Québec science, 1 janvier 2022, Octobre
[" QUEBEC SCIENCE Agriculture connectée + Une bactérie visible à l\u2019œil nu Cinq innovations qui font revivre des déchets OCTOBRE-NOVEMBRE 2022 Est-elle vraiment intelligente ?F o ndé e n 1962 \u2022 Fondé en 1962 \u2022 Fo n d é e n 1 9 6 2 \u2022 F o n d é e n 1 9 6 2 \u2022 F o ndé e n 1962 \u2022 Fondé en 1962 \u2022 Fo n d é e n 1 9 6 2 \u2022 F o n d é e n 1 9 6 2 \u2022 60 ans QUEBEC SCIENCE L\u2019AÉROSPATIALE DE DEMAIN : RÉSILIENTE ET DURABLE NOS ÉQUIPES DE RECHERCHE ET NOTRE RELÈVE EN GÉNIE CONTRIBUENT À SON DÉVELOPPEMENT, EN ÉTROITE COLLABORATION AVEC L\u2019INDUSTRIE polymtl.ca/aerospatiale 02_03-05_SOMMAIRE E?DITO_BABILLARD_QS_2022.indd 2 ? OCTOBRE-NOVEMBRE 2022 | QUÉBEC SCIENCE 3 IMAGE DE LA COUVERTURE : SHUTTERSTOCK.COM ; NATACHA VINCENT SOMMAIRE Q U É B E C S C I E N C E P.S U R L E V I F E N C O U V E R T U R E 6 P.24 6 Cabinet des curiosités Des aquariophiles créent des habitats dignes des écosystèmes naturels.8 Les momies du Yukon Connu pour son or, le sous-sol du Yukon recèle d\u2019autres trésors.10 Facile, tailler un galet ?Une expérience remet en question la date d\u2019apparition de la culture chez l\u2019humain.11 Soulager la douleur avec du bruit L\u2019écoute d\u2019un faible son 20 minutes par jour diminue la douleur chez les souris.12 Faut-il cesser de construire des maisons neuves ?Construire à neuf est énergivore et gruge de précieux espaces naturels.36 P.Une moisson de données L\u2019agriculture intelligente assure-t-elle un meilleur rendement au champ ?REPORTAGES 16 Lévitation fantastique Des scienti?ques utilisent les sons pour maintenir des objets en suspension.20 Grosse et magni?que La découverte d\u2019une bactérie visible à l\u2019œil nu ébranle les microbiologistes.24 Innovations : faire du neuf avec du vieux Des projets québécois donnent une seconde vie glorieuse à de vulgaires déchets.42 Réinventer l\u2019avion en plein vol Pourrez-vous bientôt prendre l\u2019avion sans culpabilité ?48 L\u2019Arctique, nouveau terrain de jeu du castor Pour le meilleur ou pour le pire ?OCTOBRE?NOVEMBRE 2022 4 Édito par Mélissa Guillemette La nouveauté novatrice 5 Babillard | 9 Carnet de santé Par la Dre Alexandra S.Arbour | 11 Technopop Par Gabrielle Anctil | 50 Culture Par Émilie Folie-Boivin | 53 Anthropocène Par Jean-Patrick Toussaint | 54 Rétroviseur Par Saturnome 20 P.02_03-05_SOMMAIRE E?DITO_BABILLARD_QS_2022.indd 3 ? 4 QUÉBEC SCIENCE | OCTOBRE-NOVEMBRE 2022 Éditorial La nouveauté novatrice La recherche doit-elle toujours être du dernier cri ?U n chercheur très réputé m\u2019a beaucoup émue il y a quelques années.Malgré sa vie de jet-setteur et ses deux postes dans de prestigieux établissements de recherche, il était inquiet.Dans son domaine, la tendance était à la technologie CRISPR-Cas9, pas du tout compatible avec ses axes de recherche et ses techniques « à l\u2019ancienne ».« J\u2019ai peur de devenir un dinosaure », a-t-il lâché.C\u2019est que le monde de la recherche carbure à la nouveauté.Et c\u2019est vrai qu\u2019il y en a eu beaucoup entre la publication de la structure de l\u2019ADN sous forme de double hélice en 1953 et les dernières prouesses de CRISPR-Cas9 sur des chromosomes entiers.Une étude publiée récemment dans JAMA Network Open est éloquente à ce sujet.Elle a montré que la fréquence de 130 adjectifs hyperboliques a augmenté de 1 300 % entre 1985 et 2020 dans les dossiers retenus par les National Institutes of Health (NIH), l\u2019agence américaine qui finance la recherche en santé aux États-Unis et qui soutient aussi des scientifiques du Canada.La majorité des adjectifs alimentent cette tyrannie de la nouveauté : on parle de mots tels que incroyable, excitant, novateur, sans précédent.Tentez l\u2019expérience : une simple requête dans le moteur de recherche PubMed fait ressortir 21 700 articles scientifiques contenant le mot novel (« novateur ») pour 2001.Dix ans plus tard, le mot est trois fois plus présent.Et en 2021, sept fois plus courant ! Certes, le volume d\u2019études publiées a crû au cours de cette période, mais pas à ce point.Toute la structure de recherche incite à ces orientations ou abus langagiers.Si les scientifiques les utilisent dans leurs dossiers pour les NIH, c\u2019est parce que les organismes subventionnaires encouragent les projets « novateurs ».Ils cherchent des « matériaux nouveaux » et des « approches innovantes » portant sur des « questions de recherche nouvelles, progressives, novatrices ».Les éditeurs de journaux et les pairs qui accomplissent le travail de révision des articles scientifiques ou des soumissions pour une conférence sont aussi biaisés en ce sens.Dans un texte d\u2019opinion publié dans eLife en 2017, le généticien américain Barak Cohen s\u2019insurgeait contre ce commentaire incompréhensible accompagnant le rejet d\u2019un de ses manuscrits : « La principale nouveauté de ces travaux est la capacité de prédire la sensibilité aux médicaments.Les examinateurs ont estimé que cette capacité de prédiction serait toutefois très difÏcile à généraliser, ce qui réduit la portée de cette nouveauté.Cette préoccupation concernant la nouveauté [\u2026] a été le facteur déterminant dans cette décision.» M. Cohen ajoute : « Même si nous ne pouvons pas définir strictement ce qui est ou n\u2019est pas nouveau, le message reste clair : la nouveauté est synonyme de bonne recherche.» Il se demande d\u2019ailleurs à quel point cette obsession pour la nouveauté est nouvelle\u2026 Dans son guide à l\u2019intention des réviseurs, paru plus tôt en 2022, le chercheur Michael J.Black, de l\u2019Institut Max-Planck pour les systèmes intelligents, en Allemagne, tente quant à lui de clarifier le vocabulaire.« Je vois régulièrement des réviseurs confondre la complexité, la difÏculté et la technicité avec la nouveauté.Dans la critique scientifique, la nouveauté semble impliquer ces concepts.Il serait peut-être plus judicieux de supprimer le mot nouveauté des instructions de révision et de le remplacer par beauté. Ce terme élimine les notions de \u201ctechnique\u201d et de \u201ccomplexité\u201d et va plus au cœur de la nouveauté scientifique », écrit-il.Chose certaine, cette fureur pour la nouveauté incite la communauté scientifique à déposer des projets suivant les modes.Pourtant, en science, la nouveauté n\u2019est pas tout ! Les travaux qui visent à confirmer ou à infirmer ce qui a déjà été démontré sont importants aussi.Et ceux qui ajoutent un morceau à un casse-tête au lieu de jeter la boîte sont immensément précieux.C\u2019est le cœur de la recherche ! Les études « révolutionnaires » sont en réalité très rares.La technologie CRISPR-Cas9 elle-même est issue de 1 000 morceaux de casse-tête qui, réunis, ont mené à un prix Nobel ! Sans oublier que plusieurs technologies