocoques répondent très bien aux sulfamidés.Spink, « Journal of Medical Science » écrit: « Les arthrites infectieuses sont souvent causées par des microbes sensibles aux sulfamidés, de sorte que ces médicaments y trouvent leurs indications.» Souvent on doit combiner le traitement avec la vaccinothérapie et plus avantageusement avec l\u2019auto-vacein.Les arthrites gonococciques ont très bien répondues aux sulfamidés, cependant nous croyons que nous devons leur adjoindre l\u2019apport des agents physiques: diathermie, pyré- thothérapie.Le médicament qui en ce moment a le plus de vogue est sans contredit le sulfathiazol; il est très maniable et est peu toxique.Voici la technique employée par le Dr Lucien Sylvestre de l\u2019hôpital Notre-Dame: sul- fathiazol en injections intraveineuse, 6 gms dans 1,500 c.c.de sérum physiologique, 12 hrs avant la séance de pyrétothérapie.Une autre injection est donnée immédiatement avant l\u2019entrée du sujet dans l\u2019appareil.La température est portée à 106° Far.durant 6 à 7 heures.La concentration sanguine en sulfathia- zol est portée à 8 ou 9 milligrammes par 100 c.c.de sang.Ce traitement est d\u2019une durée d\u2019un mois et répété une fois par semaine; il est done de quatre séances.Il a donné de très bons résultats dans 50 cas: pas d\u2019ankylose, pas de récidive.Le gonocoque semble détruit par la chaleur après avoir subi l\u2019effet bactériostatique du médicament.Gulp «Journal of Urology, 1940 » publie de semblables résultats; il adjoint au sulfamilamide, le mercurochrome intraveineux et la pyrétothérapie.Terminons cependant en disant que les sulfamidés ne sont pas une panacée; souvent, ils donnent, indiscutablement des résultats extraordinaires.Parfois, ils n\u2019en donnent pas à cause d\u2019une certaine idiosyncrasie; ils ne peuvent pas guérir les lésions ostéo-arthritiques constituées.Terminons par cette pensée toute chirurgicale comme conclusion pratique: « quoique la chirurgie soit supplantée par la chimiothérapie, rappelons nous toujours que là où il y a du pus, il faut l\u2019évacuer.» BULLETIN 59 Bulletin de l'Hssoctation des fD
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