qui datent demeurent intéressantes pour faire avancer les savoirs.Ressortons le bon vieux microscope optique de temps en temps ! Enfin, la course à la nouveauté encourage la publication rapide pour diffuser quelque chose de « nouveau » avant l\u2019autre, avec tous les risques que cela comporte.Pour revenir au mot novel, l\u2019auteur de l\u2019étude sur les 130 adjectifs afÏrme que l\u2019éditeur d\u2019une revue médicale lui a confié que le lire était devenu équivalent pour lui à entendre des ongles gratter un tableau noir.Il y a peut-être de l\u2019espoir pour une « nouvelle » ère ! Il y a plus de 200 ans, dans la pièce de théâtre Les comédiens, l\u2019académicien français Casimir Delavigne écrivait, tel un conseil aux communautés littéraire et artistique : « Aimons les nouveautés en novateurs prudents.» Inspirant, non ?La preuve que le « vieux » aussi peut être moderne.MÉLISSA GUILLEMETTE @mguillemett 02_03-05_SOMMAIRE E?DITO_BABILLARD_QS_2022.indd 4 ?22-09-18 14:04 OCTOBRE-NOVEMBRE 2022 VOLUME 61, NUMÉRO 3 Rédactrice en chef Mélissa Guillemette Rédactrice en chef adjointe Marine Corniou Journalistes Annie Labrecque, Raphaëlle Derome Collaborateurs Gabrielle Anctil, Maxime Bilodeau, Chloé Bourquin, Émilie Folie-Boivin, Joël Leblanc, Renaud Manuguerra-Gagné, Etienne Plamondon Emond, Alexandra S.Arbour, Saturnome, Jean-Pierre Sylvestre, Jean-Patrick Toussaint Correctrices-réviseures Sophie Cazanave, Fleur Neesham Direction artistique Louise Mallette, Natacha Vincent Photographes/illustrateurs/graphistes Françoise Abbate, Nicole Aline Legault, Donald Robitaille, Vigg Éditeur Jean-François Rheault Vice-présidente marketing, communications et partenariats Marie-Hélène Juneau Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Maryvonne Charpentier Conseillère, relations de presse et marketing Stéphanie Couillard SERVICE AUX ABONNÉS : 514 521-8356, poste 504, ou 1 800 567-8356, poste 504 serviceclient@velo.qc.ca PUBLICITÉ : Claudine Mailloux 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Impression Solisco Distribution Messageries Dynamiques Parution : 6 octobre 2022 (581e numéro) Abonnement Canada, 1 an : 41 $ + taxes États-Unis, 1 an : 84 $ Outre-mer, 1 an : 126 $ Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions.Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2022 \u2013 Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.OCTOBRE-NOVEMBRE 2022 | QUÉBEC SCIENCE 5 Depuis maintenant 29 ans, notre magazine réunit chaque automne un jury de chercheurs et de journalistes.Leur mission : sélection - ner les 10 découvertes québécoises les plus impressionnantes de la dernière année.Le public est ensuite invité a?voter pour celle de son choix.Cette année, c\u2019est le traitement prometteur contre le cancer du sein triple négatif, le plus agressif des cancers du sein, qui a séduit nos lecteurs.Ce prix revient au Dr Jean-Jacques Le- brun, de l\u2019Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill, et aux membres de son équipe : Meiou Dai, Gang Yan, Ni Wang, Girija Daliah, Sophie Poulet, Julien Boudreault et Suhad Ali, de l\u2019Institut, ainsi qu\u2019Ashlin M.Edick et Sergio A.Burgos, de l\u2019Université McGill.Grâce a?la technologie CRISPR, les chercheurs ont traqué les faiblesses des cellules cancéreuses et ainsi révélé deux voies de signalisation cellu - laires en jeu dans la progression des tumeurs.Ils ont ensuite constaté qu\u2019un cocktail de deux médicaments donnait des résultats prometteurs contre les cellules cancéreuses.Ce travail de longue haleine, qui s\u2019est étalé sur une période de cinq ans, se poursuivra avec le lancement d\u2019essais cliniques.Si ce duo de médicaments s\u2019avère efÏcace, cela pourrait changer les choses pour toutes celles qui souffrent d\u2019un tel cancer du sein.Les lecteurs qui participaient au concours couraient la chance de remporter un séjour fa - milial au parc national du Mont-Mégantic.Le gagnant est Maxime Vigneault, de Victoriaville, un nouvel abonné de Québec Science.C M C A A U D I T E D BABILLARD Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.À LIRE SUR NOTRE SITE WEB L\u2019équipe vous a concocté un reportage sur les nouvelles avenues technologiques dans le domaine de l\u2019agriculture.En effet, le marché de l\u2019intelligence artificielle au champ est en pleine effervescence partout dans le monde.Un laboratoire planétaire qui cherche des solutions pour accroître le rendement tout en étant écologiques.Pour illustrer ce sujet, je souhaitais un concept épuré.Il fallait juxtaposer deux idées aussi dichotomiques que des champs et la science des données ! J\u2019ai donc pensé a?une jeune pousse de haricot en gros plan sur un fond inspiré des couleurs de l\u2019automne.Le symbole du Wi-Fi représente quant a?lui le côté techno du sujet.La pousse délicate se trouve auréolée ! Il s\u2019agit de ma 31 e couverture du magazine Québec Science\u2026 et c\u2019est également ma dernière.Ce fut un plaisir de mettre en images la science et de côtoyer la belle équipe de la revue.Bonne lecture a?vous ! ?Natacha Vincent, directrice artistique NOTRE COUVERTURE COURRIER DES LECTEURS Acte de foi Croire en la matière noire et en l\u2019énergie noire est un acte de foi.À l\u2019instar de l\u2019éther, il faudrait oser douter de son existence.Une telle mise en question repose sur trois hypo - thèses qui la rendraient caduque.1) Que le décalage vers le rouge ne serait pas uniquement d\u2019origine récessionnelle.Le cas d\u2019un pont d\u2019écha ge de matière entre Markarian 205 et NGC 4319, qui o t des décalages vers l roug très différents, illustre bi n e point de vue [\u2026].2) Qu les constantes, y ompri celle de la gravité, ai nt varié au cours du temps.3) Que les lois d la physique varient en fonction de leur dimension.Depuis Niels Bohr, même Einstein a dû acc pt r qu les lois qui régissen le très petit (le mond q antique) ne sont pas les mêmes qu\u2019a?notre échelle.Pourquo s\u2019obstine-t-on a?refuser qu\u2019a?grand échelle, celle d s galaxies, il n\u2019y ait pas un ensemble de lois différentes ?Denis Carrier Des ?eurs Je trouve que la couverture de l\u2019édition du magazine Québec Science de septembre 2022 est particulièrement réussie.Elle illustre très bien le sujet de l\u2019article principal, mais, surtout, je la trouve belle et rafÏnée, avec le noir en pleine page et sa discrète trame de gris, essentielle au sujet de l\u2019article.Du beau travail ! ?Robert Corbeil Au sujet du dernier Carnet de santé Les niveaux de soins sont discutés rapidement avec les gens hospitalisés, sans trop s\u2019arrêter aux détails des risques et conséquences en raison du manque de temps du personnel.Pas surprenant que la décision initiale de l\u2019usager soit une dé - cision émotive et instinctive : vouloir vivre.Il faut prendre le temps de bien faire cette étape essentielle de tout séjour a?l\u2019hôpital.?Daniel Desjardins UN PREMIER CONGRÈS FRANCOPHONE Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse serviceclient@velo.qc.ca Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca Notre rédactrice en chef adjointe, Marine Corniou, s\u2019en - volera ce mois-ci pour Dakar, au Sénégal, où se tiendra le premier congrès de journalisme scienti - fique francophone.Elle travaille d\u2019arrache-pied depuis des mois pour organiser cette rencontre, proposée par le Réseau des jour - nalistes scientifiques d\u2019Afrique francophone et mise sur pied avec les associations française, suisse et québécoise de jour - nalisme scientifique.Notre collaborateur Joël Leblanc, président de l\u2019Association des communicateurs scientifiques, sera aussi du contingent québécois.Bon congrès a?eux ! logo FSC a?venir Merci pour tout, Natacha ! Nous avons passé quatre magni?ques années à te côtoyer et à admirer ton grand talent ! L\u2019équipe de Québec Science 02_03-05_SOMMAIRE E?DITO_BABILLARD_QS_2022.indd 5 ?Depuis maintena t 29 ans, notre magazine réunit chaque autom e un jury de chercheurs et de journalistes.Leur mission : sélection ner les 10 découvertes québécoises les plus impressionnantes de la dernière année.Le public est ensuite invité a?voter pour celle de son choix.Cette année, c\u2019est le le plus agressif des cancers du sein, qui a séduit nos lecteurs.Ce prix revient au Dr Jean-Jacques Le brun, de l\u2019Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill, et aux membres de son équipe : Meiou Dai, Gang Yan, Ni Wang, Girija Daliah, Sophie Poulet, Julien Boudreault et Suhad Ali, de l\u2019Institut, ainsi qu\u2019Ashlin M.Edick et Sergio A.Burgos, de l\u2019Université McGill.Grâce a?la technologie CRISPR, les chercheurs ont traqué les faiblesses des cellules cancéreuses et ainsi révélé deux voies de signalisation cellu laires en jeu dans la progression des tumeurs.Ils ont ensuite constaté qu\u2019un cocktail de deux médicaments donnait des résultats prometteurs contre les cellul s cancéreuses.Ce travail de longu haleine, qui s\u2019e t étalé u une période de cinq ans, se poursuivra avec le lancement d\u2019essais clini s.Si ce duo de médicaments s\u2019avère efÏcace, ela pourrait changer l s choses pour toutescelles qui souffre t d\u2019un tel cancer du s in.Les lect urs qui participaient au concours couraient la chance de emporter un séjour fa milial au parc national du Mont-Mégantic.Le gagnant est Maxime Vigneault, de Victoriaville, un nouvel abonné de Québec Science.C M C A A U D I T E D L\u2019équipe vous a concocté un reportage sur les nouvelles avenues technologiques dans le domaine de l\u2019agriculture.En effet, le marché de l\u2019intelligence artificielle au champ est en pleine effervescence partout dans le monde.Un laboratoire planétaire qui cherche des solutions pour accroître le rendement tout en étant écologiques.Pour illustrer ce sujet, je souhaitais un concept épuré.Il fallait juxtaposer deux idées aussi dichotomiques que des champs et la science des données ! J\u2019ai donc pensé a?une jeune pousse de haricot en gros plan sur un fond inspiré des couleurs de l\u2019automne.Le symbole du Wi-Fi représente quant a?lui le côté techno du sujet.La pousse délicate se trouve auréolée ! Il s\u2019agit de ma 31 couverture du magazine Québec Science\u2026 et c\u2019est également ma dernière.Ce fut un plaisir de mettre en images la science et de côtoyer la belle équipe de la revue.Bonne lecture a?vous ! Croire en la matière noire et en l\u2019énergie noire est un acte de foi.À l\u2019instar de l\u2019éther, il faudrait oser douter de son existence.Une telle mise en question repose sur trois hypo thèses qui la rendraient caduque.Que le décalage vers le rouge ne serait pas uniquement d\u2019origine récessionnelle.Le cas d\u2019un pont d\u2019écha ge de matière entre Markarian 205 et NGC 4319, qui o t des décalages vers l roug très différents, illustre bi n e point de vue [\u2026].Que les constantes, y compris celle de la gravité, ai nt varié au cours du temps.Que les lois d la physique varient en fonction de leur dimension.Depuis Niels Bohr, même Einstein a dû acc pt r qu les lois qui régissen le très petit (le mond q antique) ne sont pas les mêmes qu\u2019a?notre échelle.Pourquo s\u2019obstine-t-on a?refuser qu\u2019a?grand échelle, celle d s galaxies, il n\u2019y ait pas un ensemble de lois différentes ?Je trouve que la couverture de l\u2019édition du magazine Québec Science de septembre 2022 est particulièrement réussie.Elle illustre très bien le sujet de l\u2019article principal, mais, surtout, je la trouve belle et rafÏnée, avec le noir en pleine page et sa discrète trame de gris, essentielle au sujet de l\u2019article.Du beau travail ! Les niveaux de soins sont discutés rapidement avec les gens hospitalisés, sans trop s\u2019arrêter aux détails des risques et conséquences en raison du manque de temps du personnel.Pas surprenant que la décision initiale de l\u2019usager soit une dé cision émotive et instinctive : vouloir vivre.Il faut prendre le temps de bien faire cette étape essentielle de tout séjour a?l\u2019hôpital.Notre rédactrice en chef adjointe, Marine Corniou, s\u2019en volera ce mois-ci pour Dakar, au Sénégal, où se tiendra le premier congrès de journalisme scienti fique francophone.Elle travaille d\u2019arrache-pied depuis des mois pour organiser cette rencontre, proposée par le Réseau des jour nalistes scientifiques d\u2019Afrique francophone et mise sur pied avec les associations française, suisse et québécoise de jour nalisme scientifique.Notre collaborateur Joël Leblanc, président de l\u2019Association des communicateurs scientifiques, sera aussi du contingent québécois.Bon congrès a?eux ! logo FSC a?venir L\u2019équipe de Québec Science 02_03-05_SOMMAIRE E?DITO_BABILLARD_QS_2022.indd 5 ? CABINET DES CURIOSITÉS G ravier rose f luo, touffe d\u2019algues en plastique, cof fre au trésor duquel s\u2019échappent des bulles à intervalles réguliers, ?gurines de Bob l\u2019éponge : voilà les composants de base d\u2019un aquarium qui en jette, non ?Ce n\u2019est pas l\u2019avis des aquariophiles, qui recréent des écosystèmes d\u2019eau douce à l\u2019aspect naturel où les plantes sont autant, sinon plus importantes que les créatures aquatiques vivant dans ces quelques litres d\u2019eau.Aquarium nature, aquarium planté, aquascaping sont tous des termes décrivant ce passe-temps qui gagne du terrain ici, un mouvement popularisé dans les années 1990 qui dérive de la culture des jardins japonais.Évidemment, garnir son aquarium de vrais végétaux n\u2019a rien de nouveau, mais on les a longtemps placés dans le décor en sachant qu\u2019ils ne dureraient pas.« Les plantes étaient éphémères et c\u2019était normal de les perdre après deux ou trois mois », dit Philippe Boucher, cofondateur de Nature Aquarium Québec, une communauté d\u2019aquascapeurs professionnels ayant pignon sur rue dans une animalerie de Trois-Rivières.Le vent a tourné lorsque le photographe paysagiste nippon Takashi Amano, le génie derrière l\u2019aquarium nature, a constaté que ses végétaux avaient bien meilleure mine et croissaient mieux après l\u2019ajout d\u2019eau pétillante dans ses bacs.« Les plantes allaient chercher leurs nutriments plus facilement grâce à cet apport de CO2, reprend Philippe Boucher, qui nage dans le milieu depuis une vingtaine d\u2019années et remarque un intérêt croissant pour l\u2019activité depuis le début de la pandémie.Takashi Amano a été précurseur dans la compréhension autant de la biologie que de la chimie derrière l\u2019aquarium en saisissant l\u2019importance du gaz carbonique, d\u2019un substrat riche en nutriments et de la luminosité.L\u2019intérêt pour les aquariums naturels est indubitablement esthétique, comme on peut le voir sur les réseaux sociaux et à travers les photos des habitats sophistiqués qu\u2019élaborent les participants de divers concours, dont l\u2019International Aquatic Plants Layout Contest, mis sur pied par Takashi Amano, ou l\u2019International Aquascaping Contest.Mais le plaisir réside aussi dans la chance qu\u2019offre ce petit laboratoire aquatique d\u2019observer en temps réel les processus in?uant sur l\u2019eau et le cycle de la matière.Certaines plantes étant particulièrement capricieuses, l\u2019équilibre ne tient parfois qu\u2019à un ?l.Car contrairement au milieu naturel, les déchets azotés rejetés par les poissons et les feuilles mortes restent prisonniers des quatre murs vitrés, ce qui peut occasionner l\u2019eutrophisation de ces habitats auxquels tant d\u2019heures ont été consacrées.Et puisque les végétaux produisent de l\u2019oxygène le jour, lors de la photosynthèse, mais en consomment la nuit, un aquarium trop généreusement planté peut rendre le milieu anoxique ?l\u2019étouffer, en quelque sorte.« Les aquariums naturels demandent évidemment un certain entretien, davantage que ceux dont le décor est constitué de fausses plantes », concède Marc-Antoine Couillard, biologiste et aquariophile de la région de Québec ayant travaillé plusieurs années en animalerie.Ce propriétaire d\u2019un aquarium naturel de 50 gallons tient toutefois à rassurer les néophytes qui n\u2019ont pas deux heures à consacrer chaque jour à la taille des herbacées de leur couvre-sol ni le budget pour injecter des bouffées de CO2 à leurs monocotylédones.« Avec un bon ?ltreur, une lumière adéquate et le fumier du poisson qui crée de l\u2019engrais, ça pousse tout seul.Même avec un aquarium low- tech il y a moyen de prendre plaisir à voir comment les plantes vont se comporter et in?uencer l\u2019écosystème », assure-t-il.« Faire de l\u2019aquascaping nous apprend à respecter la puissance de la nature.Si vous avez un complexe de Dieu et que vous essayez de tout contrôler pour que ce soit beau, la nature va toujours prendre le dessus, philosophe Philippe Boucher.Ça nous donne une leçon d\u2019humilité.» Et si regarder les poissons aller et venir dans un aquarium a un effet relaxant, comme l\u2019a démontré la littérature scienti- ?que, les deux amateurs s\u2019accordent à dire que les effets béné?ques sont également clairs pour les poissons en résidence.Ils sont plus calmes et ont un comportement se rapprochant de leur vraie nature.Ces microcosmes stimulent aussi la reproduction.Si ces pensionnaires ont envie de faire des bébés, c\u2019est signe que tout baigne, quoi ! 6 QUÉBEC SCIENCE | OCTOBRE-NOVEMBRE 2022 IMAGES : PHILIPPE BOUCHER ; AGA/THIAGO OLIVEIRA GRANDEUR NATURE MINIATURE Une vague d\u2019aquariophiles créent dans leur bac en verre des habitats dignes des écosystèmes naturels.Même les poissons en sont bouche bée ! Par Émilie Folie-Boivin Le premier prix de la catégorie des 112 L de l\u2019International Aquascaping Contest 2021 était une création de Thiago Oliveira, du Brésil.On y trouve 18 espèces végétales et 3 animales.Philippe Boucher regarde des rasboras arlequin qui se fau?lent entre les plants d\u2019Eleocharis acicularis, de Micranthemum micranthemoides et de Glossostigma elatinoides.Des néons du pauvre nagent au-dessus d\u2019un aménagement de six variétés de plantes. SUR LE VIF IMAGE : GOUVERNEMENT DU YUKON e 8 QUÉBEC SCIENCE | OCTOBRE-NOVEMBRE 2022 Les momies du Yukon Connu pour son or, le sous-sol du Yukon recèle d\u2019autres trésors, qui font le bonheur des paléontologues.Par Jean-Pierre Sylvestre L 21 juin dernier, le jeune mineur d\u2019or Travis Delawski creuse dans le pergélisol boueux à l\u2019aide d\u2019une chargeuse frontale à Eureka Creek, au sud de Dawson City, au Yukon, et heurte quelque chose d\u2018étrange.Une chose munie d\u2019une trompe ! Il arrête de fouiller le sol et appelle son supérieur.À son arrivée, ce dernier découvre les restes « momifiés » d\u2019un bébé mammouth laineux, le premier jamais mis au jour au Canada.« Ce mineur a fait l\u2019une des découvertes les plus importantes au pays », afÏrme Grant Zazula, paléontologue au gouvernement du Yukon.Il s\u2019agit du plus jeune des trois bébés de cette espèce retrouvés entiers dans le pergélisol de la planète.Préservés par le froid, ces animaux conservent leurs poils, leur peau, leurs muscles, voire certains de leurs organes internes.« Ce bébé mesure environ 1,40 m de long et les paléontologues pensent qu\u2019il était âgé de 30 à 35 jours au moment de sa mort.Il a vécu il y a de 35 000 à 40 000 ans », indique le spécialiste.Il a été baptisé Nun cho ga par la communauté de Tr?ondëk Hwëch?in, mots qui signifient « gros bébé animal » dans la langue hän.« Les géologues qui ont récupéré Nun cho ga ont vu un morceau de l\u2019intestin de ce bébé mammouth avec des fragments d\u2019herbe à l\u2019intérieur, explique Grant Zazula.Cela donne une idée des derniers moments de sa vie.Le jeune mammouth était sûrement à quelques mètres de sa mère, puis il se serait aventuré un peu plus loin pour manger de l\u2019herbe et pour boire et il se serait enlisé dans la boue, où il aurait trouvé la mort.» Si la mise au jour de Nun cho ga a été un beau cadeau, les scientifiques s\u2019attendent à d\u2019autres découvertes.« Pour l\u2019instant, nous n\u2019avons pas trouvé de carcasse entière d\u2019un mammouth laineux adulte dans le pergélisol yukonnais, mais nous ne désespérons pas », assure le paléontologue John Storer, directeur du patrimoine au ministère du Tourisme et de la Culture du Yukon.VERS LE FUTUR En raison de l\u2019essor des activités minières, d\u2019autres dépouilles pourraient-elles émerger ?Si les découvertes de momies congelées de mammifères du pléistocène (de -2,6 millions d\u2019années à -11 700 ans) sont fréquentes en Sibérie, elles sont rares en Alaska et au Yukon.L\u2019absence de forêt sur le territoire sibérien où des mammouths ont été trouvés facilite les choses.Le personnel minier et des géologues ont tout de même déterré plusieurs animaux partiellement ou entièrement momifiés au Yukon.Dans les années 1990, des mineurs autochtones ont par exemple exhumé, près de Last Chance Creek, des pattes de chevaux vieilles de plus de 10 000 ans.« Des recherches génétiques sur l\u2019ADN conservé dans les tissus mous ont permis aux scientifiques de conclure que ces chevaux préhistoriques étaient très proches de l\u2019espèce actuelle », précise John Storer.Le Musée canadien de la nature, à Ottawa, conserve dans ses collections un putois mâle entier découvert à Sixtymile en 1984 par un mineur alors que son chien commençait à gruger la queue de l\u2019animal.Ce putois momifié est vieux de 40 000 ans.En 2016, c\u2019est un louveteau femelle qui a été identifié dans des gisements aurifères près de Dawson City.Daté d\u2019environ 57 000 ans, Nun cho ga, le bébé mammouth trouvé au Yukon Carnet de santé Dre ALEXANDRA S.ARBOUR @alexandraarbour OCTOBRE-NOVEMBRE 2022 | QUÉBEC SCIENCE 9 Je rencontre Mme Sirois, 85 ans, en consultation externe, à la demande de son médecin de famille, qui suspecte des troubles cognitifs.Après avoir établi mon diagnostic, j\u2019instaure un traitement et organise des services à domicile.Je me permets aussi de fournir quelques recommandations à son médecin de famille pour l\u2019aider à prendre en charge cette patiente fragile.Puisque je suis médecin spécialiste, je ne verrai Mme Sirois qu\u2019à quelques reprises, pour m\u2019assurer que le diagnostic est exact, que le traitement est bien toléré, que les services sont organisés.Ensuite, elle retournera aux bons soins de son médecin de famille, qui verra à traiter tous ses problèmes de santé.Car elle souffre aussi d\u2019hypertension, de diabète, d\u2019hypothyroïdie et d\u2019un trouble anxieux de longue date.Malheureusement, Mme Sirois me dira à son rendez-vous de suivi que son médecin de famille a fermé boutique.Pour ne pas qu\u2019elle se sente abandonnée par le système de santé, je lui proposerai de la revoir un an plus tard, pour la « dépanner », en attendant que son CLSC fasse des miracles.Des patients comme Mme Sirois, j\u2019en vois des dizaines par semaine.Normal, plus d\u2019un million de Québécois attendent toujours d\u2019avoir un médecin de famille bien à eux.Ce qui est anormal, c\u2019est que je doive « suivre » des patients qui n\u2019ont pas besoin de mon expertise.Pendant que je represcris l\u2019antihypertenseur de Mme Sirois, combien d\u2019autres personnes sont en attente d\u2019une évaluation pour des troubles cognitifs, des chutes ?Plusieurs solutions ont été envisagées pour remédier au problème d\u2019accès à la première ligne.Réforme après réforme, campagne électorale après campagne électorale, on nous fait croire que, cette fois-ci, on l\u2019a en?n trouvée, la recette pour offrir à tous l\u2019accès à un ou une médecin de famille ! Mais on revient toujours à la case départ.Et toutes ces tergiversations n\u2019ont pas aidé à rendre ce choix de carrière attrayant.Les esprits les plus pragmatiques croient qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un problème d\u2019« offre ».Ils proposent donc d\u2019ouvrir les vannes des facultés de médecine ou encore d\u2019accepter sans réserve ceux et celles qui ont acquis leur formation médicale dans un autre pays.À mon avis, c\u2019est faire fausse route.Il n\u2019est pas dit que le nombre d\u2019étudiants qui choisiront la médecine familiale sera proportionnel au nombre d\u2019admissions dans les universités.Je pense également qu\u2019une personne qui a étudié à l\u2019étranger a besoin d\u2019encadrement et d\u2019une mise à jour de ses connaissances, du moins dans les premières années de sa pratique ici, pour s\u2019adapter aux particularités de notre système de santé (et je ne parle pas d\u2019apprendre comment fonctionne un télécopieur\u2026).De toute façon, avec 22 500 médecins actifs au Québec, dont 10 500 médecins de famille, la province dépasse l\u2019Ontario et le Canada pour ce qui est du nombre de médecins par habitant.Est-ce que ce ne serait pas plutôt un problème de « demande » ?Mme Sirois a en effet besoin d\u2019un médecin de famille parce qu\u2019elle est âgée et malade.Mais ce n\u2019est pas le cas de tout le monde.Une première ligne forte n\u2019a pas à être composée uniquement de médecins.Un in?rmier praticien ou une in?rmière praticienne peut dépister des infections transmissibles sexuellement ou par le sang ; la physiothérapie est tout indiquée pour un mal à l\u2019épaule survenu à la suite d\u2019un déménagement ; la consultation en psychologie sera plus adaptée pour traiter un épuisement professionnel.Loin de moi l\u2019idée de dévaloriser le travail de mes collègues omnipraticiens ; au contraire, je leur lève mon stéthoscope ! Mais il faut voir au-delà de l\u2019offre et de la demande et penser à diversi?er la première ligne.Pour le salut de nos médecins de famille, il faut paradoxalement déconstruire cette idée que, en dehors de leur cabinet, point de salut.Sans médecin de famille, point de salut ?il est lui aussi entier.C\u2019est « la momie de loup préhistorique la plus complète connue, mentionne la professeure Julie Meachen, paléontologue à l\u2019Université de Des Moines, dans l\u2019Iowa.Tout ce qui manque, ce sont ses yeux.Nous pensons que la bête est morte instantanément à la suite de l\u2019effondrement de la tanière où elle se trouvait ».Les analyses génétiques publiées par son équipe en 2020 ont montré qu\u2019elle était proche des anciens loups russes et béringiens, mais pas des individus nord-américains actuels.En 2016, des mineurs ont également déterré la moitié antérieure d\u2019un caribou complètement momifiée datant de la même période.Hormis ces rares et émouvants spécimens, ce sont surtout les fossiles qui caractérisent le territoire du Yukon, notamment les squelettes et défenses de mammouths.Ils ont été repérés il y a un peu plus d\u2019un siècle, au cours de la ruée vers l\u2019or.« Les fossiles de 62 espèces de mammifères datant de la dernière glaciation ont été découverts au Yukon, signale John Storer.Quelque 75 % de ces espèces sont d\u2019origine eurasienne et les autres proviennent du sud de l\u2019Amérique du Nord.Parmi ces mammifères, quelques-uns ont subsisté tels le loup, le caribou, l\u2019orignal, le bison et le bœuf musqué.Mais la plupart ont disparu.» Parmi cette faune d\u2019un autre âge, on trouve le castor géant, qui atteignait la taille de notre ours noir, le lion d\u2019Amérique, le chameau et le cheval du Yukon, le pécari à tête plate, le paresseux géant de Jefferson et le mastodonte américain.Voilà d\u2019autres animaux qu\u2019il serait fascinant de retrouver momifiés ! SUR LE VIF 10 QUÉBEC SCIENCE | OCTOBRE-NOVEMBRE 2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM L\u2019 apparition des premiers outils en pierre fabriqués à dessein par le genre Homo, il y a environ 2,6 millions d\u2019années, est une étape charnière dans l\u2019histoire.On considère que c\u2019est le moment à partir duquel nos ancêtres commencent à devenir des humains à part entière, c\u2019est- à-dire capables de transmission culturelle, car c\u2019est ainsi qu\u2019on suppose que ce savoir-faire s\u2019est répandu.Une étude parue l\u2019été dernier dans la revue savante Science Advances vient cependant contredire cette version des faits jusque-là largement admise.Une équipe de recherche a recruté 28 hommes et femmes dénués de connaissances archéologiques.Puis, elle leur a demandé de briser une corde tenant fermée une boîte contenant une récompense en argent.Pour ce faire, elle leur a fourni le matériel nécessaire à la taille d\u2019un galet.Les participants étaient isolés les uns des autres.Sans qu\u2019aucune information supplémentaire leur ait été donnée, la vaste majorité des participants a réussi à ouvrir la boîte en confectionnant un outil tranchant.Mieux encore : 25 des 28 participants ont confirmé à postériori leur totale méconnaissance des techniques de percussion à mains nues.Aux yeux des scientifiques, cela signifie qu\u2019il est tout à fait possible d\u2019inventer spontanément ?et non de reproduire ?le processus de fabrication d\u2019outils préhistoriques très frustes.« Nos résultats démontrent que les premiers outils en pierre ne sont pas une preuve irréfutable de l\u2019émergence de la culture chez les hominidés.Nous pensons que cette dernière est formellement née beaucoup plus tard, probablement avec le langage », afÏrme Claudio Tennie, coauteur de l\u2019étude et professeur au département de préhistoire et d\u2019écologie quaternaire de l\u2019Université de Tübingen, en Allemagne.Cette conclusion vient contredire celle d\u2019études plus anciennes selon laquelle seule la transmission culturelle permettait d\u2019aboutir à un galet taillé.« Nous avons ouvert un débat sur une question que tous pensaient réglée.Il va falloir réinterpréter les résultats antérieurs à la lumière de nos données », indique Claudio Tennie.Bien qu\u2019époustouflante, cette expérimentation comporte néanmoins quelques limites d\u2019ordre méthodologique, soutient Marie-Hélène Moncel, préhistorienne au Muséum national d\u2019histoire naturelle à Paris et directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique.« La démonstration est réalisée par des humains modernes, qui n\u2019ont pas les mêmes structures cognitives que les hominidés de l\u2019Oldowayen [de 2,6 millions d\u2019années à 1,3 million d\u2019années avant notre ère].C\u2019est un biais certain.» Outre la petite taille du groupe, limitative d\u2019un point de vue de la puissance statistique, elle s\u2019interroge sur la thèse « provocante » de la réinvention que les auteurs semblent vouloir défendre à tout prix.« Qu\u2019il n\u2019y ait pas de transmission à l\u2019époque de l\u2019Oldowayen est improbable.Les hominidés de cette période forment des groupes sociaux où, nécessairement, les individus s\u2019observent et s\u2019imitent », estime la chercheuse.Ce qui lui fait dire que « les deux hypothèses, celle de la transmission et l\u2019autre de la réinvention, sont valables et peuvent cohabiter l\u2019une avec l\u2019autre ».À moins de posséder une machine à remonter le temps, bien malin qui pourra trancher définitivement cette question.Une équipe de recherche en archéologie expérimentale a prouvé qu\u2019il n\u2019y a pas qu\u2019en copiant ses pairs qu\u2019on peut créer des outils en pierre, on peut aussi les inventer seul.Par Maxime Bilodeau Facile, tailler un galet ? Technopop GABRIELLE ANCTIL @_ganctil Soulager la douleur avec du bruit Par Raphaëlle Derome OCTOBRE-NOVEMBRE 2022 | QUÉBEC SCIENCE 11 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM À quand l\u2019Internet municipal ?Une erreur lors d\u2019une mise à jour.Voilà ce qui a causé la panne du réseau Rogers en juillet dernier, privant des millions de personnes à travers le pays d\u2019accès à Internet.Cet incident a une fois de plus révélé le danger de se ?er à une poignée de fournisseurs pour offrir un service aussi essentiel.Et si la solution était de voir petit ?Depuis 1994, la Ville de Stockholm gère un réseau de ?bre optique auquel plus de 90 % des ménages et 99 % des entreprises peuvent accéder.On nomme cette manière de faire Internet municipal et ses avantages ne sont plus à démontrer : service généralement performant, accessible dans des zones auparavant mal équipées, permettant notamment aux villes, et aux entreprises qui y sont établies, de se doter d\u2019une infrastructure numérique.Chez nos voisins du Sud, la ville de Chattanooga, au Tennessee, opère depuis 2010 un réseau à haut débit.Quand l\u2019école est passée en mode virtuel à cause de la pandémie de COVID-19, l\u2019administration a pu offrir un accès Internet illimité gratuit à 17 000 familles à faible revenu.Ces villes sont loin d\u2019être les seules : aux États-Unis seulement, plus de 600 communautés sont desservies par l\u2019Internet municipal.« Étant donné que les municipalités mettent sur pied et exploitent déjà de grands projets d\u2019infrastructure, y compris [\u2026] les réseaux électriques, les systèmes de transport en commun et les routes, elles sont bien placées [\u2026] pour construire et exploiter leurs propres réseaux de télécommunication », lit-on dans une étude de cas s\u2019intéressant à l\u2019expérience de Calgary, qui a implanté l\u2019Internet municipal il y a une vingtaine d\u2019années.L\u2019auteure de l\u2019étude note que ce réseau a permis à la Ville d\u2019épargner près de 20 millions de dollars.Une étude de l\u2019Université Harvard parue en 2018 rapportait que les tarifs offerts par les municipalités étaient plus bas sur une période de quatre ans que ceux des compagnies privées.Sachant qu\u2019au Canada les 20 % des ménages les moins fortunés dépensent près de 10 % de leurs revenus en services de communication, ces économies pourraient soulager les familles.« L\u2019accès à Internet est trop important pour le laisser entre les mains du marché et d\u2019acteurs privés », résume en entrevue avec Bloomberg le responsable de la mise en place du réseau à haut débit de la ville de Baltimore, Jason Hardebeck.Qu\u2019attendons-nous pour mettre l\u2019Internet municipal à l\u2019ordre du jour ?L a musique est utilisée pour apaiser la douleur depuis plusieurs années.Mais un simple bruit pourrait-il suffire?Peut-être :?l\u2019écoute?d\u2019un?faible?son?20 minutes?par?jour diminue la douleur chez les souris, selon un article paru en juillet dernier dans la revue Science.Dès?les?années 1960,?un?groupe?de?dentistes avait rapporté que des sons pouvaient soulager les patients.« Après, c\u2019est tombé dans l\u2019oubli, car on pensait que c\u2019était dû à la distraction et que la musique?était?plus?efÏcace?»,?raconte?Mathieu Roy, professeur au Département de psychologie de l\u2019Université McGill.Mais selon Wenjie Zhou, de l\u2019Université des sciences et technologies de Chine,?et?ses?13 coauteurs,?un?simple?bruit?blanc?un?shhh continu semblable au?son?d\u2019une?chute?d\u2019eau?est?aussi?opérant que la musique\u2026 du moins chez?les?souris?!?Cet?effet?analgésique?serait attribuable à la stimulation sonore comme telle et non aux émotions positives ou à la réduction du stress comme c\u2019est le cas pour la musique.Il ne serait pas non plus dû à la distraction, puisqu\u2019il persiste deux jours après l\u2019exposition au son.Comment le bruit agit-il ?Sons et douleur sont perçus dans le néocortex, la couche externe du cerveau.Mais les signaux sensoriels en provenance des neurones doivent d\u2019abord transiter par le thalamus.Logé au cœur du cerveau, ce petit centre nerveux « agit comme une gare de triage qui achemine le bon stimulus?sensoriel?au?bon?endroit?»,?explique Mathieu Roy, qui n\u2019a pas participé à l\u2019étude.L\u2019activation du cortex auditif inhibe la transmission des signaux de douleur par le thalamus, a démontré l\u2019équipe chinoise ; la douleur est donc ressentie moins intensément.Pour que cela fonctionne, il faut un son légèrement plus fort que le bruit ambiant (cinq décibels de plus).Un son?trop?fort?ne?produit?aucun?effet.Dans un article qui accompagne l\u2019étude, des chercheurs allemands émettent l\u2019hypothèse qu\u2019un mécanisme de survie est en jeu.Imaginons une souris blessée à la patte qui entend un bruit à proximité :?pour?fuir,?elle?gagnera?à?ne?pas avoir trop mal ! Anne-Marie Pinard, spécialiste du traitement de la douleur chronique et?chercheuse?au?CHU?de?Québec- Université Laval, est intriguée.« C\u2019est tout?à?fait?différent?de?ce?que?j\u2019ai?vu?avant.Mais un mécanisme comme celui-là pourrait-il se gripper avec le temps?»?C\u2019est?à?voir.?Il?y?a?aussi?le?risque que l\u2019écoute régulière d\u2019un son finisse?par?devenir?stressante\u2026 Si l\u2019étude n\u2019aura « pas de retombées demain?matin?pour?les?patients?»,?selon?la chercheuse, elle ouvre de nouvelles pistes de recherche.Puisque le son n\u2019agit pas de la même manière que la musique ou que les opioïdes, les approches pourraient être combinées.Une avenue intéressante alors que même les?médicaments?jugés?«?efÏcaces?»?n\u2019arrivent à diminuer la douleur chronique que?de?30 %.? 12 QUÉBEC SCIENCE | OCTOBRE-NOVEMBRE 2022 ENTREVUE IMAGE : NICKEL ROT/FONDATION HOLCIM Construire à neuf est très énergivore et gruge souvent de précieux espaces naturels.Comment loger tout le monde sans détruire la planète ?Par Raphaëlle Derome Faut-il cesser de construire des maisons neuves ?La coopérative Le Coteau vert, dans le quartier Rosemont, à Montréal, comprend un système de géothermie, une enveloppe haute performance, des toits verts, des panneaux solaires et des espaces verts partagés. OCTOBRE-NOVEMBRE 2022 | QUÉBEC SCIENCE 13 IMAGE : CAROLINE CORBEX P artout au Canada, les logements abordables se font rares.La Société canadienne d\u2019hypothèques et de logement estime que, pour ramener le marché immobilier à des prix plus raisonnables, il faudra ajouter 5,8 millions de logements au pays d\u2019ici 2030.Alors que les gouvernements promettent d\u2019accélérer la construction de nouvelles maisons, le concept No New Buildings prône plutôt la rénovation ou la conversion de bâtiments existants : usines désaffectées, églises vides, centres commerciaux moribonds\u2026 Une approche écologique qui gagnerait à être utilisée plus souvent, considère l\u2019architecte montréalais Daniel Pearl.Cofondateur de la firme L\u2019ŒUF Architectes et professeur à l\u2019Université de Montréal, cet expert en architecture verte fait dans l\u2019activisme social depuis 30 ans.Sa spécialité ?Essayer de nouveaux modèles ambitieux, les évaluer, puis partager les leçons apprises pour changer les façons de faire.Québec Science : Au lieu de toujours bâtir à neuf, le mouvement No New Buildings propose de transformer des bâtiments existants.Est-ce une bonne idée ?Daniel Pearl : Absolument ! Mais il faut tenir compte du contexte.Transformer un hôtel en immeuble résidentiel est généralement assez simple : les besoins en électricité, en eau et en gestion des déchets sont déjà assurés.Mais souvent, les hôtels sont situés dans des zones qui encouragent l\u2019usage d\u2019une voiture.Donc, si l\u2019on améliore l\u2019accès au logement, on garde un style de vie problématique d\u2019un point de vue écologique.Par comparaison, un bâtiment industriel sur le canal de Lachine, à Montréal, sera plus compliqué à convertir : il faudra changer le zonage, transformer la structure\u2026 Mais cela en vaut la peine, car on est déjà à côté d\u2019une piste cyclable, du transport en commun, des lieux de travail, d\u2019un marché public\u2026 Ce sont toutes des dimensions nécessaires à un style de vie durable.QS Qu\u2019entendez-vous par « style de vie durable » ?DP Je m\u2019inspire beaucoup de la vision de l\u2019architecte Salvador Rueda, fondateur de l\u2019Agence d\u2019écologie urbaine de Barcelone, pour qui l\u2019avenir de l\u2019abordabilité se trouve autant dans le quartier que dans le logement comme tel.On ne peut pas se contenter de créer des logements à bon prix.Il faut les implanter dans des quartiers dits « complexes », où, en 5 à 15 minutes de marche, on a accès à la nourriture, aux sports, à la culture, à l\u2019éducation\u2026 Ainsi, le recours à la voiture devient exceptionnel, elle n\u2019est pas requise pour les activités quotidiennes, et les résidants peuvent ainsi grandement améliorer leur empreinte écologique.Car au Québec, avec l\u2019hydroélectricité, c\u2019est vraiment le transport qui relâche beaucoup de carbone.La moitié de mes étudiants viennent de la banlieue.Ils constatent aujourd\u2019hui à quel point le style de vie de leurs parents n\u2019est pas durable. ENTREVUE 14 QUÉBEC SCIENCE | OCTOBRE-NOVEMBRE 2022 QS Peut-on densi?er les quartiers actuels sans braquer la population ?DP Il faut trouver un équilibre : dense, mais pas trop, pour respecter la capacité d\u2019ac - cueil du milieu.Il y a un sweet spot [seuil optimal] unique à chaque contexte, chaque culture ; en Asie, en Australie, en Afrique, à Montréal, ce n\u2019est pas pareil.Même dans la région montréalaise, il y a plusieurs types de milieux : le centre-ville avec les tours d\u2019habitation ; les abords du marché Atwater avec des immeubles de trois à six étages ; la banlieue avec ses maisons unifamiliales, où se trouveront les arrêts du REM [le Réseau express métropolitain, un train léger en construction dans le grand Montréal].Autour de ces arrêts, les promo - teurs veulent créer une microdensité, sans comprendre ce que cela veut dire et sans chercher une harmonie avec ce qui existe.QS Comment résoudre ce dernier enjeu ?Il faut bien densi?er les villes ! DP La première étape qu\u2019on enseigne à nos étudiants, c\u2019est de poser un bon diagnostic pour voir, à différentes échelles, où est le potentiel, où sont les dimensions dormantes qu\u2019on veut animer.Il faut des quartiers assez denses pour justifier l\u2019implantation du trans - port en commun, mais assez aérés, avec de la verdure pour préserver la qualité de l\u2019air et régler les problèmes d\u2019îlots de chaleur.QS En pratique, l\u2019architecte n\u2019a pas toujours les leviers pour agir sur un quartier complet.On lui demande de rénover une seule maison\u2026 DP Quand on a lancé L\u2019ŒUF Architectes il y a 30 ans, nous avons usé de la stratégie « Robin des bois » : rénover les maisons des riches pour financer des projets d\u2019activisme social.Aujourd\u2019hui, nous pouvons nous consacrer seulement à nos projets pilotes.Je ne suis pas contre les besoins des riches, mais pour parvenir à réaliser tous les changements nécessaires dans les pro - chaines décennies, il faut viser la majorité, pas l\u2019exception.QS Comment former les jeunes architectes à relever ces dé?s ?DP Grâce à l\u2019enseignement transdisciplinaire.Parmi mes collègues, il y a un architecte de paysage, un ingénieur en structure et un spécialiste des enjeux socioculturels, économiques et communautaires.Ensuite, on demande aux étudiants de travailler en équipe et sur quatre échelles : le bâtiment, l\u2019îlot, le quartier et même la région pour les questions de biodiversité.Le but est de faire du coapprentissage pour changer un style de vie au lieu d\u2019intervenir seulement sur les bâtiments.QS On entend souvent ces mots : coapprentissage, codesign, cocréation\u2026 Que veulent-ils dire ?DP Ils renvoient au fait que l\u2019architecte n\u2019est pas le héros ou le leader, mais plutôt le faci - litateur d\u2019un processus qui devrait inclure tout le monde : ingénieurs, urbanistes, paysagistes, mais aussi clients et utilisateurs d\u2019un projet.Ce processus de conception intégré, c\u2019est la clé.Quand l\u2019architecte gère tout, les autres ne prennent pas leurs responsabilités lorsqu\u2019arrive un moment difÏcile ?et il arrive toujours, c\u2019est normal.Si tout le monde est engagé dans le projet, ce ne sera pas juste à l\u2019architecte de sauver la vision mise de l\u2019avant ! QS Pour lutter contre la spéculation immobilière, vous proposez de créer des fiducies foncières communautaires.De quoi s\u2019agit-il ?DP Dans ce type de fiducie, les résidants sont propriétaires de leur logement, mais pas du terrain.À la revente, ils ne peuvent pas s\u2019enrichir davantage que le taux d\u2019in - flation, plus l\u2019argent ou les efforts investis dans l\u2019amélioration du logement.Ce n\u2019est pas une idée farfelue ; il en existe quelques- unes au Canada et aux États-Unis.Nous avons tenté d\u2019en créer une à Benny Farm [réaménagement d\u2019un vaste complexe de logements pour vétérans de la Seconde Guerre mondiale, dans le quartier Notre- Dame-de-Grâce à Montréal] il y a 20 ans, mais c\u2019était trop innovateur pour l\u2019époque.Par contre, tous les espaces verts extérieurs entre les bâtiments sont une aire commune.Cela favorise le sentiment d\u2019appartenance et la cohésion sociale.QS Les codes du bâtiment et de la construction sont-ils assez exigeants ?DP Le nouveau Code national de l\u2019énergie pour les bâtiments, en vigueur depuis jan - vier 2022, fait preuve d\u2019un certain courage, mais il n\u2019est pas parfait.Il faudrait miser davantage sur la résilience de l\u2019enveloppe ?le fait de pouvoir conserver des températures intérieures vivables pendant 72 heures en cas de panne de courant.Actuellement, en été, un logement sans ventilation transversale [portes et fenêtres aux deux bouts] devient trop chaud après seulement 12 heures.Pour des personnes âgées incapables de bouger pendant une crise comme celle du dôme de chaleur de 2021 à Vancouver, c\u2019est important.En hiver, on viserait à garder le logement à 15 °C.QS Comment y arriver ?DP Grâce à des matériaux qui ont une cer - taine masse thermique, à une enveloppe performante et à des fenêtres qu\u2019on peut ouvrir pendant la nuit en été.À L\u2019ŒUF Ar - chitectes, nous nous battons pour défendre cette vision à travers nos mandats.Je tra - vaille sur un nouveau projet de logements abordables pour lequel on va tester les résultats avec Ressources naturelles Canada, Hydro-Québec et la Société d\u2019habitation du Québec.QS Environ 70 % des immeubles actuels seront encore debout en 2050.Comment réduire leur empreinte ?DP J\u2019aimerais tester les Deep Energy Retro - fits.Cette approche consiste à ajouter une enveloppe externe incluant l\u2019isolation, les fenêtres, l\u2019étanchéité à l\u2019air et à la vapeur et qui permet un gain de performance énergétique allant de 50 à 80 %.La plupart des rénovations aujourd\u2019hui améliorent la performance de seulement 25 % : c\u2019est insufÏsant pour atteindre la carboneutralité d\u2019ici 2050.QS Devant la crise du logement au Canada, les politiciens veulent accélérer la construction de logements neufs.Comment réconcilier cela avec la crise climatique ?DP Les gouvernements pourraient rache - ter des terrains contaminés, utiliser des phytotechnologies pour les décontaminer lentement sur 10 ans, puis les réserver aux logements abordables.Ils doivent être des leaders, pas seulement répondre aux vi - sions des promoteurs privés.Mais les trois paliers de gouvernement doivent travailler ensemble.Si l\u2019on se limite à viser la certification LEED [une certification en matière de construction durable] partout, on va man - quer des occasions de faire mieux.Oui, on aura des projets verts, mais on n\u2019apportera que des changements « incrémentaux » au lieu de chercher un nouveau modèle. 7, LA De 2 ss SNS 2 Institut ELITE fa ES eT PE i re ~~ > de! la reche ; rche > scientifique > Le, ren, Le ea «< \"By 1.al\u201d > y A0 ; \u2018= : 4 tyra = hal\u201d 4 af, 51h CN .F À dS Ji AIS 6 \\d Ao Vy hd ne, ty toutzte nf all J \\ wT ae à Tap =} Po trnithoaradrarir =, GF AY SAD LAL NTA 4 ty gm < COmmen rer: Tei th a Peu \\ \u2019 [4 \u2018é \u20ac / % 4 J Met # 3 æ% TSN ection.A cn Al a a.a8 a BES
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